‹ Abrégé de l'histoire d'AngleterreChapitre 26 sur 39 · RICHARD I · texte numérisé non relu

RICHARD I

murmures qui éclalèi^ent de toutes parts; Henri y cependant, ne se pressoit point de conclure un marclié qu'il dépendoit de lui de rendra encore plus avantageux, et la négociation ne fut définitimF^')^ terminée qu'au bout de cinq mois (32 septembre). Richard devoit payer cent mille marcs pour sa rançon , rendre la liberté à Isaac , mais sans lui restituer sesétatSy et remettre la fille captive de ce prince aux. soins de son oncle le duc d'Autriche. Henri I de sou colë , lui rendoit sa liberté, s'ei^gageoit à le secourir contre ses ennemis ^ et à* rinvestir de la souveraineté féodale du royaume de Provence, vieux droit sans valeur que s'arrogeoicnt les empereurs (i). Cependant Jean et Philippe présenloient un apput irrésistible à Tavide Germain : ils offroienl de lui donner une somme plus forte que celle qu'il avoit fixée pour la rançon du roi , et en outre vingt mille livres pour chaque mois d'emprisonnement (1194, 14 janvier)* L'indignation des princes germains empêcha seule la conclusion de ce honteux marché. Henri reçut, sur le lieu, soixante-dix mille marcs ; on lui donna des otages pour le paie-

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(i) On Axa un terme éloigne pour raccomplissemcnt de toutes ces condilions. Richard, dit-on , pour s'allacher plus fortement Tempcreur, usa d'un étrange expédient qui lui fut suggéré par sa mère. Dans une assera- ^ ]>iée des princes germains et des envoprés anglois, étant son chaperon de dessus sa lête , il fesigna sa couronne dans les mains de Henri qui la lui rendit, comme il eût pu le faire poar un fief de Tempire , sous Tobli'*'gaiioti d^un paiement annuel de cinq mille livres.

338 HtsTOtRB d'ahguterrc.

ment du reste , et le roi débarqua peu de j jours après à Sandwich , au bruit des acclamations de ses sujets , après une absence de plus de quatre ans.

Punir la perfidie du n^^arque françois fut la première pensée de Richard. Il accorda à peine deux mois à ses sujets anglois; et ce iie fut pas pour réparer les maux qU'avoit causés son absence, mais pour arracher encore de Targenl aceux qu'avoit appauvris le paiement de sa panjçon.Au reste, il n'avoit plus unseulennemi en Angleterre : tons les châteaux dont Jean s'étoït emparé lui avoîent çté rendus. Dans un grand (Conseil qu'il tint a Nottingham , où assista jsa mère Eléonore, il reprit à plusieurs ^ndivi* dus tes charges qu^ils tenoient de la couronne, et les vendit au plus offrant; puis il accusa de trahison son frère Jean et Hugues, évéque de Coventry, conseiller de ce prince. Il leur fut ordonné de comparoître et de présenter leur défense dans le délai de quarante jours , sous les pénalités suivantes : le prélat, commeshériif, devoit être à la merci du roi , et comme évè» que, jugé par TEglise ; Jean seroit banni , et ses biens seroient confisqués. Aucun d'eux n'obéit à la sommation, et Ton procéda à l'exécution de la sentence. Dans le même conseil, il fut imposé une taxe de deux shillings par chaque « caracute » de terre {cent acres), et les tenanciers militaires furent requis d'accompagner le roi en Normandie,

Richard s'embarqua à Portsmouth : k peine eut-il pris terre, qu'il vit arriver son frère * Jean. Ce prince, aussi pusillanime qu'il étoil ambitieux , implora à genoux son pardon d^un

bicbaud i**'. "339

frère et d'un souverain qu'il avoit si cruellement offensé. £léonore intercéda vivemeni pour lui 9 et il rentra en grâce ; mais Ricliard refusa de lui rendre ses terres et ses châteaux.

Les hostilités commencèrent avec Philippe; et les deux rois, dont les finances étoient également épuisées, se virent forcés de réduire, de part et d'autre, leurs opérations militaires à âjô simples petites attaijues qui, bien que multipliées, n amenèrent aucun résultat. De lassitude, illeur arrivoit de consentir a un armistice; puis ils reprenoient les armes, sous prétexte de quelque offense réelle ou imaginaire; et les passions s'aigrissant au milieu de ces combats sans cesse renouvelés, les deux partis devinrent cruels Vnn envers Tautre, et finirent par arracher les yeux à leurs prisonniers, au lieu de les mettre à rançon. Toutefois les revers et les avantages furent tellement balancés, qu'il seroit difficile de dire quel' fut le parti dont la fortune l'emporta. Dans une action entre Gisors et Courcelles , Philippe, précipité tout armé dans la rivière d'Ëptê, n'en fut tiré qu'avec difficulté, et dut son salut à l'attachement de ses serviteurs, qui sou» tinrent le combat jusqu'à ce qu'ils fussent tous pris ou tués* Le hasard de cette guerre livra ensuite à Richard Philippe, évêque de Beau- . vais, que ses inclinations martiales avoient porté à se mettre à la téte de ses vassaux , et qui s'étoit acquis la réputation d'un guerrier heureux et intrépide. C'étoit à Vinlluence de ce prélat , alors ambassadeur à la cour de l'empereur Henri , que le prince attrlbuoît Vouiragcr sanglant qu'il avoit éprouvé d'être

3iO niSTOIRB D*ANCLBTE1iRE.

chargé de chaînes comme un crTînincl : il le fit aussitôt jeter dans un cachot du château de Koaen, et lier de chaînes de fer aussi pesantes qu'il put les porter. Désespérant de fléchir le roi , l'évéque s'adressa au ^oiUife, dont il reçut des reproches sévères et mérités : « Il avoit remplacé la mitre par le casque, et négligé t< SCS devoirs pour le tumulte des combats; et, il ce qui ajoutoit à sa faute, il s'étoit battu <t contre le champion de la Croix , dans une « guerre cvidcmmeiiL injuste, où celui-ci ne « sougeoit qu'à recouvrer ce qui lui appartc- « noit. Une telle conduite le rendoit indigne « de là protection de TEgltse ^ et de Tînterpo- « sition du Saînt-Siége. Il pourroit intercéder M pour lui comme ami, mais non pas employer (X son autorité comme pontife. » Célestin rem* plit cette promesse d uitercéder pour lui ; mais liichard fut inflexible , et Févéque de Beauvais ne recouvra sa liberté qu'après la mort de son implacable ennemi.

Cependant Richard continuoit de pressurer r Angleterre, qui n'avoit point à souffrir^ à la vérité f des ravages de la guerre , mais qui en supportoit les dépenses. Lever des impôts ëtoit devenu le seul devoir du justicier qui gouvernoit en Tabsence du roi; et nous voyons que y dans Tespace de dix ans, il lui transmit la somme énorme de 1 ,100,000 liv. 11 peut paraître curieux de savoir comment cet argent lu t levé : 1 ^Âvant son départ pour la Palestine, le roi avoit vendu des terres et des emplois î élevant de la ronronne : ces ventes furent cassées, sous pré texte que lesacheteursavoient été. suffisamment indemnijsés par les profit3

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lUClIARD I**'. 3 il

qu'ils avoieiu faits daus l'intervalie. 2^ La taxe de deux shillings par caracute de terre, imposée dans le conseil de NotLinghaiii , lut portée jusqu à cinq , et levée avec la pl,us grande rigueur. 3® Richard avoit fait revivre les tournois, prohibés eu Angleterre par la politique de sou prédécesseur, sous prétexte quUls étoient nécessaires k l'apprentissage des armes; et faisant de cet amusement martial une spéculalion financière, il fit payer des licences à tous ceux qui voulurent y prendre part, 11 abolit le grand sceau, et ordonna d'en faire un autre, déclarant qu'aucune concession sous Tancien sceau ne seroit reçue comme valide dans les cours de justice; d'où • il résulta que les concessionnaires tenanciers, forcés d'exhiber leurs titres à la chancellerie,

J)ayèrent une seconde fois Tacquisition de eurs fiefs. 5^ L'institution des tribunaux ambulants , reprise ou continuée, reçut ordre, lo de considérer le roi comme se mettant au lien et place des juifs qui avoient été tués pendant la première aunce de son icgue, et de requérir des amendes de leurs meurtriers et le paiement de tous leurs débiteurs ; 2^ d'annuler toutes les concessions faî tes par le prince Jean , et de recevoir tout l'argent qui lui étoit dû; â*' d'imposer des tailles sur les villes, bourgs , et anciens domaines de la couronne , et d'exiger Tarricré de tous ks engagements pris pour la rançon du roi, ete. a Par ces re- « cherches et d*autres semblables , dit un écria vain contemporain, l'Angleterre fut réduite «à la pauvreté, d'une luer à Tautre. »

• ' On ne se soumettoit pas toutefois sans mur-

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342 uisToiRE d'anglbterbê.

murer à des exactions si fréquentes et si vexaloircs ; et un démagogue de la ville de Londres, nommé biu-Osben, profita de cette disposition des esprits , non pour nier que la nation ne fût tenue d'assister son souverain, mais pour exciter les pauvres contre les riches, en soutenant que ceux-ci avoient su se débarras*ser sur les premiers du fardeau des impôts. Ses harangues incendiaires avoient mis la ville entière eu fermentation , et les habitants Ie& plus riches trembloient pour leur vie et leur fortune. L'éloquence douce et persuasive de rarchevéque Hubert parvint a calmer les es^ prits, et Fitz-Osbert, séparé de ses partisans ^ finit, comme tant d'autres chefs populaires, par être la victime de ses fureurs démagogiques ; il fut pendu «aux ormes« de Tyburn , avec neuf de ses compagnons.

Richard eut la satisfaction de survivre à ses deux persécuteurs le duc .d'Autriche et l'empereur de Germanie; et tous les deux^ à leur lit de mort, reconnurent Tinjustice qu'ils lui avoient faite, etordonnèrentde lui rendre l'argent qu^ils lui avcMent extorqué. Quant au roi d'Angleterre, sa destinée fut de périr dans une querelle honteuse avec un de ses baisons. On aToh découvert un trésor dans les domai* lies de Vidomar, vicomte de Limoges. Il en avoit offert une portion au roi : celui-ci voulut le reste; sur lérefusdeVidomar^ il assiégea le château de Chaluz, et refusa avec mépris Toffre conditionnelle de se rendre que lui fit la garnison. Il arriva que, faisant le tour des murailles, accompagné dë Marchadée, commandant de ses troupes soldées j une ilè«

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RICHARD l^. MS

elle le blessa à l'épaule gauche (1199, 26 mara),'A Tinstant mémo on donna le signal de TasMut; le château fut emporte, et , à l'ex"

ception de Gourdon , Vai cher qui avoit blessé le roi, il y eut ordre de pendre tous les prisauniers, comme des toleurs cpii retenoient la propriété de leur souverain^ Un cbinurgien maladroit fit alors Textraclion du fer de la flèche; et des symptômes de gangrène ay>erti-^ rrat bientôt le roi de sa fin prochaine. Il manda son confessenr, reçut les sacrementar avec les sentiments d'une vive componction ^ ety faisant amener Gourdon en sa présence, il lui donna la. liberté ayec oefnt shillings pour regagner sa demeure (i). Richard mourut dans la quarante-deuxième année de son âge (6 av.); son corps fut inhumé k Fontevraud aux pieda de son père , et il légua « son cœur de lion (épithcLe dont il était extrêmement flatté) aux citoyens de Rouen, en reconnoissance.de leur loyauté et de leur attachement.

Doue d' une force musculaire que peu d'hom« mes ont égalée, Richard possédoit en outre un cœur inaccessible a la crainte : aussi les an* eiens annalistes Tont-ib présenté comme un guerrier supérieur a tous ses contemporains* Cette supériorité ne fut pas recounue seulement par les chrétiens : cent ans encore après sa mort , les chevaliers sarrasins se seryoieni

(i) Violant, pour le plaisir de commettre un acte atroce de cruaulé , celle dernière volonlé du roi mourant , Marclindée retiot secrèlemeiit ce jeane iofortoné, et le Et àK>rcber vif >

34i HISTOIBE ANGLETERRE.

de son nom pour gourmander leurs chevaux, et les mèvp& pour effrayer leurs enfaats« Mais là se termine son panégyrique : ses lauriers furent souillés de sang , et ses victoires achetées par la ruine de ses peuples. On a vu les ^noyens iniques et odieux qu'il employa pour extorquer l'argent de ses peuples, et les injustices dans lesquelles Tentraina l'impétuosité de ses passions: ajoutonsqu'il fut infidèle à son épouse comme il avoit été rebelle à san père.

Les seuls bienfaits que reçut de lui la nation en Tetour de tant de sommes immenses qu'il en avoit arraclices, furent deux chartes Icgislalives: Tunequi établissoit l'uniformité des poids et mesures dans tout le royaume^ l'autre qui adoucissoit la rigueur des lois sur les naufrages. Il é toit anciennement réglé que si un vaisseau se brisoit sur la c^te^ le possesseur perdoit tout droit à la cargaison, qui devenoit alors propriété de la couronne. Henri 1*^ accorda que s'il se sauvoit quelques hommes, ce vaisseau ne seroit plus considéré comme naufi'agé; Henri II a jouta que si un animal s'échappoit et qu'il put être découvert par le propriétaire, il lui seroit accordé trois mois pour réclamer sa propriété ; Richard ordonna que si le propriétaire périssoit, ses fils et ses filles , ou , à leur défaut , ses frères et ses sœurs obtinssent dans leurs réclamations la préfé* renée sur la couroune.

St'IUfOllll^ SANS TERRE, OU LACKLAMD (l).

• PKIXCES C0NTEMP0RA1>;S.

empeuevbs '

u'a i x r. 91 kCHR

KOlt 1»*KCOtSC.

t)F. rv.xycE.

Philippe ,

I ao8.

OthcHi IV.

Guillaame ,

I ai4* Alc&aodre II.

Auglutc,

AlpLonic IX.,

1 7 1 4llcori I.

Innocpnt HT ,

iioaoritt» III.

Richard n'avoit poinl laissé d'enfants IcgU limes, et, dans Tordre régulier de succession héréditaire, la couronne appartenoit à son iieveu Arthur, fils de Geoffroi et duc de Bretagne, âgé de douze ans. Il ravoitinéme d'abord déclaré 3oa héritier; mais 1 iadiscré-

"îétf fllSTOlRE d'a^JGLETERRE.

tiou et les caprices de Constance , mère chi jenne prince , et l'adresse de la vieille Eléo-

noie , cliiujgèrent peu à peu les dispositions du roi» Jean trouva moyen de rentrer dans les bonnes grâces de son frère i Richard , à son lit de mort , parut avoir oublié les droits d'Arthur; il déclara Jean son successeur, et iui légua les trois quarts de ses trésors.

Eléonore transmit à son fils, par des actes publics, les «services» d'Aqu 1 taine et de Poitou, qui étoient sou propre héritage ; et ces peuples se soumirent sans murmure à Tautorilé de leur nouveau maître. Eu Noniiaudic , il n'éprouva de même aucune opposition; mais les habitants du Maine, de la Touraiae el de FAnjou épousèrent ouvertement les intérêts d'Arthur. Jean saccagea les deuv cités du Mans et d'Angers ; aussitôt le roi de France, à qui Constance a voit confié la personne et les intérêts de son fils, aflecta de les prendre sou^ sa puissante protection.

On a pu remarquer que jusqu^ici la forme des monarchies électives s'étoit conservée ên Angleterre : depuis la conquête, cinq rois • étoîcAtmon tés sur le trône,e t q uatre d' en tre eux avoient fondé leur titre principal sur le choix du peuple. Après la mort de llichard, les affectioua se divisèrent entre les deux rivaux.Parmi les prélats et les barons, les uns respectoient le choix de Richard, d'auires, qui avoient été enrichis par la confiscation des biens de Jean, craignoient son inimitié et sa vengeance. Un grand conseil fut tenu à Northampton, et Ton parvint, non sans difficultés, à faire passer la résolution unanime de jurer hdéiité à Jeao^

JKAN. -

h condition qu'il respacteroit les droits actneU

4e' chaque individu. Sur cette nouvelle, ce prince revint en Angleterre et fut couronné avec les solennités d'usage à Westminster. Le ' pruMt commença la cérémonie par un discours dans lequel il justifia l'exclusion d'Arthur, en faisant valoir le privilège qu^avoit la nation de choisir , parmi les princes de la famille régnante , celui qui lui sembloit le plus digne de la royauté.

Les rois de France yoyoient toujours avec etïvïe les provinces possédées en France par les monarques anglois. Philippe, qui s'étoit arrêté devant la haute valeur de Richard , et qui tenoit Arthur en sa possession , résolut de faire son propre avantage tic la ( a use de Torphelin» outragé par 1^ pusillanioie Jean. II ceignit ait jeune prince Tépée de chevalier ,1 traversa la Normandie , brûla Evreux , et plaça des garnisons dans les forteresses de TAnjou ^ du Maine et de la Touraine» Il s'ensuivit une guerre dont les événements offrent peu d'intérêt,» et qui fut suivie d'une paix clans laquelle Philippe sacrifia traiireiiscment les in-^ téréts d^Àrthur ; reconnnt Jean pooi* Théritier légitime de Richard, et obligea le jeune prince* à rendre hommage à son oncle pour le duché de Bretagne. Le rot d'Angleterre avoit acheté eet arantage par la cession d'Evreux à Phi- Kppe, par le paiement de vingt mille marcs , l^mm^ a le relief » de sa succession , et par le transfert de plusieurs fiefs considérables à Louis, fils de Philippe , comme dot de sa nièce Planche de Castille, qui fut immédiatement

mariée an prince fiBancois. A ces conditions ^

348 HISTOIRE d'angleterre.

Taucieiuie amitié fut rciablie eatie les deux monarques et» lorsque Jean se rendit à Paris, le rot de France logea son frère d'Ângiet^re

• dans son propre palais.

Si Jean eût eu le courage de Richard , il auroit obtenu des conditions bien différentes de l^liilippe , alors engagé dans une discussion dangereuse et très animée avec Innocent III , à Foccasion de son divorceaveelngelbnrge que, le lendemain même de son mariage , il ayoit voulu fairereconduire au roi de Danemark, son frère, et que, sur le refus qu'en firent ceux quiravoient amenée, il aroit fait confiner dans un couvent. Agnès de Moravie la remplaça. Mais les papes,* yeageurs-nés des e:ikccs et des scandales des princes de la chrétienté, ne'lais* sèrent point impunie cette violation des lois sacrées du mariage : Célestin annula la sentence de divorce ; Innocent III alla plus loin ^ et son légat, le cardinal Pierre , mit les. états de Philippe en interdit (1200, janvier). Cet acie de rigueur abattit la résolution du roi de France: assailli par la clameur de ses sujets ^ il consentit u renvoyer Agnès et à reprendre Ingelburge,

Le mauvais succès de Philippe ne put détourner Jean de la fantaisie de suivre son exemple. Douze années s'étoient écoulées depuis son mariage. avec Jeanne f héritière du comté de Gloucester ; ses états,œnsîdéraliles pour uucomtedc Mortagne, ctoienLalorsdcpeu d'importance pour un roi d'Angleterre : sous prétexte de consangutnilé , il obtint une senr tcncc de divorce de Tarchevéqued^Bordeitix; et il arriva que^ tandis m^'A envoyoit deman-

der &[i mariage la princesse de Portugal » il eolevoit Isabelle I fille d'Aymar , Gpnite d'An-

goulcme, a Hugues, comte de la Marche, à qui elle avoit été publiquement promise, et qu'il alloit épouser. Frappé de sa beauté^ Jean méprisa et les plaintes de la princesse et les menaces du comte; et Isabelle, devenue inopinément reine d'Angleterre, fut couroîinée avec lai à Westminster (1201 , 8 octobre)^,

C'est de Vépoquc de ce mariage , formé sous de si fâcheux auspices, que commença le déclin de la famille des Plantagenets. Quand Isabelle fut enlevée à celui qui devoir être son époux, Jean éloit maiire des côtes de France depuis les frontières de la Flandre jusqu'au pied des Pyrénées : en trois années , il perdit irrévoeablement les provinces dont ses prédécesseurs avoient hérité de Guillaume de Normandie et de Foulques d'Anjou* Le comte de la Marche, altéré de vengeance, en appela à la justice de Philippe , leur commun suzerain, qui ne f u t pas fâché de trouver une occasion, d'humilier un vassal si puissant (1302). Les condi* tions du dernier traité furent oubliées; les barons mécontents rejoignirent les bannières du roi ; les forteresses se rendirent successlveiiicni, et Jean tomboit déjà dans le découragement ^ lorsqu'un événement inattendu lui donna une supériorité momentanée. Assiégée dans le château de Mirabeau par le jeune duc Arihur, son petit-flls, Eléonore^ la reinenière, qui s'étoit réfugiée dan§ une tour- où elle refuspit de capituler, trouva le moyen d'informer son fils du danger dont elle étoit menacé<^ août). J^san , sortant de son apa-

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ihiei vola à soa secoure, péuélra dans le chi^ * tead ; et , après un combat opiniâtre ^ fit prisonnier le jeune duc de Bretagne, qu*il renferma dans le château de Falaise. Philippe re^

tournaàParisaprèsaVoir brûlé la viUedeTours. Maitre de son rival, il ne paroi t pas que ,

pour s'en délivrer /Jean se soit arrêté d^abord à rborrible expédient de L'assassinat. 11 alla ▼oir son captif, Texhorta à se désister de sea prétentions, et a ne se point fier à l'amitié du roi de France, Tenuemi naturel de sa fa* mille. Le courageux jeune homme ne pot étré ébrafolé. Jean se retira pensif et mécontent: Arthur fut transfère au château de Rouen, et quelques semaines après, il avoît disparu* Le sileiftce que Jean g^arda sur eette mort prouve que te jeune prince fut assassiné : on dit qu'il tomba sous le poig^nard même de son oncle*^ Kléonore , sœur ci' Arthur , communément ap* pelée « la Vierge de Bretagne» , fut envoyée en Angleterre et tenue dans la retraite la plus rigoureuse, de crainte qu'en se mariant avec un prince étranger, elle ne suscitât un no»- VMtt prétendant à la couronne d'Angleterre.

Les annalistes contemporains manquent tout à coup au milieu de cette crise intéressante, et sont remplacés par des écrivains postérieurs , doiit les relations douteuses et remplies de lacunes n'oifrent point un récit satisfaisant et suivi* Après quelque» délais, le cri public aor <?lisa le roi d Ani^lcterre; et les Bretons jurèrent de venger le meurtre sur le meurtrier* Une enfant dû nom d'Alice, fiUe de Constance el de Guy de Tbouars , qu'elle avoit époueé^ après la- mort de son premier marii fut re-

JCAN^ ^ 851

connue f sans préjudice de^droils d'Eléonore ,

et Guy fut nommé tuiuur et gouverneur du duché. L'évêque de Rennes se rendit à Paria pour y aecuset de meactre le roi d'Angleterre t et Philippe le somma de venir prouver son innocence devant les pairs françois. Jean s'y refusa, et, par ce refus, convaincu del'assM» sinat du fils de son frère atné, vassal de la couronne de France , il fut déclaré « coupable de félonie et trahison », et en conséquence con* damné k perdre touies les terres qu'il tenoit par hommage.

Afin d'exécuter la sentence, Philippe d'un c6té et les Bretons de l'autre entrèrent dana les domaines de Jean ( 1203 ). Après la réduction cle quelques petites forteresses, les confédérés assiégèrentChâteau-Gaillard. Jeaut quoiqu'il fàt à hr téte d'une armée nombreuse,p sembîoît n'oser paroitre devant Tennemi : ii envoya son général le comte de Pemlnroke au secours des assiégés. Le comte fut battu aprfes une attaque du camp françois , qui sembioit d'abord lui promettre la victoire f. et ce fut le premier et dernier effort c|U8 fit Jean pour défendre ses possessions étrangères. Ueiiré à Uouen, au milieu d'une cour voluptueuse et passant son temps dans les fêtes et les débauches , il sembioit sommeiller an fracas de ses plus importantes fortere*jses qui tomboient autour de lui, lorsque la prise deRadepoBt, dans le voisinagede Rouim,. vint l'arracher à sa létliari^^ie ; il s'enfuit précipitamment vers TAngleterre.

S'il étoit possible diç consulter quelque bisiorum contemporain on découv virait peiiu

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352 HISTOIRE d'aixgleterre.

être la véritable raison de rinactivité de Jean. Il est hors de doute qu'il ne Tit pas ses pertes avec' indifférence : il se plaignit hautement'de la perfidie de ses adversaires; il réclama Tinteryeniion du pape, afin d'obliger Philippe, par les censures ecclésiastiques, à tenir se? sermens (i); il leva des ti^oupcs et de l'argent

(i) cdaQoccnty dit le docteur Lingard , cnUa avec cha* leur dans la cause , et nomma rarcheyéque de Bourges et Fabbé de Gasamaggiore , ses légats , pour 'décider la nuesiion entre les deux rois. Mais quel droit ayoit-îl uMuterTenir avec ce ton d^autorité? Le lecteur rapprendra par une de ses lettres , qui montre plus clairement fjuc toutes les suppositioDs des écrivains modernes les bases sur lesquelles les papes appujoicnt leur auforif^en matières temporelles. Il transcrit d*abord le passage sui* yant de FEvangile : « Si ton frère commel une offense «ctiva'Stoi, va, et parle-lui de sa faute, enue loi et lui « seulement...., et s'il ne veut pas t'ecoutcr , prcùds alors <t avec loi une ou tli ux pcisonncs.,.,, cl s'il refuse de les « entendre, dis-ie à FEglisc j mais s'il refuse d'e'couler « l'Eglise , rcgai'de-le comme un païen et comme un puce Wicain. » (Mallh. XVIîI, iS-ij.) « Actuellement, « poursuit-il, le roi d'Angleterre prétend que le roi de i( France, en appuyant rexeculion d'une injuste sentence, <i Ta oifcnsé. C'est pourquoi il Fa averti de sn faute , de t( la manière prescrite par l'Evangile ; ets^j volonté n'ayani

point changé, il en a appelé à Tliglise, selon l'ordre ' « donné par ce même Evangile. Comment pourrions-nous « donc, nous que la divine providence a places à la lêiede « l'EgUse y refuser d'obéir au commandement divin ? Corn- « me&t pourrions-nous hésiter à procéder suivant la forme « prescrite par le Christ lui-même? IVous ne nous arro-' M gcons point le droit de juger en ce qui toudte le fief : cela « appartient au roi de France ^ mais noùs avons le droit «( de juger en ce qui concerne le péché, et il est de notre « devoir d'exercer ce droit contre le coupable, quel qu'il « soit. Par la loi impériale , il a çtié établi que , si 1 une *<t des deux parties coutendantes préfère le jugement du

JEAN. 3â3

en Irlande et en Angleterre. Déjà ses barons étrangers lui avoient reiusé leur &erYice, il les avoit punis soit par des amendes , soit par la confiscation de leurs propriétés en Angleterre. Lorsqu'il eut assemblé une armée nombreuse à Portsmouth ^ ses barons anglois^ animés du même esprit , lui firent savoir quMls étoient unanimement décidés à ne point s'embarquer aveclui.

Cependant Château-Gaillard s*étoit rendu , après avoir résisté jusqu'aux dernières extrémités (1204, G mars); et Falaise avoit été livrée , à Philippe par trahison. Les villes de Rouen , d'Arqués et de Verneuil^ animées d'une haine héréditaire contre la France, formèrent une ligue pour leur commune défense, et implorèrent le secours du roi d'Angleterre : Jean

« siège apostoliqae à celui clu magistrat civil ( apud ft Grat., Gaus. ii, 91 ^ Gan. 35), Fautie sera tenue de se « soumettre à ce jugement^ mais si nous en faisons men- «tion, ce n^est point que nous fondions notre juri- « diction sur aucune autorité civile* Dieu nous a fait un « devoir de reprendre Phomme qui tombe dans le pécha « mortel , et sMl néglige nos reproches , de le forcer à s*a- « meoder par les censures éeeUstasUgues* Les deux rots , « en outre , ont juré d'observer le aeraier traité de paix ; « et cependant Philippe a rompu ce traité. Il est uni- « verseilement donné aux cours ecclésiastiques de prendre « connoissancc du parjure. » L'importance de cet extrait, ajoute l'historien, doit faire excuser sa longueur. Il a laison : on y voit, comme dans le miroir le plus (Itlèle, ce qu'ctoient les papes au moyen âge j et couimeiit ces grands conservateurs de la socie'tc savoient mettre, selon la parole de l'Ecriture , u un mors et une bride » à cette foule de princes violents et orgueilleux , qui , sans eux , Vou^oiezU. dcUuitÇyai^Iic^ de la protéger et de la goiiTcrner .

354 flilSTOIRE D*A1ffdLfiTERRC.

r^usa de venir à leur aide. La viile de Kouen futinv^stie^ et se» citoyens, désespérés, stipulèrenton lermè de trente jours pour se rendre, sijusqiie-là iîsn'étoieiit pas secourus : Arques et Verne u il traitèrent aux mêmes conditions. Ces trois vtUes ouTrirent leurs portes au jour marqué. L'Anjou, la Lorraine, suivirent Texemple de la Normandie; et, par le crime, l'indolence ou la mauvaise fortune de Jean , ces yastes et opulentes provinces furent de nouveau annexées à la couronne de France, après en avoir été séparées pendant deux cent quatre-vingtdouze ans.

Le roi d'Angleterre avoit laissé conquérir ses provinces d'outre-mer : il parut vouloir les recouvrer ( 1206 , juillet ). Guy de Thouars, qui commençoit à craindre rascendant de Philippe, fît alliance avec lui; et Jean débarqua le î^^ août à la Rochelle, à la téte d'une armée angloise. Il s'empara immédiatement du château de Montauban, et marcha sur la ville d'Angers , qu'il saccagea «ne seconde fok. Mais on le vit bientôt retomber dans son liresolution et son apathie accoutumée : il leva le , siège de Nantes pour offrir la bataille à Philippe ; quand les armées furent en présence y il proposa une négociation ; et la négociation ouverte , ils*échappa avec son armée etrevint en Angleterre. Philippe^ k la sollicitation du légat du papci consentit toutefois à une trêve de deux ans.

Une contestation avec le pontife romain , lûen différente dans son objet ^ mais non moins honteuse dans son résultai, suivit malheureusement cette querelle avec le roi de France.

Les rois d^Aiigieteri:e promettoient^ à leui; couronnement y et sous serment » de maintenir les immunités de FÉglise , parmi lesquelles on coniptoit le droit réclamé par les chapitres d'élire leurs prélats. Cétoit un privilège que le prince voyoit avec jalousie , et dont il s'empara sans difficulté. La colla lion des cvècliës lui offroit le moyen le moins dispendieux de récompenser les eeclésiasticjnes attachés à son service ; et comme il y étoit annexé des ba* rouies qui dbnnoient à leurs possesseurs nue grande influence dans Tétat, il étoit de son intérêt que ces hautes dignités ne fussent pas données à ses ennemis: tout en laissant subsister la forme de l'élection^ il avoit donc soin de se conserver la nomination réelle. Comme le chapitre -ne se pouvoit point assembler s^ns la licence royale, le roi avoit ainsi le temps de faire sa recommandation; et la présentation de révéque élu étant ensuite soi»-

mise à son approbation, il se trouvoit âvoir eu réalité Texercice du veto. Cette manière de procéfiter aux élections se retrouvoit dan»

{plusieurs autres contrées chrétiennes $ mais 'Angleterre en différoit en ce point que, plusieurs églises cathédrales ayant été autrefois des monastères, les moines, qui continuoienk à les desservir, réclamoient et exerçoient jtous les droits duuChapitre.

L'archevêque d«M£anterbury Jouissoit d'un rang si élevé dans f Eglise et dans l'état, que son élection intëressoit le roî autant que les prélats. Ceux-ci, fondant leurs prétentions sur la discipline la plus ancienne , réclamoient le droit de concourir à l'cleclion, droit ^ui leur

étoil violemment disputé par los moines de Chrislchurchy possesseurs, de temps iniinéino* rial de cette élection ^ qu'ils considéroient comme le plus glorieux de leurs privilèges. A la mort de chaque archevêque, le débat recommençoit; et ni les menaces ^ ni la flatterie, ni les promesses n*ayoient vaincu Ténergie et là persévérance de ces religieux. On avoit souvent imaginé de fixer le lieu de l'élection k de tdles distances, que leur drort ne poavoit être exercé que par quelques délégués;' et le personnage qu ils a voient choisi, à moins qu'il n'eut été recommandé par le roi ou proposé par les évéquesi étoit coàstamment repoossé.

Forcés enfin de céder, ils cédoient de manière à ne point recounoitre par leur consentement Texercice du droit réclamé par les prélats.

Il arriva que , Tarchevêque Hubert étant mort (1205, 13 juillet), les moines les plus jeunes s'asseimblèrent clandestinement la nuit, et élurent à. sa place Réginald » leur sous* prieur. Prévoyant qu'une telle élection, faite avant la licence royale , et sans le concours du corps épiscopal^ ne pouvoit être valable c}u'autant qu'elle obtiendroit l'approbation du siège apostolique, ils envoyèrent sui-le-chàmp lleginald à Rome, après avoir exigé de lui qu'il tint cette affaire secrète jusqu'à ce qu'il se fût assuré des dispositions du pontife. La vanité de Régiuald l'emporta sur sa prudence: il divulgua ce qui s'étoit passé ; et les plus sa* ges de ses confrères , prévoyant les difficultés qui alloicnt naître pour eux de cette élection illégale el inconsidérée, demandèrent à procéder à uMt nouvelle élection . publique et lé*

J£Â.N. SorT

gitinie : sur la recommandation du roi^ ib élurent Jean de Gray, évêque de Norwich ;

et une députa lion de douze nioinesfuL envoyée a la cour de Home , pour soutenir sa cause.

(1206) A leur arrivée , le premier soin d'hiiioecnt fut de décider la question entre tes moines et les évéques. Les évèques ne pouvoient faire remonter leur concours à Téleelion que jusqu'à Henri ; les moines prouvoient que, pendant les quatre siècles quiavoient précédé la dynastie normande; cette élection avoît été le privilège exclusif de leur ordre , et que les innovations faites éloicnt fuiuUes sur la force et non sur le droit. Après un long débat, le privilège établi sur la préscription des siècles Temporla, et luiioceiit prononça eu faveur des moines (20 novembre).

On examina ensuite les droits des deux prétendants iTéleciion de Réginald fut annulée toniuie contraire aux formes canoniques, et celle de Févèque de Norwich, ^arce qu'elle avoit été faite avant l'annulation définitive de la première. Cette décision, conforme a la jurisprudence de cet '^S^f avoit été prévue ; et le roi avoit permis aux députés de procéder avant leur départ l\ une nouvelle élection, mais en leur luisant prêter serment d'élire Jean de Gray. Ce prélat, confident intime du monarque, Tun de ses justiciers et par conséquent très occupé des affaires temporelles, fut repoussé par le pontife, qui vouloit enfin mettre un terme a cet abus, qui depuis long-temps cxistoii en AngleLene, où des évccjucs abandonnoient trop souvent le soin de leur dioçèse pour se mêler des. affaires du gouverna

d£8 HISTOIUE d'aNGLëï£BH£.

ment. Od lui offrît 3,000 marcs pour acketer

son consentement : il repoussa ce présent suborneur avec hidignalion, et resta inile^ible dans sa détermination.

Il existoit, à cette époque , à Rome un Anglois de grande considération, nomme Etienne de Langton , ancien chancelier de l'université de Paris , où il ayoit professé avec distinction , 'et que, sur sa renommée, Innocent avoit fait venir à Rome et avoit décoré de la pourpre: ce fut sur lui qu'il jeta les yeux pour cette nomination. En plaçant ainsi à la tête de l'Eglise angloise un prélat d'une vertu et d^un savoir * incontestables , il espéroit en méaie temps «voir fait un choix qui ne seroit point désagréable à Jean, car celui-ci avoit plus d'une fois écrit au cardinal dans les termes de la plus hante estime. Toutefois , pour prévenir toute objection , il envoya solliciter la permission royale aiin que les moines ûsscnt Télection à Home ; et dès qu'Etienne fut élu , il fit demander Tapprobaiion du roi. Ses lettres furent retenues à Douvres; on ne lui fit aucune réponse ; et après un délai convenable , mais inutile, il consacra lui-même à Viterbe le nouvel archevêque. Cette marche, quoi qu'on en ait pu dire, étoit conforme aux canons, qui, à cette époque, avoient force de loi ; et le pontife ne fit, en cette circonstance, que ce qu*il avoit le droit incontestable de faire.

L'évéque de Norwich , trompé dans son am* bition et décidé à ne point céder , engagea son maître, et pour son propre intérêt, dans une lutte où il devoit succomber. À peine eut*-on annoncé la consécration de Langton, que Jean , accusant )es moijaes de toutes les contrariétés j

qu'il avoit éprouvées dans celle affaire, en- Yoyaiine troupe d'hommes armés qui les chassèrent de leur couvent, les forcèrent de passer la mer, et prirentpossessiondeleurs propriétés au nom de la couronne. Innocent employa auprès de ce prince tous les moycms de douceur et de concilialioii qu'il crut propres à le ramener à des dispositions plus pacifiques. Jean ne voulut rien entendre, répcmdit aux lettres affec^ tueuses du pépe en termes amers et hostiles, et protesta que jamais Langton ne mettroit le pied en Angleterre en qualité de primat.

Le dé étoit jeté : c'étoit un conflit entre la' puissance du roi et celle du pontife. Par Fordie d'Innocent, les évèques de Londres, d'Ëiy et de Wwcester se rendirent auprès de Jean , . lui expliquèrent la nature des censures au:sk- (juelles il étoit exposé, et le supplièrent à genoux d accepter le nouvel archevêque. 11 les interrompit par des jurements, des menaces et des insultes, se moqua du ressentiment du pontife, et les chassa de sa présence. Le carême étoit commencé : les trois prélatis attendirent jusqu'au dimanche de la Passion ( 23 mars ) , et, le jour suivant, prononcèrent la sentence d'interdit sur tous les états du roi ; puis, pour se soustraire k son r^sentiment , ils passèrent à la hâte sur le continent f i .

L'interdit étoit une punition ecclésiastique inconnue dans les premiers âges du christia-

(i) D^autres évéques se retirèrent en Ecosse 5 cl TÔTeque de Norwich ayant été noniiné lord député en Irlande, il ne resta plus qu^uo seul prélat en Angteterri: , révéqu« de Winchester.

360 niSTOIBB DVffGLÇTEHHE.

iiisme.Quûiqu'oa puisse en retrouverquelques foibles traces yers Tan ÂGO (i), ce n'est qu'à

tCOiapler du onzième siècle que son usage de* TÎnt fréquent, et que l'on en définit la nature et les eliets. L'Europe ealière gémissoit alors sous l'oppression d une noblesse gueirièrè, dont la rapacité ne respecloit ni la sainteté de Tauteli ni les lois de rhunianitç : déleuseur* né des peuple^ , le clergé opposa à ces nombreux tyrans les seules armes qui pussent mettre un frein à leurs fu; curs. « Jusqu'à ce « que les nobles aient cessé leurs ravages, dit

' « Fabbé Odolric, dans un synode tenu à Limo- « gcs , défendez la céléhialion de la messe , la «solennité du mariage, et rcnterrenient des m morts; que les églises soient dépouillées de m leurs ornements y et que les fidèles obsei*vent « rabslincnce du carême. " On suivit ce conseil : la haine du peuple, ainsi privé de Texer* cîce de. sa religion, déconcerta et eilfraya Iqs oppresseurs; et l'interdit fut désormais l'arme la plus puissante que le clergé put opposer à la violence de ses ennemis.

La sentence des cvéques étoit à peine prononcée, que Ton ferma les églises; on cessa de sonner les cloches; il ne lut pi us célébré aucun service solennel. On prohiba Tadminis- Iration des sacrements , excepté au\ enfants et aux mourants; et les morts furent silencieusement déposés dans une terre non consacrée. Le peuple paroissoit frappé d'horreur : Jean , au milieu de la consternation générale , aliec-

(i) Greg., Turon.) Hi:>t, Fraac. YIII, 3i.

toit uu air serein et même de la gaieté; sa v^Bgeance s'exerça d'abord sur les parents des U^is archevêques, qu'il fit jeter en prison et dont il confisqua les pi'opriétés. Ses officiers priren t ensuite possession de tous les r^Tenm ecclé&iasiiqiies ^ et il ordonna aux victimes de cet acte aibiiraire d'aller, hors du royaume , solliciter la justice ou la pitié du pontife. La plupart n'obéirent point à cet ordre , et vécurent en Angleterre du peu qu'ils obtinrent de la bienveillance de leurs amis ou de la oommi* sération de leurs adversaires.

Durant .quelques années, Jean parut mépriser les conséquences de l'interdit; et les succès temporaires de ses armes contribuèrent a en suspendre les effets ( i 204 , 22 nov. ). Peu de temps après son couronnement, il avoit sommé Guillaume, roi d'Ecosse , de le venir joindre à Lincoln. Le prince écossois y avoit fait publiquement hommage au roi à genoux , et lui avoit juré fidélité de va^l, contre tout homme queiconque, « sauf son propre^roit» . Se relevant alors, il lui avoit demandé ce droit, et nommément les trois comtés de Northumberland, de Gumberland et de Westmoreland qu*il réclamoit , comme Théritage de David, son grand père. Quoique Jean etkt éludé cette demande, Guillaume, dit un écri* Vain contemporain, reconnut, par une charte^ la'Suprématie féodale de la couronne d'Angleterre, s'engagea à garder la paix du roi et du royaume, et à ne pas marier son fib sans la permission de son suai^n. Ib se séparèrent , amis en apparence , ennemis au fond du cœur; et après cinq années d'une pai|L douteuse

362 ' ' HisToim dVugleteriie.

(1209, 28juin), .Jean, offensé sans doute parson vassait parut aux environs de Norham , à la tète d*une nombreuse armée. Hors d'élal de lutter contre son puissant ennemi, Guillauiiiercmit ses deux iilles sous sa tutelle^ et se soumit à loi paver une amende de quinze mille marcs.

Jean tourna alors ses regards du côté de Vlriande, et résolut d'y rétablir Tordre troublé par les chefs anglois, qui ne tenoient aucun €ompte de ses ordres , et se faisoient la guerre les uns aux autres ( 1210, 6 juin). Il débarqua dans cette ile avec une puissante armée : à Dublin , vingt princes s'empressèrent de lui rendre hommage; de Dublin ^ il marcha vers le Meath ; les châteaux des barons révoltés fui ent pris ; Jean divisa la province angloise en comtés t établit parmi les colons l'observance des lois angloises , confia le gouveinemeiiL à son favori l'évêque de Norwich , et revint en toute hâle en Angleterre ( 30 août ). L'année sûi- * vante , il entreprit de punir les incursions des Gallois , et au p i ed du Snowdon , dicta à Llewellyn les conditions de sa soumission , et reçut ses otages.

Tandis qu'il triomphait ainsi de ses ennemis, le rpi ne s'en occupoit pas moins de terminer avec le pape une querelle dont, au fond de son anîe , il étoit alarmé. Il négocioit , faisoit des promesses, puis ensuite les rctiroit; cependaiîl on avoit hni par être d'accord sur les principaux points de la discussion : le grand sujet de discorde éloit la reslliution de l'argent que Von avoit pris au clfergé. Le pontife procéda peu à peu 9 et ce ne fut qu'après une année . d'injeitlit qu'il fulminala bplle d'excommuni*.

cation ( 1209 , nov.). Une surveillance établie sur les ports rempécha de parvenir en Ajogle* terre, ei les théo.logiei&s de Jean soutinrent qu'elle étoitsans effets tantqu' elle ne seroit pas publiée ; mais il n'ignoroit point qu'une semblable sentence étoitle prélude de celle de déposition, et ne doutoilpas que Philippe ne saisit cette occasion d'envahir ses domaines. Le mécontentement de ses barons ajoutoit encore à sa perplexité : pour prévenir les hostilités du roi de France, il retint à son service plusieurs petits princes dont les territoires étoient situés au sud et au midi de ce royaume; et pour se foi^tifier contre les entreprises du pape, il sollicita le secours de Mohammed-al- - N essir,qui avoi t pr is le ti tre accou tumé d'Elmiral-Moumenin, et qui^ par ses conquêtes on . Espagne, meuaçolt d'arracher au christianisme le midi de TËurope. Si Von en croit les bruits qui circulèrent alors en Angleterre , la letjtre que lui présentèrent les envoyés de Jean contenoit l'offre de la couronne d'Angleterre à VEmir , et la promesse, delà part du roi , d'embrasser la foi mahométane. Ces bruits étoient probablement exagérés; mais il est difficile de calculer jusqu'où r exaspération pouvoit en^- ' porter un prince.de ce caractère. Au reste, cette négociation honteuse n'eut aucun résultat. > •

Quatre années s'éiant écoulées sans que Tobstination du roi pùt être vaincue, et les maux du clergé d'Angleterre étant à leur comble , Innocent , quelle que fût sa repugnaiice manifeste à employer de pareils remèdes , eut enfin recours aux derniers coups

S64 HISTOIRE o'askîletëbre.

de son autorité. (1313) Il releva les vassaux de Jean de leur serment de fidélité, et ens^agea • lOBS les princes clir éliras , au nom de i'aulo^ rilë apostolique, à se réunir pourdétrAner mn prince impie, et lui substituer ua plus digne successeur (i).

Le pape s'adressa particulièrement au roi de France , etPhilippe Ti*aToit (farde de ne pas l'écouter : il donna Tordre de rassembler une araiéeocmsidérableàreiubouchurede La Seine, et déjà plosiebn barons anglois lui avoiem promis leur coopération. Jcaii se prépara de son càlé. Tous les navires pouvant porter six oheTSUX furent réunis dans le havre de Pocta* mouth , et tout individu en étal de porter les armes eut ordre, sous les peines les plus sévères I de se rendre sur les côtes de Kent. La flotte traversa le détroit » fit des prises eonsidé*

rables , et brûla la ville de Dieppe. L'armée étoitsi nombreuse, qu'il fallut la réduire pour la rendre utile , et cette réduction £siie , le^ oomptoit encore sous ses bannières seiirante mille hommes, i^orce suffisante^ dit ua bisto*

(i) Oa a vu qu^Innoéeot appiivoil ses prétenlioQS tcmporclîcs sur le droit qu'il possédoit de juger le péché M obliyitioDS du sermeat. Ajoutons que oeU» ibictrlDe , tottle ooi^traire qu'eUe étoit à rantorilé des souverains ». fut souvent admise par l«s souverains eux-mêmes. Ainsi , qnatid Kichard fut retenu étk ibaptiviié par l^empereur, sa mère, Eléonore» SDUioiu oonlinaéUeiaèltt le noniil» àê pfoGurer la libertéde scm fils , en faisant usagte de Tautocuequ^ilpefifii^oit sur tùms Ut principes temporeUÇi^m^ 172-176). Ç'sst ainsi que Jean lui-même, comme nous Pavons vn » invoqua Tappui de la même autorité pour

feoonTrer la 'Sfonp^vfiifi , eavtdile psr roi de FruMs*

rien , pour défier toute TEurope , si elle eût

été affectionnée à son souveraiii ; mais Jean (&'§toit aliéné tous les cçBur;» par sa cruauté^ sa rapacité 9 sa tyrannie, $on impudicité qui troubloit et déshonoroit les plus nôbles fa»

)i>illes. S.es plus puissants barons ëtoienL ses

pluâ implacables cnneiais» il ue l'ignoroit pointf

Dans cet état de choses, JeanrcçnraDouvi es la visite de PanduUe^ ministre confidentiel du pape y qui lui fit un effrayant tableau des dangers de sa situation ) lui montrant, d'un cAté ,

. le roi de France prêt k l envahir , de l'autre, ses kwQTiA disposés à. seconder renvabisseur* Il satoit aussi bien que Tenvoyé du pi^pe les dangers de sa position : la crainte comjmença donc a remporter surrorgueiletle res*- Mntimentt et la superstition acheva ce que la

' erainte avoit commencé. Pierre Feraiite avqit prëdit qu'avant que la féte deTAscension fût passée (ii ne restoit plus que trois jours pour lirrËver à ce terme fataO 9 Jean auroit cessé

de régner* Cciie prëdicûon le dciei mina plus que tout le restQ à accepter un arrangement

c][li*il avuit déjà re^té. U fut stipulé que Yéle^otion de Langton seroit ratifiée ; qu W renr droit aux exilés leurs biens, aux personne» emprisonnées leur liberté % que les proscrip* tia^s aeroieat annulées 1 ks sommes illégale-

ment saisies rcstituces ; qu'on reptueroit tous les outrages commis par Timpudicité du roi. Quatre des plus paissants barons garantirent par leur serment l'exécution de ce traité.

Ceci se passa le 13 mai. Le jour suivant, "il se tint une consultation secrète entre Jean ^

366 HISTOIRE d'angletërre.

son conseil et le ministre du pape ; et le snr^ lendemain, clans Téglise des Templiers , et en présence de Pandolfe , le roi , environné de prëlatâ , de barons et de chevaliers , prononça , à rëgard du pape, le même sermeni que les vassaux préloient a leurs seigneurs, a II jura d'être fidèle à Dieu y an bienheureux Saint- Pierre , à l'Eglise romaine , au pape Innocent et à ses successeurs légitimes ; de ne jamais aider ieurs ennemis en paroles^ eu actions , même en àssentimetit, sous peine de perdre la vie , les membres ou la liberté ; de suivre leurs conseils 9 de ne jamais les révéler à leùr détriment; de les aider de tout son pouvoir pour défendre et préserver contre tous le patrimoine de Saint-Pierre , et spécialement les deux royaumes d'Angleterre et d'Irlande. » Il mit ensuite entre tes mains de Tenvoyé une charte souscrite par lui , par rarcheveque , par neut comtes et deux barons^ par laquelle ^ «de sa propre volonté èl du consentement unanime de ses barons», il donnoit à Dieu , aux saints apôtres Pierre et Paul , au pape In* nocentetàses successeurs légitimes, le royau* me d* Angleterre et le royaume d'Irlande, afin de les tenir en fief de lui et de TEgUse romaine , par la rente annuelle de mille mares , se réservant à lui et à ses hoirs , TadminU stration de la justice et les droits de la couronne ( 1 )•

(i) Le jour suivant, féte de l'Ascensiou, époque fixée >ar Pierre rermite, fut pour le roi un jour d'anuété et 'appréhensioD» Dis qu'il futpasséi ilcondamoa Pierre e4

JSAir. 367

Ceux qui s'obstinent à juger des opinions,

• des mœurs, des usages d'un siècle, par ceux d'un autre, ont' beaucoup déclame contre cette transaction, ne trouvant point d'exprès^ siens trop fortes pour en caractériser l'igno-^ minie. Il y a dans un tel jugement ignorance et légèreté. Au treizième siècle, iln'existoit rien de dégradant dans le vasselage : c'étoit la condition de la plupart des princes de la chrétienté. Le roi d' Ecosse étoit vassal du roi d'An*^ gléterreileroi d'Angleterre, du roi deFrance;

il ne s'étoit écoulé que neuf ans depuis que Pierre . d'Arragon s'étoit « volontairement » fait vassal d'Innocent. Des exemples de cette . nature ne manquoient pas « même dans la propre famille du monarque anglois o . Son père, Henri , dans sa toute-puisance,8'étoit reconnu le feudataire du pape Alexandre III % et 8<yn frère, Richard le Cœur de Lion, avoit resigné

* sa couronne à Tempereur d'Allemagne, et con*^ . senti . à la tenir de lui par le paiement d'ufte

rente annuelle. Jean, qui suivit leur exemple, en servit depuis lui-même ; et Ton vit les Ecossois, pour se délivrer des réclamations de son petitrfik Edouard I^, soutenir que l'Ëcosse avoît toujours été un fief de l'Eglise deRome. Au reste , cette donation fut faite de l'avis et du consentement de ses barons , de ses con^

soD fib Gomiao faux prophètes , et ordonna de les tra)itfeff à la queue d^un cheval , et de les pendre à des gibets, beaucoup de gens révoquèrent en doute Tequité de cette sentenee'y et jpréteodîrent que le roi> en jurant fidél^ilé au pape , ayoït vérilié la predictioo*

368 HisTOiiiS b'ajiglbterrb.

seillers, des mêmes homin(3s qui , deux ans plus lârdiObliurenideiui la charte de le«irs lîiieff» tës f dans les plaines de Runny mead* Ses eoh* $eillersespéroicnLainsiempécherriuvasionqui les menaçoit ^ ou du moim couserver au roi soh trône I par 1 mterTeutioninéaie du pouvoir qui cherchoità l'en précipiter; les barons saî« sircnt cette occasion d'humilier Toi gueil, et de réprimer la violence du despote qu'ils ab* horroient» En eflet ^ ils ecunmeneèrent ii lui demander des concessions , et, sur son refus, ils en appelèrent au pape, actuellement sou souverain et le leur , lui faisant observer «t|itt « ce n^ëtoit pas à la bonne volooté da roi ^ «« mais à eux et a l'impulsion qu'ils avoient û donnée, » qu il étoit redevable de sit suzerain « neté sur la oouronne d'Anf[leiem«^]i^Ce pêBsage , tiré d'une lettre particulière écrite à Jean par un de ses agents^ à Rome (i), lequel rapporte les propres paroles des barons am pontife 9 est décisif sur la part quHts prirent dans sa transaction avec le pape.

A la nouvelle de cette transaction , Phi* lippe vit en frémissant s'évanouir l^esBoir qu il avoit conçu d'envahir la couronne d Angleterre. 11 n'en proposa pas moins à son con* seil de continuer son entreprise. Ferrand , comte de Flandre , secrètement allié du monarque anglois , s'y opposa , déclarant qu'il ne se croyoit pas ckbligé de suivre son seigneur dans une guerre injuste; et ce fut alors sur lui qu'éclata la colère du roi de France. Le

comte s'ëtant enfui , Philippe suivit ses iiaees, rédoiftH CaASol, Ypres, Brug^es^ et vini camper avec son armée sous les murs de Gand. Biais la flolle angloise, alors dans la rade de Portsmoulh, prête à mettre en mer, vola atissiiôi au secours du comte ^ trouva la flotte Françoise divisée, eu attaqua une partie hors du port de Uamme, où elle n'avoit pu étrc$ admise, et la dacruisit presque entièrement. L'armée qui assiégeoil Gand , étant arrivée « repoussa les Anglois sur leurs navires ; mais

pufésanoe d'entrelenir son armée en Flandre,

ou de la porter en Angleterre? et, après une eampagne courte et sans gloire» il revint vei*s sea propres frontière». Ferrand recouvra son territoire jusqu'à Saint-^Omer^

Parla transaction de Douvres, Jean ayoitau* tcwisé les proscrits» laïques et ecclésîasiiqueSi à rentrer dansleur pays ; et vu le peu d# confiance qu'on avoiten sa parole» vingtiquatre barons avoientpris rengagementde les protéger con« tre toute injustice et tout outrage. Il ne cfaer^ clioit» en eflfct, qu'à rompre ses engageipents: le succès de sa flotte lui eu fit naître Tespoir^ et , oubliant aussitèt les conditions de la dor* nière pacification » il somma tous ses vessamt de le rejoindre à Portsmouih, afin de porter la guerre en France. Les barons refusèrent d'obéir et demandèrent préalablement; le ve^ tour des exilés. Ce fut une nécessité pouriui d'y consentir ; et l'on vit revenir I^angtou f un grandnonibred'évéquesjlepneoretlesmoinea de Chrisichurch et tous leurs confrères. Ils tsm rencontrèrent à Winchester^ Jean et le cardi*^

270 KisToiRE d'augletbere.

nal s'embrassèrent (20 juillet); et la sentence d'excommunication fut publiquement révo** quée à la porte de la cathédrale , le roi ayant renouvelé tous ses serments dans les mains de rarchevoque.

Jean se hàu de revenir à Portsmouth, ordonna aux troupes de s'embarquer, et fit yotte pour les cotes de Flandre : arrivé à Jersey , il s'aperçut qu'aucun de ses barons ne Vavoit suivi. Assemblés à Saint-Albani sous la prési* dence de Fitz*Peter le grand-justicier, ils délibéroienty et firent bientôt publier leurs résolutions dans la forme des proclamations royales t elles ordonnoient que les lois émanées de Henri 1*^^ seroient universellement observées, et prononçoienl la peine capitale con* tre les shérifs^ lesforestiers.ou officiers du roi qui dépasseroient la ligne de leurs devoirs.

Jean étoit revenu sur ses pas, ne respirant que la vengeance contre les traitresquiTavoient abandonné; et il s'étoit déjà avancé jusqu'à Northampton , décidé à une exécution militaire I lorsqu'il fut abordé par le primat , qui lui rappela « ^ue les acciisés avoient le droit d'être examines et jugés parleurs pairs. » Il refusa dePécouter et continua d'avancer jusqu'à Moitingham. Alors Langton lui déclara que^ s'il persistoit à leur refuser justice , il croiroit de son devoir d'excommunier, le roi excepté, . quiconque s'engageroit dans une guerre aussi impie. -Obligé de céder, Jean somma les accusés de comparpttre, à heure fixe, devant lui ou devant ses justiciers.

' Cependant trois semaines après l'assemblée de Saint-Alban, on s'assembla une seconde fois

JEAÎ*. 37t

à SaiutrPaul de Londres (25 août)^ Langton y lut la charte de Henri : les barons répondirent par de grandes acclamations, et l'archevêque, .profitaat.de leur enthousiasme , leur fit prô* ter serment les uns aux autres de vaincre ou de mourir pour la défense de leurs libertés.

Jusqu'à ce moment, le pape avoit soutenu la. cause du primat et des barons : seigneur suzerain du roi, il va désormais épouser ses intérêts. Il aVoit envoyé un légat pour fixer le montant des restitutions à faire aux proscrits , et lever Fin tordit quand cette opération seroit terminée (3 octobre) : trois assemblées successives n'eurent aucun résultat. Les pertes des proscrits se trouvèrent si énormes f que le roi ne voulut, et peut-être ne put pas y vemé^ dier : on renvoya à une autre époque les réclamations des classes inférieures ; 15,000 inarcs accordés d'avance modérèrent les in* stances des prélats; et, d'un commun accord, il fut résolu de remettre la décision à l'équité ,du pontife. Innocent, après avoir entendu lés .parties, .ordonna provisoirement que le roi paieroit aux évêques quarante mille marcs, qu'il donneroit caution pour le paiement de ioute indemnité qui pourroit être exigée par la suite, e< que T interdit seroit immédiatement

4e vé.

Se confiant dans Tappui du pape , et ne crai- ^ant plus l'opposition de ses barons, Jean avoit fait voile pour les côtes du Poitou ; il y avoi( été rejoint par les seigneurs des enviirons, et avoit rencontré dans ht ville d'An* gers(1214, 17 juin) les envoyés de Rome, qui, ^près avoir reçu son serment de se coniormer

Oigitized

373! flISTOiRE D^ANGLETEHRË.

à la sentence da pape ^ se rendirent en Angte« terre, où tb révoquèrent Tinlerdit jeté dépens plus de sixans(29juin). Le roi, s*avançant alors Ters la Brelagne, se trouva tout à coup ar» rétë dans sa marche par l'arrivée de Louis> fils de Philippe; et, de ce moment, les deux armées, comme d'un mutuel accord, suspend!rént leurs atiaqaes et attendirent Tissite de la campagne commencée dans le nord. Là, les alliés de Jean, Othon , empereur d'Allemagne ; Ferrand, comte de Flandre, et Gniilaume, eomte de Boulogne , s'étoient réduis aux troii<^

Ï)es angloises que commando It le comte de Saisbury, et marchoient rapidement à la téte de plus de cent mille hommes pour envahir le territoire François. Philippe les rencontra k Bouvines, petit village sur la rivière de Marque^ entre Lille.et Tpumay, avec une armée moitié moins forte , et là il remporta sot les confédérés cette victoire si célèbre dans les annales de la monarchie Françoise.

La défaite de Bouvines rempit tontes tes mesures de Jean : il sollicita et obtint de Philippe une trêve de cinq ans, abandonna la France après une campagne Ans gloire , et revint en Angleterre' soutenir une lutte encore plus honteuse. Les barons s'assemblèrent à plusieurs reprises ; et après avoir, dans leurs réunions, défini les diverses frahchilies ou libertés sur lesquelles la discussion devoit s'ouvrir , ils résolurent d'en former un seul corps de demandes^quand leroi tiendrottsacour aiut fêtes dè Noël, et s'engagèrent par un seraient solennel à renoncer à son allégeance, ffil re-

poussoit leurs réclamations ^ ei à lui &ire ia

guerre jusqu'à ce qu'il y eàt fait <irait. A

Noël , il se trouvoil à Woreesicr : alarmé de la solitude de sa cour, il en partit le jour suiTant, M rendit à Londres et se renfcsrma dans le Temple ( 1215, 6 janvier ). Les confédérés Ty suiTirent, et présentèrent leur demande à la féte de l'Epiphanie. Le roi prit d'abord un air de supériorité , repoussa leurs prétentions , et exigea qu'ils lui promissent pni; écrit de ne les jamais reproduire : trois seulement y consen* tirent; les autres s'y refusèrent obstinément. Il offrit alors , sous la caution du primat , de révéque d'Eiy et du comte de Pembroke, de leur donnes* une réponse satisfaisante au& fêtes de Pâques : ils y eonsm tirent après quelque

hésita tien.

Le roi employa cet intervalle à chercher les ' moyens de se fortifier eontre eette redoutable conspiration. Son premier soin fut d'oetroyer àn clergé une charte d'élection libre , dans laquelle tous les cas étoient; prévus, et porv tôient une rénonciatk» formelle de la cou* ronneà tous sesanciensprîvilé^a^ssur ce poinlsi important. Espéi^ant s être ainsi concilié les gens d'Eglise, il ordonna aux shériffs d'assem» Mer les hommes libres, et d*en exiger le ser« ment d'allégeance; puis, afin de s'assurer les privilèges des croisés , il prit la croix, et s*enffagea par un Tceu à faire la guerre aèx infi* d^les*

* Les deux partis avoientenvoyé des messagers à Home , pour solliciter ht fareur de leur seigneur féodal. Innocent cmt qn*tl étoit à la ^

fois de son devoir et de son intérêt de soutenir

k cause de son Tassai. Dans une lettre à f ar^

374 HISTOIRE d'angleterre,

cheréque , il déclara qu'il éloii injusle. de refuser k Jean les droits qu'avoient paisiblement

possédés son père et son grand-père ; dans une autre lettre aux barons » il leur reprochoit de vouloir arracberviolemment ce qui devoitétre demandé comme une faveur; promettoit d'interposer ses bons offices , .s'ils vouloient agir à régard d.e leur souverain humblement et mce dérëment , et/lëfendoit toute confédération , depuis celle de DouvreS| sous peine d'excon^ munication.

Dans la semaine de Pâques , les barons s'aa" semblèrent a Stamford avec une suite nombreuse de chevaliers, et de là se rendirent à Brackley. L'archevêque de Canterbury, le^ comtes de Pembroke et de Warenne,. cnargés par le roi de prendre connoissance de leurs demandes 9 lui rapportèrent les mêmes conditions déjà présentes. Jean les repoussa aveç indignation , et renvoya ses commissaires, les ' ^chargeant, l^' d'en appeler au pape, seigneur féo^ dal de TAngleterre et protecteur des croisés j 2« d'offrir l'abolition des mauvaises coutumes qui s'ëtoient introdu ites dansle royaume, en remontant jusqu'au règne dQ son père Henri II. Les barons reçurent ces propositions cpmmç de pures défaites, et persistèrent dans leur^ premières demandes. Pandolfe et les conseilr 1ers du roi prétendirent .que le primat étoi| Gibligé d'excommunier les^ barons révoltés t Langton , >mieux instruit, disoit-il, des intentions d'Innocent, déclara que c'étoit le roi lui- , inémequ^il étoi t de son devoir d'excommuniert s^il ne renvoyoit les troupes étrangères dont il s'étoi( nouvellement entouréé Jeai^ propos^

jEAtr. 3Î&

un arbitrage auquel présidcroit le pape : il fut rejeté. Les barons se proclamèreut a arméf de Dieu et de sa sainte Eglise « , nommèrent sir Robert Fi tz-Walter leur commandant , firent sur Nonhampton uoe tentative qui ne leur réussitpasi furentplus heureux à Bedford, qui leur ouvrit ses portes, el, surVinyitationdes ci* toyens de Londres , marchèrent sur le-champ Ters cette ville» occupèrent sans résistance la cité, et de là envoyèrent aux barons et 'aux chevaliers qui ne s^étoient point encore décla* rës , des lettres qui annonçoieni leur but, faisoient connoitre leurs ressources, eten même temps leur détermination de traiter en ennemis tous ceux qui ne rejoindroîent pas « Tarmée de Dieu et de la sainte Eglise » • Celle menace eut son effet; et ceux qui ne furent pas persuadés , cédèrent à la crainte de leur ressentiment.

La perte de la capitale démontra au roi que sa couronne même étoit en péril. Persuadé que les serments ccssoient de lier dès qu'on pouvoit les violer avec impunité , il prit, dans ces extrémités, le parti qu'il crut nécessaire de prendre : affectant un air de satisfaction, it ^ informa les confédérés qu'il étoit prêt à les satisfaire , et les invita à désigner le jour et le lieu de la conférence. Runnymead , situé encre Staines et Windsor, fut le théâtre de cette importante négociation. D'un côté se trouvoient Fitz-Walter et la majorité des barons et de la noblesse angloise; deTautre le roi , accom« pagné de huit évéques, de Tenvoyé du pape, et de quinze gentilshommes qu'il appeloit ses conseillers intimes , et qui aii fond n'étoient

pas moins ses ennemis que les autres. Un acte, conlehanl les demandes des confédérés et dé- 3ig;né sous le ti U*e de « charte des libertés » , fiit présenté à Jean , qui le signa sans ia moindre hésitation. Sa perfidie étoit bien connue: on lui demanda pour sûre tés : t^de renvoyer hors (la royaume tous les officiers étrangers; 2« de laisser 9 deux mois encore , Londres et la Tour en la possession des barons et de Uarchevéque; 8* d'étaUtr uil comité de vtngt^inq harons f (jui prononceroît sur toutes les réclamations conformén^entà la charte des libertés; ip d'au? teriser les hommes libres de chaque comté à furer obéissance au eomité des barons, et même à prendre les armes à leur réquisition ; ajoutant que si le roi vioioit ces conditions^ on garderoit la Tour et la cUé de Londres, Jean ne fit aucune objection à ces demandes, et les barons renouvelèrent alors entre ses maitie leur hommage.

Cette charte est célèbre dans rhistoire d'An* glieterre, comme la base supposée des libertés anglaises. Cependant elle ne peut être appelée un nonreau code de lois, ni même une tentative pour amener le système de législation qui régit actuellement ca royaume. Ses autenrs ne se proposèreitit que d'améliorer la jurisprudence nationale alors existante » et de corriger les abus des coutumes féodales établies par le despotisme des pnnees nor** mands. Tel fut Tobjet de celte charte « ocr troyée , d pour se servir du langage des anciens statuts, par le ro à ses vassaux et aux hom^ mes libres du royaume» Le premier jinide Dohoernoit TEglise d'Angleterre , à laquelle

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