‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 27 sur 146 · SITUATION INTÉRIEURE ENVOI D'UNE AMBASSADE ANNAMITE A PARIS · texte numérisé non relu

SITUATION INTÉRIEURE ENVOI D'UNE AMBASSADE ANNAMITE A PARIS

Le traité du 5 juin 1862 était donc définitivement consacré. La cour de Hue l'avait ratifié en grande pompe et, pourtant, elle s'en accommodait moins que jamais. Les manœuvres d'antan furent reprises. Après Gô-Gông, les rebelles avaient bien été dispersés, mais c'est tout; ils n'avaient, en somme, perdu que pende monde. Incités par la cour, aidés aussi, ils se reconstituaient en petits groupes sur la frontière du Binh-Thui)n, dans les régions marécageuses inaccessibles des embouchures du grand fleuve et de la Plaine des Joncs^ dans les provinces de l'Ouest, enfin tout autour de notre colonie.

Au lieu de l'état de paix et de confiance qui aurait dû régner, Famiral de la Grandière, remplaçant intérimaire du gouverneur, se trouva en face d'une position exceptionnellement difficile. Phan- Thanh-Giâng, qui était revenu de Hue avec les légations, avait repris BOSk poste & Viuh-Long, dès le 25 avrils en alleadant qu'où lui remit

la citadelle ; il fit tous ses efforts — au moins en apparence — pour ramener la tranquillité, mais le quân Blnh plus actif, plus redouté des populations que jamais, se jouait de lui et de ses conseils. Suivant une tactique inspirée sans nul doute par la cour elle-même, ce chef de bande sépara sa cause de celle des mandarins; il pouvait ainsi sans danger être désavoué par eux, et Phan-Thanli-Giâng put écrire à l'amiral que ce Binh n'était qu'un imposteur qu'il fallait mettre a mort, oubliant d'indiquer l'essentiel : le moyen de le prendre.

Les rebelles d'une part, le bruit persistant que nous allions rendre à l'Annam les trois provinces cédées de l'autre, enfin la menace de représailles terribles à Févacualion contre ceux qui avaient accepté notre domination, rendaient la population de plus en plus inquiète. Il faut dire aussi que le projet d'envoj d'une ambassade annamite à Paris, exprimé par Tir-Birc lors de l'échange des ratifications, laissait croire à de nouvelles négociations, sinon à une rétrocession intégrale.

Pourtant les clauses du traité s'exécutaient. Le 25 mai, Phan- Thanh-Giâng prit possession de la citadelle de Vînh-Long que le commandant d'Ariès eut la désagréable mission de lui remettre. Ce fut un triomple tant pour le ministre annamite ({ue pour la foule indigène qui déjà prévoyait la réoccupation de toutes les citadelles conquises. Après la prise de possession, le haut mandarin annamite et le commandant français revinrent tous deux à Saigon, où Phan* Thanh-Giang remercia l'amiral de la Grandière et s'embarqua, le 2 juin, sur YEcho pour se rendre à Iluè prendre les ordres de son souverain.

Le 15 juin 1863, arriva de Hué l'ancien tong doc de Vînh-I/)ng, Tru-ang-Vàn-Huyèn, qui rejoignait son poste où il fut moins désiré que jamais. Pour les indigènes^ le contraste était trop violent entre le gouvernement paternel, honnête de Phan-Thanh-Giang qui venait de quitter et l'administration intéressée, cupide de Huyen des son arrivée.

Les ordres que Phan-Thanh-Giang allaient prendre, ne se rapportaient pas au gouvernement de trois provinces annamites de Basse- Cochinchine, il s'agissait des dernières instructions à l'ambassade que l'empereur d'Anuam et ses ministres voulaient, sans tarder, envoyer en France. La cour désirait ardemment racheter les trois provinces cédées, môme au prix des plus lourds sacrifices (on a parlé de cent millions de francs, somme énorme pour un pays sans véritable organisation financière). En dehors de la raison politique et de la puissante raison économique — la Basse-Cbchinchine étant une sorte de grenier d'abondance devenu indispensable au reste de l'Annam — il y en avait encore une autre, d'ordre privé, qui n'intéressait que Tir-Bù-c et ses proches, mais qui les intéressait au plus haut degré: les tombes de la famille. La mère du souverain était née à G6-Công, sa grand'mère àThù-Birc (province de Gia-fiinh),

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Dans les deux localités, la famille impériale avait des tombes. Sur la question d'honneur pure et simple, s'en greffait ici une bien plus intime, celle du culte des ancêtres. L'Annamite, quoi que soit son rang social, professe pour ses morts un respect immense ; il ne les oublie jamais et reste toute sa vie en communication avec eux ; être forcé d'abandonner les tombes de la famille est pour lui un profond, un irréparable malheur. On comprendra donc aisément que Tir-Bîrc fit d'aussi extraordinaires efforts pour ravoir ce que sa faute et celle de ses ministres — sauf Phan-Thanh-Gîang ^ — lui avaient fait perdre.

L'ambassade comptait un premier ambassadeur Phan-Thanh- Giang, un deuxième ambas.sadeur Pham-Phù-Thira, un ambassadeur adjoint Ngijiy-Khâc-Bân, une nombreuse suite, au total 62 personnes que Tijr-Birc avait toutes fait habiller de neuf. Elle- emportait comme présents 6S ballots ou caisses, un palanquin et 4 parasols, dont 24 ballots pour TEspagne et tout le reste pour la France. L'ambassade emportait encore, comme bagage et provisions destinées à l'alimentation du personnel^ un autre total de 600 caisses ou ballots.

A la fin de juin, VEcho retourna aTourane chercher l'ambassade qui, le 4 juillet 1863, s'embarqua sur le transport V Européen et fit route vers la France. M. Rîeunier, lieutenant de vaisseau, aide de camp du gouverneur, avait été chargé de conduire l'ambassade ; il connaissait les Annamites et leur pays pour avoir fait partie de l'expédiliQn depuis la prise de Tourane. Nous laisserons les ambassadeurs poursuivre leur voyage nous réservant l'exposé des faits relatifs à leur mission lorsqu'ils reviendront à Saigon (18 mars 1864).

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