AFFAIRES DE COCHINCHINE EN
La loi de finances de 1887 avait rendu applicable à la Cochinchinc le tarif général des douanes métropolitaines. La perception des droits commença le 1" juillet 1887. Nous ne nous arrêterons pas ici aux détails de l'application du tarif, c'est le principe des droits luimême que nous vouions discuter.
Au point de vue économique, les droits de douane sont ou fiscaux ou protecteurs ; le plus souvent, ils ont à la fois ce double caractère, c'est le cas du tarif général de France. Avec les idées protectionnistes qui prévalent dans la mère patrie et qui ne semblent guère près de disparaître, il est peine inutile de vouloir reprendre l'action déprimante et injuste d'un système faisant perdre à la nation tout esprit d'initiative, obligeant une moitié des contribuables à payer lourdement le manque de caractère et d'énergie de l'autre. Il n'y a rien à y changer et cela durera tant que ça pourra.
Aux colonies, les choses se présentent sous un jour bien différent. L'application d'un droit de douane purement fiscal, est une affaire ne relevant que de la colonie elle-même, qui seule sait ce qu'on peut raisonnablement percevoir, qui seule a qualité pour décider (la métropole ne l'entend pas ainsi).
Restent les droits protecteurs. Mais colonisation et protection sont deux mots qui hurlent d'être accolés ensçmble, l'un est la négation absolue de l'autre. Les produits tropicaux, sauf peut-être le sucre, n'ont généralement pas leurs similaires en France. Tout ce que l'habitant des colonies demande, c'est de vendre ses produits avec avantage et d'acheter le moins cher qu'il peut les choses dont il a besoin^ peu lui importe où ses produits vont, peu lui importe d'où cfts phnsAs viennent.
■^êt des coloniaux et c'est celui que le tarif général \ plus, le système protectionniste empêche net tout
essort industriel aux colonies. Fondez une société pour exploiter sur place des minerais de fer^ par exemple, .et vous verrez aussitôt les métallurgistes de France demander qu'on frappe d'un impôt spécial rindustrie naissante ; essayez de faire des liqueurs et vous aurez les distillateurs contre vous ; cherchez à usiner n'importe quoi, immédiatement les fabricants intéressés partiront en guerre. Cette situation place les colonies en une tutelle à perpétuité, en une infériorité économique dont elles ressentent bien l'iniquité. On dirait vraiment que les Français métropolitains et les Français coloniaux jQe sont pas les citoyens égaux d'un même pays, n'ont pas les mêmes droits, les mêmes devoirs ^
Le 14 juillet 1887, eut lieu en grande solennité l'inauguration de la statue de Francis Garnieri Saigon.
Nous arrêtons ici l'histoire d'actes gouvernementaux qui touchent encore de trop près une foule d'intéressés . L'historien ne serait d'ailleurs pas autorisé à se documenter aux sources, il ne pourrait donc être ni véridique, ni impartial. Le moment n'est pas encore venu de parler des cercles de jeux, des bourses de commerce, du jeu des trente-six bêtes, de la ceinture de Norodom, etc., etc.
Le 22 octobre 1887, M. Filippini décédait à Saigon. Le corps fut ramené à Bastia (Corse). A l'occasion de cette mort, assurément regrettable, nous nous demandons pourquoi le ministère a envoyé . un homme malade gouverner une colonie au climat tel que celui de Cochinchine? Que l'homme soit venu, rien de plus naturel ; d'aucuns s'empresseront de dire que c'était par patriotisme, d'autres voient les choses différemment ; mais, peu importe, les reproches ne sauraient atteindre l'homme, ils vont tous au gouvernement de la métropole.
M. Noël Pardon, directeur de l'mtérieur, prit l'intérim momentané des fonctions de gouverneur, il fut remplacé le 3 novembre par M. Piquet, résident général du Cambodge, qui obtint sa titularisation comme lieutenant-gouverneur de la Cochinchine le 16 novembre 1887. A la même date, M. Conslans (arrivé le 15 novembre à Saigon par le Péluse) prenait les fonctions de gouverneur général auxquelles un décret du 3 novembre 1887 l'avait promu.
(1) Oq se rappelle le beau tapage tout récent des viticulteurs bordelais en apprenant que les Algériens faisaient des efforts pour placer leurs vins sur le marché anglais. Qu'on ne Toublie pas, les droits abusifs décrétés par une métropole sont les plus actifs agents de séparatisme dans ses colonies. L'opposition aux colonies anglaises d'Amérique prit naissance avec les droits de timbre (22 mars 1765) et le premier acte hostile fut l'immersion de la cargaison de thé d'un bâtiment de la Compagnie des Indes orientales (Boston 18 décembre 1773). La première rencontre sanglante n'eut lieu que le 19 avril 1775 prés Lexington et Concord. Le 19 juin de la môme année, Washington fut nommé général en chef par le congrès de Philadelphie.