RICHARD
RICHAKD PREMIER.
PI
lINCËS CONT£MPORAIl)i
aois
MM
Fréd^c I ,
tIQO.
Guiiianait.
Clcmcnl 111 , 1 ICI.
Inoocent III.
(1189) Le lecteur coimoit déjà le caractère
de Richard, Taîné des fils de Henri. Les larmes qu'il dauna à la mort de son père détruisirent une partie des préventions qui s'étoient élevccs contre lui; et Topinion publique se prononça en sa faveur, lorsqu'on le vu remplacer Msoonaeillerspar ceuj^ qui étoient restés fidèles au feu roi.
Ayant jugé nécessaire de rester quelques semaines sur le continent pour prendre possession dQses états d'outre-meri et régler quel* qûes différends qui existoient encore avec la
316 uiSTOxaK d'Angleterre.
France , il nomma régente sa mère , qu^il avoit
fait mettre en liberté au moment même de sou avènement : elle usa de son autorité avec pru- , depce et modération, voyageant de districi en district avec tout l'appareil de la royauté, distribuant des aumônes, exerçant des actes de clémence I veillant à Tadministration de la justice, faisant prêter à tous les hommes le serment d'allégeance. Ce lut sur sou invitation q^ue les barons et les prélats se rassemblèrent a Winchester pour recevoir le nouveau souverain, dont le couronnement se fit avec une pompe et une magnificence çxtraordi- ' naires.
Le jeune roi avoit prisla croix sous le règne de son père : tel étoit spn caractère, que les désastres toujours croissants des chrétiens de la Palestine sembloient enflammer encore son zèle et son anibiùon. Après la fatale bataille de Tibériade, Acre, Sidon, Ascalon, Jérusalem, étoient tombés entre les mains victorieuses de Saladin; Tyr seule leurresloit. Les préparatifs deiUcbard poursecourir Jérusalemetdétruire i le conquérant musulman, devinrent dès lors le sé*ul objetde ses pensées. Tout entier a son projet, il se hâta de nommer, dans un concile tenu a Pipewell, au&abbayes et aux évéchés vacants; divisa les pouvoirs de la régence entreson chancelier Guillaume Lonchanip, évéqucd'Ely, et sou justicier, Hugues Pudsey, évèque de Durham ; augmenta considérablement le douaire de sa mère , et , pour s'aiiaclier son frère Jean, lui donna en Normandie le comté de Mortagne, et en Angleterre des domaines qui com'* posoient presque le tiers du royaume. Un
BICHAED I^^. 317
dépôt de plus de cent mille marcs j produit
des rapines de ses ancêtres , existoit au trésor de Salîsbur^ : pour aecroitre celte somme énbrme, qui lui sembloit au-dessous de ses^ projets gigantesques y les terres du domaine ^ les dignités, les charges de la couronne, fu- . rent mises à Tenchère. 11 vendit ouvertement desétèchési et pour unesonamede 1 0,000 liv. , rendit au roi d'Ecosse ses châteaux , et tous les droits de suzerairieté , acquis par Henri sur la couronne d'£cosse (i). L'Angleterre épuisée , il alla pressurer la Normandie pe^r les mêmes expédients.
Avant de l'accompagner idans sa route pour la Palestine , il convient de faire connoitre quel étoit le sort des juifs en Angleterre. A ^ une époque où aucune loi ne fixoit rintérét de l'argent, ils y faisoient des bénéfices cuorr mes f de même que dans tous les états chré* tiens , dont ils étoient les seuls ou du moins les principaux banquiers ; et haïs des peuples qu'ils pressuroient 9 ils s'eûbrçoient de con- ^nrer la protection des princes par de riches présents. Le bruit s'étant répandu que le nouveau roi étoit disposé à les traiter comme venoit de le faire Philippe de France , qui , à son avènement , avoit confisqué leurs proprié*
(i) Ce n'étoit point , aiàsi qu^on Pa (Quelquefois siip* Bûséi nue reconnoissance formelle de rmdépendanoe de F£cosse y mais une résignation, de la part de Richard, de ions les droits que Henri avoit arraches à Guillaume ])our sa rançon. Les droits respectifs des deux couronnes se trouyèrent ainsi replacés sur le même pied qu'auparavant.
318 HISTOIRE d'aRGLEIERHE/ '
téê^ et les vroii chassé de ses ëtats^ ils aceott^
rui cnL a Londres, de tous les comtes du royaume i chargés de sommes considérables dont ils "vouloient payer sa faveur. Le jour, du courdn* nement , quelques uns d'entre eux ^ malgré la défense qui leurenaToitété faite, se mêlèrexità la foule , i ureiil reconnusi poursuivis et assom* més. A rinstant le luruit se répandit que le roi avoit donné permission de les tuer tous et de brûler leurs propriétés* La populace s'ameuta; tous les jui& que Tou rencontra dans les ru^ furent massaerés sàfis pitié ; on mit le feu à
leurs maisons; et malgré les efforts que Ton fit pour disperser les attroupements , le meurtre et l'incendie se prolongèrc»it jusqu'au matin suiTant. Le roi fit pendre trois Aeh de Témeute ; mais n'osant cependant , au commen* cernent d^un règne i se montrer trop favorable à un peuple abhorré , il se contenta de faire savoir y dans une proclamation , qu'il défendoit d'attenter en aucune manière à leurs propriétés.
Cette impunité encouragea les enaeniis <ks
Israélites ; et dans leur marche vers les cotes , les croisés eurent soin d'imiter leurs frères de Londres ( 1 190 , 6 février) r mais ce fut sur- " tout à York qu'éclatèrent leurs fuMurs. Pour échapper a l'incendie et au massacre dont ils ^ étoient menacés^les malheureux juifs de la ville et des environs s'étoient réfugiés avec leurs trésors dans la citadelle , dont us eurent l'im* prudence de fermer ensuite les portes au gouverneur* Alors on assiéga la forteresse jour et nuit; une rançon considérable fut offerte et re* jetce : enûa les juifs, poussés au désespoir, eu-
terrèreiilleuroretleurargeiu pour en frustrer ravarice de leurs ennemis; jetèrent dans les flammes tout ce qui pouToit éira bvàlé , massacrèrent leam femmes et leurs enfanu, et finireiitcette épouvantable tragédieeii s égorgeant les uns les autres. Quelques uns, pour sauver leur vie,' demandèrent le baptême: on accepta ceitecoiiditiofi; ibourmentles portes et farent à l'instant mèiuc massacrés. Les vaiii([ueurs marchèrent ensuite vers la cathédrale, arrache*' vent auit dignitaires de FEglise les obligations
que les juifs a voient déposées dans leurs mains, et les brûlèrent au milieu de la nef. Ces crimes appelèrent le cbaneelier à York , mab furent foiblement punis. Les historiens contemporains ne parlent de ces horreurs qu'avec indignation, et donnent à entendre que les chefs de bandes qui ezcttolent le fanatisme religieux de la populace \j avoient un autre, but , qui êtoit de se partager les dépouilles des victimes, et d'éteindre leurs dettes en détruisant à la (bis leurs titres de créance et la personne de leurs créanciers.
Pendant ces massacres, Richard ëtoit déjà en France et se préparoità la croisade. Le roi de France et lui se rencontrèrent au milien de l'été ( l^'' juillet) , dans la plaine de Vezelai, où se réunirent cent mille hommes ^ marchant sous leurs bannièrea* Arrivé» k Lyon , Miilippe prit la ronte de Gènea^ Richtf d celle de Marseille; et l'on convint de se rejoindre au port de Messine en Sicile. Sa flotte
avee sa suite, etarrtvaàNaples, non sans avoir
120 ai8T01B£ d'a2<{GLBT£&RE.
couru d'Msez grands périls ; et de If aples alla
fixer sa résiJeuce à Salerne (8 septembre). Sa floue , commandée par deux évcques et trois . chevaliers , s'arrêta un moment à Lisbonne , traversa le détroit de Gibraltar , y reçut Farmée qui Tattendoît , et jeta l'ancre sans accident dans le port de Messine (16 septembre )• Les deux rois y arrivèrent peu de jours après^ chacun de son coté.
Tancrède, aventurier heureux, qui s'étoit emparé de la courwne de Sicile ^ après la mort de Guillaume^ avoit retenu la douaire de sa veuve Jeanne, sœur de Richard, et refuse de payer un legs considérable que ce prince avoit fait à Henri ^ son beau-père. Le tout lui fut impérieusement demandé ; et Ridiard passamt aussitôt le détroit, emporta de vive lorce un château situé sur les oàte& de la Calabre, et le donna pour résidence à sa sœur (2 oct.); il s'empara le lendemain d'une île, en chassa les moines qui la possédoient, et en fit un dépôt de provisions. Les Siciliens s'alarmèrent ; et les troupes angloises imitant l'arrogance de leurs chefs , des querelles sanglantes s'élevèrent entre eux et les citoyens de Alessine I et s'aigrirent au point que, dans une action générale entre les deux partis , les portes furent forcées, etleroi d'Angleterre entrant le premier dans la ville , Tabandonna à la fureur de ses soldats. Philippe fut blessé de s'y voir, en quelque sorte, prisonnier entre les mains de son vassal; et pour Tapalser , Richard en remit la garde à leurs alliés communs, les chevaliers du temple et les hospitaliers. Tancrède comprit alors qu'il na¥oit
V RICHARD l^^é * S2I
point de meilleur parti à prendre que de s^hu*
milier devant Richard, et fit avec lui un traité que scellèrent les fiançailles du jeune duc de Brecagnei Arthur, neyeu ethéritier du roi d^An* gleterre , avee Plnfante j fille do roi de Sicile.
Richard et Philippe, quoique jaloux l'un de l'autre, conservèrent, durant l'hiver, toutes les apparences de l'amitié ; mais le roi d'An* gleterre ccii|>soil son rival par sa courtoisie et sa générosité. Un sujet de discussion ne tarda pas à se présenter : Richard avoit offert sa main à Berengère , fille du roi de Navarre , et sa mère Elcouure étoit arrivée à Naples avec la jeune princesse. Philippe rappela les droits de sa sœur Adelals; mais Richard déclara t^VL*\\ n'épouseroit jamais une femme qui avoit été, couiine il le prouveroit, la maîtresse de son père. Dans cette querelle , qui de part et d'autre fut très animée, il fut enfin décidé que Richard seroit relevé de son engagement avec la sœur du roi de France, sous la condition de payer à celui-ci dix mille marcs dans cinq annéei » et de lui fendre les places fortes qu'elle avoit eues pour sa dot. Peu de jours après, Philippe partit pour Saiut-Jean-d'Acre.
Enfin Richard fit lui-même ses adieux à la Sicile, emmenant avec lui la reine de Sicile et la princesse d'Arragon. L'impétuosité de . son caractère l'entraîna encore , à peu de journées de- la TeiTe-Sainte , et pendant plus de deux mois, dans fl(\s entreprises ircs dillérentes. Retenu à Rhodes par une maladie, il y apprit que .cpielques vaisseaux de sa flotte, échoués sur les côtes de Chypre , avotent été. pillés, et leurs équipages jetés en prison. Il
fit Toile pour Limaascd , aussitôt que sa santé
eut été rétablie; demanda satisfaction pour les croisés à Isaac, prince de la famille des Gomiiène , iqui prenoit le titre d'empereur de Chj^e; n'ayant pu l'obtenir, enleva ses galères dans un engagement très animé, prit terre avec sou impétuosité accoutiimée f em* porta Lfanassol , et le lendemain surprit dans son camp Isaac, qui ne se réfugia qu'avec beaucoup de peine à Nicosie. Il s'humilia de- Tant son vainqueur, convint de lui payer troia mille cinq cents marcs d'or, de faire hommage au roi d'Angleterre , de lui livrer ses châteaux et de lui fournir cinq cents chevaliers pour la guerre sainte ; se repentit à Tinstant de son traité, s'enfuit pendant la nuit, arma de nouveau pour perdre une nouvelle bataille, pour se rendre enfin à discrétion à Richard , qui le relégua dans un chàleau sur les côtes de la Palestine. Sa fille, qu'il aimoit éperduement, resta entre les mains du vainqueur.
Ce fut à Limassol que le roi épousa Bérengère , qui fut sacrée et couronnée par l'évêque d'£vreux. 11 y reçut aussi la visite de Guy de Lusignan, roi de Jérusalem , par le droit de sa femme Sybille , à qui Conrad , marquis de Monferrat, avoit enlevé la couronne, comme ëpow de rhéritière- légitime Mélisente, sœur de Sybille. Il suffisoit que Philippe eût épouse la cause de Conrad , pour que Êichard prit les intérêts de son rival : il reconnut donc Lusi* gnan comme roi de Jérusalem.
Cependant le siège d'Acre duroit depuis deux années, et de part et d'autre, avec des eiToris inouïs de valeur et de constance.. Les
«^(égeanlsétoiMi eaxHnémeB assiégés , et âen
montagnes voisines, Saladin, à la tôte d'une Bombreuse armée , observoit tous leurs mou- Tements. Cent vingt mille hcmmies y périrent, dit-on, par le fer, la peste et la lamifie , clans le cour d'une seule année ; mais les masses qui arri voient chaque jour suppléoient aux pertes du jour pnfeédent^ et TEorope entière sembloit se précipiler dans ce vaste cimetière. L'arrivée de Philippe ranima le courage de l'armée : les mantilles furent battues et minées; on ouvrit la brèche , et V<m n*attetidoit pour l'assaut que la présence de Richard, avec qui le roi de France s'étoit engagé à partager la ^ipe et les dangers de l'attaque. Les envoyés de l'armée d'Acre l'atteignirent , lorsqu'il poursuivoit encore Isaac^ et se plaignirent de délais qui compromet toient le sort de la dirétientë , et de ce qu'il foumoit contre les chrétiens de Tile de Chypre les armes qu'il avoit juré d'employer contre les infidèles. Richard leur répondit avëc emportement ^ les congédia en les chargeant d^injures , et eepen^ dant, après avoir pourvu au gouvernement de i'iie , il partit en toute hâte de Famagouste, âwc cinquante galères, cent transports et treize larges bâtiments, appelés ])usses: dans sa route , il s'empara, après une résistance vigoureuse, dhm vaisseau d'une énorme grandeur, qui portoil des munitions de guerre aux assiégés; et peu de jours après il arriva au camp des croisés , ou il fut reçu avec un enllMnsiasMie général.
Mdiard distribua aussitôt des présents avec 2>a prodigalité accoutumée , prit à son service
Uiyitizeo by
324 UiSTOIRË i>'A^GLËT£RRË.
iOMceiuqui wprëientèranti fitdretfcrMt wtm^
chines de guerre contre les murailles, et quoique malade, ne voulut, pas que les opération^^ du siège iii&sent uuinomeiit $iMpeiuiues. Dès qu'il eut recouTré sa sanlé, elles peprireni une nouvelle activité. La dcfensc etTaLlaque se soutinrent encore quelque temps avec une égale opiniâtreté : cependant la garnison s'affoiblissoil; ses fortifications étoira tr uinées; et rarmée de Saladin n'avolt pu parvenir a faire lever le siège; eniin, avec l'approbation du Soudan^ elle otVit de négocier. Après lieaucoup de propositions faites de part et d'autre et re jetées, on convint que la ville seroit rendue uux çUréiiens, et que pour sauver leur vie^ les Turcs livreroient la sainte croix , et rendroieat la liberté à quinze cents captifs (12 juillet). On iixa un délai de quarante jours pour Texécution d^ ces conditions ^ et quelques milliers d'otages furent détenus dans la forteresse. Les croisés priieut iiuuiédiatement possession d*Acre , et Saladin transporta son oamp à quelque distance*
Cette cojKjueLe semblolt être le prélude de la délivrance de Jérusalem, lorsque tout à coup Philippe , sans écouter ni les prières f ni les reproches de Richard et des chefs confédérés , se décida a quitter Tannée, pour retourner dans ses états (SI juiUet). 11 parût d'Acre au milieu des murmures et de»îaipré» calions des croisés; cependant le parti qu'il prenoit pouvoit éti*e justifié : sa santé avoit été altérée par une dangereuse mal«4ie; plus de la moitié de son armée s'étoit coni^moe dans les querelles particulières de Richard en
Sidie et eti Chypre^ ettel ëlott le caractère du
roi d'Angleterre, qu'il n'y avoitavec lui d'auu^ aliernative que d'en venir auiL mains , ou de se soumeiire à ses emportemenis* Il laissa , aTecr Richard , dix mille nommes sous le commandement de son vassal, le duc de Bourgogne. • Le terme ûxé par la capitulation d'Aow. étoit a« moment d* expirer t le soudan , somn différents prétextes , refusoit de 1 exécuter, et le roi déclara que les otages paieroienide leur téte sa perfidie. Tout à coup le bruit se répA»dit, et ce bruit n'étoit probablement pa# • Ibiiclc, que Saladiii avoit fait massacrer tous ses prisonniers. Les soldais furieux demandèrent à venger leur mort, et, tant sous le» murs d*Acre qu'à la vue des Sarrasins, les tètes de cinq mille iuiidèles tomlièrenl sous le glaive de leurs bourreaux.
Après cette sanglante exeention, qui ne semble avoir été considérée, ni par les chrétiens , ni par les mahomëtans de cet âge , avec tonte rhorreur qu'elle-doit inspirer, Richard conduisit son armée , réduite à trente mille hommes , d'Acre à JalTa. Elle marchoit en cinq , aivisions^ i;M;cètoyoit le rivage , se tenant en garde contre toute tentative pocu* Tarréter dana sa marche. Saladin campoit auprès d'elle,tontes les nuits: le matin, il laltaquoit de front, en flanc, par derrière, et le combat se prolon^ geoit ainsi j inl^u'an ooucher du aoleil. 11 avait demandé des renforts de toutes h s parties de son empire , résolu de tenter en une seule bataille ^ la destruction de Tarmée ennemie. L^eniiée injiqmbrable des Sarrasins tomba alors de tout son poids sur la petite troupe des
3r36 BisToias d'avouterre.
qui fm â« momeat de ïm éisMndre
màis Richard, différant a dessein l'attaqne, et ckar§eaut à propos, avec sa vigueur eu son impétiMmtë oratnaires, força rtommi s^enAitr vers ses mmila^e^* Cette déroute, Tune des plus complètes que Saladin ei\t ja* aiais éprouvée , lui apprit à respecter la va* ï&mt des croisés : il cessa de les harceler liaiis leur marche ; mais 11 dévasta la contrée, et démantela les places fortes qui se trouYoieat devant lui. Arrivés à Jaffa y les chrëtiem ea eetevètent les murailles et fortifièrent les cfaA* teaux des environs.
« La délivrance du Saint-Sépulcre étoit le scttl but de tant 'd'efforts et de tra^sM: cependant, tout en marchant vers la cité sainte, Richard commençoit à douter du succès de l'entreprise, et dans les lettres qo*il écrivoit en Europe, il dem^ndott avec instance des secours en honumes et en argent (lld2)« A peu de distance de Jérusalem, la saison , devemM tont à coup plaviuiise et om* geose, la disette, les maladies échiircireAt les rangs de l'armée et y répandirent le découragement* U ne resKMt à Kichard d'autre parti à prendre que de retoamer a Jafla , on de former la tentative désespérée d'emporter d'assaut une place bien fortifiée et défendue par unearaée plus nombreuse que la sienne. 11 éeouta cètte fois les conseils êé%6L prudence , et se remit en marche vers les côtes.
* Le défaut d'union éloit la cause de tous les malheurs des crokés. Au lieu de former un vaste corps mis en mouvement par la Tckmté d'un seul individu, l'armée n'offroit qu'une
RXCIUKB i^r. ^ 837
réunion de guerriers indépendants , qui choisissoieat le chfif qu'ils Touloient servir, el pour le temps qu'il leur plaisoit. Le nikg élevé du roi d'Angleterre lui avoit à la yérilé donné le commandement nominal; mais il ne pouYoit former aucun plan sans le communiquer à ses associés » et trouvoit souTeni , dans leurs passions ou dans leurs intérêts, des résistances tellement opiniâtres , qu'il m tarda pasà s'apercevoir qu'il étoit plus difficile de les conduire que de déjouer les projets de Saiadin , et de défaire ses armées. La rivalité de Guy de Lusignan et de Conrad de Montferrat étoit un grand sujet de dissentions : pour réunir les esprits , Richard consentit à aban* donner la cause de Lusignan ; et immédiate-^ ment après , Conrad fol assasrtné dans lesroes de Tyr (27 avril). Si l'ancienne querelle du roi avec ce prince a pu le faire soupçonner de ^ee meurtre , son earaclère , son déni solennel et le manque d'évidence, concoururent à le laver de cette accusation. Son neveu , Henri de Champaj^ne» épousa laveuve de Conrad ^ ^t re» çut, arec sa main, sesprélentions au royaume imaginaire de Jérusalem : pour indemniser Lusignan , Richard lui donna l'ile de Chypre.
Les divisions des croisés parurrât alors apaisées j et tous demandèrent à marcher de nou* veau sur Jérusalem* Vivement sollicité de retourner danssesétatSy Hiehard, résoin de partager la gloire de délivrer la cité sainte, déclara qu'il resteroit encore une année en Palestine (13 juin), et conduisit rapidement son armée à Béthanie. Mais arrivé là , et à la vue m Ame de Jérusalem I il proposa d'élire vingt conseillers^
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' SS8 HISTOIRE D^IiaLETKRRK. .
qui décîderoient , sont sermenl, leqael étoit
préférable, d'assiéger cette ville, ou bien le Caire f capitale de TEgypie, d'où Saladin tiroic la plus grande partie de ses renforts. A la surprise de tons les hommes de sens, ils préférèrent ce dernier parti; et le roi, après quelques actions brillantes 9 retourna vers la \iiie d'Acre , malgré les remontrances et les murmures de ceux qui Tavoient accompagné.
La retraite des chrétiens n échappa point à la vigilance de Saladin qui , descendant de Jérusalem, fondit tout à coup sur la ville de Jaffa, repoussa les habitants dans la citadelle , et obtint des otages pour la reddition de la place I si elle n'étoit pas secou* rue à heure marquée. A cette nouvelle , Ri* chard vola à son secours, arriva au moment où, après avoir massacré une partie des habitants, les Sarrasins assiégeoieot les autres qui s'étoient renfermes dans une tour; et, par la seule intrépidité de son attaque et de celle ^le ses compagnons 9 dispersa fes assiégeants. Le l^demaeiny avee sa petite troupe composée seulement de cinquante-cinq chevaliers et de deux nulle hommes d'infanterie, il campa hors des portes, et attendit tranquillement Tarmée nomBreuse de ses ennemis. L'attaque commença dès le matin; et, dans cette journée mémorable, Richard, se surpassant lui-même, fit des prodiges de valeur qui produisirent parmi les Sarrasins une telle admiration , que Sapha-Eddin, frère du sultan, lui envoya^ pendant l'action même , un présent de deux ohevaox aridbes : le roi continua le combat sur l'un de ces chevaux, jusqu'à U nuit. Le
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siège fut levé mais les efforts extraordinaires qu'il yeuoi t de faire , dciermtnèrent une fièvre qui lui enlera toute «a yîgueurf et eefot une
nécessite pour lui de demander une trêve qui lui fut accordée pour trois années. Le sultan exigea la destruction d'Ascalon , et les pèlerins obtinrent le libre aecès du Saint*Sépulcre.
Ainsi se termina la croisade. Si Jérusalem eût pu être conquise par Ténergie et la valeur d'un homme , ce triomphe eût été réservé à Richard. Ses Exploits Tétevoient sans comparaison au-dessus des plus braves chevaliers; mais malgré les prodiges qu'il opéroit dan» u jour bataille, en pent' douter qu'il ait eu* les ta4ents d'un général: satisfait de vaincre , on ne voit pas qu'il ait jamais su profiter de la victoire ; et du reste rincoasianeede son caractère et la violence de ses passions le rcndoient plus propre à fomenter des divisions . qu'à ramener la concorde parmi ses alliés. Dès
Suesasanté fut rétablie, il paya ses dettes, satis*t à toutes les réclamations de ses compagnons, et s'embarqua à Saint-Jean-d'Acre , non sans avoir salué d un dernier regard cette terre sa* crée, et exprimé le vœu d'y pouvoir un jour revenir , pour Tarracher au joug des infidèles. Sa flotte, qui portoit sa femme, sa sœur et la princesse de Q||iypre , avoitlait voile quelques jours auparavant, et arriva en Sicile sans au^
cun accidcnL. Il suivit avte uii seul vaisseau une route différente et, retarde par les vents contraires, n'atteignit qu'aci bout d'un mois l'Ile de Corfott. 11 y fréta trois vaisseaoïc cô-
tiersqui dévoient le transporter lui et sa suite, composée de vingt personnes, à Eaguse et m
3S0 HtSTOIiœ D'ANaLETERÀi:/
Zara. Il n'est pas certain qu'il eut l'intention de suivre ceUe rouie; mais il fut averti que le roi de France s'étoit allié à son fràre Jean pour le déposséder de ses états; que l'empereur de Germanie , Henri , héritier légitime de la Sicile» étoit irrité de son alliance avec Tanct'ède ; et que plusieurs princes , parents de Conrad y s*étoient déclarés ses ennemis , le ^considérant comme son assassin. Il est probable que, sur ces nouvelles, ilavoit résolu de traverser incognito le continent, afin d'éviter les pièges de ses ennemis, car il s'étoit afiu« blé de la robe de pèlerin , et chercboit à se déguiser en laissant croître sa barbe et ses cheveux. Quoiqu'il en soit, une tempête le j^ta sur les côtes de Tlstrie, où il manqua de tomber enire les mains de Maynard , neveu de Conrad , qui fit prisonnier Baudouin et sept mitres de aes compagnons , et dépécha sur le champ un messager pour avertir son frère, Fré«dericdeBetesow,dc l'apparition du roi d'Angleterre.  Freisach, il fut reconnu par un chevalier norpiand , qui l'averti t du danger qu'il cou*» roit«£n cette oocasion, sixdesessuivantsfurrat encore arrêtés; etvoyageani trois jours et trois muits sans s'arrêter , avec un seul chevalier el ' un enfioit qui savoit la langue du pays , vers le quatrième jour, il se trouva dans les faubourgs de Vienne. Richard étoit trop affoibli pour continuer son voyage. L'enfant que Ton vit parottre deux fois au marché, excita des soupçonspap la quantité d'argent dpnt il fit étalage: il fut pris, misà la torture, e t révéla enfin le nom et la demeure du roi. Bicfaard , voya^nt sa maison entourée, saisit son épécj et refusa de se
tendre à tout autre qu'au commandant : e'étoit Liéopold d'Autriche , ce même Léopold
au'U avoit outrageusement traité dans la Tille 'Acre y et qui » beau*firère d'Isaac Comnène , se croyoit en droit de venger son injure. 11 reçut répée du roi, et le remit à un baron , nommé Hadmar , pour être renfermé dans le château deTyemsteing.
Cependant la malheureuse Angleterre étoir,' depuis Tabsence de son monarque , appauvrie par la rapacité du ministre à qui il Tavoit livrée , et désolée par l'ambition de Jean son frère. Le roi avoit confié les rênes du gouvernement à Guillaume Lonchamp , normand d'obscureorigine, qui^étaiitpasséàson service^ sous le règne de Henri , s'étoit emparé par ses talents etson habileté de toute la confiance de son maître. Quand Richard parvint au tréne , il fut ftit successivement cHancelieri évèque d'Ely y grand justicier ^ et enfin légat du pape en Angleterre et en Ecosse. Ainsi pendant Vabsence du roi, il se trouva placé à la tète de FEgtise et de Tétat/Les historiens contempo* rains assurent qu'il étoit hautain , insolent, avide y prodigue ^ écrasant les laïques par des amendea , ruinant le clergé par ses exactions ^ affectant un luxe roval et exerçant son autorité avec le plus violent despotisme. Certain de la j^otection de son maître ^ tanjt qu'il pourroit remplir ses coffres, il ne • craignoit qu'un seul ennemi, Jean, frère du roi, aussi ambitieux et non moins corrompu que lui. Si Richard périssoit à la'crotsade > Jean étoit dé* terminé a s^emparer du trône : il existotti à la
tS2 HISTCHKS D^iLMUTERajE. j
vérité, un enfant, Arthur, fils de Geoffroî , J son trère ainé^ dont le droit à la succession ^ remportoil svr le sien; mais les droits des plus proches héritiers avoient été repoussés en plusieurs occasions; et cet obstacle Tauroit peu inquiétéi fri , par ses traités avec ïancrède et ses lettres au pape y Richard n eût reconnu | le jeune prince pour son héritier présomptif. Jean fut, en même temps , instruit par les espions qu^il avoît placés auprès de son frère à | Messine^ que, pour déjouer ses projets, le roi avoit chargé Lonchamp de solliciter l'appui du roi d^£cosse en faveur d'Arthur; et dès ce moment il résolut de déplacer le chancelier | comme le plus grand ohstaele à son ambition.
(1191) La première tentative manqua : on avoit fait courir le bruit qu^une instruction ^ arrivée de Sicile et revêtue du sceau ro^al , ordonnoit la formation d'un conseil, sans le concours duquel Longchamp ne pourroit désormais agir. On n'osa toutefois produire cette pièce qui , si elle n'étoit pas feusse, étoit au moins falsifiée j et Ton se décida à attendre jusqu^à Tannée suivante.
La seconde tentative afFoiblit le pouvoir de Longchamp sans le détruire. Jean , saisissant ua moment favorable, sin])rit à la tète d'une armée nombreuse , les châteaux royaux de Nottingham et de Tickhill. Le chancelier ^ pris au dépourvu et trop foible pour combat^ tre, offrit de négocier; et le résultat de cette négociation fut que les châteaux du roi, con* fiés à la garde de plusieurs barons , seraient remis à Jean . dans le cas où le i ui vieadroit k
nicuAHD 1^1*. 333
mourir ; ainsi ce prince fit un pas de plus vers Fobjet de son ambition;
A cette querelle en succéda une autre encore plus désastreuse pour Longcham^. Geoffroi, frère naturel du roi » fut nomme archcTéque d'York : Richard, bien qu'il lui eût pardonné, à prix d'argent , toutes ses oflcnses ^ i'avoit cependant forcé de jurer qu'il ne quitteroit point le continent) et avoit défendu a tous les archevêques de ses états de lui donner la consécration. Malgré cet ordre, et au mépris de son serment, le nouveau prélat, sacré en vertu d'un ordre du pape, vint en Angleterre prendre possession de son église. Longchamp voulut le forcer, à son arrivée, à prêter le serment d'allégeance ou à sortir du royaume. GeoiTroi se réfugia dans Téglise de Sainl* Martin , refusant d^obéir aux ordres de Tévéque ^ d'Ely , qu'il appeloit a un traître » • Lç qua* trième jour, Longchamp l'en fit arracher, et ne le relâcha que sur la caution , donnée par révéque de Londres , que Geoffroi feroit ce que les prélats et les barons auroient déclaré être son devoir de faire.
Jean vit d^abord qu^il pourroit tirer patti de cet événement t il écrivit à tous les évéques et barons de s'assembler a Reading ; ils s'y rendirent malgré la défense de Longchamp. Jean y reçut Geoffroi, que jusqu'^alors il avoit traité en ennemi, avec les marques de la plus vive tendresse;^t celui-ci conjura à genoux ses parents et ses amis de venger routrage fait, en sa personne, aux immunités de l'Eglise et au droit d'asile. 11 fut produit deux papiers très suspects : dans l'un , Richard étabiîssoit le
334 HISTOIRE d'angleterre.
conseil dé régence ci-dessus mentionné ; dans Tautre, il autorisoit Geoffroi à visiter son diocèse. Le chancelier fut invité à comparoUre : il avoil déjà rassemblé une armée formidable; mais la méfiance et la crainte le décidèrent à se réfugier à Londres, où il se retira dans M Tour y après avoir invité les citoyens à fermer leurs portes aux ennemis du roi. Ses adversaires obtinrent néanmoins d*y élrc ad-^ mis, en faisant serment d'être fidèles à Richard et de maintenir les franchises de la cité. Réduit à plaider sa cause devant eux, Longchamp fut condamné à se démettre de sa charge de grandjusticier , à rendre tous les châteaux royaux , à Texception de trois , et à donner caution qu'il ne quitteroit pas le royaume que toutes ces conditions n'eussent été remplies. Du chàteau de Douvres où il s'étoit réfugié, il essaya de se sauver à Calais, déguisé en femme, fat reconnu et jeté eu prison. Après l'avoir ainsi abreuvé d'humiliations ^ Jean, à la prière des évéques, lui permit enfin dépasser la mer, et nomma l'archevêque de Rouen grand-justicier et vice-chancelier.
(1 1 92) Longchamp fit un effort pour recouvrer son autorité perdue: il avoit obtenu le renouvellement de ses pouvoirs de légat ^ ex|pirés à la mort du pontife qui les lui avoit donnes, et gagné Jean par des promesses et des présent, considérables; mais ayant voulu faire usage de aonautoritéi étant encore hors de T Angle terre, on la méprisa en lui déclarant que la j uridiction d'un légat ne pouvoit s'exercer qu'il ne fût entré dans sa province. Débarqué dans le royaui^e, il trouva Jean chancelant, et reçut du
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,confteil un message si menaçant ^ qu'il jugea plus prudent d'aller en Normandie attendre le
retour de son maître.
Telleétoil la situation de T Angle terre, quand on apprit que' Richard avoitquitté la Palestine. Le peuple qui, malgré ses vices, Tadmiroit à cause de sa valeur, l'attendoit avec une vive impatience, lorsqu'une copie d'une lettre de Henri VI , empereur de Germanie » au roi de France, révéla le secret de -sa^njiptivité. Ce spéculateur impérial Tavoit acheté deLéopold pour la somme de 60,000 liv») et renfermé, chargé de fers , dans un de ses cbAtéaux du Tyrol. Les ennemis de Richard ( et il s'en ctoit créé lui-même par son arrogance) se réjouirent de son malheur ; mais le peuple et le clergé déploroient le malheur du héros de la c roi- ' sade, et invoquoient en sa faveur les foudres du Vatican. En Angleterre , ses sujets renou-
- vêlèrent leur serment d'allégeance ; les évéques et les prélats envoyèrent des députés pour lui porter^ des conseils et des consolations; et sa mère Élépnore, par ses plaintes répétées, obtjint du pape Célestin une sentence d'excommunication contre Léopokl , et la menace du même traitement à Tégard de Henri, s'ils ne rendoient, sans plus tarder, la liberté à leur captif. Jean fut le seul qui osa se i cjouir ouvertement de celte nouvelle : il partit eu hâte pour
^ Paris, remit à Philippe quelques portions de la Normandie, lui rendit hommage pour le reste dés possessions continentales de Richard, et retournant en Angleterre , rassembla une armée afin de disputer la couronne. Mais les prélats et les barons déployèrent Tétendard
336 HISTOIM b\lfGLBTEARE«
royal; tin armement de mercei^aires étrangers fut repoussé de la càte ; et le pusillanime usurpateur consentit à une trèvei pour gagner du temps. Sur ces entrefaites, Philippe, son allié, entra en J)iormandie : plusieurs forteresses se rendirent ; mais Rouen , la capitale , fut sauvée par les efforts du comte d*Essex, nouvellement revenu de la Terre-Sainte* Les assiégeants se retirèrent, et il y eut un moment de relâche aux horreurs de la guerre.
Le chancelier Longchamp , toujours exilé , fut le premier à découvrir la prison de son souverain : il obtint de Henri la permission de le conduire devant la diète de Haguenau ( 13 avril); et là, il fut accusé de s'être allié à Tancrède, au préjudice des droits de Tempe* reur k la couronne de Sicile; de s^étre injustement emparé du royaume de Chypre^ d'avoir soldé des assassins pour tuer le marquis de Montferrat , et outragé la nation allemande au siège d*Acre. Il se défendit devant ce tribunal auguste, mais incompétent; et sa défense mâle . et persuasive toucha les princes qui le eomposoient, et Henri lui-même. Il ordonna de briser ses chaînes , et consentit à traiter desa rançon.
Richard dépécha aussitôt le chancelier en Angleterre , avec une lettre pour le conseil de régence: chaque fief de chevalier fut taxé à vingt schellings; Targenterie des églises fut vendue ou rachetée ; on exigea le quart des revenus, tant des laïques que du clergé, et tous furent invités en outre à faire au roi des .présents. Cependant la somme recueillie fui loin d'être suffisante, et il se fit une seconde et même une troisième perception , malgré les
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