SOULÈVEMENT DU PU-KAMBÔ
Celte nouvelle prise d'armes qui dura plus de dix-huit mois, s'étendant également sur la lîasse-Cochinchine et le Cambodge, fut, sans contredit, la plus formidable à laquelle nous ayons eu à faire face ; non point qu'elle ait, plus ((ue les précédentes, menacé notre domination, mais parce que, momenlanémenl, elle nous a plus paralysé que les aulres et, aussi, qu'elle nous a été infiuimenl plus meurtrière. L'armement des rebelles avait changé; déjà dans les opérations de la Plaine des Joncs, et même avant, les fusils à pierre avaient été remplacés par des fusils à percussion, qui eussent pu nous faire encore plus de mal qu'ils n'en ont fait, si l'entretien et la qualité des capsules avaient été plus soignés *.
Avant d'exposer les diverses phases du soulèvement, il est utile de présenter succinctement les trois personnages qui y ont rempli les premiers rôles.
En tète, vient Pù-Kambô, ou Po-Kàmbor, bonze cambodgien qui se prétendait fils du roi Néâc-ông-Chàn et frère aîné de An-Duong, père et prédécesseur de Xorodom. Dans une lettre à M. Vignes, inspecteur de Saigon, datée du 2 mai 1865 et publiée le 5 octobre 1866 au Journal officiel, Pù-Kambù expliquait son origine et ses droits (fortement en contradiction avec ce que Ton savait de l'histoire du Cambodge). L'amiral Roze le fit venir à Saigon, lui fournit des moyens d'existence, l'engageant à vivre en paix sous notre protection sans chercher à troubler le Cambodge. Pù-Kambù se soumit'ena[)parence et vécut tranquille à Saigon.
Un "autre personnage était Phra-Keo-Phn, frère |)uiné du roi Norodom. Il habitait Ban^^kok et, en juillet 1805, avait pris passage sur la Mitraille, se rendaïit à Saigon, où il demanda à vivre sous la protection des lM*ançais. Phra-Kiîo-Pha lut icçu avec honneur [)ar l'amiral qui le logea aux frais du gouvernement. Homme énergi(iue
(I) Via! rapporte (lu'aprês son îirit\Nlalion, W dôsrrtt'ur fraiirais Liii}:uet répondit à d(»s soldais (|ui le raillaient du peu (renicacitê du (eu des insurgés à Bôn-Tâ : « J'en aarais «lescendu davanta^je si j'avais eu de meilleures capsules. » Et Via) ajoute, ce fut le seul rejrret tprexprima cet esprit borné.
et capable, il était redouté de son frëre qui, pour le tenir éloigné du Cambodge, consentit à lui servir une pension à Saigon.
Enfin, un troisième se reconnaissait des droits au trône du Can?bodge. C'était un nommé Ai-Xoa, fils d'un Chinois et d'une Cambod* gienne,qui, posté dans les montagnes, vers la frontière de la province annamiled*Ân-Giang, faisaitdes incursions auCambodge et, poursuivi, allait se réfugier en territoire annamite, où la connivence des man* darins lui assurait l'impunité. Lui aussi demanda au gouverneur, en décembre 1865, un sauf-conduit pour venir à Saigon exposer ses droits au trône du Cambodge. L'amiral de la Grandière refusa net, estimant *sfms doute qu'il avait déjà assez de prétendants à Saigon et que A-Xoa abuserait certainement de la permission pour se rendre au Cambodge.
Durant les premiers mois de 1866, le Cambodge était en paix. A Saigon, Phra-Keo-Pha et Pù-Kambô se tenaient tranquilles. H est vrai que ce dernier avait reçu quelques secours en argent d'une colonie cambodgienne établie sur notre territoire (au nord de Tày-Ninh) depuis la mort de An-Duong. Ces gens — deux mille environ — étaient hostiles à Norodom, mais vivaient paisibles sous notre protection, aussi ne s'était-on pas inquiété de leur envoi d'argent à Pû- Kâmbô. L'on ne fut mis en éveil que lorsque, dans les premiers jours de mai, celui-ci quitta subitement Saigon, fuyant vers le Nord. On fil des recherches et l'on apprit que Pù-KSmbô, à la tête d'une centaine d'individus, parcourait le pays annonçant qu'il voulait revendiquer par les armes le trône du Cambodge.
Cela ne paraissait guère sérieux et l'on ne s'imaginait point qu'il osât tenir la campagne. Mais voilà que, brusquement, une masse de Cambodgiens, Chamset Annamites prennent les armes, le prétendant A-Xoa en fait partie, et Ton arrive, très naturellement, à se demander sitoulcemouvemnilnc s'est pasfailàfinsligationde la cour de Hué.
Le 7 juin an matin, une cohue de quelque deux mille individus en armes, di'apcîuix blancs au vent, s avancèrent vers le fort de Tày- Ninh. L'inspecteur des affaires indigènes, capitaine de Larclauze, croyant pouvoir les ramener à la raison, alla au-devant d'eux avec une escorte de vingt hommes. A portée du rassemblement, il s'avança seul pour parler, mais fut aussitôt entouré et attaqué. Il eut encore le temps de tirer un coup de carabine et tomba mortellement frappé d'une balle. Le sous-lieutenant Lesage, qui commandait Tescorle, accourut au secours, il fut tué lui aussi avec neuf de ses hommes. Le reste des Français se dégagea péuiblenienl et se replia vers le fort, d'où une autre troupe de vingt hommes avec le capitaine Piuaud descendit au pas de course et parvint à contenir les agresseurs. Trop faible pour tenir la campagne, la petite garnison en fut réduite à défendre le fort; elle put néanmoins avertir télégraphiquement Saigon^ car les rebelles ne songèrent à couper la ligne que dans l'après-midi.
Un navire avec des renforts commandés par le lîenlenant-colonel Marchâisse partit sur fe champ de Saigon, tandis que le capitaine Frémiet, inspecleur à Trâng-Bàng, se mettait immédiatement en marche avec un détachement de 40 hommes qui arriva, sans encombre, vers neuf heures du soir à Tày-Ninh.
Dès son arrivée, le colonel Marchâisse fit fouiller sans succès les environs du fort. Le 14 juin, il sortit de nouveau avec 150 hommes et deux pièces de canon. Cette fois il rencontra l'ennemi qu'on lui avait signalé. Vers 3 heures de l'après-midi, il trouva les Cambodgiens postés derrière le rach Vlnh aux abords très marécageux ; il ordonna Tattaque. La colonne se trouva rapidement engagée en plein marécage dans une lutte disproportionnée, le colonel Marchâisse et treize hommes furent lues. A 5 heures, il fallut se replier et ce n'est que grâce au feu des deux pièces d'artillerie que le capitaine Pournier parvint à contenir l'ennemi — qui eut beaucoup de tués — et à ramener la colonne, malheureusement il dut abandonner les morts. Les Cambodgiens les dépouillèrent aussitôt et lorsque, deux ou trois jours après, on put revenir sur les lieux, les cadavres, entamés par W fauves, les corbeaux et les vautours, de plus fortement décomposés, étaient devenus méconnaissables. Une partie des restes fut descendue dans un puits que l'on combla, une autre fut mise dans une grande caisse de bois et enterrée K La tète du lieutenant-colonel Marchâisse fut retrouvée au pied d'un arbre, mais on ne découvrit ou ne reconnut point son corps — du moins est-ce l'affirmation des anciens du pays ^. Un autre et bien triste détail à noter, le colonel Marchâisse était tout nouvellement marié et sa jeune femme l'avait accompagné à TAy-Ninh !
A la suile de cette malheureuse affaireja garni&on de Ti\y-Ninh fut portée à 500 hommes commandés par le chef de bataillon Alleyron ; celle de Trâng-Bàng fut renforcée et des navires durent stationner dans le Vaïco oriental. Mais ce déplacement de troupes avait dégarni Saigon, où déjà des émissaires de l'insurrection circulaient prépa-
(\) Les soldats tombés le 7 juin, furent enterrés au cimetière de Tày- Ninb. La tête du colonel Marchâisse y Tut également inhumée. Les corps du capitaine de Larclauze et du sous-lieutenant Lesage ont été ramenés en France.
En juin 1905, des recherches exécutées sous la direction du MM. Pech, admini^:trateur de TAy-iNinh, et Collin, capitaine d'infanterie coloniale, à qui revient l'initiative, ont fait retrouver une caisse de 3 mètres de long sur 1ni50 de large contenant des ossements de j)lusieurs personnes avec quelques débris de chaussures. Ces ossements furent inhumés au cimetière de Tày-Ninh, le 16 juin 1905. Une colonne brisée a été élevée sur la nouvelle tombe en mémoire des soldats morts au champ d'honneur les 7 et 14 juin 1866.
(2) Le Courrin de Saigon écrit d'autre part : < Le 20 juin 1866, le corps du colonel Marchâisse a été inhumé à Tày-Ninh eu présence de toute la gamisou. >
rant une attaque. On prît des mesures pour conjurer le danger, la garnison fut complétée au moyeu des compagnies de débarquement des navires en rivière, et le capitaine de vaisseau Lejeune eut le commandement militaire de la ville. L'Arroyo Chinois fut gardé par des embarcations armées et des postes de miliciens choisis. Chçr^ Lan reçut une garnison de 300 hommes. Toutes ces dispositions n'avaient pas été de trop, ainsi (ju'on le sut plus tard par la correspondance prise aux insurgés.
Quelques chefs annamites, entre autres le fils du quân B{nh, Tru-ong-Flué, plus connu sous les noms de Ilai-Quyêu et Thl-Quyen, firent cause commune avec Pu-Kambô, dès les premiei^s jours. Plusieurs déserteurs Tagals et la masse des vagabonds du pays s'étaient également joints au?l rebelles.
En raison des mesures prises à Saigon, les Annamites n'osèrent point attaquer la ville, mais pour aider les Cambodgiens, ils tirent une diversion sur ThuOn-Kieu. Le !24 juin à A heures du matin, ils escaladèrent les parapets du fort. Un seul faclionnaire veillait qui cria « aux armes ! » et (il feu alors que Tennemi était déjà sur la plongée. La garnison, composée de cinquante soldats indigènes et de seize spahis, répartie dans des cases de cinq hommes eut bien de la peine à se défendre et à se rallier dans un angle du fort, tandis que les agresseurs — fort heureusement pour la troupe — s'étaient mis à piller les logements et le magasin. Des décharges successives abattirent bien des rebelles, mais les munitions allaient manquer et, au jour, la garnison dut charger à la baïonnette ; elle parvint ainsi à rejeter les rebelles hors de l'enceinte. Les cavaliers purent reprendre Içurs chevaux, ils dispersèrent au galop la foule des rebelles. Dans cette attaque, la garnison eut deux tués et sept blessés.
Pendant l'escalade du fort de ThuAn-Kieu, une autre bande d'insurgés s'en prit au marché de llôc-Môn, à trois kilomètres de là ; mais le phû Ca s'y maintint avec ses miliciens ; il fut dégagé par le chef de canton de Go-VÂp qui, au bruit de la fusillade, s'était porté avec quelques hommes sur les derrières de l'ennemi et fit plusieurs prisonniers qu'il conduisit à Saigon.
Une autre attâipie devait avoir lieu le même jour sur Trang-Bàng, mais les rebelles, trouvant le fort bien gardé, ne firent que tirer quelques coups de pierrier sur le village. Le lendemain, le lieutenant Kymard, inspecteur des aflaires indigènes, marcha contre eux avec les miliciens et les habitants. Les insurgés durent s'éloigner.
Toutes ces bandes annamites semblaient s'être formées, sinon recrutées dans le Cau-An-lIa, région niaréc4ig(îuse comprise entre Trâng-Bàng et leVaïco oriental où, de tout temps, des pirates et des rebelles avaient trouvé refuge. Il était à craindre qu'il ne s'y format un centre de rébellion comme ceux de Gô-Cùng et de Thap- Mu'cri. L'amiral fit sillonner la région par des détachements formés de toutes les troupes disponibles. C'est aiiisi que, le 27 juin, partait
de Thu^n-Kieu une colorne de 200 Français, 100 miliciens et deux pièces de campagne, dirigée par le chef d'escadron d'artillerie Roches ; elle prit possession de la chaussée qui traverse le canton^ malgré la résistance des rebelles. Une autre colonne de 50 marins commandée par le lieutenant de vaisseau Rémiot-Lerebours, venant en sens opposé, débarqua sur la rive gauche du Vaïco oriental, dispersa les rebelles, leur prenant une pièce de canon, et parcourut la ré^on durant quatre jours. Les rebelles annamites, sauf Tru'ang-IIué, se voyant ainsi traqués, remontèrent vers le Nord pour se joindre aux Cambodgiens. Quelques groupes avaient bien essayé de fuir vers le Sud, mais ils furent dispersés.
Le 2 juillet, le commandant Alleyron, sortant de Tày-Ninh avec toutes ses forces, fut attaqué par les bandes de Pù-Kambô dans une clairière où il venait de faire halte. Les soldats, se formant très vite, reçurent les assaillants paf un feu bien nourri, tandis qu'un peloton de vingt-cinq cavaliers, commandés par le lieutenant Béchade, se mil à les charger. Les Cambodgiens s'enfuirent en désordre laissant une soixantaine de morts sur le terrain. La colonne eut quatre blessés. En revenant à Tày-Ninh, le lendemain, elle dispersa encore une bande de 300 Annamites. Malheureusement, dans la nuit, des pillards vinrent mettre le feu aux paillotlcs du marché.
Le 11 juillet, le commandant Alleyron fit une nouvelle sortie et, le 13, il délogea les Cambodgiens d'ouvrages fortifiés qu'ils avaient établis à Ba-Vang.
Lel2 juillet 1866, le transport la 5ar//i€ emmenait 112 prisonniers annamites qui avaient pris part à l'insurrection. Le même navire conduisait aussi douze garçons annamites destinés au collège de La Seyne. C!étaient des enfants de bonne famille qui devaient passer deux ans k étudier en France, puis revenir en Cochinchine.
La déportation des insurgés annamites pris et la poursuite incesstuite de ceux qui tenaient la campîjgne avaient amené les bandes à passer sur le territoire cambodgien, ce qui remplaça un inconvénient par un autre, les troubles portés au Cambodge menaçant de compromettre le ravitaillement de la colonie en viande de boucherie. Les troupes, à elles seules, consommaient 500 bœufs par mois qui, la plupart, venaient du haut pays. L'amiral de la Grandière défendit temporairement l'exportation du bétail.
Entre-temps, les mandarins des provinces de l'Ouest, loin de nous aider dans la répression des troubles ou d'observer seulement la neutralité, donnaient asile aux chefs annamites et fermaient les yeux sur le mouvement des barques qui tentaient d'approvisionner les rebelles. Phan-Thanh-Giâng ne voyait pas sans appréhension l'immense responsabilité qui s'accumulait sur sa tète, tout comme sur l'entier gouvernement annamite. Le 14 juillet, il vint à Saigon soidisant pour négocier un projet de traité de commerce, ce qui n'eut aucuue suite et démontra simplement le besoin de la cour de Hue
d*ëtre renseignée sur nos intention^. Klle n'avait ni désarmé ni donné Tordre aux rebelles de rentrer dans leurs foyers, et la meilleure preuve, c'est que, le 3 août, le fils du quàn Binh, Tru-o-ng-IIuè, faillit être enlevé à Bén-Liïc même par le chef de quartier de Chçr-Lô'n, Bo-Flfru-Phu-o-ng, aidé du long Bo-Kièug-Phu-ô-c de Binh-Bien. Ils lui enlevèrent audacieusement tous ses bagages qui contenaient des papiers importants.
I.es réclamations persistantes de l'amiral auprès du gouvernement annamite provoquèrent néanmoins uii semblant de satisfaction : le changement du long doc de Châu-Doc et, le 19 août, la remise de A-Xoa, le prétondant cambodj^ien. Les mandarins aiujamiles, après avoir protégé ce dernier, venaient de le faire arrêter le blessant Iraitreusement de deux coups de feu aux reins.
Cette remise ne fil, au reste, que le jeu de Pù-Kambô qui, débarrassé d'un rival^ put opérer à son aise au Cambodge. Ses partisans étaient nombreux, tandis que la masse des cultivateurs cambodgiens restait indifférente et que Norodom n'avait pour lui qu'un petit nombre de mandarins et quelques chefs de village, dont presque Sous l'eussent abandonné en cas de malheur. Si-Valtha, le troisième frère de Norodom était à redouter aussi ; il se trouvait à Bangkok et y fut retenu par le roi de Siam qui craignait d'encourir riuimitié de la France.
Norodom, livré aux plaisirs, courageux mais apathique, trompé par son entourage, ne fit que peu d'efforts pour combattre Pù-Kambô. Les troupes royales, mal armées et mal conduites, eurent pourtant quelques succès de début; mais, le 18 août 1866, dans un nouvel engagement, le knUahom, qui commandait, fut tué d'un coup de feu ,et, aussitôt, ses hommes se débandèrent. Des secours furent demandés à la Cochinchine; elle ne pouvait les refuser, le Cambodge étant sous le protectorat de la France.
Une première diversion fut faite par le commandant Alleyron, du côté de Gô-Xoài (en face de Trâng-Bàng); sa colonne était précédée de 1 .800 Cambodgiens réunis par le frère du kràlahom, le phû Sôc. On parvint momentanément à enrayer les progrès du prétendant au Cambodge.
Vers cette époque, le quân Là, un des,plus anciens et plus importants chefs de l'insurrection annamite fit s;i soumission (*21 septembre 1866) et obtint l'autorisation de vivre librement dans son village en considération de son grand âge et de sa modération durant la guerre. D'antre part, on apprit que le thién hô Du-ong venait de se noyer du côté du c^ip Padaran, où il s était trouvé engagé avec trois bateaux contre d'antres jonques pirates qui lui coulèrent deux de ses barques.
Le 25 octobre, les partisiuis de Norodom furent de nouveau mis en pleine déroute et la province de Baphnôm réoccupée par Pù- K^mbô. Cette guen*e s'éternisait ainsi. Les soldats français, ayant
besoin d'un grand convoi pour vivre, étaient incapables d'en finir avec un ennemi insaisissable, toujours Tuyant à leur approche, et pourtant toujours en éveil, prêt à harceler les colonnes. Sa mobilité était d'autant plus grande qu'il trouvait de quoi se sustenter en tous lieux, et que ses approvisionnements d'armes, de munitions, lui étaient assurés par les trois provinces annamites de l'Ouest.
Tout le mois de novembre se passa en marches et contremarches infructueuses en un pays malsain où la fièvre et la dysenterie fauchaient impitoyablement nos soldats. Phnom-Penh — le roi Norodom venait d'y établir sa résidence — était menacé par les insurgés. L'amiral y envoya 250 hommes sous les ordres du chef de bataillon Brière de risle. 1^ 17 décembre, Pù-Kambô se présenta devant Oudong; déjà il avait pénétré dans le palais, lorsqu'il fut repoussé par le commandant Brière de Tlsle. Le 18 décembre, le colonel Reboul se rendit également à Phnom-Penh que l'on présumait devoir être le but des efforts de l'ennemi. Et, en effet, divers engagements eurent lieu entre cette ville et Oudong. En janvier 1867, il fallut opérer de nouveau du côté deBaphnôm . Le 7 janvier, Pù-Kâmbô subit un échec entre Phnom-Penh et Oudong. Le colonel Reboul se mita sa poursuite manœuvrant de manière à le pousser sur un détachement de soldats et de miliciens (commandant Domange) qui lui fit bien du mal. Après avoir perdu beaucoup de monde dans ces affaires, le prétendant se rejeta brusquement vers le Sud, entre les deux Vaïcos, refoulant les (Cambodgiens du phû Sôc.
Il nous faut signaler aussi, dans ces mêmes premiers jours de janvier, l'attaque de la chrétienté de Méâl-Kràsji (prov. de Lovéa-Em). Dès qu'il connut la marche des rebelles, « le P. Barreau fit prévenir le résident de Phnom-Penh qui envoya aussitôt une canonnière pour soustraire le Père au danger en le ramenant à la capitale. Malheureusement, cette canonnière ne pouvait transporter les familles chrétiennes. C'est pourquoi, malgré les plus vives instances, le missionnaire refusa d'abandonner ses néophytes, et le 9 janvier 1867, il fut massacré au pied de l'autel. » (P. Guerlach).
En somme, la situation ne changeait pas. Pù-Kambô continuait à tenir la campagne, et, à la cour même de Norodom, les mandarins, guidés par des intérêts et des sentiments très divers, allaient jusqu'à discuter la déchéance du roi et son remplacement par Phra-Keo-Pha.