GUILLAUME I^*, SURNOMME LE^CONQUKRART
. RoLLO!! &*éu>it distingué^ au commencement du dixième siècle j parmi lés plus formidables
rois de la mer :1e nord de la France a voit été le théâu:e de sqs exploits; il désola de nouveau les provinces mari times^, déjà ravagées par Haslings; mais ce farouche guerrier, devaiit lequel avoient lui tant d'armées ^ l'ut soumis à la foi évangélique en di2, par le zèle et rëloquence de Franco , archevêque de Rouen ; et amené ainsi a se reconnoître vassal de la couronne de France, il reçut, pour prix de sa soumission, la main de Gisla, fille de Charlesle-Simple, et avec elle tout le territoire borné par VOcéau, la rivière d'Eplc elles provinces du Maine etdeBretagne. Cette contreereçutde ses nouveaux habitants le nom de Normandie, Rollon laissa ses états à sa postérité, race de princes heureux et habiles , qui prirent indifféremment le titre de comtes , de marquis ou de ducs. Sous de tels princes, la nation prospéra tellement, que,.cei^t cinquante ans après le baptême de Rollon , grâce surtout à la reli-
160 BISTOIRS 0'ANG1.8TeRRE«
gion qui adoucit la fcrocitc de ses mœurs, et la disposa à cultiver les arts utiles et agréa* bles, elle étoit déjà comptée parmi les nations les plus policées et les plus belliqueuses de TEurope.
Le cinquièkne successeur de Rollon fut Ro* bertll j qui contribua a replacer sur son trône
le roi de France, reçut de lui le Vexiu qu'il ajouta à ses domaines , et mourut à Nicée, en Bithynie, au retour d'un voyage en Tewe- Sainie, que la curiosité ou la dévotion lui avoient fait entreprendre. En l'année 1027, il avoit eu d'Herleva, fille d'un de ses officiers, un fils illégitime , nommé Guillaume , le même ^ qui devint roi d'Angleterre. Cet enfant avoit tellement ^agné les affections de son père, que, dans une assemblée de ses barons tenue à Fécamp, Robert le fit reconnoitre héritier présomptif du duché de Normandie. Cet héritage lui tut vivement disputé par les héritiers légitimes de Richard IJ, père de Robert : soutenu d'abord par le roi de France, qui ensuite se tourna conlre lui, Guillaume, vainqueur dans plusieurs batailles, sut enûn , par sa bravoure et par son activité , triompher de tous les obstacles. Il demeura duc de Normandie ; Baudouin de Flandre lui donna sa fille Mathilde en mariage; et quand il partit pour la conquête de FAngleteri e, nul souverain de là chrétienté ne jouissoit d'une aussi grande célébrité.
Yaînqueur 4e Harold à Senlac, Guillaume
s'étoit persuadé que la campagne étoit ter- ' minée, et que les indigènes intimidés se hâte* toient de lui offrir la couronne. Peu de jours
C1T!LtA.Î7BlE î*^. 161
suf&rent pour dissiper cette illusion. Londres ' ferma ses portes ; une division de la flotte normande fut repoussée par les habitants de Romney ; et une force considérable , rassemblée à Oouyres , menaçoit d'attaquer sur ses derriè-^ res l'armée des envahisseurs, si elle se dirigeoit vers la capitale. Guillaume triompha de tout : Douvres fut pris et fortifié ; et comme it $e dirîgfeoit sur Londres , il rencontra les habitants de Kent y qui venoient lui offrir leur soumission .
Rassemblésà Londres, immédiatementaprès la mort d'HaroId, les witans avoit proclamé roi le jeune £theling Edgar. Ce prince mit à la téte du conseil le métropolitain Stigand , lequel confia la direction des opérations militaires aux deuik puissants comtes £dwin et Morear, et tout fut ^préparé pour une défense Tigonretîse. Maigre leurs efforts ^ les faubourgs de la capitale furent incendiés , sans que , cependant, Fennemi osât entreprendre Tassant des murailles. Guillaume répandit son année dans les comtés voisins , portant partout le pillage , la terreiir et Fincendie. Pour comble de malheur, la désunion se mit parmi les indigènes. Edwin et Morcar se rendirent suspects ; Stigand donna l'exemple de la défection , et la réception flatteuse que lui fit le conquérant entraîna un grand nombre d'autres chefs. En peu de temps ^ Guillaume se ▼it maître de la plus grande partie du pays ; et bientôt une députation delà noblesse ayant à sa téte Edwin et Morcar, des évéques et les principaux habitants de Londres , vi^t lui offrir la couroune. Il feignit d'hésiter un
162 HI&TOIRE D^ANGLKtERftË.
men t j consulta ses barons normands, et conitne si leur assenliment Teùt déterminé , indiqua , pour son touronneirient / les prochaines félies de Noël. Toutefois il eut soin de porter dans les environs de Tabbaye de Westminster une division' considérable de troupes prêtes à tout événement. Comme Stigand avoit été suspendu de ses fonctions par suite d'un démêlé avec le pape , la cérémonie fut accomplie par Alfred, archêvéqne d'Yorki. Ce prélat demanda aux Anglois, et révéque de Coutance aux Normands, s'ils vouloient reconnoître Guillaume pour' leur souYerain» Les deux nations répondoient par des acclamations, lorsque tout à coup les soldats, portés près de Fabbaye, mirent le feu aux maisons les plus pro* ches et commencent à piller la ville. Le désordre fut grand; Anglois et Normands crurent . Stutuellement qu-il a aToit un^conrpiort formé contre eux, et Guillaume lui-même trembla un moment. , Toutefois il ne voulut point c|ue la cérémonie fût interrompue , et la termina par le serment en usage parmi les princes anglo-saxons 9 en ajoutant qu'il gouverneroit avec autant d'équité que le meilleur de ses prédécesseurs. '
Bientôt de sages ordonnances qui avoient pour but de rétablir les mœurs, de protéger les indigènes contre la violence des soldats, qui confirmoient les pi iviléges de la ville de Londres, protégeoientle commerce, veilloient à la sûreté des voyageurs, et tendoient à en^ tretenir la bonne ijuelligcace entre les deux nations, prouvèrent la sincérité de ce serment. Il fit tout pour ffk^er Tafiection des Anglois,
6II1LLAII11E J'i*.
et en particulier des habitants de Londres. 11 receroit gracieusement les plaintes du peuple^ dtsculoit lui'-méme leui*s raisons, et tempéroit toujours l'équité de ses décisions par une clémence qui n étoit pas, dit-on, dans son caracièrei Mais rien ne fut plus agréable à ia nation que les atteii Lions qu'il prodigua à TEtheling' Edgar : il l'admit au nombre de ses plus intimes amis, et lui fit présent d'une très vaste propriété, digne dû dernier rejeton d'une antique race de rois.
; * Après avoir ainsi tout réglé , et avoir réparti ses troupes dans les villes et les districts les plus populeux , et surtout à Londres et àWinchesteri Guillaume voulut visiter ses possessions patrimoniales. Au mois de mars, il rassemble son armée sur le rivage, près de Peveasey, distribue des présents à tous, et VembarquB, par un vent favorable , pour les L-ures ae la INormandie. On conçoit avec quel eji^thousiasm^ il y lut reçu. Partout où il passa, les travaux de Vagriculture et du commerce furent suspendus; les Normands, beaucoup de François, se. pressoient sur son passage {>Qur* voir la magnificence de son cortège, jcomposé d\me foule de thanes et de prêtais aiiglois. Pour rehausser, aux yeux de ses hôtes et de ses sujets , le prix de sa conquête, Guillaimie déploya devant eux les trésors qui provcnoient du Ijutin fait après la bataille, et des présents qu'il avoitreçus à son couronnement,. Une portion considérable de ces présents, et la bannière de Harold, furent destines a être offerts au. pape, et il distribua le reste aux églises de la Normandie et des provinces voisines.
164 HISTOIIE ]>^ANGLETElillfi.
Pendant son absence , le roi avoit confié les réoes du gouvernement à Guillaume Fiu-Oâbern y et à Odo, évéque de Bayéux» son frère utérin. Celui-ci eulle gouvernement de Kent: les fréquentes communications des habitants de ce comté arec le continent , les aroieni rendus moins grossiers que la plupart de leurs compatriotes. Le reste du royaume fut confié à la vigilance de Fitz-Osbern, Allié du côte de sa mère a la famille ducale, compa^on d'enfance de Guillaume , c'étoil à Tinfluence de ce seigneur qu'on attribuoit le projet si heureusement exécuté de rinyasion de TAn** gleterre : habile dans les conseils, intrépide dans les combats , il étoit l'orgueil des Nor^ manda et le fléan des Anglois.
Ces deux ministres ont trouvé de zélés panégyiri^tes: mais si leur fidélité ne se démenr lit iamais • il n'en fut pas de même de leur
habileté prétendue. Dès qu'ils furent entres ën fonctions , ils abandonnèrent le système dé conciliation que le roi avoît adopté, et prirent imprudemment le maintien orgueilleux elles manières arrogantes des conquérants. Les plaintes des offensés furent méprisées; Tagresi^ ' sîon fut encouragée par Timpunité, et plusieurs garnisons insultèrent les habitants, ou« tragèrent les femmes et les filles , el véctirent à discrétion sur les propriétés de leurs voisins. Tant de vexations réveillèrent Tindignation des Anglois; et si quelque individu se fùt^on^* tré capable de combiner et de diriger tin soulèvement général, c'en étoit fait probablement dé la domination des Normands. Mais il n^y gypit point d'accord parmi les habitants, et
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le grand nombre s'occuppit plus de ses intéréu personnels que de ceux du pays. Plu* sieurs des principaux thanes et prélats que ees vexations n'atteif^oi^ni pas, s'ëtoient sincèrement dévoués au conquérant, entre autres, Copsi, que Guillaume ayoit créé comte, et que ses vassaux assassinèrent , parce qu'il
refusa d'entrer dans leur révolte contre lui.
Dans les contrées de Touest, Edric, dit le Sauvage 9 refusa de reconnoitre lautorité de Fitz-Osbem à qui le conquérant avoit donné le comté de Herefort; et soutenu de deux princes bretons, lit la guerre avec succès dans la partie occidentale de ce comté* A Test^ le
peuple sollicita Tappui d*Eu5tache , conilc de Boulogne, qu'il savoit être Tennemi de Guillaume ; celui-ei passa le détroit, et combina avec les indigènes une attaque sur Douvres qui ne réussit point. Eustaclie regagna ses vaisseaux.
Alors les plus prudents jugèrent qu'il faUoit \^ réserver leurs efforts pour des chances plus certaines de succès. On envoya des députés en Danemark, pour offirir à Suénon TiafT- . veskeg, une couronne qui avoit été déjà portée par deux de ses prédécesseurs, Canu te et Hardi* canute. En même temps, an corps d'An^^lois^ impatient du joug, adopta un projet viainaenl romonrsque. Ces guerriers firent leurs adieux à leur pays, s'embarquèrent pour la Méditerranée, et altèrent offrir lecnrs services à Tempe* reur Alexis. Ils obtinrent de ce prince un éta- ' blissement, et leurs descendants réunis à un corps de Danois , formoientenoore , an ureixième siècle, la principale Ibrcequeles-souYerains
i6o HISTOIEE 0'aI)IGLST£RRE.
de Bizaince opposèrenl alors au torreot des
croisés. - .
A son retour I Guillaume, ^ue cet esprit de révolte ayoit exaspéré, feignit pourtant d'cr coûter les réclamations avec bienveillance. li accorda aux lhanes auglois ce qu'iis lui de-* mandèrent; mais ses dispositions hostiles perçoient à travers le voile dont il voulott \m couvrir. Les nouvelles cbarj^es qu'il imposa excitèrent des craintes bien iondëes. Les ex^ trémités septentrionales et occidentales, dii royaume moaU in en t quelque insubordination; Exeler, ville populeuse eiiorte, refusa le serment de fidélité et T admission d'une gar^ nison : il fallut soumettre les habitants jpar la force , encore obtinrent-ils , après un siège de dix-huit jours , des conditions avantageoses* ' . Ëdwin ne tarda pas a attirer Guillaume vers le nord; ce conquérant, qui lui di ^oit la soumission d'un tiers de ses nouveaux états, lui avok promis sa fille en mariage ; mais depuis qu'il se voyoit solidement établi , il refusoit d'accomplir sa promesse. H fallnt recourir aux armes, et elles furent encore favorables aur roi , dont Tautorité se trouva par là plus affermie. York ouvrit ses portes au vainqueur^ Archil, puissant northumbrien , Egeiwin, évèqne cle Durham , s'empressèrent de lui rendre hommage ; et Malcolm , roi d'Ecosse, qui prcparoil des secours pour les insurgés, envoya des ambassadeurs à Guillaume pour Fassurer de sa fidâité. A son retour, le roi • fortifia plusieurs châteaux.
* Au printemps suivant, Githa , mère de Ha-, rold, et plusieurs antrea âmes, redoutante
etJiLLAUMB 167 lividité et la brutalité des Normand»., s'enfuient d'Exetcr avec leurs trésors, et après avoir ëlë expo&ées à de grands dangers dans leur fuite , trouvèrent enfin un asile s6r à Saint-Ofner. Les petits-fils de Gilha, enfants du malheureux Harold , Godwin , Edmond et MagnnS) avoient trouvé un protecteur dans Derinot, roi de Leinster en Irlande , qui même avoit tenté pour eux une expédition sans succès. Un plus illustre fugitif, TEtheling Edgar, qui avoit entrepris de conduire sa mère et ses sœurs en Hongrie, fut jeté par la tempête sur les côtes d'Ecosse , et accueilli par Malcolm , roi de cette contrée.
(1069) La dernière expédition de Guil* laume contre York n'avoit anuiic qu'une trampeuse apparence de tranquillité. L'esprit de révolte étoit toujours actif; les vallons etles
forets se rcmplissoient d'exilés qui s'y soute- ■ noient par le pillage des Normands et des roya* listes. Après la mort de Copsi , le roi avoit vendu son comté au noble tkane Cospatric v mais alors il le transféra à un officier plus iidèle, nommé Kobert de Cumin, qui, avec six'ou sept cents chevaux , se hâta d'en prendre possession. Malgré les avis de Févcque de Durham, il entre de force dans la ville, s' empare, du palais épiscopal, et abandonne au pillage les maisons des citoyens. Les Anglois s*arnient , pénètrent dans Durham pendant la nuit, égorgent, ou mettent en fuite les Nor» mands* Ceux-ci se réfugient au palais, oà ils périssent dans les flammes, et Cumin lui-même Avec eux; deux d'entre eux seulement écliap*» ph^t au massacre*
168 HISTOIRE d'aNGLETËHRE.
Ce succès ranima les espérances des Aii* glpis ; les habitants d'York prennent les armes;
Cospatric, avec les Norlhumbres; Ëdgar^ avec les exilés d'Ëcosse, se joignent à eux; mais Guillanme se met en marche 9 snrprend tes as-
sicjjeaiits et livre la ville li la fureur des solda Ls. En juin, les fils de Harold, qui 9 avec une flotte de soixante^quatre voiles , étoienl venus aborder près de Plymouth , ne furent pas plus heureux. Briaii, fils du comte de Bretagne, les contraignit à regagner leurs vaisseaux* ëq juillet 9 arriva l'expédition préparée contre l'AiigleLerre, par Suénon, roi de Danemark. £iie se composoit de deux cents quarante voiles , et étoi t commandée par Canute f son fils atné f qu'assistoient les conseils de Sbern , son oncle , et de Christian son ëvêque. Cette flotte ne fit que toucher quelques ports, comme pour avertir les indigènes de son arrivée , et vers le commencement d'août fit voile vers le Humber, où elle fut jointe par une escadre an^oise que lui amenoient Edgar, Cospatrie, Waltheof , Archil et les cinq fils de Cari. Les Normands d'York, pour éclaircir la contrée, mirent le feu aux maisons voisines de leurs châteaux ; le vent dispersa au loin 1^ flammes, et dans un incendie qui dura trois jours , la cathédrale, et une grande partie de la ville fûrent'réduites en cendres. Pendant le dé* sôrdre, les Danois et les Anglois arrivèrent, et taillèrent en pièces l'ennemi. Le roi chassoit dansla.for^ de Déan , quand il apprit ce désastre : dans le premier mouvement de sa colère, il jura qu'aucun Northumbre n'échapperoit à sa vengeance. 11 s'étoit préparé dès
long-teinps à résister à l'agression deSuénon, et ayoit cherché des auxiliaires depuis le Rhin jusqu'au Tage. Les coufécici ës , qui n'avoient pas T intention de risquer un engagement contre des troupes si nombreuses et si bien disciplinées , se séparèrent dès que celles-ci parurent. Afin de les surprendre, Guillaume se porta rapidement, avec sa cavalerie, sur le Humber ; mais ils furent infor^ mes de son arrivée, se rendirent sur la côte opposée de Holderness , et ne tentèrent plus .désormais aucune entreprise importante. On assure que Sbern, le chef réel de l'expédition, s'étoit vendu à Guillaume pour un présent considérable*
L'exemple des confédérés d'York avoit relevé les espérances et excité les entreprises des nationaux. Exeter est assiégée par les habil^nts de Cornouailles; les mécontents du Dejranshire et de Sommerset donnent l'assaut à Montaigu ; les gens de Ghester, et les Gallois , auxquels se joignent Edric-le-Sauvage, et ses compagnons , prennent la ville ei attaquent le château de Snrewsbury. L'infatigable GuiU laume revientsur ses pas, et défait les insurgés à Straftord; Edric, à son approche, brùl« Shrewsbury et gagne le pays de Galles; Ëxeter tint ferme jusqu*à Tarrivée de Fitz-Osbern e| de llrian , qui venoient à son secours. Tous ces troubles interrompirent les travaux de. Tagricttlture , ruinèrent les campagnes, et il en résulta pour les années suivantes une di-^ sette lâcheuse*. York seul tenoit encore : le roi y vole, s^en empare, malgré les efforts de Waltheof, et y établit sa cour pendant lés fêtes î. 8
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170 filSTOIBE D'A9IGLBnRRE«
' de Noël I au milieu des réjouissances accou^ lu m ces.
. Exalté par la victoire , Guillaume imagine
aloi*s, et exécute un système de vengeance qui a couvert sou nom d'un éternel opprobre. Il forme la réaolution d'exlerminer tous les indigènes réfractaires , et de créer un désert entre ses Normands et leui s implacables ennemis. Il sçrtde la ville d'\ork àla tètede ses parlisansi les disperse en petites divisions dans toute la contrée , et leur ordonne d'ex terminer hommes et bestiaux , de détruire les maisons, les grains, les instruments de labourage , et tout ce qui pouvoit être utile ou nécessaire au soutien lie la vie humaine. Ces ordres cruels furent trop bien exécutés; plus de cent mille per* sonnes périrent^ dit-on, victimes de cette politique barbare; et pendant neuf ans, on ne vit pas un arpent de terre cultivé entre York et I)urham.Toutpliadésormaissoussesiois(1070); 'les chefs anglois, frappés de terreur, songèrent à se mettre en sûreté, les uns comme Edgar par la fuite, les autres, tels que Cospatric et Watheof par la soumission. De la Tees, Guillaume prit, pour s'en retourner, sans qu'on en sache laraison, un chemin non frayé, que les neiges et les rivières rendirent très pénible. Un grand nombre de chevaux périrent, et ce ne fut qu'après de grandes fatigues que les troupes atteignirent York. Guillaume, que rien ne pouvoit abattre, n'y resta que quelques semaines , après quoi il entreprit une nouvelle expédition plus longue et plus périlleuse. Au commencement ' de mars, il conduisit son armée de York k Chestef , au milieu des tourmentes de neige ,
GUILLAUME l*^''. 171
ùe pluie ei de grêle. En vain les mercenaires firent entendre quelques murmures : « qu'ils
partent, disoit-il , je n'ai pas besoin de leurs services.» H bâtit un cliâteau à Chester, pacifia la eoutrée^ rendit sa faveur à Ëdric-le*Sau- Tage , et alla ensuite à Salisbury, où il récompensa 'et licencia son armée. Les mutins lurent .condamnés à servir quarante jours de plus que leurs eamarades, et ce fut leur seule punition.
Telle étoit la haine que le roi d'iuosse portoit aux Normands, qu'ami des nationaux tant qu'ils furent opposés à Guillaume, il devint leur ennemi au moment même où ils se furent soumis. Entrant dans lescomtés du nord, il y mit tout à feu et à sang, acheva de détruire ce qui avoit échappé aux fureurs et à ta rapacité des Normands, et emmena une quantité in- .nombrable de captifs de tout sexe et de tout âge. Après cette expédition barbare, Malçolm demanda à Edgar sa sœnr Marguerite en mariage, et malgré les répngnances de la jeune princesse, cette union fut consommée (i).
Guillaume étoit alors maître absolu de l'Angleterre. De la Manche aux froniières de l'E- , cosse, on reconnoissoi t universellement son au-
(i) De leurs huit enfants, trois furent roi d^Eoosse, une fille fut reine, et une autre mère d^ùne reine d^Angleterre.
MALCOLM-MAKGliERITE.
lf«ri«
Mathilde
Edgar Alexandre. Darid. kEiitUcbe
k Henri 1er;
de Bonlo^ne
172 HISTOIRE d'a1SGLëT£KKE.
toritéy qui , dans chaque comté , éioit ford&ée pJir la présence d\in corps de troupes considérable. Il avoit élevé partout des forteresses ; il avoit eu soin de rabaisser les indigènes , d'élever les étrangers, but principal de son gouvernemeut; et sous peu d'années, toutes les dignités de Téglise , toutes les places lucratives, presque toutes les propriétés territoriales , eurent passé dans les mains des Normands; et leur rapacité ne respecta ni les trésors des églises j ni ceux qu'on y ayoit déposés comme dans un asile sacré.
A la requête du roi , le pape Alexandre avoit envoyé trois légats en Angleterre, Ermenfrid, évcque de Sion, et les cardinaux Pierre et Jean. Leur commission avoit pour objet la réforme du clergé anglois» Des conciles furent tenus à Winchester et à Windsor : quelques prélats furent justement punis ; mais beaucoup d'autres subirent le mém^ aort, à qui Fon n'avolt de crime à reprocher que celui d'être Anglois. Ce système de proscription ne s'arrêta point aux évéques; dans les années suivantes , il descendit successivement aux emplois inférieurs de Teglise, tellement qu'il ne resta plus un seul indigène qui conservât quelque influence ou quelque richesse. 11 se* roit injuste , cependant , de ne pas observer, à • la louange de Guillaume, qu'il n'admit généralement aux hautes dignités ecclésiastiques» que des personnes distinguées par leurs talents et leurs vertus; et qu'au total ce changement de hiérarchie fut un bienfait pour la nationr. 11 servit à réveiller le clergé anglois de cet engourdissement intellectuel ou il étoit
Digitizod by Gi.r. -^i^^
GtJlLtAtlIE I*'. 173
testé si loBg^tenps plongé, et à TëleTer graduelle men t a la hauteur de ses frères é U angers, par la culture de Tesprit.
Un des plas iUustres des ncmteaux prélats fut, sans contredit^ Laiifranc, né à PaTte, où il avoit professé le droit pendant plusieurs années , et qui, depuîsi a> oit ouvert une école à Avranefaes en Normandie. £n 1042 , des mo** tifs de piété l'avoient porté à se retirer dans la paayreet solilaire abbaye du Bee. En 1063| Guillaume le ût afabé de SieiintCiîenne , etsept ans plus tard y il le porta , de Tassentiment de ses barons, au siège archiépiscopal de Ganter* bury. Sa fermeté, sa vigilance, ses pieuses fon* dations, la grande influence dont il jouissoit, réparèrent, en grande partie, les maux que cette grande ville avoit soufferts. Lanfranc môurut, âgé de près de cent ans, en 1079*
(1071) L'esprit ombrageux de Guillaume ralluma la guerre civile. £dwin et Morcar lui inspirèrent des craintes^, non par leur conduite y qui avoit été très circonspecte , mais parce que les indigènes placoieni lou jours en eux leurs espérances y et les con&idéroient comme les libéiuceuiRs futurs de leur pays. Le rot chercha à s'assurer de leurs personnes : Edwin se cacha, essayade fuir, mais fut atteint et tué en combattaot contre ceux qui Touloient rarrèter. Sa téta fut portée à Guillaume, qui récompensa les assassins par une sentence de bannissement perpétuel; Morcar alla &e mettre sous la protection de Hereward , qui venott de lever Tétendard de l'indépendance dans Ca m br i d ges h i re .
Hereward , seigneur de Bom dans le Lin-
174 HISTOIRE D*ANGLETERR£.
colnshire ^ se trouvoit en Flandre à l'époque de la conquéle : quand il apprit que son père
étoit mort, et que sa mère avoit été dépossédée de sa seigneurie par un étranger , il revint en hâte en Angleterre, rassembla les vassaux de sa famille , et chassa les Normands des propriétés de ses pères. Le bruit de cet exploit accrut le nombre de ses partisans ; ils élevèrent dans l'île d'Ely une forteresse en bois pour garder leurs trésors , et cette petile troupe de proscrits , exaspérée par la ven^ geance et le'désespoir , défià tonte la puissance du conquéraiiL, et remporta plusieurs avantages sur les Normands.
L'orgueil de Guillaume dédaigna quelque temps de s'occuper de Hereward. Enfin, quand Morcar et la plupart des exilés d'Ecosse eurent rejoint ce cbef , la prudence l'engagea à écraser ce parti naissant. Comme Vennemi s'étoit retiré dans une sorte de forteresse située au milieu d'un lac, il entreprit de faire construire une route solide à travers les marais , ei de jeter des ponts sur les bras des rivières. Hereward dispersa souvent les ouvriers. Les Normands attribuèrent ses succès à l assistance de Satan : Guillaume eut même la foiblesse d'employer une sorcière que Ion croyoit capable, par T efficacité supérieure de ses charmes , de détruire ceux des magiciens anglois ; et elle fut placée dans une tourelle de bois, à la tète des travailleurs; mais Hereward mit le feu aux roseaux secs du voisinage , et la magicienne ainsi que les ouvriers furent enveloppés et consiumés parles flammes. Enfin, il fallut céder ; l'ile alloit être
prise^ et la plupart des proscrits se soumirent. Leur sort fut différent; il accepta des rançons
de quelques uns; d'autres lurent mis ù mort ; il en condamna un grand nombre à perdre un œil| une main ou un pied. Morcar etrévéque* de Durham furent destinés à un emprisonnement perpétuel. Herevvard seul ne put consentir à se soumettre ; il se sauva à travers les marais , et dès que Guillaume eut disparu, il recommença les hostilités, et lu; quitta les armes que quand le roi lui eut rendu le patrimoine de ses ancêtres.
Guillaume eut alors le loisir de punir la présomption de Mulcolm, qui n'avoitpas manqué une occasion d entrer dans les comtés du Nord f et d'exciter les nationaux à la révolte. Mais à peine étoit-il entré en Ecosse, à la té te de ses nombreuses cohortes de vassaux , et avoitil pénétré h Abernethy sur le Tay, que le roL d'Ecosse offrit de se soumettre. Guillaume lui dicta ses conditions, dont l'une ctoit qu*il se reconnoitroit vassal de la couronne , ce qu'il fit aussitôt.
Hereward fut le dernier Aiiglois qui tira Fépéepourla cause de Tindépendance. Les indigènes se soumirent au joug, en dissimulant leur désespoir. L'Etheling Edgar lui-même perdant tout espoir de vengeance, accepta un établissement de prince à Montreuil, que lui offrit Philippe f roi de France y sur la frontière de Normandie. 11 s*y rendoit avec ses trésors et une suite nombreuse , x|uanil son escadre fut accueillie d'une ailreu&e tempête, et ses vais- / seaux jetés sur la côte. Ce désastre le détermina a tenter une réconciliaiiou avec GuiK
176 HISTOIRE d'Angleterre.
laume. Ce prince , qui éloit alors en NcNmui*-
die, lui donna la première place à la cour,
un appartement dans le palais, et une pension de 365 livres d'argent. Là, pendant plusieurs années, on vit le dernier descendant mâle de
Cerdic borner son ambition au plaisir de la chasse.
Arrétons-nous maintenant un instant pour contempler les conséquences de la grande ré*
volution qui venoit de s'opérer. L'Angleterre
Erësenloit le singulier spectacle d'une popu» ition indigène , ayant un souverain étranger^ une hiérarchie étrangère , une noblesse étrangère. Chacun des membres de ce singulier gouYernement, pour se défendre de l'animosité des nationaux , s'entouroit naturellement d'étrangers. Des individus qui , dans leur pays y avoient été pauvres et inconnus , se irouToient inopinément élevés aux plus hauts rangs de la société , et ils déployoient généralement dans leur conduite toute Tarrogance des parvenus: le mépris et loppression devins rent le partage des indigènes.
Les premières donations que le roi fit à ses compagnons provenoient , ou des domaines de la couronne , ou des propriétés des nationaux qui avoient succombé sur le champ de bataille, ou qui, après la victoire, avoient refusé de se soumettre. Ceux qui se soumirent conservèrent momentanément leurs posses* sions; mais comme ils s'engagèrent presque tous successivement , dans quelqu'une des rébellions qui éclatèrent , les lois punirent la violation du serment de fidélité par la confiscation des biens; parmi ceux qu aucune con-
GUItLAtHE I^^* 177
^âamiiaticm ne put atteindre , un grand ndmbre
fut dépouillé par les cliefs normands, sûrs de rim|>ttnit€ y parce que Guillaume n'osoit les punir.
Ainsi 9 prêsque ioutés les térrés du royaume
passèrent dàns les mains des Normands , et les familles anglo*saxonnes , les plus nobles et les plus puissantes, disparurënt successi^emeiit. Le roi lui-même devint l)ieiiLoi le premier propriétaire du royaume ; tous les do* maines royaux lui étoient échus en partage, et si quelquéfois il les avoit diminués en faisant des donations à ses partisans, ceUc perte étoit amplement réparée par la confiscation des biens des thanes anglois. Il possédoit quatorze cent trente-deux manoirs, en différentes parties du royaume. Le plus riche, après lui, étoit son frère Odon, distingué par le titre de comte évêque, qui possédoit environ quatre cent cinquante manoirs. Geoffroy, évêque de Cou tance, en a y oi t deux cen t qua tre-v in g ts; Robert, comtedeMortagneet frère de Guillaume, en compLoit neuf cent soixante-Ueize , etc. Outre ces propriétés territoriales, chacun des fayoria du roi reçut en outre une autre dis^ tinction profitable à ceux qui la possédoient , et utile à la stabilité de la puissance normande ce fut le titre de comte, avec le coib mandement d^une province. Du temps des Saxons , ees dignités ne s'accordoient que pour la vie: Guillaume les rendit héréditaires.
On doit observeir, cependant, que les nobles normands étoient aussi prodigues qu'avides. Leur vanité étoit flattée du nombre et de la richesse de leurs vassaux , dont ils ache*
178 uisioiRE d'angleterre.
toiont ou rëconipensoient les services par les donations les plus libérales. Telle est l'origine (les vassaux normands en Angleterre. Les Saxons avoienl bien établi quelque cliosc de semblable ; mais une si rapide et si générale traiislalion de propi iétés d'un peuple à Tau- Ire , ne s eiieclua pas sans produire des changements importants, dans la condition des Tennresy sous lesquelles les terres avotent été pusscdces jusqu'alors. Les plus honorables de toutes étoienl les lenures militaires, dont on retrouve les premiers éléments chez les Auglo- Saxons. On ne peut décider si Tinstilution des fiefs de ciievaliers a été originairement imaginée, ou seulement introduite par la politique du conquérant. On a généralement supposé qu il l'apporta de Normandie, où elle prévalut sous ses successeurs ; mais aucun monument nè l'atteste. Les hostilités continuelles des nationaux ont pu lui suggérer l'expédieni d'entretenir une force toujours prête à écraser les révoltés et à intimider lesmécontents. Rien n'étoit mieux calculé pour ce résultat que d*obliger chaque tenancier en chef d'avoir un cer- . tain nombre de chevaliers, ou gardes a cheval, toujours prêts à combattre sous sa bannière , et a obéir au commandement du souverain. Chaque vassal I qu'il tuLecclésiastique ou laïque^ excepté quand il pou voit prouver qu il tcnoit ses terres q\i franc almoigne on de /iire c/uiriié, ùtoilohW^é de fournir, à la réquisition du roi 9 et d'entretenir en campagne, durant l'espace de quarante jours , un certain nombre de cavaliers. On a calculé que ce règlement as*
suroit à la couronne un corps de cavalerie de six mille hommes.
Les grands tenanciers imitoient leur soQTe-* rain , en exigeant de leurs vassaux le même service libre que le roi leur imposoit. Ainsi, toute grande propriété se divisoit en deux portions d'inégale étendue : le seigneur en réservoit une pour son pi opre usaj^^e, sous le nom de domaine 9 en faisoit cultiver une partie par ses yilainsy mettoit d^autres en ferme ^ et donnoit le reste k divers tenanciers , a des oonditiens tout autres que le service niiliLaire. Il divisoit la seconde portion en deux parLs , appelées Jie/f dt chevaliers, et les donnoit à des tenanciers mililaii es, avec robligaiion de servir à cheval y ^ réquisition , durant la période d'usage. ^
Outre le service militaire, ces tenures im« posoient au Vassal un certain nombre d'obligations et de charges essentielles à connoitre pour rintelligence de l'histoire; c'étoit, le serment et l'acte Je foi et hommage. Sans armes , la téte nue ^ à genoux ^ les mains placées dans celles de son seigneur, le vassal déclaroit qu'il devenoit son hemme lige, pour sa vie» ses membres et ses dignités terrestres , et qu'il lui seroit hdèle et sincère a la vie et à la mort. Un baiser terminoit la cérémonie (!)• 2« Outre le
(i) Dans les aatfies pajs de fiefs , le sous-vassal ne fai- • soit serment qu'à son seigaear , d^où il résultoit que , lorsque odai-d se mettoit en guerre contre le souyerain , Tautre ne croyoît encourir aucunmâoie) en l'aidant dans sa rébellion» Guillaumley qui{a¥oit iprouvé les inconyénîents de ce système , exigea en Angleterre le serment de fidélité
service en temps de guerre , les tenanciers de la couronne dévoient se rendre a la cour du roi ^ à trois grandes fêtes f et plus souvent s'ils en étoient requis ; dans ces assemblées , ils délibéroienl ensemble sur toutes les matières relatives au bien et à la sûreté de Tétat; 11$ coik Gouroient, avec le roi ^ à la formation, ou à l'amendement des lois; et composoient , sous le titre de barons du roi ^ le tribunal juiliciaire le plus élevé du royaume*
11 parait qu'avant les Normands, les fiefs étoient d'abord révocables , qu'ils se changeoient graduellement en poss^ions à vie, et se convertissoient enfin en domaines héréditaires. Mais quelle qu'ait été la coutume dans , les premiers temps, les fiefs donnés par Guillaume et ses compagnons , furent tous donnés à perpétuité; seulement , ils pouvoicnt retourner k leurs seigneurs en deux cas : 1^ quand la race du premier tenancier venoit k s'éteindre ; 2° quand, par félonie ou trahison , le tenancier actuel encpuroit la confiscation» Lorsque l'héritier entrait en possession du fief, il étoit tenu de payer une certaine somme au seigneur, nommée Am^?^ sous les Saxons, etr^lief sous les Normands. Depuis il fut établi ^ quatre cas où le seigneur pouvoit, de sa propre autorité , lever un secours pécuniaire sur son tenancier : quand il payoit lui-même le relief de son fief, quand il faisoit son fils ainé chevalier, quand il marioit sa fille aînée, ou
au roi , de tous les francs tenanciers de ses vassaux , et i;hanjgca aiosi , daas ce pays , la nature de la féodalité.
atJILLAVlIK 1^4 181
quand il avoit le malheur d'être pris à la guerre. Ou conçoit aue le premier de ces cas n'ëtoii pas applicable aux tenanciers de la couronne, puisque le roi ne payoit pas de relief ; mais cet avantage étoit compensé par les fréquents appelsqu'ii faisoit k leur générosité.
Aucun fief ne ponvoit, ni être légué par testament, ni aliéné par donation ou par vente. A la mort du tenancier , il revenoit de droit à son plus proche parent, t^ni succédoît k la foiS) aux charges et aux bénéfices. Toutefois il s'écoula beaucoup de temps avant que le droit de représentation fût entièrement établi. Le fils atné dn tenaneier étoit générale^ ment reconnu pour son héritier Icgit ime; mais à la mort de celui-ci il devenoit douteux si le fief dcToit descendre k son fils on a son frère; car si le premier étoit parent plus proche du ^ dernier possesseur , l'autre tenoit de plus près au donataire originel. Cette incertitude mérite la plus grande attention , puisqne, dans la succession à la couronne, elle explique à la fois et les déviations occasionelles qu'on a déjà pu remarquer dans la succession au trône, et la part que les thanes on barons prenoient a Fclcction du roi. Souvent le fils mineur du dernier roi se trouvoit contrarié dans ses prétentions par son onde ; et Tappel au gnnd conseil en décidoit.
L'héritage des fiefs en traînoit avec lui des obligations , les tutelles et les mariages. Si l'héritier étoit mineur (et ceci né fvtt établi qu'après de longs débats), il n'occupolt point le fief , parce que son âge le rendoit incapable du senrice militaire ; le seigneur s'en empa-
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1B2 HISTOIRE I^'aNOLETEIIRE.
loit, et avoit en même temps le droit d'enlever rhéritier à ses parens et de diriger sou éducation , sous la condition de subvenir à toutes ses dépenses. Dès qu'il avoit atteint vingt et un ans., il ctoit tenu de lui remettre son domaine.
S'il arrivoit que les héritiers fussent des femmes , comme elles ne pouvoient faire le service militaire , toutes les précautions étoient prises pour éviter le préjudice que pouvoit entraîner leur succession. Elles ne pouvoient être mariées sans le consentement du seigneur., dont le refus toutefois devoit être appuyé de motifs raisonnables. Si le tenancier uouroit, ses filles, s'il en avoit plusieurs, lui succédoient en commun : le seigneur en avoit la tutelle , dès Tâge de quatorze ans lés forçoit à prendre un époux à son choix ou à rester filles, selon son bon plaisir. Après le mariage, le mari exerçoit tous les droits de sa femme
comme tenancier.
Nous parlerons maintenant de quelques innovations qui concernent principalement Tadministration de la justice. Comme tous les membres de la cour du roi, et dans les autres cours , le président et les principaux assesseurs étoient Normands , on avoit fait tra^ duire en normand les statuts des rois anglosaxons. Dans les tribunaux inférieurs, il est probable que beaucoup d'affaires se discu* toient dans la langue du peuple; mais a la cour du roi, les plaidoyers se faisoient, et les jugements se rendoient dans la langue des vainqueurs. Aussi, l'étude du normand de^
GUILLAUME 1^^. t83
vint-elle une branche nécessaire de Téduca* tion.
Sous le nouveau gouvernement, lespeines pccuiaiairesdevinreut beaucoup plus oppressives; au lien que chez les Anglo-Saxons les amen** desétoient déterminées et proportionnées aux délits, presque tout délit chez les Normands soumet toit le délinquant à un amerciameni , c'est-à-dire qu'on mettoit le bien de la personne à la merci de son seigneur qui , suivant son bon plaisir, pouvoit s'emparer de tout, ou n'en prendre qu'une partie.
Voulant pourvoir à la sûreté des usurpateurs, Guillauine réiablit une loi de Canute, etia peine qui avoit été imposée pour le meurtre a un Danois, le fut pour celui d^un Normand. Si, dans huit jouis , l'assassin n'étoit pas livré , on le voit une amende de 46 marcs sur le seigneur du manoir , ou sur les habitants du canton dans leqùel le cadavre avoit été trouvé.
Les deux nations étoient également accoutumées àen appeler, dans leurs cours, au jugement de Dieu ; mais les rsormands méprisoient répreuve du feu des Anglois, et préféroient leur propre épreuve par le combat ^ comme plus digne d'hommes libres et de guerriers. Guillaume essaya de concilier ces usages différents. Ceux qui étoient du même pays suivoient leurs coutumes nationales : s'ils étoient de pays différent, et que la chance du'combat, offerte parTaccusé étranger, fut refusée, il devoit, selon la coutume normande, se justifier par son serment et celui de ses témoins. £toit-il indigène, il avoit l'option, ou desou-»
184 HIStOlRE D'ARGLSttoftS.
tehir l'épreuve, ou d'offrir le combati ou de produire des témoins.
Jusqu'à la conquête, les évèques et les ar-
cliidiacres avoieut toujours enlendu et décidé sur lés causes spirituelles, qu ib avoient cou*» tume d'évoquer dans les cours de cantons* Guillaume leur défendit d*en tendre à l'ayenir des causes spirituelles dans les cours séculières; il lés autorisa à établir des tribunaux de leur propre faculté, et ordonna aux shérifl& de procurer obéissance aux citations du juge ecclésiastique* Cette division , qui avoit sans doute pour objet de fortifier Fobservance des^ canons , eut pour effet de créer entre les deux juridictions une puissante rivalité, qui occupera , dans la suite , l'attention du lecteur.
Dans les proyinces, les Normands, étrangers comme ils étoient^ et ne devant leurs possessions qu'à leur épée, respectoient peu,^ sans doute, les coutumes des indigènes qu'ils regardoient comme barbares : les propriétés n'étoient pas mieux respectées, même celles du roi; aussi le prince fut-il obligé de faire faire ùnarpentage général de tout sonroyaume* Pour cela ^ il créa dans chaque hméredy ovk canton , un jury dont les rapports et les avis dévoient fournir aux commissaires chargés de cet immense travail , toutes les informations désirées sur l'étendue de chaque domaine , ses tîivisions en terres labourables, pâturages, prés et bois ; les mcëurs des propriétaires , des tenanciers et sous-tenanciers , le nombre 'des habitants et leur condition , soit qu'ils fussent libres ou esclaves , etc. Les commissaires commencèrent leur opération en 1080 1 et la fini-
GUILLAUME 18â
rent en 1 086* Le firait de leurs tratatUL fut tin
recueil en deux volumes , que Ton déposa h l'échiquier ou trésor royal , et qui est parvenu à la postérité y sous le litre singulier de Dth nusdoff, on liyre du jugement*
D'après ces notions, on peut se faire une idée de quelques unes des sources d*où pro* ▼enoit le revenu du roi. 1<> Les rentes des terres de la couronne ëtoient ordinairement payées en nature , et destinées à l'usage de la - famille royale* 2<> 11 recevoit de ses tenanciers militaires des sommes considérables, sous les noms divers d'aides, de reliefs, de tutelles et mariages d'héritières; car, à moins qu'une pupille n'achetât à un prix considérable la permission de se donner un époux de son choix, il disposoit toujours d'elle par un traité particulier, et obtenoit une somme plus ou moins forte , selon k valeur de son fief. Les déshérences et les confiscations étoient fré* quentes. 4° Les droits payés par les plaideurs IXHir la permission de faire juger leurs discus* sions dims les cours du roi , les amendes ou peines pécuniaires imposées par les lois , s'élevoient, par année, à des sommes énormes. 5*^ U levoit des péages sur les ponts , dans les foires et les marchés , exigeoit certains droits pour Fimpor talion ou l'exporta tion des marchandises , etc. 6^ Enfin , le roi rétablit le da- Begelt , ou impôt danois , qui avoit été aboli par Edouard-le-Confesseur , et Téleva jusqu'au taux de six shellings, par chaque hide de terre. De toutes ces sources, Fargentcouloit vers Téehiquier en si grande abondance, que, si nous en croyons uu auteur ancien (Orderic), qui
186 niSTOiRE d'ahgletcbre.
semble écrire aur des documents authen tiquesy lè revenu jcamalier du roi iStoit de 1 06 1 1. 10 s. 1 denier et demi, somme prodigieuse ^ si Ton réfléchit que la livie de ce lemps-là é^aloiteii poids trois livres nominales d'aujourd hui, et que la valeur de l'argent étoit peut-être dix fois aussi forte que dans les temps modernes.
(1075) Après la soumission de Morcar, Guillaume avoit levé une armée en Norman-^' die f pour soutenir ses droits dans la proyinee du Maine. Son absence encouragea les mécontents d'Angleterre ; ils levèrent Tétendard de la révolte , soutenus par les Normands euxmêmes y peu satisfaits des récompenses quUIs avoient reçues, ou choqués des manières impérieuses du roi. Roger l^its-Osbern, qui avoit succédé au comté de son père j Ralph de Guader , comte de Norfolk , en étolent les principaux chefs. Leur projet étoit de s'opposer au retour du roi , et de partager le royaume en trois grandes divisions : ils échouèrent complétement; Guader fut proscritpar l'assemblée des barons. Fitz Osbern fut condamné à une prison perpétuelle; Waltheof, un de leurs complices, exécuté, pour s'être engagé par serment à ne pas révéler le complot.
On peut diviser les autres opérations du règne de Guillaume en deux classes, dont Tune concerne ses é iatsanglois,etrau trc SCS domaines d*outre-mer. On le voit conduire une armée puissante dans le pays de Galles , -établir son autorité sur les habitants de cette contrée, et rendre la liberté à plusieurs centaines d'esclaves anglois. Malcolme d^Écosse avoit recom— ijnencé ses ravages : Guillaume envoya son fil9
' GVtLLAUAE l^^'^ 187
Robert pour le punir de sa perfidie; mais les doux princes ne se rencontrèrent pas , et cette expédition n^eut d'autre résultat que la fondation de New-Caslle sur la Tyiiiie.
(1082) Odon, frère de Guillaume, qui a voit joui si long-*iemps de son amitié, fut enfin dea^ tiné à éprouver son ressentiment. Peu content du rang" qu'il occupoit en Normandie et en Angleterre, il aspiroità La papauté. On ne dit point par quels moyens il se proposoit d'ob*tenir cette haute dignité; mais plusieurs des favoris de Guillaume s'étoient engagés k suivre le prélat. Ce projet fut renversé par Tactivité du roi : il s'empara des trésors destinés à Fen^ treprîse , arrêta Teveque de sa propre main; et quand Odon lui eu adressa des reproches , il répliqua : « Ce n'est pas Tévéque de Bayeux ^ mais bien le comte de Kent que je fais mon prisonnier. » Odon resta dans une étroite prison , jusqu'à la mort du roi.
(1085) Trois ans après, lorsque le conquérant se trouvoit placé au laite du pouvoir, un nouvel et formidable antagoniste parjiit dans le nord: c'étoit Cannte, roi de Danemarek , fils bâtard de Suénon , avec une flotte de 60 vaisseaux , qu'il avoit obtenue d'Olave , roi de Norwége, et l'espérance d'une autre de 600 voiles que son beau-père Robert , comte de Flandre , lui avoit promise. 11 venoit réclamer la couronne d'Angleterre, comme successeur de Canute le Grand. Guillaume, qui ne pouvoit compter sur l'affection de ses sujets , rassembla , à l'aide de ses trésors, des aventuriers de toutes les nations , et parvint ainsi à empjàcber le dé^ barquement de ce redoutable ennemi- A]prèa
18d HISTOIRE D^ANGLETERRE.
une année entière, passée dans le port de iiai« thaby , une sédition éclata parmi les troapea
de Canute , et Tarmement se dispersa*
Quand Guillaume avoit résolu là conquête de TA^ngleterrey ponrdiminuer les soupçons du roi de France , il aToit stipulé qu'en cas de succès, la Normandie appartiendroit à son fils aîné Robert. Le jeune prince fut en consc-
auence investi du gouTemement nominal du uchc, sous la surveillance de sa mère Mathilde. Mais lorsque devenu plus âgé , il réclama ce qu'il regardoit comme son droit, Ouillaume loi répondit par un refus. Le mé< contentement du jeune Robert qu'augmentoieni encore les railleries de ses frères^ alla enfin jusqu'à la rérolte ouTerte. Gnillanme , après FaToir chassé de la Normandie, l'assiégea dans le château de Gerberoi qu'il avoit reçu du roi de France ; et dans une rencontre , le père et le fils se battirent en combat singulier sans se reconnoître. Robert , plus vigoureux ^ blessa son père à la main, et tua son cheval sous lui. Mathilde interposa enfin sa média» tion f et les réconcilia , du moins en appa» rence.
(IO87) Le roi avançoit en âge et devenoit excessivement replet : pour réduire cet excès
d'embonpoint, il se soumit à un long régime. Philippe de France , faisant allusion à celte particularité, dit, dans une conversation avec ses courtisans , « que le roi d'Angleterre étott cncouchesà Rouen,»Qnand cette fade plaisanterie lut rapportée à Guillaume, il tomba dans un accès de rage, et jura qu% ses relevailles il metlroit toute la France en luminaire : H tint
parole ; et ainsi un mat de raillerie causa une guerre sanglante et la mort d'un gi*md nombre
d'hommes qui n'en avuicnt jamais entendu parler. Guillaume pénétra jusqu'à Manies qu'il prit e4 livra aux flammes. Il se repaissoit de ce spectacle , quand son cheval , marchant sur des cendres brûlantes, s'écarta par un violent effort qui jeta le roi sur lepommeau de la selle^ et la contusion produisit une rupture accomp pagnëe de fièvre et d'inflammation. Il fut transporté dans un des faubourgs de Rouen , où il languit six semaines , et mourut avecTusage de toutes ses facultés. En présence de ses prélats et de ses barons, il Icgua la Normandie à son fds Robert ; c'étoit^ disoit-il , l'héritage qu'il avoit reçu de ses pères ^ et pour cette raison, il vouloit qu*il échût à son fils aine. Mais comme il n'avoit d'autre droit sur l'Angleterre que celui qu'il s^étoit acquis par son épée, il remettoit'la succession de ce royaume à la décision de Dieu; quuitjue son vœu le plus ardent fût qu'il tombât en partage à son second fils Guillaume. Il lui conseilla en même temps de se rendre en Angleterre , et lui donna une lettre de recommandation pour l'archevêque Lanfranc. 11 n'avoit jusqu'ici fait aucune mention de Henri y le troisième frère; et le prince impatient demanda à son pi re quelle part il lui réservoit; « cinq mille livres d'argent , lui répondit-il. » — Biais quel usage ferai-je decel argent^ dit le jeune prince, si je n'ai aucun lieu où je puisse reposer? — Sois patient, dit le roi, et tu hériteras de la fortune de tes deux frères* GuîUanme partit aussitôt pour T Angleterre i 'et Henri courut au trésor et reçut son argenl«
190 HISTOIRE D*ÀNGLETÈ11RÈ.
; • On parvint ensuite à suggérer au roi , que pour espérer la miséricorde de DieUj il devoit .lui-même Taccorder aux hommes , et délivrer quelques nobles prisonniers qu'il tenoit dans les cachots. 11 s'efforça d'abord de justifier leur détention; il finit pourtant par acquiescera cette requête, n'exceptant que son frère Odon, .homme , disoit-il, dont Tesprit remuant causeroit la ruine de TAngleterre et de la Nor- -mandie. Les amis du prélat, à force d'impor- .tunités, parvinrent cependant à arracher au monarque irrité , Tordre de son'élargissement immédiat. , Le neuf septembre ^ sur le grand matin, en- ! tendant le son d'une cloche, il s'informa de ce i qu'il signifioit; on lui dit qu'il sonnoit l'heure , de prier dans l'église de Sainte-Marie : « Eh '«bien! s'écria*.t41, en étendant les bras, je ^ « recommande mon ame a Madame mère de «Dieu; que par ses saintes prières, elle me « réconcilie avec son fils , mon Seigneur Jé- . « sus^Ghrist; et immédiatement après il expira. Tel étpit alors Tétat incertain de la société, .que chevaliers, évéques, bourgeois, se mi* rent aussitôt en mesure de défendre leurs propriétés , ou cachèrent leurs meubles les plus | précieux* . Les domestiques pillèrent le palais et s'enfuirent avec leur butin. Le corps du roi resta nu par terre pendant trois heures; enfin l'archevêque ordonna qu'il fût enterré à Caen ; et un chevalier voisin, touché de , compassion , l'y conduisit à ses propres frais. . Au jour marqué pour l'enterrement , le .prince Henri , les prélats normands et la foule .du clergé et du peuple se rassemblèrent dans
réglisc de Saint-Etienne, fondée par le Conquérant. La messe avoit été dite; le corps etoit placé dans la bière, et Févéque d'Evreux avoit prononcé le panégyrique du mort, quand une .Yoix> sortie de la foule, s'écria : u Celui que vous avez loué n'étoit qu'un brigand ; la terre sur laqi^elle vous étesmaintenant est la mienne; il l'enleva àmon père par la violence, et je vous défends , au nom de Dieu , de Ty enterrer. » . Cetle voix étoit celle d'Asceline Fitz*Arthur, qui avoit souvent, mais en vain , demandé réparation k réquité de Guillaume. Après quelques débats, les prélats rappelèrent a eux, lui payèrent 60 shellings pour le tombeau 9 et lui promirent qu'il recevroit la valeur entière de sa terre.
Le portrait de Guillaume, tracé par un
Anglois contemporain , nous le représente comme un homme très sage, très riche, doux avfîc ceux qui aimoient Dieu, sévère au delà de toutes les bornes avec ceux qui résistoient à ses volontés , sévère justicier et en même temps dur et oppresseur des grands comme de» petits; devenu avare sur la fin de ses jours, et effréné dans les moyens qu41 employoit pour assouvir sa rapacité ; capricieux, orgueilleux, peu inquiet de la haine ou de raffection de ses sujets ; enfin , tout à la fois un grand roi et un odieux tyran, contraste singulier, et qui se rapporte évidemment au commencement et à la fin de son règne . 1 1 é toi t d' une force de corps prodigieuse, faisoit de la chasse son amusement favori, et, pour satisfaire cette passion, se permettoit des actes de violence inouis, et avoit créé un code de lois les plus
192 histoihb d^amglbterrb.
barbares. 11 avoit reçu, dans son enfance ^ des imjpreMÎons religieuses qui ne s'effacèrent jamais, ei qn^l se ^ùt à manifester dans presque toutes les circonstances de la vie; cepeiulaiu il ne respecta pas toujours les droi ts de 1 £giiâe , ne souffrit jamais que les décisions des synodes fussent mises à exécution sans son autorisation; défendit aux cours ecclésiastiques, après leur séparation des tribunaux séculiers , de poorsuiTre ou d'excommunier, sans son ayeu,
aucun individu relevant en chef de la cour; imposa aux sujets de ses domaines la loi de ne rsconnoitre l'autorité d^aucun pontife sans son approbation. Sur la demande que lui fit Grégoire vu d'acquitter le denier de saint Pierre , dont le paiement avoit été suspendu quelque temps , et, en raison de ce tribut , de lui rendre hommage, il fit payer l'argent demandé et refusa Thommage. Le pape n^nsista paS| et continua jusqu'à la fin de correspondre ayeclui.
Sous le règne de Guillaume , le peuple an-^ glois fut exposé à des calamités de toute espèce* Ce règne commença par des années de maasa^ cres et de dévastations; ses progrès furent mar« quës par un système régulier de confiscation et d'oppression; et cette suite de maux se ter* mina par k famine et la peste. En 1086, après
rété le plus humide et le plus orageux qu'on ait vu de mémoire d'honi me, la récolte manqua tatalementy et l'hiver amena une fièvre maligne qui attaqua la moitié des habitantSi et q[ui fnK Êktale à de% i^^ilUers d'hommes.
eUILLAUHE II.