‹ Abrégé de l'histoire d'AngleterreChapitre 22 sur 39 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Pascal il ,

tiiS.

Crduall,

t ! îO-

Cali&ù li , ita4.

HoBorini n,

Inoocent II.

Après la mort de Guillaume, Robert, qui depuis quatre ans cioit en Palestine où ils'étoit distingué par sa Yaleur, et même ayoit reçu des croisés, si l'on en croit les historiens anglois, l'offredu trânedeJérusalem, avant Godefroi de Bouillon , revenoii dans ses états ; et par prierite de naissance et slipulation de traités, la couronne d'Angleterre lui appartenoit. Mais sans se douter de tout ce qu'il risqupit, il s'arrêta dans la Fouille où il se laissa prendre aux charmes de Sibylle , sœur de Guillaume de Conversana. Henri , son plus jeune frère, mit le temps à profit. Il accompagnoit à la chasse Guillaume-le-Roux : aussi loLaprès l'événement il part, se saisit du trésor^ malgré ropposilioii

de Guillaume de Brateuil qui jpreiiDit les inié*-

réts de Robert, et se fait proclamer roi. Trois jours après la mort de sou fràre, il fui couron« né à Winchesier par Hlaurioe , archevêque de Londres, en Fabsenoe d'Anselme. Pour donner à ses droits la force qui leur manquoit, il se hâta de publier une charte de liberté , dont, on envoya des copies dans les divers comtés , et que l'on déposa dans les principaux monastères. Par cet acte, 1<» ilrendoità l Eglise ses an* ciennes immunités ; 2^ il accordoit à tous ses barons et vassaux immédiats, le droit de disposer par testament de leurs propriétés personnelles, et de donner en mariage, sans em^ péchement de finances , leurs filles ou leurs parentes, et il exigea qu'ils accordassent les mêmes droits a leurs tenanciers; les amendes pour infractions à la paix du roi ou antres dé*

lits, ne dévoient plus être arbiiraires, mais stipulées d'après les lois saxonnes ; 'à"" il pro*^ mettoit positivement à la nation de mettre^n vigueur tes lois d'Edouard - le - Confesseur , qu'elle réclamoit depuis long-lemps, amendées et publiées par son père; de ne lever aucun imp^tquin^exislàt du temps des Saxons,

CL de punir sévèrement les marqueurs et les vendeurs de monnaies légères ; il cxemptoit du danegelt les. terres domanisdes, remeltoit les amendes et peines pécuniaires dues avant

son eonronnement, s'enga^eoità réparer toutes

les injustices commises* leis furent les articles principaux de cette charte célèbre , dont le but

étoit d'abolir les abus introduits après la conquête des Normands, hdi même temps, il publia

212 iiisToiRË d'amgletërrë.

une autre charte très avantageuse aux citoyens

de Londres.

' Jusqu'à cette époque , les mœurs de Henri n^avoientpas été meilleures que celles de son

i'rère. Mais une l'ois sur le trône, il renvoya ses maîtresses^ chassa de sa cour les hommes de mauTB ises mœurs j e t pressa'le retour d'Ânselme dans les termes du respect et de lu vénération la plus profonde pour son caractère* A la sollicitation du prélat» il consentit àsc marier-, et robjeL de sou choix Fui Mathilde, fille de Malcoim, roi d'Ecosse. Ënsuite, pour satisfaire à la clameur publique^ il fit enfermer Fia mbard , évéque de Durham, indigne ministre du dernier roi ; mais celui-ci parvint à s'échapper en jetant ses gardiens dans Tivresseï et à se sauver en Normandie. Robert venoit d'y arriver avec Sibylle qu'il avoit épousée, et bien que sa résolution fut de recpuvrer de vive force la couronne d'Angleterre y son indolence le portoit à reculer Pexécution de ce projet, et le plaisir lut d'abord sa principale affaire* Ce fut Flambard qui le décida à ne point perdre de temps pour faire valoir ses droits. 11 lui vint des renforts d'Angleterre^ et il donna le commandement de ses forteresses les plus importantes aux barons anglois qui sengagèrent à embrasser sa cause. Mais il fut bientôt forcé de regretter une mesure qui avoit affoibli son pouvoir et qui causa enfin sa ruine.

Henri apprit avec inquiétude les préparatifs de son frère, et surtout la défection de ses propres barons. Néanmoins , aidé des conseils de Robert de Meulan, le plus sage de ses ministres,

IIHARI I.

il rasseuiblu une armée à Peveaseyi sur la cèle de Sussex. Robert^ conduit par des marins que Flambard avoît dégagés du serment d'allégeance, atleignit le havre de Portsmouih. Henri s étoit d'abord assuré de la ville de Win* ' cliester , point de la plus grande importance. Plusieurs Anglo-Saxons 1 ah?indoTînèrenl; mais les indigènes lui resioient tidèles, et Anselme se dévoua à ses intérêts. Ce pieux personnage, dont le dévouement avoit pour soutien la religion, harangua les troupes sur les devoirs de la fidélité y ramena du camp de Robert nombre de déserteurs, raffermit la loyauté chancelante des autres, et menaça les envahisseurs de la sentence d'excommunication. Après plusieurs messages infructueux et offensants de part et daiiti e, les deux princes se réconcilièrent dans une contérence qu'ils eurent entre les deux armées i Robert renonça a la couronne d'Angle* terre, moyennant une pension de 8000 marcs, et la cession de tous les châteaux que Henri possédoit en Normandie, à Texception de Dom* front. Quoique ce traité Tempéchât de punir la révolte de ses bai ons anglo-normands, Henri quinesavoit nix)ublier ni pardonner» cJ^rcha . des prétextes pour se venger de leur conduite: on les entoura d'espions dans leurs domaines et dans leurs relations avec leurs vassaux, on les accusa de transgressions prétendues ou réelles 9 et tous les nobles soupçonnés furent à leur loui condamnés et proscrits; l'ombrageux monarque choisit parmi les courtisans les plus indigo iSy des> honuiies qju'ifc enrickit dcf leurs dépouilles, et qu'il considéroit comme lespitis fermes appuis de son tràne, puisqu ils lui de-

214 HISTOIRE D'AlfGtlTERRE.

voient tout* Un settl d'entre lesproscrits, l'indigne fils du grand Motîtgomery , as^et féroce pour se repaître avec délices des convulsions de ies victimefii hommes ou £emtnes, qu'il fai* sott ordinftitement empaler 9 osa défier, à main

armée, lapuissance de son persécuteur. Il fallut lui faire la guerre dans les règles; il fut contraint enfin de se rendtre à diderétion : on Itii laissa la vie, et il quitta le royaume avec serment de n'y rentrer qu'avec la permission du roi.

Jusque-là Robert avoil observé les conditions de la paix; mais bientôt convaincu que le crime des proscrits n'étoit que leur atta>ehement à ses intérêts, il se rendit en Angleterre pour plaider leur cause, et se confia inconsidérément à la générosité d'un mauvais frère. Reçu d'abord avec une apparente cordîa-» lité, il se trouva bientôt dans un état réel de captivité. Il fallut traiter de sa propre liberté, au lieu d'intercéder en fisiTeur des autres , et résigner comme prix de sa rançon, son annuité de 3000 marc^. Robert ne pouvoit plus domer de la haine de son frère : il se lia dès lors atec Belesme, qui possédoit trente-quatre châteaux en Normandie: Henri reçut cette nouvelle avec joie^ dédarâ rompue ralliance entre Robert et lui » et résoluir de s'emp»rer dé la Normandie»' La première campagne se passa sans résultats importants; dans la seconde, le sort de cette province Ait déeidë sms les murailles de Tenchebray. Les Normands y furent complètement défaits; le due, le comte de Morton, Robeirt d'EsiouteTiUe , Ëdgar VEtheling et

quatre cents chevaliers tombèrent au pouvoir

HESiRl I. 215

àn Tainquettr. Le toi donha la Hbei^té a plusieurs prisonniers , et en fil relâcher d'autres, moyennant une rançon. Morton, d'Ëstoulerille) et Robert lui-môme , furent condamnés à un emprisontienient perpétuel; Beleftme trouva moyen de conserver une partie de ses propriétés , et Flambard , en livrant Lisieux , obtint d'être rétabli dans son évéché. Henri fut reconnu duc sans opposition par tous les barons normands.

Tandis qu'il s'emparoit ainsi de l'héritage de son frère , Henri se ttouvoit engagé , avec Anselme et Rome, dans une querelle relative aux droits d'investiture , qui se termina moins heureusement. On sait que la prétention des souverains féodaux étoit d'assimiler la tenure des propriétés du clergé a celle des laïques , et par suite de ce droit de suzeraineté , de s'emparer des nominations aui fiefs spirituels^ nomination qui , dans les premiers temps, se laisoit par le témoignage du clergé et du peuple , et par le ëUfiPragè des évéques prAvinciaux. C'é toit maintenant par le don de la crosse et de l'anneau, insignes de ces hautes dignités, que se faisoit l'investiture. Dèslehuitièmé siè^ cle , l'Eglise s'étoit élevée contre ces empiétements de sa juridiction; plusieurs conciles les avoien t oondamnési mais in u tilemen t. Les prin* ces ne pouvoient se décider à abàndônner uil privilège qui étoit pour eux d'utie si grande importance, et l'abus qu'il entraînoit avec lui étoit parvenu à son comble : ils vendoient les dignités ecclésiastiques au plus offranft , et les sièges étoient déshonorés par les sujets indigues auxquels ils étoient livrés.

216 HISTOIRE d'àNGLETEBRE.

Anselme, qui avoit assisté à des conciles où les investitures avoient été condaninées , fit connoilre à Henri sa résolution d'observer la discipline approuvée par TEglise. Henri, qui se trouvoit alors dans le fort de sa dispute avec son frère, et qui avoit besoin du secours du primat, dissimula d'abord, et suspendit 1^ discussion jusqu*à ce qu'on eût reçu une réponse .du pape, auquel les prétentions des deux parties furent soumises. On conçoit que celte réponse ne lui fut point favorable. H seroit trop long de faire connoitre tous les moyens quUl employa , tous les artifices qu'il mit en jeu pour faire céder Anselme. N'ayant pu y réussir, il Texila , et pendant trois ans, }e primat demeura, kLyon, dans la maison de rarchevéque de cette \\Vt2, Enfin , effrayé des menaces de ses barons , des murmures de ses peuples , sollicité par sa famille, 6t craignant Texcommunication , Henri parut céder , et un compromis fut passé dans lequel il fut convenu que la cérémonie de la crosse et dç .l'anneau seroit supprimée; mais le droit que le roi s*arrogeoit de nommer les évéques lui resta , et r£glise gagna peu 4,^ chose à cet arrangement.

La possession de la Normandie entraîna bientôt Henri dans des hosl,ilités avec les prllnces voijsins ; U voulut , mais en vain , s'emparer de Guillaume, fils unique du duc .captif; Héliq de Saint-Saën, son tuteur,se sauva . avec lui, le conduisit de cour en cour, et par* tout son innocence et ses malheurs lui firent des partisans et des protecteurs. Louis, roi de France, s'engagea à lui donner l'investiture de

HENKI I. 217

la Normandie; et Foulques , comle d'Anjou , lui promit sa fille Sibylle en mariage. Sur ces entrefaites, Uélie de la Flèche mourut : Henri réclama son comté du Mans comme un apanage de la Normandie. Foulques s'en empara du droit de sa femme, fille unique d'HÎéUe. Le premier fut soutenu par Théobald^ «on neveu » comle de Blois; le second, par son seigneur suzerain le roi de France. Apres deux ans de guerre, la paix se conclut à la condition, pour le prince normand, d'abandonner ses prétentions. DiiianL Ig guerre, le roi avoit arrêté Belesme y et l'avoit confiné , pour la vie , au château de Wareham (1115).

La guerre ne tarda pas à se rallumer en laveur du jeune Guillaume* Baudouin, comte de Flandre; Louis, roi de France ; Foulques d'An^ jou, qui lousuvoientpei sonnellementà seplalndre de Henri, saisirent cette occasion de lêgiti* mer leur ressentiment, en épousant les intérêts d'un orphelin dépouillé* Pendant plus de trois ans , la fortune sembla se jouer des efforts des combattants: enfinla bataille deBrenville, décisivequoiquepeu sanglante, donna gain de cause au roi d* Angle terre(l 1 19). Henri et Louis sé rencontrèrentprès deNoyon, le premier avec cinq cents , le second avec quatre cents cavaliers ; on en vint aux mains : les deux princes déployèrent le courage le plus brillant, et tous deux coururentde grands dangers. Henri reçut deux blessures ; Louis eut un cheval tué sous lui, et perdition étendard. Guillaume se trou- Toit à ee combat, mais il se sauva par la fuite* ' La sagesse du. pape Calixlell, qui assistait alora au, concile dp. Reims ^ s'interposa entre les

218 HISIOIRE d'aNGLETERHE.

deux princes et mit fin aux hostililé^é Sous ses auspioes , un traité de- paix fut oonclu ; Henri

conservn cequ'il desii oilleplus, la Normandie; et le roi de France, comme. seigneur suzerain, i^çut rfaamm'age de Guillaume, fils de Henri, au lieu de celui de son père.

L'ambition du roi étoitalors satisfaite : ses ennemis étrangers avoieut été réduits à solliciter la paix; ses ennemis normands étoient écrasés, et il veiioit d obtenir sécurité pour l'avenir^ par r investiture du duché accordé à son fils Guillaume. Aprèb une absencei^e quatre ans , il résolut de retourner triomphalement en Angleterre. 11 rencontra àBarfleur un marin nor^^ mand, nommé Fitz-Stephen , qui lui offi*it un marc dW et sollicita Thonneur de le conduire dans son bâtiment, nommé le vaisseau-Blanc ; il fit remarquer qu'il éioit neuf et monté par « cinquante marins des plus habiles. Le serrice par lequel il tenoit son fief, cloit celui de pourvoir au passage du souverain. Henri ré^ pondit c^u'il avoitdéjà fait choix dSin vaisseau pour lui-ménie ; mais quMl confieroit son fi-ls et ses trésors à Fitz-Stephen. Un grand nombredb personnages distingués accompagnèrent le jeuncprince: On passa plusieurs heures sur

le pont à festoyer et à danser : on fit distribuer du vin à l'équipage; les matelot» s'enivrèrent : des querelles s élevèrent parmi eux; et cepen-» dant Guillaume fit déployer les voiles. Mais en s'occupant de musique et de plaisir , le soin 'du gouvernail fut négligé* Lê Fmsuau- Blanc donna contre un roches* ^'«s^entrouvrik et fit eau de toutes parts. Fitz-Slephen desjcendtit aussitôt le jeune prince dans^ une

...I BftIiRi I. 219

okaioupe, let ordoniia^ xamer vers la terre ;

mais les cris de sa sœur i rappelèrent Guil» laume vers le lieu du naufrage : une muilitede de persoimeft s'y précipita ; elle fut en* gkmtiew Un jeune chévaiier, Geoft*oy de TAigle et un l^oucher de Rouen, nommé B( rold , &e sauvèrent seuls en grimpant à rextrémité du màu Fitz^Stephen, quelques miiiutes après, nagea vers eux , s'informa de la destinée du prince » et appi^enant qu'il avoit péri^ se replongea sous les eaux. Geoffroy, engourdi par le froid d'une nuit de noTembre / fut bientôt emporté; Berold seul lut sauvé le matin par un ▼aisseau pécheur, et raconta les détails de cette fimesie catastrophe. Le roi, après avoir lémoi* gné à plusieurs reprises de l'inquiétude au sujet du retard de son fils, apprit enfin ce qui étoit arrivé. A.ccaUé de ce coup affirenxt Henri tomba par terre; mais recouifrant bientôt ses sens , il affecta un courage qu'il nWoit pas; sa douleur devint , par degrés , une mélancolie habituelle; et l'on assure que, depuis ce jour, personne ne le vit jamais sourire. Malhilde devenue veuve à ràge de douze ans, retourna en Anjou, à la demande de sois père, et dix ans plus tard, prit «

le voile àFontevrault. Pour le prince, il fui peu regretté : de Tarrogance et de la violence de sa jeunesse , on avoit conjecturé le despotisme de sa maturité, etoncômmençoit aie craindre; ses mœurs étoient horriblement dépravées, et il ne .dissimuloitpasméme^sonmépris et sa haine pour les Angiois •

Henri, privé de son seul fils légitime, eut de nouveaux plans à formel* et 4e, nouvelle pré* caiitions à preodre ccoitrei les préftcnlkms de

220 HISTOIRE d'angle lERRE.

son aeveu : tous les yeux étoient fixés sur ce prince. Foulques d'4njou, que le roi avoit of-* fensé , lui fiança sa plus jeune fille Sioylle , et lui donna le comté du Mans. Les plus puissants barons de Normandie » et Aury de Mont-Fort et Walleran , se proposèrent de Fassister de toutes leu rs forces a la première occasion . Henri étoit instruit detoutparaes espions; il employa à la cour d'Anjou menaces , promesses , présents, pour prévenir le maria-ge arrête ; il entreprit même de prouver que Guillaume et Sibylle étoient parents au degré prohibé de consan g u i ii i té . Enfin il débarqua eoûdainemen t en Normandie avec un corps considérable de troupes, s'empara de Mont-Fort » de Pont-Audemer et dephisieurs autres placée fortes; tout plia sous ses lois. L'année suivante (1 1 24), la conquête fut achevée par une bataille où le& Anglois fhremtTainqueurs. Les prîncipauxpro* moteurs de la rébellion furent pris ; Fottique& abandonna aussitôt la cause de celui qu'il avoit nommé son beau-filSf et. la paix fut encore une fois rétablie.

La vie de (Guillaume, fils de Hubert, ne fut ^ qu'une série alternative d'abaissement et d'élévation. La mort inattendue de son cousin avoit réveillé ses espérances ; la saejaclté , l'activité de son oncle iesavoienl bientôt détruites; mais il int amplement dédommagé de ces revers par la bonté de Louis qui, à la place de Sibylle , lui accorda la main de sa belle-sœur, et lui donna pour apanage Chaumont, Pontoise et le Vexin , sur les frontières de Normandie , où il pouvoit, par sa proximité, encourager ses partisans et entretenir en seciet Tesprit

HENRI 'l. 221

d'opposition cènlre Henri ( 1127 ). Bientôt

^près, Louis lui donna encore 1 investiture du comte de Flandre , dont le coaile Charles-ie- Bon venoit d'être assassiné,- et qu'il pouvoit * légitimementréclamcr comme représentant de Mathilde, sa grand'mère, fille de Baudouin V. Henri recommença à trembler pour la sûreté de ses possessions continentales,

11 avoit eu de Mathilde deux entants, Guiliaume dont on a vu la fin prématurée, et Alice, qui dans la suite prit le nom de sa mère. Mathilde, pendant les douze dernières années de sa vie , ne quittapoint Westminster , où elle vi- Toit privée de la société de son mari , maia entourée de toute la pompe royale et des bénédictions du peuple (1 1 18). Par sa mort, le roi se trouva libre de contracter un autre mariage; mais livré a des affeclions inconstantes et à Tamour des plaisirs, il ne pensa à prendre une seconde femme que lorsqu'il rit, par la perte de son fils , la succession assurée à son neveu (1131); il offrit alors sa main k Adélaïs fille de Geoifroy, duc de Lou vain, et nièce du pape Calixte^ princesse dontles principales recomman^ dations étoient la jeurresse et la beauté. Cette union fut stérile; et après un délai de trois ans, il prit le parti d'assurer la couronné à sa fille Maud ou Mathilde, (^u'il avoit mariée à Henri IV d'Allemagne, et qui se trouvoit veuve depuis peu de temps. Maud, malgré sa répugnance à quitter uti pays où elle possédoit un noble douaire, pour une succession précaire et cont^tée, finit par se soumettre aux ordres^ péremptoires de son père , et fut reçue à son arrivée par son oncle David, roi d'Ecosse. Le

222 HISTOIRE b'a^igletbrrs.

- consentement des principaux, barons avoit été préparé par des présents (1 126) ; ou coniroqua une assemblée générale des prélats et des grands tenanciers de la couronne. Henri leur démontra, comme il put, les droits de Mathilde; et quels que fassent les sentiments de chacun d'eux en partieulier , nul n'osa hasarder une objection. L'impératrice fut unanimement reconnue pour héritière, par ces mêmes, barons qui se révoltoient naguère à la seule idée du règne d'une femme, espèce da gouvernement inconnu dans les annales de l'Angleterre et de ia Normandie, lie- clergé d'abord^ ensuite- les laïques , jup^ent de maintenir cet ordre de succession : la préséance parmi les laïques fut donnée à David , oncle de U princesse ; la ae* condeplaeefut vivement disputée par Etienne, comte de Boulogne, elRobert, comte de Gloucester ; le premier , neveu du roi par sa sceur Adèle; le deuxième, son fils, mais illégitime; Ilsavulentrun et l'autre un objet secret. Maigre les précautions de Henri, la.succession de Maud étoit considérée comme très incertaine* Ëtietine et Robert éle'^oiênt leurs Regards jusqu'à la couronne; et dans cette attente, chacun d'eux vouloi t être déclaré premier prince du sang. Le roi négocia ensuite s^ecrètemeUt ie matiage d^ Maihilde avec Geoffroy^, comte régnant d'Anjou; mais en l'apprenant, les barons anglois et normands réclamèreutle droit d'être oonsulfcés dans ce qui regardoit le changement d^état de leur future souveraine, Henri méprisa leurs murmures et s'applaudit de §a politique yqui unissoit ainsi les intérêts des Plaulagenets k ceux de sa propre famille.

Oig'itized by

(1128.) Il ne pouvoit cependant contempler sans inquiétude la réputation toiyoura croissante et la puissance de son neveu, le comte de Flandre, dont il jugeoit la ruine nécessaire à sa propre tranquilliié et a la sécurité future de sa fille. Guillaume avoit imprudemment puni les meurtriers de son prédécesseur ; leurs amis • songèrent à les venger. A Àeur iustijgatîon , Thierry , Landgrave d' Alsùce., réclama la succession, et Henris'engagea à lesouieiiir. Lille, Gand y plu s l e vir s a u très places furent li vr éc&par trahison à Thierry ; mais Guillaume déploya toute son activité et, son courage accoutumés, et défit complètement son antagoniste sous les murs d' Alost; malheureusement, il reçut après la bataille un coup dépique à la main .La bles* sure étoit légère ; on le ntîgligea, la gangrène survint ; et le prince expirant fui porté au monastère de Saint-Omer. De son lit de mort il écrivit à Henri pour lui recommander ses barons normands. Le roi qui n'avoit plus rien à craindre ( car Guillaume ii'avoit point d'enp fants) fit droit a cette requête, et par cette affectation de.générosité , s!attira rattachement de se^i. sujets normands*

Aidé du hasard et des ressources de son génie , Henri avoit donc triomphé de tous les obstacles. U n'étoit cependant pas dans sa desr tinée de recueillir le fruit de ses travaux ; Ja mesure même sur laquelle il avoit fondé ses espérances de tranquillité, devint une source constanle.d'inquié^udes« Ce n'étoit qu'à regret que Maud avoit épousé GeotlVoy : celui-ci» de sou c()té, avait hérité duxaractèreindomptable de sesparctots^iljdé^aiçnoit derser6]|xir&^S.^é^r

224' uiSToniE i>'a>gleierre,

ble à sa femme et ne s'attachoit qu'à mortifiei* son orgueil. Ils se querellèrent et vécurent mcmc séparés pendant un an , après quoi il s'effectua^une apparente réconciliation. Si la naissance successive de trois petits«fils, Henri, Geoffroy et G ullhmnip, fut un sujet de joie pour le roi , il ne recueillit que des chagrins de la conduite de son gendre^ qui demandoitia possession présente de la Normandie, en vertu d'une promesse antérieure , et qui manifestoit son déplaisir des refus de Henri par des injures réitérées. Maud ne voulut point servir de médiatrice: haïssant son mari, elle augmentoit la désunion en offensant elle-même Geoffroy , et cherchant par ses rapports à irriter son père. Cesquerelles de famille retlm ent'leroien Normandie, et occupèrent toute son attention pen^ dant les dernières années de son règne.

11 ne négligeoit cependant pas son royaume d'Angleterre, la plus importante portion de ses états. L'administration de la justice et la tranquillité publique lui étoient constammentprésentes. Quand il monta sur le trône, le vol et la rapine *étoient répandus dans toutes les provinces du royaume : avant sa mort ils . étoient devenus si rares que, qui que ce fut , dit une chronique saxonne , qui perlai sa charge dtor et argent , persmné naufoit osé lui mte autre chose que le bonjour. En une seule année , quarante-quatre voleurs furent condamnés et exécutés. Mais , par la suite , soit que la nécessité de la rigueur eût diminue avec la fréquence du crime, soit que l'amour de l'argent commençât à l'emporter sur celui de la justice , les compensations pécuniail^cs qu'il

^VoiY abolies au commencement de son règne,

lurent rétablies au lieu des punitions corpo*relies.

Henri , dans la charte qn'il publia lors de son

avènement au trône, s'étoit engagé à redresser lesprévaricalionsquesepermettoient les montioyeursy en afibiblissant ; le titre on en diiniTiuant le poids des sous (pennies). \ la perte de la main, ou à celle des yeux que Ton y substituoii quelquefois ^ le roi ajouta une autre mutilation encore plus honteuse. Les abus ne s'en propageant pas moins, un le vit , la viiig^t-cinquième année de son règne , forcer cinquante de ces officiers à comparoitre k la cour de l'Echiquier, à Winchester. Chacun éloil examiné à son tour par l'évéque de Salisbury, trésorier, qui , s'il jugeait le pré'whn coupable, le faisoit conduire dans un app*Ttement voisin , où il subissoit la peine présenté par la loi. Sur le nombre, quatre seule- ^ me#t ëchappèrenté II employa un moyen semblable pour réprimer un autre abus, li avoit remarqué que lés habitantades divers cantons fuyoient dans les bois après avoir caché leurs effets , aussitôt que le roi y arrivoit avec son escorte. Cétoit un effet de la terreur qu'inspi roi en t partout les gens de sa suite, qui se livroientà toutes sortes de pillage et d'insolences partout où ils passoient. Le roi créa nne commission de juges qui fit venir devant

elle les personnes de la cour et les examina; les plus coupables furent punis par la perte d'un œil, d'une main ou d'un pied, et le sort de ces délinquants imprima une terreur salu* luire à leurs imitateurs.

226 HISTOIRE d'a^iglctbAre.

Il travailla aussi à améliorer le sort de ses propres tenanci^s» JUans plusieurs conlréej^ ils payoient leur redevance en nature , ce qui les obligcolL à des transporta longs et coûteux. 11 coiisen t i t à remplacer ces pr es ta tioua en nature par des somines d'argenè* Malheureusement, il ne fixa point la proportion de cet échange ; ses officiers abusèrent de ce silence ; et le mal devint si grand que plusieurs des tenanciers rwvoyèrent au roi leurs charrues / comme une preuve (le rimpossibilité où ils étoient de continuer les Uavaux de Tagriculuire avec de$ charges aussi pesantes. Henri consulta ses mi^ nislres, et Ton y trouva facilenieat un remède. On fit un nouvel arpentage des domaines i:QyauxV ei une rente fixe et juste fut déterminée par les commissaires. Ainsi , pourvu que ses propres intérêts n'en souffrissent pas , il ne faisoit aucune dilhcuité de réprimer ou de punir les exactions ou la rapacité des autres. Mais étoit-il question de son avantage, il meltoit de c6té tout scrupule , fouloit aux pieds toute considération de justice, et se jouoit de la fortune et du bonheur de ses sujets. Son système de politique continentale Tentraina dans d'énormes dépenses; car il commençoit toujours par essayer de vaincre avec l'argent avant d'employer les armes. De ' - là une foule d'exactions nouvelles et excessives, ^ qui dbniioient lieu à des vexations sans nombre et dont les détails font horreur.

Il viola , dès qu'il put le faire avec impunité, la promesse qu'il avoit encore faite dans sa charte, de ne point vendre' les hé^ néficcs vacants /et de ne point s'en approprier

HENRI I. ^"il

e les pcofifcSw Alfia i]ueia.cûjuraime.pùt jouir des revenus épiscopaus ^ >on laissa sans .po^élats lés sièges (le Norwick et d'EIy pendant trois ans , et aeux^ de Canterbury, de Durham et de Herçford pendant cinq ; ernsn moi, .il ne tes* pecta pas plus les biens ecclésiastiques qu'il

^ n'a voit respecte ceux des simples particuliers. ?jous eu €èl.eron& un exemple frappant: il a déjà été ramarqVié que , sous Kdf^ar , Dunstan s'étoit efforcé de remédier aux désordres que lescireoastance&avoient laissé s^inlroduirejusque dans le sanctuaire. Utavoit surtout eher- ^ ohé à y remettre en vigueur rancienne règle du célibat du clergé : rexécution des statuts publiés à cet effet., fut négligée ou inter*rompue par les- révolutions qu'éprouva de* puis l'Angleterre. Dans un svnode convoqué a WincUisater , en Wlà^ Lanirauc ayaii u$é il est irrai de quelque .condescendance mais cependant il avoit obtenu que désormais le vœu de continence > selon l'ancieune règle , seroit e^ligéde tous les candidats au . diaconat et à la prêtrise* Vingt-six ans plus tard , un autre synode, tenu à Westminster, par Anselme, confirma celui de Winchester , et comprit les sous* diacres dans la même-restriction* On fit entendre a. Henri que ce canon pourvoi L devenir une source de.revenus : en conséquence on nomma une commission chargée de faire des recher* ches sur la conduite des ecclésiastiques ,* et d'imposer une forte amende k tou4 individu convaincu d'av4>ir transgressé la rigle* Mais le résultat de cette enqoéfte.fiit si honorable pour le clergé , qu'il fallut , pour se procurer uneao4nmeilant soit peu conaidérabie , lever

228 HISTOIRE D'ANGLbiEaRE.

le masque , et imposer chac{ue eoclésiastique f saDS distinction de coupable ou d'tnïiocent»

Les uns, révoltes de tant d'iniquités, refusèrent de payer; les aulres, k raison de leur pauvreté y se trouyèrent dans TimpossibUité de le faire. On emprisonna , on tortura ces deux classes de réclamants. Leurs frères, qui restoient en liberté , en appelèrent à la clé-

meiice du roi ; au nombre de deux cents, couverts des vêtements disiinctiis du rang qu*ils tcnoient dans TEglise, les pieds nus /ils l'atteignirent dans l'une des rues de Londres. Le

• monarque détourna les yeux avec mépris; et Ma.thilde les assura , les larmes aux yeux , qu'elle n'oseroit pas intervenir dans cette affaire. . •

La plus importante discussion dang laquelle Henri fut engagé avec le Saint-Siège eoncernoît Tadraission des légats. L'on prétondoit, d'une part, que le pape, en sa qualité de pasteur universel, avoit le droit de s'informer, par de» ministres de confiance, de Tétat de TEglise dans les contrées éloignées ; de l'autre part, on al- ^ léguoit, qu'en vertu des concessions faites par les anciens papes, rarchcvéque de Canterbury

i)ossédoit 1 autorité de légat du pape dans tout eroyaume; etVon ajoutoitfaussementqn'il n'y avoit pas d'exemple qu'une telle fonction eût été exercée par un ecclésiastique étranger, à moins que ce ne fût à la requête expresse du souverain, La question fut débattue pendant une grande partie du règne de Henri; à la fin,

• le pape Pascal II , envoya au roi et aux prélats une dernière réclamation , qui fut appuyée de l'envoi d'un légat nommé Anselme. A son ar-

HEiNtii I. 22y

rivée en Normafidie, les évéques s'assemblèrent

à la hâte; on délibéra. Ralph, métropolitain , entreprit y d'après leur ayis^ un\o) âge à Home» pour défendre en personne les privilèges de son Eglise; mais ilrevint, après uneal)sencc de deux années , sans avoir pu voir le pape , et apportant, pour toute consolation, une lettre évasive qui , tout en confirmant les privilèges de "TEglise de Caiiterhiiry, ne faisoit aucune mention du point réel de la discussion. Si Ton en croit les historiens anglois, le roi , plus heureux que son arclicvcque, auroit, dans une entrevue qu'il eut à Gisors , avec Calixte , successeur de Pascal ( 1120^, obtenu la confirmation du privilège qui faisoit Tobjet du débat. On a cependant de fortes raisons de douter de l'exactitude de ce fait ; car, après un court intervalle , le cardinal PieiTe , fils d'un puissant prince romain , arriva en I rance'avcc le titre remarquable de légat du siège apostolique dans la Gaule, la Bretagne, l'Irlande et les Okneys ; et Henri le reçut à Londres en grandé cérémonie; mais il mit de nouveau en avant et les droits de sa couronne et la nécessité du consentement des évéques anglois, des barons , et de tout le rovaume. Pierre admit ces raisons: Calixte , peu content de sa conduite, le remplaça par Jean de Crema. Sa mission , retardée par la mort du pape, ayant été confirmée par Honorius II, il vint jusqu'en Normandie , où il fut déten^i par les ordres de Henri; enfin, rendu à la liberté , il traversa le royaume en grande pompe, et trouva le roi d'Ecosse à Roxburgh. Là il réunit un synode d'évéques éeossois , afin d'examiner la discus-

Oigitized by

230 HISTOIRE D^ANGLETERàft.

sien qui existoit entre eux et TarchevéqUie d'York f qui réclamoil la juridiction.métropolilaine sur leurs églises. En revenant, il présida, a Wesimiusteri un concile ou l'on s'oc- ^ cupa de nouveau de contraindre le clergé au célibat 9 et d'abolir les élections et les contrats simoniaques. L'archevêque de Canterbury accompagna Crema àson retour à iiome, eiessaya, mais en vain , d'obtenir du. pape la concession qu'il désiroli; il jTcn obtint que raulori Le, pour lui*mcme, de délégué /du pape en Angleterre .et en Ecosse. Après la mort d'Honorius, Heurt^ contre Tavis de ses évéques , conyatncu par le célèbre saint Bernard , embrassa le |)arti d Innocent, qui avoit pour compétiteur Anaclet. Il alla même ( 1130) troaver Innocent à Char« ' très , tomba à ses pieds, et lui promit l obéissance à! un fils respectueux. JLe pontiie conjfirma la concession faite par son prédécesseur à Tarchevêque de Canterburv, qui, en qualité d'évêque métropolitain, continua à gouverner l'Eglise angloise pendant le reste du ràgne de Henri.

Robert, l'iuluriané duc de Normandie, qui depuis trente-trois ans languissoil daqs une prison » tenta vers ce temps de s'évader , et provoqua ainsi contre lui de nouvelles rigueurs ; on a même dit, mais sans l'ondemânty .que son trère lui avoit fait grever lés .ye^x: il mourut, peu de temps après (Il 34), âgé de quatre**vingts ans. Henri ne lui survécut guère que d'un an; a la suite d'une partie de^ciiassc à Saint-Denis-le-Froment , en Normaindiey il lui saisi d'une fièvre aiguë j le mal empirant y le troisième jour il fit. venir rarcUeviqu» ^

HENRI I. 23 i .

Rouen I qui lui administra les sacremenUK ATant de mourir, il déclara ses dernières

lentes : «Je lègue, dit-il , toutes mes propriétés des deux eôtés de la mer à ma fille Mathilde et à ses héritiers, à toujours. » il fit aussi des dis*positions en faveur de ses créanciers et des pauvres, et mourut le septième jour de sa maladie. Son corps fut transporté en Angleterre

et enterre dans l'abbaye de Reading.

Après samort,ceprincefutrangé, parles uns, parmi les plus sages , les plus magnifiques et les plus braves monarques de T Angleterre ; les autres chargèrent sa mémoire de reproches de cruauté, d'avariceet d'incontinenceXe c^ui est certain ^ c'est que Fobservateur impartial ne trouve guère klouer dans tout son règne, que sa sévérité à faire punir les»délîts; encore peut*on luireprocher de ne l'avoir ex^erçéeqiie contre les autres, puisqu'en poursuivant aveu rigueur les iniquités d'autrui , il en commettoit lui-même de criantes. Ambitieux à TexaMip, soupçonneux^ dissimuléj perfide, vindicatif, c'est en vain que Malmsb ury lu i donna le mér i te de la tempéran ce et de la chasteté. S'il est vrai que sa mort fut causée par sa voracité en mangeant un plat de lamproie , comme, l'assurent plusieurs historiens ^iln^est guère croyable qu'il fut tempérant; et le grand nombre de ses enfants illégitimes, est une preuve que Malmsbury a parlé de sa continence plus en panégyriste qu'en historien. Ses principaux ministres furen tRoger,^ évéque de Salisbury , préla tplein de vertus etde piété^qui n'encourut jamais la haine du peuple, quoiqu'ileùt été, plusieurs années , mims^^ed» pXuaavide des monarques; et Uobert, comte dflr

532 HISTOIRE d'aNGL£TERR£.

Mellent , qui suivit le roi dans toutes sésexpé-»

ditions en Normandie, et acquit la réputation de premier homme dMtat de TEurope. Les princes e t les pontifes recherchèren t son amitié; Henri lui-même passoit , sans le savoir , pour èire gouverné par ce ministre, dont les possessions en Angleterre, en Normandie et en France s^agrandissoient journellement par ses violences et ses rapines. Son autorité ne sebornoit pas aux affaires du gouverneuieut: il avoit usurpé l'empire du goùi, et tous les courtisans a la mode ( les fashionables ) ne manquoient pas de copier les vêtements et les manières du comte de Mellent. Ces deux ministres étoient étrangers 9 ainsi que tous les autres officiers de confiance du rol ; car Henri ne témoignoit aucune reconnoissance des services que lui rendoientses sujets nationaux, et ne faisoit aucun cas de leurs talents: si quelquefois, a l'heure du danger, il en appeloil à leur fidélité , il les traitoit avec le Hérnier mépris an retour de la prospérité.

Les richesses de Henri étoient immenses • son successeur trouva dans ses épargnes, outre Targenterie et les pierreries qui y étoient rassemblés depuis la conquête, cent mille livres du plus pur argent. Cette opulence lui avoit permis de se livrer à son goût pour Tarchitecture: il rebâtit la plupart des châteaux royaux et fonda trois monastères, qu'il dota avec une magnificence vraiment royale. Sur la frontière du pays de Galles , s'éleva en même ^mps un graiid nombre de forteresses destinées a protéger le territoire contre les entreprises de ce peuple turbulent et indomptable. 11 le contint

\Ans efficacement encore par Fétablissemeiit

qu'il forma, dans le district de Ross et dans le Pembrokcshire , d'une colonie de Flamands , qu'une inondation du Rhin avoit forcés à venir chercher un asile en Angleterre. Ils formèrent, dans ce canton , un peuple guerrier et industrieux ; leurs soins & cultiver ta terre , et leurs fabriques d'étoffe, accrurent bicTiiùt leur nombre et leurs richesses; el constamment sujets fidèles des rois anglois qui les protégeoient y ils surent résister à tous les efforts que firent les princes gallois pour les chasser

' de cette contrée*

La littérature avoit pris à cette époque un essor extrêmement remarquable ; Lanfranc et Anselme avoient , tous deux, dans leur jeunesse , professé dans les écoles : leur doctrine et leurs exemples réveillèrent la curiosité du clergé , et portèrent Tardeur de s'instruire au delà de toute comparaison ^ même avec T époque actuelle . Les honneurs que Von prodigua a ceux qui se distinguèrent dans les études littéraires, accrurent encore cette ardeur générale; etTémulation qui régnoit entre les professeurs, passant mén^e toutes les bornes , finit par pervertir Futilité de leuis travaux. Il n'y eut au-

' cun sujet sur lequel ils voulussent s'avouer ignorants; et comme les arabes, leurs maîtres, ils discutèrent avec la même chaleur des matières au-dessus de leur entendement I et des minuties. On cite, à cette époque, Fécole de Cambridge: Odon y enseignoitla gramnuûre, Terric, la logique d'Aristote ; Guillaume expliquoit les ouvrages de Cicéron et la rhétorique deQuinteliepî Gilbert interprétoitlespas*

2S4 HI8TOIKB D^ANGLRTBMA.

sâges dilficiles des Saintes Ecritures; et telle fut Torigiae réelle de ruuivertiité de Cambridge. Il y eut peu d'écoliera, sous Henri , qui ne

se inclassent de composer des vers latins; quelques uiis les ûreut avec goût et élégance; mais la plupart semblent n'ayoir eu d'autre but que d^altérer le mètre véritable par le mélange des rimes au milieu et à la fin de chaque vers. Pour le plaisir des geus de la cour , il s V leva une autre classe de versificateurs qui négligèrent les compositions latines, perdues pour des gens qui ne connoissoient d*autre langue que la leur^ et s'adonnèrent à la poésie de leur pay^. Ils parurent, dansForigine, sous les auspices de, Matliilde et d* Alice, les deux reines , femmes de Henri; de cenombrefurent Gaimar, Benoit et Philippe de Tbaun* Les ouvrages de ces

auteurs existent encore en manuscrit, et prouvent que rien n'étoitplus étranger à ces écrivains que l'inspiration poétique. Sous le règne de Henri, Geoffroy de Monmouth publia son histoire de Bretagne, qu'il embellit par un grand nombre de labiés sur Arthur et ses che- ' valiers , sur Merlin et ses prophéties. Dans le ' même temps, paroissoii un autre ouvrage , k peu près du même genre, sur Chariemagne et ses douze pairs, que Ton suppq^e avoir été compilé par Farchevéque Turpin. En un mot, on vit naître alots cette espèce de littérature romanesque, qui ne vivoit que de sortilèges et d'enchantements, et cette langue que Ton appela rcîïiancfj parce qu'elle provenoit originairement de la lauguegauloise, i^io^ie corrompu de l'ancien langage de RomCi . , » ♦

ilIEMNE. 236

PRINCES CONTEMPORAIN

O' AI.Lf. M AGN E

DK fRANCfi.

LoUiaife 11^

Il 38.

Conrad III ,

I iSi.

Frédéric I«

David I, 1 153« SUlcolm IV,

Louis VI ,

LovM VU.

Al^. VUi.

Innorrnt îl,

Célestio II,

Lucien II ,

£ugeQ« III ,

▲étrth^iV.

(llâ&) Tant que la loi de la suocession hévédilatre ne fui jias définitivement fixée^ la moi t du souverain, dans tout gouvernement féodal, fut invariablement suivie d*un mo*ment de trouble et de désordre. Aucune action ji'ctoll plus censce violer la paix du roi; et par^uite,le cours de la justice étoit suspendu, les liens artificiels delà société étoint relâchés ^ les haines héréditaires se ralkimoient, et les , crimes les plus odieux se conimeltoient impunément. Dès qu'on apprit la mort de Henri, l'Angleterre et la Normandie présentèrent des scènes journalières de désordre el de Uçcncc, ♦

336 tttSTOiRE D'ANGLETERRE.

L'espoir que la couronne étoU assurée à Ma-

ihilde avoit consolé les derniers moments du roi ; mais son neveu, Etienne , le quatrième fils d'Adèle, sa sœur, etdu comte de Blots, s'empara du tronc. Henri chcrissolt Etienne comme son fils, parce que ce jeune prince s étoit attaché à sa fortune ; il lui avoit donné la dignité de chevalier, avec plusieurs domaines considérables en x\.ngleterre. De plus , Etienne avoit acquis par sa valeur, aux champs de Tenchebray, le comté normand de Moretoil; et depuis, marie à Mathilde, fille du comte de Boulogne, il avoit hérité des états de son beau-père. Son ambition grandissoit à chaque pas : à la mort de Henri , il se hâta de se présenter comme candidat à la couronne. 11 ne pouvoit, à la vérité, y.prétendre par la naissance; mais c'étoi t une foible objection que Ton eût également pu soulever à Pégard des quatre monai^ues précédents. Il descendoit du conquérant, jouissoit de la popularité, pouvoit c'ompter sur le secours de son frère Henri, évoque de Winchester; et, ce qui étoit plu^ encore, il étoit présent sur les lieux , et il y avoit apparence que son compétiteur seroit retenu sur le continent.

Dans cette vue , et avec ces espérances , Etienne part de Witsand , et débarque sur la côte de Kent. Les habitants de Douvres et de €anterbury refusent de le recevoir; mais Londres lui ouvre ses portes avec bienveillance , et le proclame roi : les habitants de Winchester en font autant* Bientôt rarchevéque de Canterbury, l'influent évéque de Sarum, et Guillaume du Pont-de-l' Arche viennent le

KTiEiNrSE. 237

rejoindre. Etienne ^ à la vérité , avoit^ ainsi

que tous ses adhérents, prête à Mathilcle le serment d allégeance; mais ces difficultés sont résolues par la doctrine de convenance , qu'aucun serment n'est valable quand il est obtenu par la force; et s'il resloit des scrupules, ils sont levés par la déclara^tipn de Hugues Bigod, rin tendant de la maison du roi , qui jura nar* diment que le roi, sur son lit de mort, avoit déshéri té sa fille au pr ofi t de son nev eu . £ tien n e est immédiatement couronné; sa popularité , une sorle de magie attachée au nom de roi qu'il portoit actuellement, l'espèce de lé«^ gitimité donnée à ses prétentions par son cou^ ronnemeut, déterminèrent bientôt tous les seigneurs, et même Robert, comte de Glou«> cester^ frère et conseiller de Matbilde , à lui prêter serment de fidélité.

Amis et ennemis s'accordent à louer le caractère d étienne : tous reconnoissent qu'il étoit prompt dans }a décision, hardi dans rao»* tion , généreux , indulgent , agréable aux grands par sa courtoisie , aux petits par son affabilité , et peiïdant long-temps Thomme le plus populaire de l'Angleterre.

Aiin de témoigner son respect pour son OU'^ cle, il se joignit au cortège funèbre , et voulut porter sur ses épaules le cercueil du roi défunt. Après la cérémonie des funérailles, il se rendit à Oxford i et, dims une assemblée nombreuse de prélats et de barons , renouvela les promesses qu*il avoit faites à son couronnement devant un petit nombre d'amis.

H jura de ne' point retenir^ les évêchés variants ni les abbayes ; d'accorder à tout ii^t

SS8 HISTOIRE d'Angleterre. «

dividu la permission de chasser sur ses pra^ [MH9S terres , de remettre la tase annuelle de

deux shellings par hide , connue sous le nom de DanegeU; de rétablir les anciennes lois et les taxations anciennes des plaidoiries et des

procès ; et de perinettic à ses barons de bâtir sur leurs terres autant de châteaux qu'il seroit nécessaire pour leur propre sûreté. Dans une assemblée suivante , il produisit des let- 1res d'Innocent I! , qui confirmoient son accession au trône , et accordoient de nou* velles libertés à réf^lise d'Angleterre. Les prélats , à leur tour , renouvelèrent leur serment de iidélité, mais, avec la clause condi:ttonnelle^ adoptée d'avance par quelques barons laïques , qu'ils lui seroient fidèles aussi long-temps qu'il maintiendroit avec iidélité ses engagements.

Mathilde, qui n'avoit pas même soupçonné les projets de son cousin, se présenta enfin en Normandie ; son mari la suivoit avec un corps nombreux d'Angevins» qui lui nuisirent par leur indiscipline. Les barons normands s\'toient assemblés : ils alloient conférer le duché à Théobald ^ quand un courrier d'&tienne changea leur résolution.

David, roi d'Ecosse , avoit juré d'appuver les droits de Mathiide; il lut le premier à tirer répée pour elle. Il eut d'ftbord quelques suc^ ces; puis , intimidé par la présence d'Edcune, quivintVattaquer avec une nombreuse armée, il conclut subitement la paix. Mais^ tpendant que le rot étoit dans le nord avec son armëe , tous les cantons du pays de Galles avoient pris les armes* L'ardeur seule du pillage et de la

vengeance les avoii pMsaés à la rëvolle. Gorgés de butin et enivrés de carnage, ils se retirèrent dans leurs montagnes , où l'on fut forcé de les laisser en paix , parce que de plus formidables ennemis aitiroient l'attentiim du roi.

En Normandie^ les Angevine d'une part, de l'autre les mercenaires d'Etienne , portèrent partout le rayage , et devinrent également 4es objets de haine pour les nationaux , parmi lesquels les plus puissants affectërant l-indé* pendance. Pour comble de malheur , Tesprit de désordre et d'insubordination commençoit à troubler l'Angleterre. Depuis ravënement d'Etienn«^y lès châteaux forts s'étoient multi-^ plies à rinfini; chaque petit chef voulut avoir sa forteresse, ^rassembla en un corps ses vassaux militaires, 'provoqua ses voisins au combat ^ et se mit au-dessus des lois. Ce ne fut qu'avec des peines et des dépenses infinies, et quelquefois par des chàtimens rigoureux,

3ue le roi vint à bout de réprimer ; tous ces ésordrcs.

Le roi d'Ecosse avoit repris les hostilités, mécontent, dit-on , de ce que le roi lui refusoit toujours le comté de Nortfaumberland.

Dans les six premiers nioh de l'année 1138, il frauchitdeuxfois les frontières; au moisd'aoùt, il s'avança pour la troisième fois et pénétra dans le Yorkshire. Les Lcossois, dans toutes ces expéditions, faisoient la guerre avec la férocitédes sauvages. La profanation des églises, l'incendie des villages et des monastères, le massacre des enfants, des vieillards et des gens

Mosjdéfanse, n^éi^iiiml qu'un jeu pour eujt. Au

340 HISTOIRE dVkglkterre.

milieu du désespoir général, le vénérable archeyéaue d'York, Thurslan, déploya, dans un corps aécrépil, touterënergied^in jeune guerrier. Il rassemble les barons du nord , les exhorte à combattre pour leui^s familles y leur patrie et leur Dieu ; leur assure la victoire et promet le ciel à ceux qui périroient pour une cause si sacrée. A Vépoque marquée^ ils se rendent à York avec leurs vassaux, et y sont bien* tôt rejoints par une foule de cures, accompagnés de leurs plus braves paroissiens. On vît alors combien la religion peut ajouter d'enthousiasme à l'amour de la patrie. Ces guerriers passent trois jours clans le jeune et les prières ; . Xhur&taa leur fait jurer de ne jamais s abandonner Tun Fautre, et leur montre la route en leur donnant sa bénédiction. A deux milles au delà de Norihallerton , on reçoit avis de rapproche des£cossois. L'étendard, qui donna - son nom à cette bataille , est aussitôt déployé. Waltci' Kspee, guerrier expérimenté, harangue ses compi^gnons, et à la fin de son discours^ présentant la main à Guillaume d'Mbemarle : a Je le piège ma foi, s'écria-t-il d'une voix éclalante, vaincre eu incarir, » Ces paroles enilaniment ses auditeurs du même enthousiasme, et ce serment est répété par tous les chefs avec la confiance du succès. Les Ecossois s'approchent alors. Le signal est donne. Les Anglois s'agenouillent, et l'évéque des Oj> kneys, substitut de Thurstan , monté sur le chariot au-dessus duquel flottoit un étendard sacré (1), prononce la prière d'absolution. Ils

( i) U étoii déployé «ar on mài de Tsistcsa , an osalte de*

répondent jémmk haute voix , et se lèvent pour

recevoir le choc de l'ennei^nii.

n fu t terrible. A.u commencemen t d u cooiha t^^ les premiers rangs des Anglois se Tirent contraints de se replier lentement vers Tétendard. Leurs tlancs furent dépassés el rompus par le nombîre des ennemis ; mais leur centre présentoit une phalange impénétrable qu'aucun effort ne put enfoncer. Ce fut en vain que les assaillants voulurent^ avec leurs épées , abattre ^ cette forêt de lances; leur courage ne fit que les exposer davantage aux traits des archers. Apres deux heures d'ellorts, découragés par leurs pertes, ils reculèrent, se séparèrent et s'enfuirent. Le roi seul, entouré de ses gardes, arrêta en se retirant la poursuite de ses adversaires ; les autres se dispersèrent dans toutes les directions. De vingt-sept mille hommes qu'il avoit avant la bataille, près de la moitié a voit péri, dans la mêlée ou dans la fuite. Telle fut l'issue de la mémorable journée di? l'EUndard.

David se sentoit encore en état de continuer la guerre; mais arrivé à Carliste, il reçut la

visite du cardinal Alberio, légat du pape, qui, vivement ému des horreurs qu'il avoit vu commettre à Tarmée écossoise , conjura le roi

la croix qui s^élevoit au sommet 3 ieSaiai-Sacrementétoit renferme dans une boite d'argent , el au-dessus flottoient les bannières des trois saints patrons , Pierre, Wilfr^<l et Jean de Beverley.

242 HISTOIRE d'aNGLL TERRE.

de faire la paix. David 6e montra d'abord inexo«> rable; toutefois , par respect pour le Tenérabie

prélat, il accorda une trêve de deux mois , à la suite de laquelle la paix fat conclue au commencement de Tannée suivante (1139).

Tandis que ces événements se passoient dans le nord , Etienne lui-mcme étoit occupé dans le midi à réprinoter la défection de ses barcâis. Apres avoir réduit les laïques , il dirigea ses armes contre le clergé. Xioger ^ évéque de Sarum , n^étoit plus premier ministre, mais il joiiissoit encore d'une graôde inQuence. Il possédoit de nombreux châteaux , bien fortifiés , abondamr ment pourvus de provisions de guerre; sa nuav cheavoit uil apparéiLmilitaire, et sesdeuxneveux, Alexandre, évéque de Lincoln , et Nigel, évèque d'Eiy , imitoienl la pompe mondaine de leur oncle. En apparence rien n'égaloit le dé* vouemeiil de ces trois prélats pour le roi ; mais £ tienne pensa (et ses favoris , ennemis de itor ger, nourrissoien t à cet égard ses soupçons) ipie sous ce masque , ils cachoient un attachement secret pour sa rivale Mathikle* Eu consé^quence, il fit naitre et saisit une c^casion de s'emparer des évéques de Sarum et Lincoln. L' évéque d'Ely fut plus heureux ; il s'échappa et courut s'enlermer dans la forteresse de De vises. Mais il fut éonCraint de la«rendre pour sauver la vie à Roger, qui, d'après les ordres du roi, ne devoit point recevoir de nourriture que le château ne se fût rendu. Le clergé fut consterné de ceL outrage. Etienne lui devoii le trône, et âembioit ne le payer que d'ingiatitude. Ce fut en vain que Henri > évéque de Winphestev

DigitizGd by Gc)0

ÉtI£.NN£. 2d3

et frère da monarque , qui vcnoit d'éire nommé légat du Saint-Siège, lui fit à cet égard de fortes représentations; Etienne lut ine^iorable. Alors le prélat le somma de justifier sa conduite devant un synode.rLe roi soutint dans celle assemblée (29 avril) que les Lrois évéques s'étoieut rendus coupables, e tqu' ils av oient volontairement livré leurs cîiàteaux comme une compensation de leur offense. Le légat répondit que les évéques vouloieat bien qu'on les jugeât ; mais quVvanfc tout , on devoit leur lendre leurs propriétés, conformément k Tusage uniforme de toutes les cours de justice.- La querelle s^échauffa ; Âlberic de Vere, conseil du roi , en appela au pape , et défendit au concile de procéder ultérieurement. A ces mots, les chevaliers qui le suivoient tirèrent leurs épées, et le légat rompit rassemblée. De nouvelles tentatives qu'il fit auprès de son frère, le trouvèrent également inflexible.

Celui-ci eut bientôt sujet de s'en repentir. Le second jour du même mois, Ma ihilde débarqua sur la côte de Suffolk ; elle n'avoit avec elle qu'une foible troupe de 1 iO chevaliers ; mais les circonstances étoient favorables, Robert , frère de Mathilde » et l'ame de toute cette eU'treprise, la quitta avec douze compagnons, et alla, par des roules détournées, rejoindre ses amis dans l'ouest. Mathilde, qu'Etienne pouvoit faire prisonnière dans le château- d'Ârundel , reçut de lui, par une indulgence que rien ne peut expliquer , la permission de rejoindre son frère; et l'Anjgleterre (ut bientôt

2ii HISTOIRE D^NGLETERRE.

livrée à toutes les horreurs de' la guerre civile* Les garnisons des forteresses royales embrassëreiÏL la défense d'Etienne. L'étendard de Mathilde fut déployé à Gioucester, à Bristol , à Canterbury et à Douvres, places que Robert tenoit de son père , le dernier roi. Une bataille sanglante fut livrée sur les bords de la Trent. Etienne , trahi par un grand nombre des chefs de son armée, le fut aussi par la fortune. En vain il se distingua par un courage de lion ; il fut fait prisonnier par son cousin de Gloucester, à qui seul il consentit à se rendre. Mathilde le fit iaipitoyablement charger de chaînes et renfermer dans le château de Bristol.

Ce coup inattendu détruisit les espérances des royalistes. Tout fléchit devant Timpératrice. La seule Mathilde ^ femmé d'Etienne , fit quelque ombre de résistance dans le comté de Kent; mais ou méprisa ses eflForts. On songea par-dessus tout à gagner le légat, et l'on y réussit. Mathilde jura que si Tevêque etrÉglisè voulaient larcconnoître pour reine, elle luiaccorderoit la première place dans ses conseilsj^ et confieroit à sa discrétion la disposition des domaines abbatiaux et épiscopaux en vacance. Il jura de son côté qu'il lui porteroit pleine allégeance comme à son souverain , aussi longtemps qu'elle rempliroit avec lui ses engagements. Le jour suivant, il la conduisit en procession à l'église, bénit solennellement tous ceux qui la béniroient^ et inaudit tous ceux qui la maudiroient et qui lui résisteroient. L'archevêque de Canterbury et d autres pré-

lats suivirient dès le lendemain cet exemple ; mais seulement après avoir obtenu du roi

captif d'être relevés de leur serment d*allégeance.

Au commencement d'avril un synode fut

convoqué, parce qu'il a voit été stipulé , dans le ^traité fait entre Mathiide et le légat, que l'Église ratifieroit son accession à Tautorité souveraine. Le prélat y parla avec unç adresse infinie contre Etienne et en faveur de la reine ; quelques uns Técoutèrent en silence , le reste l'approuva par les acclamations les ,pliis vives. Des députés de la ville de Londres • qui arrivèrent trop tard pour assister à cette séance y furent admis le lendemain. Surpris de ce qui avoit été décidé, ils firent d'abord dîfficulié de suivre le torrent; mais le légat reprit, k leur égard, les arguments de la veille, et parvint aussi à les décider. Par cette déclaration du clergé , Mathiide se crut désormais hors d'atteinte. Naturellement hautaine et vin* diçative, cette princesse s'abandonna, dans rinsolence du succès, à ces passions qu'elle avoit réprimées , tant qu'elle avoit pu redouter quelque résistance. Elle répondit dans des termes outrageants aux sollicitations de la reine, femme d^Etienne, pour obtenir la délivrance de son mari. Elle refusa avec mépris au légat les comtés de Boulogne et de Moretoil, qu'il avoit demandés pour son neveu Eustache. Pour comble d'imprudence l elle imposa aux habitants de Londres, encore chancelants, une taxe onéreuse, en punition de leur ancien attachement pour ttienne.

2iG HISTOIRE D'Ar^GLETERBE.

Sa rivale profita de tant de maladresse; un corps de cavalerie se montra, som sa bannière , dans la partie méridionale de Londres; les cloches sonnèrent Talarme; la populace courut aux armes ; l'impératrice èàt été faîte prisonnière si elle ne se fut sauvée par une luite précipiLée. Ses amis les plus dévoués Tac-

r compagnèrent à Oxford.

Dans ce revers, Mathilde commença à 80np> çoaner la fidélité du légat. Elle lui donna Tordre péremptoire de se rendre à sa cour; il lui fit la réponse ambiguë <i qu'il se préparoit. Elle résolut de le surprendre à Winchester. Comme elle entroit par une porte, il sortoit par l'autre. Trompée dans son attente , elle ap<> pelle alors h son secours son frère Robert, son

■ oncle David, roi des Ecossois,. Milon,^ comte de Hereford,. et Ramilf , comte de Chester, et assiège vigoureusement le palais épiscopal et une forteresse que Févéque avoit élevée au centre de la ville. Henri , bien secondé deslia<» hitants de Londres, vole au secours de- ses. amis. Dans peu, les assiégeants sont eux-mêmes assiégés. Pendant sept semaines les deux partis prirent ou reprirent la ville et la brûlèrent. Mathilde, voyant que le nombre des royalistes alloit toujours croissant, et que les horreurs de la famine commençoîent à se faire sentir , quitta le château , un matin , à la pointe du jour, accompagnée d'une bonne escorte, de son frère Robert, et de plusieurs chevaliers qui s'éloient engagés a risquer leur vie et leur liberté pour la sauver. A. Hombridge, ils furent atteints. Tout le parti fut tué ou pris; Mathilde

ETfBNXE. 241

seule, accompagnée de son fulèle Briavid Fitz- Comiey gâgne Luggershal daboi^di puis le château de Devises. Le roi d'Ecosse, pris trois fois, parvint trois fois à se dégoger. Milon, iseul et presque nuatleignittle chàicau de Gloucester. Presque tous les autres tombèrent entre les mains des yainquetirs.

Le comte de Gloucester , prisormi( r , fut traité par la reine avec plus de générosité que ne devoi t en attendre ï hommequi tenoi t encore son mari dans les fers. Après quelques nugociationSy on cc^vint de l'échanger contre le roi; et par cette révolution, les deux partis se retrouvent au même point qu'avant la bataillé de Lincoln; lelcgat qui s'éloil alternativement décidé pour Tun et pour Tautre y se trouvoit seul dan&la situation . la plus éqmvoque. On pensa qu'il cherchcroit a justifier sa conduite dans le synode qui fut assemblé à Westminster ( 7 décembre )w II s'exeusa , en effet , sur la nécessité des conjonctures, eténvt par exhorter le clergé à s'opposer à Mathilde, et à excommunier ses partisans. Un des amis de T impératrice Vinterrcmpit, et l'accusa, au nom de cette princesse, d'être la cause de tontes ces calamités y puisque cétoii sur son invitation qu'elle étoit venue m Angleterre. Henri sut se -contenir; il ne lui échappa ni parole imprn dente, ni signe d'émotion. Avant la fm du synode, la peine d'excommunication fut portée .contre tous ceux qui élèveroient de nouveaux châteaux, ou cnvahiroient les droits deTéglise, ou feroient violence aux pauvres et aux per^ sonnes san» défense.

24$ ^HISTOIKE d' ANGLETERRE.

Les deu3L pia*tis étoient disposés à recommencer la guerre; mais une longue et douloureuse maladie retint Etienne dans son palais (tl42). Robert saisit cette occasion pour se rendre auprès de Geoffroy , mari de Mathilde 9 solliciter sa présence et son secours. Le prince, qui n'avoit jamais été pour sa femme qu'un objet d^aversion , étoit alors occupé à réduire la Normandie; il ne Toulut point aban* donner ce qu'il avoit entrepris, et refusa, consentant toutefois à confier au comte, Henri son fils ainé , héritier légitinie de Mathilde. Pendant ce temps, Etienne marcha sur Oxfordy défit la garnison , brûla la ville, et as- ' siégea la citadelle , dernier asile de sa rivale : il l'y tint renfermée pendant dix semaines, après quoi elle parvint encore à s'échapper. Etienne s'empara d'O&ford; mais Robert Vayant battu Witten , la puissance des deux partis resta pleinement balancée. Cependant la mort ayant privé Mathilde des services de Mi- Ion, le plus dévoué de ses partisans, et des conseils de son frère Robert, elle tomba dans une noire mélancolie , renonça pour le moment à des tentatives qui, depuis huit ans^ étoient

* inutiles , et se retira en Normandie pour surveiller le cours des événements (1147).

Etienne ne retira' cependant aucun avantage de son départ : il mécontenta les barons par des actes de violence semblables à ceux qui lui avoient aliéné l'affection du clergé. Vers ce même temps , il eut l'imprudence de forcer

• le clergé lui-même à se jeter dans les bras de ses ennemis. Henri venoit d'être privé du titre

Dig'itized by Go

de .légat par un des successeurs d'Innocent ;

Théobald fut revêtu de cette dignité ; mais" Henri, humilie de cette disgrâce , détermina son frère à défendre à Théobald d'assister au concile de Reims, qu'Eugène 111 présidoit. Le primat méprisa la défejise. A. sou retour, il fut envoyé en exil; il trouvamoyen deretourner en Angleterre; et sous la protection deBigod, ^ comte de Norfolk, il mit un interdit sur tous les domaines du roi* La cessation de l'office divin eflPraya Etienne : 11 rassembla tous les prélats et les requit de couronner son fiLs l^ustache niâl); Théobald s'y refusa. Dans uu accès de rage, Ëtienne fit enfermer tous les prélats dans la salle, et envoya des messagers pour saisir leur temporel ; mais la réflexion le calma: il résolut de dissimuler et parut leur rendre sa faveur.

La prospérité toujours croissante de Henri, fils de Mathilde, inspiroit alors au roi la plus juste terreur; âgé deseiateans, il avoitreçu de son oncle , le roi d'Ecosse, Tordre de chevalerie. (1150) A son retour, Geoffroy, son père , lui céda le duché de Normandie ; à la mort de ce prince, il hérita du comté d'Anjou , et par son mariage avec Eléonore de Poitou , il acquit le vaste duché d'Aquitaine. (11.52) Les espérances des ennemis d'Etienne se réveillèrent. On pressa Henri de passer en Angleterre; ce qu'il fit en eifet. La guerre alloit recommencer avec une nouvelle tireur, lorsque heureusement, pour le repos de la nation, le fils aîné du roi mourut. On saisit cette occasion de concilier les intérêts (1153)* Les

2où HISTOIRE d'angletehre.

prétentions des deu^c partis farent ainsi ré*

glées : l<» Etienne adoptoit Henri et lui dounoit le royaume d'Angleterre après sa mort| pour en jouir à j.amais lui et ses héritiers; en: retour^ le jeune prince lui rendoit hommage et lui juroit lulélité. Henri ri cevoit rhommage de Guillaume, fils survivant du roi, et lui assuroity en retour, toutes les terres et dignités qu'Etienne avoit possédées avant de monler sur le U(Hie. 3^ Les comtes et barons du parti du duc rendroient hommage au roi f ceux qui avoieniété ses yassaux, comme à leur

seifi^ucur souverain ; ceuxqui iic l'cLoicii L point, à la condition qu'il observcroit le traité, Les habitants des bourgs, et les garnisons dea châteaux royaux juroient fidélité à Henri dans les mciucs termes que les barons du roi. o ^ Les évéques et les abbés, par le commandement ctE^ tienne^ feroient aussi serment de fidélité à Henri. Cette transaction fut rédigée en forme de charte , accordée par le roi , et attestée par les prélats et les barons. Etienne mourut pea de temps après eette pacification , et fut en» terre à Faversliaui, près tle sa femme et de son fils. Il laissa l'Angleterre dans un état de misère et de dévastation, pire encore que celui qui suivit Vinvasion des Danois ; triste résuU tat des guerres civiles , et surtout de cette manie de construire des châteaux fortifiés, qui s'empara alors de la noblesse , et fit des seigneurs, en leur assurant un asile et Timpunité , autant de tyrans qui cxerçoicnt partout les plus horribles brigandages et souvent les plus atroces cruautés. Telle étoit la

Oigltized by

ETIENNE. 2*it

désoUtion du pays , disent deux historiens contemporains, que , dans beaucoup d'endroits,

un homme pouvoit voyager toute une journée sans découvrir sur sa roule une seule créa-^ tore humaine.

' ' DigitizecI 1

PRINCES CONTEMPORAINS

O^ALLEMÀGNE

ROM »*»»liE.

t'rédcric

fllalcolm IV, ii65.

Gaillaame.

Page 1