COMBAT DE PHUNG. DÉPART DU GÉNÉRAL BOUET
Au Tonkin, le D' Harmand s'efforçait à créer une organisation administrative rationnelle, se rapprochant de celle des affaires indi-
donnons à Tappui : < Le 5 mai 1866 au matin, le Cosmao mouillait à rentrée de la rivière Sông Gianh qui est à 80 ou 90 milles plus au Nord que la Rivière de Hu^, et qui forme la séparation naturelle du Tonkin d'avec la Cochinchine, un peu au-dessous de cette grosse chaîne de montagnes que nous appelons Bung-Quioa^ que les naturels connaissent sous le nom de Deo- Ngang et dont le vrai nom est Hoanh-Shoon, prise par les premiers roi de Cochinchine et ensuite par Gia-Long pour le rempart de sécurité de dix mille siècles »
Depuis, le Recueil des Traités conclus par la France en Extrême-Orient (i68i'i902) par L. de Reinach, a levé tous les doutes.A l'article 3 du traité préliminaire il est dit :
c Une force militaire occupera d*une façon permanente la chaîne des
montagnes Dèo-Ngang, qui aboutit au cap Vung-Chùa j» Le Recueil
donne Vung-Kiua,
Eu égard aux noms des localités de TAnnam et du Tonkin que nous citerons subséquemment, nous prions le lecteur de vouloir bien remarquer qu'il ne nous a pas été possible de les accentuer tous, malgré nos eflorts pour avoir leur orthographe exacte.
gènes de Cochinchine. Il chercha aussi à organiser les mih'ccs tonkinoises, s'occupa beaucoup des choses de la guerre, beaucoup trop peut-être au gré du général en chef. Et c'est là que le gouvernement métropolitain avait eu tort. La direction d'une armée en campagne n'est pas chose qui se partage. D ailleurs, de deux suppositions Tune, ou le commissaire civil est un homme de guerre consommé, ou il ne Test pas. Dans le premier cas, il n'y a qu'à renvoyer le général en chef qui fait double emploi ; dans le second cas, nous nous demandons quels conseils, à plus forte raison quels ordres, le commissaire du gouvernement pourra bien donner au commandant en chef *.
Malgré les éventualités de rupture, le général Bbuet fit attaquer les pavillons noirs du côte de Phùng (au Nord-Ouest de Hà-NOi) au delà de la Pagode des Quatre-Colonnes, où ils s'étaient solidement établis ultilisanl les digues du pays. Le combat, commencé le i*'^ septembre, dura toute la journée du 2 avec la coopération des canonnières la Haclie et la Fanfare, L'ennemi dut battre en retraite ; malheureusement, l'inondation ne permit pas la poursuite à travers champs. Les Chinois perdirent dans celte affaire quelque 1.600 hommes. Malgré le succès, il fallut reconnaître que nos adversaires s'ageurrissaient singulièrement, qu'ils attendaient le choc et ne cédaient plus le terrain que pas à pas.
Cependant, les dissentiment^ entre M. Harmand et le général Bouet étaient allés croissant. Il y eut conflit. Tous deux eurent le bon esprit d'îWopter un compromis en face de l'opinion publique si facile à émouvoir chez nous. Le général Bouet rentra en France, le 18 septembre, (t en mission chargé d'éclairer le Gouvernement sur la nécessité d'augmenter considérablement les forces militaires au* Tonkin. d Le commandement supérieur des troupes fut confié au colonel Bichot sous la haute autorité de l'amiral Courbet.
Le colonel, en prenant le commandement des troupes au Tonkin, se trouva devant une situation plutôt difficile vu la faiblesse des effectifs. Le phô ma IIoàng-Ké-Vièm, général en chef des forces annamites, qui s'était établi à So*n-Tày, appuyé par les réguUers chinois et les bandes de Lu-u-Vînh-Phu-ô'c, reftisatl d*obéîr aux ordres de Hué ; des renforts chinois passaient journellement la frontière; les mandarins annamites, envoyés par la cour auprès du commissaire général, ne faisaient rien pour amener l'exécution des clauses du traité du 25 août ; à Hué même, se tramait la perle du souverain.
(!) l.a Coiivenliori envoya des représentants du peuple aux armées, et, certes, ces hommes en savaient autant que les Rossignol, les Santerre qui commandaient les troupes ; ils en savaient plus, immensément plus, lorsqu'ils étaient d'anciens militaires comme Carnot. Pour obliger des traîtres à marclier droit"ou des incapables à ne point se faire battre honteusement par l'ennemi, ces représentants ont eu leur raison d'être. Placés auprès de généraux entendus et républicains, ils n'ont été, le plus souvent, que >s causes d'embarras et de retard dans les opérations.
Les adversaires étaient devenus si nombreux que, sans Tarrivée de gros renforts, on ne pouvait songer à aucune opération de guerre, hors les reconnaissances que la plus simple prudence exigeait d'entreprendre. L'amiral Courbet proposa le concours des compagnies de débarquement, mais le D»* Harmand préféra attendre les renforts devant venir d'Algéi'ie. Le gouverneur de la Cochinchine lui envoyait, en attendant, deux compagnies d'infanterie de marine et cent tirailleurs annamites avec le chef de bataillon Bertaux-Leviilain . Entre-temps, le colonel Bichot avait enlevé Ninh-Binh par surprise et mis une garnison dans la place.