‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 10 sur 146 · DYNASTIE DES LE · texte numérisé non relu

DYNASTIE DES LE

Lê-Thdi'Tb (1428-1433).— A la mort du roi, Lê-Lç-i fit annoncer à la cour de Pékin l'extinction des Tran et demander officieusement le troue pour lui-même. Mais n'attendant point la décision de l'empereur, il se fit couronner solennellement, et avant même le départ de l'ambassade, dans la capitale, Dông-Bô (Rè-Chç-ouHà-NOi). Et il eut raison, car l'empereur le fît attendre jusques en 1431, lui enjoignant toujours de rechercher un descendant des Tran, lui suscitant, en même temps, une foule de diffîcullés. Un premier présent d'une statue en or, et, plus tard, 50.000 taels d'or * eurent raison de ce mauvais vouloir plus feint que réel.

Lè-Lçri, que nous nommerons désormais Lê-Thcii-To, fit tout ceci, tant pour se conformer aux usages, que pour être assuré de la paix avec la Chine. Il n'avait qu'à y gagner. Mais si la tranquillité fut garantie du côté de Tempire, elle ne le fut pas de même du côté des principicules vassaux cie l'Annam. Lô-Thai-To dut envoyer des troupes contre le Phuc-Le chûu (1431), puis contre le Phyc-lJ? chàu etl'Ai-Lao (1432). Partout Tordre fut promplement rétabli.

En administration, il revit et corrigea le système tout entier, fit des lois nouvelles, reconstitua les finances par Tcxploitation des mines d'or et d'argent, et montra, dans les att'aires publiques, la même intelligence, la même activité qu'il avait déployées à la guerre.

11 mourut au bout de 6 ans de règne, à l'âge de 51 ans, après avoir été attristé, presque au seuil de la tombe, par les dérèglements

(1) Un lael d'or pèse 39 gr. 05.

de rhériiier présomptif, son fils atné. Il dut le dégrader et mettre à sa place son fils cadet. Lè-Nguyën-Long, qui monta au trône sous le nom de Lé-Thâi-ïông, à Tage de H ans.

Lê-Thdi'Tdng (1434 a. p. 9« 1.-1442). — Le jeune roi donna de très bonne heure des marques de sa haute intelligence. Sous son administration sage et ferme, l'Annam ne pouvait que se fortifier • Malheureusement, de grandes calamités frappèrent le pays au début du règne. Sécheresse, incendie de la capitale, chenilles, gelées, maladie des riz s'étaient succédées presque dans la mAme année. Pour apaiser le ciel, le roi reconstruisit la tour de Bâo-Thiên, aggravant ainsi lourdement la misère du peuple.

A cette œuvre, pardonnable au fond, il en joignit une autre qui réttiit bien moins. Il ordonna à Lê-Sat, un des plus fidèles serviteurs du roi son père, de se donner la mort sous prétexte de conspiration ; î\ la vérité, parce qu'il supportait avec impatience Tautorilé du vieux mandarin. Lê-Sâl obéit, mais les anciens compagnons d'armes de Lé-LiÇ-i en frémirent d'indignation, et ce n'est que par respect pour la mémoiie de leur premier maître qu'ils ne firent pas payer au jeune prince son ingratitude et sa cruauté.

U\ paix ne fut troublée sous ce règne que par quelques expéditions victorieuses chez les tribus voisines.

Kn li:il, l'empereur envoya l'investiture à Lô-Thài-Tông et y joignit un sceau d'or de cent taêls figurant un chameau couché (signe de soumission et de vassalité).

Lè-Thài-Tông édicta des règlements nouveaux sur l'administration et la procédure judiciaires. Les affaires peu importantes durent être d'abord soumises au xa-lrirô-ng (majre) qui devenait ainsi un juge de première instance avec appel à plus haut. Les poids et mesures furent révisés. La valeur du tien fut portée à 60 sapèques, au lieu de 50 sous Lé-Thâi-Tông et 70 sous les Tran. Les passe-ports furent rétablis afin d'empêcher la veiile des jeunes gens dans les pays voisins.

De toutes parts on venait commercer avec TAnnam. Le Siam payait tribut et les affaires semblaient marcher à souhait quand le roi mourut soudainement dans la maison d'un de ses mandarins, Nguyèn-Trai, où, durant une promenade, il était entré pour se reposej*. Sans doute Nguyen-Trgi était innocent, mais obéissant à la loi, il se condamna lui-même à mort ainsi que les trois familles K

Lê-^ihàn-Tông {1443 a. p. 5« / -1458). — Bang-Ki, le nouveau roi n'avait pas trois ans lorsqu'il monta sur le trône. Il était le troisième fils de Lê-Thai-Tông ; laine ayant été écarté du trône pour des torts de sa mère. Il prit le nom de Lê-Nhi\n-ïông et sa mère fut chargée de la régence.

(i) La loi punit de mort le régicide, sa famille, celle de sa mère et ceUe de sa femme.

Le premier acte du règne fut une amnistie générale, puis vint une guerre heureuse contre le Tâampa, toujoui*s pillard et de mauvaise foi (1446). La Chine intervint au sujet de la succession au trône du Ciampa. L'Ânnam, qui u'avait pas un grand intérêt à la chose, oblempéra incontinent aux décisions impériales. Quelcjucs révoltes de tribus, toutes promptemenl domptées (1448-1452), closent la partie militaire de ce règne.

Avec l'extérieur, les relations étaient bonnes et nombreuses. A rintéricur, il y eut encore des sécheresses et même un tremblement de terre. Le roi et la reine s'accusèrent devant le ciel, considérant les calamités qui frappaient le peuple comme dues à leurs propres fautes. Pour utiliser les bras sans emploi durant la famine, la régente fit creuser des canaux très utiles à la navigation.

Leieltré Phan-Phù-Tiôn fut chargé de la rédaction des annales depuis l'avènement des Trîîu (1225) jusqu'à celui des Le (1428). C'est ainsi que l'usage annamite ne laisse écrire l'histoire d'une dynastie que lorsque celle-ci a cessé d'exister.

Lè-Nhàn-Tông avait pris le gouvernement, en 1453, à l'âge de treize ans, il ne le garda guère. En 1458, son frère aîné le fit assassiner et prit sa place. Mais, huit mois plus tard, les principaux mandarins renversèrent le fratricide pour mettre Tu-'Ibành, le quatrième fils de Lê-Thâi-Tùng, sur le trône. Comme on voit, depuis que le peuple d'Anuam est homogène, nous avons encore toujours affaire à des révolutions de palais ; mais telle est la valeur des institutions politiques qu'elles n'ont pas donné matière à une seule révolution sociale.

Lê-Tlidnh'Tông (1460-1497). — Nous voici rendus à l'un des plus beaux règnes que l'histoire d'\nnam puisse montrer. Tu'-Thành, qui prit le nom de Lê-Thunh-Tông, accéda au trône à dix-huit ans. Homme juste, instruit, ferme et actif, il mit la main à tout, vit tout et rétablit plus qu'aucun antre la' bonne ordonnance des choses.

Les débuts de son règne furent pacifiques, mais, en 1471, il dut lui aussi, marcher contre le Ciampa. Mettant à profit Jes connaissances militaires qu'il possédait, il ordonna la marche de ses troupes avec toute la compétence, tonte la prudence d'un vieil homme de guerre. Il concentra, tout d'abord, l'armée sur les hauteurs de Thiët- So-n, où il s'arrêta pour réunir tontes les données statistiques et géographiques nécessaires à l'établissement d'une carte et d'un plan d'entrée en campagne. Lorsqu'il fut bien renseigné, il poussa hardiment son armée jusque sous les murs de la capitale dont il s'empara. Le roi de Ciampa Bàn-La-Trà-Toàn fut fait prisonnier et mourut peu après.

Pour en finir une bonne fois avec les pirates Ciampois, le pays fut divisé en quatre parties. L'une devint la province annamite de Quâng-Nam, et les autres furent gouvernées par des princes indigènes 60US le contrôle de fonctionnaires annamites.

De i473 à 1479, il y eut à ramener la paix chez les Ailaociens el diverses autres tribus de la moutagne. Une expédition contre le Lâo- Quà, Etal vassal de la Chine, fut menée avec succès malgré les remontrances impériales et sans que les bons rapports en fussent altérés. Il est probable que TEmpire du Milieu n'avait pas très confiance dans le sort des armes en face d'un prince (^ssionné pour l'art de la guerre, qui avait fait donner une instruction spéciale à ses soldats (1467) el avait, dès 1465, écrit un ouvrage sur la tactique navale.

Mais ce roi si rranchement militaire, s'occupait ardemment aussi de la prospérité du peuple, et parmi ses actes nous citerons:

Division du pays en douze provinces.

Amélioration du sort des fonctionnaires.

Etablissement de la carte el de Thlsloirc de chaque province.

Confection d'une carte générale du pays.

Rédaction des ainiales du royaume par ,Ngô-Sî-Liên.

Assistance et encouragement à l'agriculture, au commerce.

Obligation pour les propriétaires rui-aux de cultiver leurs terres.

Fixation des impôts pour les terrains d'alluvion récents.

Facilités pour l'obtention gratuite de terres incultes ou abandonnées (i486).

Creusement de cananx.

Jonques de chasse contre la piraterie.

Encouragement à la magnanerie, aux plantations de mûriers et à rélevage du bétail.

Enfin, un autre acte et non des moins importants, c'est Tinslitution des don-dien * sortes de colonies militaires formées en villages, qui avaient le double but : 1 *» de grouper par communes les habitants non inscrits du pays, auxquels il était accordé des terres et certains privilèges ; 2o de former une réserve de troupes (tous les hommes valides de ces villages devaient, sans exception, le service militaire en temps de guerre).

Vers la fin de l'année 1496, Lê-Thénh-Tông s'alita et mourut peu après (au commencement de 1497). La veille de sa mort, il fit monter son fils altté Tàng, ou Huy, sur le trône lui laissant ses dernières instructions.

Lê'Hiên-Tông (1498 a. p. 2^ 1.-1504). — Le nouveau roi fut, en tout, le digne et fidèle continuateur de l'œuvre de son père. Il eût le bonheur de n'avoir point de guerre, et pourtant l'armée fut mieux tenue que jamais. Hién-Tông créa quatre régiments d'élite (hi$ulijrc) formés de vieux soldats, ainsi que des compagnies de police pour la chasse aux -pirates. Les fils des familles pauvres furent exemptés du service militaire, el les jeunes gens levés pour l'armée durent avoir au moins quatre coudées de taille

(1) Bon = fort, ou poste militaire ; diin = champ, rizière.

et de 12 à i6 ans d'âge (1501). L'épo jue des levées fut fixée après la récolte.

Ce souverain s'occupa aussi des examens de lettrés, des bonnes mœurs du peuple ; il fit abréger la prison préventive et donna aux agriculteurs tous les aides, toutes les facilités dont ils avaient besoin.

Une maladie enleva le roi à l'dge de 44 ans, après qu'il eut passé la couronne à son troisième fils TuiCn^ qui prit le nom de Lé-Tùc- Tông.

Lê-Tùc-T6ng (i504). — Ce prince ne régna que six mois, il n'eut presque pas le tem{)s d'exercer le pouvoir . Une révolte, vite réprimée^ dans la province de Cao-Bâng est tout ce que l'histoire ait enregistré. Lé-Tùc-Tông mourut à l'âge de 17 ans après avoir désigné son deuxième frère Thuau comme son successeur.

Lê'OaùMiic {1505 a. p. /j2« /. 1509). — Ce fut par obéissance au roi défunt, et sans doute aussi par ambition, que les grands mandarins placèrent sur le trône le nouveau roi Lé-Oai-Myc, car il n'avait que des droits fort contestables, étant le fils d'une servante et de Lê-llien-Tông avant son avènement au trône. Cet acte fut fafcU au pays. Lè-Oai-Myc, cruel et débauché, à peine au pouvoir, fit mourir tous ceux qui lui étaient opposés, à commencer par la reine douairière. Il n'épargna môme pas toujours ses propres amis.

Dans tout son règne, il n'y a de marquant qu'une révolte des Giampois, noyée dans le sang. Parmi les officiers qui se signalèrent, furent, d'abord, le général Lé-Uinh (petit-fils de Lé-Thânh-Tông) et puis le commandant des gardes du corps M^c-Bàug-Dong, dont les descendants exerceront longtemps le pouvoir au détriment des rois du pays.

Cependant, Lè-Uinh, malgré ses services, fut jeté en prison ainsi que sa famille. Il parvint à s'échapper et la révolte qui venait de se déclarer prenant pour chef Nguyen-VànLang, donna au capitaine évadé le commandement militaire. Lè-Oai-Myc, furieux, fit mettre à mort tous les membres de la famille de Lé-Uinh encore détenus. Cependant cet acte de cruauté ne servit de rien. Battu et trahi, il dut fuir ; mais peu de jours après, il fut fait prisonnier par Lé- Quâng-BO, le traître même qui venait de livrer la capitale.

Lé-Oai-Mijic n'attendit pas son châtiment, il s'empoisonna. Quant à Lé-Quâng-BO, il reçut le prix de sa trahison, Uinh le fit décapiter. Et l'histoire doit lui savoir gré ; un traître, quel que soit le parti qu'il trahit, est toujours un scélérat.

Lê-Uinh compléta sa vengeance en faisant lier le corps du roi à la bouche d'un canon qui fut tiré. Les restes carbonisés de Lé-Oai- Miic, dégradé, furent enterrés au village natal de sa mère.

Lê-Tm/ng-Du-c {1509-1516). —Après avoir renversé le sanguinaire Oai-M(^c, le général Lé-Uinh ne trouva personne de plus

capable que lui-mftme pour occuper le trôue. Il y monta sous le nom de Lè-Tirang-Dirc. Mais si le capitaine avait été brillant, le roi ne le fut guère. Livré aux plaisirs et aux favoris, il accabla le peuple d'impôts et de corvées. Aussi les révoltes furent nombreuses. 11 n'y en eut pas moins de huit, dont la dernière (1516) enleva le souverain.

Cette révolte était dirigée par un nommé Tran-Câo qui se disait une incarnation de Bouddha. Tr^n-Câo eut des alternatives de revers et de succès. Mais pendant ces luttes, le roi fit bdtonner un grand mandarin de sa cour, Trjnh-Duy-Sân, comblant ainsi la mesure. Sa perte fut résolue, et lorsqu'il fallut reprendre les armes contre Trân-Gâo, le mandarin Tr|nh-Duy-Sân attira le roi hors de son palais et le fit assassiner.

Tran-Câo fut battu, puis un autre rebelle également, grâce à l'accord des deux grands partis qui finirent par se grouper autour du prince Y-An-HuO proclamé roi sous le nom de Lô-Chiêu-Tông.

Lê'ChiêU'Tông (1516-1526). — Cependant, le bonze TrSn-Câo avait encore une armée. Le roi le fit poursuivre par Trtnh-Duy-San qui^ malheureusement, tomba dans une embuscade et fut décapité. Trân-Chan, un excellent homme de guerre, continua la poursuite.

Trân-Cào, fatigué d'une lutte dont l'issue devenait de plus en plus douteuse, transmit le pouvoir à Cung, son fils, et se retira dans une bonzerie.

Vers cette époque, éclatèrent de sanglantes rivalités entre les grands chefs militaires, qui permirent d'ailleurs à Cung de se maintenir encore longtemps sur le territoire de L^ng-Nguyên (Lang-So'n). Les^ généraux Nguyên-Hoâng-Dù et Trjnh-Tuy, au lieu d'obéir au roi, se livrèrent bataille, et l'impuissant souverain fut obligé de se rapprocher tantôt de l'un, tantôt de l'autre des deux camps. Ce fut Mqic-Bàng-Dong, l'ambitieux gouverneur de la province de So-n-Nam, qui, finalement, réussit à battre ou à lallierjes divers combattants. Il rétablit un peu d'ordre, tout eu plaçant le roi sous une si étroite tutelle, que le souverain s'enfuit du palais pour se réfugier auprès de Trluh-Tuy dont il sollicita l'appui.

M^c-bàng-Dong, furieux de voir Lê-Chièu-Tông lui échapper, le déclara déchu, mit sur le trône (1522) le jeune frère du roi, Xuân (Lê-Cung-Hoàng), et marcha contre Lè-Chièu-Tông.

Ce misérable prince ne sut même pas garder l'appui qu'après de longues hésitations lui accordait Trlnh-Tuy. Pour une raison futile, il fit décapiter un officier de ce dernier. Ce fut sa propre condamnation. TrJnh-Tuy enleva le camp du roi et fit ce dernier prisonnier, comptant bien s'en servir comme d'une enseigne.

M^c-Dàng-Dong sentait tout le danger de cette situation, aussi fit-il attaquer Trjnh-Tuy qu'il refoula, lui enlevant Lè-Chiêu-Tông (1524).

Jusqu'en 15:26, le prince demeura prisonnier de son ancien ministre qui, alors, le fit assassiner.

Lê^Cung-Hoàng (1522-1527). — Ce souverain ne fut qu'une sorte de poupée qu'on faisait voir de loin en loin ^u peuple, afai qu*il crût toujours au roi.

Le pouvoir se trouvait en entier aux mains du redoutable ministre. Néanmoins, à la suite de l'assassinat de Lê-Chit^u-Tông, Mac se retii-a à la campagne, peut-être moins par prudence que pour mieux préparer un coup d'Etat. Durant sa villégiature, Lê-Cung-IIo'uig lui décerna tous les titres et tous les insignes de second personnage du royaume.

Enfin, il revint à la cour remercier le souverain, puis, jetant brusquement le masque, il lui fil signer son acte d'abdication, se proclama roi, enferma Lê-Cung-lIoAng et sa mère dans la cibidelle ou il les forç;i bientôt à se donner la mort .

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