GUILLAUMË 1] , DIT LE ROUX
PRINCES CONTEMPORAINS
SMPCREUl
Henri IV.
ROM 0*BCOSS£.
Malcolni III, mort en ioc)3.
Donald fiane , dép. 1094.
mort en 1 094* Donald Bane , Edgir.
• OIS 0« niASCB.
MOlê
Philippe I.
Alphonse VI.
r A r ES.
Urbeiik II ,
mort en 1099.
p«sc«iir
LEConquérantayoiteu troislilsdelfathilde:
lalné, Robert, prince ouvert, généreux et brave, mais, en même temps, léger, changeant et volupiueux, qui fut d'abord reconnu doc de Normandie , perdit ensuite son (Uiché par son indolence et sa mauvaise conduite, et terjuina enfin ses jours dans un cachot, pciaonnier de son plus jeune frère, GoiUaume, surnommé le Roux, qui avoit hérité de l'activité, de la politique et de l'ambition de son père, «râce a 1 indolence de son ainé et à l'inflaence de 1 archevêque Unfranc, fut élu roi d'Angle-
194 HISTOlUfi H'AflGLETtRBK.
terre par un conseil de barons et de prélats. Le troisième et dernier fils se nommoit Henri. Les cinq mille livres d'argent qu'il avoit reçues étoient loin de satisfeire son ambition; mais la nécessité le força de s'en contenter pour le présent, et il observa en silence le cours des événements, déterminé à saisir la première occasion d'agrandissement que la fortune ou les fautes de ses frères pourroient lui offrir.
Odon de BayeuiL avoit pour Lanfranc une haine personnelle : elle se porta sur le jeune roi, parce qu'il écoutoit les conseils de Lanfranc. Le^ intrigues d'Odon formèrent bientôt un psctti en faveur de Robert : il représenU>it à ceux quiavoient des possessions en Angleterre et en Normandie , combien il leur seroit avantageux de tenir leurs terres d'un seul et même souverain ; et que s'il y avoit ùn choix à faire entre les deux princes, on ne pouvoit hésiter entre Robert et Guillaume. Le roi , s coutûiâe , tenoit sa cour aux fêtes de Pâques : les barons mécontents mirent a profit cette circonstance, et partirent pour lever Tétendard de la révolte lOdom, âanàl^Kent; Guillaume, archevêque de Dwhrfto^ dans le Nôrthnmberland; Geoffroy deCoutancés, dans le Sommerset; Roger Moiitgomery , dans le Shropshire^, Hugues Bigod , danë le Norfolk ; ét Hugues de Grentenmesnil , dans le comté de Leicester.
Le duo de Noniiandics étoit déjà averti du ptajèt; mais au lieu d'attendte son arrivée, iissé eonientèrentdese fortifier dans leurs châteaux et de ravager les terres du roi. Guillaume dut alors la conservation de sa courdttne aul An-
O0ILLAUIIE II. 196
gloîSj que le désir de venger les maux dont les chefs normands avoient affligé léur pays, ramena en foule sous T étendard royal* Les espérances des rebelles s'ëvanouirenl sur tous les points ^ et T indolence de Robert acheva de tout perdre* Les seeours trop foibles qu'il enroyoil, aVoient été interceptés par les marins anglois; Odon^ forcé de se rendre au roi lui-même , aVoit obtenu la vie, sous la condition de quitter VAngleterre, et s'éloit réfugié en Nor* mandie ; Montgomery aVoit fait sa paix ; la ville de Durham s'étoit rendue à une armée royaliste ; et les rebelles de Worcester avotent été taillés en pièces par les vassaux de Wulstan, évéque de cette ville* Ainsi se trouvèrent déconcertées toutes les espérances des rebelles* ' Pour la suite du règne de Guillaume, nous abandonnerons Tordre chronologique des événements, et nous les rassemblerons sous des paragraphes particuliers. Cette disposition repose r attention du lecteur et abrège le travail de l'éorivain* 1<> La Normandie présentoit, à «ette époque, une vaste scèfie de désordre et de violence : le foible Robert étoit exposé au mépris ^ ses turbulents barons« Le conquérant l«s avolt folrcés de recevoir ses tlt^npes dans leurs châteaux ; mais à sîi mort ils les chassèrent, levèrent des armées et se firent la guerre les unsaox autres* Le nouveau duc a'osoit on ne vouloit y intervenir : il consommoit ses revenus à sesplaisirS) etdiminuoit le domaine ducal par d'imprudentes ebncessioteft. âa détreme le contraignit à solliciter Tassistance de son frère Heiiri , à qui il vendit pour 3000 livres le Cotentin , lipen près le liws dudttehé) et sa jalousie le
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196 HISTOIRE D\NGLET£ilR£.
porta à faire emprisonner ce prince, des qu'il lut revenu d^Anglelerre, où il étoit allé pour réclamer, le douaire .de sa mère Mathilde. £n même temps Guillaume, qui ne cherchoi t qu'à se venger de Robert, s'introduîsoit, à force de | présents, à Saint* Valéry, à Âlbemarle, et dans presque toutes les forteresses de la rive gauche de la Seine. Le duc sollicita Tintervention du roi de France, qui fit marcher une puissante armée sur les confins de la Normandie , mais | qui, recevant l^ientot une somme considérable de l'Angleterre , retourna dans ses ctats-
A la même époque, Robert étoit sur le point de perdre la capitale de son duché. Conan , le I plus riche des citoyens de Houen, avoit promis i de la livrer aux Ânglois : le duc implora de nouveau Tassistance de Henri , qu'il avoit depuis peu remis en lil:)erLé, et celle de plusieurs de ses barons. Au moment où trois cents chevaliers au service du roi d'Angleterre , apparoissoient vers le nord de la ville , sous la conduite de liëginald de Warenne, las partisans de Conan se réunirent et coururent au devant de leurs amis. Robert et Henri descendent en même temps du château avecleurs compagnons, et Un combat, furieux s'engage daïis les* rues* Conan est pris et condamné par Robert à une prison perpétuelle. Mais Henri, qui connoissoit trop bien la façilité de son. frère, demanda et obtint la gande du prisonnier ; :il le mena aussitôt sur la tour la plus élevée , l'invita à contempler la beauté, du site env.ir»ounant , et le saisi&sant.i^lors pair4e miUeu;du<oorps^ lelança sur les créneaux*. Le prince, se toui iianl alors i *vers les speciateui:sy i^bserva «froidement que
CtJILLAGMB II. 197
iDt trahison ne devoit jamais rester impunie.-^ (10^)1 Au mois de janvier suivant, («uillaume passa la mer avec une armée nombreuse, et fûtaccueilU avec joie par le peuple normand; mais les barons qui lenoienides terres âen deux irères, effeclucrent entre eux une réconciliation. Guillaume, abusant encore delà crédulité de Robert, retint les forteresses qu^ il avoil acquises en Normandie I promettant de dédommager son fr^re par un équivalent en Angleterre. Un article additionnel stipula qu^'à la mort de l'un des deux princes, le survivant succéderoit à ses étals.
Les plus lésés par ce traité furent Pfitbeling Edgar, qui avoit élc lami intime de Robert , ^t le prince Henri. A. la demande de Guillaume, le premier privé de ses biens en Normandie , fut contraint de se réfugier auprès du loi d' Ecosse ) son beau-frère. Quant au second, les deux frères se réunirent, Tassiégèrent au Mont Saint -Michel, rocher isolé que le flux de la marée inondoit deux fois par jour. La place était imprenable; mais le manque d'eau la fit évacuer, par la garnison, au bout d'une quinzaine. Henri obtint avec peine \:\ permission de se retirer en Bretagne ; deux ans entiers, il erra dans le Vexin, souffrant toutes les privations de la pauvreté. Enfin, il accepta des habitants de Domfront le gouvernement de leur ville, et recouvra graduellement la plus grande partie de ses uneiennes possessions.
Guillaume chercha des prétextes pour éluder Texéculion du traité qu'il avoit fait avec Robert. Celui-ci lui envoya deux hérauts, qui renoncèrent , au nom de leur maître , ii
198 HlftTOIRE d'aNOLKTBIIRE*
son amitié et le déclarèrent chevalier iaux et parjure. GuiUaumeles suivit én Normandie, oà il plaida sa cause devant les vingt-quatre
barons, qui , lors de la signature du traité, avoient juré d'en procurer l'exéculion. La justice des rédamatioiis du duc fut reconnue ,
et Guillaume alors en appela à sonépée. Le roi de France vint encore au secours de Koberi; mais Guillaume s'en débarrassa comme il avoit déjà fiait, par la corruption ; et après une cam-* pagne insignifiante, méprisant la foible&se du duC| il revint dans ses domaines d'Angleterre* Ce que le roi cherchoit depuis long-temps à obtenir par la force , il le dut tout à coup à l'esprit chevaleresque de Robert. C'étoit répoque des croisades: Tesprit d'aventure qui avoit distingué les tribus du nord, y i voit toujours parmi leurs descendants; et le pape Urbain Il pensa avec raison que cette ardeur seroil invincible, si elle étoit sanctifiée et dirigée par rimpulsion de la religion (1096). Robert brûla bientôt de prendre par làrexpédition que Pon préparoit. Il manquoit d'argent ; il en ob*
tint de son frère, à qui il laissa pour cinq ans le gouveruement de ses états. Muni d'une somme de 1000 marcs, Robert, le oœur joyeux, se mit k la recherche des dangers et de la gloire ; et Guillaume se rendit de suite sur le continent, où il réclama la possession immédiate de la Normandie et du Maine.
Les Normands recounureuL sans opposition son autorité; quant aux Manceaux^ ils le repoussèrent unanimement en faveur d'Hélie de la Flèche, neveu d'Herbert, leur dernier comte. Celui^ciavoitaussiprisia croix; maislesréclama-
GUILLAUIIE 11* 199
lions et les menaces de Guillaume rengagèrent à rester dans ses foyers (1099). Un jour, étant imprudemment entré dans w hoU avec une foible escorte de sept chevaliers aeulement , il fut fuit prisonnier par Robert Tala va ce, et le roi envahit immédiatement ses états à la tète de cinquante miUe cavaliers. Hélie obtint sa liberté par la reddition du Mans ; en même temps il oifritses services à Guillaume, qui les refusa» a Ëh bieni s'écria fièrement le comle, ^
si vous ne me voulez pas pour voire ami , vous apprendrez à craindre comme votre ennemi ! — Va donc , répliqua le roi % <ài ùm toi-même ton malheur! »
(UOO) L été suivant^ la menace d'Hélie eut son effet: il se fit de nouveau reçoniioitre pour comte, défit les Normands et surjNrit la ville du Mans. Guillaume chassoit dans le Hampshire, quand pu lui apporta cette nouvelle ; il s'écria aussitôt : « Que ceux qui m'aiment me suivent! » se rendit précipitamment sur les bords de. la mer ^t s'embarqua sur le premier vaisseau quHl trouva» Le pilote lui fit observer que le temps étoit à la tempête; « Sois tranquille, lui répoAdit Guillaume , le3 rois ne font jamais naufrage. » Hélie eut à peine le temps de se sauver : le roi ravagea le territoire de son ennemi et retourna en Angleterre*
2^ Pendant que Guillaume étoit en Normandie, où il poursuivoit ses desseins contre Robert 9 Malcolm, roi d'Ecosse, passa soudain les frontières et ravagea les eoiAté^ du nord. A son retour , le roi résolut de venger cette insulte; déjà les deux armées étoient en pié-
20Ù aiSTOIRE D'iLNGL£TERR£.
senee^ lorsque la pail fut conclue par la mëdiation de Robert Je Normandie d'une part, et d'Edgar l'Eiheling de l'autre. Malcolm consentit à faire hommage au monarque anglois , et Guillaume , a lui céder les douze manoirs et la pension annuelle de 12 marcs d'or , dont il avoit joui sous le conquérant. L*Ëthehng eut la permission de retourner en Angleterre, et obtint une place distinguée à la cour de Guillaume.
Bientôt de nouveaux débatss'ëlevèrent entre les deux nations, au sujet delà ville de Cailisle i^ue le conquérant avoit fortifiée , et où ilavoit établi une colonie angloise (1093). Le roi d'Ecosse fut invité ou sommé de se rendre à la eu aide Guillaume; et, à son arrivée^ il se trouva exclus de la présence royale^ à moins qu'il ne consentit à plaider sa cause et à se soumettre au jugement des barons anglois. Malcolm s'y refusa avec indignation et recourut aux armes; mais son armée fut surprise par Robert Mowbray, et Malcolm fut tué, avec Kdouaid son fils aine. Ses autres enfants^ qui étoient trop jeunes , recoururent, en Angleterre, à la protection de leur oncle TEtheling Edgar; et rambitieujc Donald Banc , frère du monarque décédé, s'empara du trône. Il eut pour compétiteur Duncan , fils légitime de Malcolm , que soutenoit Guillaume, à qui il avoit juré lidélité. Donald, obligé de céder momentanément , recouvra bientôt ses avantages en faisant assassiner sou neveu ; mais il ne les conserva que trois ans. L'Etheling , de concert avec le roi d'Angleterre , le força à céder
OUILLAVME II. 201
le ivàne a son neveu Ëdgar , et Tusurpateur
mourut eu prison (1097).
3^ Depuis que liaroUl avoit rckluit le pays de Galles, ses habiunis se recoimoîssoient bien les vassaux du roi d'Angleterre : niîxis, conservant toujours leur ancien caractère , a toute occasion ils franchissoienl les frontières et venoient porter le ravage sur les comtés voisins. Pour réprimer leurs incursions, le conquérant avoit lait bâtir sur les irontières des châteaux dont il avoit confié la garde à des oificiers, nommés marquis , on lurJs des marches. Ces marches ou frontières étoipnt le théâtre continuel des déprédations des Barbares. En 1094, les habitants de chaque district, dans la province de Galles , prirent les armes, s emparèrent de Tile d'Ânglesey, et portèrent le fer et le feu d'une extrémité à 1 autre du Cheshire, du Slioi psliire cl du Herefordshirc; Taun^e suivante, ils surprirent le château de Mongomery et en massacrèrent les habitants*Leroi tenta inu tilementdesoumettre les rebelles en pénétrant sur leur territoire: les difficultés qu'il rencontroit k chaque pas dans un pays montagneux, le forcèrent, après d c u X ( a m pa g n es o ù 1 1 a voi t perd u plus de moud e que les vaincus , a renoncer à son entreprise; il prit le parti de la retraite , et se contenta de créer,autour delà province, une chaîne de châteaux, pour mettre une barrière aux incursions de ces inaccessibles ennemis.
(1095) 4o Robert Mowbray , comte de North umberland , le plus puissant des barons anglo-normands y avoit désobéi à Guillaume ; celui-ci entreprit de punir l'insolence de sou
vassal. Sa célérité déconcerta les amis du comte ; les principaux chefs de Morthumbrie fureat surpris - et ûtits prisonniers* Reufermé dans les murs de Bamborough , Mowbray continua néanmoins à défier les armes de son souverain. Guillaume n'entreprit point la tâche impossible de réduire dette forteresse imprenable ; mais il fit bâtir tout près de là un château, qu'il nomma fort à propos Malvoisin, ou « mauvais voisin , » et y mit garnison. Une nuit que Mowbray se hasarda à sortir de Bamborough, pour aller, sur un faux avis qu'il avoit reçu , prendre possession de New^Çastle, la garnison de Malvoisin le suivit immédiatement; il se sauva au monastère de Saint*- Oswin , où il se défendit vaillamment pendant cinq jours ; le sixième jour, il fut Liesse, fait prisonnier, conduit à Bamborough, et la comtesse Matkildé fut invitée à une conférence. Des murailles de son château, elle aperçut son époux dans les fers, et l'exécuteur à ses cotés, prêt à lui crever les yeux , si elle se refusoit à rendre la forteresse. Sa' tendresse ( il rfy avoît que trois mois qu'ils étoient mariés) l'emporta sur sa répugnance , et les portes furent ouvertes. Morell , gouverneur de la place , pour rentrer en grâce , découvrît alors au roi une vaste conspiration f dont ie butétoitde placer sur le tr^ne Etienne d'Albemarle. Les conspirateurs furent punis, et Mowbray , qui étoit du nombre , fut trente ans prisonnier à Windsor.
* 6<> Guillaume, en montant sur le trône, avoît trouvé des sommes énormes dans le trésor; mais il étoit tellement enclin à la p>i^odigaUté>
GtllLLAUMÉ tu 203
Sae ces ressources furent loin de lui suffire; et n'y eut point d'exactions odieuses qull ne
mît en œuvre pour se procurer de l'argent. Tant que Lanfranc vécut, il réprima de tout sou pouiroir le funeste penchant duroi( 1 089); mais quand il fut mort, Guillaume lui donna pour successeur un ministre plein d'avidité et incapable de remords, Ralf ^ surnommé , dans la suite, le Flambard on la Twdbe ardente, étoit . un ecclésiastique normand , d'obscure naissance, d'un esprit prompt , de mœurs dépra* vées, d'une ambition insatiable. 11 comprit que, pour conserver la faveur de son maître, il falloit flatter ses vices : il s'étudia à trouver des * moyens de lever de nouveaux impôts; la liberté delà chasse fut restreinte; on créa de nouveaux délits pour multiplier les amendes; on commua la peine capitale en réparations pécuniaires. Le Flambard dut à ces expédients le honteux éloge que le roi fit de lui, que c^étoit le seul bomine qui, pour plaire à son maître, n'eût pas craint de braver la vengeance de la terre entière.
Il finillit pourtant être victime de cette juste Vengeance. Il sa promenoit un jour sur le bord de la Tamise; un marin , nommé Gérold , qui Tavoit servi autrefois, et qui se prétendit envoyé de Tévéque de Londres , le pria de mon* ter dans un bateau pour visiter le prélat, qu'il disoitprét à rendre le dernier soupir, dans une maison de campagne de Tautre côté du fleuve. Flambard v consentit; elle marin le mit aussitôt de force dans un vaisseau qui le transporta en pleine mer* Heureusement^ne tempête survint: ceux qni avoient promî* de Vas*-
sassiner se prireat de querelle ; Géioid se Uissa fléchir par de& promesses et; des prières, et le descendit sur le rivage. Le troisième jour, à la grande stupéfaction de ses ennemis, il reparut à la- cour, et il obtint, à titre de dédommagemetit , révéché de Durham ; mais il fut forcé de faire présent au roi de mille livres. Ainsi fut pris , dans ses propres iiietSr ce même homme qui, par ses subtilités, avoit montré au roi une soin ce de richesses si
Eroductive dans la vente ou la tutelle des ab* ayes et des évéchés vacanls (1).
Durant le carême , quatre ans après la mort deLanfrauCy Guillaume fut atteint d'une maladie dangereuse. £n pleine santé, il ayoît défié les lois divines et humaines : il trembla à l'approche, probable de la mort. Le célèbre Anselme, natif d'Aoste, en Piémont, abbé du Bec, en Normandie , se trou voit alors en Angleterre. Le roi le fit venir. Par ses conseils , il rendit aux diverses églises les biens . dont il les avoit injustement privées, accorda un pardon général, et promit à son peuple, sll recouvroit la santé, une meilleure administration de la justice. Les évéques crurent l'occasion favorable pour l'engager à nommer
(i) Avnnt la concjuete, le soin des bénëdccs vacants ctoit dévolu au diocesaiu ou à l'archevcque , sous le conquérant , à un ecclésiastique désigné par le roi. Flambard prétendit que les domaUies des prélats étoient des fiefs dé« pendauts ou souverain , et dont les revenus lui apparte-* noient , après la mort du tenancier, jusquW ce qu'un autre en eût été gratifié. Il s'empara ainsi de Tadministration de toutes les'sJsbayes et de tous les sièges vacants, et en fit une source nouvelle d'exactions et de dilapidations.
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un évèque de Canlerbury , donl le siég(\ëloît vacant depuis la mort de Laufranc. Guillaume, dans la ferveur dd son repentir, s'écria qu'il donnoll cet eveclié k xVnselme. A celte déclaration inattendue , le pieux, soiilaire fut saisi dHnquiétude et de trouble ; ce ne fut qu'avec une sorte de violence qu'on le décida enfin à accepter le farde«iu de Tcpiseopat. Il avoit prévu les combats perpétuels qu'il auroit à soutenir avec un pareil prince; et ses pressentiments fu-
reiU biciitôtjustifiés. Leroi recouvra la santé : il eut lion te de sa foiblesse , révoqua les pardons qu'il avoit accordés, et se livra, plus que jamais , a sa rapacité , à son despotisme , et à ses infâmes débauches. Anselme avoit demandé deux cboses : que toutes les terres de son siège fussent rendues , et que Guillaume suivit ses conseils, daijs les poinis qui concerneroient le saiut de son ame. Quand ii réclama Texécutiou de ces deux conditions, on éluda ses demandes par cette réponse évasive, « que les justes réclama tions de Tarchevéque ne seroient pas oubliées. » Bientôt, sous le prétexte de quelques infractions à la prérogative royale , Flamlûird l'arrêta dans la rue , et le somma de comparoitre à la cour du roi. Ses tenanciers, pendant plusieurs mois , furent contraints de payer leurs rentes à l'échiquier. On exigea en même temps de l'archevêque, réduit par de telles vexations à la dernière indigence , uu présent pour le roi, en raison de sa promotion. 11 offrit 500 livres, qu'il avoii levées avec beaucoup de difficulté , et qui furent refusées avec mépris. « Disposez de moi comme d'un homme libre, dit alors Anselme .au roi, et je
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206 HISTOIRE d'aNGLETERÈE.
me dévoue inoi*mcine , et tout ce que je possèdeest à TOtre senrice; mais si tous me traitez
comme un esclave , vous n'aurez ni moi, ni rien de moi. » — « Va, répliqua le roi, je n'ai besoin ni de toi , ni de rien de toi. » Ajqselme s'éloigna; et pour prouver qu'il n'agissoit pas ainsi par parcimonie , il distribua tome la somme aux pauvres. Quelque temps après, les évéques étoient assemblés à Hastings: Ânselme les pria instamment de le réconcilier avec son souverain. Guillaume mit pour con^ dition qu'Amselme paieroit , siir4e-ohamp , 500 livres, et 500 autres à une époque fixée. Anselme répondit quUl étoit personnellement sans argent, et que ses vassaux , appauvris par les exactions royales , se trouvoient dans Vîmpossibililé de lui prêter cette somme, a Donc, s'écria le roi , comme je le haîssois hier, je le hais encore plus aujourd'hui. Je ne le recon* nottrai jamais pour archevêque. »
(1094) Il yavoitalors deux compétiteurs à la papauté. L'anti-pape Clément, et Urbain II, lé* gîtime successeur de Grégoire. L'avare Guillaume aflectoit de n'en reconnoitre aucun , et par suite s'appliquoit le revenu des évéchés vacants. Anselme avoit reconnu l'autorité d'Urbain : Il sollicita du roi la permission de recevoir des mains du pontife le pallium. Au seul nom d'Urbain, Guillaume entra dans un accès de rage, et prétendit qu'en reconnoissant un pape que son souvéram n^avoit pas reconnu , il avoit rompu son allégeance , et com* mis un attentat à son serment de iidélité. a Anselme, ajôuta-t-il, répondra de son insolence devant les pairs. « La cour se réunit à Rockin^
GÙItLillIMfi li. sot
gbam : cm employa lou tessortes de délourspour ebMnler sa rëtolotion : promesses , menaees , rien ïie fatonblié; onfiniipor l'accuser de irahisou. Se levant alors de son siège : uSi quelqu'un , ajouta-t-il , prétend que j'ai yiolé la foi que j'ai jurée aii roi ^ paroe que je ne yeux pas me soustraire à l*autoriU' de rëvêque de Rome , qu'il se présente à moi , et il me trouvera préparé f au nom de Dieu , à hii répondre comme je le dois. » Le défi ne fut pas accepté. Le roi voulut le faire déposer par les évéques : ils lui répondirent que la chose n^étoit pas en leur pouvoir, il leur commanda d'abjurer son au* torité et ils obéirent; mais ayant tenté d'obtenir la même chose des barons laïques , ceux-ci, à sa ^ande stupéfaction , refusèrent d'imiter Teiemple des prélats. Deux mois après , il rassembla de nouveau les évéques , leur demanda dans quel sens ils avoient abjuré l'autorité d'Anselme; et selon que leurs réponses lui déplaisoient ou lui ëtoient ajï^réables, il les accueilloit favorablement ou les chassoit de sa présence*
Telle étoitla manière arbitraire de procéder dansées cours de justice; telétoit le caractère de Guillaume. La fin de celte coniestation eut quelque chose de burlesque; car quélqué temps après , le roi envoya un message secret a Iiome, reconnut^ sans en être sollicité, Tautorité d'Urhain -, se fit remettre en particulier le paU linm, et, après plusieurs tentatives inutiles pour le vendre à l'arQ^evêquei finit par le lui envoyer. Malgré cette pspèce de triomphe» accablé de dégoûts, de vexations, de provo^ cations de toute espèce , Anselme sollicita
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30B HISTOIRE l>*Al»GLETfillHfi.
et obtint la permission de se retirer à Rome. On lui fit entendreques'ilqoiuoiile ro.yaumc, le roi saisiroit îmmédiatemeut ses revenus. Il n'en prit pas moins congé de Guillaume, lui offrit sa bénédiction, et se rendit à Douvres : les officiers du roi le traitèrent avec un mépris étudié, l^^n France, en Italie , on le recjul avec de grandes démonstrations de respect»
(1100) Après le départ d'Anselme, Guillaume persévéra dans sa carrière de brigandages et de débauches, jusqu'à ce que la mort vint soudain l'arrêter dans la New-f orest ( i), où son frère Richard avoit déjà péri« Le peuple croyoit à sa fin prochaine; lui-même n'étoit pas sqins crainte, La nuit du 1^^ août fut pour lui une nuit ^ns repos. Son imagination fut troublée par des songes altreux, et il fallut que ses serviteurs veillassent auprès de son lit. Avant le lever du soleil , Fitz-Hamen entra dans sa chambre, et lui rapporta la vision d'un moine, que Ton interprétoit comme un
E résage de calamité qui menaçoit le roi. a Cet omitte, s'écria-t-il avec un sourire forcé, rêve
(t) Le conquérant possédoit 55oîxante-lmit forêts , outre des parcs et des reserves de gihic^r, sur divers points de TAngh terre. Dans sa passion eiiicnéc pour la chasse, il trouvoit, que ce nY'loit point encore assez j cl ponr sa convenance particulière, il avoilrais en forêt une vaste étendue du pays , entre Wincbcsler et la côte de la mer. On en avoit ohas$é les babiUitts, on ayoit brûlé leurs chanmières et leurs églises ; et les betcs fauves avoient remplace les hommes dans un espace de plus de trente milles carres. Le souvenir de cet acte de despotisme s^est conservé dans le nom de New-Forest (la forêt nouvelle ) , que ceiiie plantation de Guillaume I*' porte encore aujourd'hui.
coiliiue un moine, donnez-lui 100 shellings. » Après son diner , il partit pour la chasse : ses gfens se dispersèrent afin de poursuivre sépa» rément le gibier ; et vers le soir des paysans le découvrirent , gisant sur la terre et nageant dans son sang. Une flèche, dont le fer étoit cassé, lui étoit entrée dans le cœur. On transporta son corps ,sui un chariot à Winchester, où il fut enseveli le lendemain matin (i).
Nous n'avons rien à ajouter sur le caractère de Guillaume; et ce que nous en avons dit suffit pour donner une idée de sa rapacité, de son despotisme et de ses débauches. Il étoit de petite taille et très replet ; il avoit les cheveux blonds et plats , et le visage couperosé , cecjui lui fit donner le surnom de Hu/us, ou le Houx*
(i) Les uus atuihuèrent sa mort à un accident , ks autres à un crime. Le rapport <jui obtint alors le plus tie créance fut qu^une lièche , partie de l'arc de Gauthier 1 vrrcl , chevalier francois , cflieura un arbre et le frappa à îa poilrine , au raonient ou il suivoit des yeux une biciic blessée. On ajoutoit que le meurtrier , bien que sa faute eut été invoiontaire , avoit passé aussitôt sur le couiiDent, et qu^ao pèlerinage qu^il tit en Pales tioe fui considéré comme la preuve ae ses- remords et de son crime. Mais Tyrrei repoussa toajours cette accusation ^ et n^iyanl rien à espérer ni à craindre , déclara sur serment à Suger , abbé do bainl-Dcnîs, qu^il nVtoit pas enué dans la forêt le jour où le roi avoit été tué. Si Guillaume fut tué par trahison ^ . il ^ eut de Tadresse.à rejeter le crime sur un homme qui n^etoit plus dans le royaume. Quoi qu'il en puisse être , son successeur ne fit aucune recherche sur la cause de sa mort*
2)0 HISTOIRE . D'AMGLjSTEaRE.