‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 19 sur 146 · EXPÉDITION DE BASSE-COCHINCHINE. - ANNÉE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE BASSE-COCHINCHINE. - ANNÉE

La paix avait été définitivement signée avec la Chine le 25 octobre 1860. Les forces navales et une partie des troupes devenant disponibles, on put songer à quelque action énergique en Basso-Cochinchine pour y assurer, enfin, une domination ùprement disputée jusque-là et, en réalité, fort précaire.

Le vice-amiral Charner, désigné par l'Empereur pour commander la nouvelle expédition, s'occupa aussitôt d'organiser l'escadre et le corps de troupes qu'il destinait aux opérai ioils dans le delta bascochinchinois.

C'est à Wousung — port d'entrée dn cours d'eau qui baigne Schangha! et se jette dans l'estuaire du Yang-Tsé-Kiang (Rivière de Wousung de l'embouchure à Schangliaï, Ilouang-Ilo au-delà) — où

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Tamiral arriva le 10 décembre, que se réunirent les bAlfmenls de l'f^cadre. A Schanghaî môme se trouvait aloi^s le général Cousin- Monlauban avec deux mille hommes de troupes françaises. Les di^ux orUciers généraux se concertèrent pour l'organisation du corps expéditionnaire et les derniers détails furent arrêtés. Voici, d'après Pallu de la Uarrière^ les conventions établies :

Le général de brigade de Vassoigne commandera les troupes du corps expéditionnaire, sous la direction de Tamiral commandant en chef. Les chasseurs à pied, les chasseurs d'Afrique, l'artillerie, le génie, l'intendance fourniront un effectif de 85 officiers, de 1.303 hommes et de 272 chevaux ou mulets K Les îles Chusan(en face de Ningpo) seront évacuées. Le détachement d'infanterie de marine qui les gardait ralliera Hongkong. L'infanterie de marine, déjà placée sous le commandement de l'amiral par suite d'une convention réciproque arrêtée à Taku, fournira un contingent d'environ 800 hommes au corps expéditionnaire. Pour assurer les mouvements des troupes et l'exécution des règlements militaires dans les différents services, un chef d'état-major spécial * sera attaché au corps expéditionnaire. Les ser\'ices de campement, d'ambulance et de subsistance seront surveillés par des comptables de la guerre, placés sous les ordres d'un adjoint à l'intendance militaire. Le service de la trésorerie et des postes sera organisé d'une manière permanente à Saigon. Un agent, établi ;\ Singapour, aura qualité pour recevoir les dépêches d'iiurope en Cochinchine.

Le corps expéditionnaire de Cochinchine se trouva dès lors constitué. Un contingent de marins débarqués, dont les cadres étaient formés et qui montiit à un millier d'hommes, une partie de la garnison de Saigon qui ne se trouve pas comprise dans l'énumération précédente, portèrent à plus de 4.000 hommes l'etiectif de la petite armée de Cochinchine.

Il fut adjoint a l'expédition un corps de six cents coolies chinois recrutés et organisés par le capitaine de vaisseau Coupvent-Uesbois, commandaut supérieur à Canton.

Le contingent espagnol qui était alors à Saigon comptait ±M hommes d'infanterie. Il ne fut pas augmenté malgré la demande du viceamiral Cbaruer au capitaine général des Pbilippiues. L'amiral avait

Ofliciers Soldats Ohovaux 0 ) »^has80urs i\ pied, (2« BataiUon). 31)

ChasstHi rsi dWf rique 3

ArlUlerio 15

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Totaux 80 1.303 27i

{^\ Cifi fui le clief dVs.'adn^ii dVUl-m ijor de Gools. L^ oapitaiue d*i'»lal- 'Vjor liai Ilot lui fut adjoint* \\ y eut au-tle^sus de «:e5 deu\ ofticiers ud *dVtut-m;igor puerai, le capitaine de >aissiMU do Ladêbat.

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demandé un renfort de 150 cavaliers montés, de 400 fantassins et de âOU marins lagals. Ce renfort fit défaut.

Le haut commandement des troupes fut ainsi réparti :

Vice-amiral Charner, commandant en chef de l'expédition et commandant de toutes les forces navales d'Extrême-Orient.

Général de brigade de Vassoigne, commandant les troupes.

Capitaine de vaisseau d'Ariès, commandant supérieur des forces de Saigon.

Colonel Guttierez Palanca, commandant le contingent espagnol et plénipotentiaire de Sa Majesté Catholique.

Capitaine de vaisseau Laffon de Ladébat, chef d'état-major général.

Chef d'escadron de Cools, chef d'état-major des troupes.

Lieutenant-colonel Crcuzat, commandant l'artillerie.

Chef de bataillon du génie Allizé de Matignicourt, commandant le génie.

En ce qui concerne les forces navales, nos renseignements sont incomplets. Voici les noms des bâtiments que nous avons relevés dans louvrage de Fallu et qui se sont trouvés ou sont venus dans les eau.x de Uasse-Cocbinchine versI^SGt.

V Impératrice- Eugénie (portant le pavillon du vice- P , J amiral Charner).

^ ^^ » La Renommée (portant le pavillon du contre-amiral

Page).

Le Duchayla,

^ ) Le Laplace.

Corvettes \ t n •

Le Pnmaugttet,

Le Monge,

I LeForbin, Le Prégent.

V4lom'Prah.

Le }hr\agaray, VEcho.

Le Deroulède, Le Hong-Kong.

Le Lily, Le Kien-Chan.

Le S ba m- Rock.

La Dragonne, VA larme.

Canonnières ( L* Avalanche.

La Fusée.

La Mitraille.

Canonnières en fer n®* 12, 13, 15, 16, 18, i^, 22, 24, 25, 27, 29, 30 et }i.

Avisos

Frégates-Trans-

ports

I V Européen.

Le Japon,

Le ÎVéser (a fait naufrage en i86i) VEiitreprenanie, La Dryade, Le Calvados.

La Garonne.

Le 7«r/y.

Le Rhône.

La Dordoone.

La Durance.

La Gironde,

La Lo/V^r.

La Marne (magasin-atelier).

La Saône,

La Nièvre.

Le /?/;/« (stationnaire).

Vaisseau-Hôpital Le Duperré,

Frégates à voiles (?)

VAndromaque (armée en flûte). La Didon,

La F(?r/<; (armée en flûte).

La Persévérante (stationnaire).

L'A Vengeance (armée en flûte).

La Némésis,

VAtnphitrile.

VEspérance.

Lorchas ( i ) ^ Le Jajareo,

Le Saint-Joseph.

Le Mirage,

Nons regrettons de ne pouvoir toujours préciser l'espèce des bâtiments, Pallu de la Ikrrière ne donne que les noms sans spécifier rcîspècc, ni même dire s'ils étaient à vapeur. Certes tous ces navires marchaient à la voile, mais un grand nombre avait des machines, il eut été bon de l'indiquer. C'était l'époque de la transformation de notre marine, la vapeur se substituait au vent, le fer au bois. Si nous sommes bien renseigné, notre dernier vaisseau à voile, le dernier gros bîUiment de la floltc en bois, le Navarin, fut construit durant la guerre de Crimée.

C'est avec cet ensemble de forces (|ue la lutte allait être reprise. Le 7 février, Vlmjéralrice-Eugénie, |>ortant le commandant en chef,

(i) a Les lorchas sont des ))t\timents de flotille d'origine portugaise. <|ne la nécessité de défendre un grand nombre de cours d'eau avait fait adjoindre aux forces navales. Elles étaient armées d'une pièce de gros calibre et portaient la flamme nationale. » (Pallu).

vînt mouiller à Saigon. Du jour mémo, Tamiral s'occupa de prendre les dispositions nécessaires à Torganisation définitive des unités de troupe. La Plaine des Tombeaux fut reconnue par Tamiral avec les commandants du génie et de Tartillerie ; la ligne de défense des Pagodes fut visitée et, finalement, le plan d'attaque arrêté. Dans son ensemble, il consistait à armer celte ligne de grosses pièces afin de maintenir l'ennemi sur le front, de tenir les cours d'eau qui encadraient les flancs aussi bien de Tennemi que les nôtres et d'attaquer avec le gros des forces le revers de l'ouvrage annamite.

Dans ce but, les bâtiments de la flotte envoyèrent une parlie de leur artillerie aux pagodes. En sept jours, les plates-formes furent construites, les pièces débarquées et, non sans bien des peines, mises en batterie avec un approvisionnement de cent coups pour chacune. La pagode Barbet reçut trois canons-obusiers de 22 centimètres S et deux chevalets pour fusées de siège de 125 millimètres *; la pagode des Clochetons fut renforcée de quatre canons de 30 rayés ; celle de Cây-Mai reçut un canon de 30 rayé et un canon-obusier de 22 centimètres * . Ces pièces conservèrent toutes leurs servants des bords.

Le 16 février, le vice-amiral Charner quitta Xlmpératrice-Eugénie pour établir son quartier général dans l'Ouvrage neuf. Le commandement des bâtiments échelonnés devant Saigon fut confié au capitaine de vaisseau de Surville. Une première reconnaissance armée faite par l(î lieutenant-colonel Crouzat donna la certitude que la plaine au Nord-Ouest de Cày-Mai élait praticable à l'artillerie et que Ton pourrait défiler devant les ouvrages annamites à une distance de deux mille mètres, c'est-à-dire hors de la portée du canon ennemi et en dedans de celle des canons rayés de campagne. La voie fut aplanie par un détachement du génie et la compagnie de débarquement deVImpéralrice- Eugénie sous un feu assez vif, mais mal dirigé, qui ne toucha personne. Faisons remarquer, en passant, que toute la Plaine des Tombeaux, sauf quelques insignifiantes cuvettes, est ferme et hors de l'eau, même pendant les pluies — c'est ce qui l'a fait choisir sans doute comme lieu de sé])ulture. Durant la siiison sèclie, le terrain devient presque partout dur comme un ciment romain. Ce

n)^allu dit partout dans sou livre obusiers de 80, désignation surannée, ijullement officielle de son temps; pour être correct, et surtout compris, il aurait dû dire canon-obusier de 55 centimèlres.

(2) La fusée de guerre est un artifice participant à la fois de la bouche à feu et du projectile ; il est fondé sur les mêmes principes que la fusée à signaux. La longue portée de cet engin (jusqu'à 6.000 mètres), le bruit terrifiant de sa marche en Tair, ont fait que pendant assez longtemps il fut l'objet d'études et d'essais de perfectionnement. Le problème de la direction ne trouva, par malheur, point de solution satisfaisante, et Teffet produit, plus moral que matériel, aidant, la fusée de guerre fut complètement abaDdonnée.

nVst point la constifuHon du sol qui formait un -obstacle à la niarchc ou au charroi, mais bien les nombreuses tombes, lumulus et ondulations de cette plaine creusée, remuée en tous sens depuis plusieurs siècles.

Pour rintclligence de ce qui va suivre et à défaut de cartes que cet abrégé d'histoire ne comporte point, nous donnerons ici un descriptif sommaire de la disposition des ouvrages annamites appelés sans trop de raison lignes de Chi-Hoà. Mais il est utile avant que nous indiquions à grands traits la topographie des lieux.

La route qui mène de Saigon vers le Cambodge suivait à peu près une ligne droite jusques environ un kilomètre au-delà du fort de Chi-IIoà (antérieur aux autres ouvrages) ; sa direction élait Sud-KsI- Nord-Ouest. Après le fort, elle faisait un grand coude et prenait une direclion presque Nord jusque vers le village de Thuyn-Ki'cu où elle bifurqunit, la branche Nord-Est allant vers Iloc-Mon, la branche Nord-Ouest vers le fort de ThuAn-Kieu. Ce fort était, en ligne droite, à quelque cinq kilomètres de l'ancien fort de Chi-IIoà. D'autre part, la Route Haute de Saigon àCho-Lcrn suivait, avec une inflexion vers le Sud-Est à hauteur de la Pagode des Mares, une direction générale Nord-Est-Sud-Ouest. Parallèlement à cette route et à une distance movenne de un kilomètre vers le Sud, coule TArrovo Chinois.

Au Nord (le la ro:Ue de Saigon à Chi-IIo;'i, se trouve TArroyo de rAvnlanrho, suivant une dîrerlion générale Oiiesl-Kst. Son [)oint de dépnrt est à environ 4 kilomètres à TEst du fort ancien de Chi-lloà et à un kilomètre d(» la route dont larroyo s'éloigne de plus en plus. Les alentours de son point d'origine et les rives du cours étaient assez marécageux. Plus au Nord-Est, coule la Piivière de Saigon avec une direction générale Nord-Ouest-Sud-Est, et à des distnnces de sept à dix kilomètres de la roule; un cours d'eau pandièle, à TOuest, le Hach Bà-IIàng (appelé rach Go-Vàp par Pallu de la Bnrrière), débouche d'une part dans la Rivière de Saigon (au Snd-Esl), et de l'autre dans le Rach Tra (au Nord-Ouest) aHInenl également de celte rivière venu droit de TOuest en traversant la roule à une quinzaine de kilomètres de Chi-IIoà.

Du côté Sud-Ouest de la route de Saigon à Chi-lloà. s'étendait la Plaine des Tombeaux jusques à toucher les Pagodes. Cette plaine était elle-même limitée au Sud-Ouest et à une distance de cin(| à six kilomètres de !a route par des bouquets de bois, des rizières, de petits cours d'eau, le Rach L6-Gom entre autres, et, enfin, plus en arrière encore, par le Rach Rà-IIom ([ui communiciue avec le Rgch Càt, et par celui-ci avec l'Arroyo Chinois vers l'Est et le Rach Can- Giuoc vers le Sud.

Quant aux ouvrages de la défense, ils se composaient d'un camp retranche rectangulaire, d'environ trois kilomètres de long sur un de large, divisé en cinq com|)artinients d'inégales grandeurs. La route de Saigon le traversait dans toute sa longueur. Le compartiment

le plus nu Nord-Ouosl comprenait divers ouvmgcs intérieurs et un fort très solide vers le milieu de la face Nord-Ouesl ; il prenait sous son feu la route venant de Uinh-IIoà (Gia-Bjnh) et du Tombeau de l'Evêque. Cétail la partie la plus forte du camp (*t la clef de tout le système de défense. La face Sud-Kst avait la forme d'une tenaille avec trois fortins (au centre et aux deux extrémités) ; l'angle extrême Est se prolongeait par divers ouvrages jusques à lorigine de l'Avalanche et le long de ce cours d'eau. A un kilomètre en avant de cette face Sud-Kst et sur la route se trouvaient divers ouvrages et batteries ; de Tangle extrême Sud s'en allait, presque en ligne droite, une double sape vers la pagode des Clochetons el, dans le prolongemoiit Su l-Ouest de cet angle, avait été établie une batterie. Eulin, du milieu de la double sape partait une tranchée vers l'Ouest, sur une longueur d'environ trois kilomètres, (|ui se terminait par un fort, appelé par les contemporains « la Redoute », et qui était situé lui-même à deux kilomètres au Nord-Ouest de Gdy-Mai.. La double sape et laJranchée étaient pourvues, de kilomètre en kilomètre, de fortins, ou places d'armes.

Le 19 février, ^0 fusées incendiaires de la marine do 125 millimèlres et 32 fusées de l'artillerie de terre de 9 centimètres furent lancées de la pagode Rnrbel dans le camp ennemi pour « l'inquiéler». La distance qui séparait la pagode du camp était d'environ cinq mille mèlres.

En même temps, l'on prit des dispositions pour s'assurer des cours d'eau et les surveiller. L'amiral Page reçut Tordre de remonter jusqu'à Thû-Dau-Mot, même plus haut s'il le jugeait convenable, avec la Renommée, le Forbin, le Monge^ V Avalanche, le Sham- Rock,\e L%etla canonnière n*' 31 qui s'engagea dans le Rc7ch Dâ-Ilàng.

La canonnière n^> 18 et la lorcha VEspêranr^^ durent aller dans l'Arroyo de l'Avalanche avec mission de détruire le deuxième pont.

Ln canonnière n" 16 et la lorcha Jn jaréo \\nvent mouiller dans l'Arroyo Chinois.

La canonnière n*' 27 et la lorcha Saint-.htseph dont l'équipage fut renforcé par mi détachement de chasseurs à pied, firent le tour par le Soirap et le Uach Can-Giuoc [)our prendre position au confluent du Hach Bà-llom. Les communications de cette canonnière avec le quartier-général étaient assurées [)ar la canonnière n" 1(5 ((jui, à marée haute, pouvait franchir le dos dVuie) et la pagode de Cày-Mai.

ATTAQUE 1:T PHISE DE Cllf-IIoX

Toutes les dispositions étant prises, le commandant en chef ordonna,pour le 24- février au malin, l'attaque de la redoute qui défendait à l'Ouest la dernière ligne établie par l'ennemi en face do Cày-Mai.

Avant le jour, les troupes se mettent en marche stir la Route Haute ; rarlîllerie a bivouaqué à Gày-Maî même, elle se compose de 4 canons de 12 rayés, de 3 canons de 4 rayés, de 6 obusiers de montagne et des fusées. L'infanterie comprend les chasseurs à pied, les Espagnols, l'infanterie de marine, le corps des marins débarqués. Le génie et la compagnie des marins abordeurs (commandée par Fallu de la Barrière, lieulenant de vaisseau appartenante l'état-major de ^Hmpératrice-Eugénie) sont dans la colonne avec leurs échelles et engins. Un train est constitué au moyen des 600 coolies chinois et de 100 bêtes de somme.

L'amiral Gharner et le général de Vassoigne se tiennent au passage de GAy-Mai escortés par des chasseurs d'Afrique. A cinq heures et demie, les troupes débouchent dans la plaine. Dès avant le jour, les pagodes Barbet, des Clochetons et de Gûy-Mai ont ouvert le feu auquel répondent de leur mieux les pièces ennemies. Arrivée à environ mille mètres de la Redoute, l'artillerie se met en batterie et commence son tir. a: La ligne annamite quoique placée par la faiblesse de son calibre dans des conditions bien inférieures, se couvre de fumée et redouble de résistance. Le feu est vif, mais l'action n'est à vrai dire engagée que pour l'ennemi. » (P. d. 1. B.).

Cependant Tartillerie s'est rapprochée jusqu'à cinq cents mètres et l'infanterie, qui vient de s'établir sur la nouvelle ligne de combat, forme deux colonnes d'assaut. La colonne de droite comprend les chasseurs à pied, l'infanterie espagnole, l'infanterie de marine, elle est conduite par le chef de bataillon du génie Allizé de Matignicourt ; celle de gauche se compose des marins débarqués que commande le capitaine de frégate Desvanx, elle est dirigée par le capitaine du génie Gallimard.

A cette courte distance, le canon ennemi, les fusils de rempart font sentir leurs effets. En peu d'instants plusieurs servants et des chevaux sont atteints; le général de Vassoigne, le colonel Palanca, l'aspirant I^^sèble, le capitaine d'armes de Vlmpéralrice-Eugénie Joly sont grièvement blessés. L'amiral Gharner prend alors le commandement direct des troupes et, comprenant qu'une fois exposé au feu il vaut mieux se porter en avant que de rester sur place, il fait mettre les sacs à terre et donne le signal de l'assaut. Les troupes avancent au pas (le progrès des armes à feu n'en était pas encore arrivé ù modifier les principes mc^mes du combat; on vivait sur tout un fond d'idées se rattachant à la tactique linéaire qui, en Italie, venait juste d'être fortement ébranlée par l'usage fréquent de charges à la baïonnette: tactique du choc).

A trente mètres du parapet, les hommes s'élancent aux cris de « Vive l'Empereur! ». Se frayant un passage à travers les branches de bambous, évitant les trous de loup, ils arrivent dans le fossé et de là sur la plongée. Il n'y eut pas de corps à corps, toutefois, les

^amites se retirèrent lentement, l'on put les voir s'éloigner « d'un

pas qui paraissait presque tranquille, comme des travailleurs suspendant leur ouvrage, et, chose singulière, quoique pressés de bien près par toute une armée qui escaladait leurs remparts, un très petit nombre seulement d*entre eux s'enfuirent en courant. En quelques minutes, ils joignirent un gros de leurs troupes dont on voyait flotter les banderolles du côté de Cbi-HÔn ». (P, d. I. B.).

Celte première aflaire, qui dura deux heures, coula aux francoespagnols 6 tués et 30 blessés. Quant aux Annamites, ils eurent, c'est certain, énormément de monde mis hors de combat à en juger par € les nombreux cadavres étendus le long des parapets et qui témoignaient de l'effet des pièces rayées ». Ajoutons qu'il fut tiré contre cet ouvrage: 228 coups de montagne, 1 46 de 4 rayé, 128 de 12 rayé, on lança en outre 80 fusées.

Vers neuf heures, les troupes reprenant leurs sacs allèrent s'installer dans la redoute où elles occupèrent les logements des soldats annamites qui venaient de s'enfuir et prirent du repos jusque dans Taprès-midi.

Pendant l'action, les blessés avaient été transportés à Cày-Mai d'où ils furent dirigés sur l'hôpital de Chçr-Quan. Les munitions furent renouvelées et, dans la journée même ainsi que durant une partie de la nuit du 24, le parc provisoire de Cày-Mai fut réapprovisionné en puisant aux soutes du Rhin et de la Loire, transformés en poudrières et mouillés devant Saigon (on n'avait pas trouvé à terre d'emplacement assez sur et assez sec). *

A trois heures de l'après-midi, on sonne le réveil, puis les troupes se remettent en marche laissant une compagnie d'infanterie de marine et un obusier de montagne à la Redoute. La colonne se dirige d'abord vers le Nord-Ouest, défilant devant le front Sud-Ouest du camp retranché et hors de la portée de ses canons (à environ 3 kilomètres) ; ensuite elle prend une direction Nord qui va sensiblement la rapprocher du saillant Ouest du camp.

€ Vers quatre heures, une troupe dont il fut assez difficile d'estimer le nombre, à cause des taillis d'où elle sortit, parut sur notre droite, banderolles déployées, avec des éléphants de guerre. L'armée annamite voulait-elle essayer d'arrêter notre mouvement qui la compromettait de plus en plus, ou commençait-elle à faire filer ses éléphants, ses chariots, ses gros bagages? On n'a jamais bien su ce que signifiait cet épisode de la campagne. Le corps annamite se rapprochant, le feu s'engagea avec nos tirailleurs. Le commandant en chef fit partir 3 obusiers de montagne et 3 pièces de 4 en avant . et à droite ; leur feu eut un plein efiet. L'ennemi s'arrêta, puis rentra dans son camp, ou continua a le prolonger, mais à le toucher ». (P. d. 1. B.).

La colonne s'était arrêtée pendant l'engagement ; elle reprit la marche et, vers six heures du soir, établit son bivouac face au saillant Ouest du camp retranché, c'est-à-dire presque sur son revers.

L'emplacement choisi était un hameau abandonné aux alentours couverts d'arbres, de quelques haies et de taillis. Le terrain n'avait pas été fouillé et Ton s'était installé trop près des ouvrages ennemis, à dix-huit cenls mètres an plus (Pallu de la Barrière dit <t environ deux mille », or aucune des pièces annamites ne portaient à cette dislance). A peine installé, une vive fusillade partit des taillis et les grosses pièces de Chi-Iloà envoyèrent quehiues boulets, dont un traversa la toiture du quartier général. Les Espagnols, la compagnie de la Renommée, puis deux autres compagnies furent chargées de déloger l'ennemi ; l'artillerie avait, été dételée, on roula à bras deux pièces de 4 qui prirent position. Il fallut près d'une demi-heure pour faire taire l'ennemi et l'obliger à se retirer. Le campement fut un peu modilié alin d'éviter toute nouvelle surprise.

Le lendemain, dès cinq heures du matin, l'on se prépara pour l'attaque. U s'agissait cette fois de prendre l'immense rectangle à revers. Les efforts allaient se porter sur la face Nord-Ouest, soit la plus petite (environ mille mètres de long); elle avait vers son milieu un ouvrage fermé qui reçut le nom de Fort du Centre (anciem fort de Chi-llôa). Celle attaque, en cas de réussite, allait couper aux Annamites leur ligne naturelle de retraite et, certainement, les forcerait à abandonner tout le camp retranché. Deux colonnes furent formées. L'une, celle de droite, comprit l'infanterie espagnole et les marins débarqués avec la compagnie des abordeurs en tète, elle avait pour point d attaque le saillant Ouest, trois obusiers de montagne marchaient avec elle. La seconde colonne, que nous appellerons colonne du centre, fut composée d'infanterie de marine et de chasseurs i pied avec le génie en tète. Entre les deux colonnes, l'artillerie avançait en bataille: A canons de 12 rayés, S canons de 4 rayés et î2 obusiers de montagne. Celte colonne avait |)onr objectif le Fort du Centre. En réserve, se tenaient de Tinfanteric de marine, des chasseurs à pied et la compagnie indigène. Partie do ces réserves forma durant ralta(|uc, une troisième colonne, dite de gauche, qui vint s'en prendre au saillant Nord et où se comporta fort bien la compagnie annamite *.

« A dix heures, dit Pallu de la Barrière, l'armée est en position, en colonnes, à deux kilomètres environ de la face Nord-Ouest de

Chi-llôa Les Annamites ont l'avantage: le soleil est dans

les yeux de l'armée française. L'artillerie, qui s'est établie à 1.000 mètres, a déjà supporté des pertes. Des hommes et -des chevaux sont tués ou blessés; une roue de caisson vole en

(1) n est regrettable j)our riiistoire ciue Pallu de la Rarnère n'ait pas cru devoir s'étendre sur la part prise ymr cette compagnie aux journées du 24 et io. Il dit simplement en renvoi : « La compagnie indigène comptait 80 Annamites. Elle marcha avec l'Infanlerie de marine et se conduisit

bien. »

éclats. Le lieutenant-colonel Crouzat, portant ses pièces par des élans rapides et brillants c\ 500 mitres, puis à 200 mètres, parvient à diminuer i'iaférioritii notable causée par le soleil, dont les rayons sont horizontaux *.Dans cette halle à 200 mètres, qui fut la dernière, les pièces tirent à mitraille sur le haut des épaulements.»

Cependant les pertes deviennent sensibles, il importe de profiter de rùlan des troupes et de ne pas attendre que leur moral soit affecté par l'énervement, la lassitude, la vue et les cris de ceux qui sont tombés. L'amiral fait mettre les sacs a terre et ordonne aux colonnes d'avancer. Ce fut une tache périlleuse et diflicile ; de nombreux trous de loup, des piquets de bambou, deux fossés vaseux à fitmchir, et, sur le talus extérieur, des chevaux de frise entrelacés de branchages épineux. Les échelles (ju'on avait amenées pour l'escalade durent servir à franchir les trous de loup ; trop légères, elles se brisèrent presque toutes. Pourtant la colomie de droite était arrivée au fond du dernier fossé, mais quels effoits surhumains il fallut faire encore pour atteindre la plongée. Les qiielques échelles qui restaient furent mises en place, on y grimpa; des hommes montant sur les épaules de leurs camarades, d'autres s'accrochant aux chevaux de frise tentèrent également lassant ; mais, à peine en haut, ils étaient tués à bout portant ou rejetés dans le fossé à coups de lance. Les défenseurs tenaient bon et ne cessaient de garnir à rangs serrés la banquette. La situation devenait critique, on jeta alor:>, et avec beaucoup de bonheur, une vingtaine de grenades à main. Trois marins parvinreut à lancer leurs grappins qui, attirés aussitôt, déchirèrent le talus sans que les Annamites aient pu les dégager. C'étaient trois brèches de pratiquées. Malheureusement un seul homme y pouvait passer par chacune à la fois. Des trois premiers qui arrivèrent en haut un fut tué, les deux autres blessés et rejetés violemment dans le fossé. Mais des camarades suivaient, la banquette fut bientôt envahie.

La baïonnette et le plomb eurent raison des défenseurs sur ce point. Les Annamites, voyant l'ouvrage forcé, filèrent a en bon ordre et au pas le long des enceintes du camp p, très rapidement ils disparurent dans un fort dont la face formait en ce compartiment, une traverse perpendiculaire au front d'attaque. Les assaillants, se ralliant autour de leurs chefs, s'aperçurent aussitôt qu'il y avait un nouveau fossé à franchir, un autre talus à enlever. Le feu des Annamites, suspendu un moment pour permettre aux défenseurs d'entrer dans la deuxième section du compartiment, reprit de plus belle. La

(1) Il y a là une contradiction <|ue nous devons signalcM*. Le 25 février à midi, le soleil est à Saigon d'environ 70^» au-dessus de Thorizon. A dix heures du matin il atteint une hauteur de pins de i5o. l\ n'était donc point dix heures passées loi*sque l'artillerie exécuta ses feux, ou bien elle n'avait pas le soleil daus les yeux de la façon dont dit l*allu de la Ibrrière. Peutêtre était-il six heures iioii dix, c'est très vraisemblable.

colonne de droite se trouvait ainsi dans une sorte de traquenard. Elle tint bon néanmoins et finit par défoncer à coups de hache la porte de la traverse par où avaient passé les Annamites.

La ténacité de cette colonne, sa fermeté sous le feu ennemi, avaient obligé les défenseurs à porter une partie de leurs forces de ce côté, ce qui facilita aux autres colonnes leur besogne. Dans le même moment où le lieutenant de vaisseau Jaurès avec quelques braves enfonçait la porte, la colonne du cientre enlevait le Fort du Centre et la colonne de gauche s'emparait du saillant Nord. Les alliés étaient maitres du camp. « Tous les Annamites qui ne purent s'enfuir furent massacrés, et le combat finit par une scène de carnage. >

Le commandant en chef établit son quartier général dans le réduit dit du Mandarin placé au milieu de la deuxième section du compartiment. Comme la veille, les troupes, après avoir repris leurs sacs, furent cantonnées dans les logements annamites. La moitié des blessés put être immédiatement évacuée sur Chç^-Quàn. Pour les autres, on établit une ambulance dans le camp même.

Dans cette deuxième journée, les troupes eurent trois cents hommes hors de combat. Douze furent tués sur le coup. Un certain nombre de blessés moururent de leurs blessures. L'enseigne de vaisseau Jouhaneau-Lareynière expira après cinq heures d'horribles souffrances. Le lieutenant-colonel Testard, de l'infanterie de marine, mourut le lendemain .

L'artillerie n'usa ce jour que 304 obus et 36 boites à balles Les munitions brûlées furent remplacées le soir encore et Ton fit un dépôt de trente mille cartouches à Chi-Hoà en prévision d'une marche vers le haut pays .

L'ennemi laissa trois cents cadavres dans les deux sections du compartiment enlevé d'assaut. Les blessés, dont on ne connaîtra jamais le nombre, purent être évacués, en partie au moins, sur Thu4n-Kieu, on y trouva des traces non équivoques de leur passage. « L'armée annamite, dit Fallu de la Barrière, suivant son habitude^ avait enlevé presque tous ses blessés, dont la plupart étaient ceux de Chi-Hoà. Les murs des maisons où l'on campa étaient souillés de sang. > Lekinh lucre Nguyèn-Tri-Phuang lui-même fut blessé. Il s'était placé durant le combat sur le parapet à l'angle du Dôn- Hftu d'où il dominait la lutte. Voyant les colonnes françaises s'élancer à l'assaut, il fit évacuer les retranchements voisins et porter toutes ses forces sur le point de l'attaque. <c Abrité sous quatre parasols qui sont un point de mire pour les assaillants, il est blessé d'une balle à l'avant-bras, tandis que son frère tombe à ses côtés mortellement frappé. Ses serviteurs le couchent dans un hamac et l'emportent. Les soldats, croyant leur chef mort, reculent, abandonnent la place et se débandent dans la direction de Tàn-San-Nhi et de Gô-Vîip. » (Monographie de la provitice de Gia-BinK).

L'on trouva dans le camp cent cinquante canons de divers calibres, deux mille fusils à pierre de Saint-Etienne, très bien entretenus, du modèle qui servit sous le premier empire, des boulets, des obus non chaînés, deux milliers de kilogrammes de poudre, des lances, des ligatures de sapèques, des cartes et des plans annamites. On ne trouva au camp ni fusils à mèche ni armes plus primitives.

Dans celte même journée du 25, le contre-amiral Page enleva tous les forts du cours supérieur de la Rivière de Saigon. Il eut plusieurs hommes tués ou blessés à bord de chaque bâtiment qui tous furent touchés.

L'affaire de Chi-Hoà se termine ici ; nous l'avons exposée d'après la relation de Fallu de la Barrière qui s'y trouvait — nous le savons— comme capitaine de la compagnie des marins abordeurs. Les opérations de la journée du 25 ont donné lieu à des critiques portant essentiellement sur une reconnaissance incomplète, mal faite, et sur une préparation insuffisante par l'artillerie. A ce sujet, Fallu dit : « ces plans, faits après coup, supposent toujours une connaissance impossible avant l'action. »

A-t-elle réellement été impossible? Nous allons essayer de le tirer au clair en -étudiant ce qu'on aurait dû faire avant la bataille, action dérivée de la science acquise, non ce qui s'est fait pendant et qui relève généralement du coup d'œil, de l'inspiration, du tempérament, de l'esprit de décision des chefs. Feutètre ferons-nous ressortir le vice capital de cette armée du second empire (jui, pourtant^ avait toutes les apparences de la solidité et qui, c'est certain, possédait les meilleurs troupiers de l'Europe. Us étaient des professionnels dans toute l'acception du mot (du moins jusque vers 1866). En pouvait-on dire autant des officiers ? Bien souvent, trop souvent, non ; beaucoup d'entre eux sous des dehors très élégants, avec une éducation soignée, n'en savaient, militairement parlant, guère plus que leurs sergents (fl faut se rappeler la cote murale). C'est par la tète que ça péchait. Nos soldats se battaient comme des lions, nos officiers se battaient comme leurs soldats, mais c'était à peu près tout *.

Dans la journée du 25, l'amiral Gharuer s'avance à cheval jusqu'au bord des trous de loup, ayant à ses côtés le chef d'état-major général Laffon de Ladébat et le chef d'escadron de Gools ; la plupart des chasseurs de l'escorte furent touchés; un de ses aides de camp,

(1) En parlant de raniiée de 1870, le général Langlois, avec son sens si profond de notre situation militaire, dit dans un article paru au Temps du 10 janvier 1906 :

<r Cliez les généraux, une très grande bravoure, mais un manque complet de solidarité qui nous fut fatal et une instruction militaire presque nulle. Quand nous racontons aux jeunes ofllciers les idées qui avaient cours alors, sur la tactique par exemple, ils sont stupéfaits ; ils crient que nous parlons d'un autre âge».

Jaurès, enfonçait à coups de hache la porte de la traverse ; l'enseigne Lareynière tombé renvoie au feu ceux qui veulent lui porter secours ; le quarticr-maitre Rolland eut la cheville fracassée, se pansa lui-môme et se traîna au feu ; le clairon Pazier (de V Impéntlrice-Eugénié) qui, dans le commencement de l'action fut atteint au front, se releva et continua de sonner. Ces trois derniers furent des héros, les premiers étaient des téméraires.

Voyez-vous celte petite armée décapitée d'un seul coup (le général de Vassaiiçns et le colonel Palanca avaient déjà été blessés la veille) et un capitaine dMiifanlerie ou un chef de bataillon, non au courant de la pensée de Tamiral, être obligé d'assumer la du'eclion des troupes, et vous avouerez qu'on pouvait aller à un désastre. D'autant plus que les Annamites, jusqu'à l'envahissement des parapets, ;>e sont très vaillamment comportés. Le nombre de leurs morts rallesle. Un antre fait semble l'attester aussi. La proportion de H tués à trois cents blessés que nous avons eue dans celte journée et qui s'éloigne notablement de la proportion de 1 à 5, relation des morts aux blessés dans les batailles du premier empire — soit avec les armes à feu dont se servaient les Annamites — parait indiquer que les blessures provenaient en majeure partie d'autre chose que d'armes à feu: coups de lance, renversement dans le fossé, chute dans les trous de loup, blessures faites par des branchages de bambous à l'assaut, etc.

Et puis l'éternel système débrouille doublé d'un caporalisme sans bornes; la manie du sac pour éreinter un peu plus les hommes et quand même ne pas leur assurer la soupe. I^ 2i, on s'est battu à deux kilomètres de Cay-Mai, pourquoi n'y pas laisser les siics et |)réparer là le manger? Les six cents coolies chinois auraient pu, après coup, apporter ces sacs et la soupe toute chaude avec (ne pas oublier qu'en février le thermomètre monte à quarante degrés ; entin, Ton ■pouvait bien faire d'antres plats que de la soupe). Le 25, on bivouaque à :} kilomètres de la Redoute et à deux de Chi-Hoà, « quelques escouades firent la soupe, les autres, trop fatiguées, surtout par les dei'uières allées et venues, pour allumer du feu, mangèrent leur biscuit el burent de l'eau, qui lieureusement se trouvait près de là en abondance; ce fut leur souper ». Pallu de la Rarrière semble trouver ça très natuiel, pourtant voilà un système qui abîme, rien de plus, la meilleure des troupes et qu'avec un peu de prévoyance et d autres idées sur le traitement des hommes en ciimpagne, on eût pu éviter.

Tout le reste était à l'avenant. On avait fait des cartes d'hydrographie, de reconnaissance, jusqu'aux portes de Riên-Hoà, et l'on n'avait pas le moindre croquis de la Plaine des Tombeaux. On ne savait rien sur le camp retranché dont l'extrémité n'élait qu'à cinq kilomètres de la Pagode Rarbet, tandis que l'ouvrage avancé qui fut attaqué le premier janvier n'était qu'à trois. Toute cette vaste défense

IMt i»^(iWlnMtiQp jMHiitlit H» w» « te» forts y iiQuifis^i^Dt <xwwne

C'est to^t droit stupéfiait de peoser qu'on ae savait cieB, et Tod ttieiise le géoie d'avoir iosuffisammeot recoonu le camp la veille ! Quelle absurdité de croire qu'un ouvrage dont le corps principal a d^à quelque huit kilomètres de développement, d'un relief peu apparent» dans un pays absolument plat et découvert, puisse être reconnu sans miradors ni ballons, etc. , et par-dessus le marché en quelques heures. Le génie a fait ce qu'il a pu, on ne lui a pas laissé le temps de faire mieux ; l'amiral Charner avait fixé le jour du combat, sans doute à cause de la lune et des marées — la pleine lune a eu lieu le ^b février 1 86 1 , pour la retrouver il aurait fallu pttaidre jusqu'au 26 mars suivant.

Non^ ce n'est point la faute du génie auquel on demandait l'impos^ aibie» mais à tous ceux qui^ une année durant, se sont trouvés face à foce avec ces travaux de défense et n'ont pas cherché à les recon- Mitre. Etant donnée la vénalité notoire du Chinois et de l'Annamite, op était en mesure d'avoir tous les renseignements de détail con-» eemant le eamp ; avec une montgolfière on pouvait obtenir tous les profils intérieurs, et avec le moindre instrument goniométrique, toutes ks distances. Surtout que l'on ne vienne pas dire que c'est du nouveau, qu'ofl n'eût pas trouvé de quoi faire une montgolfière sur piaee, etc. Fleurus nous dit combien c'est ancien ; la trahison à prix d'argent est vieille conune le monde ; quant au tafetas et à la soie, O^Ajùtù avait dans ses magasins des kilomètres de rouleaux de soie pour paatalon et des milliers d'écheveaux, le tout d 'une légèreté, d 'une solidHé Mtraordinaires.

Les leçons dii passé ne semblent avoir été d'aucun profit. Peut* être ne les connaissaitHMi pas. Les enseignements de Napoléon I^% qui resteront pendant des siècles encore la loi et les prophètes Savaient passé le Rhin. . . pour nous revenir en 1870, chacun sait comment. A Saigon, l'on avait un plan de la route de Bién-Hoà, mais on n'en avait pas du camp retranché. Neuf ans plus tard, nos officiers avaient des cartes d'Altemagne, les malheureux n'en avaient pas de France ; ils ne savaient pas la route de Saverne à Châlons !

(i) < Faites la guerre offensive comme Alexandre, Annibal, César, Gustave-Adolphe, Tureone, le prince Eugène et Frédéric ; lisez, relisez Thistoîre de leurs quatre-vingt-huit campagnes, modelez-vous sur eux, c'est le seul mojeo de devenir grand capitaine, et de surprendre les secrets de Kart; votre génie ainsi éclairé vous fera rejeter des maximes opposées à ceHes de ces grands hommes. » {Mémoires de Napoléon, Tome 11, général de Montholon).

l^bipoléon envisage ici la guerre au point de vue de la stratégie, dont las lois sont restées, en <||Mk|4ie sorte, iuimuahles à travers les siécles.et que aosini^^ens de transport modernes les plus rapides n'ont pas su entamer. Le double problème d'amener, dans le moins de temps possil^e, la plus

Disons aussi un mot de la disposition initiale et de l'emploi de rarlillerie (|ui, encore un coup, pouvait (^tre prévue plusieurs mois d'avatico, Ci^r s'il y a trente-six manières d'atlaquer un camp retranché ou une place forte, il n'y en a qu'une de bonne: celle dictée par la dis[)osition des ouvrages eux-mi^mcs. Tout d'abord, les pièces qui ont servi ulilement les 24 et 25 février étaient absolument insuflisîuites comme nombre :

5 canons de mai'ine de :iO rayés,

4 canons de campagne de 12 rayés,

;{ canons de campagne de 4 rayés,

G obusiers de montagne,

des fusées.

Nous ne comptons pas les canons-obus!ersde22<'.entimètres dont on avait armé les pagodes, leur portée étant trop faible (2.470 mètres) pour canonner utilement le camp. On iw disposait en réalité que de douze pièces sérieuses, et c'est avec celles-ci qu'on entendait bombarder un camp retranché de 400 hectares de superficie. Si encore on les avait placées où il faut ; mais non, et nous dirions volontiers, en nous servant de l'expression enlevée de Napoléon I", que le dispositif de rartillerie semble avoir été tracé par un oflîcicr de hussard.

Ici, il est nécessaire que nous revenions encore une fois sur la description du camp des Annamites. C'était un rectangle de mille mètres de large sur trois mille de long, traversé dans le sens de la longueur par la route de ThuCm-Kieu. Pour bombarder un tel ouvrage, il n'y avait pas d'autre manière sérieuse (|ue de placer les pièces sur cette route ou ses abords, à une distance de la face Sud- Ouest assez rapprochée pour que les projectiles atteignent le d(îrnier compartiment et assez éloignée pour n'avoir rien à craindre de rarlillerie ehnemie. La route pour le transport des pièces devait être préparée longtemps d'avance et les divers points pouvant servir d'eujplacement aux batteries reconnus avec soin. Les piè^uis de 30 rayées, les fusées qui ont toutes nue portée, dcî 0 kilomèli'es auraient été mises là sans exception avec (le l'artillerie (W. plus petit calibre pour leur propre défense. La batterie se fut trouvée ainsi placée à environ deux kilomètres du camp, quelque part où se Irou-

grandc» quanUlô de forces sur un point doinié ou d(î d('To\)ei' sans perte ces forces à l'adversaire, qui résume toute la science slnitr'iique. n'a pas subi de cliangemeut fondamental depuis les guerres d'Alexandre jusijuïi la dernière guerre russo -japon aise. La raison en est (|u«i les Ni|»pons et les Husses, C(»mme autrefois les Macédoniens, ont hescnn de. marcher, de manjçer et de se reposer, qu'ils ont eu et auront toujours devant eux les mêmes accidents géographiques.

n en est tout autrement de la tactique, ou des mouvements militaires de rhomme, soit isolé, soit eu masse, sur le champ de bataille. Celle-ci se ^"'uisiornie sans cesse suivant le progrés des armçs et dt^s inventions Urielles.

valent lés ouvragas attaqués le l*^"^ janvier. Mais, abslracUon faite du calibre et de la portée des pièces qu'on pouvait ignorer, abstraction faRe aussi des ouvrages avancfe que l'ennemi pouvait y occuper — et qu'il eût fallu enlever d'abord comme on a enlevé la Redoute devant Gày-Mai — c'est toujours le long de cette route qu'on devait les placer et nulle part ailleurs.

Au lieu de cela que fait-on ? Quatre canons de 30 sont mis en batterie aux Clochetons et un à Cày-Mai, deux points également distants de six kilomètres du dernier compartiment, mais au lieu d'enfiler le camp dans toute sa longueur et do ne perdre aucun coup, ils ne peuvent tout juste en prendre qu'une faible partie d'écharpo, et l'on a eu des peines énormes à trans|)orter ces |)ièces à li*avers un terrain marécageux.

Le 19, on envoie des fusées aux Annamites « pour les inquiéter », mais c'est monstrueux de se priver ainsi de gaiclé de cœiu' des bé- . néûces d'une surprise. Ces fusées les ont simplement avertis ciru] jours à l'avance que l'action allait s'engager. Une sortie n'élail pourtant pas à craindre en ce moment. Depuis ralTaire des Clochelons, les Annamites n'ont jamais plus osé attaquer le millier de Français qui tenaient l'immense et disproportionnée ligne des Pagodes. Comment auraient-ils eu l'audace de marcher contre les cinq mille hommes qui se trouvaient là maintenant ?

Le 24, on canonne le camp « pour faire une diversion » parfaitement Inutile, et l'on prend la Redoute.

Le 25, lartillerie de campagne attaque de front la face jVord-Ouest du camp, ce qui est contraire à tous les principes de l'époque, les éclats d'obus d'alors ni la mitraille ne pouvant atteindre les défenseurs placés contre le talus intérieur, vu qu'avec les obus chargés en poudre noire, la gerbe des balles et des fragments est tout entière projetée en avant du point d'éclatement. C'était plutôt un gaspillage de munitions qui, il est vrai, n'a pas duré longtemps. Si les chefs s'étaient souvenus des leçons de Vauban, de Cormontagne, de Carnot et de tous les grands ingénieurs militaires de l'Europe, ils auraient placé leur artillerie dans le prolongement de la capitale du saillant à attaquer et môme quelques pièces en dehors, afin d'ébrécher cet angle pour l'assaut. Ici, plus heureusement encore, ils devaient tout d'abord se poster dans le prolongement de la face Nord-Ouest, vers leSud, atm de prendre d'enlilade toute la ban(|uclte. Les pièces mises en batterie à deux mille mètres des faces n'avaient rien à redouter de Tennemi; au reste, la riposie du camp eut vite iniU(|né le degré exact de rapprochement.

Ce qu'il eût fallu, c'est mettre la batterie lourde en place tout d'abord et la masquer de branchages, puis enlever la Redoute qui menaçait la marche. Ensuite, fai re avancer les troupes et les tenir prêtes à se porter au secours de la batterie de campagne rayée qui sérail venue se poster comme nous venons de dire. A ce m( ment,

mus aflors seulement^ démasquer la grosse battem et ouvrir le f» partout à la fois.

L'on pourrait objecter que, de Cày-Maî et des Ctoebebans, les trois grandes traverses du camp se trouvaieat prises d'écbarpe et que les éclats des projectiles pouvaient atteindre les déf^fiseors qm se seraient défilés derrière. Mais, ace compte, ces mêmes défenseurs n'avaient qu'à se placer contre le parapet de la face Snd-Ouest pour être encore à l'abri. Les trois traverses étaient, d'ailleurs, distantes de deux à trois cents mètres les unes des autres, et, de qoel" que côté que fussent venus les coups, les défenseurs, qui pouvaient toujours bien s'abriter centre un des talus, n'auraient plus pu vivre dans l'espace libre, le terre-plein, des compartiments. Enfin, la raison décisive est qu'il s'agissait surtout de bombarderle dernier compartiment. Or, il se trouvait à la portée extrême du canon des pagodes, tandis que, de la route de Thuî)n-Kieu, il pouvait être canonné longiludinalementet d'une distance infmeure à 5.000 mètres; puis, dernière remarque, le tir des deux batteries tel que nous venons de l'indiquer convergeait à angle droit. Douze heures d'un bombardement lent, méthodique à travers le bruit infernal des fusées auraient amené sûrement l'adversaire à abandonner son camp, et la dépense de munitions n'eût guère été plus élevée que ce qu'elle fut. C'était te moment aussi de surveiller Tennemi au moyen d'une montgolfière. Le ballon avec ses observateurs, le tir à des distanqes inconnues des Annamites auraient été pour ceux-ci d'un effet démoralisant d^OM toute autre puissance que l'assaut et même le corps à corps. En fin de compte, il restait toujours l'assaut qui se fût exécuté alors daos des prix bien moins élevés quant aux vies humaines. Mais à eeodition d'observer, en ce cas, la règle connue de faire.preadreà chaifiie homme une fascine pour combler les trous de loup et le foasé.

On a canonné, durant les deux jours, un peu de tous les côtés sans savoir au juste pourquoi, et si les troupes franco-espagnoles ont éprouvé des pertes tant sérieuses, c'est à cette raison qu'elles l'ont du. Que signifie le plus ou moins de préparation par l'artillerie si celie-ln commence à ne pas se placer ou il faut. Le camp retranché de Chi-Hoà n'était pas un ouvrage de campagne ordinaire. Par la nature de son remblai, la solidité de sa construction et les nombreuses défenses accessoires, il se rapprochait plutôt des ouvrages semi-permanents qu'il faut attaquer comme n'importe quelle forteresse. Personne ne semble s'en être douté, la formule d'attaque se basait sur : Télan des troupes, la furia française, et c en avant, à la baïonnette ! :» Tout cela était fort bon avec les armes d'alors, mais en rase campagne seulement. On ne s'attaque pas à des muraiUes, fussent elles en terre, de cette façon.

Il nous reste maintenant à voir les choses du cdté annamite. Nous ne savons pas et l'on ne saura sans doute plus jamais ^lel

était le but précis, la pensée directrice des chefs annamites. Cependant, ai Von veut bien suivre le développement des ouvrages. Tordre des Anénements survenus, on est obligé de reconnaître qu'ils luttaient de leur mieux contre ces événements^ mais ne tes provoquaient jamais.

Après l'abandon de la citadelle de Saigon, Ils se retirent avec leurs troupes vers Chi-Hoà et Thu^n-Kieu. En tout cas, est-ce de Cbi-Hoà que le tùn thât Hi$p fait partir ses forts qui se transforme* ront en un premier camp, ou compartiment, ayant la forme d'un rectangle et dans lequel sera englobé la route. Trois faces possèdent des oignes de ilanquement^ celle du Sud-Ouest est une ligne droite qui deviendra plus tard la fameuse traverse contre laquelle sont venues se heurter nos troupes. Cette enceinte fut pourvue d'un rédQit(Fort du Mandarin) qui, s'il ne flanquait pas le côté Sud-Ouest, le battait intérieurement de ses feux. Ce premier ouvrage, défectueux dans ses dispositions techniques, était assez bien placé au point de vue strat^ique ; le chemin du tombeau de févèque d'Adran passait presque à toucher sa face Nord-Ëet pour gagner la route de Thuàn- Ki^ à une centaine de mètres du saillant Nord. Le deuxième compartiment semble avoir été obtenu en prolongeant de quel(|ue deux cente mètres les faces Nord-Ouest et Sud-Est du premier vers le Sud-Ouest; car il serait difBcilede supposer que ce rectangle d'un kilomàtre de côté ait été construit d'abord et l'ouvrage intérieur ensuite. Les deux nouvelles faces ne sont plus que des lignes droites sans organes de flanquement, d'environ mille mètres chacune. Le camp se poursuit alors par tranches successi ves dans la direction de Saigon, ou^ pour être plus exact, par le prolongement ininterrompu des deux faces parallèles à la route qui sont reliées, de distance en distance, au moyen de traverses. La face à cheval sur la route reccvant seule des organes de flanquement. La dernière de ces faces affecte la forme d'une tenaille avec trois redoutes, une à chaque extrémité et l'antre au sommet ; celle de l'extrémité Est se trouve très rapprochée de l'origine de l'Avalanche.

Ainsi disposé, l'ouvrage accuse chez ses autours la préoccupUion constante de parer à une attaque par la route de Thu;)n-Kieu et d'aller attaquer suivant celte route. Ils avaient fait le nécessaire pour éviter d'être tourné du côté de l'Avalanche ; ils auraient pu l'être néanmoins par une marche de Saigon vers le Tombeau de l'Evèque en passant le premier pont et Binh-Hoà (Gia-B{nh) soit en faisant ce qu'on appelle aujourd'hui le grafid tour de t Inspection, mais ils pensaient bien tenir cette route sous le feu de leurs canons.

Les mandarins n'ont-ils pas cru à la possibilité d'une attaque par la Plaine des Tombeaux ? Cela semble résulter de leur système de défense et des idées tactiques des Annamites qui, pas plus que l66 Chinois de l'époque, ne songeaient à défendre scrieusement le s taiKS et le revers de leurs positions. Goinbîçn d'échecs les QklMJ^n^'û^tTiis pas suiH de ce fait ?!

Plus lard, Nguyea-Tri-Phiro'ug ordonne encore d'établir des ouvrages avancés sur la route. Il voulait donc ainsi, nous le répétons, ou reprendre Saigon ou se faire attaquer sur son ràlé le plus fort, oubliant qu'un adversaire compétent n'attaquera jaftiais là, et s'évertuera toujours de faire le contraire de ce qu'on voudrait.

Quoi qu'il en soit, tous les chefs annamites en fnrent pour leurs efforts. Ils n'osèrent pas s'approchera portée de canon de Saigon, et les Fran^^ls ne les attaquèrent point, en ce temps, par la Route de Thuàn-Kieu. Le ton that Hièp, à la fin de son commandement, se retourna vers Chcr-Lô-ii et essaya de couper le petit corps francoespagnol de ce centre. De là, la double sape dirigée du saillant Sud vers la Pagode des Clochetons et dont nous connaissons l'insuccès. Celte tranchée avait été pourvue de trois redoutes, ou places d'armes, elle allait presque en ligne droite.

Cependant, il faut croire que Nguyên-Ti'i-Phu-orng, qui remplaça Hièp, revint de son préjugé ; tôt même il semble avoir eu le pressenliment (|u'il serait attaqué ailleurs que par où il pensait. Après s'être vus repoussés si magistralement dans leur attaque sur lesClochetons, les antres chefs militaires ont dû prévoir aussi quelque mouvement tournant sinon comment expliquer la ligne se dirigeant vers l'Ouest (elle partait de la première redoute élevée sur la double sape), comment expliquer les batteries construites en prolongement de la face Sud-E)st du camp. Les redans et fortins disposés le long de la ligne, sa direction même, accusent plutôt une barrière défensive qu'un boyau pour attaquer. Là, encore, nous le savons, le but a été manqué. Et c'est ainsi que, par suite d'un vice initial, les chefs annamites ont toujours dû suivre les mouvements sans jamais pouvoir les dicter.

Pounpioi n'ont-ils donc point commencé par où ils étaient régulièrement obligés de linir? La face Sud-Est du camp était une tenaille, c'est le camp tout enlier qui devait avoir cette forme; le sommet au Sud-Est de la route, une branche dans la direction de l'Avalanche, la route passant à travers, et l'autre dans ime direction générale Sud- Ouest. Ou ne se gardait pas mieux d'un mouvemeol tournant, mais on aurait eu la certitude, dès la première heure, que l'attaque se ferait à revers, car l'assaillant n'aurait pas voulu s'aventurer par la route dans l'angle couvert de feux croisés que présentait la tenaille. Le défenseur pouvait donc |)rendre ses dispositions en conséquence, renforcer le point d'attaque et s'assurer une ligne de retraite, qui ne se serait au moins plus trouvée dans le prolongement du saillant atta(|uô. L'ouvrage, à revers, ayant la forme générale d'un redan, aurait encore été attaqué au saillant, mais avec plus de difficulté, le redan étant ici beaucoup plus ouvert que les saillants à angle droit du camp.

Entin, cette disposition n'eût pas empêché de cheminer à travers la plaine ni d'établir des lignes allant du camp jusqu'au rach ông- Buon à rOuest, quoique ces derniers travaux n'eussent point été en raDDortavec les résultats à obtenir. Toute ligne qui n'est pas appuyée

à des obstacles naturels (ravins, marais, falaises, elc) peut toujours être tournée -^ tel eût été le cas de celle-ci — et ne signifie lien si Ton n'a pas assez de troupes, surtout de troupes solides, pour y affronter la bataille rangée. Or, .Xguycn-Tri-Phu-o-ng n'avait pas ce genre de soldats, il n'en avait même pas assez pour son immense camp, où il n'a pas su appliquer sérieusement un bon système de parados et de traverses avec abris. Les mille mètres de largeur donnés au camp, ne semblent-ils pas indiquer l'idée d'empêcher les défenseurs d'une face d'être atteints par des projectiles partis de l'exlérieur de la face opposée ?

Nous n'entrerons pas dans d'autres détails, ce que nous venons d'exposer suffit largement pour faire comprendre que si les mandarins annamites connaissaient plus ou moins l'art de construire des ** fortifications, ils ne savaient rien sur la manière de les employer. Assez capables de défendre un défilé, les abords d'une rivière ou l'entrée d'un port, ils se sont montrés coniplètement nuls pour tracer un système de défense en plaine.

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