‹ Abrégé de l'histoire d'AngleterreChapitre 23 sur 39 · BOIS · texte numérisé non relu

BOIS

Louis VII , 1 180.

Piiilippe-Aa«

Alphonse VIJI, ii5j.

Sanck, ii58.

Alpiiocue IX.

AnasUse IV,

1 154> Adrien IV, ^ Alexandre III, • itai.

Lucien III.

Urbain 111,

Gr^treVIlI

CUmmtill.

Par la mort de son père , Henri avoit hérité de la Touraine et de l'Anjou; du droit de sa mère il possédoit le Maine et la Normandie ; et , avec la main d'Eléonore , il avoit reçu de plus vastes domaines encore, les sept provinces de Poitou, de Saintonge, d'Auvergne, de Périgord, du Limousin, de l'Angoumois, et de Guienne : c'étoit le tiers Je la France. Presque toute la côte occidentale , depuis les frontières de Picardie jusqu'aux montagnes de la Navarre , reconnoissoit son autorite ; et le vassal qui faisoit hommage a son suzerain

254 HISTOIRE DVNGLKTtnRE.

de seâ po&sesfûoQS, étoity cii i éaiiic, uu prince, plus puissant que le roi qui le recevoit. Dans sa Tingt-unième tinnée , la mort d'Etienne

ajouta le royaume d'\nglelerre a ce vaste territoire; et les regarda cle TEurope se dirigèrent avec quelque inquiétude sur les premières démarches du jeune uionarque.

(1154) Des tempêtes continuelles le retinrent à Barflenr pendant six semaines; enfin , il débarqua en Angleterre. Il y trouva rinimilié des ciincniis de sa famille codi primée par la crainte : la vigilance et Tautorité de Tarchcvé^ue T4iéobald avoient maintenu la tranquiU lite publique. Il reçut à Winchester les hommages de la ]iol)lessc ( 19 décembre), fut couronné à Westminster avec la reine , sa femme ; et après quelques jours accordés aux fêtes il songea aux choses sérieuses, nomma les grands officiers de la couronne , confirma à ses sujets les droits et les libertés qu'ils avoient possédés sous le règne de son grande père, et amena ses barons et les évéqiiesa ])réter serment de fidélité à son Hls aine Guillaume, et en cas de décès de celui-ci ^ à son second fils Henri.

Le nouveau roi s'appliqua principalement, pendant plusieurs années , à réparer les maux produits par les guerres civiles et une longue licence. 11 n'éprouva de difficultés réelles que quand il voulut faire démolir les châteaux de quelques seigneurs , et recouvrer certaines terres que les besoins d*Etienife et de Mathilde, les avoient contraints d'aliéner à leurs partisans respectifs. Il y réussit cependant, à Taide de ses efforts personnels et d'une puis-

Oigltized

BEHRi 255

santé armce ; et les grands vassaux rentrèrent enfin dans ie devoir.

Le même mois qui fut témoin du coiiron*» nemeut de Henri, avoit été signale par Tavénement de Nicolas Breakspear au trône du Vatican. Ce personnage, le sent Anglois qui se soit jamais assis dans la chaire de vSaint- Pierre, s'ëtoit élevé successivement, par tous les degrés de la cléricature, d'une des situa» lions les plus basses de la vie , k celle qui est regardée comme la plus élevée dans la chré* tienté. Son élévation, approuvée par le clergé, fut accueillie avec acclamations par le peuple.. La seule personne qui ne parut point partager Tallégresse générale, fut Nicolas lui-même.

. Kn Angleterre , la nouvelle en fut reçue avec transport; on lui envoya troÎB évéques pour

* le complimenter; et, s*il en faut croire un récit un peu suspect , l'objet secret de cette dépu* tation auroit été de le consulter sur un caa singulier. Geoffroy, père du roi, avoit, sur somit de mort, exigé des barons et des pré^ lats qui le servoient, ht serment de ne point laisser inhumer son corps, jusqu'à ce que Henri eût solennellement juré de remplir les dispositions secrètes de son testament. Le jeune prince , comme il est naturel , hésita t fatigué, néanmoins, de Timportunité de ses amis, et de Tidée de mettre obstacle à l'enter* rement de son père, il consentit an serment prescrit. On ouvre alors le testament, et Ton y voit que Geoffroy avoit lé^uc rAnjou , ce patrimoine de sa famille, a Geoffroy, son second fils, dans le cas où Henri hcriieroit du trône d'Angleterre. dit que le roi solUci-

2ô6 HISTOIRE D*ANGLETE!IRB. .

toit actuellement d'être relevé de ce serment, imprudent, et qu^Adrien (car Nicolas ayoit

pris ce nom) , y consentit, se fondant sur ce qu'il avoit juré sans conuoitre les conséquences de son serment. Mais ce qui est plus certainque cette anecdote romanesque, c'est que Henri passa en France , et qu'il rendit hommage au roi ; qu'il prit de force les châteaux • de Chinon, de Londun et de Mirabeau, qui appartenoieut à son frère, et constitua a ce prince une rente annuelle à litre d'indemnite.

Avant d'entrer dans le récit des événements nombreux et importants de ce long règne, mettons sous les yeux du lecteur un portrait de ce prince, tel qu'il nous est dépeint par des écrivains ^ui vécurent k sa cour. Sa suture litoit médiocre ) sa contenance majestueuse y son Tisage vermeil ; mais toute sa personne étoit défigurée par la grosseur de soa ventre , qu'il tâchoit de jççduire par l'exercice et la sobriété. Peu de personnes Tont égalé par la tempérance, aucune, peut-être, par l'activité; tous les moments qu il çouvoit dérober aux affaires , il les consacroit à ja chasse ; après la chasse il prenoit un repas à la hâte , et se levant de table, en dépit dc& murmures de ses courtisans, il les faisoit marcher ou tenir debout avec lui, jusqu'au temps jAn repos. Il avoit quelques connoissances en littérature f et faisoit ses délices de la conversation • des gens instruits; il avoit une mémoire qui tenôit du prodige, étoit éloquent, affable, lacétieux, et joignoit à la dignité du prince toutes les manières d'un gentilhomme; mais >

sous ces dehors trompeurs, c*étoit un carac- • ière fourbe^ dissimulé, sans fidélité à sa parole , jaloux de son autorité , plein d'orgueil , colère et vindicatif à l'excès.

Tkéobald, archevêque de Canterbury , qui avoit souffert le bannissement pour la cause de Plantagenet, avoit refuse de couronner Eustache, négocié le traité entre Henri et £tienne, et enfin contribué puissamment au maintien de la tranquillité publique après la mort subite de ce dernier, avoit des droits bien fondés à la reconnoissance du roi. Ces services ne furent pas oubliés. Forcé, par ses infirmités, de se retirer du ministère, il donne pour guide, au jeune monarque i le célèbre Thomas Becket , qu'on ra voir jouer le plus grand rôle sur le théâtre des affaires publi* ques, et qui, depuis sa àort, a été représenté comme un saint et un héros , ou comme un hypocrite et un traître, selon les opinions religieuses des historiens.

Becket étoit fils de Gilbert, un des principaux citoyens de Londres ; son éducation avoit été soignée, et ses counoissances lui méritèrent de bonne heure des emplois dans les églises de Lincoln et de Saint-Paul, et bientôt après Tarchidiaconat de Canterbury ^ di*gnité considérable dans l'Eglise d'Angleterre. Dans ce poste, il devint le conseil favori du primat , et la recommandation de ce prélat le fit remarquer du roi Henri ; il le nomma chan*celier, gouverneur du jeune prince , le combla d'honneurs, de richesses, de dignités, et le rendit dépositaire de la faveur royale. L'éclat dont il s'entoura ne fut point au-dessous de la

2à8 HISTOIRE D ANGLETERRE.

rapidité de son élévation : il déployoit dans

son éqiîijKjjf^c , dans sa table , dans tout ce qui rapprochoit, toute la magaiilceiice d'un prince. L'orgueil de Henri jouissoit de cette pompe de son favori. Négociateur habile et heureux, il empêcha une rupture prête à éclater entre Henri et le roi de France, et réussit même à faire fiancer Henri , l'ainé des fils du monarque anglois , avec Maigaeiite, la plus jeune des filles de Louis.

Mais r union future de deux enfants étoit un lien trop foible pour retenir deux princea naturellement divises par une foule d'intérêts contraires; il lut bientôt rompu. Le comté de Toulouse , que Henri revendiquoit du chef de sa femme Eléonore , quoique, avant le divorce de cette princesse, Louis, son prc» mier mari, eut assuré ce territoire à Uay« mond , comme douaire de sa femme Constan** ce, sœur du monarque françois, fut l'objet dé la querelle. Henri eut bientôt rassemblé^ par les conseils et sous la direction de son .chan* celîer, et de Targent et des troupes. On ar* rive en France; Cahors est pris; Toulouse luimême alloit rétre f si Louis ne s'y fut jeté avec quelques troupes* Becket conseilloit l'assaulî Henri n'osa le tenter : les chevaliers francois volèrent au secours de leur roi; et cette brillante occasion fut perdue. Henri rega|;na la Normandie ; Becket resta pour assurer les conquêtes , fortifia Cahors , et emporta de vive force trois cbàteaux réputés imprenables. En tout celai sans doute, la conduite de Becket tenoit peu de la douceur et de l'esprit de paix d'un ex^clébiubtique chrétien f mais peut-être

Oigltized by

doit-OD accorder quelque chose aux mœurs du siècle où il vivoit*

La circonspection de Henri fut convenable*

ment recoimue par le roi Louis : les deux princes se virent ; les prétentions opposées furent accommodées à Tamiable, et le jeune Henri rendit hommage au roi dr, France , pour le duché de ÎNonnandie. Cependant, au lK)iit d'un mois, Louis, ayant épousé Adélaïde, nièce d'Etienne , dernier roi d'Angleterre, cette alliance avec une famille si contraire à ses intérêts , alarma Henri ; mais avant qu il y eût beaucoup de sang répandu , une autreré* conciliation s'effectua par les soins de Pierre de Tarentaise , qui défendoit en Fraïuc ks intérêts d* Alexandre 111; car le schisme divisoit alors le monde chrétien.

•Alexandre IH et Victor IV, élus par deux factioiis qui avoient paï tag:é le conclave , se disputoieut le trône pontifical; et les rois de France et d^Ângle terre , de TaTis dç leurs évéques, avoient pris parti pour le premier, tandis que 1 empereur Frédéric soutenoit le second de toute son influence. Les deux der» nières années de Théobald avoient été consacrées à défendre la cause d Alexandre. Accablé d'infirmités, il recouroit à la plume de son secrétaire , pour démontrer au roi et à ses évéques la supériorité des droits d'un pontife élu par la majorité du conclave. Sa mort (1161) laissa à la disposition du roi la plus haute dignité de l'Eglise d'Angleterre. Lâ faveur dont jouissoit le chancelier, la place qu'il occupoit, le désignoient comme le successeur probable de Théobald ; mais quelles

260 ^ niSTOIRB D*AIIGLETBRftfi*

que fussent les intentions de He.nri, il avoit soin de les renfermer en lui-même. Pendant treise mois^ les revenus du siège vacant fu^ rent payés à Techiquier ; enfin , Henri envoya chercher le chancelier à Falaise, lui enjoignit de se préparer à partir pour l'Angleterre ^ et ajouta que, sous peu de jours , il seroit archevêque de Canterbuj j . En vain Becket demanda la permission de refuser cette haute dignité, alléguant qu'il lui seroit impossible d'accomplir ce qu'exigeoit son nouveau poste, et de conserver en même temps la faveur de son bienfaiteur. Henri persiste; le légat, Henri de Pise, joignit ses instances à celles du roi, et Becket, quoiqu'il vît déjà s*amasser l'orage • sous lequel il devoit périr un jour , fut amené, contre son propre jugement, à donner son consentement. Il fat élu à Westminster par les prélats assemblés et par une dépiitatîon de moi- , nés, futordonné prêtre par l'évéque de Roches* ter, et consacré le lendemain par Henri de Winchester, après avoir été déclaré libre de toutes les obligations séculières. Jamais on n'avoit vu une-cérémonie plus brillante*

Quoique jusque-Ik Becket fût fort éloigné du renoncement k soi-même , qui fait le caractère ecclésiastique , le silence de ses ennemis prouva que ses mœurs étoient inattaquables. L'appareil d'ostentation, et les actions mondaines du chancelier furent abjurés par l ar- (^hevéque qui« dans la ferveur de sa conversion , s'imposa des règles journalières de mortification secrète, en punition du luxe et de la vanité de sa première vie. Il renonça à

la place de chancelier, donliljugeoitles fonctions intompatibles ayec celles de sa nouvelle

dignité. Toute sa conduite actuelle fut remarquable par son attention sévère aux bienséancès.de sa place. Ce changement total et subit ^ excita radmiration des uns et la censure des autres ; les contemporains de Becket y virent généralement l'effetd'unsentimentscrupulettx de ses devoirs. Les écrivains modernes, saiis aucune apparence déraison, n'y ont vu qu'un raffinement d'ambition et d'hypocrisie, comme si ce n'eût pas été un chemin plus court pour lui de se rendre aux désirs du roi , en réunissant à la foi les fonctions de chancelrer et d'circhevéque^ pour dominera la fois dans l'Eglise et dans Tétat.

Il jouit encore, pendant un an, de la faveur royale ; mais durant son absence, Tardente affection du roi s'éteignit insensiblement ; les sycophantesde la cour en profitèrent pour déclamer^ en termes exagérés, contre la grandeur de ses vues, la supériorité de ses talents et la résolution de son carîictère. Les préventions commencèrent à naître dans Tesprit soupçonneux de Henri ; la résignation faite par l'archevêque de la place de chancelier, la reprise des terres enlevées à son siège, ses efforts pour reformer le clergé de la cour, son opposition au rétablissement del'odieux Danegelt, et plus particulièrement, enfin, une discussion sur la juridiction des cours ecclésiastiques , amenèrent cette fâcheuse rupture que BeckeL avoit * prévue.

Dès l'origine du christianisme, on avoit

2G2 HISTOIRE D*ANGLETERHE.

eidiorlé (i) ceux qui le professe i en t à soustraite la connoissance de leurs différents aux tribunaux profanes , pour les soumettre à l'autorité paLernelle des évéques. Ceux-ci, parla nature de leurs fonctions ^ étoient engagés à étouffer les dissentions ; et par la sainteté de leur caractère, ils s'élevoient au-dessus de tout soupçon de partialité ou de prévention. Quoique honorable, cette obligation étoit gênante; plusieurs auroient voulu en être relevés; mais les avantages de ce système le recommandèrent à l'approbation des einpereurs chrétiens. La setf tence des évéques s*exécutoit sans retard et sans appel : d'abord le consentement préalabla du plaignant du défendeur, à rintervention ilu juge spirituel, fut nécessaire. Théodose réyla que les parties auroient le. choix, qu'elles auroient la libe/té de porter la cause en pi:emière instance à la cour de révêque, ou de l'en retirer et de la soumettre, en quelque état de procédure qu'elle fût, devant le magistrat civil. Charlemagne inséra la constitution de Théodose dans son code. Si la loi de l'empereur peimettoit au laïque d'accepter Tévéque comme juge des causes civiles, les canons y obligeoient le

clergé. Justinien décida que dans le cas où une des punies seulement appartiendroit au clergé , la cause seroit saumise à la décision ' de révêque. Ce précieux privilège se naturalisa facilement dans le nord de la chrétienté;

(i) I. Qor. 1-6.

HENKI II. 2 63

el partout il y fut nnarûmemeut donné au clerg^é par rauloriié civile. Persuadé que le caractère roliu ieux devoit être respecté, même dans les loiblesses de ceux qui en ëtoient revêtus i Constantin avoit accordé à tout évé« que accusé d'avoir enfreint la loi, la liberté de se faire juger par ses collègues, et coulcré eu outrcy à ces prélats, une juridiction crimi* nelle sur leur propre clergé. On ne sait si cette autorité se bornoit aux délits inférieurs, on ai elle s étendoit aux ci iiaes capitaux. Quelques édits laissent, sans restriction, lu punition du clergé à la discrétion des évéques ; mais les Nov elles de Jusuiiicii c lablissoicnt une distinction entre les délits civils et les délits ecclésiastiques. L'empereup reconnoit que Vautorité civile n'a point a connoltre de ceux-c! $ mais que les premiers sont du ressort civil. Les canons de plusieurs conciles prouvent que ces règlements furent en usage parmi les nations de l'ouest , après leur séparation de l'empire ; mais la distinction de Justinien fut abolie insensiblement* et quelle que fût la nature du délit dont un clerc étoit accusé ^ il ne pouvoit, au moins en première instance, être appelé que devant un tribunal ecclésiastique* Cesi ainsi que s'établirent y d'abord sur le continent, les cours spirituelles; mais diez les An£?lo-Saxons , les limites des deux autorités restèrent coniuses et indéterminées. Après kur conversion^ ils assimilèrent les chefs de l'église à leurs nobles, et les prélats, seuls juges du clergé inférieur, partagèrent avec les seigneurs les fonctions de magistrats civils* A la conquête des Normands , les deu3^ juri-

264 HISTOIRE d'angle itRUK.

dictiom furent entièrement séparées par le nouveau souyerain ^ et dans chaque dîocèae ^ des cours chriiièmies furent établies sur le nio* dèle, et avec l'autorité des mêmes cours, dans toutes les parties de l'JbgUse d'occideat« Elles étoient obligées de se confomer, dans leurs procédures, aux lois épiscopales , systèuie de Jurisprudence composé des canons des conciles, des décrets des papes, etdes maxi* * mes des plus anciens pères. Isidore et Burchard en furent les premiers compilateurs; Ivon de Chartres les mit dans un meilleur prdre ; .Gratien , moine de Bologne , èn corn* posa un corps, sur le modèle 'des Pandecles, (jui, sous le titre de Decrelum , devînt, en Angleterre surtout, la base de renseignement* Dès ce moment y T étude des deux Codes ne fut plus séparée, et il fut jugé indispensable de coniioitre Tun pour éclaii cir les difficultés de Vautre. Cette circonstance donna aux cours spirituelles une supériorité marquée sur les cours séculîcics. La jurisprudence des premières, fixe, invariable, étoit le résultat de la sagesse des siècles; les dernières étoient forcées de suivre une jurisprudence confuse et ïRobile, composée en partie de lois anglosaxonnes, et en partie de lois d'origine normuide , basées sur des coutumes plus ou moins incertaines. Les juges ecclésiastiques étoient des hommes de talent et d'éducation : l'uniformité et l'équité de leurs décisions étoient préférées 'au caprice et à la violence qui sembloient gouverner les jugements du roi et des barons ; et, par degrés, toutes causes qu'une interprétation légale pouvoii

tf£NRI II« . 265

rattacher aux cas prévus par les canons ^ soit

qu'elles eussent rapport aux dîmes , au droit de pâturage, aux scandales publics, aux mariages, aux témoignages, au parjure, à Tinfraction des contrats , furent portées devant les tribunaux ecclésiastiques. De là un esprit de rivalité entre les deux juridictions, qui dégénéra bientôt en guerre ouverte.

. Enfin le débat commença , et la première attaque se dirigea judicieusement contre le point où les cours spirituelles se trouvoient le. ' plus vulnérables, leur juridiction criminelle. Les canons avoient exclu les ecclésiastiques des jugements de sang; ils ne pouvoient infliger que la flagellation , ramende , remj[>risonnement et la dégradation. Dans ces époques de désordre, ces peines n'étoient pas toujours suffisantes pour réprimer les grands crimes, surtout si Ton considère que quiconque avoit seulement reçu la tonsure (et le nombre en étoii grand), appartenoit alors au clergé, et né toit justiciable que des cours spirituelles. Henri cherchoit un prétexte pour « atta<juer ce privilège du clergé : il ne tarda pas a se présenter. Un ecclésiastique , coupable d'homicide, n'avoit été condamné qu^au . fouet et a la suspension de ses fonctions ecclésiastiques pendant deux ans. Le roi rassembla les évêques, et leur demanda qu*à l'avenir tout ecclésiastique qui seroit dégradé pour un crime public, par la sentence du juge spirituel, fut immédiatement livré aux tribunaux ordinaires. Les évêques iirent des objections tirées des libertés que le roi avoit jurées à son couronnement, et de ce que, dans un tel cas, le

366 HISTOIRE B^NGLETEKRB.

même individu seroil deux fois] ugé et deux fois puni. Henri » qui avoit sans doute préparé sa réponse, abandonna immédiatement ee sujet, et leur demanda s'ils promettoîent d'observer les anciennes coutumes du royaume. La ques* tion é toit captieuse , ni le nombre, ni la tendance de ces coutumes n'ayant été définis. L'archevêque répondit avec la même adresse . qu'il les observeroit » « sauf les immunités de son ordre. » Cette clauseavoit été admise quand le clergé avoit juré fidélité au souverain ; il n'y avoit pas moyen de la rejeter. Chaque prélat, interpellé en particulier, fit la même réponse, a l'exception du seul évêque de Chichester. Les yeux du roi étinceloient de colère; le lendemain matin, le prélat reçut Tordre de quitter la garde honorable du château de Eye , et celle du château de Berkhamstead.

Il étoit évident que , sous ce nom de coutumes, on dirigeoit une attaque contre toutes les immunités de l'église; aucun ecclésiastique ne doutoit qu'il ne tallùi s y opposer ; on ne différoit que sur le point où devoit s'arrêter l'opposition. L'archevêque d'York, gagné par le roi, proposa de céder pour le moment. L'esprit indompté de Becket rejeta d'abord cette foible politique ; mais enfin les représentations de ses amis , les menaces de ses ennemis, surtout un avis prétendu du pontife , lui firent changer de résolution. Il se rendit chez le roi , qui le reçut gracieusement; puis, pour mettre fin à la quereUe, on convoqua un grand concile k Clarendon.

(1164) Jean d'^Oxford, nommé par Henri président d.e cette assemblée , fit bientôt , par

HEiNKi 11. 267

son arrogance y renaitre tous ie& soupçons de Becket. Le primat osa demander le maintien

de la clause d'exception: Henri, indigné, menace Becket de V exil onde la mort; et au même instant un corps de chevaliers, ayec leurs armes hautes, et Tépée nue, sont introduits. Deux chevaliers du Temple, le genou en terre, conjurent Becket de prévenir, par son consentement , le massacre de tous les évéqnes , qui, sans cela, alloit suivre infailliblement. Ému de leurs prières, il jure enfin d'observer, les coutumes, et demande au roi de l'informer en quoi elles consistoient. Au milieu de tant de débats, elles ëtoient encore inconnues. Ua comité de recherches est nommé, et le lendemain, Richard de Lucy et JosceJin de Baliol exhibèrent enfin les seize constitutions de Clarendon. Les évéques les signèrent avec le roi ; Henri demanda ensuite qu'ils y apposassent leurs sceaux; Becket s'y refusa obstiiiément, disant qu il avoit exécuté ce quHl ' avoit promis , qu'il ne feroit rien de plus. On Ta accusé de duplicité en cette circonstance : il faut plutôt le plaindre. 11 est évident que sa conviction n'avoit pas été ébranlée un seul instant, et que, s'il céda, ce futpour n'être pas accusé d'avoir causé, par son opiniâtreté, la mort des évéques assemblés.

Ces constitutions auxquelles on àttachoit alors tantd'jmportance, stipuloient dans leurs points principaux : 1° u que la garde de tout a archevêché , évêché , abbaye de fondation « royale , vacants ^ seroit donnée , et cfoe « les revenus en seroient payés au roi ; et que « élection d'un nouvel incombant seroit faite '

RtSTOmC D'AItCtETERRE.

is d'après Tordre du roi, par le haut clergé de 91 Y Eglise f sur Tavis des prélats que le prince « jugeroil à pri>pos de leur adjoindre. • (Celle coutume ne pouvoit remonter plus haut que Guillaume-le-Roux ; et ses successeurs Tavoi<^ni abandonnée.) 2^ Par les anicles 2 el 7, ^ que dans tous les procès civils ou criminels, M dans lesquels l'une des parties ou toutes les « deuiL-seroienl ecclésiastiques, la procédure m commenceroil devant la justice du roi, qui

déterniineroit si la cause devroit être jugée « par la cour séculière ou par la cour épisco- « pale. 9 (Cétoit ici plutôt une exigeance du moment et une innovation qu'une coutume.) 3^ 11 étoit ordonné ^ qu'aucun tenancier en « chef du roi , aucun olticier de sa maison ou u de son domaine , ne fût excommunié, on ses « terres mises en interdit, jusqu^à ce qu<on « se fût adressé au roi. » (Cette coutume, introduite par le conquérant contre Tçffet redoutable et si souvent salutaire des foudres spirituelles, avoit été rigoureusement matnienue par ses successeurs.) «i© Â.ucnn aichevé- « que ou évéque ne devoit U^averser M nier « sans l'autorisation du roi. 5» Les appels « procéderoicnt régulièrement de Tarchidia- « t re à révèque, et de celui-ci à 1 archcdvéque; si Tarchevéque manquoit à rendre « la justice , au roi. » (L'objet de cette cou tume, introduite par Henri I, avoit sans doute pour; but y ainsi que la précédente, d'empôcher autant que possible les recours à Rome.) Les autres articles sont d'un moindre intérêt.

Arrivé à Canterbury, le prélat rélléchitsur ce qoi s'étoit passé. Ses scrupules reviennent; il

Uigitizeo by

UENRI II. 269

t^oTidamiie sa dernière foiblesa» , s'inlerdit a

lui-même Texercice de ses fonctions , écrit un rapport au pape, etsollicile l'absolution. Henri s'ëtoitflatté d'obtenir de la gratitude d'Alexati* cJre Tapprobation des coutumes; mais la fermeté du pontife déconcerta tous ses plans, et le roi songea à s'en venger sur l'arcfaeTéque. Ses conseillers cher choient à le pousser aux extrémités, en prêtant à Becket des discours pleins d'irrévérences pour le roi , et des projets ambitieux d'indépendance. Enfin, ou prépara une longue suite d'accusations; et grâce à la facilité que la jurisprudence féodale offrit, toujours aux caprices d'un souverain vindicatif^ ilfutcité à un grand concile , a Northampton ( 13 octobre). Jean d'Oxford fut encore ' président; Henri remplit les fonctions, d^ac- <msateqr. Le prélat fut condamné à perdre tous ses biens, peine qui fut sur-le-champ commuée en une amende de 500 livres (14 •Qctobre). Le lendemain , le roi lui ordonna de rendre les 800 livres de rentes qu'il a voit

reçues comme gouverneur d'EyeetdeBerckamstead. Becket répondit froidement qu'il les paieroit. Le roi lui redemanda encore 300 livres qu'il avoit reçues, étant chancelier. Ce fut en vain que le prélat prétendit que c'étoit un présent; Henri soutint que c'étoit un prêt, La cour obligea Becket à donner eau lion pour le remboursement decettcsomme(lô octobre). Le troisième jour, Henri lui demanda compte de. toutes les recettes provenant des abbayes etëvéchés qu'il «ivoit administrés durant ses fonctions de chancelier^ ce qu'il n'estima pas

270 HISTOIRE dVmglëterre.

moins de 40,000 marcs. A cette demande exar*'^ bitante, Becket demeurfi stupéfait. Cependant,

après s'être reçu eîllî , i 1 rép on d i t qu' i 1 ii* é toi t pas obligé de donner une réponse ; qu'à sa consécration, le prince Henri et Leicester le justicierTavoien t publiquement dégagé par le commandement du roi de toute réclamation semblable ; et que sur une semblable demande il requérais Tavis de ses évéques.

Le primat \ie pouvoit plus se tromper sur le projet du roi« Il lui vint d'abord à Tespi it d'en appeler à sa pitié. U repoussa cette idée qui peut-être auroit été couronnée du succès ; et adopt^ pour résolution définitive de déoli* ner Tautoriié de la cour. Sur le matin , après avoir dit la messe de Saint-Etienne, premier martyr, il se rend au palais, revêtu de ses habits pontificaux , et portant k la main la crosse archiépiscopale* A son arrivée , le roi et ses barons se retirent. Le primat resté seul , attend leur décision au milieu de ses clercs , avec une dignité calme et intrépide. Cepen*

dant le brait et la confusion régnoient dans la chambre du conseil; et le roi s'emporta jusqu'à menacer de la mort quiconque par-* leroit en faveur de l'accusé. Le sang est sur le point de couler. Roger d'York, Tevêque d'Exeter, se retirèrent; ce dernier conjura le prélat, en se jetant a ses pieds ^ de sauver le corps épiscopal. « Fuyez donc, luiréplique-t-il, vous ne pouvez savoir ce que Dieu nous prépare. » Tous les prélats vin* rent en corps; Hilaire de Chicnester parla en leur nom : «Un archevêque parjure , dit-il|

UENRI II. 271

n^a aucun droit à notre obéissance» De tous donc nous appelons au pape. — J'écoute, répondit simplement Tarcbevéque, »

Les évêques se placent le long du côté opposé de la salle ; un profond silence règne. La porte s'ouvre , le comte de Lelcester, à la tcLe des barons , lui ordonne d'écouter sa sentence. • <c Ma sentence, interrompit l'archeTéquel à « comte ! mon fils , écoutez-moi d'abord. Vous « savez avec quelle fidélité j*ai servi le roi , u avec quelle douleur , pour lui plaire , j'ai « accepté mon office actuel, et comment il me « déclara libre de toutes réclamations sécucc lières* Je ne dois pas répondre de ce qui s'est « fait ayant ma consécration, ^on , je ne le « ferai pas. Vous savez en outre que vous êtes

mon fib en Dieu; ni la loi, ni la raison ne « TOUS permettent de juger votre père. Je ré- « fèrc de ma querelle à la décision du pape, p Une voix Tappela traître. « Si le caractère de a mon ordre ne me le défendoit, répliqua- t-il « en se retournant avec promptitude, le lâche a se repentiroii de son insolence. » Le clergé et le peuple Tattendoient; son retour chez lui fut uh triomphe. Le lendemain il partit secrètement; et après quinze jours de périls et d'aventures, le frère Christian (tel étoit le nom qu'il avoitpris) débarqua à Gravelines, / en Flandre. Sa première visite fut pour le roi de France, qui le reçut avec des témoignages de respect. La seconde, pour Alexandre, qui tenoit alors sa cour dans la ville de Sens. Le pontife , à sa requête , condamna dix des constitutions deClarendon; et lorsque Thomas eut fait entre ses mains la résignation de son eve-

272 HISTOIRE o'angleterre.

ché f Alexandre préféra Thonneur aux conve^ nances ; et refusant d'abandonner un prélatqui

avoil sacrifié ramitié d'un roi aux. intérêts de rËglise I il Teu investit de nouveau.

Henri fut tout à coup distrait de ces querelles par une révolte g^énérale des Gallois. Déjà, en 1763, il les avoit secrètement châtiés pour une révolte semblable. Cette fois, sur le prétexte qu^un de ses neveux avoit été assas-* sine par les gens du comte de Pembroke , Griffith se jeta dans le Cardiganshire où il réduisit en peu de tetnps tou tes les forteresses angloises. UinsurrecLioii se propagea. On courut aux armes de toutes parts. Griffith , Guwined et Owen Gyvdioch étoirat à la téte du mouvement. Henri accourut ; une action générale a lieu sur les bords du Cieroc : les insurgés y furent défaits; etle roi les poursuivit jusqu'au pied de la haute montagne de Berwin. Les indigènes en couvroient le sommet prêts à fondre sur leurs eiinemis. Les éléments mirent' fin à la guerre : des déluges de pluie inondèrent la plaine; et l'armée angloise abandonnant ses bagages, ne gagna Chester qu'avec difficulté. Henri se vengea alors sur ses nombreux otages^ enfants des plus illustres familles. Il fit arracher les yeux à tous les ma* les, couper aux filles le nez et les oreilles, s'abreuvant de sang et se couvrant d'infàmie.

Ce prince fut plus heureux dans le cabinet qu^à la guerre* Les droits au duché de Bretagne, long-temps partagés entre les divers membres de la même famille , étoient alors concentrés dans la personne de Conan, comte de Rickmond. Ce comte, indolent et paci«^

ttgimi it. 373

txqu&) se irouvoit incapable de réprimer luimême kl férocité de ses iiarous. On lui tit tîomprelidre qu'il étoit de son mtérét de quît-> 1er une posiuoa où il ne pouvoit long-temps se soutenir. A 1 eixepuon du comté de Guin- ^mp f il transféra toutes ses possessions « et tous ses droits à Constance t sa fiUe et son héritière. Un mai iage «imaginairen fut conclu entre la priucesseet GeoUroy , troisième . fils de Henri , et Henri fut nommé le gardien ' de ces deux enfants durant la minorité. En peu de temps, il sut dompter les barons et de vint maître du pays*

Le roi ne perdoit pas de ¥ue le prélat exilé : on le vit proscrire en niasse quatre cents personnes qui lui tenoient on par le sang ou par Tamitié, s'emparer de ses biens et saisir les revenus de tous cenx qui Tavoîent suivi en France. Par un nil fiiicmeiît de cruauté, on exigeoit de ces exilés le serment d'aller rendre visite à rarchevéque, afin que le spectacle de leur misèi*e ajoutât encore à ses tourments. Il étoitalorsretiréà Poriiigny, chez les moines de Citeau^. Uenri força ces religieux à lui refuser un plus long séjour chez eux; mais Louis lui offrit aussitôt pour asile la ville de Sens, où il continua de vivre dans la retraite la plus profonde, partageant son temps entre la prière et la lecture. C'est dans cette solitude, que par degrés ses opinions s'élevèrent iiis((u*à r enthousiasme. H identifia sa cause avec celle de Dieu et de l'Eglise , et se résolut à souSiir lemartyremème, s'il étoit nécessaire, pour une cause aussi sacrée. Par une sentence solcrmelle (1166) y il excommunia ceux des ministres du

lU 12.

274 niBtOIRË H^AmLKTlEM. ^

roi qui avoient communiqué avec ranti-pape^ ceux qui avoient appuyé les constitutions de Clarendoni et tous ceux qui aToieni envahi 1m propriétés de VEglise, et par sa fermeté, s'as^*

. sura le secours du pape, qui peut-être , sans cela , iui auroit manqué.

L'orgueilleux monarque affeeioit de mépri* • ser, mais redouLoiteneffellcs armes spirituelles de sa victime; il donna ordre de fouiller tous ceux qui passoieni la mer, de saisir les lettrm du pape et de TarcheTéque; et il Toulut que

• tous les hommes libres jurassent de ne point obéir aux censures ecclésiastiques publiées contre le roi et son royaume. Mais ses possessions continentales lui inspiroient les plus vives alarmes; tous les grands barons ne demandoient qu'une occasion de révolte; Louis leur eût volontiers prêté main-forte contre reiinemi de l'Eglise. Il fiL tout pour détourner ou pour retarder ce coup.

A la mort de Tanti-pape i Alexandre étoit rentré en Iftilie et avoit repris possession de Rouie; mais Tempereur avoit élevé un autre compétiteur dans la personne de Guido de Crème. Henri menaça le pape, s'il n'abandon*noit la cause du primat, d'épouser la cause de Guido; ses ambasvsadeurs jurèrent , à la diète de Wurtzbourg, au nom de leur maître, de renoncer à Fautorité d'Alexandre , et d'o*

béir à son rival. Mais Henri se repentit de sa précipitation : les évéques refusèrent de se déshonorer en tranférant ainsi leur obéissance au moindre signe de leur prince. Il lut réduit à blâmer la conduite de «es envoyés ; et Jean d'Oxford lut exprès envoyé à

nÈti%i it* 375 Home, pour désavouer ce qui setoit fait à Wartzbourg. Il autorisa de nouveau les ëvéques, en dëpit des constitutions de Clarendon , à en appeler en leur nom et au sien, du jugement de IWchevéque à celui du pape : ce qui suspendit provisoirement Vautorité du prélat. Il envoya au pontife des présents qui furent refusés. On parla cependant d'arranger les choses; deux fois il consentit à re** . eevoir le primat ; mais ils se méfioient l'un de Tautre. Henri vouloil conserver les libertés de l'Eglise , sauf la dignité de sa couronne ; Tarchevéque vouloit pareillement obéir au roi, sauf la dignité de FEglise. Dans la seconde conférence tout parut s'arranger, seu4ement le roi refusa le baiser.de paix ^ qui étoit d'usage en pareille reiucontre, et le prélat partit avec Pintime conviction qu'il ne devoit avoir aucune confiance dans la sincérité du roi.

Henri étoit en France depuis plusieurs années, occupé à réprimer l'insolence de ses barons qui, sous le moindre prétexte, lui refusoient Tobéissance. Louis , pour humilier l'orgueil de son vassal , étoit toujours prêt à les appuyer ; mais enfin , en 1169 , la paix fut conclue entre les deux monarques. Henri céda VA^njou à l'ainé de ses fils, et l'Aquitaine au second. Le premier avoit déjà épousé une des filles de Louis , le second fat fiancé à une autre fille de ce roi; et Von stipula que les possessions des deux jeunes princes relèveroient immédiatement de leur beau-pfere. 11 seroit

difficile d explic[uer ce qui put arracher à Henri un traité si préjudiciable ; mais comme il n'en observa jamais les conditionsi il est évi-

376 msToiEB b'asgleterre.

dent qu'il û'aYoit d'autre intention que de tromper son suzerain.

Il aToil maintenant un autr«. objet en Tue , le couronnement de son fils Henri. L'accom* plissement de la cérémonie appartenoit à Becket, comme archevêque de Canterbury: il avoit même obtenu une lettre du pape qui défendoit à tout autre évcque anglois d'usurper le privilège de son siégea mais il ne put faire parvenir cette lettre à ceux à qui. elle ëtoit adressée. Ses ennemis montrèrent> une lettre prétendue du pape qui autorisoit l'archevêque d'York à couronner le prince; et il le eouronnai en effet ( 1170), dans Vab* baye de Westminster.

Henri voyoit avec effroi que la ioudrc alloit enfin le frapper. Toutes ses tentatives étoient restées sans effet; et s'il ne s*arrangeoit , dans quarante jours, il étoit menacé de l'interdit. Il consentit donc a voir l'archevêque ; l'entrevue eut lieu à Freitville, sur les frontièresde la Touraine. Le roi caasa familièramentavecBecket^ comme au temps de leur amitié; et quand Tar- chevêque voulut se jeter aux pieds de son sou- < Teràin , il insista pour qu'il remontât sur son cheval , en disant : « Dans peu , monseigneur Tarchevêque , nous nous montrerons toute notre ancienne affection. Veuillez seulement me faire honneur devant ceux qui regardent actuellement notre conduite. » ftecket le suivit^ et, par Torgane de Tarchevéque de Sens, lui présenta sa requête. Il y prioîtle roi de le recevoir dans ses bonnes grâces, de rendre au siège de Canterbury ses possessions^ et de vouloir bien^ dans sa clémence, faire réparation à

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HENRI n. *• 277

^Ue église pour rinjure qui lui avoit été faite par le couronnement de aon fils. Henri con- * sentit à ces demandes, et il fut convenu que

rarchevéque viendroit passer quelques jours à la cour.

Il y ayoit sans doute peu de sincérité dans

la conduite de Henri; aussi des mois entiers s'ëcoulerent avant rexëcution de ses engagements. Les remontrances du jj^rimat, deujL vi* sites qu'il fit à la cour ne produisirent que des promesses trompeuses. Ses ennemis menaçoieut publiquement sou existence; ses amis ccmcevoient les plus tristes présages. Il résolut enfin de se rendre à son siège , emprunta de rai f^enL k Tarchevèque de Kouen , et partit dans la compagnie, ou plutôt sous la garde de aon ancien ennemi, Jean d'Oxford.

Alexandre, avant d'apprendre cette réconciliation, avoit envoyé des lettres de suspension ou d'excommunication contre les évé* ques qui avoient officié au dernier couronnement; Becket, pour maintenir la paix, résolut* sagemen t de supprimer ces lettres. Mais les prélats sachant qu'il les portoit avec lui, avoient envoyé Kanulf deBroc, avec un corps de troupes , pour s'emparer de sa personne et les lui arracher. Le primat Tapprend ; et dans un moment d'irritation , U dépêche un messager qui les remet publiquement aux évéques. Les prélats, tombes ainsi dans leurs propres pièges, se rendent en liàte auprès du roi, accusent Becket des projets les plus coupables , et lui deman-* dent satisfaction. Le primat arrive enfin k Canterbury, et se prépare à aller visiter le jeuiio Henri, à sa résidence de Woodstock ; mais ses

278 aiSTOIRft B^AMUtKMB.

enneaiis , qui craignoient son fnflaence sur aon ancîeii pupiilet obtienaent un ordre royal qui le confine dans ton propre diocèse* Menaces, avanies de toute espèce, pillage de ses bieifô, mauvais traitements envers serviteurs, tela étoient les moyens qu'emj>loyoient ses ennemis. Le jour de Noél j excédé de tant de vexations, il parla avec un enthousiasme remarquable 9 et Ânit par déclarer que ceux qui aToient aoif de son sang seroient bientôt satisfaits; mais qu41 Touloit d'abord vmger les outrages faits à son Eglise, à sa personne, à ses moines. depuis sept ans, en excommuniant Hanulf et Aobert de Broc. Quelques jours après arrivèrent secrètement dans le voisinage quatre chevaliers, qui , lors de l'arrivée des ëvéques f avoient entendu Henri s'écrier : « De tous les lâches qui mangent mon pain » n'en est-il aucun qui veuille me délivrer de ce prêtre turbulent. »

Prenant ces paroles' pour une permission royale , Us s'étotent engagés par serment à le

faire sortir d'Angleterre ou à le mettre à mon. Le lendemain , après s'être concertés, ils arrivent chez le primat, lui ordonnent, de la part du roi, d'absoudre les ëvéques. 11 ré* pond avec fermeté que le cas de l'archevêque d'York avoit été réservé au pontiie; qu^ii con* sentoit , lui , k absoudre les autres' s'ils vouloient faire serment de se soumettre à la décision de l'Eglise ; et reconnoissant que trois de ces chevaliers lui avoient autrefois juré spon* tanément fidélité t « Je auis surpris, ajouta* t-il , d'après ce qui s'est fait jadis entre nous , que vous veniez me menacer dans ma propre

' HBWRI It. 279

maison. — Nous ferons plus que des menaces, rcpondirent-ils. » Ils tinrent parole. Entraîné par ses amis dans l'église qui paroissoii offrir un asile plus sur, il y étoit à peine que les chevaliers y pénètrent avec douze hommes armés. Au lieu de fnir^ il marche à leur rencontre. «Où est le traître, s*écrie Hugues de Hoisea?» Il ne répond rien. Où est l'archeyéque , demande Fitzurce. ~ Me voilà, réponditril; je suis l'archeTéquey mais je ne suis pasleJtraitre. » On lui ordonne d'absoudre les évêques. — «Jusqu'à ce qu'ils aient oiTert satisikctîon, je ne- le terai point. — Meurs donc s'écria Tassafisin en lui portant un coup à la tête. » Grim, son porte-crosse, interposa son bras qui fut cassé. Mais le coup étoit porté, et Tarchevèque avoit été blessé. Comme le sang couloit le long de sa figure, il joignit les mains et baissa la tèic en disant : «Au nom de Jésus- Christ et pour son Eglise , je suis prêt à mourir. » Dans cette posture , il se tourna vers ses meurtriers, sans gémissemratet sansagitation. Un second coup le jeta sur les genoux, un troisième lui fracassa le crâne et Téteudit sur la terre, devant l'autel de saint Bennet. Ainsi mourut Becket, àTage de cinquante-trois ans, martyr de la conservation des immunités de TEglise* L'heure de sa mort fut le triomphe de sa cause ; ses Tertus personnelles, sa haute dignité, la sainteté du lieu y le courage qu'il avoit montré dans ses derniers moments , tout excita Tadmiraticm pour lui , l'horreur pour ses assassins. Ceuat qui Tavoient d*abord condamné l'applaudirent , et les partisans « des coutumes » furent réduits au silence.

380 HISTOIRE B^ANGLBtenKË»

Celte nouvelle plongea Henri dans la plus, sombre mélancolie; il étoit alors à Bare^ en . Normandie. La flétrissure que ce meurtre imprimoit à son caractère, les ana thèmes prêts à fondre sur sa téte ^ peut«étre la conscience in- . lime que, sMln'avoit pas ordonné ce meurtre^ il en avoît au moins suggéré Tidée , toutes ces . réflexions le troublèrent. Revenu de cet abattement, il dépécha au pape cinq envoyés avec . des pouvoirs illimités. Le papé refusa de les voir. Alexandre se feprochoit d'avoir traité avec trop de ménagement les adversaires du prélat. Afin de se tracer un plan de conduite^ a l'abri de toute influence, il se séquestra pendant huit jours de la société de ses plus intimes amis. Enfin , les envoyés furent admis : . ils soutinr^t avec chaleur l'innocence de leurmaitre, et jurèrent qu'il étoit prêta obéir à la décision du pontife. Alexandre ^ touché peut-être^ mais non convaincu , se contenta d'excommunier, en termes généraux , les assassins avec leurs conseillers, leurs complices et leurs protecteurs ; et désigna ses légats de France, Théodin et Albert, pour prendre coniioissance de Tafl'aire. Henri en reçut la nouvelle avec satisfaction; mais comme il ignoroit et leurs intentions et les ordres dont ils étoient porteurs, il jugea prudent de quitter la Normandie avant leur arrivée. 11 débarqua en Angleterre au commencement d'août, employa deux mois à rassembler une puissante armée, . peut-être dans Tintention d'éluder décemment la visite des légats. Une flotte de quatre cents voiles alla l'attendre à Waterford, en Irlande; car il avoit formé le projet d'ajouter '

à ses titres celui de lord d'Irlande. Avant de

raconter cette expédition, qui commença à lier rhistoire de cette ile avec celle de TAngleterrey il convient de dire quelqaes mots de son état antérieur.

La-langue que parlent encore les descendants des premiers habitants d'Irlande prouve quMh étoient Celtes. Quelques historiens, sur la foi des fictions des Bardes ou des généalogies traditionnelles, les font remonter à une époque antérieure au déluge , comme si tous les peuples n'àvoient pas la vanité de se donner ainsi une antiquité fabuleuse ! La lu-' mière de TEvangile pénétra de bonne heurci dans nie, mais la conversion générale des habitants étoit réservée au zèle de saint Patrice : 11 commença ses travaux en 432, et, après une vië pleine de vertus et de travaux , il mourut Tan 493. Ses disciples eurent le singulier bonheur d'échapper aux visites des Barbares, dans le cinquième et sixième siècle; aussi les sciences qui s^éteignoient sur le con*< tineiu, jetèrent-elles encore, sur les rives écar-^ tées d'£rin , quelques foibles lueurs sous les auspices du clergé. Mais leur civilisation, retardée par rinfluence opposée de leurs insti- - tu tions nationales, futsuspendueparTinvasion des Normands qui , depuis Tannée 748, et pendant plus de deux siècles , visitèrent annuellement cette ile, et dans toutes les directions, et y formèrent divers établissements. En peu de temps , tes habitants oublièrent les devoir» de la religion , perdirent leur goût pour les avantages de la société, et retombèrent prompt tement dans les habitudes de la barbarie^

Us étoient divisés .en clans : chaque clan avoit San emfinmy ou chef ; ces chefs subordonnés entre eux , selon leur degré de puissance, reconnoissoienl un ard-riagh, ou monarque en chef, qui, s* il ne Vexerçoit, prétendoit du moins à la souveraineté entière de l'ile. La loi du lanistry régloit la succession à toutes les dignités. Elle consistoità exclure les fils de l'héritage et de Tautorité de leurs pères; et le tanist, héritier présomptif , étoit élu par les suffrages du clan, durant la vie même du clief qui gouvernoit. Une telle coutume enfantoit sans cesse des querelles intestines 9 qui se terminoient assez ordinairement par répée. Les élections étoient ensanglantées ; quelquefois le tanist ambitieux n'attendoit pas la mort naturelle de son chef ; souvent le fils du souverain décédé, fort des droits que lui donnoit la nature, cherchoit à s'emparer par force de la dignité à laquelle une simple coutume lui défendoit d*aspirer» De là des guerred innombrables. Une autre cotitume, nommée le ^avelkindy nuisoit beaucoup au développement de Tagriculture, en voulant que les propriétés territoriales fussent toujours également partagées, ou plutôt morcelées entre tous les enfants légitimes ou illégitimes , à l'exclusion des filles. £ncore n'héritoient-ils pas personnellement; mais à la mort de chacun des possesseurs, toute la propriété territoriale du clan étoit réunie en une masse commune ; le canfinny en faisoit une nouvelle division^, selon son équité ou son caprice, entre tous les chefs de famille et par rang d'ancienneté*

Les invasions des Danois, puis, lorsqu'on les eut soumis, Tambition des princes, s'oppoflèrent long-temps au €alme de la nation. A travers ces dissentions intestines, lesmœurs, même celles du clergé, se corrompoient. Ni le zèle de saint Malachie, ni les synodes des prélats irlandois '(1140) ne purent empéeher les progrès de la corruption. L^invasion des Anglois l'acheva. Â cette époque, la souveraineté nominale sur Tile entière venoii de passer des O'Néals aux O'Connors, rois du Connaught. Dublin se regardoit comme la rivale de Londres; mais la majorité des indigènes fuyoit les villes el vivoit sous des cabanes à la campagne. Ils préféroient le soin des tron« peaux à ragriculture. Le travail et la contrainte étoient pour eux les plus grands desmaiix; la liberté et l4ndolence les plus dési** rables de tous les biens. Robustes, courageux, yélus grossièrement d'étoffes fabriquées de la laine de- leurs troupeaux , ils n'avoient pour* combattre qu'une courte lance ou deux javelines, avec une bâche d'acier, que les hommes libres aroient seuls le droit de porter, et qu'ils nommoient a Sparthe. » Leurs maisons, leurs églises étoient construites en charpentes et en osier , avec une industrie qui arrachoit même les louanges des Anglois. Du reste , W Irlandois d'alors nous sont représentes comme irascibles y inconstants, vivement attachés à leurs amis , vindicatifs et sans foi envers les ennemis , passionnés ponr la musique; Le clergé dMrlande différoit sur quelques points de discipline au sixième siècle, tels q^^e le temps de laPâ<|ues et la tonsure eeclésiastique^r

284 HISTOIRE Û^A?4GLETERtlE.

mais il étoit tl'accord sur le dogme avec leâ églises Toisines.

La pVoximité, et l inféiiorité de ces peuples daBsTart de iaguerre, avoient suggéré à GuiU laome-le-Conquérant et à Henri 1^' , Tidée de conquérir Tlrlande ; mais ce projet y qu'ils avoient abandonné, fut repris par le fils de Mathilde, qui imagina, pour justifier son in* vasion , de mettre en ayant que la civilisation de leurs mœurs ai la réforme de leur clergé seroient des bienfaits que l'Irlande achèteroit avec joie au prix de son indépendance. Jean de Salisbury, depuis éréqne de Chartres, fut chargé de ménager l'approbation du pape à ce projet , et le pape loua la piété de ce fils respectueux , qui n avoit en vue que Tintérét de .la religion et du saint-siége* Tout sembloit prêt pour rexpcditiou : ou tint un grand conseil; mais on rencontra dans l'impératricemère, et dans les barons, une opposition însurmontaUe ; il fallut y renoncer momen* jtanément.

Quatorze ans après cette singulière négociaiîon , des aventuriers gallois débarquèrent en Irlande , à la sollicitation d'un des princes du

pays. Dermot, roi de Leinster, avoit, plusieurs années auparavant, enlevé Dervorgii, femme de O'Huarc , prince de BrefKny , ou de Lei* trim (1152). L'époux , afin de venger son affront , réclama l'assistance de Turlogh O'Connor,iQonarquedUrlandc;etradultèrefutobligé de rendre la fugitive (1153). Depuis lors , Der* mot et O'Ruarc , dans toutes les querelles qui agitèrent l'Irlande, prirent toujours des partis opposés. Durant la vie de Maurice OXogh«

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HENRI ït.

lin , successeur d'O'Connor, Dermot brava la puissance de son adversaire (1156) ; mais à la mort de ce prince, la maison d'O'Connor reprit l'ascendant (1166). O'Ruarc détruisit Ferns , la capitale du Leinster, et Dermot , chassé de IHle , alla mendier des seconrs étrangers , et rendît iiommage à Henri , dont il obtint la permission d'enrôler des aventuriers. Quelques gentilshommes plongés dans la dé* tresse, Richard de Clare , surnommé Strong* bow, comte de Pembroke, Robert Fitz-Stephen f et son frère Maurice Fitz-Gérald, acceptèrent ses offres» L'orage éclata -d'abord contre le fcroce Donald , prince d'Ossory, dont l'armée fut taillée en pièces. Un trophée de deux cents tètes fut élevé aux pieds du sauvage Dermot^qui manifesta sa joie en battant des mains, en sautant en Tair et en hurlant des actions d e grâce a u Très-Ha ut. '

Son ambition aspiroit alors à la souveraineté de Tîle : dans cette vue, il sollicita des renforts d'Angleterre. Fitz-Gérald et Raymond f avec vingt chevaliers , trente hommes revêtus de cottes de maille , et cent soixante-dix archers, débarquèrent bientôt à quatre milles de Waterford. Attaqués par O'Phelan, ils obtinrent un léger succès, que la renommée exagéra, mais souillèrent leur victoire par des cruautés. Pembroke lui-même , malgré la défense du rot , arriva avec une armée de douze cents archers et cheyaliers. Au premier assaut, Waterford fut pris; Dermot courut à Dublin et l'emporta; il mourut au milieu même de ses triomphes, et le comte de Pembroke, qui avoit épousé Eve, sa 611e, et

286 HISTOIRE d' ANGLETERRE.

qu'il avoit désigné comme son successeur, s'empara immédiatement de l'autorité royale. Les indigènes firent inutilement (1171) les plus grands efforts pour chasser les étrangers . de Dublin.

Mais le nouveau roi avoit un ennemi plus redoutable dans le roi d'Angleterre. Henri n'avoit vu qu'avec mépris rentreprise de ces aventuriers : leur succès excita sa jalousie; il défendit à aucun de ses sujets de passer en Irlande y et ordonna à tous ceux qui y étoient déjà de revenir^ sous peine de confiscation. Strongbowy effrayé, envoya Ray* mond pour mettre ses conquêtes aux pieds de son souverain ; Henri de Montmaurice le suivit : tout fut inutile; il fallut qu'il se mit en marche lui**méme , et qu'après s*étre vu refuser honteusement une audience , il renouvelât à Henri son hommage et son serment, et liïi remit la ville de Dublin, les districts c^ui Tentouroient, les châteaux et ports qui etoient en sa possession , et consentît à ne posséder le reste que comme tenancier en chef de la couronne d'Angleterre. Le roi se rendit , avec Strongbow , d'abord à Waterford, puis à Dublin, où il reçut les hommages de tous les princes du pays. O'Gonnor, favorisé par la saison , jointe à Tinonda- . tionquicouvroitla contrée, refusoit de reconnoitre un maître ; tout ce qu'on en put obtenir fut une sorte de soumission nominale-, et il ne resta dHndépendants que les princes d'Ulster. Les évéques, assemblés en synode à Cashel, sous la présidence du légat du pape, Tevéque de Lismore, reconnurent formellement la

souveraineté de Henri, et firent des règlements pour la réforme de leur église*

Henri fut rappelé en Angleterre, plus tôt qu'il n'auroit voulu, par des affaires urgenLes. Il quitta rirlande sans avoir ajouté un pouce de terrain aux conquêtes des premiers aventuriers ; et laissa le commandement suprême à Hugues de Lacy; mais celui-ci, durant la guerre entre le roi et ses ûls, fut appelé au secours du père ; et le gouvernement des con« quêtes revint à Strongbow, cjui n avoit ni Vautorité nécessaire pour arrêter la rapacité de ses compagnons y ni les forces suffisantes pour repousser les hostilités des habitants* Vaincu à Ossory (1174), et bientôt réduit à n'avoir d'autre refuge que le château de Waterford , il auroit succombé , sans un renfort qui vint à propos rendre aux Anglois leur prépondérance. Ce fut à cette époque ^ lorsque son autorité en Irlande étoit presque anéantie , que Henri se rappela la lettre qu'il avoit autrefois obtenue d'Adrien, vingt ans auparavant. Il la fit lire avec solennité dans un synode d'évêques irlandois. Nous laissons à penser jusqu'à quel point cette pièce servit à convaincre les prélats que le roi étoit le spu- Terain légitime de File ; mais Vannée suivante, O^Connor envoya l'archevêque *àe Tuam à Windsor (1175), et un traité de concorde finale fut conclu entre les deux princes, Henri garantit à Roderic, roi de Connaught k')» royauté sous la couronne angloise , aussi longtemps qu'il s'acquittera fidèlement des services auxquels il est engagé; et sauf un tribut annuel, il possédera en paix ses propres terres.

288 âlSTOIRfi D*AIIGLKTBftR£.

et aura sous lui tous les autres chefs de l'Irlande, comme avantrinvasioa.Dublini Meath^ Wexford et Waterford, jusqu^à Duncanon, faisoient exception , et ne relevoient que du roi d'Angleterre , dont ces villes formoient le domaine , et celui de ses barons. ^

Mais les traités ne pouToient enchainer les passions des indigènes, et celles des étrangers. Ceux-ci ne pouYoient se soutenir que par le pillage; les autres ne laissoient échapper aucune occasion d'assouvir leur yengeance nationale. Strangbow mourut en 1177, ne laissant qu'une fille , nommée Isabelle, héritière du royaume de Leinster. Henri lui donna pour tuteur, et fit en môme temps gouverneur du i^oyaume , Fitz-AIdhelm , ministre ayareet voluptueux , qui évita les dangers dé la guerre, et s'enrichit aux dépens de ses inférieurs. De Courcy , soldat farouche, et le second dans le commandement, se jeta malgré la défense du gouverneur , avec trois cent cinquante hommes , dans la province d'Lllster, gagna, trois bauilles sur les gens du roi Hac-Dunleve, s'empara de Downpatrick, et s'y maintint, en dépit des efforts constants, et quelquefois assez heureux , des indigènes.

Henri, dans un grand conseil qu'il tint à Oxford , prpfita , en faveur de son fils Jean , d'une bulle du pape, qui Tautorisoit a inféoder a T un.de ses fils les seigneuries d'Irlande; retint, pour son propre domaine» les ports de mer, et distribua le reste des possessions anr^ gloisesaux chefs aventuriers. En même temps, Hugues de Lacy fut nommé lord délégué. C'étpit un officier d'i^n rare mérite. 11 s'occupa de

taNRi it. 589 rebâtit les châleanx du Me^th , invita les fugiiifs à revenir, et, por sa prudenee et sa jus» tice, parvint à réconcilier lés habîiants avec la domination des étrangers; mais son mérite même, et son mariage avec une fille de Hoderic O'Connor inspirèrent des soupçons à Henri, qui le remplaça par Philippe de Worcester.

Peu de mois après , le jeune prince vint luimême prendre les rênes âu gouvernement (tl85). Mallieuicusement il avoit pour conseillers et pour favoris des Normands, qui, traitant -avec un égal mépris les chefs irlandois et les aventuriers gaHois, mécontentèrent les uns et les autres. I.cur rapacité ne faisoit aucune distinctiond'amis ou d'ennemis. Les terres mêmes des clans qui avoient été fidèles jusqu'à ce jour, furent partagées; et les exilés , stimulés par le désir de la vengeance , favorisés.par la connois^ sance des lieux, et prenant par degrés plus d'expérience de l'art de la guerre , devinrent bientôt des adversaires formidables. L'ascendant anglois baissa rapidement; la division se mit dans le conseil; et après un honteux gou* vernement dé neuf mois, le jeune prince fut rappelé. De Courcy le remplaça, et borna ses efforts à conserver les conquêtes angloises t elles comprenoientles districts-maritimes deDown, de Dublin, de Wexford, de Waterford et de Cork, liés les uns aux autres par une longue suite de forteresses. Si les nationaux s'étoient alors réunis , au lieu de se consumer par des querelles domestiques , ils auroient pu recouvrer r indépendance; mais Murrogh, fils de Roderic , avoit envahi les possessions de son père ; il fut pris, emprisonné et privé de la vue.

290 HISTOIRE d'ahgletbiuie.

Ses amis le délivrèrent , et Roderic se retira dans un couvent : puis , par une nouvelle révolution, les Anglois de Munster rétablirent le vieux roi* Son fib, Connor Kanmoy le força encore de rentrer dans le même asile. Bientôt il lut lui-même assassiné par un de ses frères, qui tomba à son tour sous le fer d'un de ses neveux ; et le Connaught n'offrit qu'une scène horrible d'anarchie et de carnage , jusqu'à ce qu'un autre frère, Caihal, « à la main sangiaii^te » (ihe bloodybanded), renversa lous ses compétiteurs y el obtint la prééminence dont son pèreavoiijoui. Ces événements conduisent ]l histoire d'Irlande jusqu^à h mort de Henri.

Nous avons laissé ce monarque en proie aux plus vives appréhensions du côté de la cour de Rome ; à Wexford , il reçut un message favorable et se rendit en Normandie. En deu^ conférences avec les légats , toutes les dtfiicultés s'aplanirent publiquement 9 et dans la cathédrale d'Avranches, il jura, la main sur le livre des Evangiles I qu'il étoit innocent, en paroles et en action , du meurtre de Tarchevéque. Mais comme il a voit à expier au moins Fimprudence de quelques paroles, dont s'étoient emparés les assassins , il se soumit à entretenir pendant un an deux cents chevaliers pour la défense de la Terre-Sainte; à servir pendant trois ans, si le pape le requéroit, contre les infidèles, en Espagne ou en Palestine ; à rendre les terres enlevées aux amisde l'archevêque ; a permettre I les appels, et de plus à abolis^ les coutumes contraires aux libertés du clergé, s*il s'en étoit introduit depuis son avénemenU Ce dernier airticle laissoit en discussion la cause pre-

HExNRl IK 291

mière des dissentions de Henri et du primat.

Ce ne fut que quatre ans plus tard, pendant lesquels les tribunaux séculiers et ré* guUers ne firent usage de leurs droits respeclifsqu'ayec une grande modération (1176); que la question, débattue dans un grand conseil à Northampton , fut enfin décidée par les soins du légat HugoPetroleone, allié et ami delien^i. Ce prince , par une lettre écrite au pape Alexandre, lui annonça que, malgré l'opposition de plusieurs barons, les quatre points suivants aboient été arrêtés ; 1^ qu'aucun ecclésiastique ne pourroit èlre personnellement traduit devantun juge séculier, si cen'estpour délit à rég^d des lois forestières ou concernant un fief laïque, pour lequel il devroit service à un seigneur laïque; 2° qu'aucune abbaye ou évéché ne resteroit plus d'une année entre les mains du roi, sauf nécessité urgente; 3<» que les meurtriers des clercs , diaprés leur convie** tion ou leur confession devant la justice du roi, en présence de révéque ou de son délégué, encourroient, outre la punition ordinaire des laïques (r), la confiscation de leurs héritages ; 4^ que les ecclésiastiques ne seroient jamais fbrcés de donner des gages de bataille.

■ Tranquille enfin de ce coté, le repos de Heni;i fut bientôt troublé par une querelle non moins fâcheuse qui>s-éleva au sein de sa famille* Père tendra pour ses enftints dans leur plus jeune âge, ilétoit devenu depuis pour eux un maître

(i) Cette puaitioaoonsisloùea ramputatioad'uQ ou d'une main.

392 HISTOIHE d'aNGI FTLRKE.

dur soup(;onncux. Henri , l'ainé de ces princes , étoii déjà couronné roi d'Ân g1 e terre; les duchés d'Aquitaine et de Bretagne étoicnt assurés à Uichard et à Geoiiroi ; et Jean , le plus jeune, quoique les courtisans l'appelassent « Lackland » et « Sans^Terre , • étoi l destiné par son pci e à succédera la souvciainclé d'Ir^ lafide. Par des raisons qui sont restées inconnues, Henri n'avoit pas permis que Marguerite, femme de Henri , fût couronnée avéc son mari : Louis s'en offensa ; il fallut l'apaiser : on recommença la cérémonie (1172, ZI août), et Marguerite fut sacrée et couronnée ayeç Henri. Tous les deuK firent un voyage a Paris, pour visiter le roi de 1 laiice; et , à leur retour, ils demandèrent la possession. immédiate de TAngleterre ou de la Normandie , afin de porter honorablement le titre qu*ils aroient reçu. Henri s'indig'na. Eléonore, qui d'abord avoit passionnément aimé son mari, mais qu'il délaissoit depuis quelques années pour des maU iresses passagères, poussée par la jalousie et par la vengeance , fomenta la discorde entre le père et Le fib. Henri s'échappa à Chartres, du palais de son beau«père; Ûchard et Geoffiroi suivirent ses iKices; et la reine, premier moteur de ce désordre , disparut avec eux.

Le roi fut alors convaincu de Texistenced^un complot plus dangereux qu'il ne l'avoil pensé

d'abord. Sun premier soin fut de retrouver sa femme et ses trois ûls* Les évéques de Nor* *mandie écrivirent à Eléonore, la menaçant des censures ecclésiastiques si elle persistoit dans sa révolte contre son époux; et tombée entre les mains de celui-ci, elle lut couHuée

HBnmi II. 3d3

dans une prison , d'où elle ne sortit qu'api es sa mort.

Henri avott en même temps envoyé l'arche

vèque de Rouen etTevcque de Lisieux à Paris, pour demander le retour do ses tiis, et propo ser à Louis de se faire arbitre entre eux et lui. Il en reçut une réponse offensante , dans la quelle le monarque françois lui reprochoit ^es artifiees, sa duplicité , et déclarait iie pou voir plus désormais prendre aucune confiance dans ses promesses. A Pâques , les plans des trois jeunes princes commencèrent li se dève lopper : Louis s'engagea, et ses barons avec lui, à aider Henri à prendre possession de rAnghrierK, celui*ci à ne jamais faire la paix avec son père sans le consentement du roi de France. Philippe , comte de Flandre , et Guil • laume , roi d'Ecosse^ entrèrent dana la ligue* le premier au ^nrix du Comté de Kent , le se . cond, du comte de Noriliumberland , qui de voient leur être concédés. Mais ou comptoit surtout sur la coopération de plusieurs barons du centre de l'Angleterre , qui préféroîent à la doniinalioii de Henri celle d'un jeune homme imprudent et nécessiteux. Instruit de cette circonstance , le roi auira sous ses drapeaux vingt mille aventuriers , l ebui des nations de l'Europe, qui , sous le nom de Brabançons, vendoîent leurs services à renchère^ et il sollicita en même temps le pape Alexandre de dé«^ fendre le royaume d'Angleterre, « le fiel dii Saint-Siège et le patrimoine de saint Pierre, » contre les tentatives d^utturées de ses fils.

Âu mois de juin, les opérations des confé* dércs eommcncereut sur les frontières ue la

29i HISTOIRE d'aHGLETERM.

Picardie , du Vexin et de la Bretagne. Philippe entra en Normandie , après avoir pris quelques villes î y perdit son fils et son héii* tier au siège de Drieocourt , et se retira désalé dans ses états. Louis et son gendre inve»tireut Verueuil 9 s emparèrent d'un des trois bourgs dont se eompoaoit cette place impor» tante , y mirent le feu à 1 -arrivée de Henri , et se retirèrent. Leur départ permit à celui-ci d'envoyer un corps de ses mereenaires contre le comte de Chester et le baron de Fougères , qui avoient pénétré par Ui fi oiilicre méridionale. Réfugiés dans ie château de Dol , la famine les força de se rendre avec cent dieva» liers f la fleur de la noblesse bretonne. Dani une conlci euce à laquelle Henri consentit , le comte de Leicester , qui s'étoit joint aux ^ confédérés 9 et à qui il reprocha sa irahimn ^

porta la main sui son épée et menaça son sou- Tcrain. Pour punir ce rebelle, Richard de Lucy, iejusticier, prit et démantela la ville de Leicester, et ne pouvant réduire le château , il joignit ses troupes à celles du lord connétablCi marcha vers le nord contre les iEcossois, et pilla le comté de Lothian. Cependant Leioester ëtoit débarqué avec un corps de Fia* mands , et marchoit rapidement pour rejoindre ses fidèles vassaux , lorsqu'il tomba inopinément au milieu de Tarmée royale , qui le fit prisonnier, lui et la plupart des siens.

(1 174) Les alliés passèrent Thiver à mûrir un plan d^opérations mieux conçu. Louis dut .pénétrer en Normandie; les adhérents de • Geoffroi et de Richard, investir les châteaux iroyaux d'Aquitaine et de Bretagne; le roi

HENRI II. 59o

d'Ëco&se f entrer en Angleterre par le nord ; le comte de Flandre et le jeune roi , par le sud» Jamais Henri ne s^étoit trouvé dans un pins

grand danger. Les Ecossois inondèrent les comtés du nord ; dans le Yorkshire , Aoger de Mowbray déploya Tétendard de la rebel-* lion ; le comte deFerrcrs, et David , frère du roi d'Ecosse , continrent les forces royales dans le centre du royaume; Hugues Bigod prit f dans l'est , le château de Norwich , et une flotte nombreuse n'attendoit à Gravelines quele^'ent favorable pour transporter le jeune roi I avec une puissante armée , sur les côtes d'Angleterre. Henri, averti par tin message de

l'ctat Je SCS afTaires, fit voile pour son royaume au milieu d'une tempête, et y arriva avant que son fils eût connoissance de son départ (8 juillet).

Profondément affecté de la rébellion de ses enfants et de ses barons, et de la ligue géné* raie des prinees voisins contre lui, Henri crut y voir un effet de la colère divine, qui le pour suivoit pour venger l'archevùjue Becket. Le pape venpit de mettre ce prélat au, nombre des saints , et TEarope chrétienne retentissoit du bruit des miracles opérés par ses reliques. Henri , pour expier son olTense , se résolut, pendant son voyage , à faire secrètement un pèlerinage à la tombe du martyr. A peine

avolt-il pris terre ( 10 juillet ) , que , sans se reposer de ses fatigues se mit en route pour Canterbury , voyagea à* cheval toute la nuit , et au point du jour aperçut, dans le lointain, les tours de l'église du Christ. A l'instant même il mit pied à terre ^ revêtit Tbabit de

Oigltized

^ISTOXftE D^mLETERSE*

pénitent^ marcha pieds nus vers la cité, entra dans la cathédrale ^ descendit dans la crypte et se prosterna devant la tombe ^ tandis que ^ du haut de la chaire , Tévéque de Londres ^ i s'adressant aux fidèles présents, jusiifioit le i prince de la mort du prélat. A la fin de ce dis- ! cours 9 Henri se leva et se rendit au chapi* .tre, où l'attendoient les moines du couvent, quelques évôques et abbés, au nombre de quatre-vingts. A genoux devant eux , il confessa son offense; et chacun d'eux tenant une corde

• à nœuds à la main , en appliqua trois ou cinq coups sur les épaules du monarque. Après cet acte volontaire d'humiUté^ il retourna au souterrain , passa la nuit en prières 9 entendit la messe le matin , et le cœur soulagé , se rendit à Londres i mais le défaut de nourriture et les fatigues de corps et d'esprit qu'il ayoit éprouvées, lui causèrent une fièvre qui le retint plusieurs jours dans son appartement.

JUe cinquième jour de sa maladie» un cour*» rier arriva au palais, parvint par ses instances à pénétrer jusqu'à lui et lui apprit que Ra* nulf de Granyiile avoit fait le roi d'Ecosse .prisonnier , dans une surprise , et Tavoit con* duit, lui et soixante lords écossois, ses coin-

. pagnonsy au château de Newcastie. Henri s'empressa de communiquer cette nouvelle impartante à ses courtisans^ remarquant avec joie que cet événement étoit arrivé le matin même du jour, où, repentant et réconcilié » il ayoit quitté les reliques de çaint Xho* mas.

Le roi, oubliant aussitôt son indisposition, &*enipre$sa de rejoindre soq, armée ( tS juil*

H£KBI II. 291

let); mais tons ses ennemis avoient disparu.

Les Jjarons rebelles aclieLèreuL leur pardon eu livrant leurs châteaux (31 juillet); en trois semaines la paix fut nnivcrsellement rétablie » et Farmée levée pour les soumettre s'embarqua à Portsmouth , pour secourir la eapllalc de la Normandie. Le retour de Henri en Angle-^ terre avoit déterminé ses ennemis à renoneer à leur projet dUnvasion et à tourner leurs et^ forts contre ses possessions continentales; et formant de leurs troupes réunies larmée la plua nombreuse que l'Ëurope eût vue depuis les croisades « ils étoient venus eampcr sous les murs de Rouen (21 juillet). La dércnse ne lut pas moins vigoureuse que 1 attaque ; et maîtres du pont sur la Seine et de toute là contrée sur la rive gfauehe de la rivière , les assiégés, recevant journellement des secours en hommes et en argent , paroissoient disposés à se défendre long-temps» Le vingtième jour du siège, féte de saint Laurent, sur la foi d'un armistice proposé par le roi de France , tes citoyens se livrotent au repos et à des jeux ^ tant "dans la ville que sur la plaine au delà de la rivière , lorsque (jnelques ecclésiasUques du haut de la tour de la cathédrale , j.e tant les veux sur le camp ennemi ^ y aperçurent tous les préparatifs d'une attaque immédiate et ii)atiendue. ïh suiiuèrent aussitôt Ja cloche d alaiine; on courutàla déiense des murailles; et les assiégeants furent repoussés après un combat sanglant et opiniâtre. Cétoitle comte de 1 iaadre qui avoit conseille cette perfidie. Le matin suivant arriva, l'armée angloise , Henri à sa téte , ftu secoum de la cité; et par ' IV. i3.

298 HisToiHB d'amoletbbrb.

ses manœuvres hardies, les assiégeants se trouvèrent bientôt eux-mêmes assiégés et affamés. Le troisième jour, ils brûlèrent leurs madiines et se retirèrent en bon ordre , sans avoir pu

être entamés. ^

Vaincus en deux campagnes successires par le génie ou la fortune de Henri y les confëdércs consentirent à un armistice , comme un acheminement à une paix générale. Richard , son second filS| fut le seul qui essaya d'opposer encore quelque résistance ; mats la prise de ses châteaux et la défection successiTe de ses vassaux le forcèrent , en peu de semaines , à venir demander grâce aux genoux de son père. Louis et Philippe furent médiateurs entre Henri et ses fils, qui reçurent leur pardon et des apanages, le jeune roi en Wormandie , les deux autres en Poitou et en Bretagne. Il rendit la liberté à ses captifs, au nombre de neuf eentsoixante-neul chevaliers.

Guillaume^ roi d'Ecosse , fut seul excepté : Henri refusa de lui ouvrir les portes de sa prison, à moins qu'il ne reconnût tenir la couronne d'Ecosse en fief de celle d'Angle- ' terre. Une députation de prélats et de barons écossois eut permission de s'assembler dans la petite ville de Valogne, près du château fort deFalaise où ce monarque avoit été transporté. De leur avis, et avec leur consentement, Guillaume se soumit à plier le genou devant Henri, ^ et à dcyenir $on homme-lige contre « toute personne de l'Ecosse ou de ses autres « terres, et k lui jurer fidélité comme à son « lige souverain, d 11 fut en outre stipulé que le clergé écossois tt la noblesse feroient le

HENHI II. 299

même serment de vassalité au roi d'Angleterre; que pour sûreté, cinq châteaux forts du royaume d'Ecosse sëroient confiés à des garnisons angloises, et qu'en outre des otages seroînt donnés. L'année suivante, le traité fut solennellement ratifié à York , en présence des étatH des deux royaumes.

Lors de la réconciliation de Henri avec ses fils y Richard et Geoflrcfi avoient juré hommage à leur père pour les châteaux q^u*ils en ayoient reçus : Henri aivoit refusé célui de son fils aîné, par égard pour Indignité royale dont il étoit revêtu. Ceci fut remarqué du jeune prince 'y qui en conçut des soupçons sur la - sincérité de la réconciliation , et qui , en conséquence, refusa formellement de suivre le roi en Angleterre, .lorsque celui-ci s'apprêta à' y retourner. Pour calmer ses alarmes, il fallut que Henri consentît à accepter son hommage, Taffection de son père lui paroissant une garantie moins sûre que ce lien artificiel qui attachoit le seigneur à son vassal. Les deux rois retournèrent alors ensemble en Angleterre, avec fous les signes de la plus parfaite intelligence.

Vainqueur de ses ennemis, et en paix avec ses enfants, Henri porta son attention sur la conduite de ses officiers et sur la réforme de Tadministration intérieure de ses états. Afin que le lecteur puisse connoitre ses vues, et apprécier T influence qu'elles eurent, et jusqu'à ce jour, sur les iiistitutions de l'Angleterre, il convient de lui apprendre comment la justice avoit été jusqu'alors administrée , et d'indiquer les changements qui s'y intro-

300 ' HISTOIRE D'A:;GLi:TrnaE.

duisirent par la sagesse ou pair 1 a varice du roi* La eonquéte normande , ainsi qu'on Ta vu, quoiqu'elle eût modifié la constitution judiciaire des Anglo-Saxons (i), ne Tavoit pas àl>plie : les cours du manoir, du canton et du comté, continuèrent à exercer leurs' anciens pouvoirs. Quelques uns de ces tribunaux avoicut juridiction criminelie; tous ëtoieut compétents eu matière» civiles , et à Tégard de la grande masse de la population. Leur au* toriié cependant, considérée en première instance comme une émanation de la couronne, étoit limitée ou envahie par la prérogative royale : quand il s'agissoit d*une amende dis* crétionnaire le roi leur enlevoit ordinaire- ^ ment les causes pour les soumettre à ses pro«» près cours I recevoit el écoutoit les appels des personnes qui se prétendoient lésées par leurs décisions; ordonnoit , a T occasion , des en- ' quêtes sur la conduite de leursi membres, et en cas de faute , imposoit de forts a amercia* ments » aux juges eux-mêmes,, oaaox seigneurs qui prc'sîdoient les cours.

. Le tribunal le plus élevé du royaume étoit appelé la cour du roi : les prélats, les comtes, les barons et les principaux officiers de sa maison , en étoieut les assesseurs. Ici , les tenau* ciers en chef de la couronne étoient jugés par leurs pairs* Le monarque présidoit lui-mâme, à moins qu^il ne fût partie; et, dans ce eus , il nomnioit un président, et prenoit lui-même les fonctions de demandeur ou de ponrsui-

(i) Sur le goureroementdes Anglo-Saxmts , etc. (,Fcf*. te supplément , à la lia de œ rolanie. }

HEKRI II. sot

vaut. Cétoity au reste, un tribunal inique ,

un instrument d'oppression légale entre les mains d'un mauvais prince. Les nombreuse* obligations et le système inextricable du gouvernement féodal foùmissoient à volonté des charges nouvelles contre un baron ou un prélat suspect ; et il arrivoit rarement qu'un pair osât encourir la disgrâce du roi , en se faisant le défenseur de Tinnocence. La victime étoit le plus souvent condamnée a la confiscation de ses biens personnels et mobiliers ^ et se trouvant alors à la merci du roi f c'étoit à ob« tenir la diminution de Tamende que tendoient les efforts de ses amis , diminuLion qui se discutoit et s'acceptoit comme un traité.

. La cour du roi né siégeoit dans toute sa splendeur qu'à certaines époques. En d'autres temps, elle se composoit du grand justicier, du chancelier et du trésorier, dont les charges étoient amovibles; du connétable, du cham<* bellan, d i maréchal et de l'intendant , qui tenoient les leurs du droit d'héritage; le roi leur adjoignoit quelques uns de ses chapelains, quelques clercs instruits dans la science des lois, et qu'il noiuaioil « ses juges Ce tribunal possédoit la totalité des pouvoirs qui depuis ont été partagés entre les cours du bane du roi, des plaids communs, et de l'échiquier; mais il est difficile de fi\er maintenant Tépoque à laquelle s'en iit la répartition. La plus ancienne , et originairement la plus importante de toutes ces cours, est celle de l'échiquier : elle c\a m inoi t les r a p po r is des sh éri fs e t d e to us les officiers du roi , régloit le revenu royal, jugeoit les procè&de la couronnej et imposoit des

Digitizeci by

amendes aux tenanciers en chef qui se trou-

voient en faute. D'abord placée à Winchester, elle avoit cté Iransportéeà Londres, pour être plus près de la personne du roi. Toutefois, la nécessite de découvrir les fraudes commiséis au détriment de la couronne et à des distances éloignées, donna Fidée des « barons errants ou des juges ambulants» . Employés accidentelle* nient sous les règnes précédents , ils formèrent alors une institution, permanente, qui s'est conservée dans « les arTondissemens ou tour* nées» d'aujourd'hui. Toutefois, ce fut moins par amour pour la justice que pour son avantage particulier et dans Vintention de faire rentrer le plus dWgent possible à Téchiquier, que Henri créa une institution dont TAngleteiTe reconnoit aujourd'hui Tutilité.

Outre ces cours, il en exis toit d'autres, établies pour juger et punir une classe particulière de délits, espèce de tribunaux, de tout temps , Tobjet de l'exécration générale. On sait quelle étoit la passion des rois normands pour la chasse, les violences et les usurpations qu'ils s'étoient permises pour accroître et conserver leurs foréis* Ces portions si précieuses du domaine royal avoient leurs officiers et leurs magistrats 9 un code de lois spéciales, des privilèges soigneusement maintenus par la cour du grand forestier, tribunal sanguinaire, dans lequel le plus léger délit étoit puni de la perte des yeux , ou de quelque membre. Henri , à son avènement, soit humanité, soit avarice, avoit aboli les règlements barbares de ses prédécesseurs , et y avoit subjstitué des^amendes et l'emprisonnement, qui.,

dans certaines circonstances et par des procédures violentes et odieuses, remplirent les coffras de Féchiquier. Depuis , il lui plut de faire reyi^re ces chfttitnents sanguioaires , et

d'y mettre plus de rigueur encore qu'auparavant*

Les conieftiaiions de . sujet à sujet procuraient encore au trésor royal une moissonabondante. Toutse faisoil à prix d'argent dans les tribunaux, que Ton gagnât ou que Ton perdit son procès $ la justice y étoit ouvertement k l'enchère; un présent au souverain' accéléroit ou retai doit une décision , épargnoitau défendeur opulent toute justification»* ou Texemption de la juridiction des magistrats^ pour ne plaider que devant le roi , et le demandeur pauvre étoit presque toujours sûr de succomber. Ces pratiques y tout odieuses qu'elles sont, n'ont cependant point encouru le blâme

des cciivaiiis contemporains : elles avoienl pré-valu jusqu'à un certain point sous les princes anglo-saxons, et leur ancienneté sembloit en atténuer riniqùité. Mais Henri prétendoit punir dans les juges la vénalité qu'il se croyolt légitimemeut permise : tous les juges ambu* lants, soupçonnés de trafiquer de la justice furent 'destitués, trois -ans après leur nomina-* tion , à rexceptioii de Ranulf de Granville qui, avec cinq assesseurs, fut chargé d'administrer la justice dans les comtés situés au nord de la Trent. Le reste du royaume fut partagé en trois portions : les fonctions de grand justicier ■furent divisées entre les évêques de Winchester, de Norwich et d'Ely; et chacun d'eux,* avec. quatre assesseurs, entendit et jugea les

ZOi HISTOIRE Jo'aMGJUETERRË.

. procès dans Tan des trois districte. Mais le pontife, apprenant leur nomination , ordonna à Tarchevéque de Canterbury de leur faire quitter ces fonctions de magistrats séculiers , qui ne coavenoient point à des pasteurs chargjés de nourrir leur troupeau de la parole évangélique : ils obéirent^ se démirent au mois d*aoàt ^ivant^et Ranalf de GranviUe .fut nommé grand justicier.

On Gontiuuoit toujours, selon l'ancienne coutume , d^en appeler- a au j u gement de Dieu» dans les causes criminelles ; mais aux épreuvesdu feu et de Teau^ employées par les Saxons , les Normands, ainsi ^ue nous l'avoiis observé,

t et dès le règne de Guillaume I^^*, aYoient ajouté répreuve parle gage de bataille. Partout ou les juges ambulants tenpieut audience , ils mmmoienL quatre chevaliers des districts de comparoîtrc devant eux et de choisir douze autres chevaliers, ou, à leur défaut , douze hommes libres et loyaux, pour former un jury suffisant* Ceux-ci juroient de répondre sincèrement à toute question qui leur seroit faite par le tribunal, et d'obéir à tout ordre qu ils rece* vrcÂent des juges, au nom du roi. 11 leur étoit alors enjoint de dénoncer à la barre toute personne du canton soupçonnée de meurtre , de félonie, de falsification y ou d'avoir rompu la paix du roi. Sur leur dénonciation unanime , le coupable' étoit amené devant les juges, et, sHl protestoit de son innocence , il étoit soumis à répreuve de Teau. Si le résultat de Tépreuve lui étoit contraire , la sentence étoit immédiatement prononcée, et Ton condamnoit le prisonnier selon la nature du délit , à.ia peine

HENRI If* 305

tîe mort, ou à la confiscation des biens arec l'ampu talion d'un pied ou d'une maini ou au bannissement pour la vie.

Ce seroit toutefois une erreur de supposer que l'absolu lion par l'épreuve élaulissoit pleinement rinnocence de l'accusé ; sa vie , ses membres et ses propriétés étoient sans doute icn sùrctc; mais il n'en ëloit pas moins considère comme coupable , en raison de Tunanimité des jurés, et Ton croyoit prudent de prendre à son égard des pj^ecanttons : pour une fauLc léi^c re , il obLcnoit sa liberté en donnant caution pour sa conduite future ; on le forçoit à quitter le royaume, pour une fanteplns grave, toutefois avec l'espoir d'y rentrer par rintiulgencc royale, à quelque époque cloignée.

Si le prisonnier que Ton poursuivoit n'é-. ^ toit accusé que par la rumeur publique ou par un simple particulier, les procédures varioieni scion la nature du crime. Nous citerons celles qui avoieut lieu en cas de meurtre et d'bomicide : si l'accusation reposoit sur la no* toriélé publique, les juges instruisoient Taf-* * faire par des eiiqucles ou des interrogatoires^ acquittoient ensuite l'accusé , ou exigeoient quHl prouvât son innocence par un nombre lé* gai de témoins « compurgators » . S'il se présentoit un accusateur, il falloit quil prouvât d'abord ou qu il étoit parent du décédé, ou attaché à sa personne comme allié, vassal ou seigneur, et qu'il pouvoit parler sur le crime d'après le témoignage de ses sens. L'accusé pouvoit, à son choix , jeter le gant et déclarer son intention de défendre en personne son iil"» iiQcence, Si Tagreiscur lamassuil legant, Iç^

â06 RTSTÔtiiE b^AMGtfitEllRÉ.

juges y  moins que le crime ou l'innocence de l'accusé ne fussent évidemment prouvés'^ .procédaient à l'épreuve par le combat. L'accosatcur et raccusé faîsoient serment sur le livre des Ëvangilesy et^ au jour assigné par la cour, les deux adversaires étoieni menés au combat: ik avaient la tète» les bras et les jambes nus; pour défense, une large ou bouclier carré de cuir; pour arme offensive , une massue longue de trois pieds et demi| et arrondie par le bout. Si raciîusé refusoit le combat , -au devenait in-* capable de le cojiUnuer,ilétoil ou immédiatemenl pendu ^ ou condamné soit à la confisca'» tioit der biens, soit à la perte de ses membres t tuoit Faccusateur, ou le forçait à demander grâce , ou continu oit le combat jusqu'au soir, vers Tapparition des étoiles iléloitacguitté« Si l'adversaire aûrvivait au combat , U

payoit une amende, étoil déclaré infâme, et on le dépouilloit de tous les privilèges d'homme libre*

Dans la cour de chevalerie, lés formes étoient différentes : lorsque la cause ne pouvoit être décidée par le rapport des témoins ou par Tautorité des documents ^ le connétable et le ma^ réchal exigeoient des gages des deux parties, indiquoient le moment et le lieu du combat, les armes offensives qui consistoient en une longue et une courte epée avec une dague ; les armes défensives ctoiciiL au choix des combattants. On eniermoit de barrières hautes de sept pieds un terrain plat de soixante pas de lon^f^ sur quarante de large; et des sergents d'armes étoient placés autour pour maintenir Tordre et le siiqnce parmi les spectateurs* Les corn**

TïEyui II. 807 ballants euiroieni par des portes c^ifiosées, k Test et à l'ouest du lieu ; chacun juroit séparé» mentqu'il n'avoil dit que la vérité, qu'il ne portoit sur lui d'autres armes que celles que permelloii la cour; quUl a n'avoit point de dharines sur lui « ; quMI mettoit toute sa confiance en Dieu , dans la bonté de sa cause , dans sa propre valeur: ils se preuoient ensuite par la main , fiusoieni serment de se combattre à outrance , Vun pour obtenir Faveu du crime , l'autre pour prouver son innocence. On lesreconduisoit alors par où ils ëloient entrés» et le combat s'engageoit sur le signal que don* nôit le connétable , place aux pieds du trône* Si le roi intervenoit, les officiers séparoient les combattants 9 qui ^ conduits par le conné* . table et le maréchal à Tune des portes , s'effor^ çoie.îît de passer eiè même temps , çar on se regardoit comme honteux de quitter le premier le lieu du combat. Si Tun des deux perdoit la vie ou se reconnoissoit vaincu , on le dépouilloit de son armure sur la place ; des chevaux le trainoient hors de la carrière par un pas^ sage ouvert dans Fun des angles, etilëtoit pendu ou décapité en présence du maréchal.»

L'épreuve du combat étoit non seulement permise dans les poursuites criminelles ^ mais encore dans des actions dont la décision pouvoit dépendre d'une ordonnance judiciaire. < Le défendeur, dans de tels cas , a voit droit* ou de combattre en personne, ou de produire un champion légal , et le demandeur, exclu de la lice, étoit forcé de confier la défense de ses prétentions à la bravoure d'un homme libre ^ qui juroit avoir connoissance de l'équite

308 HISTOIRE d'angleterre.

de sa cause. Mais Henri fit une innovation importante et utile, en remplaçant la décision toujours douteuse d'un combat par le jugement des grandes assises. Le défendeur étoit toujours libre de solliciter un ordre pour déci* der le différend par le duel ; sur quoi le demandeur, s^ilprétendoitpoui'suivre saréclamaLiou, étoit forcé d'obtenir un ordre pour procéder deirant les grandes assises. Le shériff choisis^ soit en conséquence un jury, suivant le mode déjà décrit , lequel juroit de prononcer sur la matière , d'après ses propres lumières , ou sur le rapport de témoins irréprochables. Si quelques membres du jury alléguoient leur ignorance de la cause, on leur substituoit desperscsmes mieux informées. >|^' équité de ce mode de procédure fut généralement reconnue, et son admission ouvrit la voie à de semblables innavations dans les autres branches de la ju« rt^rudence.

Les regards de toutes les nations éloient alai's tournés vers la Palestine. Le trdne de Jérusalem chanceloit sur ses bases. 6audouiniV> mineur et lépreux , ne pouvoit lutter <K>ntre l'ascendant de Saladin; et le Soudan, mar- (5hao,t de victoire en victoire, resserroit de jour en jour les limites du territoire occupé par les étrangers. Henri avoit solennellement juré, en présence des légats du Saint-Siège, de visiter la Terre-Sainte; et jusqu'ici les craintes quie lui inspiroitle voisinage du rot de France avoicatélé pour lui un prétexte suffisant de différer Texécution de cette promesse. Mais Louis lui proposant de raccompagner dans cettô expédition, iln'y eut plus d'Qbj^ction valable, et

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