‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 3 sur 146 · PREMIERS TEMPS · texte numérisé non relu

PREMIERS TEMPS

\jo Tonkin, encore toujours appelé Bàng-Ngoài (voie du dehors^ BâC'Ky (région du Nord) et quelquelbis môme simplemenl, par extension, Bâc-Thành (citadelle du Nord) S doit sou nom actuel - d'origine relativement récente — à l'ancienne appellation de Hanoi francisée Bàng-Kinh (capitale orientale) -. Ce pays est formé de deux parties très différentes d'aspect sinon de richesse : le delta et les montagnes.

La région deltaïque est le résultat de l'apport alluvial du SùngCoi (Meuve Rouge) qui descend des hauteurs du Yun-Nan, ainsi que de cours d'eau moins importants, venus, les mis des massifs montagneux séparant le pays du 0"îing-Si et du Quang-Bùng ; les autres devers la ligne de partage des eaux du Mékong en Ilaut-L-ios. C'est une région agricole par excellence, trop peuplée sans doute à présent, mais qui, dans un lointain passé, devait fortement attirer les tribus montagnardes des hauteui*s circouvoisines.

Evidemment, bien plus réduit qu'aujourd'hui, le dell;j les attirait néanmoins par la fertilité de son sol, par la proximité de la mer, par le dédaleux réseau fluvial, tous deux poissoimeux au possible, capables de leur assurer une profusion de nourriture que la chasse aux fauves, dangereuse, fatigante, aléatoire, était loin de pouvoir leur fournir.

Mais quels étaient donc ces futurs habitants du delta tonkinois et d'où venaient-ils V Nous nous trouvons là en présence d'une question ethnologique que la philologie comparée jointe à l'anthropologie expliqueront peut-être un jour, mais qui. pour le moment, reste à l'état de problème sans solution. L'unique hypothèse que nous osions hasarder, c'est de dire que l'Annamite, malgré les nombreux métissages que sa race a subis (Négroïdes, Chinois, Ciampois, Malais, Cambodgiens, Indiens, Sémites, Européens, etc.,) n'en semble pas moins avoir gardé les traces profondes de son antique appartenance ; c'est un Mongoloïde, au même titre que le Chinois, le Japonais, le Malais, etc.

Du même habitat que ses voisins de Chine, le peuple d'Annam, en quittant les hauts plateaux de l'Asie centrale, n'a pu que descendre

(1) Dans le décret II faisant suite à rarticle 396 du Code annamite, le Tonkin est appelé Buc-Thành, Piiilastre pense que c'est une ancienne appeUation i|ui doit se rapporter à la ville de Hac-Niiih, autrefois capitale du Tonkin, avant le transfert de la cour à Hâ-Nôi.

(2) Hanoï s'appelle actuellenieni encore Bac-Thành (citadelle du Nord) et, en langue vulgaire, Ke-Cht^ (le marché).

vers les confins pélagiques . Il a dû suivre, lentement ou rapidement, mais inévitablement, le chemin de la vallée, la seule route qui lui fût ouverte. Sûrement, il a pu se voir retarder dans sa marclie, refouler peut-être ; il a même pu, lorsque les circonstances l'ont imposé et que les conditions orogéniques l'ont permis, il a pu, disons-nous, francliir un col et prendre une autre voie. Mais ça toujours été l'inéluctable chemin de la vallée qu'il suivait et que les migrations des peuples anciens étaient toutes obligées de suivre ; soit qu'elles descendissent des montagnes pour se rendre inconsciemment vers l'océan, soit que, déviées par la mer infranchissable, dont elles suivaient les côtes, elles remontassent à nouveau lefleuve vers son origine. Les forêts inextricables des pentes, les déserts arides, les marécages pestilentiels des pays plats, en un mot, la nature le voulait ainsi.

Au plus loin que l'histoire nous permette d'examiner la race annamite, c'est-à-dire à vingt-cinq siècles avant notre ère, nous voyons que dans les montagnes du Sud de la Chine, soit dans la région formée par le haut pays du Toukin, le Yun-Nan méridional, le Midi du Quâng-Si et le Sud-Ouest du Quâng-Bông actuels, vivaient des tribus barbares que les gens du peuple appelaient Giao-Chu mais que les ouvrages appellent getisdupaysde G/ao-C/iî (voir plus loin).

Il convient de nous arrêter un moment à cette expression que les auteurs européens nous semblent avoir mal interprétée- D'après eux, giao-chî veut dire doigts écartés, giao signifiant nniry reliei* (éveille aussi l'idée de symétrie), landis que chî indique le doigt^ Vorieil, L'expression entière, giaœclû aurait pour signification que les deux gros orteils se regardent, c'est-à-dire sont opposés l'un à l'autre. L'opinion des susdits auteurs se fortifiait encore de ce qu'on rencontre parfois des individus présentant cette difformité.

Existait-il, à l'origine, quelque tribu possédant ce signe Cîiractéristlque que les croisements, l'éducation, l'inHuencc du pays auraient ftn't disparaître et qui ne se révèle, de temps à autre, que par un lenace retour d'atavisme?

C'est possible, mais ce n'est nullement démontré. Kn tous cas, l'expression giao-chî ne se rattache pas à un semblable ordre d'idées. Voici ce que nous écrivait à ce sujet, il y a quelques années, le regretté M. Tru-o-ng-Minh-Ky :

D'après les Annales et l'ouvrage Tien Hàn dia ly chi (Géographie des Hâu antérieurs), Giao-Chî est le nom d'un des districts du Giao-Châu, comme Luc-Hài^ Cini-Chcrn, etc., noms qu'il n'est point permis de traduire littéralement, vu que les anciens Chinois, devenus maîtres du pays, avaient bien gardé la prononciation de ces noms, mais en les écrivant avec des caractères qui rendaient simplement le son, tandis (|ue le sens propre était écarté Ainsi, Lnc-Hài, traduit mot à mot, donne Su-Mers^ or Liic-Hài est actuellement la province de Lang-S<rn. pays montagneux par excellence.

Dans les livres chinois et annamites, Giao-Chî est un nom propre de pays et pas un nom de peuple. Nous disons eu annamite xû Giao-Chl

(xi't =r pays), (lat GiaoChî {âat = terre). I^ caractère giao =r lié d'amitié, faire connaissance arec quelqu'un : quant n chî, il signifie fondation, pied d'un mur. Du n)oins est-ce là le sens des c^-iractêres eniplo>ês dans nos livres d'Iiistuin» pour écrire Giao-Chï, Beaucoup de peiis se sont trompés sur la valeur de ces deux mots. Les caractères chinois seuls donnent la clef de leur signification.

De recherches faites, plus lard, par nous avec M. Tru-o-ng-Minh-Ky, il résulte que, dans tous les ouvrages, le caractère giao est le même; il signifie croiser. Par contre, le caractère chl est donné de trois manières différentes : celle de Cluinli tir thông (vrai caractère comprendre), ou Petit dictionnaire chinois, qm signifie doigt de pied, pied, pas, marcher ; celle du Dai-Nam qiiôc ,s/r (Histoire de CAnnam) dont le sens est base, fondement, emplucnnent, pied d'un mur, d\nie montagne; enfin, celle du Hàiqiiôcâô chi (Géographie historique des Royaumes maritimes) qui, tout en s'écrivant différemment, a le même sens que celle du Bai-Nam quôc sic. Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut rien faire dire de sensé à chacun de ces caractères accolés à f//ao,pas même «orteils écartés», croiser étant tout le contraire d'émrttr.

La seule explication admissible est celle de M. Tnru-ng-Minh-Ky ; à savoir que les caractères employés n'ont qu'uin» valeur purement phonétique et ne sauraient être pris dans leur sens idéographi(|ue.

Enfin citons aussi le passage suivant de la Géographie d4\s Hdn anté rieurs :

Xam plnrmiQ nian. tiic vict GiaoCIn, ihu(}r Giao-Cltâu qu'il faut traduire jiar : l^es har tunes de la rêt/ion du Midi, apprlês par les (jens du peuple Giao- Gin, relhent du Giao-Chàu (cliàu est une division lerriloriale).

Nous [)ensons qu'une mauvaise interprétation des caractères par les premiers Kuropéens i\m ont traité la question, combinée avec la prés?n«*e d'individus aux gros orteils écartés, a fait naître un regrettable quipro(|uo.

Comme documents certains, les annalistes chinois, pas plus (jue les Annamites, n'ont rien à olfrir de sérieux sur les premiers temps de leur histoire. Le plus ancien monument écrit qui précise les faits est le Thxr Kinh (Chou King des Chinois), livre rédigé par Confucius (iV'près des restes d'anciens mémoires hiMori(|ues ; il débnt(i par le règne de l'empereur Yao (Nghiéu des Annamites), c'est-à-dire 2:557 ans avant notre ère. Cette date elle-même n(; laisse pas que d'être fort sujette à caution comme âge reculé, ce qui n'empêche les hii-toi'iens chinois de parler des tem[)s antérieurs et de faire remonter la chronologie de leurs souverains à des trois ou cpiatre mille ans avant Jésus-Christ et même davantage encore.

In des plus anciens historiens de TAnnam, sinon le plus ancien, Ng(>-ïhi-ST, vent ([ue lorscpie lluynh-Be ' (5fi97>2ryj7J constitua

(1) Huijn/i s'écrit aussi Iloàny en annamite et veut dire jaune. Le mot hoàng répond à deux caractères dont l'un signifie jaw/zf^ et l'autre empc-

Pempire de Chine, il prit pour limite sud-ouest Giao-Cliî, pays très au-delà du territoire occupé parles k ceut Inmilles 0 (les Chinois) K Environ trois siècles pliistaixJ, Teuipereur Ngliièu (:2J57-4:255), que le Chou King(Tha Kinh) nomme Yao, ordonne à son ministre lli- Chu de se rendre au pays de Nam-Kim, c'est-à-dii'e Nam-Giao, ou le Giao du Midi - (par ra[)port au Yang-Tsê-Kiang), pour y faire des observations astronomiques. Il ordonna aussi à la famille Hi d'aller demeurer en Nam-Giao et de lixer la terre de Giac-Chi comme limite sud de l'empire.

Les débuts de l'histoire des gens de Giao-Chî sont, comme ceux de toutes les nations de Tantiquité, entourés du cortège de légendes que l'imagination des peuples enfants crée si naturellement et que la critique des peuples modernes a pour sévère mission de détruire. Détruisant, du même coup^ la poétique image, œuvre d'esprits naïfs et ignorants, pour nous jeter à la face de brutales, de grossières vérités sur nos origines. Mais telles vérités ne doivent pas nécessairement étouffer notre besoin d'idéal et ne nous laisser, avec Tétude de la matière, qu'un abîme de désespérance. Oh ! non, cette crilique que la science nous autorise à faire, doit, au contraire, forlilier nos Ames, les élever vers plus haut, toujours plus haut.

Mais revenons* à notre histoire; nous ne suivrons pas les annalistes annamites â travers des récils que la plupart ont acceptés l'esprit

reur, grande beau, bnllant. Le mot de veut égalenieut dire empereur (|uoiqu'il donne la prononciation de douze caractères dilï'c^renLs. Ainsi Hni/nh- Bê=:empereur jaune parce que, disent les annales, cet empereur régna par la vertu de la Terre (qui est jaune).

Hu5'nli-M, dont le surnom était Hiru-Hùng-Thi, lut le premier législateur chiuois. <r Son ministre Tay-Naô (Thâi-Nién) composa le fameux cycle cliiuois de 60 ans. Un autre (Dung-Thành) s'occupa d'astronomie et lit une sphère générale. Un autre du nom de Lîn-Lén (Linh-Luàn) régla les cinq tons musicaux, fit des instruments, régla les rites. L'impératrice (Luy-To) élevait des vers à soie. Les sciences et les arts furent presque tous trouvés sous son régne : armes, arc, lUets, chars, poids et mesures, cloches. » (Paul Perny).

(1) D'après le l^fln^-.Ho (ouvrage d'histoire), sous l'empereur //«aw^^-Ti (Ihiynh-D^des Annamites), la limite Sud de la Chine était le Kiang (voir Ij's livres sacrés de (^Orient, par G. Pauthier, pages 42-43).

(i) Les annales chinoises et annamites se servent encore d'autres noms pour désigner ce pays, ayant tous, à peu prés, le môme sens. Les voici tl'aprés le P. Legrand de LaLiraye:

En annamite. En chinois.

Nam-Viêt (Midi à [)asser) • Nan-Vue.

Vic)t-Nam (au-delà du Midi) Yne-Nan .

Viét-Thmrng (au-delà de la partie inférieure) - . . . Yue-Ghang.

Nhat-Nam (soleil du '!Midi) Yi-Nan .

Giao-Nam (Midi de Giao) Kiao-Nan.

Nam-ChiSu (Midi incliné) Nam-Chau.

(qui est le Yuu-Nau actuel appelé Vàn-Naai par les Annamites).

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fermé. Jusque près de trois siècles avaot Jésus-Christ, le fabuleux est si bien amalgamé au réel qu'il est à peu près impossible d'en exlraire la vérité historique. Nous serons donc très bref.

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