HENRI
rengagement mutael qu'ils ayoient pris ne fat rompu que.par la mort du roi de France. Ce pro-
jet senibloit cependant n'être point abandonné par le roi d'Angleterre : toutefois les années s'écouloient sans qu'il songeât à le mettre à^exé» cution; et il prouva quHl y avoit peu de sincérité dans son zèle , en se délivrant, an moyen d'un subside de cinquante millemarcs d'argent, des soUieitations pressantes qui lui furent fai* les , de venir au secours de la cité sainte , par le patriarche de Jérusalem et le grand maitre des hospitaliers qu'avoient enyoyés vers lui la reine Sibylle et le comte de Tripoli j régent.
Mais le 29 septembre 1187, quarrc-vingiseize ans après qu'elle eut été conquise par les premiers croisés, Jésuralem retomba entre les mains des Musulmans. La cousLcrnaj tion fut universelle et profonde dans le monde chrétien , et les princes se reprochèrent à euxmêmes rindolence et l'avarice qui les avotent distraits de la cause commune de la religion. Philippe , le nouveau roi de France , et Henri reçurent la croix; d'un commun accord, et avec eux se croisèrent les comtes de Flandre et de Ciiampagne, et un grand nombre de barons et de chevaliers. Dans un grand conseil tenu k Gidipgton, en Northamptonshire, il fut ar* rèié que tout homme qui ne se croiseroit pas pa ieroi t le dixième de ses biens ; on exigea dos juifs le quart de leur« propriétés personnelles, et ces deux impôts réunis produisirent une somme de 130,000 liv. D'après les préparatifs que fit le roi, on ne peut douter qu'il n'eût entrepris l'expédition, si la turbulence de son fils Richard ^le l'eut engagé dans de nouvelles
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hostilités avec le roi de France, et si sâ paix avec ce monarque u'eùt été promplement sai* Tie de -sa mort.
Les trois fils de Richard excelloient dans tous les exercices militaires de ce temps ^ et celui des trots qui portoit la couronne, n'étoît pas moins passionné que ses frères pour la vie aventureuse de chevalier. On les voyoit déployer leur ibrce et leur adresse dans tous les tournois ^ et ils y emportoient souvent le prix de la valeur. Mais on sait maintenant ce qa*ëtoit la chevalerie, représentée par tant d'écrivains modernes comme l'école de l'honneur et de la probité : on pon^oit être un chevalier accompli ^ et mêler à sa bravoure beaucoup de cruauté , alimenter sa bienfaisance par l'oppression des foibles^ et ne se point croire déshonoré par l'ingratitude et la perfidie. Henri avoit exigé que Richard fit hommage à son frère pour le dut lie d'Aquitaine : celui-ci s'y reiusa hautement et obstinément. Le jeune roi chercha à s'en venger ; et bien* tôt, sur l'invitation des barons de Richard, que sa tyrannie et ses violences avoient sou-» levés contre lui, le jeune Henri et soi^ frère Geoffroi , à la téte d'une armée de. Bretons et de Brabançons, envahirent son duché. Appelés eu sa présence j[>ar leur père , les trois princes parurent se réconcilier. Richard resta auprès du vieux roi ; mais les deux autres déployèi entde nouveau l'étendard de la révolte, et ce fut contre Henri lui-même qu^on les vit recommencer les hostilités : il fut tendu des pièges contre sa vie; et bravatnt Texcommunication dont ils furent frappés, ces fils dé-
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HBHRI II. SU
natures avoient fixe la fêle du lundi de la Pentecôte pour livrer bataille à leur père. Mais avant que ce jour fût arrivé ^ le .jeune Henri fut saisi d'une fièvre qui déconcerta bientôt rhabileté de ses médecins; et averti qu'il lâ'avoit plus que quelques heures a vivre , il avoua publiquement sa faute, implora le pardon de son père, et aprj»s l'avoir reçu, • empira sur un lit de cendres qu il avoit fait préparer au milieu de sa chambre. Geoffiroi reçut son pardon, se révolta de nouveau, et mourut à la cour du roi de France, en cherchant à susciter de nouveaux ennemis à son père : Henri ne pleura point sa înort.
Adelaïs, fille de Louis de France, avoit été fiancée depuis plusieurs années à Richard, et confiée aux soins de Henri. Celui-ci la garda dans un de ses châteaux , dont il interdit soigneusement Tcntrée à son fils : on le soupçonna d'être amoureux. de la jeune princesse. Ces bruits prirent assez de consistance , pour que Philippe, jaloux de rhonneur de 'sa sœur 9 demandât qu'elle fiit remise à son époux. Menacé en même temps par le pape de Texcommunication, le rusé monarque fui habile à se débarrasser des demandes de Tun et des menaces de Vautre par de continuels subterfuges; et quoique cette conduite Tentraînât dans des querelles perpétuelles avec le roi de France, il s'obstina à ne point rendre Adelaïs. L'intérêt que Philippe et Richard prenoient à la jeune princesse , fit bientôt naître entre eux une intimité qui alarma l'esprit méfiant de Henri; et Richard, qui étoit alors h Paris ^ reçut Tordre de retourner dans
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ses domaines; il obéit, et se fit même l'auxiliaire de son père dans ses démêlés avec Philippe, jusqu'au moment où il eut quelque raison de soupçonner que Henri vouloit le frustrer de la couronne d'Angklerre, en faveur de Jean, son plus jeune frère. Dans untî conférence entre le père et le fils, où le roi de France fut choisi comme niéJiaieur, Richard, mécontent des réponses évasives de Henri, détacha son épée , et se précipitant aux pieds de Philippe : « C'est à vous, sire, lui dit-il, que je a remets la défense de mes droits ; c'est à vous « que je fats maintenant hommage pour tous u les domaines de mon père en France. » Philippe rcponditquil racceptoitpoui son vassal, et lui restitua tous les châteaux, qu'il avoit pris à Henri. Celui-ci , consterné de ce quUl voyoit et entendoit, rompit brusquement la confé* renée.
A. Telpiration de la trêve , les hostilités recommencèrent (1189, 14 janvier). Henri fut forcé de fuir devant ses ennemis, abandonna successivement Le Mans, le château d'Amboise et celui de Tours: et, comme sa santé cioit fort altérée, il fit jurer au •sénéchal de Normandie qu'en cas de raort il remettroit les forteresses de cette province au prince Jean* A la sollicitation des évêques , les deux rois se rencontrèrent dans une plaine près de Tours. Abattu par l'infortune, Henri se soumit à tout ce que lui demandèrent ses ennemis. Il stipula toutefois qu'on lui remettroit la liste des barons qui avoient suivi le roi de France, et le nom de Jean, son fds favori, fut le premier . qui tomba sous ses jeux. Il n'idla pas plus loin,
rendit le papier^ et partit pour Chinon, le
cœur brise. Une fièvre violente le saisît presque aussitôt; et, dans ses accès, il appeloit la Tengieance du ciel sur T ingratitude de ses enfants. Le septième jour, tout espoir s'ciant évanoui 9 on le porta, à sa demande , dans léglise, oik il reçut, au pied de l'autel , les der« nières consolations de la religion. On l'enterra sans pompe (6 juillet), dans le chœur du cou- Tcnt de Fontevrault.
Henri avoit eu d'Ëléonore cinq fils, dont deux seulement, Richard et Jean, survécurent à leur père. Ses fdles se nommoient Matlaildc, Eléohore et Jeanbe« Mathilde épousa Henri-le* Lion , duc de Saxe, de Bavière, de Hongrie, et de Westphalie, d'abord le plus puissant, et devenu ensuite, par son arrogance, le plusinfortuné prince de l'empire. Eléonore;fut mariée a Alphonse-le-Bon , roi de Castllle; et Jeanne, la plus jeune, conduite à Palerme à ràgc de onze ans, épousa Guillaume H, roi de Sicile.
Les plus célèbres des enfants naturels du roi, sont les fils qu4l eut de Rosamonde, fille de Walter Clifibrd , baron de Herefordishire. L*aîné, Guillaume, qui reçut le surnom de « Longue-£pée , » épousa L'héritière du comte de Salisbury, et succéda aux domaines et aux litres de ce puissant seigneur. Le cadet, Geoffroy, fut nommé à révéché de Lincoln, avant d^avoir atteint Tâge de vingt^ans ; et la première rébellion ayant éclaté vers cette époque, il rassembla un corps d*hommcs armés et dispersa les insurges du nord. Comblé des faveurs de son père , et n'étant encore que laïque • il
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résigna son évëché quelques années après, et le servit en qualité de chancelier, pendant 1^ dernière guerre et jusqu'à son décès.
Henri avoit fait ses dernières dispositions , sept ans avant sa mort Les terres de la couronne passant de droit à la succession, il ne fit de largesses que de ses biens personnels, qu'il distribua, en grande partie, en legs pieux, aux chevaliers du temple , aux chevaliers hospitaliers, aux diverses maisons religieuses de la Palestine, à celles d'Angleterre, de Normandie et d^Anjou , menaçant son fils et tous ceux qui s'opposeroient à l'exécution de ses dernières volontés, de sa malédiction et 4^ la colère de Bien.
On doit à la sollicitude de ce prince « la pre? niière assise des armes »• Le conquérant avoit expressément enjoint à tout homme libre de i se munir d'armes convenables. Henri institua des «juges ambulants» , à Teffet de rechercher si Ton obéissoit fidèlement à cette injonction; | et des instructions détaillées spécifièrent la nature des armes dont dévoient être munis le tenancier militaire, lelaïque libre possédant un certain revenu , le bourgeois , dont le revenu étoit moindre. En 1181, Tordre fut donné à tous de s'engager, par serment, a se procurer , ces armes pour la £ète prochaine de saint Hilaire, à être fidèles au roi Henri, et à porter les armes pour son service avec la loyauté due au roi et au royaume.