‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 42 sur 146 · OCCUPATION DES TROIS PROVINCES OCCIDENTALES · texte numérisé non relu

OCCUPATION DES TROIS PROVINCES OCCIDENTALES

Avec le soulèvement de Pù-Kambô était revenu un certain découragement parmi les Annamites attachés à la cause française. Toutes ces opérations militaires, qui nous rendaient si pénible l'occupation de notre territoire, leur faisaient appréhender l'abandon définitif du pays par la France. Les mandarins — et aussi une partie des popu-

lalîons — de l'Ouest, qui prêtaient un concourâ presque ouvert aux insurgés, entretenaient assidùnjent nos partisans dans cet état d'esprit. Il devenait évident que la colonie n'obtiendrait de tranquillité que du jour où Ton aurait occupé les trois provinces occidentales, du jour où Ton aurait chassé de la Basse-Cochinchine celte ligue de fonctionnaires malfaisants et de mauvaise foi qui, croyant défendre TAnnam, le conduisaient, dans leur orgueil et leur ignorance, à sa perte irrémédiable,

A Hué même, bonzes et mandarins conspiraient contre Ty-birc, qu'ils ne trouvaient pas assez anti-étranger. Ils voulaient Jui substituer le fils de son frère aîné, de ce Iloàug-Bào mort en prison « par son ordre >. Le 16 septembre 1866, ils mirent leur projet à exécution. Tir- Uù-c faisait construire, à cette époque, son tombeau, tout près de la capitale ; il y employait trois mille ouvriers et manœuvres tous requis, mal rétribués et fort mécontents du travail peu utile qu'on leur faisait accomplir. Les principaux conjurés, et parmi eux l'instigateur du complot, le chef des bonzes, se rendirent auprès des travailleurs, les prévenant que le souverain était détrôné ; ils les entraînèrent à leur suite pour aller acclamer le nouvel empereur. La foule arriva au moment où s'ouvraient les portes de la ville, elle envahit le palais ; les conjurés^ qui dirigeaient le mouvement, se portèrent vers l'appartement de Tg--Birc ; un mandarin fidèle, défendant la porte armé d'un sabre, donna le temps à quelques serviteurs dévoués de venir au secours de l'empereur. Le mandarin fut grièvement blessé^ mais il sauva la vie et le trône à son prince.

Le chef des bonzes, en voyant le coup manqué, se donna la mort sur le champ, un haut mandarin, son complice, alla s'empoisonner chez lui. La mère, la femme et les deux enfants du prétendant (le plus jeune avait six mois) furent exécutés. Divers autres personnages compromis dans cette affaire allèrent en prison.

Cette conjuration manquôe n'en jeta pas moins une vive inquiétude dans les esprits. Tit-Bùc, ne se sentant plus en sécurité, arrivait à se méfier de tout le monde. Il rappela du Tonkin Nguyèu-Tri- Phu-ang qui était universellement respecté. Le vaillant mandarin revint à la tète d'un corps de troupe ayant pour tout bagage personnel quelques vêtements, usés par la campagne, qu'un soldat portait déployés au bout d'une lance. Nguyèn-Tri-Phuro-ag démontrait ainsi que la guerre ne l'avait pas enrichi, et le désintéressement de ce vieux militaire était aussi réel que celui de son ancien second Phan- Thanh-Giâng.

Ces deux hommes ont fourni des exemples de vertu civique et militaire que l'histoire des peuples d'Occident ne renierait pas et qu'on est heureux de pouvoir signaler au milieu des turpitudes et de la duplicité des mandarins annamites. Nous remarquerons tou- '^.fois l'extraordinaire dissemblance d'idées entre Phan-Thanh-Giâng

\guyeii-Tri-Phu-aug. Le premier, frappé de la puissance de notre

savoir et de notre civilisation, aurait voulu amener ses compatriotes à suivre nos enseignements. Le second, persuadé de la supériorité de l'éducation chinoise, n'admettait aucune compromission avec la science des hommes d'Occident. Phan-Thanh-Giâng, était le représentant du progrés éclairé ; Nguyèn-Tri-i^hu-o-ng, celui du conservalismc irréductible ; tous doux étaient convaincus, tous deux étaient honnêtes.

L'épreuve que venait de subir Tir-Birc ne modifia pourtant pas .sa manière de faire à Tégarddes Français. L'aveuglement qui le frappait, aussi bien que les gens de sa cour, ne devait pas se dissiper. Ils ne se rendaient nullement compte que la situation pleine de dangers qu'ils entretenaient en Basse-Cochinchine ne pouvait plus durci* longtemps, que la France avait les moyens de la faire cesser et qu'elle allait les employer. Déjà l'amiral de' la Grandière avait prévenu Phan-Thanh-Giâng que les menées annamites devaient forcément le conduire à occuper les trois provinces, que le mal était trop avancé pour qu'il en fut autrement.

Avant de se décider pourtant, l'amiral tenUi une démarche auprès de la cour de Hué. Le directeur de l'intérieur, M. Vial, dut s'y rendre à bord du Casmao qui mouilla, le M octobre, à l'embouchure de la rivière de Hué. Le délégué du gouverneur fut très bien reçu, mais fut prévenu qu'il ne pourrart voir le souverain à cause de l'inquiétude qu'une pareille entrevue ne manquerait pas de causer parmi la pupulation, surtout à la suite de la récente conjuration. Le gouvernement de Hué ne consentit pas à réviser le traité de 186:2 selon les propositions de l'amiral et pria simplement par lettre d'attendre encore^ de ne rien précipiter. Le souverain lit remettre au délégué des présents pour le gouverneur et diverses décorations, mais ce fut tout. Le direcleur de l'intérieur s'en revint. Il faut dire aussi que l'heure était peut-être mal choisie pour insister; d'un moment à l'autre une nouvelle crise pouvait éclater dans la capitale qui obligerait sans doute Ttr-Bù-c à péclamer notre appui.

Eu décembre, une lettre de Hué informa le gouverneur que Phau - Thanh-Giang était chargé de poursuivre les négociations relatives aux trois provinces occidentales. Cette- missive, tout comme la première, demandait de ne rien précipiter. Voulant ménager le pouvoir chancelant du souverain d'Annam, l'amiral de la Grandière consentit à attendre encore, mais il lit coniiaitre eu même temps à Piian-Tnauh- Giâug sa détermination irrévocable d'occuper les trois provinces.

Le 15 janvier 1867, le grand fleuve, par le travers de Vînh-Long, fut le théâtre d'une nouvelle explosion de chaudière. Li canonnière n« 2i sauta, six Français et deux Annamites y perdirent la vie. Les autres personnes de l'équipage et des passagers au nombre de 5i eurent juste le temps de passer sur une jonque de transport qui et lit à la remorque ; peu de minutes après l'explosion^ la canouuière coula.

Page 1