‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 58 sur 146 · ÉVÉNEMENTS DIVERS JUSQUE FIN SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS DIVERS JUSQUE FIN SEPTEMBRE

La vaccine qui si souvent se heurta aux plus inconcevables résistances populaires dans nos pays d'Europe, devait en rencontrer de tout aussi vives et tout aussi peu justifiées en Cochinchine. Les médecins vaccinateurs, aidés des inspecteurs, n'arrivaient que bien difficilement à faire entendre raison aux masses ignorantes et apeurées. Le premier mouvement des habitants, à l'arrivée du médecin, était de prendre la fuite. Gela ne dura pourtant pas longtemps, et, dès le mois de juin 1873, l'inspecteur de Sa-fioc constatait que, dans le courant de trois mois, 5.48:2 enfants avaient été vaccinés sans la moindre difficulté. G'était un bel indice de confiance au dominateur et une marque de grand bon sens chez les dominés, que l'on n'a pas toujours trouvés dans cette mesure et rapidité en d'autres contrées.

Le 7 août 1873, mourait à Saigon, âgé de 54 ans, i'abbé Théophile Legrand de la Liraye. Il était missionnaire au Tonkin lorsque l'amiral Rigault de Genouilly le pria, en 1858, de lui servir d'interprète. Le P. Legrand accepta, il devint, dans la suite, inspecteur des affaires indigènes et un des plus féconds collaborateurs de la première heure de l'œuvre coloniale en Cochinchine. Pensant avec raison que la connaissance de l'histoire d'un peuple est la condition essentielle pour le bien gouverner, il avait publié, dès 1865, un précis d'histoire annamite. En 1868. il fit paraître un dictionnaire françaisannamite. L'abbé Legrand de la Liraye descendait d'uue vieille familie de noblesse nantaise, était membre correspondant de Tlnstitut et officier de la Légion d'honneur ; estimé de ses chefs et de tous ceux qui l*ont connu, il a été également regretté des uns et dos autres.

Le 1'^ septembre 187rî, la VHle-de-Huê amenait à Saigon une ambas&îde annamite composée do trois hauts fonctionnaires du gouvernement: Lè-Tuan (!*'' ambassadeur), Nguyen-Vrin-Tu-àng (:2e ambassadeur) et Xguyrui-Tàng-Doan (:>' ambassadeur). Ces mandarins venaient entamer (tes négociations afin d'ol)tenir un traité plus conforme a la situation du moment, et aussi afin de demander au gouverneur son intervention pour faire vider les lieux à Jean Dupuis qui, contrairement au traité de 1862 — disaient les aml)assadeurs avec raison — prétendait résider au Tonkin.

Le cas, en elTet, était dos plus délicats j)our les Annamites. M. Dupuis avait une garde de soldats chinois, ses opérations commerciales étaient, faites au compte du gouverneur du Yun-Nan. Il pouvait se défendre au besoin, morne appeler des secours de Chine. D'autre part, comme Français, il pouvait demander aide et protection au gouverneur de Cochinchinequi, peut-être, n'attendait qu'une occasion favorable pour intervenir. Tout deveuîiit possible, bien des choses étaient probables sauf une : le respect du traité de 1862. Ce traité avait laissé les Annamites maîtres chez eux, libres de refuser la résidence ou le passage sur leur territoire aux étrangers. Aucune disposition ne venait à rencontre, l'article 2 disjiit simplement que (fies sujets dos deux nations de France et d'Espagne pourront exercer le culte chrétien dans le royaume d'Annam », taiidis que l'article 5 spécifiait que a les sujets de 1 empire de France et du royaume d'Espagne pourront librement commercer dans les trois ports de Tourano, de lia -Lac, et do Quàng-An d. L'on aura beau torturer les textes, on ne leur fera jamais dire (jue ce qu'ils ont dit, et la situation créée par M. Jean Dupuis ne pouvait diplomatiquement pas être défendue. Ne devait-ollo point l'otre militairement, au nom des intérêts supérieurs de la bVance et du monde civilisé? C'est ce que nous allons étudier.

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