‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 6 sur 146 · ANNAM · texte numérisé non relu

ANNAM

Dynastie (tes Triêu (suite). — Domination chinoise. — Dynastie lies Binh, — Dynastie des Le (antérieurs). — Dynastie des Ly. — Dynastie des Tràn. — Usurpation des Ho. — Domination chinoise et retour des Tràn. — Dynastie des Le. — UsutjHition des Mac. — Restauration des Le.

DYNASTIE DES TRIÊU (suite)

Trieu'Vô-Bê (207-136). — Nous voici rendu au temps où l'Annam va faire son apparition. Il convient d'en dire quelques mots.

Le territoire, compris entre la mer et la Chaîne Annamitique, est une longue bande, assez étroite, formée par fes nombreuses ramifications et contreforts qui descendent des montagnes vers la mer. Cette configuration particulière fait que le pays est coupé d'une quantité de torrents et de courtes rivières tour à tour boisé ou aride sur les pentes, selon la nature du sol. Terrain de culture fort difficile par endroits, très laborieux presque partout et dont la viabilité u'est pratiquement possible que dans le voisinage de la côte.

A l'époque de l'histoire où nous sommes arrivés, cette région, désignée dans les annales annamites sous le nom de Làm-Ap, aussi de Chièm-Ba, était habitée par un peuple à trace perdue, qui parait avoir été fort différent de celui dont l'histoire fera mention quelques siècles plus tard, et que nous avons appelé les Ciampois (les Chàm des Annamites), du nom postérieur de la région : Ciampa (francisation de Chiêm-Ba). ^

(1) Des docuinents certains uiauciuent pour rétablir Hdentité des premiers habitants de rindo-Chine» dont on croit découvrir les restes dans i|uel.(|i]es tribus de la Chaîne Annamitique : Mois, Kha, etc. Sont-ce là des débris des antiques aborigènes, ou bien les restes d'envahisseurs refoulés îi leur tour par les gens de Giao-Chî et les Khmers ? Nous l'ignorons, mais il est permis d'opter pour la première supposition. Ces peuplades, en maint endroit, ne se sont pas encore complètement dégagées de Tàge de pierre, et les nombreux vestiges d'une industrie anthropolithique qu'on a retrouvés au Cambodge, et même en Basse-Cochinchine, laissent penser que, certaines au moins de ces tribus sauvages descendent des premiers habitants du pays ; tandis que les monuments khmers (ruines d'Angkor) et les inscriptions sanscrites des Ciampois relevées sur des blocs de granit de la province de Khânh-Hoà, font croire à une arrivée subséquente de races

Pour en revenir à Tri$u-Vô-fié, nous dirons que pas plutôt mailre uni(|uc ^du territoire, il songea à l'agrandir encore par la conquête duLâm-Ap. Une expédition heureuse contre ce pays l'en rendit maître jusqu'à Tourane (206 av. J.-C.). L'histoire ne nous dit pas si la nouvelle partie du royaume fut gouvernée directement par le vainqueur ou s'il exigea simplement le tribut d'usage. Un fait pourtant est à remarquer, c est que, après la conquête, les annales cessent de faire mention, durant plusieurs siècles, du Làm-Ap ; cela laisse supposer que cette contrée était très faiblement habitée, ou l'était par une race peu belliqueuse ayant toujours su écarter les conflits.

Au retour de sa campagne, Tri^u-Vô-Bë établit sa capitale à Phiêri-Ngu dans le Quàng-Bông. C'est dans cette résidence qu'il reçut l'ambassade chinoise envoyée par Tempereur Cao-bé ^ pour lui remettre les insignes et le titre de roi d'Annam.

C'est ici, la première fois, que l'histoire emploiecette dénomination d'Annam (Sud paciQé) appliquée, en ce temps, par la Chine au pays de Giao-Chi et qui restera désormais son nom .

LMnvestiture donnée à uu prince indépendant, telle que nou^ ven(M>s de la signaler, semble pour le moins, fort paradoxale. Mais si l'on tient compte des troubles si fréquents en Chine à Tépoque et de l'esprit féodal qui n'avait jamais cessé d'exister, l'on comprendra sans peine qu'un seigneur, lorsqu'il se sentait assez puissant, pouvait se rendre indépendant, se déclarer roi . Ou comprendra aussi que comme roi, il avait intérêt de se reconnaître vassal de l'empereur, ce qui ne l'engageait guère tout en lui faisant obtenir l'investiture qui le garantissait tant soit peu contre les entreprises de compétiteurs.

TriOu-Vô-Bé régnait depuis plus de vingt ans déjà, lorsque, en 1 83 av. J.-C, l'impéralrice Lir-IIàu*, qui était montée sur le trône deux années auparavant, porta défense à tous les marchés de la frontière de vendre des instruments en fer et diverses autres choses aux gens

déjà plus avancées que les autochtones. Aussi, ù défaut de pouvoir remonter plus haut, nous dirons quelques mots de celles-ci.

L'Indo-Ghine semble avoir été envahie, et dés avant TaiTivée des tribus de Giao-Chî, par des races venues les unes du Sud et les autres du Nord.

Au Sudy nous nommons les Khmers et les Chànis. Se rattachant, les premiers, aux peuples de THindoustan, les seconds, à ceux de la Malaisie. Tous detix ont laissé de profondes traces de leur culte : le brahmanisme. Preuve irréfragable d'un degré de civilisation déjà fort avancé.

Au Nord, ce sout les Thai et les gens de Giao-Chî, mongoloïdes tous deux, et, peut-être à Torigine, issus d'une seule et même peuplade. Le développement des tribus giao-chi, nous le donnons dans le texte. Quant aux Thai, ils paraissent s'être divisés plus tard en trois grandes branches : les Muànçy les iMotiens et les Siamois»

(1) Premier souverain de la dynastie de Hûu.

(S) H.iu = reine, impératrice, Lit-Hàtu = l'impéradice Lu,

^iode Nam-Vi^t. Tri^u crut voir ou feignit de voir dans cet acte hostile l'œuvre de quelques grands seigneurs de !a cour impériale et plus particulièrement celle du vu-ang de Tru-ô-ng-Sa, pays tributaire de la Chine. Pour venger l'injure, Trièu-Vô-Bé déclara la guerre à ce roi et lui enleva ses États. L'impératrice fit marcher une armée contre Tri$u (180 av. J.-C), mais cette armée ne sut pas résister aux intenses chaleurs de la saison et fut aisément détruite par les Annamites.

Vàn-Bé, le successeur de l'impératrice Lir-H;\u traita avec l'habile I et toujours victorieux soldat couronné, qui termina paisiblement

son long et heureux gouvernement, en 136 avant le Christ, à l'âge de 121 ans disent les annales, llavait régné 71 ans.

Vtfn- Vmrng (136-12^). — Hô, fils de Trçng.Thuy , donc petit-fils de Tri$u-Vô-Bé, succéda à ce dernier sous le nom de Vàn-Vu-ang. 11 n'hérita point des fortes qualités de son aïeul. C'est, du reste, nue sorte de loi exceptionnelle frappant presque toujours le descendance des grands hommes, loi qui désobéit à la règle générale de sélection ^es sociologues, mais ne l'infirme point.

Car cette descendance ne se trouve d'ordinaire pas en regard d'états analogues à ceux qui ont entouré les pères; il faut avouer cependant qu'elle est le plus souvent aussi incapable de faire naître depareils états comme l'onttant de fois entrepris leurs extraordinaires ascendants. Et s'il est vrai de dire que les circonstances fout l'homme, on doit reconnaître également que l'homme fait les circonstances; s'il est juste de déclarer que les événements de l'histoire se déduisent avec une inflexible rigueur les uns des autres, il faut ajouter aussi que, de temps en temps, un événement d'un ordre différent, plus ou moins indépendant de ceux qui se déroulent, vieut s'intercaler parmi eux pour en faire dévier le cours.

Cet événement est dû, soit à un phénomène naturel, soit à la volition humaine, au libre arbitre que Dieu nous a Jaissé. Il n'est pas y toujours nécessairement le fait d'un esprit transcendant, d'un pro-

fond bouleversement physique» mais il est ce fait que les uns appellent hasard, chance, les autres, intervention divine, sans plus de raison ici que là.

Il y a pour toute création un événement originel d'où nait une première série d'événements malliéin;ili({ues, inaptes à modifier p.if eux-mêmes l'ordre naturel de leur succession (la matière pure) et une seconde série d'événements capables de devenir sources de créations à leur tour (la fibre volonté de l'homme et des animaux), c'est" à-dire causes initiales de séries qui ne sont pas ponséquences directes de faits antérieurs. '

G^est te cafiprqchement ou l'éloigneoiefit subséqiiients -de tousoes ' évàiéméHteiià qtièlqUe'^érte qtiltsiappartiefinetitiieMin'Ieili^f^tynibmaâfiOMtilkiélÉciiibl^SApour.leBMUOB^^fitittgèhM^ pbàp^^im ^aûtrèé,'*

qui donnent naissance à ce que nous appelons improprement des événements fortuits. Us sont tous, soit aussi géométriques, soit aussi voulus, que ceux qu'ils viennent modifier et dépendent comme eux d'une cause initiale de tel ordre soit-ellc. Notre esprit, rien que notre esprit est en défaut ici ; il lui faudrait une puissance d'analyse, d'intuition et de déduction dont la seule pensée nous écrase sous sa masse infinie.

Minh-yucmg, Ai-Vwong, Thuâi- Vuxmg (124-ii 1). — Mais nous voilà fort loin de notre sujet. Il faut y revenir. TriOu-Vô-Bê, (ont chinois d'origine quMl était, avait fondé l'unité de l'Annam, son indépendance ; Vàn-Vu-ang et ses trois successeurs, Minh- Viro-ng (121^112), Ai-Vu-ang (112-1 M), ThuAt-Vu-o-ng (1 II), au lieu de maintenir, de consolider encore davantage le faisceau national, piéparèrent, insouciants et inconscients, l'annexion à l'empire.

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