‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 73 sur 146 · DÉCRET DU 17 AOUT 1881. SITUATION AU TONKIN · texte numérisé non relu

DÉCRET DU 17 AOUT 1881. SITUATION AU TONKIN

Au Tonkin, notre situation de prélondant an protectorat élail, nous l'avons vu, moins ou plus contestée par tout le monde. L'empereur d'Annam taisait acte de vassalité envers la Chine et envoyait

(I) Pour riîist()ri(iue subsêiiuent, nous renvoyons le lecteur à la notice publiée par les Messageries Flnviales,en 1890, et au volume .4 travers 11 ndo- ChifU! par E. La^rillière-Heauclerc.

le tribut quadriennal de 1881^ les puissances nous contestaient le droit de rendre la justice à leurs nationaux et, pourtant^ hésitaient à intervenir. Afin de maintenir noti'e prestige, sinon nos droits, et de pouvoir rendre justice à ceux qui le désiraient, M. Le Myre de Vilers avait envoyé au ministère un projet d'organisation de la justice française en Ânnam et au Tonkin, qui servit de base au décret du 17 août 1881, promulgué en Cocliinchine le 6 octobre 1881.

Suivant l'article premier, la justice était rendue aux Français et aux étrangers — dans tous les cas où il n'y aurait pas de sujets annamites eu cause — par les tribunaux français établis au siège des résidents de France. L'article 5 apportait le correctif indispensable pour prévenir les objections des cabinets hostiles et permettre, en tout cas, de faire traîner les réclamations jusqu'au jour prochain où le protectorat français serait nettement défini. En voici la teneur :

Pourront être distraites de la juridiction des tribunaux français, les causes dans lesquelles les sujets d'une puissance (étrangère seront défendeurs, lorsqu'il sera intervenu des arrangements particuliers entre ladite puissance et le gouvernement de la République française pour l'établissement d'une juridiction spécialement chargée de la connaissance de ces causes.

A sou retour de congé, le gouverneur trouva la situation en Annam plus tendue encore qu'à son départ. M. Rheinart luttait péniblement à liuë contre les intrigues de la cour. Nos garnisons à llà-NOi, llâi- Phong et Qui-Nhan étaient en quelque sorte bloquées dans les concessions. Les pavillons noirs, les troupes chinoises, les soldats annamites rendaient les communications difficiles et même impossibles. A Une, un employé annamite de la légation de France fut séquestré par le fermier de l'opium, et il fallut douze jours de discussions laborieuses, irritantes parfois, pour obtenir réparation. Au Tonkin, le gouvernement annamite prétendait ne pouvoir se débarrasser des pavillons noirs et faisait préveuir secrètement Lu-u-Vinh-Phu-âc de se préparer à attaquer les Français. C'était toujours la mèmepolilique astucieuse mais aveugle; c'était toujours la môme ignorance de nos moyens d'action et de la situation réelle, qui devait nous conduire falalemeul aux mesures extrêmes. Jamais, à aucune époque, ces présonaplueux mandarins n'ont compris que leurs agissements persistants devaient, tôt ou tard, mais irrémédiablement faire perdre à l'Annam son indépendance. Ces gens ont creusé de leurs propres mains Tabime qui devait les engloutir.

Laltiludehostiledesbandes lit queM. Le Myre de Vilers .câbla (17 janvier 188^) en France pour être autorisé à doubler la garnison de Hà-NOi. Le ministre de la marine, M. Gougeard, s'y opposa. Ce refus, joiut à la nomination d'un commandant en. chef des forces de ♦,erre et de mer, porta le gouverneur à envoyer sa démission qui ue

fut pas acceptée, et un nouveau ministère ^ retira la nomination dn contre-amiral Pierre comme commandant en chef.

Cependant l'anarchie devenait de plus en plus complète au Tonkin. Le gouvernement annamite avait perdu toute autorité et les pavillons noirs se rapprochaient de nos cantonnements. A Hué, de même, M. Rheinarl s'attendait aux pires éventualités. Tandis qu'à Paris, le marquis Tseng contestait la valeur des traités de 1874 et préludait ainsi à l'intervention chinoise.

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