GUERRE DE
Ce fut le transport la Sarlhe, arrivé à Saigon le 6 août 1870, qui annonça la nouvelle de la guerre franco-allemande (celle-ci avait été déclarée le 19 juillet). Trois jours avant, un vapeur anglais mouillait au Cap Saint-Jacques et repartait aussitôt, non sans avoir débarqué un passager allemand qui remonta à Saigon par un bateau pilote. Dès sa venue, ce personnage se rendit sans bruit au consulat de Prusse. Son arrivée insolite, ses démarches furent signalées par la police aux autorités locales. Les doutes que l'on put concevoir n'étaient malheureusement pas des certitudes, aussi les navires allemands, prévenus de la guerre avant nous, eurent-ils le temps de prendre leurs dispositions et de filer.
A ce moment pourtant, la Prusse, qui avait deux frégates dans les mers de Chine, aurait pu sans risque aucun insulter Saigon, car tous les bâtiments disponibles de la division de Cochinchine venaient d'être envoyés à Tientsin, où la populace avait massacré les Français. Partie de ces navires passa riiiver à Tientsin, tandis que l'amiral Dupré, avec la frégate la Vénm et la corvette le Laplace, s'en vint bloquer la division prussienne à Yokohama où elle s'était réfugiée.
L'amiral de Cornulier-Lucinière ne perdit pas de temps et se mit en garde contre toute éventualité. Trois mille indigènes fournis par les villages furent occupés immédiatement à relever les forts au confluent du Soirap. La /u/îo/î, armée en batterie flottante, vint mouiller près du Rach Dai (rive droite du Sông Nhà-Bè, à environ 4.500 mètres en aval du confluent de la Rivière de Saigon et de Dong-Nai). En peu de jours, la défense du fleuve devint sérieuse et solide.
Afin de donner un avertissement salutaire à la cour de Hue, il lui communiqua otticiellement la nouvelle de la déclaration de guerre, et, pour prévenir des tentatives de l'ennemi contre la sécurité intérieure, il déclara la colonie en état de siège.
Le 21 octobre 4870, la République fut proclamée à Saigon en présence des troupes et des habitants. Peu après, le gouverneur dut prendre un arrêté d'expulsion contre les Allemands établis dans la colonie, et dont quelques-uns n'avaient pas su garder la réserve que leur commandait la situation.
La population indigène, en présence des nouvelles malheureuses qui arrivèrent coup sur coup, était partagée de sentiments ; mais, sauf quel(|ues perturbateurs coutumiers,les habitants se tenaient prudemment tranquilles. Le gouvernement annamite en faisait demônSe, quoique le désir d'agir contre nous ne lui manquât point ; mais les atfaires^du Tonkin, qui allaient de mal en pis, le retenaient dans une sage inaction. A l'avis de Tamirai, les ministres de Tir-Dtrc répondirent que leur maître faisant des vœux pour les armes de Tempereur et ne doutait point de leur succès. Maisj à la fin de novembre, lorsqu'ils apprirent la chute de l'empire, le siège de Paris et la situation difficile de notre pays, lis écrivirent à l'amiral une lettre où la mentalité jaune se révèle toute entière et qui, si l'on ne tenait compte de celte mentalité^, passerait pour la dernière des insolences. Tir-Birc y exprimait son vif désir de voir la France sortir heureusement de cette dure épreuve. « Il pensait que l'amiral devait avoir hîUe d'aller défendre sa patrie avec les troupes placées sous son commandement ; il le priait, en conséciuence, de s'entendre avec lui pour la remise des six provinces, afin qu'aucun événement ultérieur ne pftt altérer la nature des bonnes relations qui existaient entre letdeux pays. 11 terminait en disant que le peuple et l'armée étaient pleins d'impatience. » (Vial).
A celle missive, l'amiral Cornulier-Lucinière répondit froidement qu'il avait pour charge de défendre la colonie, qu'il disposait des
moyens voulus et qu'il la défendrait ; ajoutant que, par suite du changement de gouvernement, ses pouvoirs . de plénipotentiaire avaient cessé d'exister et qu'il ne discuterait plus aucune proposition.
ATTAQUE DE CÂY-LÂY
Le lecteur a pu constater que, sous le gouvernement ferme et judicieux de amiraux, les troubles* intérieurs étaient devenus moins fréquents et tendaient à disparaître. Durant l'année 1869, il n'y a pas eu de mouvement insurrectionnel à enregistrer, l/année 1 870, malgré ses désastres, allait finir tranquillement aussi, lorsque le 24 décembre, dans la nuit de Noël, le poste de Gây-LAy fut attaqué . Les rebelles conduits par le nguyèn soài Thân (le même qui avait dirigé l'attaque contre la citadelle de My-Tho deux ans auparavant), profitant de l'absence d'un certain nombre de fonctionnaires et employés catholiques, se mirent à piller et à incendier quelques maisons. Les 25 miliciens du poste, sous les ordres du doi Go-, s'étaient renfermés dans le blockhaus ; de là, ouvrant le feu sur les assaillants, ils réussirent à les écarter. Le bép Hgru, qui se trouvait au dehors, fut massacré par les rebelles en essayant de traverser leur ligne pour rallier le blockhaus .
Dès que la nouvelle de l'attaque parvint à Gài-Bè, le doc phu LOc partit avec quelques miliciens à la poursuite des rebelles, tandis que l'inspecteur de la localité organisait une seconde colonne. Des renforts furent expédiés avec une très grande célérité de My-Tho, Tan-An, Gô-Cônget Vînh-Long. Les habitants, au nombre de 1.200, aidèrent les colonnes à cerner les bandits, dont beaucoup furent pris et principalement les chefs, entre autres le nguyèn soâi Thûn, qui fut arrêté le 1" janvier 1871. Gette coopération spontanée des habitants prouvait une fois de plus que les troubles n'étaient pas de leur fait, et qu'ils étaient las d'être opprimés par quelques vauriens incapables de se faire à l'idée de gagner honnêtement, mais laborieusement leur existence.