‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 79 sur 146 · PRISE DES FORTS DE THUÀN-AN. TRAITÉ DU 25 AOÛT · texte numérisé non relu

PRISE DES FORTS DE THUÀN-AN. TRAITÉ DU 25 AOÛT

Le 11 août 1883, l'amiral Courbet reçut du ministre de la marine Tordre d'opérer contre Thuûu-An. Il quitta aussitôt la baie d'Along avec le Bayard, VAialanie, le Chdieau-Renaud, V Annamite, le Drac, les deux avisos le Lynx et la Vipère. Comme troupes de débarquements, l'amiral disposait des compagnies du Bayard, de VAlalante et du Château- Renaud, de deux compagnies d'infanterie de marine, une compagnie de tirailleurs annamites (capitaines Monniot, Sorin et Radiguet, aide de camp du gouverneur), deux batteries (capitaine d'artillerie de marine Luce, officier d'ordonnance du gouverneur) et 100 coolies annamites.

Durant les journées du 16, 17, 18 et 19 août, l'amiral reconnut les ouvrages et fit préparer le bombardement. Le 18, dans l'après-midi

les navires étaient venus mouiller devant Thu0n-An et le 20, à cinq heures du matin, Tamiral donna le signal d'ouvrir le feu contre les forts. A six heures et demie, les premiers marins débarquèrent sur la plage, la compagnie de V Atalante (ImiieneLUt de vaisseau Poidioue) enleva deux pièces à la course. A huit heures débarquaient d*autres renforts ; à neuf, marins et soldats pénétraient dans le village et le fort principal. Le feu cessa alors sur toute la ligne. Dans cette première affaire nous avions eu six blessés dont un officier.

Restaient à prendre le fort des Cocotiers et les forts du Sud. La Vipère et le Lynx franchirent la passe et vinrent mouiller sous le feu de ces ouvrages. Les deux avisos, le Bayard, le Château^Renaud et les deux batteries, que le capitaine Luce eut beaucoup de-peine à mettre à terre, engagèrent le combat avec l'artillerie ennemie. Li poudrière du fort des Cocotiers sauta et, dans la nuit, les défenseurs abandonnèrent les ouvrages du Sud qui furent occupés sans coup férir, le lendemain matin, 21 août. I^ prise des forts de ThuAn-An coûta aux Annamites six cents tués et de nombreux blessés.

Le 21 août, le thu-ong bac (ministre des relations extérieures) sollicita une suspension d'armes qui fur accordée à la condition d'évacuer immédiatement les forts entre Thuân-An et Hué, de remettre le Scorpion et le D'Entrecasleaux donnés à Tijr-Birc en 1 874. Le 22, le D' Harmand, commissaire général de la République, accompagné de Tadministrateur principal de Cochinchine, iM. Palasnede Champeaux, se rendit à la capitale sur le Lynx pour y dicter les conditions de la paix .

Le traité préliminaire fut signé le 25 août 188â entre MM. Harmand et de Ghampeaux pour la France et les hauts mandarins Tran- Dinh-Tùc et Nguyèn-Trong-Hiçp, assistés de Huynh-Hiru-Thu-drng pour l'Annam. Les clauses principales de ce traité étaient :

Reconnaissance pleine et entière du protectorat français sur TAnnam et le Tonkin.

Annexion définitive de la province du BUih-Tiiuân à la Cociiinchine pour acquitter la dette due par TAnnam à la France y compris la créance espagnole ^

Occupation militaire permanente de la ligne de ruing'Khuia * et des forts de Thuàn-An.

(1) Le Conseil colonial de Cochinchine, convoqué en session. extraordinaire, vota, dans sa séance du 22 octobre 1883, par 12 voix contre 2, les propositions du gouvernement relatives aux articles 2 et 2K du traité préliminaire de paix :

1» La province du Biuh-Thuân est annexée aux possessions françaises de la Basse-Cochinchine.

2''Les dettes actuelles de TAnnam vis-à-vis de la France sont considérées comme acquittées par le fait de la cession du Binh-Thuân.

(2) C'est le nom porté au Journal officiel àe la Cochinchine. Personne d'a- I)ord n'a pu nous renseigner sur la position ^géographique de ce lieu. Nous ])ensions qui! s'agissait du défilé au bord de la mer à travers la chaîne des Hoàul)-S<rn. V-*-« ••" "-trait du Courrier de Saigon du 20 mai 1866 que nous

Rappel immédiat des troupes annamites envoyées par la cour de Hu^ au Tonkin, dont les garnisons seront remises sur le pied de paix.

Ordre donné aux mandarins de reprendre leurs postes et confirmation des nominations faites par les autorités françaises.

Installation de résidents français assistés de forces suffisantes aux chefslieux de toutes les provinces du Tonkin.

Douanes de tout le royaume entièrement aux mains de la France.

Ligne télégraphique par terre entre Saigon et Hà-Nôi.

Réception du résident de Hue aux audiences personnelles du roi.

Postes militaires le long du Fleuve Rouge et fortifications partout où elles seront jugées nécessaires.

Piastre et monnaies de Cochinchine auront cours dans tout le royaume.

Conférences ultérieures à Hue pour régler le régime commercial, les douanes, les impôts et tous les points de détail.

Le 26 avrils le D*" Harmand relournait au Tonkin^ tandis que M. de Champeaux s'en allait, par le Château-Renaudy à Saigon avec le traité préliminaire qui devait être envoyé en France à la ratification du Président delà République. M. Palasne de Champeaux fut nommé par dépèche ministérielle (parue au Journal Officiel de la Cochinchine, le 1*' septembre 1883) résident de France à Hué.

Reste à savoir ce que valait ce traité. La cour d'Annam était-elle sincère ? Celle de Pékin accepterait-elle la situation ? Les fonctionnaires annamites du Tonkin obéiront-ils aux ordres d'un gouvernement qu'ils considéraient comme n'étant plus libre? Toutes questions auxquelles l'avenir va répondre et qui dépendront, en majeure partie,

de la bonne ou de la mauvaise fortune de nos armes au Tonkin.

Page 1