‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 8 sur 146 · DYNASTIE DES LY · texte numérisé non relu

DYNASTIE DES LY

Ly-Thài-Tb {iOiO-iOSS). — Lé-iNgQa-Trieu avait laissé un lils en bas ^ge et une épouse aussi peu digne que celle du fondateur de la dynastie des Dinh. D'accord avec un bonze influent, elle lit proclamer roi le général Ly-Công-Uâu, qui s'empressa de demander la confirmation de son pouvoir à l'empereur. Comme toujours, le Fils du Ciel accorda l'investiture, trop heureux de marquer ainsi sa nominale suprématie.

I^ nouveau roi prit le nom de Ly-Thâi-Tô, et fut le fondateur de la dynastie des Ly. Il sut, par une politique et une administration judicieuses, maintenir la paix tant avec ses voisins qu'entre ses sujets. Sous soli règne, les impôts furent réorganisés ou créés, ainsi que les douanes et les passe-ports. I^-Thành, qui devient délinitiveqient capitale, fut embellie de temples et de palais ; appelée d'abord Dai-La, un songe royal fit changer son nom en celui de Thàng-Long-Thành (capitale où est apparu le dragon) ; ce sera, comme nous l'avons déjà fait remarquer, le futur Hanoï.

/.2/-7'/im-r(;w/7 (iOi?^-/a54), — Ly-Thâi-To mourut en 1028. Son fils aîné PhAtMa — qui {)rit plus tard le nom de Ly-ïhai-Tông — soutenu par l'armée, dut, pour lui succéder, combattre ses trois frères révoltés. L'un d'eux fut tué et les deux autres se soumirent enfin loyalement à l'autorité du nouveau roi.

Après ses frères, vint le tour des gouverneurs de [)rovince. Quinze années durant, le roi eut à guerroyer contre ces ambitieux et peu patriotiques personnages. Puis ce furent lesCiampois, qui, pendant les troubles intérieurs, avaient pillé la côte anuamite. Le roi les vainquit dans la première rencontre, leur prit 5.000 hommes et 30 éléphants de guerre. La capiUUe du Giampa fut enlevée et livrée au pillage. Mais Ly-Thài-Tông, soucieux d'augmenter la population de son royaume, distribua des terres aux prisonniers ciampois, leur permit de créer des villages comme dans leur propre pays et de leur donner les noms de ceux qu'ils avaient habités au Ciampa.

Ku 1048, ce fut une guerre contre fAi-Lao que le roi entreprit. Comme ici nous allons retrouver d'anciennes tribus de Giao-Chî et

que très souvent encore TAi-Lao sera un élément de révolte contre la domination annamite, nous allons en dire quelques mots.

Le pays d'Ai-Lao comprenait le partie montueuse de la province appelée Âi-Chau, qui forme aujourd'hui le Thanh-Hoâ et le Ninh- Binh.

D'après certains écrivains, ce pays aurait été le refuge de quelques familles du Giao-Chî qui, retirées dans les montagnes, en dehors du rayon d'action des gouverneurs chinois, avaient réussi à conserver leurs anciens usages et leur antique organisation politique. Les chefs, petits seigneurs féodaux^ très indépendants, et très jaloux de prérogatives qu'ils eussent certainement perdues en ralliant les descendants policés et métissés de leurs ancêtres communs, ne se souciaient nullement «l'un contact quelconque avec l'Annam. Durant plusieurs siècles, nous allons les voir se battre tenaces, acharnés pour leur indépendance.

Ly-Thài-Tông envoya contre eux une armée qui les soumit et ramena de nombreux prisonniers.

Comme administration, nous constatons la diminution des impots (|ui écrasaient le peuple après toutes ces guerres, Tinstitution de retraites pour les vieux mandarins et un édit contre l'esclavage. Cet édil resta malheureusement lellrc morte, l'esprit du peuple n'était pas encore arrivé à comprendre que la société humaine n'a le droit d'enchaîner lun quelconque des siens que s'il devient (ou furieux on criniiiïel. C'est encore à ce règne que remonte rinslitnlion des tram, ou relais de poste, et la découverte de l'art de brocher la soie.

Tous les Ly, mais plus pailiculièrement Ly-Thai-Tông, se montrèrent dévoués au bouddhisme. Nombre de pagodes et de bonzeries finent élevées sous son règne ou enrichies par la munificence rojale.

Est-ce à dire que le bouddhisme se pratiquait, sous cette dynastie, dans toute sa pureté ? Nous ne le pensous pns. Les Annamites d'alors ne se seraient certainement pas plus astreints, et peut-être moins que ceux d'aujourd'liui, à suivre striclemeut les observances de la religion. Leur culte a dû se borner, en ce temps, comme de nos jours même, à une série de formules et de pratiques mêlées de superstitions ou rites hérités des anciens habitants du Oiao-Chî.

Ly-Thai-Tông mourut en 1054, laissant le souvenir d'un bon administrateur, d'un habile soldat et, par-dessus tout, d'un grand cœur

Ly-Thdnh'Tông f iO;5^-y07t^y.-Nhirt-Ton,nis de Ly-Thâi-Tông, succéda à son père sous le nom de Ly-Thanh-T6ng. De nature bienfaisajite et douce, il soulagea tant qu'il put les souffrances du peuple, évita la guerre, les circonstances s'y prêtant, et ne lit qu'une seule expédilion militaire durant tout son règne. Ce fut pour châtier les Ciampois qui venaient encore de dévaster les provinces limitrophes. Après neuf mois d'une lutte épuisante pour le royaume, il

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était sur le point de quitter la partie, lorsque, se ravisant, il fit un brusque retour offensif, surprit les Ciampois et les défit si bien qu'ils durent lui céder trois de leurs provinces : le Quàng-Nam, le Minh- Linh et le Bô-Chành.

Il est probable que Ly-Thânh-Tông ne sut ou ne voulut pas nationaliser sa conquête territoriale, car plusieurs fois, dans la suile, nous verrons le Ciampa^ contraint par les armes, à céder ces mêmes provinces aux rois d'Annam.

Ly-Thénh-Tông mourut en 1072. Son nom est resté populaire tant par sa grande bonté d'ame que par la construction de la tour de Bâo-Thién, un des plus beaux édifices du royaume.

Celle tour fut élevée dans Tenceinte de la pagode de Siing-Kh;inh, située au quarlier de Bâo-Thién, village de Tién-Th|, huyAn de Tho- Xu-orng (Hanoï). L'édifice avait 12 étages et une vingtaine delru-rrug * de hauteur ; il portait une cloche de 12.000 livres ^.

Ly-Nhmi'Tông (1072-1 127). — Le feu roi laissîi le trône à un enfnnt de sept ans, Càn-Birc, qui prit le nom de Ly-Nhan-Tong, et auquel la reine-mère aurait bien pu faire perdre sa couronne par le massicre qu'elle ordonna des soixante-seize femmes de son époux décédé. Mais tel était déjà le respect pour la royauté, que nul ne pensa à venger le crime.

Mais si Nho-n-Tông, grAce au prestige de sa dynastie, n'eut rien à redouter de son pays, il n'en fut pas de même avec la Chine. Les empereurs n'avaient pas encore renoncé a s'annexer l'Annam. Une armée chinoise se présenta. Elle fut battue entièrement par le général annamito,Ly-Thirô'ng-Ki^t. Ce voyant, l'empereur fit alliance avec les Ciampois et les Cambodgiens, puis revint à la charge. Effrayés d'abord, les Annamites furent pris d'un grand enthousiasme à la suite d'un oracle que le rusé Ly-Thu-6*ng-Ki()t fit prononcer.

Profilant de Télat d'esprit de ses troupes, il les mena sur-le-champ contre l'ennemi qui fut repoussé. Mais comme la Chine, restée seule, s'était maintenue dans la province de Quâng-Nguyèn et menaçait d'éterniser cette guerre, le roi d'Annam, habilement conseillé, renvoya spontanément ses prisonniers chinois. L'empereur feignant de croire à une soumission, mais au fond très heureux de se retirer, fit évacuer le Quang-Nguyèn par ses soldats et conclut un traité de paix.

Vers 1110, le roi manda une ambassade en Chine, dans le but princi|)al d'acquérir des livres. Après des difficultés dues aux lois

<l) Le tivç-ng représente dix thirôc. et celui-ci, unité des mesures de IdMjîueur^ vaut une cin<iuantaine de ceiitiinèhvs (voir pour plus de détails nos Institutions annamites. Tome II, jjajje !2iO et suivantes). La tour avait donc environ 100 mètres de hauteur (?).

(2) S'il faut entendre par livre le cân moderne, ou GîJi gr. 800, la cloche eût pesé 7.497 kgr. 600.

prohibitives concernant la matière, Tempereur finît par antoriser les acli;its, sauf en ce qui concernait ^les ouvrages Irailanl de Tastronomie, des sciences occultes, des sorts, de l'art militaire et du système de défense des frontières.

liy-Nho-n-Tong mourut sans enfants en 1127. La paix et la prospérité régnaient au-dedans, la crainte et le respect au-deliors-

Ly-Thân-Tông {ii28 a. p. 12^ L i i57) <. — La couronne échut à Duang-Iloan, neveu du feu roi, qui adopta le nom de Ly-Than- Tông. Son règne, abrégé par une maladie, fut des plus tranquilles. Les mesures qu'il prit dénotent d'ailleurs un prince juste et humain. La nombreuse armée qui privait l'agriculture de tant de bras fut organisée en deux bans servant alternativement six mois. Il accorda une amnistie générale à tous les condamnés des règnes précédents et fit restituer à leurs propriétaires les biens confisqués par l'Klat. Dans un autre ordre d'idées, il interdit aux mandarins de marier leurs filles avant que le choix des femmes du harem royal ne fut arrêté.

Lij'Anh'Tàng (d 137-1175). — Son fils fut proclamé roi à VAge de trois ans. Ux reine-mère' prit la régence.

En 1 142, un bonze du nom de ThAn-Lçri, qui se prélend.iit fils de Ly-Nliau-Tong, réunit des partisans et se proclama roi. Après un premier succès, il voulut entreprendre le siège de ta capitale, mais fut battu, poursuivi et pris par le général Uo-Anh-Vô. Conduit à la cîipilale, il subit la peine de mort avec une vingtaine de ses complices.

Onze ans plus lard (115*3), un prétendant ciampois voulut de même renverser Chè-Bi, le roi du Ciampa. Il sollicita et obtint de Ly-Àuh-Tông des troupes. Lui aussi fut battu, mais Chè-Bi n'osa venger l'injure et envoya une ambassade chargée de présents au roi d'Annam.

Du côté de la Chine, les compétitions au trône se poursuivaient. C'étaient les Toiiget les Kim qui se disputaient l'empire. Les deux partis envoyèrent chacun une ambassade à Ly-Anh-Tông f 1169), qui les traita magnifiquement, sans rien leur accorder. Il attendit l'issue de la lutte.

En 1174, l'empereur des Tông le pria de lui céder quelques éléphants pour la cérémonie du sacrifice au ciel. Mais le roi d'An-

(1) Le premier nilUésime répond toujours à la première année de règne non à Tannée de l'avènement, comme le second millésime indique la dernière année de régne et non celle de la mort ou de Tabdicafion. L'abréviation fl. p. ^=1 année précédente, ce qui veut dire que Tavènement du souverain a eu lieu Tannét^ précédente, ci-dessus à la 12e lune.

Nota. A partir de l'année It^S, nous donnons, pour les avènements et fins de règne, les dates d'après les Synchronismes Chinois du P. Mathias Tchâng publiés en 1905.

nam ue voulut rien accepter et lit cadeau à l'empereur de quinze éléphants richement ornés et conduits par une ambassade spéciale jusqu'à Pékin. (D'habitude les cadeaux royaux étaient remis au gouverneur du Quàng-Si.)

Voilà tous les faits siiillauts du règne de ce prince, qui s'est laissé mener sa vie entière par quelques mandarins et autant de favorites. Personnellement peu mêlé aux affaires de l'Etat, il parut sortir un moment de sa torpeur vers 1 17:2, où il entreprit une série de voyages à travers son royaume. C'est au cours de ces déplacements ([u'il ordonna de dresser une carie du pays, la première dont l'histoire fasse mention.

Son lilsaîné Long-Xu-o-ng, qui avait été dégradé pour s'être introduit dans le sérail du roi, fut, pour la même raison, écarté de la succession au trône, et Ly-Anh-Tông désigna sou sixième (ils, Long- Càn, comme devant le remplacer.

Le roi mourut en II 75.

Lii'Cao'Tông (117 H a. p. 7»^ Li'JlO). — A la mort de son p.Ve, Long-Cân — qui prit le nom de Ly-Gao-ïùiig n'avait ((ne trois ans. La reine-mère prit la régence et,à Texpiralion du deuil chî Ly-Anh Tông (1178), elle tenta de faire casser le testament du feu roi en faveur de son lils ahié Long-Xuô-ng. Mais tels étaient encore le respect et l'attachement à la dynastie des Ly que le corps entier des fonctionnaires de la cour s'y refusa .

Vers cette époque, l'Annam s'était élevé à un haut degré de puissance par rapport à ses voisins. Eu 1186, Tempereur des Tdng envoie une ambassade. En 1190, le roi du Cambodge en mande une également pour présenter ses hommages. En 1197, des envoyés ciampois viennent demander à la cour d'Annam l'investiture pour leur nouveau roi .

Cependant la paix était loin d'être absolue. Bo-Trî, un neveu du roi des Ciampois, qui était venu sur le territoire annamite pour demander aide contre son oncle, fut sur le point d'être arrêté comme espion. L'était-il en réalité ? L'histoire ne l'a pas prouvé. Toutefois, B6-Tri prévenant le dessein du gouvernement annamite, réunit promptement une poignée d'aventuriers, battit les soldats envoyés à sa rencontre, ravagea le NghO-An et disparut pour toujours.

Après Bo-Tri, ce furent les troupes chinoises qui firent des incursions, et, pour comble de malheur, un roi sans grand souci des affaires publiques, débauché, vivant au milieu d'une cour et de fonctionnaires tous plus dépravés et plus corrompus les uns que les autres. La dynastie <les Ly s'acheminait visiblement vers sa perle.

En 1206, Ph;.mi-l)u, le gouverneur du Nghç-An, fut accusé de vouloir se rendre indépendant. Le général Ph^m-Bînh-Di, un de ses ennemis, marcha contre lui. Mais, au lieu de l'attendre, Pham-Du rallia la cour, se justilia dans l'esprit du roi et accusa le général,

qiii, entre-temps, avait fait raser la maison et confisquer les biens du gouverneur.

A son retour, Pham-Bîiili-Di fut arrête ainsi que son fils. Les troupes s'insurgèrent, réclamuit leur chef. Pour toute réponse, le roi tua de sa propre main les deux prisonniers. Mais le flot de la rébellion grandit, les portes du palais furent enfoncées et Ly-Gao- Tong ne dut son salut qu a la fuite.

Les révoltés mirent sur le trône le fils cadet du roi fugitif. Cependant, quelques mois plus tard, le fils aîné Sam, qui avait été recueilli à Hâi-A par la puissante famille Tran-Ly, prit une épouse dans cette famille (il avait 16 ans); et, grâce aux subsides, aux troupes levées par son beau-père, il rétablit, sous la direction de celuici, Ly-Cao-Tông sur le troue. Le roi mourut peu d'années après (1211), laissant le souvenir d'un prince cruel, lûche et débauché.

Au moment de sa fuite^ un ambitieux quelque peu hardi eût pu s'emparer du trône, "mais le nom des Ly avait encore un tel éclat que personne n'osa. Toutefois, le premier coup avait été porté. La fuite avait affaibli le prestige, comme le retour à la suite d'un protecteur avait miné la puissance et la confiance. La disparition de la dynastie était proche.

LyHuê-Tông (1211 a. p, 10^ 1,-1225).— Ce fut Sam, le fils aine du roi défunt qui lui succéda sous le nom de Ly-lIuê-Tông. Les Iran, parents de la reine, et auxquels le roi devait son trône, étaient venus à la cour comblés d'Iionneui-s et de faveurs. C'était un bien pour le pays, les Tran élaient habiles et énergiques, tandis que Ly-Huç-Tông, mou, éloigné de tout travail, était devenu dément. Grâce à la vigilance des Tran, le pays revit un peu d'ordre dans son administration.

Au bout de quatorze ans de règne, toujours faible d'esprit, le roi abdiqua en faveur de sa fille Chiéu-Thanh et se retira dans une pagode (il mourut en 1126). C'était une grave infraction au principe qui régit l'ordre annamite de succession au trône. Mais, sans doute, Tran-Thû-DO, le véritable chef du gouvernement, trouvait cet acte propice à ses ambitieux desseins, et s'il ne le suggéra point au roi, du moins l'approuva-t-il pleinement.

L^-ChiêU'Hoàng (1225). — Presque dès son avènement, la jeune princesse, qui prit le nom de Ly-(ihiêu-IIoàng, se choisit pour mari Tran-Cânh (le neveu de Tran-Thû-Do), auquel elle céda le trône. La malheureuse avait, sans doute, cru sacj'ilier sa courorme à un bonheur plus intime. Elle ne trouve chez les Tran qu'ingratitude et ignominie.

Au bout de quelques années, le jeune roi, qui n'en obtenait point d'enfants, lui retira le titre de première reine, et, finalement, la donna a comme récompense » à Lé-Phy-Trân, un de ses généraux.

Avet elle disparaissait celte dynastie des Ly si bienfaisante, si valeureuse, si robuste de bon sens dans les premières générations, et qui, de même qu'un arbre ^vieilli, s'était lentement épuisée. D'autres dynasties la suivront, et feront comme elle. Leur œuvre terminée, elles disparaîtront à leur tour pour faire place à des générations d'un sang autre, nouveau, plus énergiques, plus puissantes et plus capables de travailler au bien du peuple contemporain.

DYNASTIE DES TRÂN

nàn-ThàùTông (1225-1258). — Le chef de la nouvelle dynastie qui s'était fait appeler Trln-Thài-Tông, ne tenait pourtant pas les rênes du pouvoir. Le vrai maître de TAnnam était son oncle, le ferme, l'habile, mais certes aussi le peu scrupuleux Tran-Thû-DO, qui avait la haute main sur les aflaires publiques et sut toujours la conserver.

Les treize premières années se passèrent en manœuvres pour consolider la dynastie. Trsin-Thû-BO fit sentir brutalement au vieux roi L^-Huf-Tông qu'il était de trop et celui-ci se pendit peu de jours après. Puis Thù-l>0» avec un manque de sens moral qui stupéfie, épousa la propre femme de sa victime ; autre moyen de détruire l'ancienne race royale. 11 fit plus. Pour assurer la succession au trône il obligea le jeune roi, malgré sa fuite et son opposition, à prendre pour épouse la sœur aînée de l'ancienne reine, Ly-Chiêu-Hoàng, mariée déjà au frère du roi (Lieu) et qui était enceinte de trois moisi

Vers 1441, TrSn-Thâi-Tông eut à combattre les troupes chinoises des Toug qui venaient d'envahir le territoire de Lu-o-ng-Chau (aujourd'hui partie du Quâng-Si).

A peine débarrassé des agresseurs chinois, il dut se retourner contre les Ciampois dont les méfaits se poursuivaient toujours. Leur reine Bo-Da-La fut emmenée prisonnière ainsi qu'une partie de la population. Tran-Thâi-Tông leur donna des terres incultes et les obligea ainsi à défricher les plaines du Tonkin.

Enfin, un adversaire plus formidable se présenta. C'était l'armée tartare de Koubilaï (le petit fils du terrible Gengis Khan) qui, après avoir renversé les Tông en Chine, faisait poursuivre ce qui restait des troupes de la dynastie déchue *. Sans respect pour la frontière, Chinois et Tartares passent sur le territoire de Tran-Thâi-Tông et l'armée annamite envoyée contre les poursuivants subit un premier

(I) Koubilaï, né en 1214, mort en 1294, fonda en Chine la première dynasUe tartare-mongole, appelée par les Annamites Nguyên jet par les Chinois Yuen (nom de la famille des Khans de Mongolie). Koubilaï, empereur, est connu sous le nom de Nguyôu-Thdi-1^. 11 entra en Chine en 1250, mais ne parvint à en finir avec le dernier des empereurs Tông "«'«*** ^^^8, où celui-ci acculé se jeta à la mer.

échec. Peu après, renforcée, elleînfligea quelques insignifiants \v\'or<^ aux Mongols, qui pourtant, se retirèrent. Quant au roi d'Annom, il jugea prudent de se soumettre à la nouvelle dynastie impériale. Tran-Thâi-Tông reçut uneambassade et consentit à envoyer un tribut i

tous les trois ans. I

A côté de ces guerres, le roi s'occupa également d'œuvres plus pa- '

cifiques. Il divisa le royaume en douze bg, régla Timpùt Toncicr, Ht |

construire des digues le long des fleuves pour empêcher les ravajîes ,

des inondations annuelles ; réglementa le traitement des mandarins, ;

réorganisa la hiérarchie et rétablit les examens des lettrés dont la pratique s'était perdue.

En 1258, Tran-Thâi-Tông abdiqua ou, pour mieux dire, associa Khoân, son fils (?), aux affaires du gouvernement que le vieux Thù- DO dirigeait toujours, sans que l'histoire nous ait dit quelle fut sa part et celle du roi dans les affaires de ce règne.

Trân-Thành'Tông (^1358-1278). — Khoân, appelé au trône par l'abdication de son père, prit le nom de Tran-Thânh-Tông. D'un caractère doux et égal, il régna, les premières années entouré des conseils de l'ancien roi et de son grand oncle Tran-Thu-B<) K Par une administration sage et intelligente, il gagna les derniers opposants à la dynastie Trân.

Ce fut ce roi qui ordonna au savant lettré Le-Vân-Ufru do rédiger les annales du pays, depuis TriÇu-Vô-Bé jusqu'à Ly-Chiou-Hoàng. Protecteur éclairé des lettres, il n'oublia point pour cela de veiller à ta défense du pays. Il réorganisa sans bruit son armée, et, pour la rendre plus maniable sans doute, la divisa en quân de 2.400 hommes, comprenant chacun 30 dô à 80 hommes. C'était agir sagement, car la cour de Bâc-Kinh (Pékin) veillait et n'attendait qu'une occasion pour lancer ses Tartares sur le pays d'Annam.

A l'imitation de son père, il abdiqua (1278) en faveur de son fils Khâm qu'il guida jusqu'à sa propre mort arrivée douze ans plus tard.

Trân-Nhan-Tông (1279 a. p. 10^ 1.-1293). —U\ paix avait régné sous le père, ce fut la guerre qui sévit sous le fils. Mais celuici, comme celui-là, aura droit à la reconnaissance du peuple, il ne faillira pas à sa ti\che.

Khàm, dont le titre dynastique fut Tran-Nho-n-Tông, reçut le choc qui, depuis des années, menaçait TAnnam.

L'empereur de Chine, Nguyèn-Thâi-Tô (Koubilai), avait intimé au roi l'ordre de se rendre à la cour impériale. Celui-ci se contenta d'envoyer un ambassadeur, et l'empereur, fort en colère, lui nomma un sucesseur dans la personne de son propre ambassadeur, qu'il renvoya en Annam escorté d'un millier de soldats.

(i) Trlo-Ttiu-B^ mourut eu 1264.

Tran-NhaQ-Tông ne tînt aucun compte du décret impérial et se prépara à combattre.

]1 n'attendit pas longtemps. En 1 28:2, une armée tartare de 500.000 hommes, disent les annales, se présenta demandant le passage pour aller châtier les Ciampois. Edifié sur les vrais desseins de cette armée, il refusa. Les Mongols, levant alors le masque, envahirent le pays. Leur entrée fut un succès. Les troupes annamites durent se replier derrière le Fleuve llouge ; elles y reçurent la bataille et furent vaincues.

L'on commcnç^iit à désespérer. Tran-fch-TAc, oncle du roi, lit défection caressant l'espoir de monter sur le trône. Le roi et son père s'étaienl retirés dans le Thanh-lloa.

Un des généraux ennemis, Toa-Do, avait déjà pu faire une expédilion au Cianipa, et en revenait, lorsque Tran-Nhan-Tông, autour duquel le peuple s'était groupé en masse, fit attaquer par de fortes colonnes les corps séparés des Tartares. Il détruisit les uns, et refoula lîîs autres hors d'Annam.

En 1280, Tempereur de Chine, pour venger Téchec de ses armes, fit attaquer les Annamites par terre et par mer. Cette deuxième invasion réussit bien moins que la première. L'armée et les navires furent pris ou détruits. Les trois principaux généraux tartares tombèrent entre les mains du roi. Mais celui-ci, heureux d'en avoir fini, n'écoulant que son grand c(eur, accorda une amnistie générale à tous ceux qui avaient entretenu des relations avec l'ennemi ; seul le traître Tran-lch-Tâc fut exclu et rayé de la liste des membres de la ftimille royale.

Quoique vainqueur, le roi jugea utile de faire des avances à la cour de Pékin. Il renvoya à fempeieur tous les généraux prisonniers ; mais Omanln, un de ceux-ci, qui s'était rendu particulièrement odieux, fut embarqué sur une jonque qui « coula » avec le prisonnier.

Ces deux campagnes, sanglantes s'il en fût, avaient certainement aRaibli le pays. L-es peuples voisins, profilant de cet étiit de choses, s'ngitaiiiiit, et, ronime toujours, l'Ai-Lao se trouvait eu tète. Tran- Nliau-Tông résolut de frapper un coup. 11 fit une rapide et victorieuse expédilion à tiavers ce pays. L'Ai-Lao maté, personne ne songoa plus à remuer.

Cependanl,quel(ine glorieuses qu'aient été ces guerres, TAnnam se Irouvait a boul . 11 avait défendu son indépendance et s'était ruiné. Plus de travaux des champs, partant plus de riz ; la famine s'en môla. Pour adoucir les maux du peuple, le roi fit ouvrir les greniers de TElat et, après bien des misères, bien des pertes, la prospérité revint et l'abondance avec elle.

Mais N^nyén-Thai-Tb, l'irrasciblc empereur tartare, n'avait point encore abdiqué ses prétentions. Eu 1292, il ordonna derechef au roi d'Annam de lui rendre hommage en personne, et ce dernier, comme

autrefois, déclina. L'eraperour furieux, fît jeter Tambassadeur annamite en prison et prépara une nouvelle expédition. Il avait alors quatre-vingts ans. Heureusement pour TAnnam et peut-être encore plus heureusement pour Tcmpereur, la mort de celui-ci mit un terme aux apprêts militaires. I^c successeur de Nguyèn-Tliâi-Tô, plus sage et mieux renseigné sans doute, laissa partir l'envoyé annamite.

En 1293, Tran-Nho'n-Tùng, suivant la pratique de ses prédécesseurs, appela au trône Thuyèn, son fils aîné (qui prit le nom deTran- Anh-Tông). Son abdication ne Tempêcha point toutefois de gouverner jusqu'à sa mort survenue en 1308 .

Tràn-Anh-Tông (J293-I3i4). — Le nouveau souverain avait 18 ans lorsqu'il monta sur le trône. Léger et inconséquent, il commit diverses escapades à la suite desquelles son père résolut de donner le trône à un autre de ses enfants. Mais touché des larmes, aussi du regret de son fils, il n'en fit rien et- n'eut pas à s'en repentir.

A dater d'Anh-Tông (qui ne voulait pas se soumettre à l'opération), disparait, pour les rois, l'habitude de se faire tatouer l'image du dragon sur les jambes .

En 1296, l'Ai-Lao, toujours battu jamais dompté, se révolta de nouveau. Le vieux roi conduisit en personne son armée contre les rebelles. Il ramena du butin et de nombreux prisonniers.

En 1305, le Ciampa, à loccasion du mariage de la princesse annamite Huyen-Trân avec le roi ciampois Ghé-Màn, cédaà l'Annam, comme don de noce, les deux provinces 0 (Hoâ-Châu) et Ri (Thuân- Chàu). Toutefois, les habitants de ces pays ne furent pas sans protester. Après la mort du roi Chê-Mân, qui survint un an plus tard, l'Annam dut envahir encore une fois le Ciampa pour y faire acte de suzerain et de justicier.

A part ces deux expéditions militau'es, le pays vécut en paix sous un prince très religieux et grand amateur des lettres. En 1314, il abdiqua laissant le trône à son fils Manh. Sa mort survint six ans plus tard.

Tràn-Minh'Tông {13d4—13êf)). — Le règne de ce roi fut des plus pacifiques. Tous ses soins se portèrent sur les affaires intérieures. 11 reconstitua la hiérarchie des mandarins, réduisit le personnel trop nombreux; interdit les procès entre proches parents (1315); modifia le recrutement des soldats qui, jusqu'alors, étaient levés sans que l'on s'occupât de leur conformation physique; il abolit également le tatouage obligatoire dans l'armée.

Une tache souilla néanmoins son règne. A la suite de rivalités d'influences au palais^ il <:ondamna le père de la reine, accusé faussement de trahison, à mourir de soif et de faim. La vérité ne se lit jour que deux ans plus tard, et le roi qui avait été si cruel pour sou

innocent benu-père, ne fil que dégrader le mandarin accusateur. Il est vrai qu'il ordonna de couper en morceaux le faux témoin — serviteur de la victime — ne frappant de ses rigueurs qu'un misérable, vil instrument aux mains du principal coupable épai^né par la faiblesse royale.

En 1329, le roi fit couronner son fils Vu-Q-ng sous le nom de Tran-Hién-Tông, mais continua de diriger les affaires durant tout le règne de celui-ci.

Tran-Hién-Tông (1329-1341). — Sous la domination de ce prince, qui est mort trop jeune pour avoir pu prendre une part sérieuse au gouvernement, rien de bien saillant ne se produisit hormis une expédition contre TAi-Lao (1331) qui échoua, et une aiitre contre les Mois de Ngû-u-HSu (1337) qui fut couronnée de succès.

L'Etat jouait vis-à-vis de ces principautés le même rôle de suzerain que la Chine assumait à Tégard de l'Annam. C'était toujours en suite d'incursions ou de refus de payer le tribut que les expéditions annamites avaient lieu. Et l'on peut se demander pourquoi le gouvernement ne donnait pas, à ses petits mais remuants vnssiinx, des lois et desinstitutions administratives semblables à celles de ÏSnnam, qui eussent dû hAter une très nécessaire assimilation. C'est que, sans doute, l'esprit de ces peuplades était réfraclaire à tout changement dans leur organisation sociale, tandis que le climat, peu favorable aux Annamites, et le sol, hérissé d'iiccidenls, empêchaient non seulement le séjour prolongé, mais aussi les moyens réguliers de ravitaillement. Llmposition des lois, par la force, était donc impossible.

Tran-Hie'n-Tùng fut emporté brusquement par une maladie à l'iige de 22 ans, et sans qu'il laissât d'héritiers directs.

Trân'Dù'Tôfip (1341-1369). — Ce fut le jeune frère du roi défunt, Câo, qui lui succéda sous le nom de Tran-Dû-Tong, et l'ancien roi, son père, continua, comme sous le règne précédent ei encore quinze années durant, à diriger les affaires de l'Etat.

Les premier temps du règne furent attristés par bien des c;damités: sécheresses, inondations, épizoolies, maladies, famines, rébellions, toutes choses qui se tiennent et se soutiennent.

En 1346, une campagne victorieuse contre l'Ai-Lao. En 1353 et en 1366, deux campagnes malheureuses contre le Ciampa. Aussi les pirates de ce pays continuèrent-ils d'autant plus leurs déprédalions que vers celte époque, le commerce avec Tintérieur était devenu florissant, et que les navires de l'étranger venaient en grand nombre visiter les côtes d'Annam.

C>ci «Aiifi pji règne que les Nguyèn furent renversés en Chine par le ^ ^ laboureur, qui devint le fondateur de l'illustre

dynastie des Miuh (Iâ55). Après plusieurs années d'Iiésitalion, le roi d'Annam voyant que les Minh restaient définitivement maîtres de l'Empire, se décida à envoyer une ambassade saluer le nouvel empereur.

Tran-Dû-Tông mourut en 1369 sans laisser d'héritier direct.

Trhn-Nffhê'Tômj (1370-1372). —k la mort de Dû-Tông, le trône devait échoir à l'un de ses frères, mais la reine douairière, veuve de Tran-Minh-Tônj:, fit couronner un prétendu petit-fils de ce roi, Nhirt-I^. Et telle était déjà l'indolence de l'héritier légitime, le prince Phù, qu'il ne se décida à faire valoir ses droits que sur les instances de la princesse Tri$u-Minh et les représentations de tout son entourage.

Phû se retira dans les montagnes et fut bientôt rejoint par le gros de l'armée. La plupart des mandarins étaient pour lui. Nliirt- Lè, trahi, abandonné, dut se soumettre. Il fût jeté en prison et exécuté.

La mère de Nhirt-Lè s'était retirée entre-temps au Giampa, d'où une expédition, partie sur ses conseils, vint ravager le pays et brûler la capitale.

Les énergiques Tran d'autrefois n'étaient plus, et leur incapable petit-fils put voir du lieu où il s'était réfugié^ ses palais embrasés et ses richesses pillées.

Au bout de trois années de règne, fatigué du pouvoir qu'il n'était pas capable de tenir, il abdiqua en faveur de son frère Canh qui prit le nom de Trân-Duç-Tông. L' ex-roi se retira et mourut tranquillement à Tàge de 74 ans.

Tran-Duê-Tông (1373 a. p. iU 1,1377). — Le nouveau roi. onzième fils de Tran-MInh-Tông, était certainement un soldat courageux, mais son intelligence ne semble pas s'être trouvée à hauteur de ses bonnes intentions. Il réorganisa l'armée, surtout les services de l'arrière qui se faisaient horriblement mal depuis que les hauts grades n'étaient plus distribués qu'à des favoris. Mais s'il donna moins aux favoris, il vendit des charges pour remplir les cofl'res de l'Etat, ce qui ne valait pas mieux .

L'administration du royaume, sous la main débile des derniers Tr^n, était dans un état de décomposition que Du^-Tông ne sut pas arrêter.

En 1375, le roi de Giampa, Ché-Bong-Nga, envahit la province de Hoâ-Châu (Hue). Une armée fut dirigée contre lui. Effrayé, le roi ciampois demanda la paix et envoya de riches présents. Malheureusement le mandarin commandant la frontière, tio-Tûr-Binh, garda les présents et fit un rapport défavorable à Ghé-Bông-Nga. Le roi d'Annam fort irrité, ordonna la marche en avant. Lui et son armée, trompés par l'ennemi, tombèrent dans une embuscade et furent la

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plupart massacrés. Le roi péril dans cette affaire. La flotte qui convoyait rarniée de terre put heureusement se retirer. Elle était commandée par le haut mandarin Lô-Qui-Ly dont l'histoire va reparler.

Tràn'Phê-Dê(i377'd388). — Le roi qui venait de tomber sur le champ de bataille^ laissait le pays dans un désordre plus grand que jamais. Comme l'ancien roi Tran-Ngh^-Tông n'avait pas d'héritiers directs, il désigna pour succéder à Trîîn-DuO-Tông le fils aine de ce dernier, Kiéu, qui était en même temps son propre neveu.

Le jeune prince (il avait seize ans) reçut de l'histoire le nom de Tran-Phe-Dé. * Honnête, mais faible, il n'était pas taillé pour son époque et resta toujours sous la tutelle de son oncle qui lui-même était gouverné par le mandarin Lé-Qui-Ly.

A son avènement, la Chine fit des difficultés pour envoyer l'ambassade d'usage. La dynastie des Minh, solidement établie, voyait celle des Tran s'affaiblir chaque jour et l'Annam devenir une proie facile à saisir.

Les Ciampois recommencèrent les incursions. Un de leurs prisonniers de guerre, le prince annamite Ûc, devenu gendre du roi Ché- Bông-Nga, fut nommé par eux chef de la province du Ngh$-An ; des mécontents vinrent se grouper autour de lui.

Le roi d'Annam, pour faire face aux exigences du moment, dut augmenter les impôts, ce qui détermina une révolte promptement réprimée (1381). Une armée sous les ordres de Bo-Tir-Binh, et une flotte, commandée par Lê-Qui-Ly, marchèrent contre les Ciampois qui furent battus (1382).

Mais, Tannée suivante, ceux-ci reprennent leurs incursions et ce n'est qu'à grand peine que le général annamite Nguy^n-Ba-Phu-ang réussit à leur faire quitter un territoire qu'ils avaient totalement ruiné.

Pour comble de malheur, la Chine exigea un fort tribut et le passage sur le territoire annamite afin de soi-disant envoyer une ambassade au (lliampa. Le vieux roi Ïraa-Nghé-Tôug sentit bien le piège, mais n'osa point refuser. Cependant la Chine crut devoir attendre, l'Annam lui paraissait encore trop redoutable.

Entre-temps, Ngh^-Tông avait eu deux enfants. A l'instigation de l'ambitieux Lé-Qui-Ly, il fit descendre du trône Phê-tié pour y mellre sou fils cadet Ngung qui prit le nom de Tran-Thu;]iu-Tông. Peu de temps après,' Phe-Bé, qui avait ordonné à ses parlisan^la soumission au nouveau roi, fut étranglé. Lé-Qui-Ly montait par le crime au faite de la puissance.

Tran-Thuân-Tôny {1388-1398). — Le nouveau roi âgé de treize ans, et (jui mourut assassiné à l'âge de vingt-deux, n'eut du roi que

(1> ' " vettet, laissef', abandonnei' ; Bê :=Roi; Tran-Phe-Be

-Bile nom. Le pouvoir se trouvait aux mains de Lc-Qui-Ly qui ne s*cn servait que pour ses propres fins. Dans le but d'y mieux arriver, il fit épouser à Tran-ThuAn-Tông sa fille aînée. Mais plus audacieux qu'habile, plus ambitieux que capable, il subit souvent des échecs, dont il se vengeait en faisant exécuter ceux qui lui déplaisaient.

En 1390, Lè-Oui-Ly fut battu par les Ciampois, il déserta l'armée et Ngnyen-Ba-Phu-o-ng, qui parvint, contre son mauvais vouloir, à sortir les troupes du mauvais pas où il les avait engagées, reçut pour récompense son arrêt de mort.

Tran-Khâc-Cho-n qui reprit la campagne, réussit à battre les Ciampois et à tuer leur roi Ghe-Bông-Nga. Les fils de ce même roi durent se réfugiera la cour d'Annam, chassés qu'ils étaient par La-Khâi, un général de leur père, qui s'était emparé du trône.

En 1391, un bronze nommé Ph;jim-Su'-On leva l'étendard de la révolte. 11 parvint à pénétrer dans la capitale, mais peu après il fut battu, pris et exécuté.

Pendant ce lemps, Lê-Quî-Ly s'entourait sans bruit de partisims et de gens de sa famille auxquels il procura les plus hauts emplois.

En 1394, mourut le roi Tran-Ngh(VTùng, qui, avant de mourir, dit à Lô-Qui-Ly ces paroles étranges: « Si mon successeur est trop incapable, prenez vous-même soin du royaume. y>

Avec la mort du roi, Tambilieux ministre se trouva le maître absolue. Il avait le pouvoir d'un souverain, il comptait bien un jour avoir le lilre. Et, en attendant, il remaniait le territoire, introduisait le papier-monnaie — depuis longtemps connu en Chine — punissant de mort les contrefacteurs

H construisit dans la |)rovincede Thanh-Hoa une nouvelle cnpila<e qui reçut le nom de Tày-tiô (capitale de l'Ouest) par opposition à l'ancien tiùng-Dô,ou Uùng-Kinh (capitale de l'Est). 11 y mena presque de force le jeune roi, et, peu après, l'obligea d'abdiquer en faveur de son fils An — le propre petit-fils de Lô-Qui-Ly — qui prit le nom de Trlîn-Thieu-Be.

Tràn-Thiêu'Bê (1398'd400). — Cétait un roi peu gênant que cet enfant de trois ans. Quant au père, Lê-(Juî-Ly essaya d'abord de le laisser mourir de faim, puisdel'empoisonner, enfin il le fit étrangler.

Cependant un grand nombre de mandarins n'étaient pas sans inquiétude sur ce que leur réservait cet homme terrible. Sa mort fut résolue; mais, au moment désigné, la faiblesse des conjurés fit manquer le coup, et Lé-Qui-Ly noya dans le siuig cette conspiration. Trois cent soixante-dix personnes furent exécutées.

Enfin,se sentant maitredela situation, Lè-Qui-Ly fit ab(li(|uer son pelit-filsqu'il épargna (!)et monta surletronesouslenomdeirô-Qui-Ly".

(1) Qui-Ly était bien de la famille des Wô et non de celle des Lé dont il portait le nom pendant qu'il était mandarin.

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