BASSE-COCHINCHINE
Ursidination rA-.s- Le (suite), — Révolte des: Tây-So'n,
Dynastie des Nguyen.
RESTAURATION DES LE (suite
U'TIuw-Tihui {2^ fois. lOiO-iGOi). — Ce fut le roi pùrc qui rcmoula sur le Irone. Mais père ou fils, peu Importait, le pouvoir était aux Tiinli et aux Nguydn. Du coté de ces derniers, le successeur de iNguyèn-Pliu-crc-Lan avait été Nguyeu-Pliu-oc-Tau (Hien-Viro-ug), et si jusqu alors les seigneurs du Sud s'étaient contentés de repousser les al lacpies des Trinh, maintenant, ils envahiront le Tonkm à leur tour. La province de Ngliè-An fut l'objectif. Après avoir ballu rcnnemi au mont lloânli-Son, ils s'emparèrent du camp retranché de llà-Trung. Lô-Van-Ilieu, un brave qui le défendait, put se retirer avec quelques débris de l'armée. Cnioique grièvement blessé au pied il rallia ses troupes et se retrancha solidement au village de Bîû-Nai comptant bien arrêter les Nguyen. Or, ceux-ci, n'espérant pas le réduire, usèrent d'une ruse des |)lus déloyales. Jls adressèrent une liîllreà TrjnliTrang. accusant le général d'être la cause de la guerre, de manquer debravonreet de trahir, puisque, disaient-ils, Lê-Vanlli?u demande à passer au service des Nguyen .
Cf» grossier stratagème réussit. Lê-Vau-Hieu fut arrêté par ordre de Trjnh-Trang, mais les souHVances physiques dues à sa blessure, celles morales dues à l'odieuse accusation, le poussèrent à chercher un refuge dans la mort. Il s'empoisonna avant que d'arriver à la capitale.
La province de NghO-An, nouvellement conquise, fut fortifiée, organisée et traitée comme les autres pays soumis aux Nguyen. MaisTrinh-Trang ne laissa pas l'aire longtemps. En 1654, il expédia 20.00 I hommes et cinquante bateaux pour reprendre Cau-Dinh (Hâ-Trung). Cette armée ne larda pas être battue. Trinh-Trieu, lils cadet deTrinh-Trang, reçut le commandemeut, il ne fut pas plus heureux (jue ses prédécesseurs. Un moment, même, il songea a passer aux Nguyen, mais profilant d'une maladresse de l'ennemi, il reprît l'offensive et le battit à son tour sous les murs de Dai-Nai aidé par laganUson«
Ce victorieux combat ne devait pas avoir de lendemain. Nguyèn- B0xi-TSd, commandant les troupes du Sud, réussit à se placer sur les derrières de Trinh-Trieu^ qui fut complètement défait.
Au succès des armes, les Nguyèn crurent utile de joindre l'éloquence de Tor^ achetant ainsi quelques chefs militaires des Trjnh. Ils se préparaient de la sorte à pousser plus avant leur conquête, lorsque Trjnh-Trang mourut (1654), laissant la charge de chùa à son fils Trinh-Th^c *. Hien-Vu-ang se retira, soit qu'il eût à cœur de prouver par des actes ses protestations de fidélité aux Le, soit qu'il fût fatigué de la guerre, soit pour une raison inconnue. En tous cas, il perdit ainsi l'occasion unique d'en finir avec les Trlnh. Et ceux-ci le lui firent voir, car, dès Tannée suivante, ils recommencèrent la lutte, sans succès il est vrai. Ils y perdirent la citadelle d'An-Tru-àng.
La meilleure partie du NghO-An était aux mains des Nguyèn, malheureusement leur administration au lieu d'être mesurée, prudente, établit des impôts plus élevés que ceux perçus sous les Trinh. La population se détacha des Nguyèn, et les Trjnh profitant de l'état des esprits, ainsi que des rivalités entre les chefs militaires, revinrent à la charge. Les Nguyèn furent repoussés jusque dans leThuî)n-Hoâ. Une dernière bataille livrée à Hoành-Som leur fut favorable, mais trop affaiblis sans doute, les Nguyèn abandonnèrent leurs possessions duNghO-An(1660).
En 1661, Trlnh-Th^c reprit l'offensive, l'armée des Nguyèn s'était établie dans le camp retranché de Phu-ô-c-LOc qui fut investi- Après plusieurs mois d'un siège fatigant et ingrat, une vigoureuse sortie 4e la garnison décida Trinh-Th^c à abandonner la partie. C'est à la s^ite de cette guerre que les Nguyèn firent construire une grande muraille allant de Trïn-Ninh à la mer, afin de mieux pouvoir défendre ce passage unique de la frontière ^.
En Chine, les Tsing avait fini par solidement s'asseoir, Lê-Than- Tông se rangea de leur côté. Une ambassade fut envoyée à Pékin et les derniers des Minh livrés aux autorités chinoises.
Lê-Than-Tông mourut peu après (1662) âgé de 56 ans, laissant le trône à son jeune fils Lô-Duy-Cû, âgé de neuf ans.
Nous venons de relater ce qui s'est passé sous Lê-Than-Tông an Nord du pays des Nguyèn, il faut maintenant retourner en arrière et voir les faits qui se sont accomplis dans le même temps au Sud. Mais pour nous conformer à Tordre suivi dans ce chapitre, examinons d'abord rapidement la géographie du pays.
(1) Les Sytichronismes chinois donnent Tannée 16i5 comm'î date do l'entrée eu charge de Trinh-Thac, ce qui n'est pas <raccord avec les annales annamites. La divergence reste à expliquer.
(t) On en voit encore aujourd'hui les ruines.
Nous savons déjà qu'au midi du territoire des Nguy^n, s'éteudait le Ciampa, forlébréché à cette époque. Ce pays resserré, lui aussi> entre la Cbaiue Ânnamitique et la Mer de Chine, est de tous points identique à celui occupé alors par les Nguyèn. Il n'était que le prolongement de la Cochiacbine.
Plus au Sud encore, et après avoir franchi les derniers contreforts de la Chaiue Annamitique dont la mer baigne le pied, nous apercevons une immense plaine alluviale coupée de quelques larges cours d'eau, sillonnée d'un nombre infini de rivières, ou arroyos. C'est le plantureux delta du Mékong formé par les diverses branches du Grand Fleuve, par les deux Vaicos (Vàm-Cô), organes d'écoulement des eaux de la Plaine des Joncs S et par le Donnai, affluent qui descend de la Chaîne Annamitique.
Ce delta couvert de forêts marécageuses, de plaines inondées à dense végétation palustre, est strié de bandes sableuses, anciennes dunes formées par le flot et les moussons. Tous les ans le fleuve déborde, sans cependant submerger l'entier pays. Grâce à la chaleur et aux pluies, la nature est exubérante. Aussi le sol fertilisé par le limon du fleuve et les détritus végétaux y est-il généralement très riche et se prête avec grand succès à la culture du riz. Au fur et à mesure des défrichements, le delta du Mékong a fini par devenir une sorte de grenier d'abondance pour tout l'Annam.
A l'époque de l'histoire où nous sommes arrivés, ce pays était occupé par les Cambodgiens, peuple en décadence alors, mais qui avait dû, plusieurs siècles avant, posséder une culture très avancée^ à en juger du moins par les ruines grandioses d'Ang-Kor-Wat, rt'Ang-Kor Thom, d'Ekdey, de Taprom, de Mibaume, etc.
Durant les guerres fratricides entre les NguySn et les Trjnh le Ciampa n'avait cessé d'être hostile à l'Annam. Profitant d'un moment d'embarras des Nguy§n, il se jeta sur la Cochinchine. Ce fut sa perte.
Hien-Vu-o-ng fit marcher une armée contre les Ciampois qu'il réduisît entièrement ; leur roi, prisonnier, fut enfermé dans une cage de fer où, peu après il se suicida. Quant au pays, il vint s'ajouter à l'héritage des Ngiiy§n qui laissèrent, néanmoins, à la veuve du vaincu, une sorte de souveraineté sur un petit territoire du côté du Binh-ThuÂn.
De ce moment, le Ciampa disparaît comme Etat. Sa population même va fondre rapidement. Pour quelques-uns c'est l'incorporation à la race annamite, pour le grand nombre c'est le refoulement dans la montagne. Obligés de céder au flot des envahisseurs, ils se
(1) La Plaine des Joncs, qui se compose de plusieurs grands marécages, ou biTTL, n*a pas de nom général en annamite. Chaque marécage a son nom particulier; cependant l'un des plus importants, le birn Thàp-Mir&i •où s'étaient retranchés les partisans de la résistance à Toccupation française donne ([uelquefois son nom à toute la région •
retirent dans les forêts fiévreuses de la Chaîne Annamitique, où ils végéteront misérablement attendant la fin de leur race. C'est à peine si, aujourd'hui, on trouve encore, dans le Nord-Est de notre colonie de Cochinchine, quelques tribus de pauvres sauvages, derniers restes de ce peuple qui, onze siècles durant, a disputé l'Annam aux Annamites .
Après le Ciampa, ce fut le tour du Cambodge, non point que les souverains de ce pays se fussent positivement regimbes contre une prétention quelconque des Nguyen, mais bien simplement parce que los Annamites, meilleurs colonisateurs qu'où ne le pense génélemcut, après avoir envahi le Ciampa, débordaient aussi sur le Mékong ; parce que le riche delta de ce fleuve promettait à foison des récoltes de tous les fruits de la terre que la Cochinchine proprement dite ne fournissait que très péniblement.
Un grand nombre de Cochinchinois de la gcnt aventurière, vagabonds, bannis, déserteurs, malfaiteurs en fuite, étaient venus, les uns après les autres, s'installer au Cambodge, s'y m ilant à la population indigène. Les Annamites avaient surtout pris domicile dans la rf'îgionde Bà-R|a et de Bién-IIoà. En 1658, un rapport fait par le gouverneur de la frontière Sud dépeignait le roi du Cambodge, Néac-Ong-Chan, comme prêt à se révolter ; les sujets annamites sîms protection, etc. Hien-Vu-o-ng en fit un prétexte pour déclarer la guerre au roi des Khmers. La version cambodgienne dit qu'il avait été appelé par des membres de la famille royale pour une vengeance. Quoi (ju'il en soit, 2.000 Annamites marchèrent contre le roi du Cambodge. 11 fut battu et pris dans la citadelle de Mô-Xoài (Bà-R|a) (jui avait été enlevée par les Annamites.
Néac-ông Chân fut déporté au Quàng-Binh, puis renvoyé au Cambodge avec tous ses titres à condition de demeurer vassal de la Cochinchine et de payer tribut.
Lê-Huyen-Tông {i663 a, p. iP L 167i). — Le jeune roi, que l'histoire appelle Lê-Huyen-Tông, monta sur le trône à l'âge de neuf ans. Trinh-Thgc lui fit demander l'investiture à l'empereur de Chine cjui exigea, avant, la restitution du sceau royal délivré en 1659 par les Minh, sceau qu'il remplaça ensuite par un autre.
Ce règne fut un temps de répit entre les chùa rivaux et, certes, le pays en avait besoin. Trinh-Tliac profita de la paix pour s'occuper iles affaires intérieures du Tonkin.
Il fit promulguer le code de I^è-Thanh-Tông qui abolissait le rachat (les peines avec la réserve des huit cas ressortissant au jugement du roi.
Il interdit les jeux de hasard, les combats de coqs et la divination. Il interdit t^alement l'étude de la religion chrétienne, mais proscrivit eu même temps le& bonzes et les bonzesscs. Sans doute.
la première lui était suspecte au point de vue social et gouvernemental, tandis que les seconds, simples parasites, vivaient aux dépens du peuple^ sans lui être utiles en rien. Ces mesures ont été jugées assez sévèrement par l'abbé Launay, mais avait-il SJiisi le point de vue annamite? Le culte des ancêtres et la pratique des préceptes de Confuci us réclament moins un bonze ignare et fainéant qu'un maître d'école vertueux et instruit.
Tr}nh-Th^c assaya d'établir un système uniforme de poids et mesures. Des élalons furent déposés dans tous les chefs-lieux, mais la routine du peuple fut plus puissante que la volonté du chua, le système échoua.
Avant de terminer l'histoire de ce règne, il faut encore citer les incursions des Mac, toujours établis à Ciao-Bâng. Trjnh-Thac pénétra dans cette province à la télc d'une armée (1667). Mac-Kînh-Vô se relira aussitôt en Chine, d'où il se fit replacer dans son gouvernement par la cour de Pékin.
Après la défaite du M^c, le chua voulut se retourner contre le Nguyen, auquel il avait vainement réclamé l'impôt annuel. Mais, vu le mauvais état des finances, il dut y renoncer.
Trlnh-Th^c alors dépensa son activité à augmenter son prestige a rintérieur. Il se fit accorder par le roi des prérogatives essentiellementhonorifiques: celle dene pointsaluer leroidans les cérémonies, celle de n'employer aucune formule de salutation dans ses lettres au roi, celle d'être assis sur une estrade à gaqche du trône royal. Enfin, il fit épouser sa fille au roi.
En 1671, mourut Lê-IIuyen-Tông (âgé de 18 ans) sans laisser de postérité.
lê-Gia-Tông (1672 a. p. iP 1.-1675). — C'était derechef un enfant qui montait sur le trône ; le nouveau roi, frère du précédent, avait onze ans. Sous ce règne, la haine réciproque des Tr|nh et des Nguyën va se donner libre cours encore une fois.
En 1672, les Trinh franchirent le Linh-Glang * et vinrent se ranger devant la grande muraille des Nguyen dont l'armée, postée derrière, occupait fortement nô-Chaiih avec sa citadelle, Trïn-Xinh, clef de position. D'après les annales, il y avait près de 200.000 hommes dans chaque camp. Que valaient ces gens comme soldats ? C'est ce que l'histoire ne dit pas, mais il est permis de douter, et de leur science, et de leurs qualités militaires. Certes, il y avait là un noyau de vieux combattants, mais que de non-valeurs parmi ces hommes recrutés sans souci, enrôlés à la hâte et envoyés tels quels sur le champ de bataille.
Trois mois durant, les deux armées s'observèrent, instruisant leurs troupes, se livrant à quelques escarmouches et levant de nouveaux retranchements. Tr|nh-Thaic faisait faire des travaux d'appro-
(l) Giang = Fleure.
che, essayant d'employer la mine et la sape contre les murs de Trïn-Ninh ; il avait dans sou camp des instructeurs hollaudais.
Enfin, le 25 du! le mois, Tattaquc des positions Nguyên commença. Le combat dura plusieurs jours cessant le soir pour recommencer au matin. Il y eut de part et d'autre un acharnement extrême. Les fossés de la défense se comblèrent de morts qui servirent do marche-pieds aux assaillants. L'armée des Nguyën commençait à iléchir. Un moment, l'entourage du prince IIi(îp-Birc, qui commandait, proposa de se replier sur les ouvrages intérieurs^ mais celui-ci aima mieux dégarnir certains points moins exposés de sa ligne et lancer le renfort à la rescousse. Ce renfort était commandé par le vaillant Nguyen-Ufru-DAt, qui prit la direction du combat.
Les Hollandais faisaient lancer des fusées incendiaires sur les toits de la ville au moyen de cerfs-volants ; Nguyen-IIiru-Dî\t fil* éteindre le feu avec du sable. Les assaillants touchaient à la crête des ouvrages, il fit mettre en branle des poutres armées de pointes de fer qui les abattaient, les écrasaient par groupes entiers. La victoire souriait de nouveau aux Nguyen.
Le 29, enfin, après une violente canonnade de nuit, Trinh-Thac découragé, apprenant, de plus, que son gendre Tan-Qui)n, aidé par le gouverneur de la capitale, Thâng-Quân-Công, songeait à se révolter, partit, laissant IO.OjO hommes devant les Nguyen, qui en eurent bientôt raison.
Tr|nh-Thac fit décapiter les deux rebelles. Mais comme le peuple murmurait contre son gouvernement et parlait de le remplacer par son frère Tr|nh-Trien, détenu par lui, il n'hésita pas à le faire empoisonner. Quant à Tintérieur, il ne sut que gaspiller l'argent des impôts, eu le distribuant aux mandarins pour se les attacher.
Les Nguyên, après leur victorieuse campagne, eurent à intervenir au Cambodge. En l'année 1675, un prince cambodgien, Néàc-Ang- Thai,aidé par le Siam, obligea le roi Néàc-Ang-Non à prendre la fuile. Celui-ci demanda des secours aux Nguyen qui s'empressèrent d'accourir, chassèrent l'usurpateur, mais au lieu de rendre son trône à Néàc-Ang-Non, ils le firentdeuxième roi avec résidence à Saigon, tandis qu'ils instituèrent un neveu de ce prince, Néac-Àug-Thu, preujier roi avec résidence à Oudong *. Les Nguyên devenaient ainsi, de plus en plus, suzerains du Cambodge.
En 1675, mourut Lè-Gia-Tôug, à Tàge de quinze ans.
(1) Oudong se trouve à une rfuarantaiue de kilomètres en amont dePhnom-Penh sur la rive droite du Tonlé-Sap (fleuve d'eau douce), branche qui relie le Grand Lac au Mèliong.
Toute l'immense cuvette, ou mer intérieure, formée par le lac porte pgale'nentle nom de Tonlé-Sap ; cependant on distingue en remontant: 1o la branche tluviale, ou Tonlé-Sap ; 2* la Plaine de Boue, ou Véal Phoc ; 3« le Petit Lac ; 4<> le Grand Lac qui va de la rivière de Pursat à celle de B«llainbaDg«
Lé'Hi-Tùng (i076a. p. 0^ i^ijor,),— Co fgt lo fils posthume de Lè-Thaii-Tùng, frère de L3-Gia-Toiig, qui remplaça celui-ci sur le trône. Les deux premières années de ce règne furent pacifiques.
En 1677, les Mac croyant trouver un ferme appui dans le mandarin chinois Tdm-Que, partisan des Minh, tentèrent de recommencer leur lutte au Tonkin. Pendant que Tàm-Qué se révoltait contre les Tsîng (Thanh), lesMcic se levaient contre les Lé. Tàm-Qué fut battu par les troupes impériales, et les Mac, par Tarmée des Tilnh. Ce fut le coup de grâce. Ils essayeront bien, en 1092, à soulever encore une fois la province de Cao-Baiig, ce sera en pure perte.
Kn 1682, mourut Trlnh-Thcic, laissant le pouvoir à son fils Trinli-Càn, qui prit les affaires sans être in(iuiété. Il eut de bonnes relations avec l'Empire. La guerre simulUmée contre les Mgic et les Minh avait rapproché les deux cours. En 1683, la Chine livra au gouvernement annamite 500 réfugiés partisans des Mac. De son côté, TAnnam livra au Gouvernement impérial 200 rebelles fugitifs établis sur son territoii'e. Ce sont là des procédés de gouvernements despotiques, fort utiles à leurs intérêts sans doute, mais qui n'en restent pas moins d'une révoltante immoralité. Les peuples fiers et libres n'ont jamais, môme dans les temps reculés de l'histoire, trahi ceux auxquels ils avaient accordé l'hospitalité.
En 1684, la Compagnie des Indes envoya un de ses agents, Le Chappelier, visiter le Tonkin ; secondé par les missionnaires, il obtint Tautorisation d'y établir des foctoreries qui, si elles ont existé, n'ont guère duré, car les mauvais traitements des Tr|nh avaient fait lever, nous le savons, le dernier comptoir des Hollandais en 1 700. En 1 686, un autre agent, Vinet, conseilla l'occupation de Poulo-Condore.
Le reste du règne de Lê-IIi-Tông fut relativement paisible. La piraterie, produit des temps troublés antérieurs^ fut sévèrement réprimée. On détruisit un entier village de bandits ; 52 furent décapités, quant au reste, il eut les doigts coupés et fut dispersé dans le pays.
Pendant que ces événements se poursuivaient au Tonkin, les Nguyên recevaient un contiïigenl de 3.000 immigrants chinois (1680). C'étaient des partisans des Minh, qui, retirés sur une flotte de 200 jonques de guerre, avaient vu leurs forces presque entièrement détruites par une violente tempête, Après l'ouragan, leur général, Du'ang-Nggin-B|ch,raUia les débris. Il ne restait plus qu'une cinquantaine de jonques montées par 3.000 hommes. Renonçant à la lutte, B|ch erra au gré des vents, et vint accoster en Cochinchine, où il offrit de faire soumission entière à irfé.i-Vu'ang. Il y eut des hésitations chez les Nguyen, (|ui, pourtant, finirent par autoriser Du-ang- Ngan-Bjch à s'étabHr au Bas-Cambodge. Sa Hotte se divisa en deux parties, dont Tune s'installa à My-Tho, Tautreà Hién-lloà. Ce fut le dernier acte imporl;int de l'habile et glorieuse administration de llieu-Vurang,qui maliiem'eusement pour les missionnaires, proclama
durant son long règne, divers édits de persécution. Ce fut lui aussi qui força les Chinois établis dans le pays à suivre les coutumes annamites.
Nous jugeons d'iiabilude ces actes d'après notre concept européomoderne et avec une parfaite ignorance des causes déterminantes. Aussi n'avons-nous guère le droit de blâmer la conduite d'un prince qui, loin de trouver dans les étrangers une source de paix et de progrès pour son peuple, n'y dévoila, sans doute, qu'un brandon de discorde sociale et un élément menaçant de ruine pour l'indépendance nationale.
Hien-Vuo-ng mourut en 1685, laissant le gouvernement à son flls Nguyen-Phuô-c-Thô-i (Ngai-Vu-ang).
L'année suivante, les Chinois de My-Tho se révoltèrent. Ngai- Vuong I es réduisit à l'obéissance, non sans avoir fait massacrer le chef des rebelles, Huinh-Tan, et bon nombre de ses partisans. Il imposa, du même coup, un traité plus serré au roi du Cambodge.
Ngai-Vucrng mourut en 1690 et fut remplacé par son flls Nguy^n- Phu-ô-c-fiieu (Minh-Vuong).
Quelques années plus tard, en 1702, une nouvelle tentative d'établissement est faite par des Européens. Ce sont les Anglais qui, sans demander avis à personne (ni le Gia-Binh thông chi ni les Annales n'en parlent) créent une factorerie à Poulo-Condore. Elle dura pcn. En 1708, ees Anglais furent massacrés par leurs propres soldats malais, des hommes de Macassar. Deux seulement, Salomon Lloyd et le docteur Pound, parvinrent à s'échapper dans une barque.
L'ile . de Poulo-Condore avait-elle été visitée déjà par des Européens. C'est douteux. Il est vrai que lors de l'occupation française on trouva, en déblayant le terrain nécessaire aux premières inslallalions (1861-1862), des monnaies espagnoles à l'effigie de Charles-Quint avec le millésime 1521. Mais cela ne prouve rien. Les Portugais et les Hollandais ont visité les mers de Chine les premiers et ont fort bien pu se servir de monnaies étrangères. Les Espagnols ne semblent s'être présentés sur les côtes d'Annam que vers 1590 où le P. Diego Ad verte se rendit à Hué (ils ne s'étaient établis aux Philippines qu'en 1565). Ne serait-il pas plus simple de supposer que les habitants de Poulo-Condore ont pillé quelque galion espagnol naufragé ? Cette supposition est d'autant plus vraisemblable qu'en ce temps on troquait généralement, on n'achetait pas.
En 1705, Lê-Hi-Tông transmit « par ordre » la couronne k son fils Lé-Duy-Duô'ng (Lé-Du-Tông). Trjnh-Cân n'en usait pas autrement avec les Lé que ses ascendants. Lè-Hi-T6ng mourut en 1716, âgé de 54 ans.
U'Dà-Tông (1705-4720). —Le nouveau règne fut tranquille. Presque au comïuencemenl, mourut Trjnh-Cân (1 707),auquel succé- •1 arrière-petit-fils Tr|nh-Caug, ou Trlnh-Cu-o'ng.
Celui-ci profita de la paix pour remettre un peu d'ordre daus les affaires de l'Etat. Le code de Lè-Thành-Tông, tombé en désuétude^ fut remis en vigueur, les terres cadastrées, et les impôts établis sur une nouvelle base. Les ports des provinces de Nghè-An et de Thanh- Hoâ furent curés et agrandis. Bien des abus et des désordres furent réprimés. Les Chinois qui exploitaientjes mines ne purent se grouper au-delà de 300 sur un même centre d'exploitation.
Trinh-Cang continua la politique de son père à l'égard des étrangers et du culte nouveau. La religion chrétienne fut interdite et les missionnaires renvoyés au Siam (Mgr Jacques de Bourges, M. Ed. Belot et M. François Guisain).
Mais comme la jonque qui les transportait arrivait à la hauteur du Nghê-An, une barque de chrétiens Taborda et par\4nt à enlever les deux derniers, qui réussirent à se cacher dans la province.
Cette résistance ouverte aux ordres du gouvernement touchait de fait à la rébellion et n'était pas de nature à calmer l'irritation du puissant seigneur du Nord, qui maintint pendant trois ans la rigueur de ses ordonnances. {Cours d! histoire annamite par P. J. B. Tnrang-Vînh-KJ).
Dans le Sud, Minh-Vu-o-ng avait fini par transformer ce qui restait du Ciampa en un phû annamite sous le nom de Binh-ThuOin. Il dut aussi battre les Siamois qui étaient venus au secours du parti cambodgien révolté.
En 1Ô99, le Bas-Cambodge est organisé administrativement par les NguySn qui en feront le pays de Gia-Binb S ou de Nam-Ky, celui que nous appellerons dorénavant Basse-Cochinchine. D'abord, furent établis : le phû de Gia-Blnh, le huyèn de Phu-ô-c-Long (sur le territoire de Bong-Nai), le dinh de Tran-Biên (Bièn-Hoà), le huyên deTân-Binh(Saïgon)2.
En 1715, un riche cantonnais, ancien fermier des jeux au Cambodge, qui s'était établi à Hà-Tiên et avait fondé successivement sept
(1) Les deux caractères qui désignent Gia-Djiih signifient tranquillité parfaite. C'est le nom sous letjuel les premiers Annamites venus en Basse- Cochinchine connaissaient le pays traversé imr laKivière de Saigon. Plus tard, Nguyên-Anh donna olTiciellement ce nom à la citadelle construite par le colonel Olivier. Quelques lettrés indigènes ne font pas reuionter Torigine du uoni au-delà de Gia-Long. Considérant le premier caractère comme rabrèviatiou du nom de l'empereur Gia-Long, ils traduisent Gia-Diiih ainsi: pays pacifié par Gia-Long. (Monographie de la prorince de Gia-&nh), Cette hypothèse nous parait difficile à admettre vu que la citadelle date de 1789, tandis que le nom de Gia-Long ne remonte qu'à 1802.
(2) D'après M. Aubaret, traducteur du Gia-Blnh thông chi, le centre appelé Saigon, était autrefois Cliolon, taudis que la localité où se trouve la ville de Saigon d'aujourd'hui se nommait Ben-Nghé. Quant à Torigine du mot, elle doit être cambodgienne. M. Tiiro'ng-Vînh-Ky préteud que l'auteur du Gia-Binh thông chi, Tiinh-Hoài-Bu-c, en a donné un sens (nous n'avons pas trouvé le passage dans son livre) d'après lequel Sài serait
centres de population S fit offrir aux Nguyen le territoire qu'il occupait^ demandant^ en échange^ à le gouverner au nom de Minh-Vu-ang. Celui-ci s'empressa d'accéder et donna à Mac-Cfru le titre de hau.
Minh-Vu-o-ng, aussi, fut sévère pour les chrétiens. Plusieurs missionnaires moururent en prison (persécution de 1 700) . Quatre ans plus tard, cependant, le chiia se relAcha de ses rigueurs, grâce à l'influence du P. d'Arnedo (qu'il avait gardé auprès de lui comme mathémalicien) secondé, il faut le reconnaître, par diverses calamités publiques.
Sous Minh-Vu-o-ng, nous l'avons dit précédemment, la Compagnie des Indes envoya deux de ses agents pour visiter les côtes de l'Ânnam, dans l'intention d'y établir un comptoir. Le Chappelier vint en 1684 et Verret en 1686. Le rapport de ce dernier relate que les habitants n'étaient pas disposés à entrer en relation avec les étrangers. En 1723, le commis Renauly visita de nouveau Poulo-Gondore et conclut au choix de Tembouchure du Mékong si l'on voulait établir un centre commercial. Dans la même année, mourait Minh-Vu-ang qui fut remplacé par son fils Nguyën-Phu-oc-Chù (Ninh-Vu-o-ng). Trinh-Gang, sentant sa fin prochaîne et craignant des velléités d'indépendance de la part du roi à sa mort, obligea (1729, 4* I.) Lê-Dû- Tông à abdiquer en faveur de son fils Lô-Ouy-Phu-ong (Lê-VTnh- Khanh) alors ûgé de 19 ans. L'ancien roi mourut en 1731, à l'âge de 52 ans.
Lê'Vinh-Khdnh (17 29-1 732).— LeîeuneroU créature deTrjnh- Cang et gendre de celui-ci, fit donner à l'épouse du chùa le titre de reine-mère. Peu après cet événement, Trinh-Cang mourut (1729). Son fils Trjnh-Giang lui succéda. Ce prince avait certes de la bonté d'âme, mais ne possédait plus les hautes qualités administratives des anciens Trinh. S'il déclara libres de tous droits le commerce et l'exploitatiou du sel, par exemple, il interdit aussi l'exploitation des
un caractère chinois sigiiifiaiiL bois, tandis que fjôn est le mol annamite qui désigne la ouate; « ce nom, écrit P. Ky, vient, dit-on, de la quantité de ces cotonniers «lue les Gam])odgîens plantaient tout autour de leui's anciences fortilications en terre, dont les traces restent encore sur 4a pagode Câ>- >lai et aux environs ». Mais lui aussi penche à croire (jue Saigon était un nom donné par les Cambodgiens à toute hi région où, plus tard, fut construite la ville.
A notre tour de faire remarquer (|ue les Cambodgiens avaient un fort à Saigon et dés avant 1675. On lit, en elfet, dans la traduction Aubaret du Gia-Binh thông chi, page 3: «Au 4c mois et pendant Tété (de 1675), ils (les Annamites), s'emparèrent des forts de Saigon, Gô-BIch et Nam-Vang». Un autre point à noter est (|ue Qur-Lcrn, qui fut créé par les Chinois en 1778, rei^ut d'eux le nom de Taï-Ngon et de ce vocable à Saï-Gon la transformation n'est pas longue.
(1) Hâ-Ti ' '-ong-Co-, Can-Vot (Campot), Vung-Th(rm (Kom-
pong-Thor Mau.
mines d'or, d'élain et de fer du Thanh-Hoa. A l'égard des Le, il continua la tradition de ses pères. En 1732, il fit abdiquer Lê-Vînh- Khành en faveur de son frère Lê-Ouy-Tu-àng et, en 1735, craignant sans doute quelque mouvement de l'ancien roi, il le fit mettre à mort.
Heraarquons en passant que Lê-VTnh-Khanh n'avait pas envoyé d'ambassade à l'empereur pour notilier son avènement au trône.
En Basse-Cochinchine, Minh-Vu-ang avait établi le phù de Djnh- Vièn (Vïnh-Long). Mac-Ciru étant mort en 1736, son fils Mgc-Tôn fut autorisé à lui succéder.
Lé'Thuân-Tông (1732-1735), —Sous le court règne de ce prince, n'eut lieu aucun événement politique important.
Trinh-Giang congédia une partie des troupes afin de restreindre les dépenses, peut-être aussi dans le but d'avoir plus d'argent pour ses plaisirs. Il fil imprimer des livres de la doctrine de Confucius ; défendant, d'autre part, l'achat des éditions chinoises. Voulait-il par toutes ces mesures prises contre les Chinois se détacher lentement de l'Empire ? C'était assez probable.
Après trois ans de règne, le roi mourut à l'Age de 37 ans (1 735), laissant le trône à- son jeune frère Lé-Duy-Thin que l'histoire a nommé Lê-Y-Tông.
Lê-f'Tông {1735-1740). — Trjnh-Giang qui, somme toute, était le maître, commençait à mécontenter bien des gens. Depuis plusieurs années des idées de révolte hantaient les esprits, cependant personne n'avait osé ouvertement s'attaquer à la puissance du chùa. En 1737, l'insurrection éclata. Mais, fait curieux, elle avait à sa tète trois princes de la famille royale : Lè-Duy-Chùc, Lè-Duy-Qui et Lô-Duy-MC»t. Ils tentaient de secouer le joug avilissant que leur imposaient les Trjnh.
Trahis, le complot avorta, mais les conjurés eurent le temps de se retirer et de lutter. Les soldats de Trjuh-Giang battirent les révoltés a plusieurs reprises. Lê-Ouy-Chùc et Lè-Duy-Qui moururent peu après. Quant à Lê-Duy-MAt, il continua de tenir la campagne et d'inquiéter les Trinh.
La sédition avait été étouffée, mais elle restait latente, menaçante. Une administration juste et ferme pouvait seule la réduire complètement. Au lieu de cela, nous voyons Trjng-Giang se livrer à (les débauches effrénées. L'épuisement Talteiguit, et un coup de foudre, tombé tout près de lui, durant un orage, l'acheva : il perdit la raison. Sur le conseil intéressé d'un eunuque, Huinh-Công-Phy, il alla vivre dans un souterrain, laissant ainsi tout le pouvoir aux mains de son conseiller.
Plus ambitieux qu'habile, Huinh-Công-Phu se créa de nombreux ennemis. Il fut renversé et remplacé par Trjnh-Dinh, frère cadet du chùa dément qui, lui, resta dans sa demeure souterraine jusqu'en 1761, époque de sa mort survenue en sa 51 • année.
Maïs Lè-Duy-M^t, le prince partisan, tenait toujours la campagne. Pour ramener à faire sa soumission, Trhih-Dinh contraignit le roi à abdiquer en faveur de son neveu L6-Duy-Bào. Lé-t-Tông vécut encore 18 ans jusqu'en 1759.
Au Sud, les Nguyëu continuaient d'administrer sagement leurs provinces et d'organiser la Basse-Cochincliine. En 1786, l'année delà révolte des Lô, mourut le chùa Niuli-Vu-o-ng. Son fils,Nguyen-Pliu'ô'c- Huçrt, le reniplaçii sous le nom de Vo-Vucrng. L'année suivante, Dumas, le gouverneur des Indes, ancien gouverneur de Bourbon et de rile de France, présenta à la Compagnie des Indes un projet d établissement au Tonkin. Le moment eût été bien clioisi.
Lê'Hièn-Tông (i 74(^-/756). — L'avènement au trône de Lè- Duy-Bào (que l'histoire appelle Lé-Hien-Tông) ne produisit pas sur Lè-Duy-Mâil l'effet attendu par les Trjnh. Il continua la lutte comme avant. Diverses révoltes éclatèrent en plusieurs endroits, mais l'homme voulu manquait pour diriger le mouvement, aussi Trinh-Dinh parvint-il à écraser les rebelles, les uns après les autres, sauf Lê- Duy-MAtqui lui échappait ; et Trlnh-Diuh mourut (1767) sans avoir pu le saisir. Le fds du chùa, Trjnh-Sum, qui lui succéda, fut plus heureux. 11 poussa vigoureusement la guerre, et finit par assiéger Lê-Duy-MAt dans Trïn-Ninh son dernier refuge K Se voyant perdu, Lê-Duy-MjlLt fit amonceler des caisses de poudre, monta dessus avec sa famille et se fit sauter (1 768).
En Cochinchine, rien d'extraordinaire ne se passait. La Compagnie des Indes renouvelait ses tentatives pour entrer en relation avec TAnnam. Vers 1748, Dumont, un agent de la Compagnie, visita la Cochinchine ; il proposa de fonder un comptoir dans l'ile Cham, près de Faï-Fô. Eu 1749, ce fut Pierre Poivre qui, débarquant à Tourane, se rendit à Hué. VÔ-^^u'0'ng lui fit bon accueil, l'autorisa à fonder un comptoir à Tourane et le chargea d'une lettre pour le roi de France. En 1750 et plus tard, les bouches du Mékong,ainsi que les côtes de Cochinchine furent explorées successivement par d'Après de Mannevillette, de Richery et de Rosily-Mesros. En 1 752, Dupleix se fit adresser un rapport sur le Tonkin par un missionnaire, l'abbé de Saint-Phalles, puis il fit offrir des présents au roi d'Annam par Mgr Bennétat. Malheureusement, Dupleix fut rappelé en France. C'était l'époque de notre ruine coloniale et rien ne put se faire.
En 1775, cependant, une nouvelle tentative fut faite par des Français pour commercer en Indo-Chine. Leurs efforts réunis furent rendus vains par la guerre d'Amérique. Toutefois, dui'ant cette lutte, le gouverneur de Chandernagor envoya un navire dans les mei's de Chine pour renouer des relations avec le Tonkin.
(i^ " u lùy, ou forteresse, situé dans les montagnes au
No e Quâog-BlDh.
En 4 765, Vo-Vircyng agonisant désigna pour lui succéder le fils
d'une de ses concubines, Duç-Tông (que Thistoire appelle aussi
HuO-Vu-orng ou Blnh-Vu-ang), et mourut quelques jours plus tard.
Vô-Va*oTig s'était rendu peu supportable par son orgueil, Duê-
TôDg acheva de mécontenter tout le monde.
Un haut mandarin, Tru-o-ng-Phu^crc-Maii, s'empara du pouvoir, grâce à la jeunesse du nouveau chûa. C'était un homme violent, plein de caprices, qui se rendit souverainement impo()ulaire. Il fit mettre en prison Hiéu-Khu*o'ng-Vu*ong,le deuxième fils de Vô-Vu-o-ng ' , qui y mourut, assassiné peut-ôtre,laissant deux fils, dont run,Nguyen- Anh, sera le fondateur delà dynastie actuelle, l'empereur Gia-Long. Du côté de la Basse-Cochiuchiiie, les Siamois se faisaient envahisseurs. En 1772, ils prirent Hà-Tién, puis marchèrent sur Chàu-Boc avec Tintention de poursuivre jusqu'à Saigon. Les Annamiles se portèrent à leur rencontre. Un premier insuccès subi par uu détachement du côté de Raich-Già, n'empêcha pas le gros, commandé par le gouverneur général Bàm, de joindre les Siamois à Nam-Vang (Phnom-Penh) et de les défaire. Le roi de Siam rendit Hà- Tièn à Mgc-Tôn et retourna à Bangkok (1774).
C'est à la suite de cette expédition que Bàm fit a élever à Saigon une fortification en terre qui partait au Sud du lieu dit Cdt-Ngàng, à rOuest du pont Lào-Huè et au Nord de l'embouchure du v^ch Th}-Xghè. Cette fortification présentait un périmètre de 15 li ; elle enveloppait la citadelle, où se trouvait le siège du gouvernement, et lui donnait beaucoup de sécurité ; on pouvait la parcourir dans le sens de la largeur par des routes très praticables à Tinfanterie. » (Trjnh-Hoài-Birc).
L'orientement de cette fortification est quelque peu erroné, mais l'auteur du Gia-Binh tliông chi donne des points de repère: l'' l'embouchure du r^ch Thi-Nghè (Arroyo de l'Avalanche) ; 2° un pont, qui n'était certes pas sur la Rivière de Saigon et qui, se trouvant à l'Ouest alors que le confluent de l'Avalanche était indiqué au Nord, ne pouvait être que sur ce dernier cours d'eau, par exemple le deuxième pont. La situation de l'ouvrage était donc à peu près celle de la future citadelle du colonel Olivier, dont nous parlerons plus loin, elle était peut-être aussi celle du fort des Cambodgiens qui fut enlevé par les Annamites un siècle avant.
(1) Vi-Virang eut beaucoup d'enfants, dont les premiers furent des flUes. Voici les noms de quelques-uns des fils :
Le thi tir (prince héritier) Hiêu, mort avant la révolte des TAy-So-n, et dont le fils Dirang (Myc-Virang) fut exécuté, sur l'ordre de Nguy3n-Vân- Uuè, en même temps que son oncle le chûa Duê-Tông.
Hi^u-Khu'ang-Virvng, deuxième fils, mort en prison et qui eut pour fils NjguySn-Anh.
Diié-TôDg qui était le i6« enfant de Vo-Virorng et le tôiig thât Thâng qui était ie 18*.
Pour ce qui est du développement, il pouvait être de 4, 6 et même 10 kilomètres, l'Annamite donnant au li les valeurs les plus fantastiques (voir les Institutions Annamites, Tome II, page 243).