CONNANDENENT DU GÉNÉRAL BRIÈRE DE L*ISLE. COMBATS DE CHU ET DE KÉP
La destruction de la flotte chinoise à Fou-Tchéou n'avait nullement empêché la Chine de diriger sur le iNord-flsl du Tonkin de nombreuses troupes de réguliers. Le gér)éral Millot, dès l'aflaire de Bâc-L$, récla-
•^des renforts, mais ne put rien obtenir de la métropole; décou-
ragé, il demanda à rentrer en France pour raison de santé. Le commandement en chef fut confié au général Brière de Tlsle (8 septembre 1884) qui remit la direction intérimaire de la l^e brigade au colonel Dujardin de l'infanterie de marine. Le gouvernement métropolitain profita de l'occasion pour changer encore une fois les attributions du commandant en chef, ne lui laissant que le commandement des troupes de terre et de mer, tout comme si l'état de guerre avait cessé. Le général Brière de risie dut remettre, le h*^ octobre, les pouvoirs civils et politiques à M. Lremaire, minisire plénipotentiaire et résident général à Hue, qui vint à Hà-NOi conférer avec lui.
La situation n'en devint point meilleure, car le changement seul du général en chef ne pouvait pas suppléer à l'accroissement indispensable des forces dont l'etTcctif total, y compris les troupes de l'Annam, était, au 8 septembre 1884, de 18.032 hommes et 485 chevaux, répartis entre 2â places ou postes, aux garnisons aussi nécessaires les unes que les autres ; car il existait à travers le Tonkin, tout comme autrefois en Cochinchiiie, de nombreux pirates,annamites et chinois, formés en petites bandes qui, par leur mobilité et la connivence des autorités indigènes, échapperont encore longtemps à une répression elTective. Enfin, le régent Nguyèn-Van-Tu'frng continuait à correspondre avec les vice-rois des deux Quâng et du Yun-Nan, faisait modifiera lluê l'armement de la portion de citadelle qui restait en son pouvoir, rassemblait des troupes et se préparait à fuir sous leur protection avec le jeune roi Ilàm-Nghi.
Le général Brière de l'isle trouva ainsi, dès la première heure, une situation fort embarrassée, dont il ne pouvait sortir que par un puissant jeu d'énergie et de prudence. Il commença par faire arrêter les mandarins dont les menées contre la France étaient connues ; il fit même fusiller le gouverneur de Dong-Trieu, convaincu de trahison. Des petites colonnes donnèrent une chasse active aux pirates, mais fatiguèrent beaucoup nos soldats.
Cependant, les troupes impériales envoyées par les vice-rois du Quâng-Si et du Quàng-Bong se massiiient de plus en plus dans la région au Sud-Ouest de Lîjng-Son. C'était une véritable armée d'invasion qui se préparait, dont le gros se trouvait concentré à Kép, Chu et Bâo-Laïc, entre le Sông Thu-o-ng et le Lyc-Nam .
Dans le courant de septembre, les canonnières la Hache, la Masstiey le Mousqueton et la Rafale firent des reconnaissances sur le réseau fluvial formé par le Sông Cau, son affluent de gauche le Sông Thtfo-ng, ainsi que l'aTfluent de gauche de ce dernier, le Lyc-Nam. Conjointement, deux colonnes (lieutenant-colonel Donnier et commandant Tonnot) devaient refouler les bandes chinoises qui avaient l'intention de fourrager dans le Delta pour l'armée de L<jiog-San.
Le 2 octobre, les canonnières Hache, Massue et Mousqueton, avec 20 chasseurs du bataillon d'Afrique, qui se trouvaient sur le Lyc-Nam, furent attaquées par de nombreux tirailleurs ennemis embusqués sur
la rive. Les canonnières durent rallier Sepl-Pagodes, au confluent du Sông Cau et du Sông Thu-o-ng. Elles eurent, au total, 1 tué et 31 blessés. Le même jour partait de Hâi-Du-o-ng une colonne (commandant Servière) comprenant le bataillon d'Afrique et une compagnie de tirailleurs tonkinois. La colonne Donnier (3 compagnies de la légion étrangère, 2 compagnies.du 140% une compagnie de tirailleurs tonkinois et deux pièces de SOmm de montagne) remontait le Luc-Nam avec Lam pour objectif. En même temps parlait de Hà-NOi pour Phû-L^ng-Thu-ang, le lieutenant-colonel Defoy avec 3 compagnies du 23% le bataillon du 111% deux sections de 80™™ de montagne et une batterie de A rayé de montagne. A Phû-Lang-Thirang même on préparait une colonne mobile (commandant Mibielle) comprenant un bataillon de tirailleurs algériens, un peloton de tirailleurs tonkinois, deux sections d^artillerie et quelques cavaliers.
Le 3 octobre, le général de Négrier quitta Hà-Nçi pour prendre la direction des opérations et rejoignit la colonne Defoy. Le 5 au soir, les diverses colonnes étaient ainsi placées : Servière vers Bông- Trieu, Donnier vallée de Liic-Nam, Defoy vallée du Sông Tbu-o-ng, ou Thu-o-ng-Giang, Mibielle et quartier-général à Pbû-Lang-Thu'aDg. L'ennemi était posté à Bâo-Lcic, Chu et, plus au Nord, à Kép.
La colonne Donnier, convoyée par la Hache, la Massue^ V Eclair et la Carabine qui remontaient le Luc-Nam, avait pour objectif Chu. Le 6 octobre, elle atteignit Lam (à 6 kilomètres au-dessous de Chu) et y débarqua. Elle eut aussitôt un vigoureux engagement avec les Chinois qui durent se retirer ; leurs pertes s élevèrent à un millier d'hommes hors de combat. Le colonel Donnier nllendit alors la co- 1 )init3 Mibii'lle qui, venue \yxv terre, avait nettoyé Buo-Lac et arriva le 9 octobre.
Le 10, le colonel Donnier, se trouvait à un kilomètre en avant de Lam, face aux Chinois, eux postés et retranchés à Chu, appuyant leui' ligïie sur plusieurs forts, dont un grand pourvu d'artillerie. La position ennemie était dominée par des crèles difficiles à atteindre certes, mais non inaccessibles. Le colonel les lit occuper. Les Chinois comprenant le.danger de cette manœuvre, essayèrent toute la journée, et par leur feu, et par des mouvements tournants, à déloger nos troupes. Du renfort était nécessaire toutefois pour prendre les ouvrages et le colonel Donnier résolut de l'attendre sur ses positions.
Dans la nuit du 11 au 12, l'ennemi tenta, sans succès d'ailleurs, un brusque retour offensif. Ce fut son dernier effort, car il savait que le général de Négrier venait d'enlever Kép et que des troupes approchaient rapidement ; dans la nuit même, il évacua ses lignes et disparut. Le 12 au matin, le général Brière de Tlsle, venu sur le théâtre des opérations et qui accourait à Chu, trouva les ouvrages abandonnés. Ils furent détruits enpartie,le reste dut servira défendre ce passage, une des portes d'invasion de rennemi. La prise de Chu nous coûta 10 tués et 61 blessés.
Revenons maintenant à la colonne Defoy dont le général de Négrier avait pris le commandement. Le 6 octobre au soir, elle se trouvait à •Bào-Lac. Le 7 au matin, elle établit sa liaison avec les colonnes Mibielle et Donuier, puis se porta sur le village de Kép, nœud de communication fortement occupé par l'ennemi qui avait barricadé les routes. Daiis la matinée du 8 octobre, Tavant-garde de la colonne Defoy, avec laquelle marchait le général de Négrier, arriva à 1 .500 mètres de Kép sans avoir vu Tennemi. Bientôt il devint évident que celui-ci s'était mal gardé et se trouvait surpris.Divers groupes de soldats chinois poussaient précipitamment des animaux au pâturage vers leurs lignes. L'avant-garde française, lancée au pas de course, arriva pèle-méle avec les Chinois sur la première barricade et détruisit le poste. Mais l'ennemi s'était rallié, il occupait d'ailleurs des hauteurs en arrière de Kép et, un autre village, Chàm, à 1.000 mètres de celui-ci, était occupé de même. Ici, comme à Chu, rattarjue se lit par les crêtes. On essaya de contourner Kép, situé très en avant de la ligne de défense, et l'on y réussit vers 11 heures, mais le village était si bien fortifié, avait un réduit si solide, que tous les efforts échouèrent pour l'enlever. Le seul résultat acquis fut que les défenseurs n'eurent plus aucune voie de retraite. Le gros de l'ennemi pensa les dégager, il vint attaquer à son tour, essayant d'envelopper nos ailes, il échoua.
Cependant Kép^ que le bombardement avait mis en flammes, résistait toujours. Un premier assaut fut repoussé. Le général de Négrier ordonna alors de simplement contenir ce réduit et de s'en prendre au principal point d'appui des ennemis, qui fut enlevé. On leur coupait ainsi la route de Chine, et ils s'enfuirent dans le plus grand désordre vers le Sông Thu'O'ug. Restait toujours Kép, dont les défenseurs avaient repoussé un second assaut. Une brèche fut ouverte par rartillerie; à peine faite, la garnison essaya une sortie désespérée par celle ouverlure. Un trosième assaut fut tenté en les refoulant, mais sans plus de succès (]u'avant. L'artillerie dut recommencer son feu, enftn Tassant fut donné. On se heurta à une résistance acharnée, désespérée; tous les défenseurs, jusqu'au dernier, se firent tuer en combattant. On trouva « U4-0 cadavres dont un grand nombre de mandarins dans le seul réduit. » (Dép, Brière de l'hle à Gouvenunir Saigon). Certainement, la conduite admirable de nos vaillants soldats a droit aux plus grands éloges, mais ne seraitil pas juste aussi de reconnaître la belle conduite de ces Chinois du réduit de Kép? Les braves méritent et doivent être signalés à la postérité; qu'ils soient blancs ou jaunes, n'appartiennent-ils pas tous à l'humanité ?
Les pertes totales de l'ennemi peuvent être évaluées à deux mille tués ; tout son bagage, ses approvisionnements, un grand nombre de chevaux et de mulets, des munitions et des fusils Mauser restèrent entre nos mains.
Du côté français, les pertes s'élevèrent à 27 tués (officiers 2, troupes 25) et 109 blessés (officiers 9, troupes 100) y compris le général de Négrier. Il avait été légèrement touché à la jambe; sn blessure exigea néanmoins un repos de quelques semaines, et il dut rentrer à Hà-N$i. Ce fut la raison qui détermina le général Brière de l'isle à venir au front pour y remplacer le général de Négrier, et voilà pourquoi nous l'avons trouvé précédemment accourant vers la colonne Donnier à Chu.
Les Chinois ne s'étaient pas restreints à envahir la seule région Nord-Est du Tonkin ; ils vinrent aussi du Yun-Nan s'établir en force sur le Fleuve Rouge et, passant dans la vallée de la Rivière Claire, ils lancèrent des colonnes contre Tuycn-Quang. En octobre, du 14 au i\), l'ennemi atùiqua la citadelle avec beaucoup de vigueur, mais fut repoussé sans que la garnison éprouvât de perte. Ne pouvant enlever la place, Lu-u-Vînh-Pliu'O'c décida de la couper de ses communicalious avec le Delta, de la bloquer. Le 14 novembre, des pavillons noirs et des réguliers tirèrent sur la Trombe et le Revolver qui venaient ravilîiiller la place, ils furent contraints à se retirer. Afin de mettre un terme à ces entreprises, le général Brière de l'IsIe envoya battre les bords de la Rivière Glaire par le colonel Duchesne avec 7oO hommes (deux compagnies d'inûmterie de marine, deux compagnies de la légion étrangère, une section d'artillerie).
Le 19 novembre, la colonne, appuyée par la Carabine, la Bourrasque et {'Eclair, prit contact avec l'ennemi à 10 kilomètres de Hiôn-Quan. C'étaient 3.000 hommes de Lu-u-Vînh-Phu-orc qu'on trouva retranchés là et que le colonel Duchesne battit sérieusemeut. Ils s'enfuirent dans toutes les directions, abandonnant munitions, matériel et approvisionnements ; leurs pertes s élevèrent à plus de iOO hommes. Cette affaire nous coûta G tués et 25 blessés.
Quelques jours avant, le colonel Berger s'était porté avec une autre colonne sur Thài-Nguyén, où il parvint le 10 novembre. Les combats deCliu-Kép suivis des opérations Duchesne et Berger déterminèrent, momentanément, les Chinois à reculer au delà de Bac-Lç, Thài-Nguyèn et Tuyén-Quang.