‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 11 sur 146 · USURPATION DES MAC · texte numérisé non relu

USURPATION DES MAC

Mac-Bang-Dong (1527-1529). — Dés qu'il fui sur le Irone, l'usurpateur s'empressa de demander l'investiture à la cour de Pékin. Cela ne se fit pas sans difficulté. Mais les riches présents et la cession de deux chAu limitrophes de la Chine, persuadèrent f empereur du bon droit des Mac.

Cependant, la sanction impériale ne convertit pîis tout le monde. Il restait encore quelques hommes dévoués aux Lé et, parmi eux Nguyen-Cam (Bô). Ce fidèle serviteur, allié à l'ancienne famille royale, se retira avec les siens dans TAi-Lao, y emmenant le fils de Lè-Cliiêu-Tông.

Mac-Bang-Dong continua néanmoins de s'affermir et quand il crut le pays soumis et résigné, il abdiqua en faveur de son fils Mac- Bang-Dinh.

Mac-Bûng-Di/ih {1530-1 540). — A peine au pouvoir une révolte éclata. C'était Lè-Y, membre de la famille royale, qui réunit une dizaine de mille hommes. Mac-Dâng-Dong marcha contre lui, mais fut battu, ainsi que son fils Mac-Dàng-Dinh qui le remplaça. Malheureusement Lê-t, rendu imprudent par le succès, fut vaincu à son tour, pris et écarlelé (1529). Les débris de son armée se réfugièrent dins l'Ai-f^o, auprès de Nguyèn-Cam, qui avait fait proclamer roi I^Ninh(153;i-l548), connu dans Thisloire sous le nom de LO- Trang-Tông ^

(1) Le petit nom, ou surnom, de ce prince «Hait Du ; de là l'expression de Du-Hoàug-De (Empereur Du) qu'où trouve cl^ius quelques ouvrages.

Le jeune roi» que suivait une cour et dos partisans, avait floi par s'établir dans le Tonkin méridional ot surtout dans la province de Thanh-Hoa.

L'on reste surpris en voyant avec quelle spontanéité le peuple se prononçait et ardait tantôt Tun, tantôt Tautre des détenteurs du pouvoir. Etant données les institutions politiques des pays extrêmesorientaux, les révolutions de palais se comprennent : rivalités des mandarins sous des souverains qui régnent bien, mais ne gouvernent pas toujours, désintéro>ssemont du peuple à tout ce qui ne le touche pas directement. Mais co qu'on ne comprend pas, c'est la facilité avec laquelle les masses partaient en guerre. Certes, le caractère versatile, I esprit aventureux des Annamites, l'ambition de quelques-uns y sont pour beaucoup ; la tendance de gens opprimés, incapables de secouer leur joug, à devenir clients de quelqu'un des oppresseurs doit pareillement entrer en compte ; le respect des traditions, hîs sentiments religieux, l'affection pour la dynastie, en un mol, l'éducation, ou plutôt la mentalité, peut y être pour quelque chose aussi, mais n'y a-t-il pas là également des causes sociales qui nous échappent ?

L'Annam n'avait pas d'aristocratie héréditaire; en principe, tous les citoyens ébient égaux. Il n'existait dans ce pays que le peuple 6t le roi, et pourtant, là comme ailleurs, on trouve une classe conservatrice et une classe d'hommes de rien prêts à tout. L'organisation des villages nous révèle l'existence d'une foule de gens (noninscrits) qui n'étaient que tolérés dans l'association communale, presque sans autre bénétice que celui d'avoir le droit de vivre contre une grande somme d'obligations. C'était certes une immense réserve prolétarienne fort encline à améliorer sa situation et fort disposée aussi à tout risquer, n'ayant rien à perdre. N'était-ce point là que se recrutait le contingent de toutes les révoltes?

Quoi qu'il en soit et pour revenir aux événements, nous voyons du côté des Lé, comme du côté des Mac, un empressement égal à demander la confirmation du pouvoir à la Chine. Ce fut, durant plusieurs années, un envoi parallèle d'ambassades et de cadeaux. L'empereur accepta les présents et décréta un compromis: Lè-Ninh gardait les provinces méridionales et Mac-Bàng-Dong, dont le fils venait de mourir, reçut, après d'humiliantes démarches, le titre de mandarin de 2* classe du 2^ degré avec le gouvernement des provinces septentrionales, comme vassal de la Chine, il mourut quelques mois après, laissant le pouvoir a son petit-fils Mac-Phu-ôc-lIài .

Mqc'Pliir&c-Ilàt(i541 a,p,1^L'I5W), — Ledécret dé l'empereur, cela se conçoit, ne donnait satisfaction à personne. Lè-Ninh continua la guerre. Mac-PhmVc-llaî subit dos échecs, mais Diro-ng- Châp-Nhirt, le gouverneur qu'il avait mis à Tày-Bô (capitale de l'Ouest) tout dévoué à son maître, readit la place ne pouvant la défendre et fit

aeniblaDt d'embrasser la cause des Lé. C'était dans le but d*abaltre l^ur bras droit, Nguyen-Câm. ëû effet, il réussit à rempoisouner quelque temps après, puis revint auprès de Mgc-Phu-éro-Hâi.

Celte perte fui cruelle pour I^-Ninh, mais elle ne fut pas irréparable. Il nomma généralissime Trinh-Kiem, le gendre de Càm, homme de très grande valeur.

Mac-Phu-érc-Hài mourut en 1546, et Lê-Ninh, qui vécut tranquillement les dernières années du règne sous la protection de son chef militaire, mourut lui aussi trois ans plus tard, en 1548.

MqC'Phitôt-Nguyên (1547 a. p, 5^ 1.-1561). — A la mort de Mac-Phu-ac-Hâi, sesflls se disputèrent rhéritage. Laîné, Mac-Phuô'C- Nguyèn, l'emporta.

Du côté des Le, ce fui Huyèn, fils de Lê-Trang-Tông, que les fidèles proclamèrent roi (1549-1556) sous le nom de Lê-Trung- Tôog. Comme son père, il régna sous la protection de l'habile et infatigable Trjnh-Kiem.

Des deux côtés Ton se refaisait. Les Mac organisaient leur administration (ils occupaient la plus grande partie du pays) ; les Lé, leur armée. En 1551, les hostilités recommencèrent. Tr|nh-Kiem envahit le territoire des Mac et poussa jusque sous les murs de Bông- Kinh (Hà-NOi). Il dut battre en retraite, c'est vrai, mais son énergique offensive força l'ennemi à se tenir tranquille pour quelque temps. En 1555, les Mac, à leur tour, entrèrent en campagne. Leur armée marchait sous les ordres de Mac-Rinh-Bien, oncle de Mac-Phu-ô-c- Hâi. Trinh-Kièm prit de si bonnes dispositions de combat qu'il obtînt une victoire absolue, et c'est à peine si quelques hommes échappèrent, parmi lesquels Mac-Kînh-Dien.

Ce fut un accroissement de puissance en faveur des Le, vers qui aflluèrent de nombreux partisans. Mais le jeune roi n'en bénéOcia point, en 1556, une maladie l'enleva à l'âge de 22 ans. L'histoire ne sait rien dire des actes de ce prince qui, à la manière de son prédécesseur, n'a été qu'une pièce de décor dans un drame guerrier dont la famille Tr|nh jouait le premier rôle.

. .Mort sans laisser d'héritiers, L6-Trung-Tông eut pour successeur un arrière-petil-neveu de Lê-Lçri, Lè-Duy-Ban (1557-1571), que l'histoire a enregistré sous le nom de Lé-Auh-Tông. Dès son accession au trône, la guerre recommença. Ce fut d abord une longue suite de victoires et de défaites, se terminant par la marche hardie de Trlnh Kiem sur Hà-Nyi, ce qui obligea Mac-Kînh-Bièn, désespéré, à tenter un coup d'audace. Il s'embirqua avec sa flotte et vint envahir le Thanh-Iloà sur les derrières de Trinh-Kiem. Mais, ce général, retournant vivemeut en arrière, battit Tennomi qui dut se retirer. Puis ce fut une suite de batailles, prjs juc lou jours lie ireuses pour le parti Lé, et durant lesquelles mourut Mac-Phu-j-c-Xguyéu (1501). Son fils, M^c-Miliu-lIiOp, lui succéda.

Mnc'MAii'Hiep {1562 a. p. 12- 1.-1592), — Sous ce nouveau Wîgne, la guerre se poursuivit comme avaut, les deux adversaires élaieut tour à tour, vaiuqueur et vaincu. Trjuh-Kièm commençait pourtant à bénéficier de sa lactique. S'emparant de peu de terrain à chaque fois, il avait soin de toujours fortifier ses conquêtes, qui lui servaient ensuite d'appui pour les opérations ultérieures.

En 1569, Trjuh-Kiëm mourut à Tûge de 68 ans, laissant le haut commandement à son fils, Trjnh-Cô'i, et investissant ainsi sa famille de la charge hérédilaire de protecteur du roi. Malheureusement Trinh-Coi ne possédait point les grandes qualités de son père ; sa dureté mécontenta tout le monde, et ses soldats placèrent à leur léle son jeune frère Trjnh-Tông.

Pour se venger, Trjnh-Coi passa à l'ennemi, livrant aux Mac les secrcls de la défense. Aussi Mac-Kinh-Dien put-il aisément envahir le Thanh-Hoa ; mais ses efforts se brisèrent contre la citadelle d'An- Tru"(Vng. Après quatre mois de siège, il dut se retirer. Poursuivi par Tr|nh-Tông, il fut vaincu en trois rencontres successives et la victoire resta définitivement aux Lé.

(iepeiidant, l'ambition toujours croissîintede son défenseur, incita Lè-Auh-Tông à fuir. 11 fut ramené, mais, en route, Trjnh-Tông le fit assiissiner. Sa vie, comme roi, est resté sans aucun intérêt.

C'est sous le l'ègne de Lé-Anli-Tong que nous voyons apparaître les Nguyen (descendanis de Nguyen-Càm). Ce seront les futurs chûa d'Annam et les ancêtres de la famille royale actuelle. Trjuh-Kiem avait donné le gouvernement feudataire duQuâng-Nam et du ThuAn- Hoa à son beau-frère Nguyën-lloang, sans doute pour s'en débarrasser; mais colui-ci n'hésita pas à se rendre dans sa résidence écartée, d'où il chassa les Mac et où il sut tôt se faire aimer de la populalion.

Ces guerres sans fin sembleraient avoir du complètement ruiner le pays, et pourtant, non. Elles ne se faisaient que durant une saison tous les ans. C'était généralement après la récolte. Les populations soumises aux Lé se reliraient alors dans les retraites ménagé(^s au fond des bois^ et celles relevant des Mac se réfugiaient dans des relranchemenls à l'abri de vastes fossés et de palissades en bambous. Dans le Thanh-IIoâ, l'administration, complètement désorganisée durant les premières années de la guerre, avait été reconstituée par le fameux lellré Phùng-Khâc-Khoan (157^).

Le successeur de Lô-Anh-Tông fut Lô-The-Tông, un enfant de sept ans. Sous son règne qui dura 27 ans, la guerre se poursuivit longtemps avec des chances égales. Cependant, vers la fin, le parti Le [)renait visiblement le dessus. En 1592 Trjnh-Tông s'empara de llà-iN()i et fil délruire la citadelle. Le meilleur général des Mac, Ngnyën-Quyèn, tomba en ses mains. Toutefois, au lieu de compléter sa \icloire, Trlnh-Tông, que ses soldais harassés n'eussent peut-être plus secondé, revint en arrière.

MgiC-MAïu-HiOp ne profita guère de celle heureuse chance, el lorsque

peu de mois après Tr|nh-Tông revint, il fut battu et obligé de s'enfuir. Alors il abdiqua en faveur de son fils Tuyen (qui prit le nom de V6-An)et se réfugia dans une pagode. Trahi, il fut conduit à llâ-Nyi où Trjnh-Tông le condamna à la mort lente. Son fils ne put guère opposer de résistance, et finit, lui aussi, par être pris.

Cependant, la lutte n'était pas encore terminée. Tuyen n'ay;uil pas été recoimu par tous les mandarius, un parti avait proclamé Mac~Kînh-Chî, autre membre de la famille. Mais après divers succès militaires de ses adversaires, ce parti fut presque totalemeut déiruit et Mac-Kînh-Gbî mis à mort. Les Mac cessèrent de combattre pour un certain temps, laissant la place aux Lé.

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