EDOUARD LE CO1IFE88B0R
terre, qu'il dëfendroit ses intérêts à la cour d'Edouard, et qu'il recevroit une garnison de Siormands dam la forteresse de Douvres* Alors î! loi fut permis de se rembarquer , et Guillaume se contenta de retenir comme otage Wulfnoth* Vun de ses neveux*
L'été s'achevoit, lorsque le comte revint en Angleterre : on réclama sur-le-champ ses services con tre line insurrection de Northumbres, poussés à la révolte par la cruauté 0t l'avidité de Tostxg. IL s'efforça de terminer cette guerre par MU arrangement que le roi approuva ^ et se hata de retourner auprès d'Edouard qui penchoit vers la tombe ^ le succès de ses espérances dépendant de sa présence k Londres au moment favorable. (1065) Il rentra dans la métropole le 30 novembre; six semaines après, Edouard n'étoit plus. Ce monarque fut inhumé avec une pompe vraiment royale dans l'église de Saint-Pierre , qu'il vcnoiî de bâtir k l'extrémité occidentale de la capitale.
Les anciens écrivains ne se lassent point de donner des éloges à Edouard. 11 ne pouvoît, il est vrai y se glorifier des victoires qu'il avoit remportées , ni des coâquétesquHl avoit achevées; mais il donna au monde le spectacle intéressant d'un roi qui néglige ses propres intérêts f et se dévoue entièrement au bonheur de ses sujets. Il fut pieux , compatissant, pcre du pauvre 9 protècteur du foible, vigilant k prévenir les agressions étrangères, à s'inter- . poser entre ses nobles pour apaiser leurs querelles^ k ramener partouty autantque possible, le râgne des lois ; aimant mieux donner que recevoir , et trouvant plus de charme à pardonner qu'à punir. Les peuples, foulés jusqu'à-
Ij5û HISTOIRE D'ÀNGU£T£nRE.
lors par Fayidilé et la prodigalité de leuts
princes , commencèrent à respirer sous un roi ^qui ne vouloit régner que par la juslice ; et ^riyë de Timpèl du danegelt qui avoit élé aboli ^ content de son domaine patrimonial, Edouard se trouva ^ . par sou écouomie et la modérailoa de ses gfoùla, plus riehe qu'aueun des rois qui Tavoient précédé/ Le principe « que le roi n*a jamais tort , » lui étoit appliqué à la lettre par la reconnoissance du peupie* Ayoil-ou à se plaludre.de quelque mesure du gouvernement? On n'attribuoit jamais aucun blàmp au monarque, et l'on ne faisoit au- .cuu doute que les ministres n'eussent abusé de sa confiance ou trompé sa- crédulité. H fut le premier des. rois anglois qui toucha les gens atteints des scrofules . nommées commuiié* juent la maladie de roi. La bulle de canonisation, délivrée par Alexandre. III, un siècle enviroA après .sa mort, lui domia le surnom de ccnfçs$eukTx -
HABOLD,
. Sans cgard aux droits que pauvoit avoir à la couronne TEtheling Edgard, le dernier survivant dans la ligne masculine de la race de Cerdic, Harold fut proclamé roi , le jour même des funérailles d'Edouard (1066), dans une assembjlée des xhanes et des citoyens de liOndres ; et Edgar » au lieu d'être couronné \ reçut le titre de comte d'Oxford. Les comtes du $ud reconnurent le nouveau monarque; mais l'orgueil des Northumbres f utUessé d'un choix auquel ils n'avoient pas coucouru, et ils refusé*»' reut d'abord leur conseutement; Harold se hâta
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de se rendre dans le nord, accompagne, non de Vappareil menaçant d'une armée, mais du seul Wulstaiî, le vénérable évêquc de Worcesler. L^influence du prélat, jointe à la conduite conciliante du roi, gagnèrent le cœur des Northiimbrcs ; et son mariage avec Edithe, iille d'Alfgar , attacha à ses intérêts deux comtes puissants, Morcar et Ëdwin.
Aussitôt que Guillaume eut appris ces événements, un héraut fut envoyé vers Harold pour4ui rappeler ses anciens serments de fidér ' lité et ses promesses/ Celui-ci répondit que le serment lui avoit été arraché par force, que kl promesse de . donner une couronne ^ui ne lui.appartenoit pas, ne pouvoit être obligatoire; qu'il avoit été élu roi par le libre sulfrage du peuple, et que^Jorsque viendroit le temps.de le prouver, il sauroit se montrer digne de ce choix, - * .
Cette réponse étoit attendue d*avance^ Ge fut un malheur peur Harold d'avoir en même temps une i2;uerre à soutenir avec son frère Tostig, exile et mécontent (i). Celui-ci se cou* eerte avec Guillaume, arme à Bruges une flotie
(i) Nomtné gouverneur de Northumbres, sons le rè^tifi précédest, il s'y éioU rendu si odieux par ses violences et ses cruautés y que la nation entière s'étoit souleyée,' et qu'une fuite précipitée avoit pu seule le soustraire à Iâplus'ter«rîble caustrophe. Brunis sous le commsudemenldelMorcar, fils d'Alfgar, qu'ils avoient choisi pour leur XM^mie futur, les insurgés yers lequel Harold fut envoyé , déclarèreiit qu'ils ne mettroient bas les armes , que lorsqu'on leur auroit accordé la cnnErmation des lois dé Gamtte , et pour comte le chef qu^ils avoient choisi. Harold leur fit accorder toutes leurs demandes ] et Tostig , furîjsux de ce Iraiic , se retira à Bruges, asile accoutumé de sa famille.
X lâS III&TOIRB dUnGLETERRE.
de cinquante voiles, s'assure le secours de Haraid Hardrada , roi de Norwége , et se dirige vers r Angleterre. 11 éprouva d'abord un échec qui le force à chercher un refuge chez Malcolui^ roi d^£cosse, jusqu'à l'arriYée du roi de Norwëge, son allié. Celui-ci arrive enfin, après s'être fait long-temps attendre: Tostig se réunit à lui, et ils gagnent enseuibie» sur les comtes Ëdwin et Morcari une bataille sanglante et décisive qui leur livre la ville d'York. 11 fallut en venir aux négociations, et la province fut cédée conditionneUeinent aux envahisseurs.
Harold, ayant complété ses préparatifs, avilit choisi une position entre Pevensey et Hastings, oà il atiendoit avec confiance la descente dont les Normands le menacoient. Vin^ vasion inattendue de Hardrada déconcerta ses projets, sans pourtant le décourager. 11 ne perdit pas un moment, marcha contre Tagresseur, quatre jours après la dernière bataille se trouva dans 1^ environs d'York, et atteignit enfin son ennemi à Stramfordbridge sur le Derwent. Un ancien annaliste a conservé des anecdotes curieuses sur cette bataille célèbre. Hardrada étoit vêtu d'un manteau bleu et couvertd^un casque étincelant : en faisant le tour de son cercle , son cheval sVbattit; Harold s'écria : o Quel est donc ce capitaine jeté sur la terre ? » On lui apprit que c'étoit Hardrada. — « fitardrada, reprit le roi , est un brave guerrier; mais cette chute semble indiquer queson heure approche.» Peu après, un messager alla, de la part du roi, offrir à Tostig le comté de Northumberland. « Cette proposition , dit le proscrit , ppuvoit m'être fiiîte il y â quelques mois ; mais si je l'accepte , que donnera mon
HAROLD. lâS
frère. ^11 rai de Norwége? — sept pieds de lei 1 e pour set tombe, répondit le héraut. » Tdslig ne voulut pasabaiulonner son ami. La victoire, long^temps indécise, fut sur le point de se déclarer pour les Norvégiens dont Hàrold tenta vainement de rompre les rangs. Leur ardeur seule à poursuivre l'ennemi jeta le désordre au milieu d'eux. LesAtiglois se précipitèrent alors dans leurs rangs ouverts ; et une flèche lancée au. hasard blessa mortellement Hardrada. Tostig^ refusai! t toute proposition delà part de son frère, prit le commandement à sa place, et lui disputa encore loBg-temps la TÎctoire qu'ii ne lui céda qu'en mourant ^ et avec lui se firent tuer les plus célèbres capitaines de Tarméenorwégienne. Il périt tant de monde à cette bataille, Tune des plus san- ' glantes des annales de TAngleterre, que, cinquante ans après, les champs où elle avoit été uvrée ^ étoient encore couverts des ossements blanchis de ceux qui y avoient été tués.
Harold employa quelques jours à prendre possession de la flotte norwégienne, à se faire rendre compte des dépouilles, et à rafrat-* chîr ses troupes cpuîsées. Il revint k York , où un messager lui annonça la descente des Normands sur la c6tè de Sussex. Guillaume avoit employé huit mois aux vastes préparatifs de son invasion. Ses plus sages conseillers k blàmoient ùomme trop hasardeitse; mais rien ne put ébranler la confiance , ni du monarque ^ ni de son peuple. Les Bretons ^ les Poitevins^ lea Bouvguig'iions , des gtierriers de toutes les provinces de la France accoururent en foule sous ^es étendards. Au commencement
i44 * HISTOIRE D*A!IGtETERBl.
du mois d'août, il se troiivoit à la tète de cinquante mille hommes de cavalerie e( d'un . corpsd' infanterie considérable, quoique iftdiM nombreux. Tons étoient convaincus qu'ils loient combaltrc contre un traître qui s'éioit parjuré en s^emparant de la couronne 'd'An«^ ^leterre au préjudice de Guillaume ^ « dont il étoit , disoit-on , rhomme-liî^e ; » et ces impressions se lortifioient encore de 1 envai d'une bannière consacrée que Guillaumeavoitrectte du pape Alexandre III , à qui il vendit d^etîvoyer uneainbassade. Ce qui n'étoit peut-être, de la part 4u pontife, qu'un échange de po* Utessc , fut présenté à Tarmée comme la samytion de rexpéditioii projetée; et la cause de Guillaume devint en méme-temps celle de la religion. ^
Il fallut, selon quelques uns, trois mille vaisseaux de toutes dimensions et de toute espèce , pour transporter cet armement à l'ein<bouchure de la Dive, qui étoit le rendc«*vous général. Une violente tempête qui survint pendant la traversée^ submergea un grand nmnbre de ces vaisseaux , fit périr beaucoup d'hommes/ et força Guillaume de venir relâcher à Saint- Valéry. Le duc essaya d'intéresser le ciel en sa faveur; on porta en procession la châsse de Saint- Valéry, et toute Varmée fitdesprièrts • publiques pour obtenir un vent favorable: leurs Tœux furenl exaucés. Guillaume montm la route au moyen d^une lanterne suspeudttQ« la tête de son mat, qui servoit de point de di»^ reclion dans les ténèbres ; mais la marche des vaisseaux étoit tellement inégale , que lora-^ qu'il atteignit le rivage de l'Angletcrrej le reste se trouva dispersé sur une ligne de vingt
lieues d'une côteaTautre. Dans cetleftUualion, la ûo&ie de Harold les eût facilement détruits ; mais, lualheureusemeiit elle s'étoit divisée ^ afin de se procurer des vivres, et les diffëren* tes escadres qjui la composoient étoient relcnues dans les ports ^ par la violence de la tempête. Les Normands prirent, terre sans oppositionk Pevensev, mai chèrent immédiatement vers Hastings, et &e fortiUèrent sur ces deux points.
: Harold 9 en recevant cette nouvelle , revint précipitamment vers sa capitale. 11 est probable qu'avant de marcher vers le nord ^ il avoit laissé des ordres pour rassembler des troupes à. Londres, en cas d'invasion. H est certain .que des milUers d'hommes se rangèrent sous sa bannière, et qu^en six jours il se crut en mesure d'abattre son rival. Au commencement d'octobre y oa lui donnoit encore des iétes h York; et le H du mâme mois, il atleignoit le camp. des Normands; maiis Guillaume étoit prêt. 11 fit immédiatement ses dispositions de combat, rappela les détachements qu'il i^voit envoyés en maraude, se rendit dans sa teinte, entendit la messe et communia.
Dans ce siècle, on ne connoissoit point de crime plus honteux ou plus atroce que la ira-htson d'un vassal envers son seigneur. Les troupes de Guillaume étoient persuadées que le ciel ne manqueroit pas de venger sur UaroU 1» violation de son serment.. Guillaume profita habilement de cette opinion répandue; et quand on lui dit que Harcdd commandoit son armée en perscmne, il témoigna sa. sur* prise de: ce: qu^un homme qui avoit la conip cience de son parjure , osoit ha^der sa per*
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sonne dans un combat. Ce senlimentprévaloit aussi parmi les Anglois« Les frères de Harold le supplièrent instamment de s'éloigner du champ de bataille. «Vous avez juré, disoient* ils , fidélité à Guilbioiiie; tous ne pourra léigitimemetit combatlre un prince auquel , au nom de Dieu, vous avez promis soumission* Laissez-nous la conduite die la bataille, à no«s qui ne sommes liés par aucttn serment* » Le roi plaisanta de leurs craintes.
Le lieu choisi pour vider cet important débaty s' appelait Senlac, à neuf milles de Hes^ tings.' Les deux armées furent rangées dans le meilleur ordre : le choc fut épouvantable ; mais les Anglois opposèrent, sur chaque poii^i, nne masse solide et impénétrable. Mi les boucliers, ni les corselets ne purent résister à leurs haches de bataille. La confirmée des Normands s'évanouit à la vue de leurs pertes et de la contenance hardie de leurs ennemis. La cavalerie et Tinfanterie de l'aile gauche commencèrent à ftiir ; «u bruit que Guillaume luinniéme avoit péri , toute Tarmée alloit pli^, quand le duc, son casque à la main, parcourut la ligne à cheval, en criant: « Je Tk ehodre, et avec l'aide de Dieu je serai encore vainqueur. » A ces mots, les Normands revienneni à la charge avec un nouveau courage^ n^aî^ ta coUmne angloisey sevrée et iteébi>aiitefe|te, eontitrae de repousser ionsleurs efforts. Imjdiet et trouble, Guillaume a recours à un stratagème; iltlonne Tordre à une division de eav«lef4ed«'pr^ntiire ka fuite; on faiiMOttDsuit, etla témérité de ceux qui la pounwvent est punie jmv leur destruction totale. On cmplgye la^ni^ue^ruse, avecle^nuème^snecès, sur
une autre partie du champ de bataiHe ; ces per*
tes diminuèrent grandement lesforces anplois^l mais le corps d'armée ae maintenoit opiniàtrëmentdaiia sa posiuon ^ et déficit tous \m ef*
forts des Normands. Quoique les deux frères de Uaroldy Gurth et Leofwiu, eussent déjà suc* combé^ tanl qu'il yéeiH lui-même , aucun des siens ne conçu t la crainted^unedéfaite, ou n'admit la possibilité de la fuite. Mais, peu avant le coucher du soleil, une (lèche, lancée au hasard» raHeignitàroril; il péritàTinatantmème, et la nouvelle de sa mort abattit le courage des Anglois* Vers la nuit , ils décampèrent et se dispersèrent dans les bois. La poursuite fut fatale encore aux Normands. Vins de quinze mille des leurs restèrent sur le champ de bataille; mais à la fin^ il^ triomphèrent. Le nombre des mor ts^ dans Tannée angloise , est demeuré inconnu ; mais avec Harold et ses deux frères tomba toute la noblesse du sud de l'Angleterre ^ désastre qui ne fut jamais réparé*
Guillaume a voit déployé durant Taction le courage le plus héroïque ; il avait eu trois chevaux Uiéssous lui etavoit courules plus grands dangers; mais il montra moins cThumanité dans la victoire qu'il n'avoit montré de bravoure dans le combat. En vain la mère d' Harold demanda comme une &Teur qu'on lui rtodît le corps de son fils; il fut inaccessible à la pitiëj et ordonnant d'enterrer le monarque sur le rivage^ il ajouta avec ironie: « U gardoit la « cÀte quand il vivoit, quHl la garde encore « après sa mort. » On parvint cependant à eulever les dépouilles mortelles du roi^ et on les déposa dans Téglise de Waltham que Harold avoit fondée avant de monter sur le trône.
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