GÉNÉRAL CIVIL. MORT DE TU-DUX
La mort du commandant Rivière eut un grand retentissement dans la métropole. Un crédit de 5.300.000 francs demandé par le cabinet (19 avril 1883) fut voté à l'unanimité le !26 mai. La nomination d'un commissaire général civil, participant du gouverneur des colonies et du représentant du peuple, sur laquelle le Sénat liésitait, fut votée en même temps. Au Tonkin, à la mort de Henri Rivière, l'amiral Meyer avait pris le commandement en chef, transmettant ses pouvoirs à terre au capitaine de frégate Morel-Beaulieu. il concentra les forces un peu disséminées. Qui-Nhan et Hon-Gai furent momentanément abandonnés ; la garnison de Nam-Djnh même dut se tenir prête à évacuer la place.
Peu après vint une dépêche de Paris ordonnant au général de brigade Bouet, commandant les troupes de Cochinchine, de prendre la direction des opérations. Une escadre nouvelle, la division navale du Tonkin, fut organisée (cuirassés Bayard et Atalanle, croiseurs Château-Renatid, Kersaint, Ilamelin, Parseval et Drac) avec le contre-amiral Courbet pour chef (l'amiral Meyer reprenait la surveillance des côtes de Chine). Prévenant le départ des renforts de France, la Cochinchine envova ^200 hommes d'infanterie de marine et 800 tirailleurs annamites ; la Nouvelle-Calédonie lit partir deux compagnies d'infanterie de marine par le Cliei\
Le général Bouet quitta Saigon le 31 mai, passa à Qui-iNhan, puis à Tourane, et arriva le 7 juin à Hâi-Phông. Ses premiers soins furent donnés à l'organisation générale des services militaires et civils qui laissiùent tous beaucoup à désirer. Le général fit faire de gros approvisionnements dans tous les ports d'Kxtrème-Orieut, déclara I état de siège à Hà-N()i, autorisa Georges Vlavianos à lever un bataillon de pavillons jaunes, forma un peloton d'éclaireurs a
cheval (quelque soixante cavaliers) et tenta de créer des troupes indigènes. Bien lui en prit, car les alertes furent fréquentes : fin juin, Hà-Noi était canonné de la vive gauche du Sông Coi ; le 4 juillet, la concession française fut attaquée. Hâi-Phông se trouva aux prises le 5'. L'ennemi fut repoussé chaque fois et partout.
A Nam-Binh, le colonel Badens luttait péniblement contre des bandes nombreuses qui bombardaient la place toutes les nuits. Le 26 juin, il dut faire une sortie dans laquelle il enleva 4 canons à Tennemi. Le 19 juillet, ayant reçu quelques renforts, il fit une seconde sortie (combat de Gau-Giau), vei-s le Sud de la place, qui dura presque toute la journée. Les résultats furent sept canons conquis et un millier d'Annamites hors de combat ; du côté des Français, il y eut trois tués et une dizaine de blessés.
Le 20 juilletarrivaientà Ilâl-Phông les transports ïApinamite elle Myiho qui amenaient les premiers renforts de Toulon. La Saône transportait les équipages des canonnières et les munitions d'artillerie. L^effectif des troupes au Tonkin s'élevait maintenant à plus de trois mille hommes.
Entre-temps, le D'* Ilarmand, consul de France au Siam, avait été nommé commissaire général du gouvernement (7 juin 1883). Il quitta Bangkok le 20 juin et arriva le 25 à Saigon, où il s'arrêta pour s'entretenir avec le gouverneur, M. Thomson, et attendre des instructions. En Cochinchine, il put se rendre compte des méchantes intentions de la cour de Hué, car, le 22 juin, le gouverneur avait du faire expulser le consul annamite Nguyen-Thành-Y et le vice-consul Tran-Doân-Khanh, pour agissements contre la domination française, souscriptions en faveur du gouvernement annamite et relations avec les sociétés secrètes. Ces personnages avaient transformé la résidence du consulat en un foyer permanent de cons[)iration et de propagande insurrectionnelle. Autour de la même époque, d'autres individus, Annamites et Chinois, notamment doux gardiens de tombes royales, membres de la famille régnante, furent déportés à Poulo-Condore. Depuis le 5 avril, les relations diplomatiques étaient rompues avec Hue. M. Rheinart, voyant sa sécurité compromise, avait quitté la capitale emmenant tout son personnel.
Le 13 juillet, le D' Harmand eut une entrevue avec l'amiral Courbet et, le 19. il quitta Saigon pour le Tonkin.
Le 20 juillet 1883, trépassait à Hué l'empereur Tir-Dirc. Avant de mourir, il avait choisi pour successeur un de ses neveux, Nguyên- Ung-Ai (flls de son quatrième frère, Kién-Tlioai) qui reçut le nom de Diic-fiiTC. Ce prince ne régna que trois jours ; par ordre du régent, Nguyèn-Vàn-Tu-crng, il fut mis en prison ; on l'y laissa mourir de faim. Sur la proposition de la reine mère, son aïeule, aveugle depuis longtemps, Duc-Bù-c fut remolacé, le 30 juillet, par Vàn-Lâng,
dernier frère de Ty-Dirc et fils posthume de Thiôu-Tr|, qui prit le nom de règne de Hi^p-Hoà . Il était âgé de 37 ans.
Le 30 juillet, M. Harmand eut une importante conférence avec le général Bouet et l'amiral Courbet, dans laquelle fut décidée une action contre Thuân-An (à l'entrée de la Rivière de Hue) avant le changement de la mousson, afin d'amener la cour annamite à composer. L'autorisation fut demandée à Paris et M. Thomson prévenu, afin qu'il dirigeât les contingents de Cochinchine sur Touraue pour le 15 août. Mais déjà se faisaient sentir les néfastes résultats de la dualité des pouvoirs en temps de guerre. Avec la meilleure volonté du monde il devait se produire des divergences de vues qui, plus tard, amèneront un conflit.
Les opérations au Tonkin, entravées un moment par les fortes chaleurs et le retard dans l'arrivée des chevaux d'artillerie, recommencèrent le 15 août à 10 kilomètres à l'Ouest de Hà-Nçi, où les pavillons noirs s'étaient retranchés (combat de Vong). Elles durèrent trois jours, et si elles n'ont pas donné les résultats qu'on en attendait, elles permirent au moins d'occuper la Pagode des Quatre-Colonnes: D'un autre côté, Hâi-Duang était enlevé, le 19 août, par le lieutenantcolonel Brionval, qui avait quitté Ilâi-Phông le 13 avec 300 hommes d'infanterie de marine, 300 tirailleurs annamites, une demi-batterie et les canonnières Yatagan et Carabine,
Tous ces combats, ceux des 15 et 16 août surtout, déterminèrent le général Bouet à demander de gros renforts en France. Le gouvernement métropolitain. était décidé cette fois à agir, et bientôt le ministre put mettre en route un bataillon d'infanterie de marine, 150 fusiliers marins, deux batteries et, peu après, un régiment de marche de la guerre (à 3 bataillons). Ce régiment quitta Alger, le 15 septembre 1883, sur le Bienhoa et le Mytho. En octobre, la Corrèze partait avec un bataillon de fusiliers marins, une batterie et 5,000 carabines pour les auxiliaires tonkinois.