‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 57 sur 146 · EXPÉDITION NILLQT ET DUPUIS · texte numérisé non relu

EXPÉDITION NILLQT ET DUPUIS

Ce que les auteurs écrivent de cette expédition, et le jour sous lequel ils présentent Jean Dupuis, n'étant pas toujours d'accord avec ce que les journaux de l'époque ont publié, les faits eux-mêmes appelant parfois des conclusions autres que celles émises par les auteurs, on en arrive à souhaiter ardemment, pour la vérité historique, une enquête plus impartiale et surtout moins unilatérale. Il nous e.st impossible, faute de renseignements exacts, d'entamer une critique de détail, mais nous pouvons et nous devons signaler ce que nous croyons comprendre, ce qu'il faudrait élucider. Kt d'abord, qui était le chef de l'expédition, M. Dupuis ou M. Millot?

Les auteurs disent M. Dupuis. Un article paru au Hongkong Daily Times, traduit et publié par L'Indépendant de Snigon du 15 juillet 1873 dit formellement que l'expédition avait à sa tète M. Millot, négociant à Schanghaï. Ce qui semble assez probable, car nous avons tout lieu de supposer que ce fut la maison Millot et C'^ de Schanghaï qui a fourni la meilleure part, sinon tous les fonds de l'entreprise. Nous verrons plus loin que ce fut M. Millot qui ramena à Hongkong les marchandises, que ce fut lui qui négocia l'emprunt avec Taminil Dupré. Enfin, guoi qu'il en soit, ce point a son importance et il reste à préciser .

Pour ce qui est de M. Jean Dupuis, on le voit à travers son existence (nous citons d'après MM. Bouinais et Pauliis ses admiraleurs) successivement, à Ismaïlia, lors du percement de l'isthme de Suez, où il n'arrive pas à se créer une situation, puis en Kxtrème-Oiient, où « il suit l'expédition du général Cousin-.Montauban d — comme quoi? comme noilitaire ou comme mercaniil encore un point à élucider — après, il fait le commerce d'armes et a des relations suivies avec les autorités chinoises, pour le compte desquelles il finit par travailler.

î)ans une lettre datée de Saigon 31 juillet 1874 et adressée à V Indépendant de Saigon, il signe : « J. Dupuis agent du Titaï du Yun-Nan. »

Nous nous en tiendrons là quant aux personnes, et nous passerons à la relation succincte de Texpédilion d'après le Hongkong Daily Times, relation qui a été publiée sitôt le retour de M. Millot à Hongkong, conséquemment avec de grandes chances de vérité — la légende n'ayant pas encore eu le temps de se créer — qui, en tout cas, pau sa simplicité, a des allures de vraisemblance que d'autres récits n'ont pas au même degré.

Avant de parler du voyage, nous devons dire que le pays à traverser n'était pas entièrement inconnu à M. Dupuis. En 1868, il avait essayé de pénétrer au Tonkin par Yun-Nan-Phù, mais l'insurrection annamite l'empêcha d'avancer. En 1869-70, il avait pu visiter le haut Tonkin et descendre jusqu'à San-Tày.

L'expédition Millot et Dupuis, composée des vapeurs Laokay^ Ilongkiang et de la chaloupe Sonlay, quitta Hongkong le 25 octobre 1872. Les navires étaient affrétés par le vice-roi du Yun-Nan pour transporter dans cette province des armes et des munitions de guerre en passant par le Fleuve Rouge. L'expédition avait à sa tète MM. Millot, négociant à Schanghaï, Jean Dupuis et George Vlavianos.

U 9 novembre, la lloltille arrivait à Cira-Cam. Là M. Dupuis- qui parlait chinois — eut une entrevue avec le kinh iu-(rc Ly, autrefois ambassadeur de l'empereur d'Annam à Pékin, qui promit une réponse de Hue dans les 16 jours quant à la permission de traverser lé pays. Cependant, les choses traînèrent et Ton dut, finalement, se rendre compte que les autorités annamites cherchaient à éluder toute réponse catégorique. Le chef de l'expédition demanda alors, vu le manque d'eau et l'état malsain du mouillage, à remonter un peu plus haut dansie fleuve, ce qui fut accordé. La flottille remonta ainsi, sans se préoccuper d'avantage de l'autorisation, jusqu'à Hà-Noi, où les l)àtiments jetèrent l'ancre le 22 décembre 1872. 1^ manque d(» fond ne permit pas aux steamers d'aller plus loin, il fallut transborder, et ce ne fut pas sans de multiples difficultés que l'expédition parvint à se procurer des jonques et des bateliers. Enfin, le 18 janvier 1873, l'expédition réussit à quitter Hà-Nyi.

En ce temps, des rebelles chinois tenaient le pays sur la roule suivie. Lue première bande retranchée à peu de disttuice de Hà-Noi obéissait à un chef du nom de Kwang-Tsong-Yin ; une» seconde, établie entre Lào-Kay et la frontière du Tonkin, était commandée par Leaou-Yuen-Koo (probablement Lu-u-Vînh-Phmcrc). L'expédition ne rencontra aucune hostilité, ni dans le camp annamite (ju'il fallut traverser d'abord, ni dans les camps chinois. Les rebelles de Lao-Kay prièrent même M. Dupuis d'intercéder pour eux auprès des autorités du Yun-Nan.

Le 20 février, l'expédition parvint à Lao-Kay et, le U mars, elle arrivailà Mang-Hao,dans le Yun-Nan. De ce point, où le Fleuve Rouge

cesse (i'èlre navigable, M. Dupuis se rendit avec nn mandarin chinois à Yun-Naii-PIiiK

Le maréchal Ma et toules lesrautorités de la province se réjouirent beaucoup dos résnilals positifs obtenus par l'expédition, démontrant la praticabilité de la roule du Tonkin et, par conséquent, la chance d'un débouché pour les richesses minérales du Yun-Nan.

L'expédition revint avec une escorte de 30 soldats chinois du maréchal Ma, qui devaient la convoyer jusqu'à la capitale du Tonkin; elle amenait, en outre, 100 bateliers chinois pour transporter du sel aux troupes du Yun-Nan. L'expédition fut de retour à Hà-Nyi le 30 avril. Les mandarins annamites recommencèrent aussitôt à soulever des difficultés qui retinrent tout le monde sur place jusqu'au 5 juin. A cette date, M. Millot partit pour Hongkong avec les produits ramenés du Yun-Nan, qu'il avait chargés sur le Laokay et une jonque chinoise. Quant à M. Dupuis, il resta avec le Hongkiang, le Sontay et l'escorte chinoise pour garder la route. C'est ce qui va provoquer l'exjpédition de Francis Garnier.

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