‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 30 sur 146 · SITUATION INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

SITUATION INTÉRIEURE

A son retour du Cambodge, l'amiral de la Grandière dut s'appliquer à calmer les inquiétudes de la population que les troubles dus aux insurgés, la dure répression qui suivit et les bruits d'une rclrocession, avaient beaucoup découragée. La mise en culture des terres était très inférieure aux années précédentes, bien des récoltes avaient été détruites et l'exportation des riz continuait. Toutes ces raisons qui pouvaient faire craindre la disette, habileiiient exploitées par nos eimemis, entretenaient de sombres appréhensions, la crainte pour l'avenir.

A la fin d'août 1863, l'amiral fit interdire l'exportation des riz, remède plus moral qu'eflectif, car à cette époque de l'année, les exportiUions se trouvaient à peu près terminées, tandis que l'interdiction fut levée le I" janvier 1864, soit avec l'apparition de la nouvelle récolte. Le gouverneur Ht distribuer aussi quelques secours d'argent aux populations éprouvées, ainsi que des avances aux villages. Ces mesures ramenèrent la confiance, et la période de crise, aggravée par une sécheresse exceptionnelle, ne se fit pas trop sentir.

(1) Rappelons quel(|ues faits. Sous la menace des Etats-Unis, la France évacuait le Mexique en mars 1867. Elle sortit de cette lutte stérile épuisée. Neuf mois auparavant, du coup de foudre de Sadowa, naissait l'unité allemande. L'Angleterre prenait ombrage de notre extension maritime et coloniale. Pouvait-on en une conjoncture pareille risquer le sacrifice de la paix, qui nous était si nécessaire, pour un lambeau de territoire cam^ bodgien ?

Il fallut nussi restreindre les dépenses qui allaient bon train. Les chefs de service ne parlaient que de faire grand et beau à l'heure où la Franœ, engagée au Mexique, n'entendait accorder que de trop faibles subsides.

Quant au gouvernement de Flué, il poursuivait toujours avec un égal aveuglement son but de rendre la Cochinchine inoccupable aux Franç^iis, excitant les gens à la piraterie, à la défection, aux. désordres. Il faut reconnaître pourtant qu'il réussissait moins bien qu'autrefois. Le cultivateur annamite,* très attaché a sou champ, s'était fait à notre domination dont il appréciait le côté bienfaisant.

I^e quan bjnh n'en continuait pas moins son action subversive et, cherchant a renouveler la manœuvre de Gô-Công, il s'était établi à Ly-Nho-n (non loin de l'embouchure du Soirap), au milieu d'un terrain inondé, couvert d'épaisses forêts de palétuvier. Le 25 septembre, il fut cerné dans son camp parles lieutenants de vaisseau Gougeard et Béhic. Il faillit être enlevé, un mata le tenait déjà par l'épaule, lorsqu'il le renversa et disparut dans le fourré. Sa femme, par contre, fut prise et quelques-uns de ses compagnons aussi. Les papiers de fi|nh firent connaître le nom du fournisseur chinois de Phnn-Ri (Binh-ThuAn) qui approvisionnait les rebelles en armes et munitions. On demanda dos explications h Une, personne ne voulut connaître ce Chinois.

Plusieurs bandes se montrèrent à la même époque aux alentours de Bién-Hoîi, TAn-An, My-Tho, Can-GinOc et môme Chçr-Lan, mais les habitants, las de leurs exactions, livrèrent un certain nombre de chefs. N'osant plus tenir dans les territoires occupés, toute celte écume de la population annamite se réfugia au centre des forêts du Binh-Thu;\n. où elle tAcha de se réorganiser.

Le 28 novembre 186."$, l'amiral de la Grandière fut titularisé dans ses fonctions de gouverneur auxquelles l'aminit Bonard, épuisé par ses travaux et ses campagnes, avait dû définitivement renoncer.

Malgré tout, les inquiétudes ne disparaissîiienl pas entièrement et la cour de Ilue, après avoir toléré que les rebelles s'établissent sur la frontière du Binh-ThuAn, s'efl^orçait d'entretenir l'incertitude, propageant de son mieux f idée du départ prochain des Français. Le quan bô de Vînh-Long alla jusqu'à demander au gouverneur de faire porter le courrier a Hue par des jonques annamites armées en guerre qui devaient, de la sorte, traverser notre territoire. Va refus catégorique fut opposé à cette prétention, pour le moins inutile, puisque le courrier de Vînh-Long était porté par la poste française jusqu'à Bà-Ria où, suivant une convention antérieure, les Annamites entretenaient un poste de tram de quarante hommes.

.Vers la fin de janvier 1864, une mauvaise nouvelle, bientôt démentie, était venue accroître les appréhensions de tous. Le bruit circulait que le navire qui ramenait les ambassadeurs annamites 'était perdu corps et biens. On pense quelles difficultés une catas-

tropbe pareille aurait fait naître. Les agitateurs se remuaient beaucoup autour de celte affaire. Us devinrent audacieux, se réunissant jusquesà Phù-Lam et Bà-IIom, aux environs de Ch(.r-L(rn. On parvint à en saisir quelques-uns ; ils allèrent rejoindre les prisonniers faits à Gô-Công et dont oh commençait à être très embarrassé. L'amiral obtînt Tautorisalion de les envoyer à la Réunion, éloignant ainsi du pays des individus dangereux à notre domination et leur permettant,

f du m^me coup, d'apprendre à connaître notre langue, nos qualités

f et notre puissance.

* C'est au commencement de 1 864 que remonte aussi l'établissement

^ du premier budget de la colonie qui, elle, était alors divisée en

sept commandements, ou cercles : Bà-Rja, Bièn-Hoà, Can-Giu()c, My-Tho, Saigon-Chor-Lô-n, Tàn-An-Gô-Công et Tày-Ninh. L'impôt de ces divers cercles, plus les produits de l'opium, des jeux, des patentes, etc., s'élevait à la somme de trois millions de francs.

Un décret du 10 janvier 1803, rendu sur la proposition du ministre de la marine, venait de définir les attributions du gouverneur de la Cochinchine, qui eut la plus grande latitude dans faccomplissement de sa mission. Le corps des inspecicurs commençait à faire sentir ses effets. Chacun d'oux était assisté d'un secrétaire européen, d'un ou de deux interprètes et de deux ou trois Icllrés. Les écritures étaient tenues en chinois et en français.

Les travaux des inspecteurs quoiqu'ils fussent exécutés sommairement quant à la forme, étaient très considérables et très variés. 11 est probable que jamais administration européenne ne fit autant de besogne en moins de temps et à aussi peu de frais.

En leur traçant une règle de conduite uniforme, résumant tous les règlements antérieurs par des instructions générales datées du 25 juin, qui furent publiées au Bulletin officiel de juillet 1864, Tamiral jeta les bases définitives de cette organisation administrative à laquelle la Cochinchine française est redevable de ses meilleurs progrès. (Vial).

^ • Notons encore que des travaux considérables se faisaient a Saigon-

Ch<;r-Lô*n en dépit des ressources limitées : rues et quais avec deux rangées d'arbres, prison, ponts et canaux, etc.

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