‹ Abrégé de l'histoire d'AngleterreChapitre 27 sur 39 · J£AR · texte numérisé non relu

J£AR

Jean garantissoit la possession .entière et inviolable de ses libertés : elles ne sont ni énumérées ni décrites ; et l'acte procède imoiédiaiement au redressement des griefs qui pesoiexit sur les tenanciers de la couronne.

Pendant les derniers règnes, les rois étoient habitué à exiger arbitrairemeni des sommes sous le nom de « reliefs » ; a affermer les propriétés de leurs pupilles au plus offrant; à s'arroger le droit de marier les héritiers pen* dant leur minorité , les héritières à tout âge après quatorze ans, et les veuves, si elles avoient de grands biens, à qui que ce fût, et quand cela leur plaisoit. Pour obvier à ces abus, on fixa un tarif proportionnel pour les anciens reliefs , suivant la qualité des fiefs; il fut arrêté qiîe le curateur ne tireroit que des Bervides raisonnables des terres de ses pupilles» et n'y commettrolt aucun dommage; que les héritiers et les bériuères ne seroient plus mariés malgré eux; que les veures joutroient paisiblement de leur propre héritage, de leur • douaire, sans autre obligation que de donner eaution de ne se point marier sans le con-* lentement de leur seigneur.

Les subsides et les scuiages levés, dans les premiers temps, avec ménagement, n'avoient ' plus maintenant d'autres mesures que la rapa-* cité du roi et la patience des vassaux : ils lurent réduits à trois cas légaux : celui de la captivité personnelle du roi, de la réception de son fils aine dans l'ordre de la chevalerie , du mariage de sa fille aînée. Dans toute autre occasion , il fallut, pour les lever, le consentement du grand conseil des tenanciers de Ift

S78 HISTOIRB ©'aKGLETERRK.

courotine : c'étoientle» archevêques, évéquesV cpmtes et les plus grands barons , qui dévoient être assignés personnellement , et tous les autres Ujnanciers en chef de la couronne, qui dévoient être assignés en masse par le shenff^ La teneur de ces assignations, l époque où eUes dévoient être envoyées, les njdicaiions qu'elles dévoient porter, étoient spécifiées avec soin; et ces formalités bien observées, les membres absente se trouvoicnt liés par la détermination des membres présents. Ce.n etoit point là un parlement dans le sens.aetuel du mot: c étoit une assemblée des tenanciers du roi, convoquée uniquement dans le hjxt a de lui accorder des subsides. «Toutefois, des la première année du règne suivant , cet arto- 4e fut efBicé de la charte par l'influence de la couronne ; et quoiqu'un souverain se soit ra-. rement hasardé à le violer ouverteinent, dans la suite , il ne fut jamais f appelé.

Les rois demeurant rarement sedenUires dans un même lieu , les incoiivénien;ls qui resultoient pour les plaideurs et les témoins de suivre les cours judicUires, qui elles-mêmes suivoient la personne royale, et souvent d une extrémité à l'autre du royaume, avoienl déterminé, sous les deux derniers règnes , a établir à Westminster un banc de justice pour juger les causes entre les parties civile». Cette institution fut confirmée par la charte, qui déclara que « les plaids communs ne suivroient plus la personne du roi, mab.se tiendroient dans quelque lieu fixe. » Par cette clause, la cour du roi cl celle de l'échiquier, qui continuoient d'accompagner le souverain , ne ju-

gèrent plus qu'en matières criminelles et de finances ; et la cour siégeant à Westminster prit le nom qu'elle porte encore aujourd'hui de « cour des plaids communs « ,

Afin d'améliorer l'administration de la juseice, le roi déclara que nul ne parviendroit au rang de juge, de constable^ de shériff ou ^de bailli, s'il n'étoit suffisamment versé dans la connoissance des lois; qu'aucun shériiF^ consiable , corouer ou bailli , ne pourroit pro« noncer dans les actions qui cbncerneroient la couronne } qu'aucun bailli ne pourroit , sur sa propre assertion , et sans preuves fournies par des témoins , mettre un homme en jugement; et que , les tournées des juges ambulants ne se faisant qu'à des époques éloignées et incertaines, on enverroit , quatre fois Tan, dans chaque comté y deux juges ambulants qui ^ aidée de quatre chevaliers choisis dans la cour du comté, tiendroient des assises de « darrein presentmènt, mort d'ancester , et novel des* seisin (i). » Il est probable que rétablissement, de cette cour nouvelle porta un coup fatal à l'ancienne institution des « shiremotes » , et qu'elle fut l'origine de la coutume actuelle d'associer d'autres personnes à la commission des j uges d'assises.

(i) (c Darrein presentment » étoil an examen à l'effet de de'couYî^r qtii avoit présenU le dernier curé d'une église: « mort (l'ancester i» poar s^assurer si le dernier possesseur jouîssoit des terres ae son domaine , oomme de son propre fief; et « noYcl desseisîn » pour eonnoltre si le reclamanl «Toit été «dépossédé injustement de son frsno-fief»

Mû HISTOIRE 1>*àNGL£TERHE.

Ce qui précède forme d'utiles imliiutions: ce (jui suit avoit encore une plus grande unporUiu:e. On a ¥U sou» le règne de Henri 11 1 les moyens iniques par lesquels les rois ii* roienl de Targen l des procédures dans les cours judiciaires. Jean lut obligé de signer l'ai licle sttiTants « Nous ne vendrons pas, nous ne refuserons pas, nous ne différerons pas droit ou justice à qui que ce soit. » Marchant sur les pas de ses plus despotiques prédécesseurs ^ il avott coutume de faire arrêter ses vassanx snr le plus léger soupçon ; il les forçoit fa donner des otages de leur fidélité, les emprisonnoit, les bannissoit, rairageoit leurs terres et démo* lisseit leurs châteaux. Il consentit maintenant k ce qu'aucun honiine libre ne fi!it arrête, emprisonné I dépossédé de sa terre , proscrit ou ruiné en quelque manière que ce fût» ni pour» stti'vi par le roi ou en son nom, autvemmt que par le jugement légal de ses pairs ou par les lois d u pays* Dans le même esprit de législation ^ les comtes et les barons ne pureni éire condamnés à rameiulc que par leurs pairs et

{ proportionnellement au délit ; et tout homme ibn obtint le même privilège de l'amenda proportiooneire à sa fiiute, en conaervant toujours au franc-tenancier son franc- fief , au marchand sa marchandise , au laboureur ses instruments aratoires. Et ces amendes ( amer-

ciarnents) durent èire iiviposécs d'après le ser» ment des notables du voisinage.

Pour mettre des bornes à la rapacité des pourvoyeurs royaux , on arrêta qu'aucun conr iitabie ou bailli ne pourroit prendre le grain ou les deiu*ées de qui que ce fùt| sans en payer k

JEAN. tftl

tialetuT) à moins qu^il n'obtint un délai dn proptlétBMTe ; qu'il ne pourroii employer ni leti chevaux ni les voilures des hommes libres, SOAS leurs conseniements, ni faire couper du bois pour Tusage des châieanx royaux aana la permission de celui à qui il appârtcnoit»

A])rès avoir assuré leurs propres droits , les barons s'occupèrent de çeu& des cités et des l;>oiirg8 dont l'importanee s'étoit progressiTe-ment accrue, et qui leur avoient porté secours dans le présent débat. 1^ charte leur confirma k jouissance a des anciennes libertés et libres coutumes » par terre et par eau; ordonné l'uniformité des poids et mesures dans tout le royaume ; iiccorda la libre entrée et sortie aux étrangers sans exaction» suivant Je droit et Tancienne coutume. Il fut en même temps pourvu à ce que tout homme libre eût pleine liberté de quitter le royaume et d'y revQAÎr^ sauf son allégeance, et si ce n^étoit en temps

de guerre.

Les forêts royales étoicnt la propriété parti* culiëre de la couronne « elles étoient «régies par leurs propres lois émanées de la seule w-

lonté du prince, et formoient ainsi plusieur» goi&veruements locaux et distincts, au cràtfe mômedu royaume. Cesloist en ce qui cûnoer^

noit la conservation des bètes fauves eLoient écrites en caractère de sang : tuer la « venaison» du roi| commeon l'appaloit^ éioU im crime cjui emportoit la perte des nusmèras ou de la ^le ; d'autreslois, danslebut ostensibledecomerver lesioréts, mais établies réeilementpour le profit du roi et de ses of&eiers ^ créoient une multi* tude de délits les plus oppressifs et les plus

S82 HISTOIRE n'ANGLEtERRE.

odieux pour ceux qui vivoient sur les limites ou qui avoient des propriétés dans renceinte «tes forêts. La charte remédia à quelques uns de ces abus : elle rendit à Tusage commun les forêts plojitées depuis le commencement du rè* gne du roi, et institua dans chaque comté une commission de douze chevaliers chargés de rechercher sous serment et^de supprimer, après en avoir doiïné avis au roi ou à ses justiciers, toutes les coutumes abusives quUls auroient découvertes dans radminislraiion forestière.

Jusque-là, la charte n'avoit été faite en grande partie que dans l'intérêt des tenanciers immédiats de la couronne. Le grand corps des hommes libres, composé des sous-vassaux de ces tenanciers, et qui n'avoit pa^ été moins opprimé par là tyrannie des seigneurs, que ceux-ci ne l'avoient été par le roi, réclamoient ^ne part dans ses avantages. Il fut donc stipulé que «t toutes les Libertés et coutumes que le roi o avoit accordées à ses tenanciers en ce qui les « concernoit , seroient également concédées « par le clergé et les laïques à leurs tenanciers « encequi les concernoit.» On nejfitpoint mention, des esclaves, bien qu'ils formassent une dts classes les plus nombreuses du royaume :^ ils n'avoient, dans la règle commune, aucun droit à réclamer dai>s les privilèges des hom-, mes Ubres:

A ces ar ticlef, on en ajouta d'autres de nature transitoire, portant des réparations et des restitutions de la part du roi envers tous barons, hommes libres anglois ou gallois , qui auroient été dépossédés de quelque portion de leurs droits pu propriétés, sans jugement légal de

leurs pairs; de rendre les amendes exigées contre la loi ; de renvoyer Llewcllyn , prince de Galles, sou fils, et ses otages , d en agir sur tous les points envers le roi d'Ecosse avec la même équité qu'envers ses barons.

Tels furent les principaux articles de la grande charte, considérée^ pendant des siècles, comme le Patladiun des libertés de TAnglaterre. Plusieurs disparurent avec le système pobr lequel ils avoient été créés ; mais leur utilité fut grande k cette époque : ils réprimèrent les abus les plus choquants du régime féodal, donnèrent une direction nouvelle à la législation angloise , rendirent légale la résistance aux usurpations du despotisme , et dans les débats avec la couronne, ramenèrent les efforts de la nation vers des objets déterminés. Le^ rois qui considéroient la charte comme une concession arrachée par la nécessité , Télu* dèrent continuellement; le peuple la réclama sans cesse et impérieusement comme Texprossion de ses justes droits; et telle fut, de part et d'autre,ropiniâlrçté de ce débat, qu'il ne fallut pas moins de trente-cinq ratifications, pour lui donner pleine force de loi (i). *

Durant cette transaction , Jean s'étoit montré plus habile que jamais dans l'art de dissimuler : à l'air dont il le prpmettoit , on ne doutoit pas qu'il ne fût fidèle à remplir tous

(i) La grande charte fut ratifiée qaatre fois par Henri III , jeux par Edouard I^, quinze par Edouard IIJ, sept par Richard II, , six par Henri Iy« et une 'par fienn V,

884 HISTOIRE D'A?«GL£T£a&£«

ses engagements , et il leur aToit nléme donné

un commencement d'exécution; mais à peine l'assemblée fut-elle dissoute, qu'il jela le masque, et se livra à des accès de colère qui allèrent jusqu'à la frénésie. On agita dans son conseil les moyens les plus prompts de tirer vengeance de ce qui venoit de se passer , et deux députations partirent aussitôt pour le coniinent: Tune ctoit chargée de se rendre en Flandre, en Picardie , en Poitou , en Guienne et d'y engager, k quelque prix que ce fût , <les mercenaires pour combattre sous l'étendard royal; Taulre s'empressa départir pour Rome, afin d'implorer la puissante intervention d'innocent en faveur de son vassaL

Les barons , fiers de leur triomphe à Runnvmead , avoient résolu de le célébrer par un tournois qu'ils annoncèrent pour le 2 juillet à Stamford. Mais leurs soupçons ne tardèrent pointà s'éveiller : Jean avoit éludé dcleurresii- , tuer leurs terres, ayant, désigné un jour pour leur rendre justice dans sa cour; il faisoit approvisionner et fortifier ses châteaux, et Ton reçut avis d'un complot formé pour surprendre la capitale pendant leur séjour à Stam* ford. Le tournois fut aussitôt remis à un autre temps, et une dëputation se rendit près du roi à Winchester: il ae railla des craintes qu'on lui témoignoit, et 6ur4e-eliamp, il iVit envoyé des ordres dans toutes les contrées pour exiger, sous peine du séquestre des propriétés mobiliërea et immobilières , le serment d'obéissance aux vingt-cinq barons nommés «conservateurs des libertés publiques »• Jean demanda qu'en retour chaque baron souscrivit en particulier

JEAN. 3B5 une charte déclarant qu'il ëtoit lié par serment et hommage à lui être fidèle envers et contre tous; ils s'y refusèrent, et raichevêque et les prélats donnèrent des attestations solennelles de leur refus.

Deux nouvelles entrevues eurcru lieu à Qxlord, et n'amenèrent aucun résultat satisfaisant. Cependant les. mercenaires arrivoient journellement à Douvres : les barons s'alarmèrent, et quoiqu'ils hésitassent encore à recommencer les*hostililés , cependant ils ordonnèrent à Guillaume d'Âlbiney de prendre possession du château de Rochester , qui avoit été remis par le roi aux mains de Laugton , comme gage de sa sincérité. Avant que d'Âlbiney eût pu l'approvisionner, Jean Tassiégea avec ses mercenaires. Les barons sortirent de Londres » mais ils ne se hasardèrent pas à attaquer Uarmée royale. Le château, pendant huit semaines , fut assailli et défendu avec une égale obstination ; et la famine seule put dé* terminer d'Albiney et ses compagnons à s'abandonner à la merei du roi. Jean ordonna de les pendre; et ce ne fut qu'avec une difficulté extrême queSavary de Mauléon empêcha Texécution de cet ordre barbare , du moins à Végar^ des chevaliers , en lui faisant entendre que ses propres officiers seroient exposés aM danger de représailles. Ils furent renfermés dans diverses forteresses; mais on exécuta surle-champ leurs compagnons ^ à l'exception des arbalétriers , qui probablement entrèrent au service du roi.

Jean reçut en même temps Tagréable nouvelle que le pontife ayoit, à sa requête^ an-

386 HiSTOIBE d' ANGLETERRE.

mlé charte. Dans rénumération 4e ses «nolift y le pontife insUtoii , a^ec raison -sans

doute, sur la violeiice employée par les barons : ils deYoient accepter le redressement de leurs griefs dans les formes prescrites pàr la loi ; ils avoient préféré cependant rompre lenf serment de tidélité et se constituer juges de Ifmr seigneur; Jean étoit enrôlé dans les croisés , et ils avoient violé , sans scrupnle , les privilé* ges accordés aux défenseurs de la croix ; enfin , TAngleterre étoit un fief du Saint-Siège , et le roi n'avoii pas le pouvoir d'abandonner lés privilèges de sa couronne , sans le consentement de son supérieur féodal. 11 écrivit ^n même temps au^ barons, les ex hor tant ^ se soumettre , à lui préseiRterfenrsréclMiattonsiians un 'concile qui seroit tenu a Rome , promenant d'engager le l*oi à consentir à tout ce qui seroit juste et raisonnable , à se contènter dos droits (i) de sa couronne , à rendre a chacun ses privilèges et ses libertés. Ses exhortations n'ayant -produit afOcnn^ffet^iA ordonnaàLangton d'excommunief ceux qui me voulofent pas obéir; le prélat s'y refusa , fut , en raison de ce refus , suspet^u de ses fonctions archiépiscopales, et qtioiqû*il assistât an concile 'âe Rome , ne put jamais adoucir le pontife ni recouvrer son autorité. Le pape fulmina une seconde sentence

(i) Le pape posoit ainsi très judicieusement la question de droit: «Quels que pussent être les crimes de Jean , ils ne justifioient pas les violences et la revoUe de> barnns, et d'ajilaut moins qu'il existoit un tribunal supeneuï àûqaelils pouToient et deyoîent s'adresser. »

d'excommunication» danslaquelle ëtoieai désignés par leurs -noms les chefs des confédérés, et la cité de Londres fut mise en interdit. On méprisa également les deux censures , obtmnes, disoit-on, à Taide de suggestions perfides ; on soutenoit d'ailleurs que le successeur de Pierre n'avoit point le droit d'intervenir dans les affaires temporelles. Ceux qui lui re-* f usoient ce droi t , oublioieni que c'étoient euxmêmes qui avoient ftcxigé» que le pape iùtfait le seigneur suprême de F Angleterre , tant au tem'porel qu'au spirituel. Ils auroient soutenu la légitimité et la suprématie de son pouvoir, s'il se fût déclaré en leur faveur.

Jean aroît repris une supériorité marquée : il résolut de faire tomber sur ses ennemis tout le poids de sa vengeance. Son armée f u t divisée en deux parts : il donna Vune à son frère, le comte deSalisburr, ayecla commission de dévaster les comtés d'Essex, deHertford, de Middiesex , de Cambridge, d'Ëly et de tiuntingdon ; à la tète de Tautre , il se dirigea Tcrs le nord.

Le jeune roi d'Ecosse, non moins animé que les barons contre le tyran, a^voit néanmoins demandé pour prix de sa coopération , la cession du Northumberland , du 'Gumberland , du Westmoreland , et Tavoit obtenue ; en octobre, il ayoit passé la frontière , investi le château de Norham, ét reçu le serment de vassalité des habitants du Northumberland. Comme Jean s'avançoit, deux barons puissants, Gilbei^t Fit&4leinforth et Jean , connétable de Chesler, firent leur soumission , donnèrent des otages pris dans leurspropr es familles, et furent admisàlafaveurroyale(12!l 6, 1 1 janvier); ranis

dëS HiSlOiaE D'ANGLETERRE.

au niomentoùleroienlroitdans le Yorkshii e , lesautres barons mirentle feu à leurs meules et à leurs maisonsi se sauvèrent en Ecosse, e t firent hommage à Alexandre qui, à rapproche de l^armée royale , ayoit levé le siège de Norham . Jamais, dii-on I depuis la guerre d'extermination de Guillaume, ces provinces n'avoient éprouvé Jcs horreurs comparables à celles qui furent alors exercées sur elles. Les châteaux, les villesi les villages furent livrés aux flammes : seule* ment aux environs du monastère de Melrose , Morpelh , Mitferd, Aluwick, Wark et Roxbui i, furent entièrement consumés en moins de luiit jours. Jean suivit le roi d'Ecosse jusqu'à Edinbi)urg , brûlant à son retour Haddington , Dunbar et Berwick. Cen'étoit pas sur les villes seulement que s'exerçoient les fureurs des sol*' dals:lesmalneureuxhahitantsétoientahandonnés a leur cruauu eta leur avidité, sans égard . au sexe, à Tàge , au rang, à la proiession. Les tortures qu'on leur fit endurer , disent les hisioiii'i 5, sont trop horribles pour eUc rapportées. Les massacreurs du Sud ne lecédoieui à leurs compagnons ni en férocité ni en râpa-» cité: partout où paroissoient ces bandes étrangères, les habitants iuyoient dans les forets et * dans les monugnes ; les travaux de Tagriculture étoient suspendus , et les seuls marchés qui existassent encore se lenoient dans Içs cimetières, qui, possédant le droit du sanc* tuaire, étoient généralement, mais non pas toujours , respectés par les maraudeurs.

Desmuralllesde Londres, les barons vovoienl la dévastation de leur pays , mais ils n'ospient hasarder une entreprise contre l'aimée royale: *

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il ne leur re&toît plus dans le nord que deux châteaux ^ et leurs terres dévastées avoient été

concédées par Jean aux chefs des étrangers. Ils se consulloient, ils hësitoient^ selamentoieut^ changeoient à tout moment de résolution : enfin , pour dernière ressource , ils se déterminèrent à offrir la coin omie à Louis, fils aîné du roi de Fiance. 11 étoit allié à la famille des Plantagenets par son mariage avecla nièce die Jean, ut l'on picsumoit que les mercenaires refuseroient de porter les armes contre le fils . etThéritier de leur propre souverain* Cette offre flatta l'ambition de Louis : il reçut des otages pour garants de la fidélité des bai ons ; et un corps nombreux de chevaliers français parut bientôt sur la Tamise , apportant la promesse (|ue Louis rejoindrolt à Pâques les confédérés avec une puissante armée. Le cardinal Gualo , qui traversoit alors la France pour se rendre en Angleterre , crut de son devoir de s'opposer à une expédition si contraire aux vues du pontife, et alla même Jusqu'à menacer d'excommunication le roi et son fils, s ils tentoient d'envahir un royaume qui étoit un fief du Saint-Siège. Philippe affectoit de l'hésitation : Louis, se retournant alors vers lui , lui . déclara vivement que , « son vassal pour les fiefs qu'il lui avoit donnés , il prétendoit a la couronne d'Angleterre j» du droit légitime « de sa femme , et que, sur ce point, il en appeloit au jugement de ses pairs» ; et, sans attendre une réponse, il se rendit à Calais, où il donna rendez-vous à ses vassaux .

Cependant les agents de Louis arrivèrent à Rome,et voici les foibles arguments par lesquels

390 HISTOIRE d'angleterre.

iU aouiinreat ce prétendu droit: l^u Jean n'é* toit pas roi en réalité , car il avoit été attenk

èt convaincu de trahison à la cour de son frère Richard, ce qui lui ô toit la capacité de monter légalementsur le trdne; 2''ila¥oitété jugé coupable dêfélonie et de meurtre en la cour de son setgncur le roi de France ; ce qui lu î eût fait perdre la couronne^ même eu supposant qu'il l'eÀt possédée à juste titre, r Le pape sourit à ces ar»gumcnts, et demanda comment Blanche étoit devenue la piusproche héritière; cequ'étoient devenus les enfants de lean , ou son neveu Othon y ou la mère , le frère et la sœur aînée de Blanche. On répondit que les enfants de Jean y nés après sa condamnation , ne pourvoient réclamer des droits dont leur père n*étoit pas alors investi; que les descendants de Geolfroi, duc de Bretagne , et ceux, de Mathilde, duchesse 4c Saxe^ ne possédoient aucun titre , le prince et la princesse étant déjà mbfts lorsque la sentence fut prononcée contre leur frère ; <|ue la reine de Castille , vivant encore à cette époque , étoit la plus proche héritière ; et que Blanche , quoitjn'elle ne fut pas Taînée de ses enfants, avoit le droit de faire valoir ses réclamations jusqu'à ce que les plus proches héritiers se présentassent. Sur de pareilles raisous y le pape excommunia solennellement Louis et ses adhérents i et ordonna à l'archevéefue de Sens de fulminer une semblable sentence contre Philippe ; mais les évéques, réunis en synode à Melun, résolurent de ne pas obéir au mandat du pape , par la raison « quUl u' avoit pas été bien informé «>• Cette désobéissance eut sans doute attiré sâr eu& les anaihèmes

d'Innoceni ; i&ais ce grand #t intrépide pontiié

mourut peu de senialaes après (16 juillet). Sa . mort suspendit à Kome toutes les procédures ecclésiastiques , et Jean se vit privé de son puissant protecteur au moment ou il avoit le plus grand besoi^ d^ sa proteciion.

A l époque fixée > I^oqis partit de Calais avec ^ une flotte de six cent qualre-vingt-dix Toika , par un temps orageux. Le vent ayant dispersé ses vaisseaux 9 ijl passa trois jours à les rassem» bler et débarqua le 30 mai à Sandwiek. Jean

l'avoit attendu dans le voisinage de Douvres,

avec une armée considérable $ mais à Tappro* che de l'ennemi , craigvmpit que ses mercenai» res ne le quittassent, il avoit décampé et s^étoit retiré à Brislol, où il fut rejoint par le légat. Le princefrançois assiégea et prit le château de Hoches ter, puis hàtasa marche vers Londres « où il fut reçu en procession par les barons et les citoyens : il re^ut leur hommage dans Té^^ise de Saint-Pauly ety fit serment de les gouverner par de bonnes lois, et de les réintégrer dans leurs droits et possessions. La campagnes'ouvritau^ si tèt et sous les auspices les plus heureux» Tons les comtes voisins de la capitaleseaoumireni; les habitantsduLincolnshireetduYorkshire, ainsi que le roi d'Ecosse» sedéclarèreut pour les con« fédérés; les étrangers , qui jusqu'alors avoienl fait la principale force de l'armée de Jean, com* mencèrent, les Gascons exceptés, à se ranger sous rétendard du prince françois , ou à re* tourner chez eu:s^ ; plusieurs barons du parti royal lui rendirent hommage et lui jurèrent fidélité. Touteioisy le courage de Jean étoit encore soutenu par la présencé du légat ^ qui

392 aisTOiRE d'ahgleterre.

combatloiténergîquementpourlui avecles forces spirituelles, et parceque toutes les lorteresêes importantes étoient encore au pouToir de aes troupes. Les confédérés s'occupèrent de les réduire. Louis assiégea le château de Dou v res, et les barons , sous les ordres du comte de Nevers I celui de Windsor. Forcé de changer en blocus le siège de cette première forteresse , devant laquelle il perdit inutilement quatre mois j le prince firançois j reçut dam son camp le roi d'Ecosse y qu'il atoit sommé de venir le trouver , et qui , après avoir obtenu la confirmation de la cessiou qui lui avoit été faite par les baîironsy rendit ensuite homimage à Londres, et s'en retourna ainsi qu'il étoit venu, sans être inquiété dans sa marçlie par les troupes de Jean.

( 1 3 septembre)* Tandis que ses ennemis ^ar* nhoicul devant deux châteaux, le roi pilloit. I leurs propriétés et interceptoit leurs convois. Les barons tentèrent de le surprendre, etlevant ic slégi* de Windsor, se portèrent rapidement sur Cambridge* Mais Jean, c^i étoit à Wallingford 9 prévenant teilr dessemi avoit déjà traversé cette *viUe , et s'étoit retiré k $tamford ( ?2 septembre ). Trompés dans leur attente, \ ils rejoignirent Louis à Douvres , tandis que le roi s'emparoit de Lincoln, et distribuoit de nouveau a ses partisans les terres de ses ennemis. Sa cause commcnçoit à prendre un aspect plus favorable : le prince françois avoit perdu son 'temps devant Douvres; les marins des cinq ports interceptoient ses convois ; des associations s'étoient formées contre lui dans le Hdmpsbire et dans le Susses ; et Jean n'épar« ,

gooit pas les promesses à ses amis , pour soutenir leur zèle et leurs efforts. Louis alarma les barons anglois par les grandes concessions qu'il fit à plusieurs de ses compatriotes ; et le bruit se répandit parmi eux que son projet étoit de les traiter comme des hommes qui, ayant trahi leur dernier souverain , ne méritoient aucune confiance de la part du nouveau. Ils devinrent jaloux de leurs alliés ; plusieurs barons et chevaliers rejoignirent 1 étendard royal, et quarante autres promirent de le faire, si on leur assuroit le pardon (2 octobre). Le roi revint de Lincoln à Lynn , par Grimsby et Spalding ; de là, il marcha sur Wisbeacli , et résolut de se rendre en traversant le Wash de Cross-Kcys à Fossdike (14 octobre). L'nrniée avoit déjà pris terre , lorsque Jean s'aperçut , en se retournant, qu*un grand nombre de fourgons et de chevaux de somme, qui portoient ses joyaux, ses insignes et son argent, ê'étoient engloutis dans un gouffre formé par l'afflux de la marée et du courant de la Welland* lise rendit, lecœuro])pressé,au couvent des cisterciens de Swinesbeady où la fatigue , le chagrin , le poison , ou les suites de la débauche (car on fait mention de toutes ces causes), lui causèrent une fièvre dangereuse. Il se remit cependant en route vers le matin : niais , forcé de quitter le cheval pour une litière , on

I amena avec difficulté au cliâteau de Sleafoi d.

II y passa la nuit et dicta une lettre pour le nouveau j^ape , Honorius III ^ dans laquelle il lui recommandoit les intérêts Je §es enfants. Le jour suivant , on le conduisit au château de

. Newark , où , sentant approcher sa firii il eu-^

âlSTOIRB D^ANGL£T£Rft£.

voya chercher un confesseur , désigna Henri , son fils aine y pour lui succéder , et exprima le dédir que son corps fût enterré à Worcester , près des reliques de saint Wulstan (19 octob*). Il expira trois jours après, dans la quaranteneuvième année de son âge , et dans la dixseptième année de son rè^e»

L'iiisloire ne nous a conservé, de ce prince, que le souvenir de ses crimes et de ses vices : il s* y montre sans cesse souillé par la bassesse » la cruauté , le meurtre et le parjure ; joignant a une ambition qui le prëcipitoit dans tous les crimes pour atteindre Tobjet de ses désirs ^ une pusillanimité qui le jetoit dans le désespoir à la moindre apparence d'opposition. Arrogant dans la prospérité, abject dans l'adversité 9 il se faisoit haïr dans l'une et mépriser dans l'autre; sa dissimulation étoit si bien connue , qu'il parvenoit rarement à tromper ; son caractère soupçonneux et yindicatîf ne servoit qu'à multiplier le nombre de ses ennemis, et à tenir continuellement en garde contre lui ceux qui avoient encouru son déplaisir. Il n'y eut jamais de prince dont le ' cœur fût plus fermé à la pitié : plusieurs de ses captifs ne sortirent jamais de leurs cachots; il laissoit périr de £aim ceux qui avoient survécu aux tortures; et se plaisoit encore à insulter ses victimes par d'odieuses et atroces railleries.

Jean , mauvais roi , fut encore un mauvais mari. La licence de ses amours est comptée , par tous les anciens écrivains , parmi les principales causes de la haine de ses barons , dont un grand nombre avoient à venger la honte d'une

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femme, d'une fille ou d'une s<sur. Isabelle pu> nit, en l'imitant, Tinfidelité de son mari; mais Jean n'étxiit paa de ceuiL que Ton pauvoii impunément insulter : il fit pendre ses amants

aux colonnes *de son lit. Elle lui donna trois fils, Henri, llichard et £dmond ; et trois fil* les f Jeanne , Ëléonore et Isabelle. Il laissa un

grand nombre d'enfants illégitimes. Les historiens en comptent dix , neuf garçons et une fille.

3dG aiSlOIRE o'aHCLE1£RR£.

HEINKi 111.

PRINCES CONTEMPORAINS

BOIS 1>*KC0r9E.

ROII Dft FKAKCC.

aoit

Othon IV,

Alcxanili e 11 ,

Philippe-Au-

Hean I,

HonorittâlII J|

1 a 2 - . Il

j Frédéric II ,

Alexandre ill,

Loui» vm.

Frédérec JII ,

Grégoire IX Jj

iaa6.

Interrègne de

Louis IX f

AlplionM X .

Innocï^nt IV Jl

J254. ij

Philippe UI,

Alexandre IVjJ

1261. il

Urbftio IT, 1

ClcmenllV, J

Grégoire X. H

 la monde Jeau, Louis réguoii clans la capitale et dans les riches proyince^ de TOiiest; dans les autres comtés, ses partisans étoient

encore les plus aciifs et sa cause h. plus populaire. Les princes de Galles et les rois d*Ëcosse s' étoient reconnus ses vassaux. Le fils

du roi d'Angleterre, alors âgé de dix ans, avoit pour lui les barons et les étrangers restes

DigitizêdT)y tloogle

HENRI m. 397

fidèles à son pèrei la proti^etion puissauU du ^ Saint-Siège , ies chances qu'oftroient les disposillons variables des indigènes, et la pitié que pouvoit inspirer sa jeunesse. Dix jours après la mort de son père (28 octobre), il fut couronné dans la cathédrale de Glocester, a})rès avoir prêté le serment exigé des rois an- ' glois^ et juré vassalité au pape Honorius. Le lendemain parut une proclamation , dans laquelle le nouveau roi, gémissant sur les discussions qui s'étoient élevées entre son père et les barons, promet toit amnistie générale pour le passé , libertés légales pour Tavenir^ et requéroit des tenanciers de la couronne le serment d'allégeance qu'ils dévoient à leur souverain légitime. Le soin de sa personne fut confié au cuniie de Pcnibroke , comle-marcdiaX, ayec le titre de « gardien (ou curateur} du royaume* «

Un grand conseil fut convoqué (12 nov. ), où prêtèrent serment d'allégeance les cvcques, les abbés, plusieurs comtes et barons, et un grand nombre de chevaliers; mais l'objet prin- * cipal de rassemblée éloit de concilier les juerogatives royales avec les prétentions des barons opposants* Les soixante-six articles de la charte furent réduits à quarante-deux : toutes les clauses qui regardoient personnellement le dernier roi et ses adversaires, piusieursau très qui parurent trop opposées aux an* ciensdroits de la couioiine, furent ciracées(i).

(i) Parlicuîicicment celle.*» qui étoicnt relatives au droit de lever des aide» cl dcjj iscatages , et de couvo(^ucr

d98 HlSTOiâB d'amqletbrre.

Mais on établit d'une manière positive que ces articles n^étoient pas « révoques ; » on les suspendoit seulement jusqu'à ce qu'ils pussent être soumis à Texamen des barons des deoz partis. On fixa aussi plusieurs autres ainélioratiousy principalement en ce qui conccrnoit les tutelles et les droits des pupilles (s). La charte ainsi modifiée fu t reçue avec reconnoissancepar les royalistes; et les opposants^ ayant appris que les clauses omises seroient son* mises à une nouvelle discussion, ne la répons* sèrent pas très vivement.

Louis s'aperçut bientôt que le fils de Jean lui seroit un compétiteur plus redoutable «{ue son père. Sa jeunesse et son innocence excitoient une compassion universelle ; il n'étoit pas jreqponsable des crimes- de son père ; son rival étoit un François que les indigènes voyoieni déjà avec indignation, distribuant les honneurs qui leur appartenoient à ses vassaux

le grand comseil • celles qui dclruisoient tous les abus ioiestiers^ celle qui obligeoit d'avertir les parents ayant le mariage d'un héritier ; celle qui accordoit le libre usage de Tentree et de la sortie du royaume , et celle qui permettoit que les biens des personnes qui mouroient intestat fussent partages entre les parents , après le paie-" mci\t de leurs dettes* ' « (i) pn défendit au seigneur de se saisir de la garde de la personne et des terres de l'héritier^ ayant d^areir fdgu rnommage de son pupille ; car , sans cet hommage, il m se trouvoit pas engagé à défendre les intérêts de sou Tassai. Tous les articles relatifs aux tutelles furent appliqués à la garde des bénéfices vacants » avec cetia exception que cette garde seroit gratuite. On fixa le taux des prix des transports pour Pusage du roi , et Ton fit quelques réglesic&ts pour le paiement de m délies.

étrangers. La politique dn légat Goalo etde Pembroke favorisa ces dispositions, en rendant leurs anciennes libertés à ceux qui re- Tenoient à leur allégeance^ en répandant swt le caractère et sur les desseins des François des bruits alarmants ou défavorables ; et tous les esprits furent troublés par la répétition hebdomadaire de rexcommunicaiion fulminée contre Louis et ses adhérents. Lejpontife n'oublioit rien de ce qui pouvoit servir les intérêts de son jeune vassal ; il stimuloit par ses lettres le zèle du légat, et par de continuelles exhor-* tatîons la loyauté des barons, qui neppuvoient légitimement dépouiller le fils de son droite « parce que le père avoit été un tyran. Ainsi ' s'opéra une révolution graduelle dans les es* prits : le comte de Salisbury et plusieurs chevaliers vinrent jurer fidélité à Henri, et William d'Albiney^ dès qu'il eut recouvré sa liberté par le paiement de 6|0Û0 marcs, dé* ploya la bannière royale.

Louis avoit enfin levé le siège de Douvres ; mais il s'étoit emparé des deux châteaux de Hertford et de Berkamstead (6 décembre). Pem«> • broke lui en remit deux autres comme le gage d'une trêve qui devoit se prolonger jusqu'aux fêtes de Pâques. Le prince françois en pro-" fila pour aller, sur lecontinent , réunir de non-» yeauxauxiliaires; le maréchal employa ce temps à lui enlever un grand nombrede ses alliés* Uarmistice fini^ les hostilités recommencèrent i du côté des royalistes, par le siège de Montsorel (1217, âO avril). L'armée confédérée, forte de vingt mille hommes et de six cents chevaliers, quitta Londres sous le comman*

400 HlSTOIEfi d'A!«GL£X£HHE.

âement du comte du Perche, pour aller au

secours de la forteresse assiégée; et sa route fut marquée par tous les genres d'excès à Tégard de& indigènes. Les royalistes ne les attendi*' rentpas; les confédérés, au lieu de les poursuivre, entrèrent dans Lincoln aux acclama* tions des habitantS|etenassiégèrent le château, qui fut vaillamment défendu par une héroïne, ÏNicoleLie de Camville. Cependant Pembroke, ayant appelé à iNewark tous les tenanciers delà couronne, se trottra bientôt à la téte d'une armée composée de quatre cents barons avecleurs écuyers, de deux cent cinquante arbalétriers, et d'un corps considérable d^nfanterie, dont le légat accrut encore Tardeur en excommu* niant leurs adversaires et en accordant aux combattants les privilèges des croisés. Ils partirent de Newark en sept divisions, et les ar* chers qui marcboient en tctc de rarniée étant entrés par une poterne dans le château , au moment où les confédérés, quiavoient fait la faute dese retirer derrière les murailles à l'approche des ennemis, y donnoient un assaut, eurent bientôt abattu ou dispersé les assaillants. Le reste des royalistes en tourèrentla ville, parvinrent àrompreune porte, etau moment où ilsentroîent les troupes qui défendoient le château ayant fait une sortie, la confusion etle désordre se mirent dans les rangs ennemis; les portes furent bientôt encombréespar la foule des fuyards qui, revenant ensuite malgré eux dans laville, se trouvèrent à la merci des vainqueurs. On ne fit aucun quartier aux plus pauvres combattants; parmi les chevaliers, le comte du Perche fut le seul à qui son obstination à ne se point

DENRI III. . 401

rendre coûta la yie : les autres furent reçus k rançon. Deux cents seulement s'échappèrent

par diverses routes et retournèrent à Londres. Les fantassins furent tous massacrés par les habitants des villages enyironnants.

Cette victoire, qui affermit la couronne sur la téte du jeune roi^fut appelée, dansle langage affecté du temps, a la belle de Lincoln» • Elle enrichit la plupart des vainqueurs. Dès que la résistance eut cessé , la ville , qui s'étoit si longtemps distinguée par son attachement pour les barons , fut livrée au pillage ; et les privilèges mêmes des églises ne la préservèrent poiiii de Tavidité des royalistes. La plupart des femmes et des enfants se noyèrent en se précipitant en foule dans les bateaux sur la rivière au moment où les portes furent forcées , et ce fut un des événements les plus désastreux de cette sanglante journée.

La destruction de son armée relégua Louis dans les murs de Londres , qui lui semblèrent bientôt une foible défense j à cause des dispositions hostiles de ses citoyens. Tout son espoir étoit dans les efforts de Blanche de Cas* tille , sa femme , qui parvint enfin à faire sortir de Calais un armement de quatre-vingts gros vaisseaux, sans compter les galères les petits navires , sous la conduite d'un célèbre pirate , nommé Eustache le Moine. Hubert deBurgh , le justicier, n'avoitk opposer à cette flotte formidable que quarante voiles, tirées des cinq ports. Peu rassuré contre le danger qu'il alloit affronter, il s'y décida cependant , après avorr donné des ordres positifs pour que le cluUeau de Douvres ne se rendit à aucune condition ,

402 HI8TOIBE D^AMGLSTBRRE.

pas xsyème pour lui sauver la vie , dans le cas oà il aef ou priaonniet. Les Anglois se trouvèrent bientôt en me des François : par mm imh

nœuvre iiabile, ils se procurèreui l'avantage du venty répaiidireai daaa Tair de La clàaux ▼We Wi poussière, qui se trouTa aissi chauée dans les yeux de leurs ennemis; et au moment du contact f les vaisseaux ayant été liés ensemlile par des chaînas et des crampons , ils sautèrent k Tabordage et, couparit les agrès avec des haches y olcrent aux François tous moyens de manœuvrer. Ceux-ci , peu faits à cette manière dé combattre , n'opposèrent qu'une foiblc rcsistanc*^. Euslaclie Le Moine fut tue : on prit cent quinze chevaliers avec leurs écuyersy et plus de huit cents officiers inférieurs ; et , de toute la flotte, il ne se sauva que quinze vaisseaux. Au lieu de combattre pour la couronne d'Angleterre » Louis se vit réduit à traiter pour sa sûreté personnelle. Un traité de paix fui signe à Lambeth . par lequel on se rendit, de part et d^aulre , prisonniers ; une amnistie fut acisordée à ses partisans anglois^ et il re* tourna ( 11 sept.) sain et sauf en France avec ses alliés (i).

(i) On assure que, pour obtenir des conditions si favorables il avoit promis, pai serment, qu'à son aveuemijut a la couroLiiic de France , il rcudruil à Henri toutes les proTinces qui avoient appartenu à son père. Quoique cette promesse ne soit point insérée dans le traité , il est probable qu'elle avoit été faite d'après les sollicitations fréquentes que le roi d'Angleterre fit depuis pour que cet engagement fût rempli, sollicitations qui rcslërent saus effet. JVjLais il paroi ua toujours étrange que les mi<-

HENHi nu 403 Le jeune roi d'Angleterre étoit déUvré de soij redoutable ennemi ; mais il n'avoÎL pas un seul parent qu'il pût charger de ses intérêts: ei la reÎBe^mère eUe*mème ayoit abandoMié son fils pour se rendre en France j où elle épousa le comte de La Marche , son ancien amant. Dans cette position difficile , Honorius^ comme suzerain , se déclara le tuteur du jeune . orphelin , et ordonna à son légat de protéger ses droits et de yeiiier sans cesse sur sa personne. Celui-ci trouva dans le comte- maré^ chai un zèle égal au sien : on fit prêter à tous les chevaliers et hommes libres serment de fidélité au roi ét aux lois du royaume : fat charte fut de nouveau sanctionnée aveo des additions (i) , dans lesquelles la rigueur des

nistres anglois , qui tenoient à leur merci riiériLier de la monarchie francoisc , se soient contentés d'un engagement iliusoire que Louis sans doute n'auroit jamais ni la Tolonté ni îe pouvoir d' exécuter.

(i) On y ajouta une clause qui ordonaoit la démolition de tous les châteaux construits ou rebâtis depuis le commencement de la gaerre civile. Relativement aux forets et aux forestiers , il fut stipulé que toutes les fore'^^ts formées depuis la mort du roi Richard , seroient ouvertes à tousf que toutes les proscriptions, pour délits -coiamis • dans ces forêts, et encourues dans le même espaça de temps , seraient annulées ; que le châtiment pour avoir tué «c la yenaison n du roi , seroit commué eti une amende ou une année d'emprisonnement ^ que les tribunaux forestiers seroient régularisés, les péages injustes abolis, et' que le droit de cultiTer et d'améliorer leurs terres seroit confirmé aux tenanciers des domaines situés dans les forêts rorales. En même temps , afin de prérenir la dimi«» nution aes rerenus , on fit une loi qui défendoit aux tuinistres du roi , pendant sa minorité , d'apposer le grand

404 HISTOIRE d'angleterre.

lois forestières fut surtout considérablement

adoucie ; et Ton éteignit peu à peu l'esprit d'insubordination que les derniers troubles 3¥oientfait naitre; et qui se manifes toit encore trop fréquemment dans cette noblesse impa« tiente du joug, en employant avec discerne-ment ou les moyens de conciliation , ou la se* Térité des lois.

La tranquillité se rélablit ainsi par degrés. Gualo retourna à Rome en automne, et lut remplacé par Pandolfe, qui marcha sur les traces de son prédécesseur. Le comte-maréchal venoit de mourir : Tautorîté dont il jouissoit fut confiée a Hubert de Burgh , le justicier, et à Pierre des Roches , évéque de Winchester, qui , déjà plus d'une fois, avait été chargé par Jean de la tutelle du royaume* Pandolfe sut contenir ces deux ministres rivaux, dont lèpre* mier protégeoit les familles indigènes, et 1 autre soutenoit les étrangers que la politique du feu roi avoit établis dans Ttle. Il les amena à faire serment que , durant la minorité , ils ne disposeroient d'aucun des grands fiefs de la couronne. Pandolfe rétablit la tranquillité sur les frontières du pays de Galles , contribua à pro^ longer la trêve entre la Franco et l'Angleterre, et négocia la paix avec le roi d'Ecosse, Alexandre, qui. Tannée suivante (1221), épousa, à York , Jeanne, Tainée des sœurs de Henri , et

■■■ i II I w^i^— Il I II iiii mm^immmmmmmmmurmmn^ i i ii

sceau à aiicane charte ou letire de oonfirmatioa , poar auciioe vente y aliénation, on concession à pei-petailéy déclarant d'àvaace tons actes de cette espèce invalides et de nui effet*

HENRI lllé 405

rendit hommage à son bieau-frère. L'une des princesses d*Ecosse, qui depuis si long-temps ëtoient sous la tutelle de la couronne d'Angleterre j fut mariée à Hubert de Burgh , et le con^ seil fut donné au roi de partager son trône avec celle qui rcstoît encore ; Pandolfe, retourna immédiatement à Rome.

Dans les débats de Jean et de ses barons , ce prince avoit prodigué les terres de la couronne à ses partisans, et ceux qui tenoient les châteaux royaux à sa mort refusoient de les rendre, alléguant qu'ilsles tenoient pour le roi , en fidéiconimis , durant sa minorité. Rentrer eu possession de ces châteaux étoit une entreprise difficile et importante. Sur l'autorisation d'IIonorius , Paudulfc insista pour qu'aucun individu ne conservât en même temps le commandement de plus de deux châteaux royAux ; on demanda ensuite aux tenanciers toutes les aubaines et curatelles ; et enfin il fut déclaré, par Tassenliment du grand conseil, que Henri se trouToitenâge suffisant de recevoir la lil^e disposition de ses terres, châteaux et tutelles. Hubert demanda immédiatement, au nom du roi f la remise des tutelles et des châteaux ; i} y eut quelques résistances, particulièrement de la part des comtes de Chester et d'Albemarle ( 1223); mais les forces que. développa sur le champ le jeune roi leur imposèrent , et ils abandonnèrent leurs prétentions.

Des Roches avoit excusé la conduite des deux comtes: il arriva que , parmi les étrangers enricliis par Jean, se trouvoit un certain Fawkes, bandit féroce et sanguinaire, à qui ce monarque avoit donné le château de Bedford. Con-*

406 HISTOIEfi D^ANGLETERRE.

damné à une amende de 3^000 Ht. aux assises

deDunstable, pour plusieuri» malversations qui méritoient une plus forte punition ^ il s^étoit emp«lirë y par surprise , de la personne d'an dç ses juges, et Tavoit renfermé dans le donjon de son château f 5 juin 1224). Hubert saisit avec ardeur cette occasion d'humilier résèque de Winchesier, dans la personne d'un de ses partisans ; et il détermina le roi à faire en personne le siège de la forteresse , occupée par un audacieux Tebelle. La défense fut opiniâtre : les assiégés ne se rendirent qu*à la dernière extrémité ^ et furent forcés de se remettre à la merci dn roi , qui vonlut , par un exemple de sévérité , prévenir le retour de semblables excès : les chevaliers et au très i au nombre de quatre-vingts I furent pendus, et Ton envoya les archers en Palestine. Fawkes , qui s'étoitre^ tiré dans le comté de Chester, se rendit volon- ^ tairemeniy fut dépouillé de tout ce qu'il pos* sédoit, et banni pour toujours de Tiie. Des Roches crut devoir se bannir lui-même d'Angleterre y sous prétexte d'un pé^érinage à la Terre-^ainte.

Les conséquences des concessions imprudentes faites par les deux derniers monarques ecrmmencèrentà se manifester. Sous prétexte de résider & une invasiod dont le menacoit k ! roi de France, Henri assembla un grand conseil et demanda un subside d'urgence (1225) : après quelque négociation , on consentit a lui accorder un quinzième de tous les biens meubles , à condition qu'il ratifiieroit les deux chartes, qui, ! déjà ratifiées .deux fois depuis le commencen^ent de son règne, étoientsans cesse violées

HENRI III. i07

dans leur exécution par les officiers de la couronne. Les besoins extrêmes du roi surmou» * lèrent sa répugnance et celle de ses miniatres» et ka àeu% chartes furent ratifiées dms les formes qui leur appartenoient, et avec de nouveaux articles additionnels (i).

Le départ de Févéqfae de Winchester a^oit . laissé Hubert sans rivaux, et il y avoit dans le j^yne roi une disposition à partager son auto* rité avec ses iavoris. Hubert régna donc sans contrôle pendanut plusieurs années, amassa des richesses immenses par des concessions de terres, des aubaines «t des caratelles, cherchant à consolider aiMi son pouvoir, mais fournissant en même temps , par son ambition et son avidité, des armes à ses ennemis. Une

mi ■ I ■ ■«■i*» iiBi iiii—i 1 I ■ m f lum

(i) On arrêta qu'une veuve auroit pour son douaire le tiers de toutes les terres qui auroieut appartenu à son mari pendant la durée du mariage moins qu'elle n^eùt été dotée d'une plus petite portion à la porte de l'église ^ qu^aucan ^ciçime libre ne pourroh aliéner légalement de sa terre une partie asses forte* pour l'empéoher d'aooom-

Slir les services dus au seigneur du fief ^ qu'afiu de poser es bornes à l'aliénation en main-morte , nul ne pourroifc donner ses terres à une maison religieuse, pour tes tenir encore de la 'même maison ^ et que , d^une autre part, aucune maison relîgieu# ne pourroit recevoir des leries pour les affermer ensuite au donateur. Les assises de <c Darreîn presentment » furent renvoyées auT juges du banc. On ordontia que les cours des comtés se tiendroient « une fois pat mois 3 que la touHiëe des sbâ'ife ne se Teroit que deux fois par an , et l'examen des cautions (View of frank pledge ) à la Saint-Mtctiel seulement. On déclara enfin que tous les hommes dévoient jouir des mêmes libertés , et que le scutage seroit levé de la même mrniëre que sous Henri IL

408 HISTOIUE U ANGLETERRE.

en^pedilian infructueuse contre la France , dans laquelle il accompagna le roi, porta le

premier coup à sa puissance ; l'arrivée de Pierre des Roches , que le roi reçut avec la plus tendre affection » fut , pour le plus grand nombre, un pronostic de sa chute. Toutes las bouches raccusuieut hautement de despotisme et d'avarice ; et Henri s'étant plaint, à Tocca» sion d^une invasion des Gallois, de manquer cl'ar^^cnl, on lui dit qu'il pou voit aisément en preiulre chez Hubert et ses parents qui, depuis tant d'annéesi en accumuloient aux dépens de la couronne. Il adopta cet avis. Hubert reçut ordre de rendre compte de toutes les perceptions qu*il avoit pu faire depuis qu41 ëtoit grand justicier : soit qu'il n'eût aucune con* tiance en la justice, ou qu'il se reconnut coupable , il s'enfuit au prieuré de Mer ton. Henri voulut d'abord le faire arrêter; il lui ae- * corda ensuite deux mois pourse préparer à son jugement, puis il ordonna de nouveau qu'il fût arrêté ; et ceux qu'il avoit chargés de ce soin l'assiégèrent dans le sanctuaire de l'église de Boizars ou 11 s étoit réfugié (i). Henri le fit mettre ensuite en liberté| et lesomma de com* paroitre devant la cour de ses pairs à CornfailL Jl déclara ne point vouloir répondre aux chefs d'accusation que i on ële^ contre lui , et remit sa vie et ses biens au bon plaisir de sa majesté : tous ses biens meubles, ainsi que les terres qu'il tenoit directement du roi , furent

f i") Le quaranlième jour, la faim le força de se rendre à ses gardes , qui le conduisirent à la Tour.

nB»riiT. 409

coniisqucs au profit de la couronne , et on lui laissason héritage patrimontalet les terresqu^l tenoit de quelques suzerains* Après plusieurs vici ssi lu cl es cl e for t u n e e t d e n o u vea u x c 1 a 1 1 ge rs , auxquels Texposa l'inimitié de Tevêque de\V ia* chester, il trouva enfin un asile dans le pays de Galles, auprès du comte de Pembroke ; et lorsque la paix se rétablit entre le roi et ses barons par les bons offices d'Edmoncf , nouvel arche<* véque deCanterbury, Hubert fut compris dans la capitulation (1234, 28 avril), rentra au conseil et recouvra ses biens et ses dignités.

Le règne de Henri dura plus d'un demisiècle : ce ne fut qu'après la chute d'Hubert qu'il devint son propre maître, et que, choisissant lui-même ses ministres, il devint responsable des actes de son gouvernement. Ces actes sont si nombreux et si souvent contradictoires pendant les quatre années suivan* tes, que, pour plusde clarté^ nouslesdiviserons sous trois principaux chefs : les guerres du roi avec les puissances étrangères, ses négociations avec leqpape , et ses querelles avec ses barons.

Sous le règne de ce prince , il n'y eut entre lui et l'Ecosse quequelquesaltercations, dont il est toutefoisnécessaire déparier, parcequ'elles prouvent que les prétentions à la suzeraineté , depuis converties en droits par Edouard , furent aussi vivement soutenues par son père. On a déjà vu (lu'Alexandre II n'avoit pas hé* sité, quoiqu'il eut rendu hommage au roi Jean, à s'unir aux barons mécontents. Après le départ de Louis, il s'étoit soumis, avoit épousé Jeanne, sœur de Henri (1221), lui avoit rendu bom-^ magc.et les différends entre les deux princes I. i8

410 HISTOIRB d'aNGLBTERHE.

S cLolentàinsi accommodés. Main tenant Alexandre réclamoit la restitution des trois comtësdu nord f comme son héritage incontestable , et le p a iement des 1 5 , 000 marcs remis parGuillaume à Jean, non, disoii-il, comme une amende, mais pour servir de douaire aux deux princesses ccossoises élevées à la cour d'Angleterre. Le loi résista à ses demandes, soutint que rhomniagc dcj^i rendu par Alexandre étoit J'hommage-Hge de la couronne d'£cosse , et sollicita l'intervention du pape. Après un long débat, le roi d'Ecosse renonça à ses réclamations; mais la question de Tancien hommage resta indécise. Après la mort de Jeanne, on la fit revivre; et pour la soutenir, Henri rassembla luie^ nombreuse armée dans les environs de Newçastle. Aloirs le roi' d'£cosse jugea pra* dent de négocier, et consentit à un arrangement qui açcordoit en substance à Henri ce qu'il demandoit, et dans lequel cependant il élu doit la reconnoissance expresse de sa dépendance féodale (1224, 13 août).

AIexaodi*e eut pour successeur, son ^s, âgé de neuf ans et du même nom que luL II fut couronne, malgré ropposiLion de Henri, qui prélendoit qu'il ne pouvoit Tétre avant d'en avoir obtenu la permission de son seigneurlige (1249, 8 juillet). Deux ans après (1251 , 26 ,déccmbrejj Alexandre se rendit à York, eu exécution du traité conclu avec son pcre, pour épouser Marguerite , fille de Henri. Il fit hommage au roi, « pour le Lolhian et les autres terres qu'il tenoit de la couronne d'Angleterre, » mais refusa de s'y soumettre pour son rjoy?i,unie, disant que son voyage avoitpour ob-

-HENRI m* 4i i

jet d'cpouser la princesse , et non de traiter de ' matières d'état, trop importantes d'ailleurs ' pour qu'ilpût prendre une décision avant d'à- : voir consulté ses barons. Mais l'Ecosse tomba ^ vers ce temps-là dans un état complet d'anar* jchie. Robert de Ros et Jean Baliol furent nommés rcgents , <ît séparèrent violemment la jeune reine de son mari. Henri prit soussa protection la faction opposée, rassembla ses tenanciers, délivra le roi et la relue de leur captivité, nomma une nouvelle régence, punit les membres de l'autre I agissant avec toute la supério** rité d'un seigneur féodal, quoiqu'il «ùt prudent de déclarer que ces mesures ne l'orjneroient « aucun précédent » aux droits et aux libertés du peuple écossois. >

Le souverain indigène du pays de Galles, se nommoit Llcweilyn, et Henri Lui donnoit ordinairement les titres de prince d'Aberihraw et de lord de Snowdon. C'éloit un vassal <le la couronne , mais un vassal plutôt porté à la révolte qu*a Tobéissance. Il étoit aussi beaufrère de Henri , ayant épousé une de ses sœurs naturelles (i); mais cette union ne l'avoit pas rendu plus dispose à supporter ce qu'il croyoit un outrage ou une injure. Au reste les habitants des deux frontières étoicnt des jhiommes d'habitudes féroces, portés à la rapine et au carnage, vivant entre eux dans une guerre perpétuelle, oà ils se livroient, les uns contre les autres, aux plus horribles représailles. Henri porta souvent ses armes dans le

(0 Jeanne, fille 4e Jean^ par Agathe, fiUe dn comte de Ferrcrs.

412 HISTOIRS D*AWOLETERRE.

pavs de Calles: et chaque fois, il fut force de se retirer battu et lueconteut. Ketrancbé dam ses ndontagnes on derrière^ ses marais , le prinee g.illois pouvoit défier les plus redoutables antagonistes. Mais Llewellyn mourut; David, son fils et son soccesseur , emprisonna Grifn fith^ son frère naturel : la femme du captif en appela à Henri , qui iléjk venoit de sommer David de comparoitre devant lui (1241, iSt août); celni-ci l'apaisa em lui remettant son prisonnier entre les mains. Trois ans après , le prisonnier fut tué dans une tentative qu'il ût pour s^évader ; et , délivre de ce dangereux rt« | val 9 le prince d' Âberthraw chercha à se sou» | suaire a la suzeraineté du roi d'Angleterre , ' eu oiirant au pape de tenir sa principauté de I TEglise romaine. Innocent refusa cette propo^

sition , et Henri se hala de punir la déloyauté de son neveu. Les mesures sévères qu'il prit |

S our empêcher V introduction, par ses marches, 'aucunes marchandises ou provisions dans le pavs de Galles, réduisirent bientôt les indigènes confinés dans les montagnes de Merioneth et de Carnarvon aux dernières extrémités; mais à la mort de David (1246), ils élurent pour chefs Llewellyn et David , les deux fils de Griffith : ceux-ci sollicitèrent la clémence du roi d'Angleterre, devinrent ses vassaux, et s'engagèrent à le servir dans ses guerres avec cinq cents de leurs sujets*

On n'a point oublié que la nécessité a voit <irraché à Louis de France la promesse de rendre la Normandie, le Maine et l'Anjou, dès qu'il parviendrait à la couronne. Philippe, son père, étant mort en 1223 (le 14 juillet), le

tatiuveaa roi fut sommé de renij^ir ses cîKiga^^e*» ments et s'y refusa positiveiiicnL , prétendant que le roi d'Angleterre avoit, le premier, violé le traité » en forçant les barons alliés à acheter à grand prix sa proieclion, et pour n'avoir point accordé les libertés spéciiiées par la grande charte» Louis ne s^arréta point à uu refus : dès que la tréye fut iBxpirée, il publia de nouveau la sentence de confiscation portée contre le roi Jean, entra dan^ le Poitou ^ prit la Rochelle et d'autres villes, et porta ses conquêtes jusqu'à la rive droitede la Garonne. Cëci se passoit au moment où les violences de Fawkes avoient fait entreprendre le siège de Bedfort. Un parlement de barons fui convoqué à Nor^hampton : après de très vives querelles et la ewfirmation de la charte, il accorda au roi un subside d'un quinzième ; et Richard , , le plus jeune de ses frères, partit pour Bordeaux (1225, avril), sous la direction du comte de Salisbûry , et avec une forçe suffisante dû moins pour garantir la province de Gascogne. A la requête du légat.du pape , il y eut un armistice d'une année i le roi de France mourut avant son expiration ( 1226 , 8 nov. ) , et les troubles qui accompagnèrentlaniinorité de son fUs Louis IX , semblèrent offrir à Hemri, alors âgé d'environ vingt ans, une oc* • casion favorable de recouvrer le patrimoine de ses ancêtres; mais il étoit embarrassé dans ses querelles avec les barons ; ses ministres trou* voient dangereux pour eux, ou de 1* éloigner de TAngleterre , ou de se séparer de leur sou^ verain ; et Tarmistice se renouvela d'année eu Année, jusqu'à ce qu^Hubert jugeât nécessaire

414 HISTOIRE D^Af^GLETERRE.

tle céder y diynoins en apparence , à la ela-^

meur publique. Les habitants de la Guienne, les barons du Poitou et beaucoup de Normands appeloient Henri de tous^leurs vœnx : il fvkt arrèic que le roimeltroit à la voile pour aller porter secours à Pierre de Dreux, comte de Bretagne^ qui s' étoit ouvertement révolté contre Louis. Tous les barons d^4ngieterre et d'Irlande, et les princes de Galles s^étoient rassemblés à Portsmouth. Henri révoit déjà la conquête de la France, quand on vint l'aTenir qu'il n'y avoît pas de vaisseaux en nombre suf- j fisant pour transporter la moitié de rarmée : dans un- accès de rage / il tira son épée , et au» roit tué Hubert, si on ne Ten eût empêché I ( 1229). Il fallut renvoyer l'expédition à l'année suivante. Pendant Vhiveri Hubért|iarvint k se justifier; et au printemps suivant (1230, S mai) Henri s'embarqua pour St.-Malo , et s'avança jusqu'à Nantes, tandis que Louis prenoit Àngersi Amiens^et Oadon. Leroi peirditensuite son temps en parties de plaisir, fit un voyage eu Gascogne , revint une seconde fois à Nantes et retourna en Angleterre (26 octobre)^ A | tort ou à raison , les historiens ànglois attribuent cette conduite à l'influence pernicieuse d'Hubert , qui fut accusé , peut-étf e sans fon- , demen t , de recevoir une pension de la reine régente de France.

£Ue produisit toutefois , à Tégard du jeune monarque ^ des impressions fâcheuses : on le considcf a comme un lâche q u l craignoi t de com- 1 battre pour l'héritage de ses pères; toutefois il étoitdiÎBcilequ'aveC'Untrésorépuisé, etembar^ rassé qu'il était sans eesse. dans dqs querelles

HENRI m. . 415»

avecles barons^ ileù t les moyens et le loisir cV en«> • treprendre des expéditions continentales. Dix annëess'étantécouléesdansdes trêves succcssi- Yement rompues et renouëeSy il arriva que le comte delà Marche , le mari actuel de la rein'te Isabelle, fithommageàA.lpTionse, frère de Louis, - dernièrement crée comte de Poitou. L'orgueil de la mère de Henri s'en indigna: à son instigation y le comte de la Marche revint à Poi^* tiers, accompagnéde sa garde, et y défia publiquement Alphonse : la guerre fut déclarée , et Isabelle implora aussitôt le secours de son fils (1242, 27 janvier). Ni les prières du roi, ni celles de son jeune frère Richard , qui arri- <Toit de la Palestine ^ ne purent obtenir la coopération des barons à une guerre qui ne regardoit pas le royaume. Mais Isabelle ne cessant de Timportuner, et l'assurant que sa seule présence forméroit à l'instant même une armée, Henri s'embarqua à Portsmouth avec la reine, son frère et trois cents chevaliers; il relâcha à Royan, et rassemblant ses vassaux et .ses allies, se trouva alors à la tête de vingt mille hommes. Le roi de France, sorti de Paris avec un nombre égal de troupes, avoit vu son armée s'accroitre considérablement le long de la route, et tous les deux atteignirent en même temps la petite ville deTaillebourg, les armées n'étant séparées que par la Charente, rivière étroite, mais profonde et rapide. Le poiu qui défendoit le passage fut emporté par les Françoisf malgré la résistance vigoureuse des Anglois, qui ne perdirent courage que quand ils apprirent qu'un grand corps ennemi avoit passé la rivière sur un autre point, etmarchoii

4i6 HISTOIRE. D^AflGLETERRE.

pour leur couper la re irai le. Ils rompirent aussitôt leurs rangs et se réfugièrent prëcipitaiumentà Saintes. Henriqui^pourplusg^rande sûreté, s'étoit écarté de cette masse cte fuyards^ ne dut son salut qu'à la présence d'esprit de sou jeune frère Richard (i). Tous les deux s'échappèrent et atteignirentSaintesdansIa nuit.

Le lendemain , au lever de Taurore , le3 François étoient en vue de la ville: le comte de La Marche fit aussitôt une sortie , et par degrés les deux armées se trouvèrent engagées. Il y eut, de part et d'autre^ beaucoup de sang répandu; et bien que les résultats de Taction ne fussent pas décisifs, le roi de France demeura maître de la position. Il s'ensuivit néanmoins de cette affaire que le comte ^ sentant le danger de sa situation , traita secrètemeut avec Louis, s'engageant à quitter avec ses troupes r armée angloise^ à satisfaire Alphonse siur tous les points ^ et à remettre ses posses* ^ons à la discrétion et a la loyauté du vainqueur; et que Henri, instruit de ce traité, quitta Saintes si précipitamment > que les ornenients de la chapelle royale et la caisse mili* taire restèrent abandonnés à l'ennemi. Louis ^

(i) Désarmé, et un bàtoa de pèlerin à la maini ce prince se présenta an corps le plus avancé de Farmée

irançoise, et demanda à parler au comte d'Artois. Le comte rintroduisit auprès du roi , qui saisit celte occasion pour le remercier des bons offices qu'il avoit rendus aux chevaliers françois eu Palestine^ et, à ^^a demande, ii consentit à un armistice jusqu'au matin suivant, ne songeant pas que >a condcsccodaiice alloit lui ravir U prise importante qu'il étoit au momeot de faire*

li£^Ri 111. ^ a i

dont Farmée étoit ravagée par la dyssenteri^ ,

lie le poursuivît pas ; et une trêve de cinq ans fut conclue à la satisfactiqn des deux rnooaiques.

On prétend que si le monarque françois -

ii*eût consulte que soji pio])ie jugement, il eut. signé la paix avec T Angleterre, parce qu il cloutoit de la validité du titre par lequel il possédoi t en France des provinces anciennement la pro- ^ priëté des princes anglois, et que, pour obtenir de Henri une renonciation à ses droits, il eftt consenti à des sacrifices considérables; tandis que les pairs françois soutenoienl qu il

n'avoit pas le droit d'aliéner les domaines de sa couronne* Les négociations se prolongèrent

donc pendant dix-sept ans. Louis insistoit sur uneentièrecessiondelaîNormaïKlie, du Maine , de TAnjou et du Poitou : Henri demandoit un équivalent. Enfin, la renonciation fut fioiite; et Louis abandonna au roi d* Angleterre le Limousin, lePérigord, leQuerci» piometunt de lui payer annuellement la valeur des terres tenues dans la Saintonge et TAgenois par le comte et la comtesse de Poitou, et à la mort de ces princes , de les réunir à la couronne d'Angleterre. Henri , comme duc de Guiimne, s'engagea a faire liommagc au l oi de France.

Il s'éleva, $ouâ ce règne, de fâcheux démêlés entre le clergé anglois et la cour de Rome, démêlés que les historiens de cette nation, sans en excepter même les plus judicieux, ont représentés sous un faux point de vue, et do- - miné» par des préjugés dont", ▼« la forme de gouvernement sous laquelle ils étoient nés , il étoit difficile qu ifs ne fussent pas profou-

118^ . RISXplKK D'À»GC£T£RRfi^.

dément imbus (î). A k hiérarchie spirituclîe établie dès Korigine du chi isiiaiiisme , lés naHens du nord, en étendant leurs copqué* tes j avoient insensiblement incorporé les notions de jurisprudence qui leur étoient par- . ttoulières ; et , de même que tous les royaumes qu'ils aroient formés,, TEglise étoit derenue un ^nd royaumeféodal. Le pape tenoit la place du souverain ; les évéques pouvoient être considérés comme les .barons; le clergé isf^rieur représentoit les sons^vassaux ; et par une conséquence naturelle de Papplicatitm de ee principe I l'évèquev avant d^ctre saisi de Yadministradon de son* diocèse , jnroit fidélité et vassalité au pape ; et le prêtre , indépencFàmmeriL de l'ancienne promesse d'obéissance canonique^i faisoit hommage à son évêque. Il en résmioit quev de même que le souverain civil requéroît, dans ses nécessités, dessubsides descs* barons et par eu2^ de leurs vassaux, les papes^ en de semblables circonstances, fôisoient les mêmes demandés aux évêquesetau clergé. Ces demandes furent d'abord modiques et proportionnées àdesbesoins ^tti n'étoient ni considé- .nblesni pressants: mais, parlasuile, Tambition des empereurs et de plusieurs autres princes , dont les regards ne Qjessoient de convoiter l'Italie etde s'en disputer lés province, avoi'entengagé les papes, défenseurs-nés desliBerlés de ces belles contrées et menacés eux-mêmes comnic princes temporels, danrdés gjierres dont les

(i) Le dodeiir Lingard laî-ménie ne se isontrc pas en- . lièrament excnipt de ces prëjns^».

dépenser surpassèrent bientôt le» rei^einis dn

Saint-Siège. Pendant le règne de Henri, leur longue .querelle avec Vempereur Frédéric et ses partisans en Italie ^ querelle qui les ayant forcés d'aller ebercher temporaîreipent tin asile au delà des Alpes , et les avoit en mên^e temps accablés d'une dette iiiinaense^ et les subsides du clergé leur sembloient, arec juste raison, le moyen le plus sur d'éteindre cette dette et de rétablir leur puissance. Ils demandoient donc au .clergé de la cbrétienté , des ' subsides qui^ d^annëe en année, deyenoient plus considérables. Le clergé anglois futle premier qui murmura et qui voulu t résister ; mais Henri ^ intimidé par le soùvenir de ce qui étoit arrivé à Jean, son père,n'osoit le soutenir que foiblement, à moins qu'il n'y fût momentanément forcé par les murmures unanimes du clergé et des barons. \

Sous Innocent IV, le retour plus fréquent . de ces impôts les fit supporter avec.encore plus dHmpatience. Cependant les raisons qn'alléguoit le pape pour les justifier ne sembloient pas pouvoir être facilement rétorquées : il étoit exilé de ses états ; k Lyon , où il tenoit sa cour depuis deux ans, il n'avoit crauLrc ressoince que les contributions du clergé ; et <& tout ce qu'on lui donnoit étoit employé à soutenir la cause de la religion et de î'élat*. Al ces ^aisons f quelques nations répondoient seulement par des plaintes ; en Angleterre , on finit par montrer Topposition la plus décidée. Il leuv sembloit injuste, disoîent les évêques anglois', de fournir de l'argent pour faire la guerre à l'empercttr qui devoit loujouM être coiosidéré:

A20 BISTOltt D'AJICtfcETEaftV.

comme un prince catholique, «puisqu'il avoit ofCèrtide aoumettre la querelle à la décision ^ d'un cooeilc général » ; toutes les Eglises avoient leur propre patrimoine auquel le pape n avoitpasplus de droilqu'ils n'en avoient euxmêmes aux revenus <le l'£glise de Rome ( i ) ; dé mèilie que' dstts Tordre eiTil , la prééminence du pape dans le gouvernement de r£gUae lui imposoit ie devoir de veiller à toutes choses ^ et ne lui donnoit pas le droit d'en disposer; le superflu des revenus dm clergé, s'il y avoit du superflu, apparlenoit aux pauvres^ et il était contre son devoir de l'employer à soutenir une guerre sanglante

et destructive. » •

-Le roi et les barons se montrèrent quelque temps spectateurs indifférents de ces débals; mais l'appauvrissement du clergé finissant par rendre les charges nationales plus lourdes pour les laïques , des ambassadeurs furent envoyés au concile général de Lyon , ponr se plaindre, en termes fermes et respectueux, des demandes trop souvent réitérées du pontife. InnO'^

' (i) Le Tioe de ce raisonnenient est facile à décotiTTÎir : il repose sor an abus de mots qui faisoit de rEg^ise d'Angleterre une société libre et indépendante. Qr, sous ce rapport , il m'y a pas plus d'Eglise d'Angleterre que . d'Eglise de France, ou de toute autre nation chrétienne* L^Eglise est une et indivisible ; toutes ces Eglises partien-» lièrcs sout des parties dépendaates'de l'Eglise de Acné, qui est le centre de cette universalité du chrialtanisjne ; et sans entrer ici dans le fond de la question | il nous suffira de faire rcmsrqner que c^étoit une très grave crrenr que d'établir^ au moyai dNine telle supposition , une entibte ^slicé entre le ditf et h» membres.

HftNiif m. « 421

cent IV leur fit des promesses qui adoucirent leur méconteateinent; mais les besoins de sa position le forcèrent bientôt à revenir à de nouvelles demandes, et Tesprit d'opposition se manilesla avec une nouvelle force et même d'une manière inaccoutumée. Le clergé exposa ses griefs au pontife , et en appela au procnain concile général ; les barons iiisinuèrent clairement (qu'ils .étoient prêts à tirer Tépée, s'il étoit nécessaire > pour la défense du clergé : le roi même fit cause commune avec eux , et défendit de payer le subside, sous peine dVicourir son déplaisir. Cependant telle étoit alors t'autorilé irrésistible du Saint-Siège , que celte opposition s'évanouit peu à peu. Le clergé composa avec le pape pour onze mille marcs d'argent»

Un second grief se itipportoit à ce qu'on appeloit « les provisions papales » , au moyen desquelles le pape , suspendant le droit du patron »^ nommoit de sa propre autorité au bénéfice vacant. Ce privilège, qui en luimême découle naturellement du pouvoir administratif que possède le Saint-Siège sur la chrétienté entière, et dont les attributions 'nécessaires sont, comme celles de tout autre pouvoir, d'avoir la faculté de choisir ses agents, afin de maintenir Tordreetlasubordinaiioii clans toutes les pai lies de son gouvernement, éloit devenu abusif dans T usage : un grand nombre d'Italiens possédoient des ^ bénéfices qui auroient dû être conférés à des membres du clergé anglois; et se débarrassant sur un substitut des devoirs de leur, ministère, la plupart alloient en pays étran-

422 msToiRE d'angleterre,

ger recevoir et dépenser leur revena.

oergé et les eollateurs éxhalèrênt hautement

leurs plaintes; et des plaintes passant à la violence, il se forma une association dont les membres, se répandant avec mystère et acttviié dans le royaume , assassinèrent les courriers du pape, écrivirent des lettres menaçanteSk aux ecclésiastiques étrangers ou à leurs intendants, pillèrentlesproduits deleursbénéfiées , s'emparèrent même quelquefois de leurs personnes et les forcèrent k payer des sommes^ oonsidérables pour leurrançoû. Henri n'interposa que lentement son autorité pour arrêter ces excès. La cause fut portée devant le pape Grégoire IX, qui, faisant une exception: en faveur des eollateurs taîques, promit qvte les prorvisions futures se borneroient aux bénéfices connus pour être à la collation des pré* lais, des abbés et des corps ecclésiastiques-

Le clergé sentit les conséquences de cette distinction -, et dans ses remontrances au pape^ il ne cessa de se plaindre des subsides et des « provisions » comme d'abus qu'il luiétoit impossible de supporter plus long-temp^. X^evenu libre enfin de retourner k Rome par la mort de Fe^mpereur , Innocent se montra plus disposé à écouter ces réclamations, convint de Vabus et en déplora l'existence» Plusieurs pailia"tifs furent d'abord proposés , qui ne parurent point entièrement satisfaisants : enfin le pontife publia unebulle( 1263 , 3 nov.) par laquelle il accordoit à tous les patrons de bénéfices possédésalors par des étrangers le droit d'y présen- ' ter à l'instantmême, déclarantque tousceuxqui sercûeni présentés dévoient et pouvaient prest-

cire possession îmmédfatement après la mort ou

la résignation du pré^cnLbënéCciairo, et malgré toute «proyisioni»qui pourroit cire dorénavant émanée de lui ou de ses successeurs : la qu^ tion enresta là, durant tout Icicgnc dcHonri, Mais en 1254 , se présentèrent de nouveauj^ motifs de plaintes. Les aventuriers normands qui s^étoient emparés de la Fouille et de la Sicile , en a voient fait, par concession volontaire, des iiefs du Saint-Siège. Ces deux royaumes étoient passés sous la même condition an dernier empereur Frédéric. Dans ses longs démêlés avec les papes Grégoire et Innocent, toutes les terres qu'il tenoit du Saint-Siège avoient été confisc|uées; et d'après rexpériènce du passé, il fut résolu que désormais la couronne impériale et la couronne de Sicile ne seroient pas réunies sur la même téte. Frédéric avoit deux fils légitimes, Conrad roi de Germanie , et Henri , fils de sa seconde femme sœur du. roi d^ Angleterre ; il avoit en outre un fils naturel , Manfred , prince de Tarenté , que l'on acciisoit d'avoir contribué a la mort de son père. Innocent, rejetant ces trois princes , offrit successivement la couronne èo SicUe à Charles d'Anjou, frère du roi de, France, à Richard , frère du roi d'Angleterre, enfin à Henri pour son pi usjeirae fils Edmond: tousre*^ fusèrent par différents motifs, et Henri parce qu'il ne vouloit pas qu'on le crût opposé aux intérêts de son neveu. Sur ces entrefaites, Conrad avoit envahi la Fouille et sè p^é^ paroit a la conquête de la Sicile, lorsque le jeune Henri mourut subitement, empoisonné , dît-on , par son frère aine» 41ors n'étant plus.

424 HISTOIRE d'angletehre.

reloau par son premier molif , le roi d^Ângleterre reçut avec joie le don brillant et précaire que lui offroit le pontife (1254). On arrêta les dispositions militaires qui dévoient être faites pour que Henri prit immédiatement, et au iioui de son fils , possession des deux royaumes. Innocent s'engagea à avancer 100,000 livres tournois pour les premiers frais de Texpédition^ et fit prévenir le roi que la moitié de cette somme étoit déjà déposée à Lyon. La mort de Conrad, qui. arriva à cette même époque , ne rendit le pontife que plus ardent à pour^ suivre Texécution de son projet , et il crut s'assurer de la fidélité de Manfred, en le confirmant dans sa principauté de Tarente ; mais celui-ci, qui aspiroit secrètement h la couronne, suscita un rival à Edmond dans la personne de Conradin, le jeune fils de Conrad, et Henri n'arrivant point, malgré les sollicitations réitérées du pape, l'armée papale fut défaite par Manfred, dans le Toisinage de Troja* Innocent mourut cinq joursaprès cet événement.

(1255). Alexandre I V, son successeur, suivit la même politique : il lut arrêté entre lui et le roi d'A.ngleterre que la Sicile et la Fouille ne formeroient qu'un seul royaume ; qu'Edmond tiendroit du siège apostolique, moyennant le paiement dVla tribut annuel ; que Henri se re* connottroit responsable de toutes les dettes contractée.^ pour rexécuiion de ce traité, et enverroit le plus lot possible son fils dans la Pottille avec une armée. Mais Manfred, qui avolt gagné la dernière bataille avec un corps de Sarrasins que son père avoit lui ««même établis en Italie ^ continuoit ses succèS; et

miiKï nu 42é

îioit de remporter une seconde victoire sur le» troupes du pape^ après avoir irouvé le moyeu de corrompre les chefs mercenaires qui servoient dajis Tarmée ennemie. Maigre cette seconde défaite^ le pontife pressoit toi\jours l'arrivée de Henri et de soif armée; mais il lui faisoit savoir, en même temps , que son trésor étoit épuisé parles avances qu'il lui avoit faites (elles se montoient à 80,000 livres) ; qu'il éioit obsédé de créanciers qui menaçoient de saisir les propriétés de l'Eglise, et que dans l'impossibilité de solder les troupes qui avoient défendu la terre de Labour, Ules avoitlicenciées. Henri, qui ne tenoitpas moins que lepape àcé' projet,et qui u'avoit été arrêté jusqu'alors que par l'impuissance où il étoit de l'exécuter^ employa, auprès des tenanciers de la couronne, tous les expédients pour en obtenir des subsides : ils s'y refusèrent obstinément, allégaant la témérité de Tentreprise et les chances iHr certaines du succès. Ce refus fit retomber tout le fardeau derimposition sur le clergé. Ce fut vainement qu'il s^puisa en plaintes ét en remontrances, qu^l offrit au roi un don gratuit de 52,000 marcs, et qu'il en appela à la pro-, tectiou du pape : il lui fallut fournir la somm^ demandée, etily fut contraintpar des menaces d'excommunication et de confiscation. Cependant ce fut une nécessi té d'abandonner enfin ce projet de conquête de la Sicile, auquel Henri mettoitd^autantplusd'opiniâtrelé, qu'il offroit moinsde chancesdesuccès. Manfred continuoit de triompher de tous ses ennemis : à la Sicile et à la Fouille, il avoit ajouté la marche d' Ancône #t une partie de la Toscane (1263). Aiors. Ur*

426 HisTOia£ d'akcI/Eterre.

bain IV, successeur Alexandre, ayant obtenu le désislement du prince anglois , offrit la couroime à Charles d'Anjou, que sa briUauie victoire dans les plaines de Béneveni et la mori de Maofred , qui {^crii dans le combat , rendirent possesseur paisible de tout le royaume (1266, 26 février).

Henri avait liërité de l'antipathie de son père pour la charte de Un nnymead ; il reg^ardoil se» barons comme autant d'enueiuis li- i gués pour le dépouiller des prérogatives légi*

* tiines Je sa couronne, et ne mettolt sa cquiiance que dans des étrangers , auxquels il prodiguQit ses faveurs et les plus hautes charges de rétat. Les'noi>les anglois considéroient Ciis charges comoie leur appartenant de droit, et formèrent des associations pour soutenir leurs prétentions. Malhecreosement pour Henri, le domaine royal avoit été considérablement réduit durant les guerres entre Etienne et Mathilde, et ensuite entre Jean et ses barons ; et lui-même avoit accru cette pénurie des finances de la couronne par ses fautesjM>Utiquesetpar sesprodigalités.Ainsidonc, ati lieu d'être en mesure de répi^imer ses bavons , il lui falloit, tous les ans, leur demander un subside, auquel ceux-ci ne coasentoient jamais qu'à des conditions pénibles et même dégradantes pour son caractère. Ils robligè» rcnt à avouer ses erreurs passées , à confirmer j les deux chartes » et a promettre le renvoi im- ! ^ médiat des étrangers : Henripromit, et dès que ' sescoffresfhrent remplis, oublia ses promesses. 11 ne tarda point à demander de nouveaux seoours et à offrir les mêmes conditions,; les bayons exigèrent son serment: il le donna ^ et le

HENRI ITT. 427

Viola avec la même indifférencev Enfin, une

troisième fois , il iriompha encore de leur o^position, en scsouuieltant, dans uneassemblee solennelle, à l'excommunication , s'il maaquoit encore a ses engagements : le subside fnt accordé, et le roi revint à ses premières habitudes. Ce n'é(oilpas cependant un homme vicieux* Henri étoit religieux^ charitable en« vers les pauvres, ennemi du scandale, et jaloux de conquérir Tcstime publique; mais son |ug;cmcnt étoit foible , et il étoit gouverné par ses favoris , qui lui persuadoient qu'il n'étoit pas teiiu de garder des promesses forcées ciarrachéesi au mépris de tous les droits de la cou* ronne.

(1232, 25 décembre.) Après la dîsgrice d'Hubert de Burgh , l'évèque de Winchester, Pierre des Hoches, ancien gouveraeur du roi , avoît obtenu toute sa confiance , et

il y a lieu de croire que, l'éloignement du ministre ayant été suivi de la démission de& antres officiers du royaume, le nouveau favori saisit cette occasion d'élever et d'enri« cdiir ses parents et ses amis. Cet ascendant des étrangers n'eut pas une longue durée ( 123;3 , 1 1 juiUet) : sommjés de venir au conseil , les barons s'y refusèrent; le comte-maréchal déploya Tétendard de la révolte dans le pays de Galles; et le. nouvel évéque de Can« terJbury, Edmond , accompagné de plusieurs autres prélats , se rendit auprès du roi , et lui rappela que c étoit en suivant de pareils conseils que son père avoit été au moment de perdre sa couronne. Henri prit Talarme : ur* parlement conqjosé de barons fut convoqué, Edmond renouvela sies rem.ontr^ncea*

438 niSTOIRE D*iLNGLETEfttiË.

étrangers furent a Tinstant même cojigcdies; les insurgés rentrer eut en grâce, eli'on nomma des ministre qui possédaient la confiance de la nation.

( 1236 , 14 janvier.) A l'âge de vingt - neuf ans, le roi épousa Eléonore, fille de Raymond,

comte -de Provence. Guillaume, évéque de Valence et oncle de cette princesse, l'avoit accompagnée en Angleterre: il devint faieniàt le. favori du roi, fut admis au conseil et s'empara de la direction des affaires. Les barons se montrèrent de nouveau mécontenis : Henri , pour les calmer, accrut de trois personnes le aombre de ceux d^ntre eux qujl assistoient au conseil , et n'en craignant pas moins quelque machination nouvelle, obtint du pape un légat pour résider auprès de lui. Le cardinal Oth^in, choisi pour remplir ce ministère, opéra une réconciliation entre le roi et les grands vassaux ; et par son conseil, Guillaume y après aToir été promu au siège deWinche$ter,^ vacant par la mort de des Roches, retourna sur le continent.

De nouveaux favoris lui succédèrent ; et c*é-

toient encore deux oncles de la reine : Pierre de Savoie, à qui le roi donna la seigneurie de Hiçhmond, et Boniface de Savoie, qui, à la mort d'Edouard, devint archevêque de Can- . terbury. LcsAnglois, plus mécontents que jamais, mettoient leurs espérances dans Richard, frère du roi, alors en Palestine. Mais ce prince, à son retour, embrassa lui-même la cause des étrangers, en épousant Fanchetie, autre fille de Raymond. Isabelle elle-même voulut que les enfants qu'elle avoit eus du comte de là Marche, partageassent du moins les faveurs

wsmi ut. 439

qu obteuoil la famille de t^rovence. Elle le« envoya donc en Angleterre» où ils reçurefnt, suit des présents considérables , soit de yrands ptablissemenis. Sa iille Alice épousa le jeuae comte de Warenne/

Tandis que Henri enrichissort ainsi ses parents étrangers 9 il étoit réduit lui-même aux dernières extrémités* Le temps étoit passé où le despotisme des rois d'Angleterre pouvoit violemment extorquer à leurs sujets tout l'argent qu'il leur plaisoit^ pour satisfaire leur avidité ou leur ambition : ^imprudence de Jean avoit fait naître, et la minorité de Henri avoit nourri, un esprit de résistance énergique con* tre Texercice illégal de l'autorité ; et les se-» x:ours demandés par le roi lui étoient assignés par la grande charte, non pas au gré de son caprice, mais selon la sagesse des prélats et des barons. Sa condescendanee aux contribu-^ tions imposées au clergé par le pape, et les dettes qu'il avoit contractées dans l'affaire de Sicile, aigrissoient le mécontentement public ; des sociétés s' étoient formées pour redresser les torts faits à la nation ; à plusieurs reprises on avoit demandé que les officiers de l'état reçussent leur commission en grand conseil ; enfin la constitution fut totalement intervertie par la téméraire ambition de Simon de Montî'ort , comte de Leicester.

Sinum étoit le plus jeune des deux fils du comte de Montlbrt, nom célèbre dans les annales des guerres religieuses. Héritier, par la renonciation de son frère Amaiiry , connétable (le Fi ance , des biens de sa mère Aniicia , l'aînée de deux sœurs cohéritières du dernier comtç

430 mSTOIRS D^AMGICTEIIBE.

de Leicesier, rapproché du trône par son mariage avec Ëléonore, sœur de Henri , il s'étoit

attire , quoique étranger, la faveur de la nation par son opposition constante aux exactions^du roi et ailx demandes des pontifes. La politique ordonnoit à Henri de le ménager: il n*en fit rien; etsepiut nièmeà Tirriter par desaiîronts. Après TaToir chargé de fonctions importantes et de confiance, il Tavoit nommé, par lettres patentes , et pour cinq ans , gouverneur de Guienne. Simon ayant usé d'une sévérité , qui peut-être étoit nécessaire dans une province dont la fidélité étoit chancelante , s'y fit des ennemis , fut accusé devant le roi de péculat, de tyrannie et de cruauté , et ses accusateurs , rarchevôque de Bordeaux et les principaux de la noblesse, déclarèrent quesiTon ne faisoit droit'à leurs plaintes, ils împloreroient la protection d'un autre souverain. On ne sait jus-

3u*à quel point leurs accusations éioient fonées ; mais lorsque Simon parut devant ses paii's , il étoit accompagné de Richard, frère de Henri, des comtes de GlocesteretdeHerefort, qui s'étoient engagés à le mettre à couvert du ressentiment du roi. Ne pouvant obtenir sa condamnation «celui-ci exhala sa colère en ter* mes voilents, auxquels Simon répondit avec une violence égale. Leurs amis les séparèrenl. Le comte ne consentit à rendre ses lettres patentes , quVn recevant une somme considérable, se retira en France pour se soustraire à la vengeance de Ilenrî| et, dans la suite, seréconcilia avec lui.

Richard , quoiqu'il fût en opposition avec json frère , ne s'ctoii jamais laissé entrainer à

n£?iRi m. 431 usurper les droits de la couronne ; aussi économe que son frère étoit prodigue, il passoil j>our le prince le plus opuknL de FEurope. L'ambition le porta à sacrifier imprudemmenl cette fortune à la perspective d'une couronne. En 1356 , les archevêques de Cologne et de Meiz , ainsi que rélecleur palatin, le nommèrent roi des Romains; peu de semaines après 9 les au très élecleurs donnèrent leurs suffrages à Alphonse , roi de Caslille. On persuacki à Richard que ses richesses dévoient assurer son succès : il partit pour ses états imaginaires ( 1257 , 28déc.), et fut couronné à Âix-la-Cha- • peîîe , en présence d'un grand nombre de princes de l'empire. Lesbarons, mécontents, n'étant plus retenus parsa présence ^ se liguèrent

pour renverser le trône, et mirent à leur teîe le corn le de Leicester, grand sénéchal, le comte de Herefort, grand connétable ^ le comte Maréchal , et le comte de Glocester. Une disette générale souleva en leur faveur le peuple ,

aui attribuoit ses misères non à rinclcmenoe u temps I mais aux fautes du gouverneiftent. Henri avoit convoqué un grand conseil àWeslniinster: le troisième jour, les barons parurent dans la salle ,^ armés de toutes pièces ( 12à8 , 3 mai). Lorsque le roi entra , ils tirèrent leurs cpées : «Suîs-jc donc votre prisonnier, s'écria Henri?» Ou le rassura sur ce point; mais on lui déclara que sa prodigalité et sa partialité pour les étrangers ayant plongé le royauroie dans la misère, il devenoit nécessaire que le gouvernement fût confié à un comité de barons et de prélats. Après une vive altercation , le roi jugea qu'il devuit se soumettre. Il fut

432 HISTOIRE D^NGLETERRE.

convenu que la commission pour la réforma» lion du gouvernement se composeroit de vinglnqfua Ire membres , barons et prélats, dont la moitié déjà clioisie , formoit son conseil , dont l'autre seroit nommée dans un parlement qui se tiendroit à Oxford; que le roi sollicite* roit du pape Tenvoi d'un légat en Angleterre; et qu'a ces conditions, on paieroit ses dettes et l'on soutiendroit les prétentions d'Ëdmond à la couronne des Deux-Siciles.

Au jour fixé y le grand conseil, désigné dans les annales d'Angleterre sous le nom de « mad parliament, » « le parlement enragé» , s'assemblaàOxford(il Juin): les barons, pour intimider leurs adversaires, s'étoient fait suivre dé leurs tenanciers militaires, et s'étoient juré de rester fidèles les uns aux autres. Les membres du comité de réforme furent nommés : au nombre des douze choisis par Henri , se trouvoîent son neveu , fils de Richard, deux de ses frères utérins , et les grands officiers de la couronne ; les chefs de la faction firent partie des douze nommés par les barons. Après avoir iaitserment de réformer le gouvernement du royaume pour la gloire de Dieu , le service du roi et l'avantage du peuple , les deux partis désignèrent chacun deux de leurs adversaires ^ et ces quatre élus furent cha^ésde nommer quinze personnes pour composer le conseil d'état. l!s procédèrent à ce choix avec une impartialité apparente. Les deux partis eù fournirent un nombre égal, mais on eut soin d'en écarter les principaux amis de Henri : son neveu , ses frères et tous les chefs des réformateurs y entrè- X*ent. Ils mire.nt èt leur tête Bonilace^ archevèr

que de Canterbury f que Ton savoit 4ispo&« à soutenir la faction jpopul^ire.En peu de temps , le triomphe de Leicester fut eomplet: le justicier^ le chancelier, le trésorier, tous les shériffs et gouverneufsde châteaux royaux furent destitués, et leurs places données aux chefs des réformateurs , ou aux plus dévoués de leurs adhéren ts .Tous jurèrent de rempUr leiars fonctions conformément aux ordonnanças du comité et non autrement, et les gouverneurs des châteaux de les rendre à Henri ou à ses héritiers et non à d'au 1res, sur un ordre du conseil, et à Fexpiratïon de douze années, sur la seule demande du roi (0. S'ëtant ainsi assuré la souveraine autorité , le comité commença l'œuvre de la réforme, en ordonnant: l** que quatre chevaliers seroient choisis parles francs* tenanciers de chaque comité , pour exposer devant le parlement les transgressions de l'administration royale; 2<> qu'un nouveau grand shériff seroit nommé annuellement dans les comtés

Kr les fraucs-tenanciers ; 3'' que les shériifs , \ trésoriers, justicim et chanceliers rendroient leurs comptes tous les ans ; que les parlements se réuniroient trois fois par an , en février. Juin et octobre. Ils eurent soin que ces

(i) Les chAteanx royaux étoient ceux de DoaTres et cles éînq-Ports, NortbamploD , Gorf , Setrix»rôii|h , N<iitingham , Herefort , Exeter, Ssrum , Hadiei^h , Winchester, Porchester, Bridgenorth , Oxford, Scherburn , la Tour de Londres , Bamborough , Newcastle sur Tyne , RocLit^icr, Glocester, Horestan et Devizes. Windsor, Wallingford , et quelc^uei autres, mièreut eocore en la possession du loi.

assamblAM ne fussent composées que de lenn

partisans. Sous prétexte d'épargner aux autres membres la peine et la dépense des voyages, ils nommèrent douze personnes pour représenter la communauté; c'est-à-dire le corps entier des comtes 9 barons et tenanciers delà couronne ; et leurs suffrages , joints à ceux do conseil d'état, durent être considérés comme l'expression de la volonté générale.

Ces innoyations ne passèrrat pas sans opposition. Henri y fils du roi des Romains , Aimar, Guy et Guillaume , frères du roi , et le comte de Warenne , membres du comité , y nourrissoient parmi les amis du monarque un esprit de résistance qui pouvoit devenir faul aux projets de Leidester et de leurs associés: on résolut de les intimider par des menaces et même par des accusations formelles* Tremblant pour leur liberté et leur yie, les trois frères du roi quittèrent secrètement Oxford , et se réfugièrent , avec leur quatrième frère, Geofiroi de Valence , dans le château de Wol* Tesham, qui appartenoit à Tun d'eux (i). Ils y furent poursuivis et bloqués par les barons, et n'obtinrent d'autre condition que de sortir du royaume , emportant seulement avec eux six mille marcs d'argent, et confiant le reste de leurs biens à la loyauté de leurs adversaires.

Leur départ anéantit le courage des dissi* dents ; le prince Henri , Jean de Warenne, qui avoit épousé Alice, fille d' Isabelle , Edouard même , le fils ainé du roi , prêtèrent le serment

Çi) A Aimar. comme éréque élu de Winehçstir.

Digiiizea by GoOgI(

^ HENRI m. 435

d'obéir ûiix ordonnances dn comité; et ce prince fut obligé, malgré son extrême répugnance, de se former un conseil de quatre réformateurs, pour Tadminisiration au duché de Guienne. Ils demandèrent en même temps au pape la déposition de l'évéque de Winches* ter et la coopération du légat j pour travailler avec eux à la réforme du royaume. Ils apprirent, peu de temps après, que Richard , roi des Romains , après avoir épuisé ses trésors en Allemagne , revenoit en Angleterre pour y lever de nouvelles taxes sur ses domaines* Ils ^arrêtèrent à Saint-Omer, et là lui firent intimer, de la part de Henri , la défense de s'embarquer avant d*avoir prêté serment d'observer toutes les clauses de la réforme ; ce fut une nécessite pour lui de s'y soumettre*.

Par le premier traité de Westminster, cette réforma tîon deFétatdevoit être terminée avant Noël : ce n'étoit point Tintention de la faction de se dessaisir ainsi du pouvoir ; et procédant ' dans ses travaux aussi lentement qu'elle avoit mis d'empressement à les commencer, elle essaya de justifier ses délais par une proclamation où elle démon troit k la nation Timportance et les difficultés de cette entreprise. Cependant les chefs distribuoient a leurs partisans tous lesemplots laïques, et les bénéficias ecclésiastiques à la collation du roi , et se partageoient la plus grande partie du revenu royal. Mais bientôt les vues ambitieuses de Leicester alarmèrent ses partisans, etil s'éleva entre luiet le comte de Glocester une querelle ^ui menaça l'existence même de la confédération. On les avoit amenés à une réconciliation apparente y.

Digiti/c

iâ6 BlSTOtaE D\»GL£TEftES.

lorsqu'une pétition des chevaliers bacheliers ir Angle terre (it naître de nouvelles alarmes : ils faisoient observer au conseil que , depuis dix-huit mois, il éloit en possession de l'autorite souveraine , que le peuple ignoroit encore quel seroit le résultat de leurs travaux, et le prioit de hâter la réfôrmation* 11 fallut se rendre à cette demande qu'il eût été dang^ereux de mépriser; et dans rassemblée suivante du parlemeniy le projet de réforme fut propose, approuvé et expédié pour être mis à exécution par les juges dans leurs tournées. 11 avoit pour objet principal de défendre les tenanciers inférieurs contre Topposition de leurs seigneurs, et d*épurer radministration de la J[usiice. Les mesures qu*il présentoit pour j parvenir furent loin de satisfaire l'attente de la nation ; et Ton commença , de toutes parts, à désirer que l'autorité souveraine pût être arrachée aes mains de. quelques nobles factieux , pour être rendue à celui à qui elle ap* partenoit Icgllimcment.

Henri n'avoit été , pendant deux ans , que Tombre d'un roi. Forcé de supporter cette humiliation , il ne restdit pas olràeryateur in» attentif des événements : il remarqua a la lois, et le mécontement du peuple et les divisions intestines de la faction. Les dissentions eontijuicrent entre Glocester etLeicester: celui-ci, ne voulant pas reconnoitre la prépondérance de son rival, se relira en France , et, le premier, exprima le désir de se réconcilier avec 8on souverain ; mais alors le prince Edouard, jadis si zélé défensçur des droits de la cou* rpnney se jeta d^ns le parti de Leiccster, leur

Uiyiiizeo by GoOg

HB2iM lit. 437

plus dangereux ennemi , et celte réunion îti-

altentlue éveilla dans le cœur du roi le soup- <;oii d'un complot pour le faire descendre du triVne et y placer son fils. Dans ces dispositions d'inimitié, de défiance et de jalousie, les barons be réunirent a Londres ]^ 1260, l«»*mai) pour se rejoindre a Henri en parlement ; ils y arrivèrent, suivis de leurs tenanciers, se ioi lifièrcnl dans leurs logements pour prévenir toute surprise, et la cité entière fut en alarmes : tpatefqis lesbons offices du roi des Ho* mainsamenèrent une réconciliation apparente; et les différents partis quittèrent le parlement, renfermant au fond de. leurs cœurs tous les sentimentsde leur première haine, et plus que jamais résolus d'élever leur agrandissement sur la ruine de leurs adversaires*

£nfin- Henri se persuada que le moment ctoit venu de ressaisir son autorité : il entra subitement dans le conseil, reprocha aux membres assemblés leurs délais affectés, leur àmbition, leur rapacité, leur violation de la confiance publique, déclarant que, dès ce moment , il ne les reconnoissoit plus pour sou conseil , se retira à la Tour, s'empara du tré* sor à la Monnoie, fit fermer les portes de Londres, requit le serment de fidélité de tous ses habitants , et commanda aux chevaliers de plusieurs comtés d'assister en armes au procbain parlement. Les barons assemblèrent aussitôt leurs vassaux, et arrivèrent dans le voisinage de la capitale; mais aucun d'es deux partis n'osant commencer les hostilités , ils convinrent de remettre leurs différends à la décision du prince Edouard. 11 ëtoit alors eu

438 aisToiRB p'angleterrë.

France, d'où il se hâta de revenir; et , à la grande surprise de ceux qui n'étoient pas dans le secret , il embrassa le parii des barons.

Henri cependant persévéroit dai^s sa résolution. Le parti de ses ennemis, réduit par les désertions aux deux comtes de Leicester et de Glocester, au grand-justicier, a Févêque de Worcesler et à Hugues de Monttort, faisoit^ Taloir, pour légitimer sa résistance, le serment que le roi et la nation avoient juré à Oxford : on leur répondoit que la même autorité qui avoit fait la loi pouvoit la rapporter ; et pour plus de sécurité , Henri obtint du pape Alexandre une bulle qui le releva de son ser- ' ment, établissant que les actes d'Oxford étoien t injurieux à Tétat et au sou verain. Il publia cette bulle, nomma un chancelier et un justicier nouveaux, changea tous les officiers chargés des . hautes fonctions publiques,, et dans deux proclamations, qui se suivirent de très près, annonça quHl avoit repris l'exercice de Tautorité publique , et adressa k ses sujets une apologie de son administration, depuis quarante-cinq années qu'il étoit monté sur le trône, la mettant en opposition avec celle des barons , et les invitant à prononcer. Les chefs de la faction avoient sommé trots chevaliers de chaque comté du midi de la Trent de les rejoindre à Saint-Albans : le roi les somma de son côté de se rendre à Windsor, pour y assister à la conférence qu'il devoit avoir avec les barons. Plusieurs entrevues eurent lieu à Londres, et n'amenèrent aucun résultat (1262, 2fc?r.)/ Enfin les barons abandonnèrent la plus grande partie des articles provisoires (avril), et le roi

bigiiizeo by GoOgI»

sanciianna tout ce qui tendoit évidemment |i la prospérité du royaume. Leicester , mécon-' tent, se relira en France, et Henri déclara que 9 déterminé à observer et à soutenir chaque article des deux chartes, il puniroit sévëremenl quiconque adhéreroit à la confédëration des barons*

Devenu libre» Henri se laissa trop facilement persuader de visiter Louis de France; etLeicestei^ profita de l'occasion pt>ur retourner en Angleterre, et réorganiser l'association. Oubliant l'expérience dupasse, le prince Edouards'étoit entouré de soldats étrangers, et avoit confié à leurs chefs la garde des châteaux, ce qui avoit produit le double effet de réveiller les soupçons des barons , et de lui aliéner Taffection des royalistes. Dans leur mécontentement, plu» sieurs de ceux-ci s'adressèrent secrètement au comte, et entraînèrent dans leur parti un auxi* . liaire puissant, Gilbert de Clare , fils et sue» cesseur do rancieii antagoniste de Leicester, le dernier comte de Glocester. Henri , averti des projets de ses ennemis , ordonna aux citoyens de Londres et des Cinq-Ports , et aux principaux barons, de lui prêter serment de fidélité, ainsi qu'à son fils ainéf le prince . Edouard. Le nouveau comte de Glocester se relira à Oxford, où le rejoignirent ses partisans ; et, peu de jours après, Leicester parut à leur tête et déploya la bannière royale. Ils séparèrent de Glocester, de Worcester, de Bridgenorth , ravagèrent les terres de tous ceux qui refusèrent d'embrasser leur cause; et leur nombre s'accroissant sans cesse,. ils march^ent sur Londres, où le maire et le peuple

4Ui HISTOIRE d'a.NGLETEKRE.

é^oïenl pour eux, tandis que les aidermen (échevins) et les principaux habitants se dédaroient pour le roi. Henri étoitmaître delà Tour : Edouard , après avoir enlevé du temple mille marcs d'argent, se retira an château de Windsor, La reine, ayant voulu suivre son fîls^ fui insultée par la populace; et il lui fallut la protection du maire pour pouvoir se réfugier en sûreté dans le palais épiscopal, près de St.- Paul.

Le roi deâ Romains reparu talors comme mé*

diateur;maisHenrin'enfutpasnîoins oblige de céfler a u pouvoir toujours croissan i deses ad ver* saires. U fut convenu que les châteaux royaux seroient de nouveau remis aux mains des barons; qu'on banniroit encore les étrangers; que, sauf les modifications qui seroient jugées nécessaires , les articles provisoires d'Oxford seroient exécutés» Henri revint à son palais de Westminster; on choisit de nouveaux officiers d'état, et les concessions du roi furent notifiées aux conservateurs de la, paix dans les différents comtés.

Un article du traité obligeoit à obtenir Tassentiment du parlement : il fut élevé tant d' objections; présenté tant derédamations d'indemnitéspourlesravages commis par les barons, que deux parlements s^assemblèrent sans qu'un arrangement final p&t être conclu. Pendant ce temps, plusieurs associés se rattachèrent à la cause royale ^ les uns mécontents de l'ambi- . tion et de l'arrogance de Leicester, d^autres attirés par des concessions de terres ou des promesses de récompense. Le roi se trouva assez fort pour tenir la campagne , et s*il ne

fiE^^Ai m. 441

rîéami.pa$ dms une teniallve qu'il avoit faite sur Douvres y il s*en fallut peu que , dans

UQQ rencontre aux portes de Southwark^il ne s'emparât de lat persoiine même de Leicester*

. (14 décembre*) La puissance des deux partis se trouvant à peu près balancée , les exhorta* ttons pacifiques des évéqiies furent plus faci* lement écoutées, et Ton convint de soumettre la contestation à Tarbîtrage du roi de France. Le roi etses adversairescomparurent devant hri à Amiens, Henri en personne, le comte par des fondés de pouvoirs; et Louis i après avoir mftrement examiné lafihire , prononça en faveur de Henri ( liG4, 23 janvier). Il annula les articles d'Oxford , comme également cor^ trairesaux droits de la couronne et aux intérêts de la nation, ordonna que les châteaux royaux s^oient rendus, que le roi seroit maître de nommer les officiers d*ëtat, ceux de sa maison, les membres de son conseil, indigènes ou étrangers, etc. Ce jugement fut confirmé par le pape, avec menace d'excommunication contre ceux qui refuseroient de s'y soumettre.

Les barons déclarèrent à l'instant même cette décision contraire à la vérité et à la justice. Les hostilités recommencèrent, et tous les propriétaires étant alors forcés de se réunir à run des deux partis, la guerre civile embrasa presque tout le royaume. Dans le Cornwali et le Dévonshire , les royalistes avoient Tascendant ; les deux partis se balançoient à peu près dans les comtés du milieu et sur les frontières du pays de Galles*; mais dans les Cinq-Ports, dans la métropole et les districts voisins, Leices- I. 19.

ieruetrauYoitpoîatd*o[^sLtîon. Une conventkm pour leur 9Ùreté nuituelle fut si^ëe d'une

part par le maire de Londres , Thomas Fiiz- Thomasy son parti&an, et la communauté de la cité; de l'autre par Léicester^ Glocester, Derby, Hugues - le - Dépensier (Despenser), grand-jus tîcier, etdouze ^rons. Tout individu mâle au dessus de douze ans détint membre de Tassociation ; on organisa militairement la population entière de la ville; et le Dépensier, se mettant à la léte de ces bandes associées, les mena détruire les deux palais du roi des Romains ^ à Isleworth etWestmin^ ster, et les. maisons des partisans de la cause royale. Les juges du banc du roi et de la cour de l'échiquier furent jetés en prison* On fit porter à la Tour les fonds des marchands étrangers et des banquiers , qui pour plus de sûreté, les avoient déposés dans les églises; enfin il se fit un massacre presque général des Juifs, au nombre de cinq cents, hommes, femmes et enfants , et les chefs se partagèrent leurs dépouilles.

Henri avoit somme les tenanciers de la couronne de le rejoindre à Oxford; Comyn, Bruce et BalioU lords des frontières d'Ecosse, se réumrent à lui , et il déploya son étendard. Northampton, Leicesteri Nottingham, trois des forteresses les plus importantes, tombèrent entre ses mains , avec uu grand nombre de prisonniers I parmi lesquels Simon, fils aîné de Leicester. Il revint ensuite dans le &enl aiï secours de Henri , son neveu , assiégé dans Kochester, força l'ennemi à lever le siége^ et après une tentative infructueuse pour s'assu**

. ij - . ..y GoOgl

rer la coopération de Cinq-Ports^ établit son ^ quartier général dans la TÎile de Lewes.

Leicester , dont l'armée étoit aogmentée , d'un corps de citoyens de Londres , sortit de cette Yille , et arrivé à Fletching , écrivit au roi, pour lui protester que c'étoit contre ses mauvais conseillers et non contre lui qu'il avoi t pris les armes. Henri y répondit par un défi public; le prince Edouard et le roi des Romains déclarèrent au nom des barons royaux que l'accusation étoit fausse, et appelèi^ent les comtes de Leicesler et de Derby à comparottre devant la cour du banc du roi , et a y soutenir leur assertion en combat sin^lier. Après i'ob* servation de ces formçs que l alliance entre le seigneur et le vassal rendoit nécessaires , Lei* cester, quiavoit su persuader a son armée que la cause qu'elle défendoit étoit celle du ciel, laissa son étendard et ses bagages sur une colline à environ deux mill^ de Lewes, et descendit dans la plaine* Les habitants de Londres s'élancèrent les premiers sur l'ennemi en pous* sant de grands cris : le prince Edouard les reçut, les rompit en quelques minutes et les dbassa jusqu^à l'étendard. S'il fût alors revenu sur l'arrière -garde de Tennemi, il pou voit s'assurer la victoine; mais le souvenir des insultes que sa mère avoit reçues de la part de ces hommes ^ le remplissant d'une ardeur de vengeance, il poursuivit les fugitifs, quatre milles encore au delà, avec la fleur de l'armée. Leicester , profitant de la faute du prince , , tomba avec le reste de ses forces sur Henri et sur son frère ; le corps écossois fut taillé en pièces , et ses chefs Comyn et Bruce se rend4-«

' 44 i tolSTOlU I»'ABIGL£TEIIft£.

reat prîaonniers; le rot des Ekamains eut le même sorA y et le roi lui-même abandootté à *

la fin de ceux qui rentouroient et qui ne pOttY^oient plus soutenir le combat, fat luimême 4>bUgé de se rendre* LMcesier ooadttMit son royal prisonnier daus le prlcurë. * • ' .

Quand £4ûuard revint de sa poursoUe ^ les j deux arméea aToieni disparu « Comme H ap« I

prochoit de Lewes, les barons en sortirent, et \ au premier choc y le comte de Warennera^pec leslrères utérins du rai eisept cenls cheraux s'enfuirentàPevenscy, d'où ils s'embarquèrelit popr le continent» L& résultat de cette dosas* treuse aOaice fut un traite que l'on ctifieliii*, dès le matin suivant, et qui est connu sous le liomde-^ 0Q4npromis de Lewes o . Il y fut^cour venu qu'on rendroit la liberté à tous les prà- SJnniers; que les princes Edouard et Henri i^teroiefit en otages comme cautions de la canduite pacifique ^e leurs p&res ; qu^em. s-m reniettroit à des arbitres de tout ce qui n'auroi t point été arrêté à tamiable dans le pro* cfaain parlement* - Le projet d'arbitrage n'étoit qu'un subterfuge pour ti^omper le vulgaire. Henri, traité par Leicester avec toutes les démoustratioi» extérieures de respect, ne fut plus entre les mains de ce factieux, que l'instrument de soa ambition. 11 le fit garder à vue dans le 'lieu qu'il avoit marqué pour sa résidence : au lieu * de rendre la liberté au roi des Homains , ennemi plus actif et plus dangereux^ * il* le fil renfermer dans le château de Kenilworlh ; et on le vit, de sa pleine autorité, apposer le sceau de l'état sur les ordres que Ton^pulilicHt

HEnRi Ht. 445

pour Tabaisfiement de l'autorité rojFale. 11 sut . mettre les comtés smis sa dépendance , au

moyen d'officiers qu'il y envoya avec le litre de a conservateurs de la paix » , et qu'il mimit des pouvoirs les plus étendus. S^étani par leur influence créé un parlement eatièremetit k sa dévotion y il j fut proposé et établi une nouyelie forme de gouvernement, qui devoit durer jusqu^a ce que le compromis de I^wcs eût reçu son entière exécution , et dont le but 4koit d'en imposer à la nation en lui pèiisua* dam que Tautorilé avoit été rendue au roi et à son conseil. Ce conseil fut formé en effets mais de telle marnière, quHl ne se composa que * des créatures des chefs de la faction , et les pouvoirsqu*on lui donna furent tels, qu'ilspurent s'exercer sans contrôle tant que le parle* ment ne seroit point assemble. Il eut en outre la nomination de tous les ofliciers d'état, de ceux de la maison du rot et de tous les gouvernements des châteaux royaux.

Le comte jouis&oit alors de plus d'aulurité ue Henri n'en avoit jamais possédé; mais 'un autre côté les nations étrangères et le souverain pontife avoient embrassé âTcc ardeur la cause du monarque captif. Une flotle s'assembloît à Damne en Flandre , par les soins de la reine Ëléonore , pour transporter en Angleterre des milliers d'aventuriers, qui avoient juré d'humilier Torgueil d'un sujet ambitieux et déloyal. Leicestel* réunit toutes les forces de ht nation au camp des dune^ de Barfiam , prit lui-même le commandement de la flotte , et croisa dans les détroits pour in* tercepter Tarmée des envahisseurs, qui, re» ^

446 HISTOIRE D^NGLëTËRRE.

tenue trop Ion g- temps parlesTetits contraires^

se débanda lorsque le temps de son engagement . fat expiré. Le €omte trouva en même temps le mteyen d'échapper aux effets de l'excommunication que le pape avoit fulminée contre les ennemis du roi, en empêchant toute communication tde son légat avec ^Angleterre.

Cependant on le solliciLoit de toutes parts de rendre la liberté aux deux princes, Edouard et Henri. 11 parut vouloir acquiescera ce vœa, et convoqua à cet effet un parlement; mais ce parlemeaty composé uniquement de ses créatures, et dont il compléta la réunion (et ceci est remarquable ) par des reprësej^aiits des comtés, des cités et des boui:gs, se montra plus qu'aucun autre soumis à toutes ses to-

lontés. Connoissaiit le caractère indomptable d'Edouard, Leicester ne voulut consentir à ce qu'il sortit de sa prison pour venir auprès de son père, que sous la condition qu'il y resteroi t encore sous la surveillance de ses gardiens; et il dut prouver sa reconnoissance de cette faveur en cédant au comte et à ses héritiers le comté de Chester, le château du Pic et la ville dctNewcastle sous Tyne, propriétés en échange desquelles il devoit recevoir d^autres terres d'un égal revenu (1265 , 13 mars). Les conditions de cet arrangement furent fixées et confirmées par le parlement, avec toutes les sûretés additionnelles que la défiance de la faction put imaginer.

En appelant au parlement les représentants des comtés, des villes et des bourgs, Leiceiter suivoit son système, qui avoit toujours été de s'attirer l'affection du peuple en flattant ses

préjugés. Ily avoit réussi: la masse delà nation • le considéroit comme le réformateur des abus^ le prolecteur des opprimés, le sauveur de son pays; et dans le clergé meinc , ses démonstrations hypocrites lui avoient fait des partisans, ' Dans l'intérieur du royaume, personne n'osoit méconnoitre son autorité; et s'il éprouva quelque résistance , qu'il sut bien tô t comprimer, ce fut de la part de quelques chefs des frontières de l'Ecosse, et des lords de celles du pays de Galles. Il força Roger de Mortimer, qui éloit' à la té te de ceux-ci ( 1265 , 5 janvier) ^ à loi H* : vrer leurs châteaux et à subir un jugement qui lecondamnoit, lui et ses partisans^ à s'e&i- 1er en Irlande. Us feignirent de s^y soumettre, et se cachèrent près des côtes de la mer ou au milieu, des montagnes de Galles , attendant line occasion favorable pour tirer de nouveau

If r f epee.

Il avoit fallu à Leicester plusieurs années et beaucoup de travaux pour atteindre le faite

de sa puissance : la rapidité de sa chute passa les calculs et les espérances A ses plus grands ' ennemis. Il avoit jusqu'alors partagé le pouvoir avec les comtes de Derby et de Glocester: sou ambition I qui ne. vouloit point d'égaux, leur orgueil, qui ne vouloit point se soumettre, ne tardèrent point à les diviser. L'arrestation de Derbyy accusé de correspondre avec les royalistes , avertit Glocester de son propre danger : et aussitôt, rappelant Mortimer etles exilés, il déploya Tétendard au milieu de ses ^ tenanciers. Leicester malcha (15 avril) immé-» diatement sur Hereford avec le roi , le prince «t un corps nombreux de chevaliers* Leurs

AAfi HISTOIRE t>*AIlGLfiTEIiRE<

amis communs intervinrent, et îl j eut entre fiWL une feinte réconciliation; mais Leicester ciiercfaoit à circonvenir son adversaire, et («loccster a (tend oit, pour la délivrance d'Edouard /le résultat d'un plan qu*il avojt concerté par rintermédiaire de Thomas de Clare, ivhe (lu comte èl compagnon du prince. Tout étant préparé ^ le prince , k qui Ton avoi t per* mis d'aller prendre Tairhors des murscl*Here- ^lurd , sous la surveillance de ses gardiens, proposa d'essayer la légèreté des chevaux: on 'fit plusieurs courses, et, vers le coucher du soleil, parut, sur la montagne deTulington, une personne montée sur un cheval de bataille griSf et balançatit en Tair son bonnet. À ce signal, le. prince partit au grand galop : ses gardiens le poursuivirent; mais Mortimer^ sortant d*un bois avec une troupe d'hommes armés, reçut Edouard avec des cris de joie, cl le conduisit à son château de Wigmore. Une i^écOficiliation s^ensuîvit entre lui et Glocester, et ils s'engaj[crent k réunir leurs efforts pour délivrer le foi , à eondiiion qu'il gouverneroit suivant les lois, et que les étrangers seroient exclus de ses conseils*

Leicester pensa d'abord que le prince étoit allé rejoindre le comte de Warenne et 'Guillaume .de Valence, débarqués depuis peu de jours avec ^ cent vingt chevaliers sur la côte du Pembrokeshire. 11 envoya , au nom du roi, des ordres aux tenanciers militaires de la couronne de s^assembler d'abord à Worcester, ensuite a Glocester; et, accusant Edouard de rébellion auprès des évéques, il requit d'eux, une sentence d'e:icom:nunioation contre tou$

les perturbateurs de la paix* Les royalistes, en

se rendant maîtres de la Severn, avoienthabiiement coupé ses communications avec tout le reste du royaume : ils s'emparèrent de Woroester et de Glocester; on détruisit tous les ponts , la plus petite barque fut coulée ou bri-* fiée 9 les gués furent ereu3és ou surveillés par de forts détachements; et Leicester, pris comme dans un filet, resta inactif à Hereford» attendant l'arrivée des troupes qui dévoient le rejoindre , et un corps de Gallois qu'il avoit obtenu par Teflet d'un traité d'ailianee qu'il irenoit de conclure avec Llewellyn. Dès que les Gallois l'eurent rejoint, il marcha vers le sud, prit et détruisit le château de Montmou th| et fixa son quartier général à Newport. Les galères du comte de Glocester, qui Lioquoient TAvon, l'empêchèrent d exécuter le projet qu'il avoit de se rendre à Bris toi ; le prince Tattaqua dans Ncvvport même, s'empara d'une partie de la ville; et Leicester 9 .avec ses compagnons découragés, se sauva dans le pays de Galles.

Les revers succédoient aux revers, et sa dernièrelueur d^espérances eteîgnitpar la dé* faîte de son fils Simon de Montfort. Occupé au siège de Pevensey, sur la côte de Suss^;^ , et y ayant reçu l'ordre de se rendre à Wourv cester , il étoit parvenu , par une marche pénible, au château de Kenilworth|:prineipale résidence de sa famille. Instruit parnn espion d'une sortie imprudente que le jeune seigneur avoit faite avec ses compagnons, le prince Edouard le surprit ( 1"^^ août }, enleva ioutje sa

4^ HlSïOXR£ d\nGL£T£RR£.

troupe 9 'et Simon seul , avec ses pagres ^ se

sauva dans le château.

Le même jour, Leicester avoit traversé la Severn à gué ; et , ignorant le sort de son fils et les mouvements de l'ennemi, il se dirigea sur Ëvesham, dans l'intention de conti<» nuer le lendemain sa marehe pour Kenilworth. I Le prince, masquant habilement la sienne, marcha toute la nuit et, lelendemain,se trouva dans le voisinage de son ennemi. Il prit .posi-^ tion sur le sommet d'une colline, dans la direction de Ivenilworth ; deux, autres divisions sous lés ordres de Glocester et de Mortimer, occupèrent les autres routes. Comme les royalistes portoient les bannières de leurs captifs, l'ennemi les prit pour Farmée de Simon de Monlfort ; mais la méprise fut bientôt reconnue. Leicester , placé sur une éminence, examina leur nombre et leur disposition , et on l'entendit s'écrier : « Que le Seigneur ait pitié de nos ames , car nos corps sont au prince Edouard 1 » 11 voulut d'abord se faire jour à travers la division de la colline : repoussé , et en danger d'être entouré, il ordonna à ses trpupes de se former en cercle et de s^opposer (le tous cotés aux charges de Tennemi. Pewdant quelque temps, le courage du désespoir | lutta contre la supériorité du nombre. Le I vieux roi , qui avoit été forcé de paroître dans ' les rangs , fut légèrement blessé ; il tomba de cheval, et probablement il eût été tué, s'il n'eut crié à son antagoniste : a Arrête, compagnon; je suis Uarry (Henri) de Winchester! » Le prince reconnut la voix de son père , vola

DlQlti/Cû by Lj^jk.i-.l^

a son secours, et le conduisit en lieu de sûreté. Tandis qu'il remplissoit ce pieux devoir, Leicesier^ qui combaltoit à pied, son cheval ayant été tué sous lui, demanda a si Ton fai- 8oit quartier. » Une voix répondit : « Point de quartier pour les traiires ! » Henri de Montfort, son filsainé, qui ne voulut pas le quitter, tomba mort à ses pieds : son corps fut bientôt couvert de celui de son père. La rictoire fut complète, mais sanglante. Parmi les partisans de Leicester, tous les barons et les chevaliers furent * tués, à Texception de dix qui respiroient encore , et qui guérirent de leurs blessures.

Par cette victoire, le sceptre fut replacé dans les mains de Henri : les barons , désormais sans espérances , rendirent la liberté à tous les prisonniers détenus depuis la bataille de Lewes, et attendirent ayec anxiété la détermination du pairlement convoqué àWinchester(8 sept.). On y révoqua toutesles concessions et patentes délivrées sous le sceau du roi pendant sa captivité ; les citoyensdeLondresfurentpunisparla privation de leur charte; la comtesse de Leicester eut ordre dequitier le royaume avec sa famille, et Ton prononça contre les adhérents du der-^ nier comte la confiscation de leurs propriétés. La rigueur de ce dernier article fut adoucie à régard de ceux qui pourroient prouver que leur conduite avoit étéTeffet de la contrainte. Toutefois ces mesures n'étoient pas de nature àrétablirla tranquillité publique : ceux qui en * étoient victimes, réduits au désespoir, eurent encore recours a Tépée , et une guerre dévasta*, trice désola la plus grande partie du roy a^umq. Le prince Edouard employa plus de deux an-

452 RisToiiat d'angléterbê.

nées k êlouifcr ces insurrections partielles et successives ; il força Simon de Mouifort et ses alucb, réfugiés dans Tîle tfAîwholni , à se rendre à discrétion y fit rentrer dans le devoir les habitants des Cinq-Ports^ détruisit les bandes qui ravageoient le Hampshire, le Berkshire et le Surrev. Le seul château de Kenilworth ré* sista à toutes les tentatives que Ton fit conire lui y quoiqu^on eût réuni sons ses murs toute la chevalerie ; et, pendant six mois , son gour verneur, Hastings , repoussa toutes les propo* si lions qui lui furent faites au uoin du souve- | rain.

Vimprudentesévérité du parlement de Wiik diester étoit généralement blâmée. On chercha un moyen qui put conciliera la fois TindiUgence dont on vouloit user envers les viettmes et les intérêts de ceux qui avoient profité de la confiscation de leurs biens. Un comité d^ barons et de prélats fut formé , et leurs arrâtSf

?[ue Ton appelle « le dictumi» de Kenilworth, urent confirmés par le roi dans le pal^lement. Les délinquants furent partagés en trois clas* séSy suivant la gravité de leurs délits; et ils eurent Toption de racheter leurs propriétés, en payant au propriétaire actuel, suivant. lu dasse dàns laquelle ils avoient été placés , sept, cinq etdeux années de revenus. Cette faveur fut l'eçue avec recoimoissance par un grand nomr bre, La garnison de Kenilworth, quiTavoitrejeiéecl'aboid,sevitenfin obligée décédera la famine. Le comte de G loces ter essaya un moment de résister, et les habitants de Ldndres, toujours factieux, s'étoient déjà révoltés de nouveau avec lui ; mais à Tapproche de Farmée

HENRI m. • ' 453

royale, songeant aux conséquences d'une défaite, il soUicita et obtint son pardon. Sa sou- • mission amena celle desautres insurgés* Le titre de prince de Galles et le droit à l'hommage des chefsgaUoissatisfirentLlewcllyn, et il consentit à faire sermen t de fidélité à Henri età lui payw 25,000 marcs. Le roi, portant alors son attention à ce qui pouvoit être avantageux à son peuple , profita des travaux de ses adversaires^ et, dans un parlement tenu kMalborough, quelques uns des statuts les plus utiles, étalj^lispar les barons y furent ^ avec d^autres lois , i*econ* . nus par l'autorité légitime. Enfin pour détruire les derniers germes de mécontentement, le clergé abandonna un vingtième de ses revenus pour former un fonds qui donnât aux plus pauvres la faculté de racheter leurs proprié tés, suivant la décision des arbitres de KenUworth; et Ton parvint enfin à réduire ceux des proscrits , qui s'étoient retirés dans Tile d'£ly, et qui jusqu'alors avoient rejeté toute composition. Ils se soumirent sous la condition de jouir de la faveur qu'a voient obtenue les autres insurgés.

Guido, révêque de Sabine, que Ton a vu prendre une part si active dans ks débats entre le roi et ses barons , du haut de la chaire de Saint-Pierre où il étoit monté, suivoit avec sollicitude le cours des événements en Angle* terre. La nouvelle de la victoire d'Evesham le remplit do joie: il écrivit aussitôt au roi et au prince une lettre de félicitations, dans laquelle il les invitoit toutefois à user avec modération de la victoire, à tempérer la justice par la miséricorde. Le cardinal Ottoboni, qu'il en-

464 * HisTOihE d'angleterre.

▼oya coniin^ lëg;at , désapprouva ^^à son arrivée , les actes rigoureux du parlement de Winchester, et contribua beaucoup aux mesurer de conciliation qui ramenèrent la paix. Po^ tant ensuite son attentibn sur les matières ecclésiastiques , il publia des canons dans un concile à Londres, parmi lesquels plusieurs de ceux qui <A>ncernoient les bénéfices en commande , la résidence , les dilapidations, les réparations et la pluralité des bénéfices ^ conservent encore force de loi4ansles cours^cclésiastiques. Avant son départ , le légat recommanda les intérêts des chrétiens d'Orient à un nombreux concours de peuple , rassemblé à Northampton (1268, 25 avril); et il y donna la croix aux princes Ëdouard et Edmond , à Uenrii neveu' du roi, à vingts» deux bannerets, et à plus de cent chevaliers.

Le pays étoit en paix; mais les ble&ures causées par la guerre civile étoient à peine fermées : le roi avançoit en âge , et ses facultés intellectuelles étoient fort au-dessous de ce qu'auroit exigé une semblable position. Une expédition en Palestine dans un pareil momeni doit sembler extraordinaire de la part de Théri. tier présomptif de la couronne ; mais alors touti^térét cédoit àcelui que l'on considéroit comme Fintérét commun de la chrétienté.

Antioche venoit de tomber: k cette nouvelle, le roi de France, malgré les désastres de sa dernière expédition , avoit repris la croix, ei Edouard se résolut de partager avec ce prince accompli le danger et le mérite de cette nouvelle croisade. Ufutstipulé, et cette stipulation fut confirmée par des serments et des otages ,

que le comte de Gloce&ter ^ rhomii^ qu'il ^^ignoit le plus , raccompagneroil ou le i^e* joindroit en Palestine ( 1270 , 7 mai ). Décidé à emmener avec lui sa femme Ëléonore^^ fille d'Alphonse de Caslille , il nomma un tuteur , pour ses enfants et des gouverneurs pour ses châteaux ; et en cas de mort de son père , commit le soin de la succession et de Tadmi» nislration du royaume à son oncle le roi des Romains , et après lui y a Henri d'Allemagne , fils de ce monarque ; enfin la concession d'une nouvelle charte aux habitants de Londres , et le pardon du. comte de Derby, dont les trahi- ' sons avoient mérité la punition la plus sévère , furent des actes de popularité dont il jugea . prudent de marquer son départ. Cependant Tarmée chrétienne étoit déjà en Mauritanie ^ où Louis avoit été entraîné par Charles, son frère; à porter d'abord ses armes contre le bey de Tunis. Quand Edouard arriva , il trouva le camp plongé dans la douleur la plus profonde ( 10 noy. ). Le prince africain étoit soumis; mais le roi de France venoit de mourir; fion fils, Philippe, paroissoit empressé d'aller pren*» . dre possession de ses états ; Tarmée se détruisoit par les maladies , et la navigation de la Méditerranée , en hiver, effrayoit même les plus zélés. Le prince anglois se vit donc forcé de re"* tourner en Italie; et, avec ses compagnons , il fixa son séjour à Trepani , afin de continuer son voyage dans les premiers joursdu printemps^ et envoya son cousin Henri avec des instructions particulières en Angleterre. Celui-ci s'étoil ar^rèté à Viterbe, où la curiosité l'avoit amené en même temps que les rois de France et de Sicile^

45G ' HISTOIRE d'angleilrre.

pour voir rélectiou du pape Clément IV, et, sur le grand ma du, il venoitd' entendre la messe dans une église, lorsqu^il fut inopinément assailli par ses deux cousins, les proscrits Simon et Guy de Montfort, qui s'élancèrent sur lui, répée à la niain. La sainteté du Heu ne put le , sauver: de deux ecclésiastiques qui s'interposèrent entre lui et les assassins , Vun fut tué, Tautre laissé pour mort; Henri tomba luimême sous leurs coups redoublés , et le&deai Irères remontèrent à cheval , sous la protec- « tion du comte Aldobrandini, beau - père de Guy. Les Montfort furent à Tinstant même excommuniés par le collège des cardinaux, Charles donna des ordres pour les saisir , et Philippe exprima publiquement une profonde horreur de leur crime ; mais leurs démonstrsh lions ne purent ôter de l'esprit d'Edouard que s'ils n'avoient pas trempé dans le meurtre ^ ils ayoient du^moins consenti à la fuite des assas^^ sins.

Henri, frèreduroi,conservoitencoredespré^ tentions à l'empire, et «la voit dernièrement yisité son royaume nominal. Quoique avancé en âge, il venoit de se marier une seconde fois, à la fille du baron ThéodoricdeFalquemort, célèbre par sa beauté, lorsqu'il reçut la nouvelle de la triste catastrophe de son fils, dont il fit déposef le corps dans Téglise de l'abbaye de Haies qu'il avoit fondée. Peu de temps après, frappé d'une attaque de paralysie qui l'emporta en peu de mois, ses propres restes furent pla* cés dans le même caveau. Henri suivit de près son frère au tombeau (1272, 2 avril). Sentant ses forces s'affoiblir , il pressoit instamment ,

H£!MBI lit. ^ 457

par ses lettres , le retour d'Edouard. L'absence de &OD fils , la mort de son frère et de son neveu y ajoutèrent toutés lès ^einës de l'esprit aux infirmités du corps t sa satité déclina rapidement, et il expira , à Westminster^ dans les plus vifs seatiments de piété. Son corps fut déposé dans la même tombe d'où il avoit autrefois retiré les ossements d'Ëdouard le confesseur^ pour les placer dàns une châsse d'or(3(K novembre). Avant de fermer la tombe, le comte de Glocester s'avança , et posant la main sur le corps du roi , jura fidélité au prince Edouard ^ son exemple fut suivi par tous les assistants , et le nouveau souverain futimmédiatement pro-*^ clamé sous le titre d'Edouard, roi d'Angleterre/ lorddlrlande et duo d'Aquitaine.

On a vu que Henri étoi t un bon , mais foible monarque : cependant son incapacité, dons une des époques les plus turbulentes de l'histoire d'Angleterre, lui causa plus de maux personnels qu'elle ne produisit de misères pour ses sujets. Sous ce pacifique gouvernement, le royaume fut plus florissant que sous aucun des princes guerriers qui avotent précédé ; et dans ce long règne de cinquante-six ans, on ne compte qu'un petit nombre d'années marquées, par les calamités de la guerre. Henri entraîna rarement les tenanciers de la couronne hors du^pays, et ne les appauvrit pas par de nombreux scutages pour Ventreden des armées i mercenaires. Dans ces loisirs de la paix, Tatj tention des propriétaires se porta sur l'amélioration des terres; des règlements salutaires en- I couragèrent l'esprit de commerce, et il y eut a I peine un seul port, de la côte de Norwégeà celle

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