REPRISE DES OPÉRATIONS MILITAIRES
Dès son arrivée, l'amiral Bonard comprit la nécessité d'en Unir avec celte interminable campagne qui durait depuis bientôt trois ans et demi. Les deux centres ennemis, Bién-Hoà et Vmb-Long, d'où partaient le mot d'ordre, les hommes et les moyens d'action, avaient besoin d'être réduits. Le commandant en chef fit connaître son intention aux troupes lors de lu grande revue qu'il passa, sur le terre-plein de la citadelle, dans les premiers jours de son installation. Il leur dit que les hostilités allaient être énergiquement reprises afm de remplir au plutôt les intentions de S. M. TKmpereur, ajoutant : «: Nous allons marcher sur Bién-IIoà et, s'il le faut, nous irons à Ilué. 3>
Toutes les forces disponibles furent concentrées autour de Saigon prêtes à marcher, les unes, par terre sur le camp de My-Hoà, les autres par eau sur la citadelle de Biên-Hoà. Les préparatifs de l'expédition demandèrent quelques jours, l'amiral en profita pour régler une question dont la négligence aurait pu, dans la suite, nous créer bien des ennuis politiques avec l'Angleterre : la possession de Poulo- Condore. Cette île, qui nous avait été promise par le traité de Versailles, attirait depuis un temps l'attention des Anglais ; ils manifestaient le désir de s'y établir, et nous savons, qu'en 1702, ils y avaient déjà installé un comptoir, de peu de durée c'est vrai. La pçudence exigeait de s'en emparer avant eux.
Le commandant Lespès partit donc, le 9 décembre 1 861 , avec son aviso le Norzagaray pour prendre possession de Poulo-Condore
nation protectiouiiisle, qui nous oblige à distinguer entre indigène et Français, alors quMI ne faudrait distinguer (lu'entre homme de savoir et ignorant. Et l'on parle de politique d'association !
Quant à renseignement à travers une langue étrangère, il h\i donné, depuis un *demi-siécle qu'on Je tente sur divers points de l'Europe, que de pitoyables, de décevants résultats (nous en avons autrefois fait la démonstration en divers articles de journaux, et nous y reviendrons dans un ouvrage que nous publierons bientôt: La langue nnnamik de Bnnae- Cochinchine. On n'apprend bien que dans la langue maternelle, dans celle qu'on parle tous les jours, qu'on bégaynit sur les bras de sa mère. Aux pays où il existe une deuxième langue, le plus souvent officielle^ il faut en faire le sujet d'études spéciales et, surtout, abandonner le chimérique espoir de nationaliser au moyen (le cette langue. Par anticipation, nous empruntons à noire prochain ouvrage cet aphorisme : « Il n'y a que les bOD§ traitements qui fassent les bons Français.»
qui, à cette époque, servait d'habitat à des familles de pêcheurs et déjà recevait certains condamnés pour crimes envers l'Etat (l'expression condamné politique ne saurait avoir de sens sous le régime annamite). Un régiment — sur le papier — était préposé à leur garde ; en réalité, il n'y avait qu'une centaine de linh. Outre ce monde, il se trouvait encore dans l'île environ neuf cents habitants civils. Annamites, Cambodgiens et Chinois, groupés en quatre villages. L'île ne fut pas désaffectée, car un arrêté du gouverneur, en date du 1" février 1862, y établit le pénitencier qui subsiste encore.
Le lendemain du départ de M. Lespès pour Poulo-Condore (10 décembre) se produisit un événement douloureux qui causa une profonde émotion chez les Français, tandis qu'il exalta singulièrement les imaginations annamites.
Un jeune chef de partisans. Nguyen-Trung-Tru-c, appelé communément le quân L|ch, vint incendier la lorcha XEspérame et massacrer une partie dé l'équipage. VEspérance élait mouillée au village de Nhirl-Tâo — situé à l'entrée d'un rjjch qui se déverse dans le Vaïco oriental (rive droite) à mi-chemin entre Bén-Lirc et le confluent des deux Vaïcos — M. Parfait, l'enseigne qui commandait, se trouvait à deux lieues de son bûliment poursuivant des malfaiteurs. Le quan L|ch, avec la connivence du village, amena tranquillement, vers l'heure de midi, plusieurs grandes barques couvertes le long du bord. L'équipage se reposait, le second-maître, qui remplissait les fonctions de second, croyant que des marchands demandaient le visa de leurs permis, se pencha sur la coupée. Il fut tué d'un coup de pique. En même temps, la masse des assaillants s'élançait à l'abordage ; ils étaient plus de cent cinquante. Malgré leur nombre, l'équipage lutta énergiquement ; mais, au bout de peu d'instants, le feu prit à la paillotte et s'étendit rapidement. Assaillants et défenseurs durent se jeter à l'eau. Cinq hommes de l'équipage, deux Français et trois Tagals, sans armes, réussirent à sauter dans une baleinière et à se sauver à force de rames. De loin, ils virent sauter VEspérance ; dix-sept marins, français ou tagals, périrent dans cette catastrophe.
Cependant, la baleinière avait réussi à rc^joiudre le capitaine qui, sans perdre un moment, alla demander du renfort à la Garonne mouillée dans le Vaïco. Le jour même, il revint sur les lieux et eut le bonheur de retrouver trois Tagals que les partisans avaient pris, mais qui s'étaient échappés à la faveur de l'explosion ; ces malheureux se tenaient cachés dans un marais, avec de l'eau jusqu'à la bouche, en attendant des secours. Une vingtaine d'auxiliaires indigènes, cantonnés à terre en face de la lorcha, avaient été égale-» ment surpris et massacrés au moment de l'attaque. Pour punir les habitants de Nhirt-Tâo de leur complicité, le village fut brûlé.
Co coup (Je main des parlisaus aimamiles fui comme le prélude de l'altaque générale de presque tous les postes français, auxquels l'amiral avait envoyé des instructions pour rester strictement sur la défensive pendant qu'il allait porter toutes ses forces sur Bièn- Hoà. Cette fois il n'y eut pas do décousu dans le$ mouvements des Annamites, tout semble avoir été combiné pour profiter de la réduction momentanée des effectifs dans Fintériour. Du 14 au 30 décembre 1801, la plupart des postes furent éncrgiciuement attaqués, mais partout les assaillants durent se retirer avec de grandes pertes. Tàn-An (M. Avezard), Gù-Công (M. (rArfeuille), Can-Giuoc (M. l)umont) furent attaqués le 14 décembre; Gia-Thgnh (MM. Robinet et Pineau), le 18 décembre ; Câi-Bè (MM. lîottet et Gonou),les 20 et 25 décembre ; Rach Gàm (M. Rolz de Couzalaz), le 29 décembre ; Rach Cà-Ilôn (MM. Gonon et Thouroude), le 30 décembre.
Outre ces attaques des postes, les attentats contre nos fonctionnaires indigènes et les leurs se poursuivaient en une suite elfrayanle de meurtres et d'incendies. Le 22 décembre on assassine le maire de My-Qui ; le 23, celui de Truug-Linrng ; le 27, celui de Tûu-Ly et sa famille; le 2 janvier 1862, celui de Vînh-Kim-Dông ; le 3, celui de Phù-My et les siens. Les Annamites poursuivaient avec vigueur leur système de terrorisation, l'appuyant sur des attaques répétées contre nos postes. Sans doute ils n'obtenaient aucun résultat valable, mais ils eutretenaient les populations soumise^ dans un état d'esprit bien inquiétant |>our la domination française. Heureusement que la prise de Biên-Hoàet puis celle de Bà-R|a allaient dégager la colonie du coté de l'Est et permettre au gouverneur de châtier pirates et partisans.
PRISE DE BiÊN-HoÀ
De la Rivière de Saigon, trois chemins conduisent à Bièo-Hoà : 1" La voie fluviale qui, du chef-lieu, descend le cours d'eiiu jusqu'au Nhà-Bè, confluent de la Rivière et du Donnai', pour remonter ensuite ce dernier fleuve. 2^ La route mandarine de Saigon à Biéu- Hoà (la route actuelle suit la route mandarine jusqu'à près de 400 mètres dû bac au Point A, elle s'en sépare alors, passe à Thû- BiVc et ne reprend Pancienne route que du côté de My-Iloà). 3° La route de Thû-Dau-MOl à Bién-Hoà. Cette dernière aboutissant au Doimaï à Bong-Vang, en amont de Bièn-lloà, ne pouvait être utilisée faute de moyens pour franchir le lleuve, elle avait, en outre, le défaut grave d'être menacée par le camp de My-Hoà.
Restaient donc la voie fluviale et la Route Mandarine, celle-ci coupée sur divers points défendus par des batteries et barrée par le camp retranché de My-Hoà, à environ 8 kilomètres de Bién-Hoà et 17 de Saigon. Ce camp avait une garnison de 3.000 hommes. Quant au Donnai, déjà naturellement obstrué par des rocher, il se trouvait fermé sur une dizaine de kilomètres eu aval de Bièn-Hoà, au moyeu
de neuf solides barrages et d'une eslacade en pierres. Tous ces obstacles étaient défendus, sur les deux rivcs^ par des forts armés de canons ; des brûlots avaient été préparés également.
Ici, comme à Chi-Hoà, nous trouvons la route défendue magistralement dans le sens de sa profondeur, mais sans ètresérieusementgardée sur ses flancs. Les Annamites étaient, on dirait, hypnotisés par la voie que l'adversaire cfevai/ suivre. Ici, comme àChi-Hoâ, les Français ne la suivront pas. Prendre My-Hoà, c'était s'ouvrir la route jusqu'au Fleuve eu face de la citadelle, c'était aussi faire tomber toutes les défenses de la rive droite en les prenant à revers, c'était maîtriser les barrages. Il s'agissait donc d'arriver à ce camp san$ suivre la route mandarine dans toute sa longueur. Comment on y parvint, c'est ce que le Rapport du 19 décembre 1861 relate certainement; par malheur, ce document est à Paris et aucun des auteurs qui se sont mcMés d'exposer cette affaire — du moins de ceux que nous possédons — no dit rien làdessus. Le commandant Vial, qui donne le plus de détails — les ayant directement empruntés tju Rapport — n'est clair en aucune façon. Il indique bien la composition des colonnes, mais ne dit pas^ pour les deux principales, comment elles se sont rendues à leur point initial Hon-loc ; il ne dit pas non plus où est ce Hon-loc introuvable sur les cartes. Nous essayerons, vaille que vaille, de reconstituer les faits en suivant le texte de Vial ; mais, pour cela, il* est utile que nous donnions quelques détails sur la topographie des lieux.
Le territoire qui nous intéresse est celui compris dans le triangle dont les sommets sont : a) le confluent du Rach Chîet et de la Rivière de Saigon (à un millier de mèlres au Sud du bac de la Route Mandarine) ; b) le confluent — à 11 kilomètres vers l'Est du premier-r- du Sông Tac et (fe Donnai ;c) enfin, la citadelle de Bién- Hoà. Les trois côtés de ce triangle sont \X l'Ouest, la Roule Mandarine ; à l'Est le Donnai* ; au Siîd, le Rach Chiët et une partie du Sông Tac qui sont reliés entre eux et commimiquent avec le village de Gô-Công défendu par un fort.
La Route .Mandarine, dont la direction générale est Sud-Ouest- Nord-Est, touche la Rivière de Saigon à environ 9 kilomètres de la ville. Le terrain, dans celte première section,* est bas, subit" les influences de la marée et ne comporte que des rizières ou des marécages parsemés de quelques paillotles. Sur la rive droite, le terrain se relève très vite et, à un kilomètre environ delà Rivière, commence un plateau où se déroule la Roule sans autre obstacle naturel qu'un petit torrent, le Suôi Rurn-Goc, à environ 6 kilomètres de la Rivière ; on a dû le passer en ce temps sûr un pont de pierre comme l'indique le nom de la branche Sud du torrent — il est formé de deux filets d'eau, ou sources: le Suôi NJnun et le Stiôi Câu-Bd (source du pont de pierre) — et des traces de culées. Ce suôi, dont les rives sont assez abruptes par endroits, n'a pas de grande profondeur d'eau vu sa pente, même durant la saison des pluies il peut être franchi à
gué presque partout ; son cours se dirige vers le Sud-Ouest et finit par former le Rach GWiông qui, lui-même, se déverse dans le Sông Tâc.
C'est à environ deux kilomètres au nord du Suoi Bum que se trouvait le camp retraucbé de My-IIoà ayant vers l'Est un système montueux formé de plusieurs mamelons aux lianes escarpés. Il ne semble pas y avoir eu d'autres localités, sur la route njème, du Point A à Wy-Hoà. [^village de Thù-birc, à environ deux kilomètres à rOuest de la Honte Mandarine, était relié à celle-ci par un chemin. A hauteur de Thù-Dirc et à une distance égale de la route mais vers l'Ksl. se trouvait mie localité «juc les cartes du temps appellent Tang-jwo, le Tan-IMiù actuel. De ce village à celui de Gô-Gông,il n'y a pas i kilomètres. En allant de l'Ouest vers l'Est, Thu-Dijrc, Tàn-Phù et Go-Gong sont à peu près sur une ligne droite.
Au sujet de Tang-poo^ ou Tàn-Phu, nous devons signaler que la Bibliothèque de Saigon possède un atlas de cartes faites à la main paraissant rcîmonler aux premiers temps de l'occupation. Or, sur une de ces cartes, à la place de Tnng-poo se trouve An-Lôc. G'esl la seule carte qui donne ce nom, malheureusement aucune des cartes de l'atlas n'est datée ni signée.
Ceci dit, nous pouvons entreprendre l'exposé des opérations. Tout d'abord, les neuf kilomètres de la Route Mandarine de Saigon au Point A étant occupés par les Français depuis la prise de Chi- Hoà, et la Rivière de Saigon séparant d'ailleurs le territoire occupé du huyén annamite, «:ette partie de la route ne saurait entrer dans la discussion. Les troupes n'eussent même pu y être concentrées faute d'habilations et de terrain pour camper, peut-être aussi faute d'eau douce. Conséquemment, c'est à partir de la rive gauche et vers le. Point A que nous suivrons les opérations. De Grammont dit que celles-ci furent précé<lées « d'une forte reconnaissance sur la route royale i>. On était donc en possession de la rive gauche de la Riviçre de Saigon ainsi que de quelques kilomètres de la Roule Mandarine, ce qui permet de supposer que les troupes furent concentrées vers le bord du plateau, à un ou deux kilomètres de la Rivière.
Voyons maintenant la formation des colonnes. Le 14 décembre au malin, une première, colonne, composée des chasseurs à pied, de cent Espagnols et de quatre obusiers, commandée par le chef de bataillon Comte, se trouvait à //on-/oc ; elle a dû passer la nuit à cet endroit, et peut-élre même les jours précédents. Où était ce village? 1^ position de Tàn-Phù (Tang-poo) répond assez bien aux exigences du mouvement que la colonne devra faire; d'autre part, le nom de An-Lôc se rapproche sensiblement de Hon-loc K Le terrain est solide,
(1) La dénaluration des noms annamites était telle à cette époque que rien ne doit surprendre. Le villa}?e de Trung-Lirc/ng est ai»i)clé par Fallu Tam-léon. De Grammont écrit Kiloà pour Chi-Holi, Jocong pour Gô-Công (dans le huvén de Bién-Hoà), Caï-bec pour Cài-Bè, Ca-hou pour Ca-Hôn, Thù'DhuMoï s est écrit longtemps Fou-Yen-Mol, etc., etc.
rartlllerie s'y peut mouvoir et il n'y a que le Suoi Bum-Gcfc à traverser pour marcher soit sur Gô-Công, soit sur My-Hoà, tous deux également distants de Hon-loc,
La deuxième colonne, commandée par le lieuteuant-colonel Domenech-Diégo, comprenait un bataillon du 3» Régiment d'infanterie de marine, cent Espagnols, un peloton de cavaliers et deux canons rayés de quatre ; « elle devait remplacer à Hon-loc la première lorsque celle-ci se serait portée sur G6-Công ». Cette colonne se trouvait donc en arrière de la première et avait dû passer la nuit quelque part entre le Point A et Tàn-Phù (Hon-loc).
La troisième colonne, composée de deux compagnies de débarquement conduites par le capitaine de vaisseau Lebris, deVait remonter le Donnai*, s'engager dans le Sông Tâc et s'avancer sur Gô-Công. Au sujet de la route de ces compagnies, nous constatons que les barrages du Donnai* ne descendaient pas jusqu'au confluent du Sông Tâc puisque c'est par là que sont venues les chaloupes (soit tels autres bâtiments ou embarcations).
Une quatrième colonne, par eau également, devait s'engager dans le Rach Chiët et s'avancer aussi sur Gô-Công ; elle était sous les ordres du commandant de la Renommée,
Enfin, une flottille composée delà Renommée, de V Alarme et de YOndineavdii pour mission de remonter le Donnai et de détruire les forts et les barrages.
Tous ces mouvements, comme on voit, ont dû être préparés un et même plusieurs jours d'avance. Le plan d'attaque se résumait à contenir momentanément l'ennemi sur son front de Mv-Hoà et à diriger trois colonnes convergentes sur Gô-Công pour enlever la place. Ce point acquis, on pouvait avancer en terrain solide, se jeter dans le flanc de My-IIoà (côté Est), menacer les derrières de la position et prendre les forts de la rive droite à revers.
Avant d'ordonner l'attaque, l'amiral Bonard envoya un ultimatum à Bièn-Hoà. La réponse faite, soit par le général en chef Nguyen- Bâ-Nghi, soit par le tuan phû Nguyèa-Dirc-Hoan (commandant la place avec l'an sîU Le-Khac-Can pour second) n'ayant été nullement satisfaisante, le mouvement préparé fut mis à exécution. Le 14 décembre à la pointe du jour, les colonnes se mirent en marche. Le signal de l'attaque devait être un coup de canon tiré par la colonne Comte. Ce coup fut tire vers 0 heures, à 7 heures et demie la place de Gô-Công était enlevée. Quelques compagnies de chasseurs à pied gardèrent le fort. Le reste de la colonne Comte avec les marins dirigés par le commandant Lebris se rabattirent aussitôt sur les batteries de la rive droite du Donnai afin de les prendre à revers. Ces ouvrages soutenaient une vive canonnade contre les navires embossés sous les ordres du lieutenant de vaisseau Harel ; Fii/ar/we (capitaine Sauze) reçut à elle seule cinquante-quatre boulets (on est surpris, après cette constatation, de n'entendre parler ni de
morts ni de blessés). Dès que les batteries se virent menacées par terre, lesdérenseiirslÂchëreDtpied.UQdcs quatre forts sauta, les trois aatres furent évacués. Toute la nuit, les marins travaillèrent à ouvrir un passage à travers les barrages. Au fur et à mesure qu'on avançait, l'ingénieur hydrographe Manen sondait et balisait les passes. Ce travail se poursuivit durant deux jours et deux nuits.
1^ l(), au matin, la colonne Domenech-Diego, qui temût la posi* tion » de My-Hoà en respect, reçut l'ordre d'attaquer et fut prévenue, en même temps, que la colonne Comte, venant de Gô-Công, allait toml)er dans le flanc gauche des Annamites. L'infanterie de mariné marcha contre le centre de Teunemi, ayant à sa gauche les Espagnols chargés de déborder l'adversaire sur sa droite ; le petit corps de cavalerie tournant autour de cette droite chercha, de son côlé, à lui couper la retraite. Entre-temps, les chasseurs venus de Gô-Công manoeuvraient pour tourner la gauche de reDDemi et lui barrer Clément la route sur ses (terrières. Les Annamites, se voyart attaqués sur trois faces, menacés dans leur retraite^ ftureBt pri& de panique et s'enfuirent en désordre vers Biéi^Hoa, irivemeiit poursuivis par finfanterie de marine.
Maître du huyèn jusqu'au Donnaî^ l'amiral prit immédiatefflaat toutes les dispositions pour transporter les troupes sur ta rive gauche ; lui-même se rendit avec VOndine et une canonnière (capitaine Jonnart) devant la citadelle qui, masquée par des arbres, ne laissait voir qu'un mât de pavillon ^. Les deux navires essuyèrent impunément • trois salves d'artillerie ; par contre, au troisième coup de la canonnière, le tir de l'ennemi cessa et un vaste embrasement se fit voir au-dessus de la place.
(t) Nous disons ici position et non camp retranché, parce que reooemi s'était posté au dehors, couvert par des fourrés garnis de nombreux canons de petit ailibre. 11 ne semble pas. au reste, que le camp ait eu une réelle valeur défensive.
(2) I^ citadelle < avait été construite vers 1780, sur les plans du colonel Olivier. C était un carré de 300 mètres de cdté, présentant, au milieu de chaque face, une partie circulaire saillante, destinée à flanquer les angles de rouvra«re. L'escarpe en maçonnerie, de 4 métrés de hauteur, était précédée d'un fossé de f métrés de profondeur et de 13 métrés de largeur. ÏAi fort élait armé «le canons «le fonte ou de fer et de pierriei-s. » (A Bouinais et A. Pau lus).
Il existe encore actuellement «les traces de Tancien fossé qui accusent nellemenl la forme «le I'oun m^iv iii«li«|ué ri-dessus. .Mais cette forme u étant pas usilét' en Knrope au XVIIU* siècle, n«)us avons eu «les doutes sur Pauleur de ces travaux. et nous sommes conlinné dans notre manière devoir par les vieillesîfensdupa\squr«léclarent n'avoir jamais entendu dire que la citadelle de Bién-Hoà fiH r«vuvre d'un étranger, tandis qu'ils savent très bien que «r la citadelle octogonale de Saigon a été construite par des Français ».
lue autre remanfue assez intéressante à faire est, <| n'en décembre 1861, le KleuNc coulait à environ 250 mètres «les fossés d«» rancieiiiie citadelle; il se trouve actuellement à i(X) mètres de ceux-ci.
Le soir approchait, il clail trop lard pour mcUre des lrmi|)es à terre. Le tendcinaiii matin, le corps expédilioniiaîrc entra dans la citadelle abandonhée. On y vit un specUiclc d'horreur égal à ceux des pires jours de fa domination romaine. Sur un ordre de la cour de Hii^, impîloyahlemenl exéculé parletuan phù lloan et lan sal Can, trois cents chrétiens avaient été brûlés virs dans leur prison. I^es flammes qui montaient au ciel la veille au soir s'expliquaient maintenant. C'est û coups de lance ([ue les mallieureux ([ui tentaient de s'échapper avaient été repoussés dans la fournaise. Sur le nombre total des victimes cinq seulement échappèrent ou survécurent '. Les motifs qui incitèrent leurs bourreaux à tuer ces inforlunés chrétiens se comprennent sans peine, mais ils n'excusent point l'acte, n'eu atténuent pas l'horreur. L'atrocité du supplice, par contre, révèle, ce que nous savons déjà, une mentalité arriérée de bien des siècles, une barbarie sans pareille sous le verni d'une civilisation aocienne et raffinée.
Cette expédition nous coûta en tout deux tués et quelques blessés. EBe eut pour résultat l'évacuation par l'ennemi de rentière provîoce de Bîên-Hoà, et fit tomber entre nos mains 48 pièces de canon, 15 jonques de guerre dont 10 de près de 200 tonneaux et un approvisionnement d'excellents bois de construction. Le commandement de la province fut confié au lieutenant-colonel Domenécb-Di(^o qui acheva la pacification à l'aide de colonnes mobiles.
CONTINUATION DES TROUBLES ET PRISE DE BX-RiA.
L'occupation de la citadelle et de la région de Bièn-Hoà enlevait aux pirates et partisans annamites leur principal appui militaire. N'ayant plus que Vînh-Long, tous leurs coups de main, toutes leurs visé/CS durent nécessairement se reporter sur l'Ouest. Nous avons énuméré précédemment leurs diverses attaques justiu'au 30 décembre 1861. C'est surtout du côté de My-Tho que se concentraient les efforts des Annamites. Le 4 janvier 18()2, tous les postes à l'Ouest de la citadelle étaient cernés, il fallut l(»s dégager. Le phû CAu se
(I) Le 7 nortt iST.î, iJil le P. LouvtH, mu* croix aéU* êrij,^*'e soloiiiu'IltMnent sur rempJactMneiU tie la prison où AirtMit hnllés les chrétiens.
De. cette croix, il ne reste plus rien, et ce ne fut pas sans peine ({ue, le li février IIKM», ^ui<lé par le W Sidol, nous en avons retrouvi* l'eniplacetneiit. Au milieu de hautes herbes et de hroussailles, se voient encore les restes du soubassement (pierres de Bièn-Hoà) recouvert lui-même de véf^êtation et, alentour, perdues dans la brousse quehjues, tombes d'Annamites. I-«i place de ce soubasi?i'ment est sur le prolongement (kî la face Sud-Ouest du cimetière européen, à environ vinj^t mètres de Tangle Ouest.
t/endroil où se trouvait la croix semble avoir ètè un lieu de sépulture dindîxêiies clirétiens et non point le terrain occupé par la prison. Celle-ci. d'après les renseignements ((ne nous avons recueillis sur place, se trouvait en dehors de la citadelle devant la moitié ffaucbe (plus ra|)procbée du Fleuve) de la face Nord-Ouest.
préparait à attaquer Câi-Bè, la fortune le trahit ; à son tour, il fut cerné par le lieutenant de vaisseau Rieunier. entre Cai-Bè et Gày-I4y (6 janvier). Pensant échapper aux recherches, le vieux chef annamite sauta de sa litière et se plongea jusqu'à la ttHe dans un marécage. Il allait réussir à se sauver encore, lorsque M. Rieunier, l'apercevant, le tira delà vase par son chignon. On ne reconnut le prisonnier qu'en route ; conduit à My-Tho, il y fut pendu le lendemain, 7 janvier, avec l'écrileau : voleur eC assassin. Après rexécution,on lui trancha la tête pour l'exposer, afin de bien prouver aux Annamites que le terrible phu Cî)u ne reviendrait plus.
Le supplice du mandarin lépreux, s'il a pu rassurer les indigènes qui marchaient avec la France, ne seml)le pas avoir produit sur le parti hostile — pas plus que mainte autre exécution — l'effet qu'on en attendait. C;)u n'a pas manqué de successeurs et les coups de main se sont multipliés. Deux jours après sa mort, le 10 janvier, des bandes venues de Gô-Công attaquent et bloquent Gia-Thanh! La veille une colonne française avait dû attaquer et brûler Taï-To (?), non sans y avoir pris deux jonques de guerre et cinq drapeaux. Le 11 janvier, les Annamites attaquent et bloquent le poste du Rach Gâm avec 10 jonques de guerre. Le lieutenant Rolz de Couzalaz tient bon et brûle jusqu'à sa dernière cartouche.
Cependant les troupes annamites, dont la fuite de Biéii-Hoà avait été moins désordonnée qu'on ne pense, s'étaient raliiéc^s, et essayaient de se reconstituer à Bà-Rja, sous les ordres du de;doc Lé-Quan- Tuyên qui déjà avait combattu à Bién-Hoà. L'amiral Bonard ne perdit pas de temps et, dès les premiers jours de janvier, il vint par mer avec des troupes de débarquement (marins, infanterie de marine. Espagnols) attaquer l'ennemi. Une manœuvre analogue à celle qui lit tomber Biên-lloà, lui livra aussi Bà-Rîa. Les bâtiments légers, les canonnières vinrent attaquer et enlevèrent les ouvrages établis à Rach Hàu, à l'entrée du Sông Dinh, tandis que le gros des forces^ transporté au moyen d'embarcations et de sampans, débanjuait à Vung-Dâng (hame<iu du village de Long-Dien)^ Un relard causé par la marée basse empêcha de se j)ortcr le jour même (le 7 janvier 1862) sur Hà-Rja. Une forte reconnaissance avança pourtant juscpi'à près de deux kilomètres de la citadelle (au lieu on se trouve aujourd'hui le champ de courses) et ouvrit le feu conlre celle-ci, mais l'attitude décidée des troupes annamites (commandées sur ce point par le làng ly Van^DiVc-bài) et la nuit tombante obligèrent la
(1) Les ouvrages consultés donnent à Vûng-Dànj^: Je nom de Tong-Tà i — avec des variantes orthographiques — ce qui n'est jjas un nom de lieu, mais un nom de pers^onne: le chef de canton Tài {ihig Tài). Une exphcation plausible est qu'à Vung-Dàng demeurait le chef de canton Tài et, que probablement, les habitants avaient coutume de désigner le hameau par le nom du chef de canton xôm iong Tài,
reconnaissance à faire demi-tour. Ce retard, comme à Bién-Hoà, permit aux Annamites de brûler vifs quelque trois cents chrétiens. Aussitôt la reconnaissance partie, les réguliers, sur Tordre du de doc Lè-Quan-Tuyën, mirent le feu aux prisons et évacuèrent la place battant en retraite vers TEst. Us abandonnèrent sur les lieux le gros matériel de guerre et une quantité considérable de paddy.
Comme d'habilude, le fuite ne les porta pas loin ; les troupes annamites s'arrêtèrent au village de Phu-âc-Tho, à une quinzaine de kilomètres deBà-Rîa, et faillirent être cernées. Pour échapper, elles se rejetèrent vers le Nord sur Long-LAp (à une dizaine (le kilomètres S'.-E. de Bà-Uja) où elles avaient établi des magasins couverts de retranchements — d'après de Qram mont, pour donner le change à notre poursuite— je fut en vain. Pourchassées la baïonnette dans les reins, les Annamites se divisèrent, une partie de l'armée se retira par Bà-Ca (région des Mois de Bà-Rja), l'autre prit par Gô-Sâm et Nôc (village de Phu-ô-c-Brru), d'où Lé-Quan-Tuyén, suivant la Route Mandarine, ramena ses soldats à Cù-My sur la frontière du Binh- Thuàu, vidant ainsi toute la province de Biên-Hoà.
Une lettre trouvée dans le camp de Bà-Ria, et adressée au chef annamite, annonçait que de grands approvisionnements destinés à l'armée étaient réunis dans la baie de Phan-Ri au Binh-ThuAn. L'amiral avait fait partir, sur le champ, l'aviso Norzagaray (commandant Lespès), qui brûla et.coula dans la baie 25 jonques faute de pouvoir les ramener. Une soixantaine d'autres furent détruites le long de la côte par divers bâtiments.
Cette fois encore, l'armée annamite avait été chassée, refoulée, mais non détruite. Elle s'était retirée de la province de Bièn-IIoà avec une perte d'environ quinze cents hommes, et, après avoir aban- ' donné sa dernière place forte, Bà-Ria, elle se reformait à nouveau du côté de Cù-My, dans le Binh-Thuàn, où quelques renforts de Uuê étaient venus la rejoindre.
Moins que les opérations militaires antérieures, la défaite de l'armée annamite n'eut de répercussion sur l'état insurrectionnel du territoire occupé. Partout où les troupes françaises n'étaient pas, se trouvaient des partisans et des pirates. Mais, nous le répétons, c'est de rOuest que vient celte fois toute Timpulsion. Les Annamites hostiles se répandent sur l'entière région de My-Tlio ; ils se rapprochent de Tàn-An et, nous le verrons plus loin, vont arriver jusqu'à Gh(r- Lô'n. Le 25 janvier, une bande venue de Gô-Công incendie le centre du Rach Cà-llôn. Le lendemaiii, a lieu une double attaque du poste du Raich Gâm. Le 28, les Annamites s'en prennent aux quatre postes (Câi-Bè, Cây-Lây, Thugc-Nhiéu et Rîjtch Gàm) à la fois, et font une tentative pour incendier le Sham Rock. Leur audace allait croissant au fur et à mesui'e que noseilectifs diminuaient.
Le dépari du 2c de chasseurs â pied * ainsi que le 2« bataillon du tOle de ligne, en février, et avec eux, nalurcllemenl, celui de quelques navires, fut aux yeux des Annamites le commencement de celte évacuation tant espérée. Le i 7 février, ils essayent de se retrancher dans le Vieux-My-Tho. C'est à ce moment que commence révacuation des petits postes. Le 24, leposle de Gia-Thanh est évacué, tandis que les Annamites nous poursuivent cl nous canonnent. Le 26, on évacue le Rgch Cà-Hùn, également poursuivi et canonné. Le 28, les insurgés attaquent le Vieux-My-Tho (ils renouvelleront leur attaque le 2 et le 6 mars). Le i*^"^ mars, attaque du Rach Gâm. A cette même date furent évacués les postes de Gô- Công et de Chrr-G.70 ; en même temps, les directeurs des affaires indigènes de Gan-GiuOc, Tàn-An el Tan-Hoa furent retirés et remplacés par des fonctionnaires indigènes.
Les évacuations ordonnées par Tamiral Bonard furent alors très diversement jugées. Les uns crurent y découvrir une concentration nécessaire des forces pour inciter les partisans à se grouper eux aussi et pouvoif, de la sorte, les écraser d'un seul coup. Les autres y voyaient la perte de notre prestige et la ruine inévilable du pays. De ce nombre étaient pres([ue tous les Annamites, qu'ils fussent pour ou contre nous. C'est ainsi que, par exenjple, à G6-Cùng, le jour du départ des Français, 460 habitants sur 600 montèrent dans des barques et vinrent se réfugier à Saigon, tandis que le quân Bjnh réoccupait la place, faisant démolir les maisons des amis des Français et raser les pagodes où nos troupes avaient logé, établissant en même temps un réduit solidement retranché. Les malheureux réfugiés ne purent rentrer dans leurs foycTs dévastés qu'en 186:].
Assurément, les uns et les autres ont attribué trop d'importance à ces évacuations (jui, en réalité, ne pouvaient guère changer la situation générale, car la faiblesse de nos effeclifs rendait la poss(»ssion des petits postes aussi précaire (juc les comminiications elles-mrmes. Un poste réduit à l'impuissance el l'absence de tout poste se valent. Du reste, il devenait manifeste qu'on allait être obligé de marcher à brève échéance contre Vînh-Long, et pour cela u'élait-il pas indispensable de concentrer les forces? Heconnaissous aussi que les postes importants, tels (jue Ciii-Dè el Caii-Giuoc, finrnl renforcés.
Il n'en reste pas moins établi que toutes ces évacuations rendirent rinsurreclion maîtresse des pays abandonnés, que partout les es|)rils devenaient in(|uiels, el (ju'un épouvantable sinistre, ([ui vint jeter le deuil parmi le corps expéditionnaire, raniina les espérances des mandarins et de leiu's parlisans. Ils crurent à un retour de la fortune. Le 5 mars 186:2-, la chaloupe canonnière n*" 2r) lil explosion
(1) C/osl le (Urtî rie M. (h; Gninniiuiil ; ir.'ipivs MM. Bouillais ol PhiiIus, les chasseui's à \)m\ ne parlirent (|ue le !(> juillet 1S()3 en même temps tjue l'ambassade annamite qui se rendait en France.
(2) Cette date est donnée d'après de.^irammont, Vial écrit le 10 mars.
au monieut oîi elle quillait My-Tho avec une comp<iguic do. soldats passagers à l)ord. Des secours immédiats furent envoyés sur le lieu de la catastrophe, nMlheureusenuMit et en dépit de tons les efforts, on eut à enregistrer ."$5 morts, soit tués sur le coup par l'explosion , soit projetés dans le llenvo; le nombre des grièvement blessés fut de 17. Avant la prise de Vînh-Long, nous avons encore à signaler une troisième altacpie du Vieux-My-Tlio (0 mars); un mouvement assez important au Can-An-Ila (0 au 1:2 mars) est réprimé, dès sa naissance, par M. de Grammont alors directeur des affaires civiles du Blnh-Long; enlin, Ir 1:{ mars, My-Tho fut alta(|né à la veille même de la marche sur Vînii-Long.
PHISE DE VÎNH-LoN<i ET OFÉHATÏONS DIVERSES
Par le résumé (jui piécède, on se rend très bien compte qu'il était devenu impossible de laisser subsister un foyer d'agitations insurrectioiHielles comme Vinh-Long, d'où partaient incessamment des agents ennemis^ des partisans, des armes, des munitions et des aides de toutes sortes. Sans doute Triro-ng-Van-Iluyen, le long doc du Long- Tu-trng (provinces de Long-llo, ou Vînh-Thanh — plus lard Vînli- Long — et de Bjnh-TutVng), n'avait pas la sympathie des populations; petit vieillard astucieux, rapace et dur, il ne s'était fait remarquer que par ses rigueurs et sii cruauté, surtout envers les chrétiens ; cependant, le respect de l'autorité, lascendant du titre et la crainte des linh lui assuraient cette obéissance que la force sait maintenir, mais qui disparait toujours en même temps qu'elle.
La lutte promettait donc d'être vive ; par contre, l'éventuel succès apparaissfiit très solide. Dès la première heure, l'amiral Bonard m avait fait son siège, et, sitôt après la prise de Bà-Ria, il réunit les forces nécessîures pour marcher contre la citadelle de l'Ouest, alors si bien défendue i)ar le Mékong lui-même qui masquait son front Nord d'une île marécageuse, impraticable et la baignait d'un bras de fleuve assez étroit pour faciliter l'établissement de barrages et de batteries; au Sud, la citadt^lle était protégée par divei's ouvrages pourvus d'artillerie et de ti*ès séricHises défenses ac(*essoires.
Le 20 mars 1862, l'amiral se présenta devant la place avec une flottille de deux avisos et neuf canomiières, transportant un millier de combattants. Dans la soirée, les troupes, sons le commuidement du lieutenant-colonel Ueboul, sont débarquées à environ cinq kilomètres au Sud-Kslde la citadelle, à Dinh-Khao, lieu où se trouvaient des tuileries. L(» 22, la colonne se porte contre Vînh-Long franchissant deux arroyos sons U\ feu de lennemi. A 5 heures du soir, elle se trouve en face des batteries à FKsi de Vînh-Long, engagées dans un violent combat d'artillerie avec li^s canonnières, comme, du reste, tous les autres ouvrages de la place ; la division de la llotlille qui alta<{uail les batteries de l'Uuiîst, cesse alors le feu pour ue pas
gêner les troupes. A la nuit^ le duel prend fin, l'artillerie des forts est réduite au silence, la citadelle seule tient encore ; on s'était battu sept heures durant.
Le lendemain 2;3, au jour, les troupes entrent sans coup férir dans la place qui avait été évacuée pendant la nuit. Cette fois on arrive à temps pour éteindre Tincendie que les fuyards annamites viennent d'allumer. Les prisonniers chrétiens sont délivrés. Un matériel militaire important tombait aux mains des Français : soixante-huit pièces de tout calibre, une fonderie de canons, du salpêtre, une grosse quantité de poudre, do projectiles et un immense approvisionnement de paddy. Les auteurs, Viql, de Grammont, Bouinais et Paulus, Nicolas, Louvet, pour ne citer que ceux-là, ont bien exposé la marche de Taction et ses résultats, la seule chose qu'ils aient omise, ce sont les pertes humaines. Et pourtant, ce sont ces pertes qui déterminent la valeur de Teftort. Sans leurs chiffres, les expressions « ouvrage formidable », <l violent combat d'artillerie », « brillant combat )>, « franchissement d'arroyos profonds malgré le feu de l'ennemi », etc., etc., laissent penser tout ce qu'on veut ; s'il n'y a pas eu de tués, ce sont — qu'on nous passe le mot — d'affreuses blagues. Nous voudrions être renseigné.
La citadelle prise fut occupée du mieux, et une partie de la province soumise. Ces diverses opérations retinrent l'amiral à Vînh- Long jusqu'au 8 avril. D'autre part, Bièn-Hoà, Bà-Rja, ainsi que le Cap Saint-Jacques, se trouvant eux-mêmes fortement occupés, on eut, malgré la faiblesse de l'effectif général^ les mains plus libres pour réprimer l'agitation intérieure. L'armée annamite refoulée dans le Binh-Thuân, la garnison de Vînh-Long et les mandarins dé l'Ouest rejetés sur la rive droite du Mékong, rendaient donc possible une répression efficace malgré son interminable longueur.
Il nous reste à citer les principaux faits de cette répression durant le premier semestre 1862, ainsi que les mouvements insurrectionnels qui la rappelaient sans cesse alors qu'on croyait n'en avoir plus besoin .
Les chefs de rinsurrection, établis ouvertement sur quelques points importants circulaient librement dans les villages avec des escortes nombreuses ; ils organisèrent publiquement des compagnies et des régiments, postèrent des détachements sur les routes fréquentées, firent lever des contributions, et ils annoncèrent partout notre prochain départ. Sur la route de Chcr-Lôn à My-Tho, avant d'arriver à Ben-Lù-c, 500 hommes campés sur les rives laissaient passer nos embarcations de guerre, mais levaient un tribut sur les barques de commerce, et ils se préparaient à nous interdire la circulation (Vial).
La région de My-Tho, nous le savons, avait fini par devenir un foyer permanent de désordres. Après l'abandon des petits postes, les Annamites s'étaient de nouveau fortement retranchés à My-Quî. Mais à peine Vînh-Long pris, une colonne, composée de marins débar-
qués, d'infanterie de marine et de soldats espagnols, fut chargée de les déloger. Elle avait à sa lôte le colonel Palanca Gultîerez et le capitaine de vaisseau Desvaux, commandant la province My-Tho. L'ennemi fut chassé de ses positions et le colonel espagnol revint à Saigon par terre, en suivant la Route Mandarina qu'on réparait alors et dont le défaut capital était de se trouver coupée par les deux. Vaïco, ainsi que de nombreux arroyos dont beaucoup manquaient de ponts. Cette marche à travers les deux provinces ne changea rien à la situation troublée du pays. Après comme avant, ce fut l'insécurité.
l^s partisans, sachant la gros des forces occupé à Vînh-Long et à My-Tho, profitèrent de l'occasion pour attaquer Chçr-Lô-n dans la nuit du 6 avriP. Une cinquantaine d'habitations, à l'entrée de la ville, entre l'Arroyo CWnois et le fort de Cay-Mai furent incendiées; le poste français qui se trouvait là faillit être anéanti. L'alerte fut vive, on craignit un moment pour les magasins de rArtilleric, aux Mares. Toute la nuit, Saigon festa sur pied. « Cette affaire, insignifiante comme perte matérielle, était grave au point de vue de l'action morale. En effet, ce que les gens de Chî-Hoà n'avaient pas osé tenter contre Saigon bloqué par des lignes puissantes, venait d'être mis à exécution par des bandes d'incendiaires. Nous avions autorité sur une grande étendue de territoire et nous étions menacés au centre même de notre établissement. » Afin d'empêcher l'ennemi de s'organiser sur un point quelconque de la province, des petites colonnes, des reconnaissances rayonnèrent un temps autour de Saigon, Ghçr- Lon et Can-Giuoc; elles n'allèrent pas jusqu'à Gô-Công, où le quan Djnh régnait en maître.
Dans la province de Hiên-IIoà, malgré la retraite des réguliers, la situation était redevenue mauvaise, des bandes apparaissaient sur divers points. Le lieutenant-colonel Domenech-Diégo les chassa vers le Nord-Ouest, tandis que des troupes parties de Trang-Bàng et de Tîiy-Ninh marchaient à leur rencontre. Celte manœuvre, bien exécutée, rendit une tranquillité relative à la province -.