PRISE DE SO'N-TAY
Le 25 octobre 1883, l'amiral Courbet reçut du gouvernement métropolitain Tordre de prendre le commandement effectif du corps expéditionnaire. 11 proclama l'état de guerre et se rendit à Ilà-Noi avec 600 marins des compagnies de débarquement. Cette situation nouvelle conduisit le D"^ Harman^d à se retirer. Dès le !20 octobre, il avait demandé à rentrer en France en congé. Sa demande lui fut accordée le l^r décembre, mais il ne quitta le Tonkiu que le 24^ après la prise de San-Tày. L'amiral Courbet réunit alors les pouvoirs militaires, civils et diplomatiques. Le Tonkin avait donc maintenant un « commissaire général militaire ». Cré.ation meilleure que le commissaire général civil avec son commandant des troupes, mais nullement parfaite ; car s'il est naturel, évident, qu'en temps de guerre, le commandant en chef ait tous les pouvoirs civils — qu'il déléguera au besoin à des administrateurs de carrière (M. Sllvestre, administrateur des attiires indigènes de Cochinchine, fut mis à la disposition de l'amiral Courbet pour la direction des services civils)— il est beaucoup moins démontré qu'investir ce commandant des pouvoirs diplomatiques sîins lui adjoindre un idoine soit une bonne chose. Là, encore, nous rencontrons un métier dans leciuel il faut avoir vieilli. Si, parfois, il est nécessaire de laisser au chef militaire le droit de traiter, il sera toujours utile de lui donner un conseiller, diplomate de carrière ; inversement, lorsqu'un civil est appelé à traiter de préliminaires de paix, d'armistice, etc., il sera, lion point seulement utile, mais indispensîible de lui adjoindre un militaire. L'inobservance de cette règle nous a valu tour à tour de désastreuses mésaventures. Faut-il rappeler Jules Fabre (armistice du 28 janvier 1871), le capitaine de frégate Fournier (traité de Tientsin du II mii i88i). Jules Favre n'a pas d'excuse, le commandant Fournier peut arguer (ju'on a falsifié le traité ; dans les deux cas l'adjonction d'hommes du métier aurait probablement empoché de bien malheureux événements.
Le 12 novembre, des bandes d'tVnnamites et de Chinois étaient venues piller Hài-Duro-ng sans que la petite garnison française.enfer-
mée dans le fort (capitaine Bcrtin) et dans un réduit (adjudant (îeschwind), ail pu s'y opposer. Le 17, les ennemis revinrent au nombre de plus de 3.000, et, malgré la présence de la Caraftôié? (lieutenant de vaisseau Bauer), attaquèrent le réduit et le fort. Une sortie du capitaine Bertin fut repoussée, et la Carabine qui s'était avancée sous le feu ennemi dut vivement se retirer ; en un clin d'œil, elle avait eu 8 hommes hors de combat sur les 22 composant l'équipage. La situation devenait critique, d'autant plus que le réduit allait manquer de munitions. Heureusement le Lyfix était accouru au canon. La face des choses changea, mais il fallut mettre le feu à la ville pour en déloger les soldats chinois. La défense eut 13 blessés dont deux tonkinois et 4 tués tonkinois.
Hâi-Du-ang reçut alors un bataillon de fusiliers marins (capitaine de frégate de Beaumont). Plusieurs mandarins compromis dans celle affaire furent arrêtés et internés à Poulo-Condore, le tuan phû de Quàug-Yén fut passé par les armes et cette localité occupée (26 novembre). Aux .envirojjs de Hâi-Phông aussi il fallut disperser des bandes d'Annamites (3 décembre).
Enfin, les renforts étaient arrivés par le Bienlwa, le Tonkin et la Cotrèze : un bataillon de fusiliers marins et tm régiment de marche composé de deux bataillons de tiraillein*s aliçériens et d*un bataillon dB la légion étrangère. L'effectif des troupes présentes au ïonkin s'élevait ainsi à environ 9.000 hommes. On pouvait donc songer à porter un grand coup à l'ennemi, en attaquant soit Bâc-Niuh, soit So-n-Tây, également distants de Hà-N()i, servant tous deux de centre d'approvisionnement et de réduit aux Chinois, mais inégalement redoutables pour llà-XOi. Le* plus à craindre et aussi le plus facile à approcher était San-Tày, l'amiral résolut de l'attaquer sans relard, en raison de la baisse prochaine des eaux. •
Deux colonnes lurent formées, une première (colonel Beliu) forte de 3.0C0 hommes d'infanterie el 3 batteries attelées ; une seconde (lieutenant-colonel de Maussion)cohiptait 2.250 Fantassins, 2 batteries de 4 traînées à bras, 2 batteries de 65»"™ de la marine, unesection du génie. Trois compagnies de tirailleurs annamites étaient réparties entre les deux colonnes qui avaient chacune deux escouades de télégraphistes et une ambulance. Le flottille se composait du Pluvier (porldui le pavillon de l'amiral) de la Trombe, de V Eclair, des petites canonnières Hache, Mousqueton, Yatagan, Pélican, Antilope et Fanfare, plus des chaloupes à vapeur, des remorqueurs, des jonques et des chalands.
La première colonne quitta Hà-NOi le 11 décembre. Le 14, chacun étant rendu à son poste, le corps expéditionnaire commença le mouvement. Un combat, qui dura toute la journée et presque l'entière nuit du 14 au 15, livra la position de Phù-Sa. Après diverses opérations préparatoires, le combat reprit le 1 7 au matin. Vei'S cinq heures du soir, l'assaut est donné aux remparts. A six heures, l'amiral entre dans la place avec son état-major. En raison de la nuit
qui viftnl, il faut mettre un terme à la lutte. Li portion conquise est mise en état de défense, les rues allant vers la citadelle — qui reste a prendre — sont barricadées, et les troupes ravitaillées en vivres et munitions. L'amiral Courbet ne retourne au quartier général qu'à huit heures du soir, après avoir vu arriver le premier convoi de ravitaillement. Vraiment cet homme avait toutes les qualités ; marin illustre et soldat entendu, il s'est acquis, par sa science, son énergie et ses succès mérités, la première place parmi les chefs qui ont commandé jusqu'à ce jour en Indo-Chine et en Extrème-Or ient. "^ Le lendemain matin, on s'aperçut que Tennemi avait abandonné
la citadelle, on y entra aussitôt. Il n'avait pas été possible de couper la retraite aux défenseurs, il ne fut pas possible non plus de les empêcher de franchir la Rivière Noire. L'Eclair, envoyé dans ce but, dut revenir à cause du manque d'eau.
L'ennemi eut en tout un millier de tués, nous avions eu, du 14 au 1 7, 83 tués dont 4 officiers et 319 blessés dont 22 officiers. Comme trophées de guerre, on prit 50 canons de bronze dont 7 rayés, 39 canons de fonte, 400 kilogrammes de dynamite, des cartouches de fusil à tir rapide et la correspondance de liu-u-Vînh-Phu-oc.
La prise de So-n-Tây ne terminait pas la guerre, tant s'en faut ;
mais, la baisse des eaux était venue arrêter momentanément la
'îv poursuite. Reconnaissons aussi que, pour mener à bien cette pénible
campagne, il importail de considérablement grossir les effectifs. On le comprit à Paris et nous verrous plus loin ce qui fut décidé. .
EMPOISONNEMENT DU ROI Hll:P-HOA
A Vfiéy le haut mandarin Nguyen-Vàn-Tucrng, le ton tliat Thuyét étaienrà la tête du parti de la résistance, c'est-à-direde tous ces mandarins vieux style, incorrigés et incorrigibles, que les plus dures leçons n'avaient pu amener à la raison. Malgré la supériorité de nos armes, qui devaient forcément nous assurer le triomple final, ces gens comptaient toujours sur l'appui efficace de la Chine et attribuaient à la * place de Som-Tày une résistance infinie. Le roi ^ Hiçp-lloà leur était
suspect: il avait consenti au traité Harmand et cherchait Tappui de la France contre ces irréductibles letlrés, hostilesà tout progrès ; nos difficultés au Tonkin les enhardirent, la perte du roi fut résolus. Un mandarin du nom de ông-lch-Khièm, individu propre à toulos sortes de besognes, fut chargé par TucVng et Thuyê't d'empoisonner le sou-
ci) Il lie convient guère d'appeler pm/ie;r«r un souvomin protégé (jui n'exerce pas le pouvoir dans toute sa plénitude et rosse dVlre le clu-f suprême de Tarmée. Avec le traité du 25 août 1883. le souveniiïj d'Annyin redevient roi, La langue annamite continuera de rappeler hoàng de — ^^i nous n'avons rien contre— mais, en français, il importe de distinguer.
verdin. II accomplit sa sinistre mission. Nous n'avons presque pas besoin d'ajouter qu'un pays où les plus hauts personnages font de l'assassinat un moyen politique, où il se trouve des fonctionnaires capables do se faire meurtriers, est un pays voué aux pires révolutions, un pays qui court à Sii (in.
Le :2 décembre 1883, les conjurés mirent sur le trône un jeune homme de (|uinze ans, le prince Men, dont le père, Kièn vmrng, étiui (ils de Ïhiéu-Tri et d'une esclave du palais, il reçut le nom de régne de Kién-I*hir6'c. U\ situation à Hué redevenait diflicile, M. de (ihampeaux, menacé jusque dans sa résidence, avait rompu les relatinus ollicielles, mais il en«iageait (ui même temps des négociatioiis ofllciouses avec le nouvi^au gouvernement. I^our parer à toute évenlualltj; la garnison de Thuan-An, qui comptait déjà près de 7U() hommes, fut renforcée.
Le'38 décenîbre, M. Tricon, notre ambassadeur à Pékin, s'en vint à Une (il rentrait en France). Mais Nguyén-Vân-Tu-àng savait maintenant la prise de Sb-n-ïày, il changea de langage et reconnut sans restriction le traité du 25 août i88r3. Ses velléités de résistance cessèrent momentanément, et les fonctioimaires du Nghe-An et du Thanh-lloâ qui avaient maltraité des chrétiens furent punis.
CONNANDENENT EN CHEF DU GÉNÉRAL NILLOT. PRISE DE BACNINH. PRISE DE HU'NGHoÂ. OCCUPATION
DE TUYÊN-QUANG.
La baisse des eaux qui s'opposiiit à tout mouvement en amont de So-n-Tày, n'avait pourtant pas empêché le colonel BiAot de rayonner autour de la |)lace jusqu'au Dày. Il (init par re^rer à Hà-Nni laissant dans So-n-Tày une garnison de trois bataillons. Cependant, la guerre changeait d'aspect ; la Chine nous combattait ouvertement, les places occupées par les troupes chinoises ét;iient. armées de canons Krupp, des abris à l'épreuve de l'obus étaient construits prés des pièces, en même temps on réparait les fortilications et ToTi établissiiit des barrages sur le Song Cau. A nouveau nos eUectifs devc^naient insuffisants dans cette lutte sans cesse grandissante. On envoya une brigade de renfort avec deux batteries de 80'"»', un détachement pour ïe service des parcs, une conipagniedu génie, des aérostiers, des télégraphistes et un détachement du train. Le ministre de la guerre, qui fournissait cette brigade, voulut qde le commandement en chef fut donné à un de ses divisionnaires^ et il désigna le général Millot qui partit de Toulon, le ^5 décembre 188."}, sur le Vinhlotuj. Du 11 au ^0 janvier 1884^ la brigade (juitta la France sur y Annamite, le Sainl-iJermainy le Poitou^ la Sartlw et le Shannvrii.
Pour sur, il dut élrc pénible au brave amiral Courbet de passer ainsi à un autre ce conunandemenl qu'il avait jusque-là si vaillam-
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ment tenu. Il s'inclina en soldat discipliné et aida de son mieux à j,i préparer les opérations futures. En attendant l'arrivée du général
Millot, il lit faire de nombreuses reconnaissances vers Bâc-Ninh. Suivant les instructions ministérielles, deux brigades devaient être constituées, Tune sous le général Briére de Tlsle, l'autre sous le général de Négrier ; l'amiral Courbet restait à la tète de la division navale. Le H février 1884, il remit le commandement en chef an général Millot.
Le corps expéditionnaire comptait, lin février, un peu plus de 10.000 hommes en y joignant les troupes indigènes ; il était pourvu de 10 batteries (pièces de 95 ""», de 80»"'", de 80""» de montagne, de 05'"'", de 4 de montagne et canons revolvers) ^ la cavalerie était représentée par un demi-escadron de chasseurs d'Afrique (57 sabres). Ilemarquons encore que l'amiral Courbet laissa à son successeur les compagnies de débarquement.
Les deux brigades étaient à peine constituées — Tune à llà-NOi (général Brière de Tlsle), l'autre à Hài-Du-ang (général de Négrier) — que l'expédition sur Bàc-Ninh commença. Cette place avait de formidables moyens de défense, de gros approvisionnements ; toutes les voies d'accès, soigneusement défendues, étaient barrées et gardées. Le généralissime annamite, lloàng-Ké-Vièm, et le chef des pavillons noirs, Luru-Vînh-Phu-cro, disposaient 30.000 hommes de troupes aguerries, et la retraite, soit sur Thâi-Nguyèn, soit sur Lang-San, leur paraissait assurée. Les puissants et multiples ouvrages échelonnés sur la route de Hà-Noi à Bac-Ninh décidèrent le général Millot à prendre celte place à revers. La brigade Brière reçut Tordre de passer le Fleuve Rouge et de longer le Canal des Rapides, puis de le franchir ; tandis que la brigade de Négrier remonterait par eau et débarquerait au confluent du l:iong Cau et du Canal des Rapides (à Sept-Pagodes). La jonction des deux brigades opérée, celles-ci devaient marcher sur Bâc-Ninh appuyées par la flottille qui remonterait le Sông Cau.
Le mouvement commença le 7 mars, il fallut combattre tout le long du chemin, construire un pont, enlever des défenses, détruire des barrages. Le 12, vers quatre heures de l'après-midi le fort et le barrage de Bi\p-Câu étaient enlevés et la retraite sur Liug-So-n coupée aux ennemis. Quelques coups de cauon tirés sur Bâc-Ninh sufQrent à briser la dernière résistance. A six heures du soir, le drapeau tricolore tlotlait sur la citadelle, tandis qu'Annamites et Chinois fuyaient en désordre vers Thâi-Nguyèn, abandonnant toutes leurs munilions, tous leurs approvisionnements, une centaine de pièces
(1) Ces données son' empruntées à L' Indo-Chine française contemporaine de Bouillais et l»aulus (lui jiounent des détails très ciiconsUinciés sur l'aruncrie, mais oubUenl, comme d'habitude, de mentionner Fesseiitiei : le nombre de pièces.
d'artillerie dont un assez grand nombre de canons Krupp. Les opérations du 7 au 12 mars nous coûtèrent en tout 8 tués et 40 blessés.
Deux jours après la prise de Bàc-Ninh, lé général de Négrier poussa une pointe sur la route de Lang-Son gardée par des réguliers chinois. II les battit le 15, le 16 et le 17 mars, leur enleva Phû- Lang-Giang, où sa colonne eut 3 tués et plusieurs blessés, puis s'empara de Làng-Kép. Le^ Chinois en fuyant abandonnèrent quatre canons Krupp, beaucoup d'armes, de munitions et des approvisionnements.
Le général Brière de Tlsle, de son côté, s'était avancé sur Thâi- Nguyéu. Le 16 mai, il prit Yèn-Thé, en détruisit les fortifications et emmena 21 canons de bronze. Le 19, il attaqua et prit Thài-Nguyên qui fut démantelé ; on y trouva 27 canons de bronze, 10 canons en fonte (ces derniers furent détruits), des armes et des munitions.
Il s'agissait maintenant de remonter le Fleuve Rouge au-dessus de San-Tày et de s'en prendre à la place de Hu-og-Hoâ, au confluent de la Rivière Noire. Les deux brigades y furent employées, ainsi qu'une flottille composée des canonnières Trombe, Eclair, Yatagan, Haclie, de six chaloupes, six remorqueurs et de mombreuses jonques. On eut beaucoup de peine à faire remonter le matériel d'artillerie^ vu les difficultés de la navigation. Le corps expéditionnaire fut concentré sur la rive droite de la Rivière Noire. Le 10 avril, la brigade Brière del'lsle (1'* brig.) déboucha sur la Rivière Noire par la route de So-n-Tay à Hu-ng-Hoâ. Le combat s'engagea aussitôt d'une rive à l'autre; il se poursuivit le 11, et, vers 2 heures et demie, la brigade commença le passage du cours d'eau à hauteur de Bat-Bat, l'infanterie dans des paniers en bambous, les chevaux à la nage aidés de petits sampans ; l'artillerie, après divers insuccès au moyen d'un radeau, passa sur des jonques et de petits bateaux. La brigade deXégiier (2* brig.) qui suivait, arriva sur les bords de la Rivière Noire le 11 à 9 heures du matin ; et, à la suite de toutes sortes de difficultés de marche dues au mauvais état d'une route rendue glissante par la pluie, elle parvint à mettre son artillerie en batterie sur un monticule en face même du confluent de la Rivière Noire et du Fleuve Rouge. Les pièces ouvrirent le feu à cinq mille et quelques mètres de la citadelle. Une ascension en ballon opérée près de la batterie permit de constater et l'efficacité du tir et le commencement de l'évacuation des ouvrages avancés par les Chinois. Le 12, dès six heures du matin, la 2« brigade franchit à son tour la Rivière Noire sur des jonques aidées par des remorqueurs ; deux heures plus tard, elle commençait l'attaque. De son côté, le général Brière de Tlsle s'était mis en marche à cinq heures et demie du matin, portant ainsi toute lai" brigade sur les derrières de la ligne de défense. Entre-temps, l'ennemi abandonnait la placemettant le feu à la ville et à la citadelle. A 1 heure, le fanion du général
Millot était planté au sommet de la grande tour. L'incendie avait détruit de nombreux bâtiments ou maisons et tous les approvisionnements ; quant aux habitants, ils s'étaient enfuis avec les troupes chinoises ou furent entraînés de force. On ne trouva dans Hu-ng- Iloâ que trente canons en bronze et en fonte, peu de munitions et du thé. Les pertes du côté français furent : 5 hommes et 11 coolies noyés, 1 tirailleur blessé.
Deux colonnes légères se mirent à la poursuite de l'ennemi. Tune \ d'elles (commandant Coronnat) rasa la citadelle évacuée de Dong- Vân. Le lieutenSmt-colonel Duchesne de la légion étrangère fut nommé commandant supérieur militaire de Hu-ng-Hoa, qui reçut une garnison de deux bataillons de la légion, une batterie de 95™»" et une batterie de 4 de montagne.
Après la prise de Hu-ng-Hoâ, les grandes opérations militaires semblaient terminées. L'ennemi s'était retiré vers L^ng-So'n, Cao- Bâng et Lao-Kay ; tout le delta et les régions montagneuses qui l'entourent immédiatement étaient en notre pouvoir. Le généralissime annamite Hoàng-Kë-Viém avait quitté la partie et s'était retiré en Annam dans la province de Quâng-Trj, tandis que Lu-u-Vînh-Phu-ac avec ses Chinois avait regagné les régions frontières. Il ne restait donc plus qu'à mieux reconnaître le pays et à le purger des pillards qui inquiétaient encore les habitants paisibles. Ces opérations de . détail furent confiées à de petites colonnes.
Une expédition plus importante fut dirigée contre Tuyên-Quang d'où les pavillons noirs empêchaient la navigation sur la Rivière Claire. Du 18 au 22 mai 1884, le Yatagan ûi une reconnaissance et conclut qu'il était possible de remonter la rivière avec des embarcations de très faible tirant d'eau. Une colonne (lieutenant-colonel Duchesne) fut organisée à Hu-ng-Hoâ (un bataillon de la légion étrangère, une batterie de 4 traînée par des coolies) ; elle allait être soutenue par une flottille (lieutenant de vaisseau Capetter) composée de : la Trombe, YEclair, le Yatagan^ la Mitraille et le Revolver, Le 26 mai, la colonne campa à Viet-Tri, au confluent du Fleuve Rouge et de la Rivière Claire. Presque à la même heure, la flottille, qui venait de Hà-NOi, arriva au même point amenant deux compagnies de tirailleurs algériens. La colonne marcha du 27 au 31 mai, où elle s'arrêta devant Tuyên-Quang. Le 1"juin, à 5 heures du matin, le général en chef, qui avait rejoint les troupes dès le 28 mai, flt ouvrir le feu contre des groupes de pavillons noirs et porta la colonne en avant. A six heures et demie, on entrait dans la place qui avait été entièrement évacuée. On n'y trouva que quelques vieux
canons.
Le 2 juin, le général Millot s'en revint à Hà-NOi, suivi le lendemain par les troupes, sauf deux compagnies de la légion qui furent laissées comme garnison à Tuyên-Quang.
ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU TONKIN TRAITÉ DE TIENTSIN <ii MAI 1884>. TRAITÉ DE HUÉ (6 JUIN 1884). CONVENTION DE PHNOM-PENH (17 JUIN 1884)