‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 87 sur 146 · COMBATS DIVERS AU TONKIN. PRISE DE LANG-SO'N · texte numérisé non relu

COMBATS DIVERS AU TONKIN. PRISE DE LANG-SO'N

SIÈGE DE TUYÊN-QUANG

Si tout autour de nos postes les plus avancés au Tonkin, les Chinois se tenaient momentanément à dislance respectueuse, il n'en était pas ainsi des pirates dans le Delta même. Comme autrefois en Cochinchine, ils obéissaient aux injonctions de Hue, c'est-à-dire, cette fois, de Nguyen-Vàn-Tu'crng et de son parti. Des bandes se montraient principalement dans la vallée du Dày entre Hung-Yèn et San-Tay. Au Thanh-lloâ, la population fortement travaillée devenait inquiète ; les maisons des chrétiens étaient incendiées et les prêtres indigènes menacés de mort. Les bandes opérant du côté de IIu-ng-Yén furent pourchassées durant un temps, elles perdirent 300 hommes tués et deux canons.

En décembre 1884, les Chinois renforcés recommencèrent leurs attaques. Le 16, ils s'avancèrent au nombre de deux à trois mille

vers Chu, avec rinlenlion de piller le marché de Ha-Ho, à sept kilo* mètres au Nord-Est de Chu. Une compagnie du 11 le (capitaine Verdier), deux compagnies de la légion (capitaines Bolgert et Gravereau) et un peloton de tonkinois se portèrent à leur rencontre. Les Chinois furent tout d'abord refoulés, mais s'apercevant du petit nombre des Français, ils tinrent jjon et réussirent à cerner la légion étrangère. Le capitaine Graveroau ne se laissant pas décontenancer, reçut l'ennemi par des feux de salve à petite distance, puis brusquement se fit jour à la baïonnette à travers les rangs chinois. Le petit détachement atteignit ainsi Hao-Ka près du Luc-Nam et s'y établit attendant les renforts expédiés en toute hâte par le colonel Donnier. La compagnie du 1 lie, qui se trouvait sur la gauche du Luc-Nam ne put prêter aucun secours immédiat.

Malgré son écrasante supériorité numérique, l'ennemi fut chassé éprouvant de fortes pertes. La colonne française eut en tout quinze hommes tués et trente-un blessés.

Un peu plus tard, vers la fin de décembre 1884, les Chinois tentèrent à nouveau de déboucher par les défilés du Nord-Est. Ils avaient concentré vers An-Châu (à une trentaine de kilomètres de Chu) douze à treize mille hommes de troupes régulières couvrant ainsi les deux routes allant vers L^ng-So-n. Cependant, des renforts de France et d'Algérie étaient incessiimment attendus à Hâi-Phông, tandis que des lignes télégraphiques reliant Hà-Npi à Bâc-Ninh, BAp-Cau, Phù- Lgng-Thu-ang, So-n-TAy et Hu-ng-Hoa (ouvertes au service officiel et privé à la date du 1 ""' janvier 1 885) allaient permettre une transmission rapide des ordres et des nouvelles. Aussi le général Brière de Tlsle put-il prendre toutes les dispositions préparatoires à une marche sur Lfjing-Sorn, et c'est ainsi que la brigade du général de Négrier se trouva réunie le 2 janvier 1885 à Chu (cinq bataillons d'infanterie, deux batteries comptant ensemble 10 pièces, une section du génie et diverses sections des services auxiliaires).

L'oflensivefutrésolue dans la direction d'An-Chàu.Mais,comme une attaque par la route même eût pu devenir désastreuse en raison des puissantes positions occupées par l'ennemi et qui, échelonnées comme elles l'étaient, auraient permis aux Chinois de disputer le terrain pas à pas, le général de Négrier décida de tourner ces positions et, du même coup, de couper à l'adversaire sa retraite sur An-Chàu.

Le3 janvier 1885, le lieutenant-colonel Donnier, qui restait à la garde de Chu avec quelques troupes, dut envoyer une compagnie et demie de la légion sur la route d'An-Chàu, afin d'occuper les Chinois et de détourner leur attention de la marche des forces du général de Négrier. Le gros de la brigade allait ainsi remonter la rive gauche du Luc-Nam, qu'elle devait passer au gué de Dao-Be, pour se porter ensuite sur les hauteurs de Phong-Cot. Cette marche exigeait surtout de la vitesse, afin d'arriver avant que l'ennemi ne fût revenu de son erreur. Le sort en décida autrement, il fallut sept heures pour

se rendre au gué de Dao-Be que l'on n'atteignit qu'à une heure de Taprès-midi ; et, par suite de la vitesse du courant, de l'escarpement de bords, trois nouvelles heures furent nécessaires pour passer sur la rive droite du Luc-Nam. Cette lenteur permit à l'ennemi de s'apercevoir du danger et d'y parer de sou mieux. Aussi, lorsque le général de Négrier s'avança veçs Photig-Cot, il trouva les crêtes, en face de lui, occupées par environ six mille Chinois.

Cette masse ne semble pas avoir eu d'artillerie à sa disposition, et c'est ce qui amena sa perte. Les batteries françaises criblèrent d'obus toute la ligne ennemie, facilitant de la sorte la marche de nos colonnes. A quatre heures et demie, les Chinois battaient en retraite ; une nuit noire empêcha la poursuite immédiate. Au lever de la lune, Phong-Cot fut occupé et divers autres points importants. A une heure du matin, chaque colonne était à son poste.

A cinq heures et demie du matin (4 janvier 1885), rennenîi attaqua subitement une de nos grand'gardes (compagnie Verdier du 111 c) et ouvrit le feu sur Phong-Got. 11 y eut un moment de vive alerte, la compagnie Verdier dut charger à la baïonnette ; mais Télan fut vite donné et les troupes, aidées par le feu de l'artillerie coururent audacieusement à l'attaque des trois forts qui appuyaient la gauche de l'ennemi. Les Chinois prirent la fuite, une partie des leurs qui occupait Licm-Som et Mai-To ne put rejoindre le gros et fut forcée de se retirer par les pentes de Nûi-Bop. A onze heures et demie, l'action était terminée. L'ennemi abandonnait 600 morts, deux batteries Krupp, de nombreux fusils, des munitions et des vivres. De notre côté, nous perdîmes dans cette affaire, que l'histoire appelle combat de Nui-Bop, 19 tués et 65 blessés dont 3 officiers.

Une partie des ouvrages fut détruite et l'autre occupée par une compagnie de la légion, quelques tirailleurs et quelques artilleurs.

Avant d'aller plus loin, nous devons signaler deux nouveaux changements dans la direction des affaires au Tonkin. Après avoir tiUonné, séparé et réuni à plusieurs reprises les pouvoirs militaire et civil, voilà que le gouvernement de la métropole trouvait bon de les réunir encore une fois et de prouver ainsi à nouveau ce manque de savoir et d'esprit de suite, qiii n'ont cessé de caractériser son hésitante et fluctuante politique coloniale.

A la date du 31 décembre 1884, le général Brière de Tlsle fut investi de tous les pouvoirs sur le Tonkin, et les fonctionnaires civils passèrent sous ses ordres ; le 3 janvier 1885, il fut promu divisionnaire. Enfin, à la date du 7 janvier, la direction du corps expéditionnaire (sauf pour Formose) passa au ministère de la guerre.

Le 4 janvier 1885, les renforts attendus arrivèrent à llâi-Phông (tirailleurs aisériens f. 025, légion étrans[ère 1.015, cadres pour les tii'ailleurs tonkinois 1 15, au total ^.157 hommes officiers compris ;

en plus, 2 batteries de 80mm decampagne). D'autres troupes allaient partir de France et d'Algérie (deux bataillons de zouaves, deux escadrons de spahis,(leuxbatteriesd'arlillerie,desdélachementsdugénieetdesservicesadministratifs) qui arriverontà Hâi-Phôngle2âfévrieretlel 7mars.

Il s'agissait maintenant de préparer la marche sur Ling-So-n dans un pays de défilés et de montagnes, peu habité, ruiné depuis longtemps parles réguliers chinois, où les troupes ne trouveront aucunes subsistances et où le convoi de l'armée allait jouer un rôle de tout premier ordre. Ce ne fut pas sans de grandes peines qu'on parvint à l'organiser. Des voitures à bœufs très légères furent construites à Hî\-NOi,le corps expéditionnaire reçut aussi des voitures Lefôvre ainsi que des mulets d'Algérie ; enfin. Ton finit par réunir 6.500 auxiliaires Indigènes encadrés presque comme les tirailleurs et attachés pour les transports, soit au convoi proprement dit^ soit à l'artillerie et au génie. Des modifications avaient été apportées aux charges et jusque les bâts et les cacolets qui subirent des transformations. H s'agissait d'alléger les coloimes autant que possible. Le général en chef ordonna même de remplacer, toutes les fois que faire se pourrait, le vin par de l'eau-de-vie. En ceci, il fut mal inspiré ou craignit de mécontenter les troupes, car, dans les régions tropicales, l'usage quotidien du vin et des spiritueux met plus de monde hors de conjbat durant une campagne que les plus sanglantes batailles. Toutes ces J)oissons auraient dû être remplacées par du thé, produit léger, d'un transport facile et infiniment plus précieux à la conservation de la santé aux pays chauds que le vin et les eaux-de-vie ; ce qui d'ailleurs n'eût pas empêché de donner, de temps à autre, une ration de vin ou de tafia pour sacrifier à la passion malsaine, à l'inconscience humaine, mais il aurait fallu alors que les officiers, à commencer par le général en chef, donnassent l'exemple.

Phû-Lang-Thu-o-ng et Chu furent désignés comme bases, on y concentra les troupes (Kép et Nùi-Bôp restaient occupés). Deux brigades se trouvèrent ainsi formées et réunies. La première, sous le commandement du colonel Giovanninelli, comportait : le l**^ régiment de marche (infanterie de marine, lieutenant-colonel Ghaumont), le 2e régiment de marche (tirailleurs algériens, lieutenant-colonel Letellier), le l""" bataillon du 2^ tirailleurs tonkinois (commandant Tonnot), trois batteries (deux de 80™»» portées, une de 4 rayé de montagne traînée, commandant Levrard). La deuxième brigade, sous les ordres du général de Négrier, se composait : du 3*» régiment de marche (infanterie de ligne, lieutenant-colonel Herbinger), du 4* régiment de marche (légion étrangère, lieutenant-colonel Don nier), du 2c bataillon d'infanterie légère d'Afrique (commandant Servîère), du 1*^' bataillon du 1" tirailleurs toukinois (commandant Jorna de Lacale), trois batteries comme la première brigade. Chaque brigade avait, en outre, fi chasseurs d'Afrique doulun brigadier et une sectiou d'ambuluace.

Hors brigades se trouvaient un peloton de chasseurs d*Âfrique, le génie, les pontonniers et la prévoté.

L'effectif total de la division s'élevait à 7.186 hommes,

La route choisie pour la marche, fut celle allant de Cbu au col de fièo-Vàn, de là à Dong-Song, puis à Lang-San. Afin de laisser l'adversaire dans rindécision, le bruit avait été répandu que la marche aurait lieu sur deux colonnes, et, comme confirmation, le général de Négrier fit, le 30 janvier, une démonstration en avant de Kép, puis se dérobant avec sa brigade, il s'en vint à Chu, où le général en chef était arrivé le 30 janvier.

Le 3 février, la division franchit le col de tièo-Vàn et enlève, à la sortie du défilé, le village de Cau-Nhat, où elle trouve des approvisionnements et quelques mimitions. Le 4 commence l'attaque du camp retranché, les forts de la gauche ennemie sont enlevés. Le lendemain, 5 février, la division s'en prend à Ilao-lla, le centre môme de la résistance, tous les ouvrages tombent successivement en notre pouvoir et, le soir, les deux brigades tiennent l'entrée du défilé de Dong-Song. Celle journée fut la seule, dans ce terrain difficile et enserré obligeant les tètes de colonnes à supporter tout le poids de l'action, où les deux brigades purent se déployer simultanément.

Le 0 février, le combat reprend de plus belle, c'est le camp retranché de Dong-Song qui est attaqué (ît pris. Cette fois, la déroule de l'ennemi est complèle, il fuit vers Lang-So-n abandonnant drapeaux, tentes, vivres, munilions, abandonnant des armes et deux mitrailleuses. Les trois joui-s de combat coulèrent à la division 33 tués, dont le brave capitaine Gravereau et 85 blessés, dont 6 officiers.

Le jour même, une reconnaissance de cavalerie dirigée par le capitaine Lecomte de Pélat-major général revint à Chu par la route de fièo-Quao, où elle trouva les forts évacués. Des dispositions furent prises pour réparer cette route plus directe qui allait servir dorénavant de voie de communication avec la base.

Les journées du 7, 8 et 9 février, la division resta sur place évacuant les blessés, détruisant les forts qui gênaient et organisant la défense de Dong-Song qui allait recevoir des magasins (commandant d'étapes Jorna de Lacale). Le premier convoi venu de Chu arriva le 8. Durant ces jours d'arrôt, le colonel Giovanninelli dirigea une reconnaissance jusqu'à douze kilomètres du camp et put constater que les Chinois s'étaient entièrement retirés vers Ling-So-n; une autre reconnaissance occupa le col de Than-Mçi. Le 9 février, une reconnaissance d'infanterie (deux compagnies do la K'giou) fui envoyée sur la route parcourue le G par les chasseurs d'Afrique, afin de compléter les renseignements déjà obtenus. A hauteur de Dèo-<Juao, la reconnaissance fut attaquée subitement par des Chinois ; elle tiiit bon, mais il fallut envoyer trois autres compagnies pour repousser lennemi. Dans celle rencontre, la légion eut deux morts et trois blessés. La reconnaissance avait eu affaire à des réguliers de l'armée en retraite

et

qui se retiraient eux aussi, après avoir été cliargés de défendre la route mandarine et le défilé de Bâc-I^.

Le 10 février, la division leva le camp laissant une petite garnison à Dong-Song. Elle s'arrêta le soir à Pho-Bu après une marche fort pénible sous le crachin en des chemins détrempés. L'ennemi n'essaya point de défendre le fort de Dong-Bu, il l'incendia en se retirant.

Le H, la brigade de Négrier, qui tient la tête, franchit la ligne de partage des eaux (Tonkin et Chine) au milieu des mêmes difficultés de marche que la veille augmentées d'un brouillard intense. En avant des positions qui couvrent Lang-So-n, les troupes chinoises occupaient une série de hauteurs dont il fallut les déloger, elles furent repoussées de crête en crête jusqu'au soir, où la division bivouaqua autour de Ph6-Vî.

Le 12, on aborde les positions avancées de Laing-San. La première brigade commence l'attaque au milieu d'alteruatives de brouillard . Bientôt elle est engagée contre des masses chinoises appuyées, elles,, à une série de forls. Mais les turcos enlèvent un mamelon qui commande quatre forts sur les sept formant la défense; l'infanterie de marine enlève le fort qui domine immédiatement le col. Le passage est forcé et la 2^ brigade, ne trouvant aucune place pour se déployer, suit la première sur les talons; elle établit son bivouac en avant du col à Bâc-Vay. Le 1" brigade ne cesse sa poursuite qu'à 6 heures du soir; elle se trouve alors à 10 kilomètres de L^ng^San et voit, dans la nuit, des lueurs d'incendie dans cette direction . La journée nous coûta des pertes sérieuses tant par suite des fortes positions de l'ennemi et de sa résistance énergique que par suite de l'impossibilité de faire entrer la 2« brigade en ligne dans ce terrain étroit tout à l'avantage du défenseur, où l'attaque, nous le répétons, ne peut agir que par ses têtes de colonnes, tandis que la défense occupant les. hauteurs est à même de faire beaucoup de mal avec relativement peu de monde. Ce sont là les avantages et les inconvénients de la guerre de montagne pris sur le vif.

A en juger par ce qui venait de se passer, on pouvait s'attendre, pour le lendemain, à une très chaude affaire, il n'en fut rien. L^ng- Son avait été incendié dans la nuit, sa citadelle et les forts sur la rive gauche du Sông Ki-Kung abandonnés. Le 13 février 1885, à midi, le drapeau tricolore était hissé sur la porte Sud de la citadelle de L^ng-San. L'ennemi tenait bien encore dans les ouvrages de la rive droite et au village de Ki-Lira, mais il fut promptement mis en déroute. Comme trophées de guerre, les Chinois nous abandonnaient deux batteries Krupp, une batterie Vavasseur, une batterie de fusées, des canons ancien modèle en bronze et en fonte, de gros approvision-' nements de munitions et de vivres.

La 1*^^ brigade établit ses cantonnements du côté deKi-Lira; la 2' brigade s'installe sur la rive gauche et dans la citadelle. Enfin, le but était atteint, mais au prix de fatigues bien plus grandes que les

pertes caus^'^es par le fen, car du 9 au 13 février, la division n'eut que S9 tués et ^^^ blessés. C*est peu de chose lorsqu'on envisage les pertes dans la dernière guerre russo-japonaise, lorsqu'on pense aux pertes dans les prochaines batailles.

Kn une autre partie du Tonkin, les choses n'allaient pas si bien, Tuyôn-Quang était assiégé depuis flu novembre et sur le point de succomber; il fallait à tout prix sauver cette poignée de héros^ le général Hrière.de Tlsle partit de L^ng-Son, le 16 février 1885, avec la première brigade alin de porter secours à la place. Il laissa le général de Négrier avec la deuxième brigade a Ung-Son, jugeant cette force suflisanle pour contenir les Chinois et pensant aussi diminuer les difficultés du ravitaillement en diminuant les effectifs. Ces dispositions furent vivement critiquées dans la suite et nous y reviendrons plus loin, mais avant de relater la marche au secours de Tuyén-Ouang, il nous reste à dire quelques mots sur les opérations du général de Négrier jusqu'à la fin de février.

L'armée chinoise, après l'abandon de Li^ug-Sau, s'était retirée parla route de That-Khè^ il s'agissait donc de la poursuivre et de lui faire repasser la frontière. Le 1 5 février, le capitaine Lecomle, chef du service topographique, escorté de M chasseurs d'Afrique (lieutenant d'iluteaux), rencontra, en avant de Cut, quelque 300 réguliers, extrême arrière-garde de Tarmée en retraite ; avant de se retirer eux-mêmes, les chasseurs mirent une vingtaine d'hommes hors de combat. A Bông-Bang, nœud de communications éloigné d'environ 15 kilomètres de L«.ing-So'n, les Chinois avaient établi nue série de redoutes destinées à couvrir la route de Chine et la fameuse porte de Gira-Ai.

Le !2i février, le général de Négrier se mit en marche ; le 23, il prit contact avec Tennenii et engagea aussitôt le combat. Les Chinois bien postés et fort nombreux tentèrent vainement de déborder les troupes françaises ; leur artillerie mobile fut réduite au silence. Une partie des ouvrages de Dong-Dàng, vigoureusement canonnée, est prise par la légion et les tonkinois. Le bataillon du 1 1 h et une compagnie de la légion, conduits par le lieutenant-colonel llerbinger, achève d'enlever les ouvrages. L'ennemi est chassé de créle eu crête et, vers trois heures de l'après-midi, rarniêe chinoise coupée en deux fuit, une partie vers Thîît-Khè, l'autre vers la porte de Chine. Ceux qui se retirent du cùté de ThA't-Khè sont surveillés par deux compagnies de la légion, les autres sont énergiquement poursuivis. A cinq heures et demie, la brigade occupe la porte de Chine. Dans sa déroute, Teunemi abandonne quatre canons Krupp de montagne, trois mitrailleuses de gros calibre^ des munitions et toutes sortes d'approvisionnements de guerre.

Le général de Négrier ne tenant nullement à prolonger Toccupation de la porte de Chine, la fit sauter afin que les populations fussent Ineu convaincues de notre arrivée sur la frontière du Quâug-SL La

journée du 23 coula k la brigade 9 tués el une quarantaine de blessés. Le 27 février, le général de Négrier, laissant à bong-Bang un bataillon de la légion et quelques tirailleurs tonkinois, s'en revint à Ung- Son. De leur côté^ les réguliers évacuèrent Thiït-Khé pour rentrer en Chine. Le 7 mars, un détachement de chasseurs d'Afrique alla constater leur départ et revint, le 9 mars, à Boug-Bâiig.

Nous voici rendus à la plus belle page de notre histoire miliUiire au Tonkin : le siège deTuyèn-Quang. Nous savons que, vers la mi-novembre, le colonel Duchesne chassa d'autour de la place les pavillons noirs et les réguliers qui infestaient la région. Lé 23 novembre, après avoir ravitaillé la citadelle et renouvelé entièrement la garnison dout l'état sanitaire laissait beaucoup à désirer, il se retira sur Uà-NOi.

Le commandement de la place avait été confié au chef de bataillon Dominé de là légion étrangère qui, dès le départ de la colonne, proclama rétat de siège (24 novembre) et institua un conseil de défense ainsi qu'un conseil de surveillance des approvisionnements de la place* La nouvelle garnison se composait de : commandant Dominé ; deux compagnies de la légion étrangère (capitaines de Borelli et Moulinay) 8 officiers, 390 hommes ; une compagnie de tirailleurs tonkinois (capitaine Dia) 2 officiers^ 162 hommes ; artillerie de marine (lieutenant Derappe) 1 officier, 31 hommes; génie (sergent Bobiilot) 8 hommes ; infirmiers, médecin-major Vincent et 3 hom-r mes ; ouvriers d'administration, aide-commissaire Gautier de Rougemont et 3 hommes ; au total 607 combattants si nous exceptons le service de santé.

L'artillerie de la place se chiffrait par six pièces (deux canons de SQmm de campagne, deux canons de 4 rayés de montagne, deux canons Hotcbkiss) approvisionnées à 2.460 coups ; malheureusement, les projectiles de 4, armés de fusées Démarest, étaient vieux et n'éclataient pas (l'attaque et la défense se sont renvoyés les mêmes projectiles). En dehors des munitions portées par les hommes, l'infanterie disposait d'un approvisionnement de 266.112 cartouches. Deux choses essentielles à la guerre de siège — telle qu'elle allait se faire — manquaient pourtant : la poudre de mine et les outils de terrassiers. L'infanterie n'en avait point de tout et le génie ne possédait que 27 pioches, 40 pelles, 4 haches, il avait, en outre, 10 kilogrammes de poudre de mine.

La concentration de toutes les forces vers le Nord-Est et la marche sur L^ng-Son avaient cependant fait prévoir l'investissement de la place. N'est-ce point comme préparation à cette éventualité que le général Briëre de l'isle fit ravitailler Tuyën-Quang par la colonne Duchesne ? Comment n'a-t-il pas pensé, ni son état-major non plus, à celte question des outils dont une place forte doit toujours être abondamment pourvue ? Oa aura beau dire que la légiou n'avait pas ses outils de campagne, c'est une mauvaise excusQ

qui ne rachète nullement la faute, car cela n'eût donné que d6 outils du modèle d'infanterie en plus (chaque compagnie devait avoir réglementairement 3^ pelles-bèches, 8 pioches, 4 pics, S haches et 1 scie articulée), alors que pour une petite garnison comme celle de Tuyën-Quang, il eût fallu tabler sur au moins un gros outil par trois combattants, soit SOO pelles, pioches, pics et haches du modèle du génie ou de l'industrie privée ; car si les outils d'infanterie sont utiles et pratiques en rase campagne, il est absurde de s'en vouloir servir dans une place forte (hors les travaux de mine) où il faut toujours remuer des mètres cubes et des mètres cubes de terre, où les outils ne voyagent pas.

La marine contribuait aussi à la défense de Tuyèn-Quang, la canonnière Mitrailleuse (enseigne de vaisseau Seuès)^ retenue par la baisse des eaux, était venue mouiller dans la Rivière Claire devant la moitié Sud de la face Est de la citadelle (la rivière coule à 50 mètres environ presque parallèlement au rempart). Là canonnière comptait i5 hommes d'équipage, avait un canon Uotchkiss, mais dont l'approvisionnement n'était que d'une quarantaine de coups.

La citadelle de Tuyèn-Quang est un carré de 275 mètres de côté.r Au milieu de chaque face se trouve un renflement demi-circulaire, sorte de barbacane faisant corps avec le rempart et occupant environ le cinquième de la face. Ce demi-cercle saillant servait d'oi*gane de flanquement, de place d'armes et était percé d'une porte K L'ancienne garnison avait établi une palissade en bambous de ii" 75 de hauteur tout autour de la place et à !25 mètres de l'escarpe ; elle barricada solidement les portes, sauf celle de l'Est, qui fut couverte par un ravelin en palanques. Le mur, haut de S mètres, dépassait de i mètre le terre-plein-banquette (2'» 50 de largeur) du rempart et formait ainsi une escarpe à bahut, ou derni-détachée. L.e fosse avait 4 mètres de large et 1^ 5U de profondeur moyenne ; devant la face Est, où coule la Rivière Claire, il n'existait pas de fossé.

Les remparts sont dominés des deux côtés du fleuve par des hauteurs dangereuses. Sur la rive gauche, ces crêtes sont à 1.800 métrés du saillant Nord-Est et commandent le fleuve de 200 mètres. Sur la rive droite, la colline la plus voisine n'est qu'à 300 métrés du saillant Sud-Ouest. D'autres monticules moins élevés sont encore plus rapprochés, et même le saillant Nord-Ouest a été maladroitement établi en déblai dans un de ces monticules (sans doute pour maintenir l'horizontalité de l'enceinte). Ces divers mamelons ont des vues plongeantes dans l'intérieur de la citadelle et des vues de revers sur les remparts. Cependant, dans la moitié Nord de la citadelle, s'élève un mamelon non fortifié, haut de 40 mètres environ, couronné par deux pagodes et un grand magasin de riz. Ce mamelon masque le saillant Nord-Ouest aux vues de la rive droite.

A l'extérieur, sur les bords du fleuve, était le village annamite, à 500 mètres en aval du saillant Sud-Est. A l'intérieur se trouvait la ville

(1) C'est le tracé de citadelle que nous avons déjà rencontré à Bién-Hoà.^

ôffecielle (logements de la garnison, des fonctionnaires, pagodes, magasin à riz, prison). Il n'y a point d'eau potable, il faut l'aller chercher à la rivière. (Sièges célèbres par le commandant Azibert).

Avant de partir, le colonel Duchesne avait demandé qu'on détruisit le barrage de Du-ac (en aval de Tuyên-Quang). Le 24 novembre, le second de la Mitrailleuse s'y rendit avec une jonque protégée par une compagnie de la légion ; il ne réussit pas entièrement, mais les communications avec Phû-Boan par eau devinrent libres. Le poste établi dans cette localité signala, dès le 27 novembre, lO.OCHJ pavillons noirs à Thuân-Quan, 2.000 à Phû-An-Binh et 1.000 aux environs de Phû-boan. N^nmoins, du 2 au 5 décembre, deux convois de jonques venus de Hà-Nçi purent passer à Thuàn-Quan et arriver jusqu'à Du-o-c (ils étaient escortés par VEclair et des soldats d'infanterie de marine). Là, une compagnie de la légion vint recevoir les convois, mais la vitesse du courant obligea de transborder le chai^eraent sur des sampans qui seuls pouvaient remonter à Tuyén-Quang. Le 18 décembre, arriva un dernier convoi de quatre jonques qui porta à six mois Tapprovionnement de la place. Deux jours après, les communications étaient coupées.

Le commandant Dominé n'avait pas attendu ce moment pour preiTdre contact avec l'ennemi. Aussitôt le départ de la colonne Duchesne, les patrouilles au loin, les embuscades, les reconnaissances offensives avaient commencé, elles étaient presque journalières. Un mamelon, situé à 300 mètres au Sud-Ouest de la citadelle, commandait celle-ci et pouvait, entre les mains de l'ennemi,^ devenir très dangeureux pour la place. Du 11 au 15 décembre, un blockhaus pour vingt hommes y fut construit avec des briques et des matériaux dé démolition ; le petit nombre d'outils avait empêché d'aller plus vite en besogne^ 70 hommes s'y étaient trouvés constamment occupés.

Le 21 décembre, une compagnie de la légion, 30 tirailleurs et une pièce de quatre (capitaine Cattelin) allèrent en reconnaissance vers Bông-Yèn pour y constater la présence de l'ennemi. Au retour, les Chinois essayèrent de leur couper la retraite ; le commandant Dominé envoya au secours la moilié de l'autre compagnie de la légion appuyée par le canon de la place. L'ennemi dut se retirer ayant eu 150 hommes hors de combat ; les troupes de la garnison eurent 8 blessés.

Le 29 décembre, on organisa militairement les coolies de la garnison et les Annamites réfugiés auprès des Français, ils furent armés de lances en bambou ; des cases leur avaient été construites près des remparts (le village annamite, trop éloigné de la citadelle, n'était pas défendable), elles furent entourées d'un mur en terre de 2 mètres de haut sur On^oO d'épaisseur. Dès le 1^' janvier 1885, ces habitations furent attaquées, les Annamites repoussèrent l'ennemi.

Cependant, le nombre des assiégeants grossissait toujours. A la date du 25 janvier, le commandant Dominé l'évaluait à 5.000 réguliei*s cbioois et 2.000 pavillons noirs.

Le 26 janvier, rennemi incendie le village annamite dont les habitants passent presque tous de son côté ; quelques-uns se réfugient sous les murs de la place. Presque en même temps, la |)alissade sur la race Nord et le blockhaus sont attaqués, partout les Chinois se retirent avec perte ; ils étaient pourtant plus de deux mille. On ne connut point le chiffre des ennemis hors de combat ; du côté français, il y eut deux blessés.

Le siège en règle commençait. Un petit r^ch asséché, situé à deux mille mètres environ vers le Sud de la citadelle, fut utilisé par l'ennemi comme première parallèle. Le blockhaus gênait sa marche, l'ayant attaqué inutilement à plusieurs reprises, l'assiégeant chemina pour le couper de la place. Le sergent Bobillot s'en aperçut à temps et, le 30 janvier, le commandant Dominé fit démolir le blockhaus et évacuer le mamelon. Les Chinois s'occupèrent aussitôt d'établir une deuxième parallèle passant au Sud du mamelon ; ils s'en prirent aussi aux baraquements des tirailleurs tonkinois (entre le rempart et la Mitrailleuse) mais sans succès. Le 5 février, leurs cheminements atteignaient la palissade en bambous des saillants Nord-Ouest et Sud-Ouest, ils se trouvaient ainsi à 25 mètres du mur d'escarpe.

Pendant leurs travaux, les Chinois entretenaient contre la citadelle un feu de mousqueterie très vif, dont l'intensité par vingt-quatre heures put être évaluée approximativement à 300 coups de fusil de rempart et 8.000 coups de fusil d'infanterie. Le faible approvisionnement de la place commandait impérieusement de ménage les munitions. Le feu de l'artillerie ne dut intervenir qu'à coup sûr ou dans les cas de nécessité absolue. Quant au feu d'infanterie, les plus habiles tireurs, convenablement postés, étaient seuls chargés de l'entretenir hors des attaques. Les service général avait été organisé par le commandant Dominé de la manière suivante : chacune des deux compagnies de la légion était chargée de deux secteurs et fournissait :^0 hommes au génie, soit un total de 40 travailleurs mis à la disposition lin sei'genl Bobillot el qu'on relevait de trois en trois heures. Le travail n'était interrompu que de trois à six heures du matin. Le reste do l'effectif formait trois groupes : un de garde, un de piquet et un de réserve générale.

Comme les Chinois n'avaient pas réussi à faire brèche avec leur artillerie, ils essayèrent de la sape el de la mine. Dans la nuit du 5 au 6 février, profitant de robscurité, ils placent des madriers contre l'escarpe afin de protéger le mineur chargé d'établir un fourneau destiné au renversement de la muraille (entre l'organe de flanquonient de la face Ouest et le saillant Sud-Ouest), Mais la lune se lève, le sergent Bobillot voit le bouclier de madriers el le fait renvei-ser au moyen d'un long crochet.

A la suite de cet incident, le commandant Dominé prit des mesures contre les cheminements eu sape qui s'annonçaient. Toute tentative directe contre la muraille fut empêchée par une augmentation

de sentinelles (à intervalles de 40 mètres) munies individuellement d'une sorte de mâchicoulis mobile ; en outre, des petites fascines imprégnées d'alcool étaient préparées pour éclairer le pied du mur. L'ennemi ne renouvella plus ce genre de tentative.

Le 8 février^ le sergent Bobillot constata que le mineur ennemi cheminait en galerie souterraine vers le mur. Après avoir bien déterminé la direction du cheminement^ il fit commencer deux contregaleries qui, suffisamment élargies, devaient servir d'éventsà la mine et atténuer ainsi les effets de l'explosion. Des dispositions furent prises par le commandant Dommé afin de pouvoir couronner momentanément la brèche et permettre aux travailleurs d'élever un retranchement rapide en arrière. On fit des, sacs à terre avec des . sacs à farine, avec des toiles de tente, on prépara des gabions, des branches d'arbres et de bambous, qui tous furent accumulés près des points d'attaque. Un canon Hotchkiss fut mstallé dans le renflement demi-circulaire de la face Sud afin de flanquer le saillant Sud- Ouest que l'ennemi voulait renverser. Enfin, la citadelle reçut une traverse allant de la face Sud à la face Nord, et qui la divisait en deux compartiments dont Toriental comprenait le mamelon intérieur devant servû* de dernier réduit et pourvu, à cet effet, de munitions, de vivres pour un mois et d'un chemin d'accès entièrement défilé.

Le 11 février^ le sergent Maury de la légion, engagé dans une des galeries, se trouva soudainement face à face avec le mineur chinois qui le blessa d'un coup de revolver, mais le sergent l'assomma d'un coup de pioche. Le 12 à 5 h. 1/2 du matin, une première explosion se produisit, elle ne fit que crever le mur sans former une brèche praticable. Les Chinois tentèrent pourtant l'assaut, mais ils furent vivement repoussés, et au saillant, et aux baraquements des tirailleurs qu'ils avaient attaqués en même temps. Le 13, vers 3 heures du . matin, la mine éclata au saillant Sud-Ouest faisant une brèche de 15 mètres difficilement praticable. Néanmoins, il fallut repousser trois assauts qui nous coûtèrent cinq légionnaires tués et six blessés ; un retranchement rapide fut aussitôt élevé en arrière de l'entonnoir.

Le 14 février, durant le Tét, 30 tirailleurs tonkinois, conduits par le lieutenant Goullet, allèrent enlever sept pavillons plantés en tète des sapes. Le 15, on cauonna sans succès les travaux des Chinois et l'on dut suspendre bientôt le feu afin d'éviter une inutile dépense de munitions. Le 16, le sergent Beulin avec 25 hommes, partagés en trois groupes, allèrent reconnaître l'état des cheminements de l'ennemi, auquel on prit deux drapeaux; mais la reconnaissance eut 4 tués et un blessé. Ce même jour, la garnison reçut des nouvelles du dehors,c'était une lettre du général Brière de Hsle écrite le 6 février au camp de Dong-Song.

Les 16 et 17 février, vive fusillade des Chinois protégeant leurs travaux d'approche au Sud; la place riposte à coups de canon et les Chinois répondent pai* des bombes et des obus de 12 rnyés.

Vers midi, le capitaine Dia des tirailleurs est tué d'une balle au front et l'interprète annamite d'un éclat d'obus. Un retranchement intérieur fut élevé en arrière du front Ouest où Ton craignait une brèche prochaine d'environlSO mètres de long.

Le 18 février à 6 h. V^ du malin, le sergent Bobillot fut grièvement blessé en faisant une ronde. Le 30, le commandant Dominé, craignant pour la poudrière centrale, ûl répartir les munitions entre plusieurs magasins.

Le 22, vers 4 h. du matin, trois explosions se produisirent presque coup sur coup. Dès la première, et croyant n'avoir rien à craindre du côté de la brèche faite le 13 février, le capitaine Moulinay s'y porta avec des légionnaires suivis aussitôt des tirailleurs. La seconde explosion eut lieu, malheureusement, juste a cet endroit. Le capitaine Moulinay et 1 1 hommes y trouvèrent la mort, le souslieutenant Vincent et une vingtaine d'hommes furent blessés. La troisième explosion survint quelques minutes plus tard et, immédiatement, les Chinois s'élancèrent à l'assaut, mais ils furent de nouveau repoussés. Deux heures après, les brèches étaient déjà couronnées d'une gabionnade.

Dans la' nuit du 23, profitant encore une fois de l'obscurité, les Chinois font une grande démonstration du côté Nord-Ouest tout en se rassemblant sans bruit au pied du retranchement des brèches. Là, ils forcent la ligne en quatre points et pénétrent dans la citadelle. Les 3 escouades de piquet sont refoulées malgré les efforts du sergent-major Hurbaud et du sergent Thevenet qui, tous deux, sont blessés. Heureusement, le capitaine Cattelin arrive avec la réserve générale (une section !) et se jette, baïonnette en avant, au son de la charge sur les Chinois qui s'enfuirent précipitamment laissant quatre prisonniers, trois morts sur la brèche et plusieurs dans le fossé. Le retranchement établi en arrière des brèches reçut alors une palissade.

Le 25 février, vers 5 heures du matin, a lieu, sur la face Sud, la sixième explosion de mine qui élargit la brèche existante d'une dizaine de mètres. Les Chinois montent à l'assaut, non pas au point de l'explosion, mais à l'une des brèches du 22 ; ils luttent furieusement, car ils ont appris la marche de la première brigade. La garnison les repousse et leur fait abandonner vingt cadavres sur la brèche. L'obstacle est reconstitué dans la journée, mais il n'y a plus de ilanquement, et l'assiégeant peut maintenant se rassembler sans être vu au pied môme des brèches. Dans la journée, le commandant Dominé reçoit un émissaire du général Brière de Tlsle lui annonçant la prise de Lamg-Sorn et l'arrivée prochaine de secours.

Le 28 février à 8 heures du soir, la garnison aperçut des fusées tricolores signalant l'arrivée de la colonne de secours * ; à 1 1 heures

(1) MM. Bouillais et Paulus donnent la date du ^ février que nous — "luisons, mais sous réserve.

du soir, une septième et dernière explosion se produit sur la face Sud dans le prolongement de celle du ^5. Les Chinois font en même temps une démonstration contre la face Nord et contre les tirailleurs tonkinois ; aussitôt après l'explosion, ils montent par 1^ brèches des 12, 13, 22 et 25 février. L,a lutte se fait acharnée, durant près d'une demi-heure on se fusille à bout portant. Le capitaine Cattelin, le lieutenant Naert et le sous-lieutenant Proye dirigent la défense. Les Chinois finissent par se retirer après une heure et demie de combat abandonnant une trentaine de cadavres. De notre côté, il y eut trois hommes tués, le sous-lieutenant Proye et huit légionnaires blessés. Comme le 25, la nouvelle brèche est retranchée et palissadée immédiatement.

Le 28 février marque le terme de cette lutte épique, page glorieuse entre toutes de notre histoire militaire, qui restera comme une preuve éclatante de ce que peuvent des hommes experts dans le métier des armes et doués d'une inflexible volonté. A la même date, le commandant Dominé reçut un deuxième émissaire du général en chef confirmant les notivelles reçues le 25. Dès le 27, on avait constaté la diminution du nombre des Chinois autour de la place, Luni-Vinh-Phu-ô-c portait ses forces au-devant de la brigade Giovanninelli qu'il prétendait arrêter au défilé de Dtrorc.

Le 2 mars, on entendit le canon de la brigade, l'artillerie de la place y répondit en tirant sur les têtes de sape, et l'ennemi riposta par une vive fusillade qui dura jusqu'à trois heures du matin. Le S mars, au jour, une sortie des tirailleurs tonkinois fit constater (|iie les assiégeants avaient abandonné les tranchées les plus voisines de la citadelle; ils opéraient leur retraite sous le couvertd'un rideau de tirailleurs. Quelques Chinois, perdus sur le mamelon qui domine la face Ouest se retirèrent dans une casemate et se firent bravement tuer plutôt que de se rendre. Vers 10 heures du matin, deux colonnes ennemies, passant à 3.500 mètres de la ciladelle, furent dispersées par les deux pièces de 80»""". On tira là les derniers coups de canon de ce siège extraordinaire où les Chinois avaient lancé plus de 10.000 obus et brûlé au moins un million de cartouches. Ils avaient creusé 8 kilomètres de tranchée, 10 galeries de mine et provoqué 7 explosions. Leurs perles furent innombrables. Quanta la garnison, elle eut 33 tués dont 2 officiers, 76 grièvements blessés dont 2 officiers et 188 légèrement atteints.

Deux hommes avaient été Tàme de cette défense qui fit de la garnison autant de héros : Dominé et Uobillot. Le commandant était parvenu à pénétrer tous de la volonté inébranlable de vaincre ou de mourir ; il avait confiance en ses hommes et ils avaient confiance en lui. Son coup d'œil juste, son assurance, son sang-froid furent incomparables. Le 26 février, il fit passer uue lettre au général Brière de l'Isle pour lui dire qu'il pouvait tenir encore une semaine» et qu'au lieu de venir au secours de Tuyéii-Quang, le général devait

remontrer le Sông Chây avec la colonne et se jeter sur Pbu-Ân-Binh afin de couper la retraite aux Chinois. Le sergent fut supérieur et bien au-dessus de sa tâche ; le zèle, le savoir technique et le courage de Bobillot devaient en faire un second digne du commandant Dominé, lui aussi sut gagner Tadmiration de tous et sa mémoire fut immortalisée par ses contemporains mêmes ^

H nous faut à présent revenir à la colonne Brière de Tlsle. Elle avait quitté L^ng-Son, nous le savons, à la date du 16 février 1885 et, passant par Chu^ elle arriva le 22 à Hà-NOi, où Ton procéda aussitôt à son embarquement sur les canonnières qui partirent sans désemparer ; le 24, les dernières se mirent en route. Le 27 février, tout le monde débarquait à Bach-H^c et la brigade se rendit à Phù-Boan, où elle arriva le même jour 2. Elle avait été précédée par une petite colonne (lieutenant-colonel de Maussion) composée d*une compagnie de la l^on^ de deux compagnies et demie de tirailleurs tonkinois, de deux sections de 4 rayé de montagne traînées par des coolies. Cette colonne tirée des garnisons de Hà-NOi, Hung-Hoà et San-Tây, avait été formée dès le 17 février par le colonel Dujardin, commandant supérieur du Delta, en prévision d'une arrivée moins rapide de la première brigade. La colonne de Maussion avait quitté Baich-H^c le 24 et s'était arrêtée à Phu-Boan devançant ainsi de près de trois jours le général en chef.

Le 28 février, les troupes, traversant le Sông Chây, marchent sur Duac en suivant la rive droite de la Rivière Claire ; elles se trouvent de la sorte à proximité du convoi par eau que les canonnières (^Berthe de Villers^ Moulon^ Trombe^ Eclair), faute de fond, ne pouvaient plus protéger.

Le passage de Duac était fortement retranché en avant, Luii- Yinh-Phuô-c le défendait avec 15.000 hommes. Le 1««" mars, les troupes cantonnèrent à quatre kilomètres des positions chinoises. Le

(1) Après la délivrance de Tuyén-Quang, le sergent BobiUot fut évacué sur Fbôpital de Hà-Nôi où il mourut le 17 mars 1885. Le commaudant du génie Sorel prononça sur la tombe une courte et émue allocution, f Demain, dit-il, quand nos camarades du génie arriveront de France à Hà- Nôi, nous pourrons leur dire en montrant cette tombe : Prenez pour modèle le sergent Bobillot, — Adieu mon camarade. »

Le sergent Bobillot a sa statue à Paris et une canonnière reçut son nom.

(2) La brigade Giovanninelli marchant sur Tuyéu-Quang se composait comme suit : 2 bataillons d'infanterie de marine (Heutenant-colonel Chaumont), 2 bataillons de tirailleurs algériens (lieutenant-colonel Letellier), â batteries d*artillerie (commandant Chapotin), une section d'auxiliaires d' Mtassins avaient 120 cartouches, les pièces étaient appro-

ne à 100 coups.

% vers onze tieures et demie, les colonnes s'arrêtent à Thi!ra-MOc non loin d'un fort chinois. Le colonel Giovanninelli reconnaît la position et engage le combat. La lutte se développe très pénible mais tenace, les retranchements étant, la plupart, masqués par des hautes herbes. L'artillerie tire presque au juger, en tout cas ses projectiles font peu de mal aux ouvrages ennemis. La compagnie de tirailleurs tonkinois qui avance la première arrive jusqu'à une trentaine de mètres de la palissade^ mais, brusquement, la fusillade ennemie lui couche un tiers de ses hommes par terre. Les tirailleurs algériens viennent à la rescousse, l'explosion d'une fougasse en met une quarantaine hors de combat. Néanmoins Tatt aque se poursuit sans relâche ; vers cinq heures du soir, on parvient à démolir une partie de la palissade en bambous et les troupes se précipitent à l'assaut. Vers six heures et demie, tous les retranchements sauf un sont au pouvoir des Français. A sept heures^ le mouvement cesse et les troupes bivouaquent sur la position, mais sans feu ni lumière^ car l'ennemi continue de tirer.

Le 3 mars, à 6 heures du matin, on ouvre à nouveau le feu, l'infanterie de marine s'empare du dernier fort. La marche est reprise, à dix heures du matin, le long de la Rivière Claire. On franchit le défilé de Du-ac et, à deux heures et demie, les troupes arrivent en vue de Tuyên-Quang.

La garnison de la place tire une salve d'artillerie pour saluer l'arrivée du général en chef. Le commandant Dominé, entouré de ses valeureux compagnons d'armes, attend le général Brière de Tlsle. Celui-ci met pied à terre, embrasse Théroïque défenseur de la citadelle et le félicite

au nom de la France Le commandant en chef se rendit aussitôt à

Vambulance afin de réconforter les blessés de la garnison. Le médecinmajor Vincent, s'était multiplié pour soigner nos hommes dans un bâtiment percé à jour par les obus de l'ennemi. La visite des remparts et des travaux des Chinois par le général Brière de l'Isle, accompagné du chef de bataillon Dominé, termina cette belle journée. Les pertes de la brigade avaient été de 76 tués, dont 6 officiers, 408 blessés dont 21 officiers. (Bouinais et Paulus).

Durant la marche sur Tuyèn-Quang, quelque six cents pirates chinois, annamites et muongs commandés par l'ancien bô chanh de San-Tây avaient essayé d'inquiéter les derrières de la colonne entre Phù-Boan et Bach-H^c ; ils attaquèrent sans succès un poste de télégraphie optique. Au retour des troupes, le 9 mars, une compagnie de tirailleurs tonkinois et une compagnie d'infanterie de marine (capitaine Kuntz) s'en vinrent attaquer les pirates dans leur repaire, llne trentaine fut tuée et le village incendié. Le calme revînt bientôt dans la région au grand contentement de la population agricole.

Laissons maintenant là le Tonkin, pour revenir un moment à la Cochinchine et au Cambodge, où de graves événements se déroulaient aussi.

SOULÈVEMENT DE SI-VATTHA ASSASSINAT DU TOC PhIj SU* CA

Après comme avant la convention du 14 juin 1884, le gouverneur de la Cochinchine continue ses fréquentes visites au Cambodge. Le 1«r novembre 1884, est signé avec l'approbation du roi, et conformément aux délibérations du conseil du gouvernement du Cambodge» l'arrêté promulguant les quatre décisions organiques du nouveau protectorat. Le 3 novembre, M. Thomson quitte Phnom- Penh pour aller visiter Krauchmar, Kratié et Sambor. Tout semblait tranquille^ mais sous ce calme apparent couvait un formidable embrasement. L^e nouveau traité lésait les intérêts du roi, de ses ministres, des fonctionnaires cambodgiens et jusque de leurs esclaves. Norodom était écoeuré; les hauts mandarins tout comme les petits voyaient d'un fort mauvais œil l'état de choses nouveau qui menaçait leur c casuel i» ; le peuple était mécontent sans savoir pourquoi, simplement parce qu'on lui avait dit de l'être; les esclaves voyaient arriver avec effroi le jour où ils seraient obligés de travailler pour vivre, eux qui en faisaient moins que leurs maîtres et se contentaient de les admirer. Sans doute les institutions, les règles, les procédés de la civilisation moderne sont de grands bienfaits pour les peuples, mais ils ne le sont qu'à la condition expresse d'arriver à leur heure et de s'appliquer à des esprits déjà préparés, qui aspirent à un meilleur devenir. Ce n'était point le cas au Cambodge. Quelle est la part que Norodom prit à l'insurrection? On ne le saura probablement jamais en ce pays où l'on parle peu, où l'on écrit moins encore, où les morts emportent leur secret dans la tombe. Un fait reste acquis pourtant, c'est que le roi ne prit aucune mesufe sérieuse pour empêcher ou combattre le soulèvement. Il resta inerte^ subissant la révolte comme il subissait le protectorat, courbant la tête sous la rafale qui passe, espérant toujours qu'après la pluie viendrait le beau temps.

L'insurrection commença le 8 janvier 1885 par l'attaque du poste des tirailleurs annamites de Sambor. Si-Vatlha avait lancé ses bandes contre ce poste comme une proie facile à enlever. Le lieutenant Bellanger qui commandait disparut. L'enseigne de vaisseau Gourlaouen parvint à faire évacuer le poste sur des jonques. 11 y eut un quartior-maitrc tué et cin(i tirailleurs blessés.

i^e 15 ^anvier, le gouverneur Thomson arrive à Phnom-Penh. A la même date, 200 hommes (capitiiine Félicité) réunis à Kratié sont allés réoccuper Sambor. Deux colonnes de 140 hommes chacune (colonel iMiramond et capitaine David) se mettent à parcourir le pays; une antre colonne de 180 hommes (lieutenant de vaisseau Boitard) remonte le fleuve sur Y Alouette pour barrer le passage aux rebelles.

Le 19 janvier^ les Cambodgiens au nombre de 400, attaquent '^ompong-Cham. V Alouette, YEscopettSy hFramée et la Sagaie eo-

Voient des seconi's^ Après une heure de fusillade, les rebelles se retirent et se reforment à Wat-Nokor, distant de 5 kilomètres. Ils sont rejoints dans la soirée et, mis en déroute, s'enfuient vers Kompoug-Siem.

Le 21, rinsurrection faillit être terminée d'un seul coup — elle devait durer, hélas ! plus d*un an. Le colonel Miramond avait surpris et attaqué le camp de Si-Vattha. Ce dernier réussit à s'enfuir, mais dut abandonner tous ses bagages et cinq éléphants.

Pendant qu'on poui*suivait à travers le Cambodge d'insaisissables mais toujours actifs rebelles, alors qu'on se croyait hoi*s de toute atteinte en Cochinchiue, ce ne fut pas sans stupeur qu'on vit a Saigou, le 22 janvier à 8 heures du soir, de hautes flammes jaillir des bâtiments de la prison centrale qui contenait GOO détenus. La situation pouvait devenir critique d'un moment à l'autre, la garttison, affaiblie par ses envois à Formose et au Cambodge, comptait à peine iOO hommes de ti'oupes européennes. Ou réussit pourtant à contenir les prisonniers, qu'on fit passer des bâtiments en feu dans la cour et la salle des paç perdus du Tribunal. Durant la nuit, on maîtrisa riuceudie. Au matin, le pavillon central restait seul debout ; les détenus furent alors envoyés, 25U à bord du stationnaire le TilsiU et 350 aux casernes de Tinfanlerie de marine. Les causes du sinistre ne furent jamais bien connues, on tes attribua aux coudamués eux-mêmes qui étaient en relation avec les rebelles dont il sera parlé plus loin.

Dans la nuit du 29 au 31) janvier 1885, ce fut une nouvelle attaque des Cambodgiens, et cette fois à deux pas de la frontière de Cochinchine. Une forte bande était venue assaillir le village de Tamloug, ou Trabec (prov. de Soai-Rieng), où se trouve une assez importante chrétienté. A l'approche des rebelles, le P. Guyomard avait essaye de réunir ses catholiques pour s'enfuir ; il fut atteint près de Tra-Uô, ramené et décapité devant son église livrée au pillage. Une grande partie des chréiieu^ fut massacrée à Tra*Hù même. Plusieurs cases furent incendiées.

Le gouverneur craignant pour Ïày-Ninh y fit conduire, le 2 février, parles Messageries Fluviales, 80 soldats d'infanterie de marine et 150 tirailleurs, ce qui réduisit d'autant la garnison de Saigon et, nous allons le voir, encouragea d'autres rebelles, annamites ceux-là, à tenter un coup contre le chef-lieu de la Cochinchine.

il s'agissait cette fois de rien moins que d'enlever Saigon, dont la garnison ne comptait plus qu'environ lâO soldats français, à peu près autant de tirailleurs annamites logés aux Mares et une poignée de marins d'un navire sur rade K Le coup manqua par suite de

(1) Nous donnons ces chiffres de médioire n'ayant pu trouver aucune siiuaUoQ d'eÛecUf de Tépoque.

l'arrestatioQ de l'instigateur en chef du mouvement, un boucher nommé NguySn-Vàn-Bu-ômg — il s'était donné le titre de de dôc — et de ses principaux acolytes. Mais si la première et capitale partie de leur plan échoua, il n'en fut pas de même de la seconde.

Dans la soirée du 8 février, diverses bandes, fortes de plusieurs centaines d'hommes recrutés dans les environs de Saigon, se réunissent au marché de Bà-Bièm (prov. de Gia-Dlnh), convoquent les habitants et les enrôlent de force. Les cases de ceux qui hésitent à marcher sont incendiées ; puis, la troupe se dirige sur Hôc-Môn. Elle disperse en route quelques miliciens envoyés en reconnaissance par le doc phû su- TrSu-Tir-Ca. Au pont de fer de Tân-ThM-Tam, le feu est mis à une paillolte, signal qui fait accouru* une nouvelle bande et porte ainsi le nombre des rebelles à environ 600. L'assaut est donné au fortin où le doc phû Ca essaie de se défendre, mais il tombe percé de coups '. Son corps est mutilé et décapité. La tête est placée dans un réverbère dressé sur la place du marché. La maison d'habitation est pillée puis livrée aux flammes. Des recherches faites le lendemain font retrouver dans les décombres les restes carbonisés de th|-Mau, la femme du d6c phû qui était restée dans la maison ^.

Vers minuit, la bande se remet en marche dans la direction de Saigon, elle est rejointe par une centaine d'hommes. Au marché de Quàn-Tre, la colonne se divise. Une partie continue sur Saigon, mais s'arrête à la Nouvelle-Espérance, où après avoû* attendu deux heures le signal des incendies, elles apprend l'arrestation de Bu'ôrng. A cette nouvelle, les gens se dispersent prudemment. La seconde partie passe à Tân-Bông-Thu'Qrng où elle brûle la maison du chef de canton Nguyên- Vân-Lçri qui avait refusé de coopérer à la rébellion^ puis arrive à ChQr-Mai, où elle essaie d'incendier quelques cases ; mais, au petit jour, elle est attaquée par la milice de Binh-Hoà (Gia-B|nh) commandée par le quan V^y qui parvient à arrêter, sur les lieux mêmes, une centaine des malfaiteurs.

Pendant que ces événements se passaient autour de Ilôc-Môn, une autre bande, qui s'était formée au village d'An-L^c (prov. de ChQr- Lérn), se met en marche paiement, mais elle s'arrête au village de Bà-Quço (Tûn-Sorn-Nhù-t) où, prévenue, elle se disperse. A Cân- Giuôc, dans la même province, un autre mouvement avait été pré* paré, mais il fut déjoué, grâce à la vigilance des autorités locales.

(1) n paraîtrait qu'en voyant sa perte certaine, le dSc phi Ca aurait dit aux quelques linh qui Tentouraieut de s'enfuir et de sauver leur existence.

(2) Le corps du d^ pha Ca et celui de sa femme furent enterrés provisoirement le II février 1885 à Tàu-Hirog (Cfagr-Mé^i) eo présence du gouverneur, M. Thomson. La translation des cercueils dans leurs tombeaux déGnIUfs, au môme lieu, se fit en grande solennité le 2 mars 1887 ; le

averneur indisposé s'était fait représenter à la cérémonie par M. Noël Ion, directeur de Tîntérieur.

L'alerte fut vive daas Saigon. Les faits qui s'étaient passés presque aux faubourgs de la ville, alarmèrent un temps la population. 11 y eut des trembieurs et ce furent justement ceux qui d'ordinaire n'ont que des injures et des mauvais procédés à l'^rd des Annamites. Mais, même en haut lieu, on craignait ; nous nous rappellerons toujours les paroles d'un officier supérieur, notre voisin de chambre à l'hôtel, qui revenant d'une conférence avec les autorités civiles ne put s'empêcher de dire : « Vraiment» je crois que ces gens ont tous perdu la tête, i Et, en effet, il l'avaient bien un tantinet égarée. Mais le motif ?

L'audace, la soudaineté de l'attaque ont pu y être pour quelque chose ; cependant, ppur bien peu à notre avis, car si les Français ont l'affolement rapide, ils ont parfois aussi la réaction prompte. Et puis, tous n'ont pas nécessairement des nerfs, nous en avons vu de fort calmes, le commandant S. en était ; l'auteur de ces lignes dormait tranquille, il est vrai qu'il avait Tinconscience du nouvel arrivé .

Le pourquoi de l'affolement était bien moins la crainte du danger immédiat, que l'appréhension d'un formidable et fantastique soulèvement du peuple d'Annam. Les imaginations travaillaient, les racontars allaient leur train, les nouvelles les plus fantaisistes, les plus dénuées de bon sens trouvaient crédit. C'est là surtout ce qui nous avait frappé comme nouveau débarqué, sans qu'il nous fut possible toutefois d'y trouver alors une explication satisfaisante. Depuis, nous avons eu l'occasion d'en rechercher les causes et, pour nous, elles se résument en ces quelques mots : ignorance de l'histoire du pays, ignorance de la mentalité indigène. Nos gouvernants ne connaissaient pas les Annamites et leurs subordonnés les connais* salent encore trop peu, car ceux qui avaient fait la Cochinchine n'étaient plus là et leurs leçons, leurs méthodes, leurs procédés n'avaient pas été suivis. Les rapports de police, les rapports politiques des administrateurs, quelque consciencieusement qu'ils soient faits, n'ont de valeur réelle que lorsque ceux qui les reçoivent savent en tirer des conclusions justes ; mais, pour cela, nous le répétons, il est indispensable de connaître l'histoire d'un peuple, les idées, les intérêts, les aspirations des gens. Or, les affaires du Cambodge et celles de Cochinchine n'ont pas précisément révélé chez nos gouvernants de Tépoque une connaissance bien approfondie de ces choses ; ils ne semblent pas du tout avoir compris la situation.

La tentative de soulèvement en Cochinchine n'est pas trop à chercher cette fois dans des menées de la cour de Mué, possibles assurément, mais fort peu probables ; elle était née de la situation même que venait de créer la guerre avec la Chine. Dans un pays où la domination du vainqueur se trouve encore loin d'être acceptée par tous, les esprits s'agitent sans peme dès que se produisent des événements graves ; vienne alors une occasion, comme la révolte

âtl Cambodge jointe à raffaiblissemcat extrême de la garnison èû Gochinchine, et immanquablemeot, spontaoémeat une rébellion doit se produire. C'est un enseignement de l'histoire dont on aurait dû profiter.

Pour en revenir à l'affaire de Hôc-Môn, nous dirons qu'elle eut son épilogue aux assises (du 31 août au 13 septembre 1885). Quatorze condamnations à mort (douze d'entre elles furent commuées en travaux forcés à perpétuité) et viugt-trois condamnations variant entre les travaux forcés à perpétuité et 5 ans de réclusion furent prononcées. L'exécution des nommés Ph^m-Vàti-Han et Nguyen- Vàn-Quâ eut lieu à Hôc-Môn le 30 mars 1886.

En Cochinchine, la tranquillité avait rapidement été rétablie, grâce surtout aux troupes embarquées sur divers transports revenant du Tonkin ou y allant et qui durent renforcer pendant quelque temps la garnison de Saigon. Au Cambodge, les choses se passèrent moins heureusement, il y eut bien une courte accalmie après la surprise du camp de Si-Vattha, mais dès le mois de mai, la rébellion s'affirmait active et violente. Nous y reviendrons plus loin ; pour l'heure, il nous faut reprendre le cours des événements au Tonkin.

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