‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 48 sur 146 · ÉVÉNEMENTS DIVERS (FIN 1808 ET ANNÉE · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS DIVERS (FIN 1808 ET ANNÉE

AU mois de novembre 1868, on eut à enregistrer un sinistre mari- i

time pareil à celui de X Atlas. La corvette à vapeur le Monge (commandant Gharlemagne) s'était mise en route de .Saigon pour Hongkong ; en même temps, la frégate la /u^on (commandant de Marivaux) entreprenait le voyage en sens inverse. Celle-ci arriva au Cap Saint- Jacques le 9 novembre, après avoir essuyé un typhon, à hauteur du Cap Varéla, qui lui enleva son étambot et son gouvernail. Le 26 le bruit courut que des jonques chinoises avaient rencontré, le long de la côte, des épaves, d'un navire tranchais ; il fut impossible de trouver les auteurs de celte nouvelle. Le 30 novembi^, le courrier de Chine annonça que le Monge n'était pas encore rendu à Hongkong. On commença à craindre la perte du navire. .Un croiseur fut envoyé sur les côtes de Cochinchine, des recherches furent faites en tous sens ; le gouvernement annamite, de son côté, fit prendre des renseignements dans les provinces. On ne découvrit rien. Il fallut, en fin d^ compte,se rendre à l'évidence : le Monge s'était perdu corpsel biens.

Le 10 décembre 1868, le roi Norodom vint à Saigon faire visite au gouverneur avec l'intention de se rapprocher d'avantage du pays

-^ soi -

protecteur. Son ancien suzerain et parrain, le roi Monglcul, venait de de mourir et il n'avait plu& à garder envers le nouveau souverain du Siano le même respect ni les mêmes sentiments de déférence. Norodom déclara, dans sa visite à Tamiral Ohier, quil appartenait désormais tout entier à la France.

Durant cette même fin d'année, des mouvements de rebelles se dessinèrent à nouveau dans les forêts du Nord-Est de Biên-IIoà. Ils étaient dirigés par Hai-Quyen, le lils du quân Bjnh. Très vite les bandes furent ciiassées. On n'avait évidemment affaire (jii'à dss débris d'insurrections antérieures, mais n'est-on pas forcé d'admettre que si, dispersées d'un côté, ces bandes pouvaient avec tant de facilité se reformer d'un autre, c'est qu'elles trouvaient aide et conseil hors de notre territoire. Les combinaisons, la simultanéité parfois des mouvements, font voir clair et net une direction puissante, unique à donner des ordres. Là cour d'Annam jouait là un jeu bien dangereux dont elle devint, au reste^ la principale victime. Ce n'est jamais impunément qu'on flatte les passions malsaines de la lie des populations, qu'on favorise les visées ambitieuses d'esprits remuants, qu'on lance au hasard de la fortune la gent aventurière dans des entreprises désespérées. L'autorité y perd son prestige et sa force ; fatalement elle arrive à se laisser discuter, préparant ainsi sa ruine et celle du pays avec. Les entraînements que la cour avait provoqués en Basse-Cochinchine eurent leur contre-coup inévitable au Tonkin ; la révolte à'y manifesta avec la dernière violence. Nous en parlerons plus loin, qu'il suffise ici de savoir que cette situation périlleuse rendit les mandarins plus accommodants avec la France.

£n janvier 1869, l'amiral reçut de Hué ui>e réponse aux observations relatives à la conduite du gouvernement annamite. Les ministres de TiT-Dirc annonçaient que le personnage qui, fin 1867, avait envoyé en Basse-Cochinchine une proclamalîon appelant les habitants à la révolte, venait d'être exécuté. Les ministres demandaient en même temps que cette nouvelle fut insérée au journal le Gia- Binh bdoy ce que l'on n'accorda point.

Le reste de l'année 1869 se passa sans incident ni accident. Signalons cependant divers projets présentés par des Européens pour relier télégraphiquement Saigon à la Birmanie, parlant aux iiides, qui venaient d'être mises en communication avec l'Europe. Ces projets furent chaudement appuyés par le gouverneur, mais la métropole ne leur donna pas de suite, songeant déjà sans doute à la ligne sonsmarine vers le port de Singapour qui, lui, devait, sous peu, être directement relié à l'Angleterre. L'amiral Obier s'occupa aussi beaucoup du bon fonctionnement de tous les services et du développement rationnel de la colonie. Malheureusement, il éU^it à bout de forces, tous ces travaux joints à de nombreuses campagnes antérieures l'avaient épuisé. 11 ne put môme pas attendre l'arrivée de son

successeur, ramiral de Cornulier, et dut rentrer en France le 10 décembre 1809, laissant le gouvernement par intérim au général de brigade Farori, alors commandant supérieur des troupes. L'amiral Ohier mourut à Fayence (Var) le 30 novembre 1870.

CONTRE-AMIRAL DE CORNULIER-LUCINIÈRE

Mort de Thi-Quyên. — Délimitation de la frontière siamo^cambodgiennc du côté de Battambang-Anglior . — Guerre de 1870. — Attaque de Càtj-iwj, — Communications télégraphiques avec- V Europe et la Chine,

NORT DE THI-QUYEN

L'amiral de Cornulier-Lucinière arriva à Saigon le 8 janvier 1870. H trouva la colonie tranquille, et,pourtimt, des bruits étranges circulaient, qui impressionnaient vivement la population indigène. On disait que les Européens enlevaient des femmes et des enfants pour 1 ;s vendre à l'étranger. Le moindre raisonnement aui'ait pu faire évanouir ce^ craintes, mais la foule ne raisonne pas, elle ne sait que suivre les impulsions du moment. Un jour, à Saigon, toutes les vendeuses s'enfuirent précipitainment du marché, sans qu'on put jamais savoir la vraie cause de celle panique. Une enquête fut ouverte, des mesures sévèn^s prises, et les esprits revinrent au calme. Il faut croire ici a (pielque changement de tactique. Les soulèvements ne réussissant pas, on provoquait l'inquiétude, de folles alarmcîs chez la po[)nlation. Quelques paysans, écoutant la voix d'un ancien chef rebelle, se réunirent du côté d'O-Mùn (prov. de Can-Thir) ; ils diu-ent se sauver devant l'inspecteur en tournée qui lit une vingtaine de prisonniers.

Dans le courant du mois de mai, le bruit se répandit à Tày-Ninh que le fils du quan Dinh, Thj-Uuyen, avait été tué dans la région du Nord-Est. Les Inspecteurs de Tày-Ninh, M. Rheinart, et de Trâng- Bàng, M. Labussicre, avec 125 miliciens et le lanh binh Tan, se mirent en campagne. Les Stieugs, poussés par les rebelles (cambodgiens), essayèreiil de barrer la route au moyen d'abattis d'arbres ; ils furent mis en fuite. Durant l'expédilion, l'on apprit (juc les rebelles annamites avaient été presque tous exterminés par les Cambodgiens reste des bandes de Pû-Kambù. Les Tagals déserteurs avaient passé du coté de ces derniers. La haine de races était si puissante, que, dans cette lutte contre les Français, jamais les rebelles annamites n'étaient allés sur le territoire du Cambodge, pas plus (jne les bandes de Pii-lvambô n étaient venues dans les cantons annamites. Pour ce qui ebl de Ilai-Quycn,il lui attiré avec sa femme à une fêle donnée

par les Cambodgiens qui. traîtreusement, leur coupèrent le cou ; ils massacrèrent ensuite tous les partisiins du chef annamite. Quelques femmes avec des enfants, qui suivaient les rebelles, purent se cacher dans les broussailles et rejoindre, mourant de faim, la colonne française. Quant aux insurgés cambodgiens, ils se retirèrent vers le Nord, et la population, débarrassée d'eux, livra à Tinspecteur de Thù-Dau-MOt trois chefs rebelles.

DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SIANO-CANBODGIENNE DU CÔTÉ DE BATTANBANG-ANGKOR

Le ^ juillet 1870, arrivèrent à Saigon deux plénipotentiaires siamois chargés de signer avec le gouverneur de la Gochinchine une convention fixant la frontière cambodgienne du côté de Battambang et d'Angkor, ainsi que les droits de pêche des deux Etats sur le Grand Lac. Les bases de cette convention avaient été préparées à Paris, et il ne restait plus qu'à discuter des questions de détail. L'amiral fit ce qu'il put pour obtenir les plus grands avantages en faveur des Cambodgiens, « mais, dit Vial, il aurait préféré, tout comme ses prédécesseurs, que le gouvernement eût évité de reconnaître, même d'une manière indirecte, une partie des envahissements des Siamois sur le Cambodge. y>

Nous avons dit ce que nous pensons sur cette question en parlant du protectorat du Cambodge. Ici, nous nous contenterons de faire remarquer la puérilité de l'observation de Vial. La convention du 15 juillet 1867 avait reconnu aux Siamois la possession des deux provinces. En juillet 1870, on était donc en présence d'un fait accompli, et il n'y avait plus à éviter de reconnaître ce qui était reconnu depuis trois ans.

Le 16 juillet 1870, la convention fut signée à Saigon.

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