‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 26 sur 146 · NOUVELLE ORGANISATION. SERVICES ET TRAVA.UX · texte numérisé non relu

NOUVELLE ORGANISATION. SERVICES ET TRAVA.UX

Nous savons quelles étaient les idées de l'amiral Bonard quant à ladministration de la colonie. La province nouvellement conquise de Biên-lloà lui fournit un premier champ d'expérience. A la tête, nous l'avons dit précédemment, se trouvait un commandant territorial, le lieutenant-colonel Domenech-Diégo ; deux officiers placés

(1) Vial et les auteurs ([ui Tont copié donnent la date du 15 avril. Nous avons emprunté la nôtre à de Graiumont qui était presque sur les lieux, et, qui, renseigné à temps, avait prévenu la Direction supérieure du coup que les insurgés préparaient.

(t) Nous n'avons pu trouver aucune date exacte, pour cette opération, pas plus que pour celle de My-Qui. l\ est bien regrettable que les auteurs aient attaclié si peu d'importance à la coordination des événements.

SOUS ses ordres, avec le litre d'inspecteurs des aiïaires iudigèaes, avaient pour fonctions la surveillance des tri huyèn annamites, eux chargés de radministmlion, des impôts et de la police de leurs circonscriptions res[)ectives (dépêche du 30 janvier 1862).

Dans ce système, les Français n'occupaient que Bièu-IIoà. Thû- Dau-Mot et Bà-Rla, si les fonctionnaires indigènes avaient été à •hauteur de leur mission et dignes de la confiance accordée, certes les choses eussent pu convenablement marcher, malheureusement il n'en fut rien, et, nous Tavons expliqué déjà, il n'eu pouvait rien être, e Les meilleurs de ceux qui furent mis à l'essai vivaient retirés au fond do leui-s postes fortifiés laissant les populations se débattre comme elles pourraient contre les exigences des autorités militaires et contre les sollicitations des rebelles. i> (Vial).

A peine revenu de Vînh-Ix)ng, l'amiral avait dû prendre des mesures propres à étouffer la révolte dans le Gia-fi|nh. Par arrêté du 25 avril 1862, les pouvoirs politique, civil et militaire furent temporairement réunis dans les mains de chaque commandant territorial ou chef de station maritime.

MiM. Vergnes et L'Evoque, à bord de la Persévérante et de V^Avalmche^ furent chargés de délivrer le territoire du phû de Tân-An et les arroyos avoi si liants du brigandage et de la piraterie, pendant que M. Léo de Lespès dut diriger dans le Phir6-c-Lôc une expédition de turcos. Dans le Tay-Ninh phu, les directions françaises de Tràng-Bàng et du Binh-Long furent supprimées, et M. Guys devint le chef unique du département. Aussitôt la pacification obtenue, on devait, à l'imitation de ce qui a eu lieu à Biên-Hoà, restaurer successivement dans les sous-préfectures les fonctionnaires annamites connus par leur fidélité. (L. de Gramniont^.

.Malheuresement, cette pacification se faisait attendre. Ceux des Annamites qui tenaient le campagne ne rentraient pas dans leurs foyers, les gens paisibles qui étaient restés chez eux manquaient d'animaux de labour. Les travaux de rizière approchaient et Ton n'osait s'aventurer loin des habilalions. Aussi un grand nombre en était réduit à ne cultiver que juste ce qu'il fallait pour vivre. D'ailleurs, à quoi leur eut servi le reste ? L'incendie et le brigandage se seraient chargés de l'enlever ou de le détruire. Il y eut une heure de découragement.^ Saigon même, l'aballement se manifestait. La masse, n'envisageant que les maux (lu jour, désespérait d une solution prochaine et se demandait, non sans inquiétude, comment tout ceci allait iinir« Ces accès de défaillance ne devaient pourlajit pas durer, nous verrons plus loin que la solution arriva soudain du côté où on fattendait le moins.

Successivement toutes les directions civiles disparurent. La Direction supérieure des affaires indigènes qui, dans le nouveau système n'avait (ju'à s'occuper des affaires locales et européeimes de Saigon, n'ayant plus de suffisante raison d'être, disparut à son tour (;îl mai 186^). A cette môme date, un arrêté fixa les rapports des nouvelles autorités provinciales avec le gouverneur commandant en ctief.

Si beaucoup avaient désespéré du succès de notre entreprise, nous croyons pouvoir aflirmer que l'amiral Bonard n'en fut pas. Les travaux qu'il (il exécuter ou entreprendre n'ont pas été de ceux impliquant le doute. Le premier amiral gouverneur de la Basse-Gochinchine avait autaut foi dans l'avenir de la colonie que confiance dans son système administratif. Il eut tort quant à sa confiance obstinée, il eut raison quant à sa foi inébranlable, et la postérité doit lui en savoir gré

Sitôt après roccupation de Bà-Kja, l'amiral fit entreprendre, par l'ingénieur colonial Àlaucher,la construction d'un phare de première classé au Cap Saint-Jacques. La maison Koque, adjudicataire des travaux, les commença le :25 mars 1 86:2 ; le phare fut inauguré le 15 août suivant. Placi sur le sommet le plus méridional du groupe du Gap Siiiit-Jacquei, son feu s3 trouve à 147 mètres d'altitude. Par temps très clair, il est visible Jusqu'à â:i milles en mer.

Au commencement de 18G2, dôbarque aussi dans la colonie un personnel télégraphique, le précurseur du service actuel des Postes et Télégraphes (le service des Postes n'a été organisé qu'un an après le service Télégraphique). Dès l'arrivée, la pose des lignes est entreprise. Saigon est d'abord reliée à Chcr-Lô-n, puis à Biôn-Hoà, Bà-Rja et le Gap Saint-Jacques. Les travaux, attaqués avec beaucoup de vigueur, n'avançaient pourtant qu'au prix de peines infinies, et ces premières années de la pose du réseau ont exigé du personnel des Télégraphes un extraordinaire apport de courage, de dévouement et d'abnégation. Dès l'année 1863, on comptait 9 bureaux télégraphiques et un réseau de 300 kilomètres de lignes qui venait aboutir au palais provisoire du gouverneur, vaste maison en bois, dont la charpente fut construite à Singapour- Cette maison avait été élevée en dehors des Ouvrages-Neufs (sur l'emplacement actuel derinstituti on* Taberd) ; devant la face qui regardait la Kivière, se trouvait le mat des signaux et, tout près, le bureau télégraphique. Le chef de ce bureau fut chargé de régler l'heure moyenne des différents ports et. dans ce but, à compter du U^ août 18t)^, le midi moyen à Saigon fut annoncé par un coup de canon que le Duperré tirait chaque jour.

L'amiral Bonard ne lit pas seulement édifier un gouvernement, suivant ses ordres les hôpitaux furent agrandis, on construisit des logements commodes pour la troupe et les ofliciers, une église, également, enfin une imprimerie fut établie. Le plan d'alignement de Saigon, exéculé par le colonel du génie Goffyn, fut publié le iS mai '18()^. Vial y trouve des proportions exagérées peut-être, les mes de 40 mètres lui semblent bien larges ; s'il |)ouvait revoir Saigon aujourd'hui, il s'apercevrait que la rue Gatinat est plutôt étroite. Le 19 mai commença la vente aux enchères publiques des premiers lots de terrain à bâtir de la ville.

Un bassin de radoab était indispensable, mats de construction leate el dîspeudiouse. L'amiral demanda à lu métropole l'envoi d'un

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dock flollant, il proposa aussi la construction d'un phare sur Poulo Condore ; ce furent les premières démarches, il ne devait pas le voir aboutir. VA puisiiue nous v«'nons de nommer Tîle, sentineli' avancée de la Ifcîsse-Cochinchine, remarquons ([uau conmiencemen do mars im premier convoi de 50 njalfailenrs y fut envoyé. Pei après, Ton y expédia ausM des insurgés, des individus condamné pour résistance h la domination française.

(les onuipalions multiples n'avaient pas lait perdre de vue I: (pieslion de rensoiîj:nemrnt. Le grand ilrsideralum restait la connais Sîuicc des lan^ni(»s annamite et l'ranraisSe. Le collège des interprè*Cî euro|)éens, <lirigé par le P. Croc — assisté lui-même d'un prêln indij^^ène, Ir \\ Tho n avait pu réaliser immédiatfîment ce qn'or eu attendait. Il y eut là cerlain<MU(Mit insuflisimce de sujets, mais il y eut surtout man(pie de temps. In Knropéen n'apprend pas l'annamite v\\ (|u<»l(pies mois connue trlle des langues flexionnelles d'()c<*ident. (lelji ne |)ouvait point s'ar.commo(l(M*avec nos impaliencfts natives ([ui veulent toujours des résultats probants imm<kliats. Il faut dire aussi que les exig(Mices croissiintes du service étaient la qui réclamaient impérieusement des interprètes, l'n arrêté du l^^dteembre IXtil avait ordonné la lbrmati(m d'un corps indigène de lettrés et crinterprèles admis uniquement au concours (on exigeait d'eux la counaissiince du latin). La question des interprètes européens fut reprise un peu plus tard et le colh'îge organisé sur de nouvelles bases (« mai 18^-2).

Au point de vue de l'éducation française, la Mission fonda le collège d'Adran (pii reçut d'abonl M) lioursiers et puis 70 (arrêté du If) janvier I80i2). l-n autre arrêté, du :iO janvier, accordait 100 l)ourses aux jeunes lilles de Técole française de la Sainte-Enfance, Cet ens<»ignement gratuit poursuivait le double but de récompenser les familles annamites (jui montraient du dévouement à notre cause et de former, dans la suitr., des agents capables. Les résultats de cette éducation française sont, à notre avis, toujours restés discutables. Nous ne cesserons de répéter: faire étudier des langues étrangères tant qu'on voudra, mais nei)as enseigner à travers une langue étrangère. Cielle (pieslion derinstrnction |)jd)liqne sera reprise encore bien des fois en Hasse-dochiiichiiie, mallieuronsement le vice initial n'ira ([n'en s accentuant, et nous ne pourrons que le déplorer, car jiotre corps enseignant ne sîiit pas Tannamite, ne veulpas l'apprendre et ne consentira jamais à enseigner en cette langue '.

Un autre vice, économi<pie et social celui-là, fut consacré en ce temps, nous avons nommé l'opium. Ia\ ferme de Topium avait été

(l) On oJjjjTtern i)»'Ut-eln* {[U'il est dos prufi'sseuis ayant passé los examens dannnmite l'I lolnlianl hi prime. (>la ne prouve licii, il est aussi de^ militaires qui se trouvent dans ce cas; or, tout dernii-reuieiit, le con-

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dock flottaut, il proposa aussi la construction d*un phare sur Poalo- Condore ; ce furent les premières démarches, il ne devait pas les voir aboutir. Kt puisque nous venons de nommer Tile, sentinelle avancée de la Rîjsso-Cochinchine, remarquons qu'au commencement de m«irs un pr(»mier couvc/i de 50 malfailenrs y fui envoyé. Peu après. Ton y ex|)édia aiïs^i dos insurgés, des individus condamnés pour résistance à la domination française.

Ces 0(TU|>alions mulliples n'avaient pas fait perdre de vue la question de rtMisoijxnement. Le grand ilcsiderntum restait la conn.aîssauce lies lanj,nu\s nnnamile et lVan(;;nse. Le collège des interprètes eur(»|)éens, dirigé par le \\ Croc — assisté lui-même d'un prêtre indi^^'^ne, h» P. ïho - n avait i)u léaliser immédiatement ce rpron eu attendait. Il y eut là certainement insut'tisance de sujets, mais il y eut surtout manrjue d(» temps, lu Kuropéen n'apprend pas Tannamite eu quel(p]es mois comuK^ telle des langues flexionnelles d'Oeeident. (iela ne pouvait point s'accommoder avec nos impalîencfts natives (pii veulent toujours des résultats probants immédiats. Il faut dire aussi que les exigences croissîuites du .service étaient là qui réclamaient impéritMisement des interprèltîs. In arrête du !«»* décembre 181)1 avait ordonné la formation iTun corps indigène de lettrés et d'interprètes admis uniciuemenl au concours (on exigeait d'eux la connaissimce du latin). \a\ ([uestion des interprèles européens fut reprise un peu plus tard et le C(»llèg(; organisé sur de nouvelles bases (8 mai 18U-2).

Au point de vue de Téducalion française, la Mission fonda le collège d'Adran qui reçut d'abord r{0 bom'siers et puis 70 (arrêté du 15 Janvier 180i2). Un autre arrêté, du rîO janvier, accordait 100 bourses aux jeunes (illes de l'école française diî la Sainte-Enfance. (k*t enseignement gratuit poursuivait le double l)ut de récompenser les familles annamili*s ({ui montraient du dévouement à notre cause et de formel", ilaus la buile, d(»s agents capables. Les résultats de cette éducation française sont, à noire avis, toujours restés discutables. Nous ne cesserons «le répéter: faire étudier des langues étrangères tant (pi'on voudra, mais ne pas enseigner à travers une langue étrangère. (ietle(|ueslioii (|eriuslruclion publique sera reprise encore bien des fois en l>asse-(lochÎ4ichine, malUeureusemenl le vice initial n'ira (ju'eii s'acceuluanl, el nous ne j)ourrons (|ue le déplorer, car notre corps enseignant ne sait pasTannamite, ne veut-pas l'apprendre et ne consentira jamais à enseigner en celte langue *.

Un autre vice, économii|ue et social celui-là, fut consacré en ce temps, nous avons nommé l'opium. La ferme de Topium avait été

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adjugée, pour la première fois, le 20 janvier 1 861 au prix de 91 .000 piastres, soit environ 500.000 francs à l'époque, elle en rapporta bientôt deux millions et demi. La plupart des pei*sonnes « compétentes » d'alors, tout comme un grand nombre de celles d'aujourd'hui, se sont évertuées à prouver l'impossibilité d'empêcher les gens de fumer l'opium, l'inocuité de ce toxique et le peu de fondement des objurgations de quelques hommes de cœur, Vial lui-même ne peut se défendre d'écrire : « La création de cette source de revenus a été l'objet des vives critiques de nos théoriciens humanitaires » .

Nous appartenons à ces théoriciens, et vingt ans passés de séjour en* ce pays n'ont pas réussi à modifier le sens de nos critiques. Nous ne trouvons ni la place ni la volonté de revenir ici sur ce que nous avons écrit au sujet de l'opium * ; en tout cas, si nous faisons fausse route, n'en déplaise à nos adversaires, nous sommes en nombreuse compagnie. Au Japon l'opium est prohibé, en Corée aussi. L'ancien code de ce dernier pays punissait de mort le détenteur d'opium ; dans le nouveau code pénal, que les Coréens doivent à notre compatriote Laurent Crémazy, ancien président de la Cour de Saigon, la peine a été fixée à 15 ans de travaux forcés *.

Les gouvernements de race jaune jugent ainsi l'usage de l'opium, sinon plus justement — puisqu'on en conteste les mauvais effets — du moins autrement que les gouvernements européens. Partout où ils en ont le pouvoir, ils suppriment l'usage et la drogue avec. Il n'y a donc pas impossibilité à empêcher les individus de fumer, mais il faut le vouloir. Nous n'entamerons pas d'autre discussion là-dessus, cependant nous sommes convaincu que les lointaines générations de l'avenir verront un jour — non sans stupéfaction peut-être — que, sur cette question de l'opium, les barbares n'étaient pas ceux qu'on pense.

Nous ne quitterons point cette question du revenu sans donner un aperçu des recettes durant les années 1 860 à 1862.

En 1860, les receltes s'élèvent à la somme de 135.735 p. .36, soit 728.898 fr. 88 (la piastre à 5 fr. 37) ; dans celte somme figurent 103.092 piastres de droits d'ancrage, chiffre très anormal. En 1861, les recettes sont de à»JM p. 06, ou 260.1*44 fr. 60. En 1862, elles s'élèvent à 231.519 p. GO, ou 1.243.260 fr. 57, sans compter deux versements de l'indemnité de guerre montant à 220.000 piastres.

seil de guerre siégeant à Saigon a eu besoin d'un interprète, on n'en trouva point parmi les primés et l'adjudant greffier du conseil d«; guerre, qui sait un peu Tannamite, dut se charger momentanément de ces fonctions !

(1) Voir notamment Opium dans le Bulletin de la Société des Etudes coloniales et maritimes de janvier 1897, no 160 et le journal LeNam-Kij n«^ du il et 28 décembre 1900 et du 4 janvier 1901.

(S) Voir à ce sujet Tintéressant article de J. Perrière au Courrier Saigonuais du IGaoût 1905.

1/opiuni fioiirc dans cps rocollos : on 18(10 pour 13.59:2 p. 10 ; en 1801, pour TiX^' p. •^'ï ; en l«()-2, pour /i.5.1;{0 p. 79. N'est-ce pas que ces chiffres ont leur éloquence ? Kl coml)ien ils expliquent la défense, pour ne pas dire Tapologie, du poison.

En dehors de la ferme de l'opium, fut consacrée encore une autre institution non moins malfaisante : la ferme des jeux (arrêtés du 20 juillet et du 17 août 1801) *. Celle-là, au moins, on la supprimée depuis ; il est vrai que son revenu n'atteignait pas Féloquence nuuîérale de l'opium. On créa aussi une ferme des spiritueux Qil avril et 11 juillet 1802), mais il fallut rapporter les décisions et règlements par suite de la liquidation de la société fermière. Le commerce des boissons fut alors déclaré libre, sauf un droit de patente à payer par les négociants en gros et les débitiuits (5 septembre 180-2).

L'organisation des troupes indigènes mérite aussi quehjues lignes. Nous savons que, dès l'occupation de Tourane, deux compagnies annamites avaient été créées. Le 24 mars 1801, l'amiral Charner ordonna la formation de 4 compagnies indigènes. Le 4 février 1802, une décision de l'amiral Bonard porle création de trois bataillons indigènes, un par province. Le service de ces troupes comprenait les mêmes devoirs, obligations et exercices que celui des troupes de l'infanterie de marine. Comme corps spéciaux furent créés successivement :un escadron de spahis de Cochinchine (7 février 18ii2j -, les partisans (19 février 1802).

L'organisation militaire indigène fut couiprise dans ce même esprit préconçu que l'organisation civile, il en résulta des déboires, a Au lieu de leur donner des règlements spéciaux, conformes aux mœurs et aux besoins des Annamites, on s'eiforça d'assujettir les indigènes aux habitudes de nos soldats. Il en résulta une grande répugnance de la part des gens aisés à laisser leurs enfants venir

dans nos rangs Les Annamites n^^stés au service se délachèrent

de leurs usages nationaux, abandonnèrent la vie de famiFle et devinrent peu sympathiques à leurs compatriotes qui redoutaient leurs allures bruyantes au sein. des villages. » (Vial).

(I) Voici, au sujet de ropiuHi et du jeu, (luehïuos Ugm^s bien sujifi^eslives enipruiilées à r Indépendant de Saigo7i du 15 juin 1873 :

€ Nous nous somuies, au reste, dT'jâ expli(iué à plusieurs reprises sur ce faux système économique (|ui consiste à baser la |)his ^n'ande parlie des ressources de la colonie sur le produit d'appêliLs vicienx et «MieiNanls au lieu de la puiser à ses sources normales et lé}j!:itinies. » (11. Semaiine).

{t) La création de la cavalerie locale renu)nte, à dire vrai, au l«' avril et 15 octobre 1800; elle se composait de cavaliers ta;j:als enj^agés anx Philippines ou pris dans le corps d'occupation. Les chevaux avaient été. achetés à Manille, à Batavia et au Japon. L'amiral Bonard réunit en un s ul corps toutes les troupes de cavalerie servant dans la colonie et en fit i'm'iidi^n de simhi^de Cochinchine^

Ces premiers essais (r«i(]minîslralion, (iiioi([ne fort défectueux, n'ont pourtant pas été sîins utilité, et les successeurs de lamiral Ronard, éclairés par rexpérience faile, ont j)u remédier aux erreurs presque inévitabl(\s commises dans le princi|)e.

RÉVOLTE DE LÊ-PHUNG AU TONKIN

C'est une histoire des plus obscures que celle de ce catholique Pierre Lé-Uao-I^hun^^ descendant, à son dire, des anciens rois Le et qui prétendait (Mrc soutenu par la France. Les auteurs ne rapportent que peu de chose sur sa prise d'armes au Tonkin, et sont unanimes à nier qu'un appui quelconque, matériel ou moral, ait, à ancune époque, élé fourni par le gouvernement français. Nous n'osons pas être aussi affirmalif. Celte diversion au Tonkin a élé trop utile à notre propre cause, est venue trop à propos, pour que l'adage 1.V /(pce7 ad prodesl iw \\muo \)oh\i sponUmément à l'esprit. L'amiral Charuer avait-il promis sou concours et, le moment venu. Lé-Phung ne put-il rien obtenir de l'amiral Bonard ? Autant de questions qu'une patiente euquéte résoudrait peut-être. En attendant, nous fournirons, vaille que vaille, des données incertaines assurément et une opinion peu solide, mais enfin ce seront les premiers jalons d'une élude ultérieure qui remettra sans doute les choses à leur vrai point.

L'histoire nous a dit que le dernier des rois de l'ancienne dynastie, Lé-Chièu-Thong, mourut à Pékin en 1793 amsi que son fils ^ A-t-il eu un autre fils ou celui-ci n'était-il pas mort comme le dit Pélms Ky ? Voilà une première question à résoudre. Legrand de la Liraye, dans ses Notes sur la Nation annamite, écrit d'ailleurs ces lignes caractéristiques: « Si un véritable Lé sortait des forêts sur le vieil éléphant à anneaux d'or qui attend encore son retour à l'entrée de Bac-Ninh et de K<VCho*, tous les chefs actuels désolés, s'évertueraient à prouver que ce nVst pas lui ». L. de Orannnont, d'autre part, écrit: « Son fils aîné (de Lé-(^hiéu-Thong) revint au Tonkin en ]><'ir) avec toute sa fiimille, et mourut peu après. Le prince Lé, chef de l'insurrection actuelle du Tonkin, se dit son parent ». De son coté, l'abbé A. Launay, dans son Histoire ancienne et moderne de TA nnam, dit : < L'ancien roi d'Annam laissait deux frères. L'un mourut

(!) « Au o'î mois rlr l'anniM^ ITDI (nous doiiiioiis 179.'» <ra|H't*slos N/ywrArcn/.swf.v (7//»o/.s du l\ Tclianj() son li!s (lie I/'-(lliièu-Thong) mourut, et la m«*'uio année, le H^' jour du lU^' mois, le loi lui-mèuïe, nilnê parle chagrin et la maladie^ succomha après avoir ivuni ses compaj^nons de captivité et leur avoir fait promettre de ramener ses os en Annam.» (Tru"oiig-Vînh-Ky Cours d'Histoire annamite).

a Le vœu du prince mouranl fut exaucé en 1803, et ses restes reposent dans la terre de la patrie. » (A. Launay).

dans la ville de Tuyèn-Quang, Tautre se réfugia dans les montagnes et essaya, mais sans succès, de combattre les Tây-San. C'est Taïeul des prétendants de la famille Le qui, de temps à autre, font des apparitions dans le Tonkin et menacent Texistence de la dynastie des Nguyên. »

De. toutes ces notes, il est permis d'inférer que Lê-Phijing n'était tout au plus qu'un neveu ou un arrière-neveu de Lê-Chiêu-Thông, il fut élevé, dit le journal Le Catholique des Philippines, à Poulo- Pinang dans l'établissement de la mission. Son origine catholique, à notre avis, semble presque exclure toute descendance royale.

Lors de la prise de Tourane, il se trouve dans le camp francoespagnol, mais impatient, voulant devancer l'heure sans doute, il écrit à ses amis du Tonkin que les Français allaient soutenir ses prétentions. <!c Ces manœuvres furent dénoncées au commandant de Texpédilion et Phiing disparut pour se soustraire aux conséquences de ses imprudentes démarches. 3> (Vial). 11 passa à Hongkong, où il fut probablement surveillé par les Anglais.

A-t-il été en relations avec l'amiral Charner? Y a-t-il eu des promesses de faites ? Tout est possible, et d'autant plus que la diversion entreprise au Tonkin vint à point pour donner une solution à notre propre situation. Quoi qu'il en soit, Lè-Phijing apparaît brusquement au Tonkin, d'après MM. de Grammont et Vial au commencement de 1862, d'après A. Launay en 1861 (différence de date très importante à élucider, car 1861 laisserait croire à une entente avec l'amiral Charner). L'insurrection prend tout de suite des proportions formidables ; en peu de semaines, Phyng se constitue un solide noyau d'armée ; et c'est à la tête de plus de 20.000 hommes qu'il bat, en diverses rencontres, les troupes impériales commandées par Nguyen-Blnh-Tàn, le beau-père de Tir-Birc. Au Tonkin, comme en Basse-Cochinchine, les chefs annamites, pour venger leurs échecs, font périr un nombre considérable de chrétiens.

Dans les premiers mois de 1862, Lô-Phijng se trouvait maître de prescjue tout le Tonkin oriental. Sa situation l'autorisait à envoyer officiellement une ambassade à Saigon. Il demanda des secours à l'amiral Uonard pour renverser la dynastie nguyèn, promettant en retour d'accepter le protectorat français. Sa demande fut rejetée et le traité du 5 juin 1862 — dont nous allons bientôt parler — rendant la liberté de mouvements à l'empereur Tir-Birc, permit à celuici de porter toutes ses forces au Nord.

Ici se pose la ((uestion de savoir, à quelle date précise, Lè-Phyng fit des ouvertures à l'amiral Bonard. Si elles arrivèrent, ce qui est très probable, autour de l'époque où des propositions de paix étaient faites par la cour de Hué, le refus de l'amiral s'explique. Dans des expéditions du genre de celle que nous avions entreprise, la politique de sentiment ne saurait trouver place. On peut être à peu près honnête lorsqu'on traite entre individus de même appartenance

ethnique, on ne Test jamais avec des gens de race différente, surtout si l'on considère celte race comme « inférieure ». Nous ne discutons pas, nous constatons. Au reste, il ust bon de faire remarquer, dores et déjà, que l'amiral Bonard, dans sou ultimatum (envoyé le 0 mars 1863) au sujet de la non ratification du traité, menaçait « de soutenir les révoltés du Tonkin. »

Nguy^n-Tri-Phu-ang, qui avait été mis à la tète des troupes impériales au Tonkin, poursuivit la guerre avec des alternalives de succès et de revers jusqu'en 1865. « Enfin, dit A. Launay, le prétendant fut vaincu dans plusieurs rencontres et ne put que se maintenir dans la province de Quâng-Yén ; il se résolut alors à une tentative désespérée ; il s'embarqua avec les débris de ses troupes dans l'intention d'aller mettre le siège devant Hué, la capitale de TAnuam et la résidence du roi, espérant, s'il réussissait, fmir la guerre d'un seul coup. Mais sa flotte fut détruite par la tempête et lui-môme fait prisonnier et mis à mort. »

D'aucuns ont regretté la non intervention de la France dans ce soulèvement du Tonkin. JMais, pouvions-nous raisonnablement intervenir? Tout le long de cette histoire, nous avons du constater l'insuffisance de nos effectifs pour conquérir la Basse-Cochincliine, le maintien pénible dans les provinces occupées et, durant hs premiers six mois de 186:2, la situation préraire qui doiniait des craintes à plus d'un. Les amiraux n'étaient donc pas en mesure de distraire des forces du corps expéditionnaire. Quant à la métropole, qu'il eut toujours fallu consulter et solliciter, qui a été consultée c'est certain, elle n'était pas d'avis du tout d'accroître notre conquête ; un fort courant se dessinait même eu faveur d'une évacuation complète. Quatre années de guerre et une situation difficile, considérée presque sans issue, avaient refroidi les enthousiastes. Jamais aucune conquête coloniale ne donna lieu à plus d'hésitations, ne fut plus mise en discussion que celle-là, et si nous sommes rostés, la cour de Hué peut bien dire que c'est de sa propre faute ; son ignorance, son orgueil, sa duplicité, voilà les vraies causes de notre installation au pays d'Annam. Enfin, pour revenir au Tonkin, TAngleterre tournait depuis un temps ses regards vers cette région et si, au fond, elle n'était point décidée à se lapproprier, elle n'eût pourtant pas vu de bon œil la mainmise de la France sur ce territoire. El tout cela se passait au début de la campagne du Mexique ! *

L'amiral Charner a très bien pu acquiescer à la révolte de Phung et même faire de vagues promesses, mais quant à intervenir effecli-

(l) Couventiou de Londres du 31 octobre i8(>l entre la France, l'Angleterre et l'Espagne. — Ultimatum au Mexique du 24 novembre 1861. — Arrivée des alliés à ia Vera-Cruz, décembre 1861, janvier 18G2. — Convention de Soledad en février 1862. -- Les Anglais et les Espagnols se retirent en avril 1862. — L'expédition se poursuit seule par la France jusqu'en mars 1867, où celle-ci évacua le Mexique.

vement, il n'en devait pas plus avoir l'intention arrêtée ou le pouvoir qu'il n'avait eu l'intention d'intervenir dans les querelles de la maison royale du Cambodge. Sa politique consistait à laisser faire, à suivre de près les événements et à n'intervenir qu'en cas d'absolue nécessité ou d'avantage bien démontré. L'amiral Bonard, qui ne s'était engagé d'aucune manière à suivre la ligne de conduite de son prédécesseur, avait donc les mains libres. Evidemment, la révolte de Phunglui fut d'une grande aide, c'est elle qui détermina la cour de Hue à traiter, mais la situation pénible où l'amiral se trouvait, les instructions ministérielles peut-être, en tout cas les avances faites par Tir-Bijrc l'ont sûrement détourné de toute intervention au Tonkin. Le côté moral a peut-être subi un accroc, mais le côté matériel a été sauvegardé. Jamais la France n'eût pu se maintenir, à celte époque, dans tout le pays, L'expérience l'a démontré dans la suite. Or, les intérêts de la France devaient tout primer. Quant à sauver un Etat, il conviendra toujours de sauver d'abord le sien propre ; c'est d'ailleurs le plus sûr moyen He venir après au secours des autres. Le tort dans cette affaire n'a pas été du côté de l'amiral Bonard, mais bien du côté de Lê-Phung, qui ne s'est pas assuré do débirt des moyens assez puissants pour réussir, tablant sur une intervention contingente de la France. Son plan n'avait de chance d'aboutir que dans la victoire. Pour obtenir l'aide du gouvernement français, il lui eût fallu marcher sur Hué et mettre ainsi le pouvoir des Nguyen en discussion ; car notre gouvernement voulait traiter et avait besoin de savoir au juste à qui s'adresser. Contrairement à ceci, Lê-Phiing est resté au Tonkin et s'est fait battre. L'i ligne de conduite de l'amiral a élélogicjue et conforme aux intérêts des deux puissances en cause : l'Annam, la France.

Et l'Espagne, nous dira-t-on, qui avait plus d'intérêt que la France au Tonkin puisqu'elle y comptait des missions et un évêché, n'aurailelle pas pu s'installer l«i-bas ? Certes, oui, mais il lui eût fallu des fonds et des troupes dont elle, non plus, ne disposant. Les envies ne manquaient point, c'étaient les moyens d'y satisfaire qui faisaient défaut.

PAIX DE 1862. RELATIONS AVEC LE CAMBODGE. SOULÈVEMENT DE 1862-1863 (REPRISE DE GO-CÔNG).

Les progrès de Lê-Phung au Tonkin, la disette ([ui commençait à se lîiiro. sentir en Annam par suite du blocus, Télat des esprits à Hué même, faits que n'ignorait pas Télat-major général, constituaient de sérieux motifs pour croire une paix possible. Aussi, dans les premiers jours de mai 180:2, le gouverneur envoya-t-il le Fovbin (capitaine de frégate Simon) croiser devant la Rivière de Hué avec mission de faire ou de recevoir des propositions de paix. Des pourparlers s'engngèrent îjesj'arrivée de la corvette ; celle-ci revint à Saigon ra|»porlant une

réponse insuffisante, maïs assez empreinte du désir de traiter pour que l'amiral renvoyât le commandant Simon avec des conditions préliminaires: 1» versement préalable de 100.000 ligatures en lingots d'argent dans les 3 jours ; 2° envoi sur le territoire occupé par la France, et dans les 8 jours, de plénipotentiaires autorisés à traiter.

C'était un véritable ultimatum. La cour l'accepta. L'argent (ut versé et le troisième jour la corvette annamite Hài-Hqc {Aigle-des- Mers) sortit pavoisée de la Rivière de Hué, ayant a bord les ambas- . sadeurs Phan-Tbanh-Giang et Liim-Duy-Hièp. Le Forbin lui passa aussitôt des amarres et le conduisit à Saigon, où ils arrivèrent le 26 mai. Les négociations commencèrent incontinent et furent rondement menées ; le 5 juin, on signa le traité avec la clause que les ratifications seraient échangées dans les six mois.

Par ce traité, la France et TEspîigne recevaient ensemble une indemnité de guerre de quatre millions de dollars (plus de vingt millions de francs) payables en lingots d'argent et en dix annuités ; les ports de Tourane, Ba-Lac et Quâng-An étaient ouverts au commerce de leurs nationaux ; la France conservait les trois provinces de Saigon, Biôn-Hoà et My-Tho, ainsi que Poulo-Condore, mais devait rendre la citadelle de Vînti-Long aussitôt que le souverain d'Annam aurait mis fin à l'état de rébellion qui persistait dans certaines parties du territoire occupé.

L'amiral fit partir le 15 juin par V Européen son chef d'état-major, le capitaine de frégate vicomte de Lavaissière de Lavergne, pour soumettre le traité à la ralificafion de l'empereur Napoléon. Le colonel Palanca fit partir, de son côté, le chef de bataillon Olabe, son chef d'état-major, qui s'embarqua sur VEcho (capitaine de frégate Ganteaume) pour remplir une mission identique auprès de la reine d'Espagne. Le voyage promettait d'être rapide, malheureusement le commandant de Lavaissière fit prendre la route directe — que quelques paquebots anglais venaient d'inaugurer — il tomba dans le mauvais tenips et nt3 parvint qu'après toutes sortes de péripéties et un gros retard a Aden où, dès son arrivée, il mourut d'un coup de sang. Ce fut le commandant Ganteaume qui dut porter le traité en France. Il mouilla à Suez le 12 août, prit le chemin de fer pour s'embarquer à Alexandrie sur le Canada (commandant Uostang) et vint a Toulon le 22 août ; son voyage avait duré 70 jours. Le 24 août, il se rendit au camp de Chàlons avec le commandant Olabe pour présenter le traité de Saigon à TEmpereur*.

Le commandant Ganteaume, dit deGrammont, repartit en octobre avec le traité nlifié et arriva en Cochinchine dans le courant de

(1) On ne comprcînd pas en tout ceci la raison ([ui a fait expédier deux navires de Saigon, iniisqu'ils devaient abontir au même port, Suez, et (lu'aprés, MM. Ganteaume et Olabe semblent bien avoir voyagé ensemble.

novembre 1862. D'après Vial « la ratification de TEmpereur fut apportée en Cochinchiue par M. TricauU, capitaine de vaisseau, aide de camp du ministre de la marine ; par le même courrier était arrivé M. le contre-amiral de la Grandière chargé de remplacer par intérim TamiraL Bonard, qui avait demandé à prendre un congé de quelques mois pour se reposer des fatigues excessives qu'il avait eu à supporter. i> Vial ne donne pas de date, mais en suivant son texte, l'arrivée doit être fixée aux premiers jours de mars 1863, aulre désaccord avec de Grammont qui dit : « Le conlre-amiral de la Grandière, parti de Paris le 19 février (ce qui place son arrivée à Saigon autour du 26 mars), avait depuis le 1^*^ avril et pendant l'absence du commandant en chef, pris Tintérim des affaires de la colonie. »

Le 6 mars 1863, le Forbin partit pour Tourane, afin de signifier à la cour de Hue que les plénipotentiaires viendraient, à un mois de date, porteurs des ratifications^ o menaçant, eiicas de refus, de recommencer les hostilités, d'occuper les trois provinces occidenUiles et de soutenir les révoltés du Tonkin. i> (Vial). L'ultimatum produisit son eflet, et, le 14 avril 1863, les ratifications furent échangées à Hue (le traité fut promulgué en France par le décret du 15 juillet 1863). Nous reviendrons plus loin sur cet échange, mais avant il convient de parler des événements qui se sont produits entre la signature du traité et l'échange des ratifications, ils expliqueront le retard apporté par les Annamites ri ratifier le traité, si retard il y a eu.

En effet, qu'importe la ratification alors que l'échange ne peut se faire. L'Annam n'avait pas àOtre plus pressé que la France, et le gouverneur, privé à cette époque de toute communication télégraphique avec l'Europe S n'avait le droit d'insister que du jour où il aurait eu connaissance de la ratification par Napoléon III, c'est-à-dire du jour où le traité ratifié serait revenu à Saigon. Si la version Vial est la bonne, il n'y a pas eu de retard à proprement parler, il n'en est pas de même avec la version de Grammont. Quoi qu'il en soit, un point reste acquis, c'est que les Annamites ont attendu jusqu'à Textréme limite.

Pourquoi? Parce que la cour de Hue ne voulait pas do ce traité qtfelle avait consenti sous l'inexorable pression de la nécessité. Au lendemain du 5 juin 1862, l'amiral Bonard avait fait connaître à tous les chefs insurgés que la paix était signée et qu'ils devaient maintenant rentrer dans l'obéissance: aucun ne désarma. Assurément, Tu-fiù-c et ses ministres donnaient hautement des ordres pour faire rentrer les rebelles dans le devoir. Entendaient-ils être obéis? Phan- Thanh-Giâng et Lilm-Duy-Hi$p,qui avaient (luitté Saigon sitôt après la signature pour porter le traité à Hue, furent renvoyés, le premier comme gouverneur de Vînh-Long (il s'installa au village de Long-

(1) Les premières communications télégraphiques d'Europe aux Indes datent de 1869.

Phvng *, ea face de la citadelle sur la rive droite du Long-Ho), !e secoQd comme gonverneur du Biub-ThuOn. Tous deux tirent des efforts pour ramener la paix. Etaient-ils sincères? On en peut douter, leur mission devant être de temporiser» d'ordonner publiquement aux chers rebelles de désarmer, mais de les laisser faire à leur gré, de les encourager même dans la révolte, Phan-Thanh-Giâng, homme clairvoyant, esprit élevé et belle âme, sentant toute Tinutilité de la lutte, aurait sincèrement voulu la paix, mais son pays ne la voulait pas? Il engagea vivement l'amiral à ne rien brusquer, promettant d'amener les rebelles à composition.

Confiant en de telles promesses qui concordaient trop avec ses désirs, l'amiral Bonard laissa faire^ s'occupant d'études d'organisation et d'entreprises de travaux publics. Le creusement du canal de ceinture, qui devait relier TArroyo de TAvalanchc à l'Arroyo Chinois au delà de Cày-Mai, fut projeté. On commença les travaux en novembre — ils ne furent jamais achevés. Le canal, qui devait servir de voie de communication^ de chemin de ronde aux canonnières, et dont le déblai, rejeté à l'intérieur, avait pour but de

' constituer une immense ligne de défense (environ 6 kilomètres de long), ne put jamais être utilisé. Ce travail semble avoir été entrepris sans aucun nivellement préalable, ni observation du régime des eaux, sans aucune étude sérieuse, sinon comment expliquer l'impossibilité matérielle de s'en servir? D'autres canaux furent creusés dans la ville même pour assainir le terrain et faciliter les transports, ils eurent leur utilité momentanée, on dut les combler dans la suite. Ces travaux occupaient une quarantaine de mille hommes qu'on employait pour les secourir de la disette qui commençait à sévir.

La justice fut aussi l'objets des préoccupations du gouverneur. Le code annamite venait d'èlre traduit par le commandant Aubaret, on

M'appliqua dans la mesure compatible avec nos lois et nos mœurs. Mais l'organisation judiciaire resta encore longtemps une institution flottante, imparfaite, dans laquelle le dire droit était presque entièrement dévolu à des fonctionnaires indigènes (depuis la suppression des directeurs français), avec recours aux inspecteurs des affaires indigènes qui jugeaient exclusivement en matière criminelle.

Au Cambodge, la situation restait indécise. Ce pays, depuis des années, subissait alternativement rinfluencc et la domination soit siamoise, soit annamite. Pendant que Saigon était serré de près, en 1860, le gouvernement de Bangkok avait annoncé plus ou moins officiellement qu'il allait nous envoyer une armée de secours: on ne la vit jamais. D'autre part, les Siamois, bien plus que les Annamites^

(I) Les villages de LoDg-Phiing, Tbanh-Mj'-Dông, My-Thâi et My-Tirang ont été réunis, en 1887, pour former le vUlage actuel de Thiéng-Btlrc.

avalent empoché M. de Monligny (1857) d'ciitreren relations directes avec le roi An-Duong, la France ne leur devait donc rien.* Enfin, les Annamites, peu amis des Siamois, voyant le Cambodge lenr échapper, nous avaient j)assc avec empressement tons leurs droits sur ce pays.

Prolitant d'un moment de répit, Tamiral Uonard se rendit en septembre à Vînh-Long, puis au Caml)odge. Phuu-Tlianli-Giang le reçut très bien et lui donna les renseignements les plus précis sur la situation du royaume. Etait-ce par haine des Siamois, ou cspérait-il nous entrahîer dans de nouvelles complications ? Peut-être les deux à la fois.

Ce qui est certain pourtant, c'est que le roi Norodom — conseillé par Mgr Miche — et le général siamois placé auprès de sa personne comblèrent l'amiral de prévenances, chacun d'eux pensant le gagner à sa cause. Le représentant de la France^ se sentit l'arbitre et le maître de la situation. Il se garda de s'engager et poursuivit son voyage jusqu'aux ruines d'Angkor.

A son retour à Saigon, le gouverneur dut reconnaître que la situation, quant aux rebelles annamites, loin de s'améliorer menaçait deplus en plus la tranquillité du pays. On sentait que des événements graves allaient se produire, et c'est probablement dans l'attente d'un changement de situation que Tir-Di'rc reculait la ratification du traité. La cour usa de toutes sortes de prétextes : impossibilité de céder le territoire de'Go-Công où se trouvaient les tombeaux des ancêtres de la reine-mère ; contestations de la libre navigation sur le Mékong; contestations des droits de Pamiral Bonard dans rétablissement du traité, etc., etc. Lorsque la ratification espagnole arrive, Phan- Thanh-Giang expose qu'il faudra au moins un an pour les prépa- ' ratifs nécessaires à la ratification par la cour de Hue.

Ces tergiversations ne laissaient pas (|ue d'inquiéter le gouverneur. Du C()té du Cambodge aussi des complications se préparaient. Ang- Sor, chef cambodgien qui avait pris une part très active aux troubles survenus à la mort d'An-Duong, pourchassé par les partisans de Norodom, vint se réfugier sur notre territoire. I^es Siamois demandèrent son extradition ; l'amiral répondit par un refus catégorique.

Les pirates et les insurgés se faisaient de |)lus en plus hardis et agressifs. Pour donner des facilités au quan Dinh que surveillait à distance le lieutenant de vaisseau Guys avec la canonnière VAlarmc, un chef de canton du IVmh-TliuAn ftiit diversion et vient dévaster quelques villages sur la frontière orientale.

Cependant, le gouvernement annamite pnie la première demiannuité de rindemnilé de guerre soit 200.000 piastres (pi 'on va chercher à Phan-Ui (2 décenibre 1 80^). On pouvait encore croire à sa sincérité. Mais les faits vont se suivre, Us événements se précipiter et nous placer devant une formidable insurrection générale. Après

My-Tho, Biên-Hoî'i, Bù-Ria, Vînh-Long, tous noyaux de résistance successivement êcrnsùs, un nouveau contre venait de se créer dans le territoire cédé : G6-Cùng. L'impossibilité <rétouffer le mouvement dès le débuf, lui avait permis de grandir dans cette région de Gô- Cùng, de la Iraiisfonner en un foyer intense, qui allait produire la cohllîigration générale.

1/intenlion du gouverneur était bien d'en linir avec ce Gô-Cong et son irréductible (juan tiinb, mais ne se sentant pas en force, il avait, dés octobre, demandé à la métropole deux bataillons d'infanterie de marine ; il fut devancé par rinsurrection (un bataillon débanpia à Saigon dans les premiers jours de janvier 1803, Taulre n'y arriva que dans le courant de février) et dut tenir télé, en attendant, avec ce qu'il disposait de troupes.

Le () décembre 186^2, une lorcha mouillée dans le Vaico au-dessous de Tày-Ninh fut attaquée pnr de nombreuses barques armées ; son faible équipage et cinij soldats d'infanterie de marine résistèrent éiiergiquement, tuant une vingtaine d'hommes aux assaillants qui s'enfuirent abandonnant trois barques. L'aspirant qui commandait la lorcha fut blessé.

Le là décembre une dépêche de Hue datée du :2 novembre permit enfin de voir clair dans la politique annamite. Celte dépêche avait été apportée par un mandarin de rang inférieur, qui repartit précipitamment sans attendre de réponse. La cour demandait la restitution des trois provinces.

Le 17, à A heures du matin, 000 Annamites surprennent la compagnie d'infanterie de marine qui gardait le fort du Rach Tra. Déjà ils ont escaladé les parapets à l'aide d'échelles en bambou. Le capitaine Thouroude et le soldat Vidal se font bravement tuer en se jetant seuls les premiei*s sur l'ennemi ; après un moment de mêlée sanglante, les Annamites sont rejetés hors de l'enceinte. Le même jour, doux torchas postées au Ben-Liro soat obligées de repousser de nombreux assaillants à coups de mitraille ; c'est Tnrc, l'incendiaire de V Espérance, qui conduisait les insurgés. Également ce môme jour, la cîivaierie, en recoimaissance du côté de Loug-Thanh, rencontre et culbute un corps de rebelles qui se proposait de nous couper de Bà- Ria. A Phu-crc-Tho» un poste de 50 fantassins et quelques cavaliers est cerné par un millier d'Annamites ; il leur tient tête et finit par les mettre en déroute grâce aux Espagnols venus à la rescousse. Bà-Ria même, TAy-Ninh et la station à l'entrée du Rach Gô-Gông sont attaqués presijuechaciue jour, tandis (|uelequan IMnh passe à l'olfensive.

Le 18 décembre, une affaire plus sérieuse encore a lieu Le poste de Tlmoc-Nhiéu, entre Gay-L;)y et My-Tho, avec une gariîison de 50 hommes (capitaine Taboulé) est attaqué dans la nuit par quelque 1 .^200 rebelles. Les défenseurs, en peu d'instants, complètement mêlés à l'ennemi, sont admirables de courage et de sang-froid, « ils couchent à leurs pieds 217 cadavres, biadis que les indigènes, pos-

sèdès d'une rage aveugle et jusque-là sans exemple, j^raissent avoir juré de nous déloger de Thu^Nhièu ou de mourir âous ses murs. ^ (De Grammont). Le sergent Ragot se conduit en héros, voyant un pierrler dont le tir gênait les défenseurs, il se jette seul dessus, tue les deux servants, prend la pièce sur l'épaule et la porte dans la pagode occupée par ses hommes.

La révolte vint jusqu'aux approches de Saigon. Des bandes se préparaient à enlever le Fort du Sud, lorsqu'elles furent arrêtées au Rach Bàn parle long Thé. Jamais, depuis la conquête, les Annamites n'avaient montré un élan pareil. Toutes ces affaires leur coûtèrent près de 2.000 hommes sans que les pertes françaises eussent été très sensibles. Cependant, malgré le succès momentané, l'effort à fournir était trop considérable ; on n'eût pas agi sagement en s'y exposant unedeuxième fois. Desrenforts immédiats devenaient indispensables.

L'amiral Bonard se décida alors à réclamer des secours à la station navale de Chine et aux Philippines. Le contre-amiral Jaurès répondit à Tappel amenant, avec une partie du bataillon des tirailleurs algériens, un bataillon d'infanterie légère d'Afrique qui tenaient garnison â Schanghaï ; puis, prenant la Sémiramis et la Renommée, il s'en vint à Manille chercher 800 hommes du 5^ régiment de Tagals sous le commandement du lieutenant-colonel Moscoso.

Entre-temps, Tagitation se poursuivait. Le 6 janvier 1863, une lorcha fut attaquée en plein jour (où ?). La situation dans la région de Bà-R|a, où commandait le chef de bataillon Coquet, menaçait de devenir un pendant à celle de Gô-Công. Cependant, les renforts étaient presque tous rendus. Le 7 février^ l'amiral Bonard lança un avis suprême aux insurgés, mesure juste; le il février, il fit mettre à prix la tête des ch^fs de l'insurrection, procédé inhumain et inutile copié des Annamites. On leur a reproché ce procédé, alors pourquoi l'imiter ?. . .

Vers le milieu de février, toutes les forces se trouvèrent réunies. Le 16, l'amiral se rendit dans la région de GôCông, où il prit jusqu'au 24 février les dispositions nécessaires à l'attaque. Le 25, une première colonne enleva le village de Bông-San et les retranchements de VTnh-Uri. Dans la nuit, à un signal donné pair l'amiral sur YOndine,ioutes les troupes sont débarquées ayant à leur tête le général Chaumont et le colonel Palanca. L'assaut des positions ennemies fut vivement mené. En voyant la marche convergente des colonnes, les Annamites s'enfuirent dans toutes les directions, jetant leurs uniformes, leurs armes^ abandonnant tout. Il n'y eut en quelque sorte pas de résistance. L'amiral Jaurès avait fait bloquer les cours d'eau ; malgré ce soin, les insurgés parvinrent, en grande partie, à s'échapper et parmi eux le quân B|nh.

Une mention toute spéciale s'adresse ici à la conduite du 1^' ba- 1

taillon indigène. Sa fidélité, sa valeur ne se sont pas démenties un seul instant, aussi, un peu plus tard, le contre-amiral de la Gran-

diëre lui donna-t-il un drapeau avec l'inscription suivante en chinois et en français : CochinchUie frmiçaise, i^r bataillon indigène, CM- Hoi, M^'Tho, Bà'Ria, Phiiùc-Loc^Gô-Công.

Après la reprise .de Gô-Công, la tranquillité fut promptement rétablie partout. Pour enlever aux esprlls inquiets l'envie de recommencer, des dispositions très sévères furent édictées : 4° Condamnation à mort des ctiefs rebelles et confiscation de leurs biens. 2® Rentrée de la totalité de Timpôt dû en 1862. S** Livraison de toutes les armes. 4» Corvées générales pour les travaux de routes et la destruction des retranchements. 5o Contribution de guerre infligée aux Chinois de la région de Gô-Công.

Toutes CCS opérations militaires, toutes ces attaques d'insurgés n'avaient pas empêché le gouverneur de poursuivre l'organisation du pays. Par l'arrêté du 7 janvier 1863, il jeta les bases d'une administration civile dans la colonie en créant le corps des inspecteurs des affaires indigènes (origine des administrateurs actuels) comprenant trois classes. Le service des Postes qui, au début de notre établissement à Saigon, avait été détaché du service des Postes et de la .Trésorerie du corps expéditionnaire de Chine, ne répondait plus tel quel aux besoins du commerce et de la population. Une direction des Postes pour toute la colonie — qui restait rattachée au service du Trésor — fut créée par arrêté du 13 janvier 1863 (modifié par l'arrêté du 2 juin 1863).

Par les arrêtés du 17 octobre 1861 et 12 août 1862, les Chinois de la colonie avaient été groupés en congrégations. Un nouvel arrêté du 4 février 1863 augmente de trois le nombre des congrégations et précise le rôle des chefs, qui sont assimilés aux maires de communes annamites.

L'amiral Bonard s'occupa aussi de l'enseignement des caractères chinois. Il rétablit les examens des lettrés. Dans sa pensée, ces dispositions devaient nous assurer la transition nécessaire pour passer à notre enseignement européca. Sur ce point, malheureusement, l'amiral ne fut pas suivi ni même compris, son arrêté resta lettre morte.

Il eut plus de succès dans le création de trois autres institutions : le séminaire de Saigon, le couvent de la Sainte-Enfance et le collège d'Adran, qui bientôt virent affluer les élèves. Enfin, il prit des mesures confirmant aux Annamites la libre possession de leurs propriétés.

Depuis la dispersion des rebelles et le rétablissement de la tranquillité dajîs le pays, les gros effectifs de troupes avaient moins de raison d'être. L'infanterie venue de Schanghaï allait y être renvoyée. Quant à nos alliés, vu l'imminence de l'échange des ratifications, leur mission était terminée aussi. Le 31 mars, l'amiral Bonard adressa aux troupes espagnoles un chaleureux ordre du jour, ses

adieux et ceux du corps expéditionnaire français. Tout le contingent espagnol avec son matériel de guerre, sotj personnel de santé et rinleiidance fut embarqué sur le transport l'Européen et quitta Saigon le l^r avril 1803 pour s'en retourner à Mqnillc.

1^ colonel I^alanca et quelques ofliciers espagnols restèrent seuls. Ils devaient se rendre à Hue avec l'amiral IJonard ainsi que nous Talions dire.

Revenons maintenant au dernier grand acte du. gouvernement de Famiral FJonard : rechange des ratifications à Hue. D'après Vial, le Forbin, parti le 0 mars, portait la notificiilion de ratifier le traité immédiatement. A la date du 15, la cour demande un dernier délai d un mois en raison de la fête du sacrilic(» au ciel et à la terre. Il n'en est guère tenu compte et, le 1^' avril, le Forbin, rev(?nu à Saigon, nx'oit à son bord IMian-Thanh-Giang et Làm-Duy-Hiep, ainsi que MM. le lieutenant de vaisseau Amiraull et le lieutenant d'infanterie espagnole lllana chargés d'accompagner les présents offerts à l'Kmpereur Tir-Dirc par LL. MM, l'Empereur Napoléon III et la Heine Isabelle II. Le 3 avril, Famiral Bonard embarque lui-même sur la frégate la Sémiramis ayant à bord le contre-amiral Jaurès, le bataillon d'infanterie légère qui retournait à Schanghaï* et le personnel de la légation française. La frégate était accompagnée de la corvette à vapeur Cosmao, du steamer Grenaila et de la corvette Circé venue des Philippines avec le personnel de la légation espagnole.

Le 5 avril, on mouille .sur rade de Tourane et^ le jour même, Famiral Jaurès continua sa route vers Schanghaï. Ce ne fut pas sans une vive appréhension qu'il fit ses adieux à l'amiral Bonard, et l'on assure qu'en rentrant à son bord il dit qu'il craignait bien ne jamais plus le revoir. En effet, les deux plénipotentiaires, les quelques officiers (le leur suite et une escorte de cinquante hommes qui devaient les accompagner à Hué étaient si peu de chose entre les mains d'Asialicjues, ennemis de la veille. Le guet-apens du 18 septembre 1800 sur la route de Pékin hantait encore bien des esprits, mais Fîilarme fut vaine et les plénipotentiaires n'eurent qu'à se louer de la réception.

\j^ G ou descend à terre. I^ 7 on se met en route avec une escorte de 300 soldats annamites et de 4^00 porteurs. Le 10 vers midi, les légations arrivent à Hué. Après les visites d'usage, les traités ratifiés sont échangés les 13 et 14 avril. La journée du 15 est marquée par la mort bien regrettable de Làm-Duy-Hiep, l'un des deux plénipotentiaires annamites. Le choléra l'avait enlevé en quelques heures. Le 10, les légations sout reçues par Tir-Dnr.

(1)1.68 tirailleurs algériens étaient restés à Saigon et sont rpii très peu après en France.

Le 18 avril au soir, les légations, ayaot lerminé leur mission, reprennenl le cheniiu de Tourane par la rivière sur les jonques impériales. Le 19 au malin, elles embarquent à bord du Grenada qui appareille le même jour et arrive à Saigon le 22 avril.

A son retour à Saigon, Tamiral Bonard^ dont la santé avait été fortement ébranlée par les travaux et les soucis de son gouvernement» remit la direction dé la colonie au contre-amiral do la Grandière. Le 30 avril, il fit ses adieux aux officiers réunis dans le salon du gouvernement et leur présenta son remplaçant.

Le i^f mai 18tj3, Tamîral Bonard prit passage sur le paquebot des Messîîgerles Impériales avec le colonel Reboul son chef d etat-majoi', M. Buge lieutenant de vaisseau son aide-de-camp, M Aubaret capitaine de frégate inspecteur des affaires Indigènes et le commandant Tricault, aide de camp du ministre. « Il espérait revenir eu Gochinchine et poursuivre l'achèvement de Tœuvre si considérable qu'il avait entreprise ; mais il ne devait plus revoir la colonie dont il avait été le premier gouverneur. Une maladie aiguë provenant d*un travail excessif, d'uae tension d'esprit continuelle, d'un abus réel des dispositions naturelles les plus rares et les plus brillantes, le conduisit au tombeau en quelques mois. ]> (Vial).

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