RETRAITE DE LANG-SO'N
Nous avons laissé, précédemment, le général de Négrier avec la deuxième brigade à L^ug-So-n, où se menaient très rondement les travaux de défense et de casernement. La première quinzaine de mai*s s'était écoulée sans le moindre incident, on savait toutefois que les troupes chinoises se inassaient à Lang-Tchéou (Long-Chdu), localité à trois journées de marche de la frontière, et qu'elles avaient l'intention de reprendre rpffensivç.
En effet, le ^2i mars, à deux heures du matin, l'ennemi attaque le poste de fioug-Bâng. Le général de Négrier vient immédiatement au secoui*s de ce poste, et, y laissant un détachement ainsi qu'à L^ng-Son et Ki-Lira, marche le lendemain avec le reste de la brigade contre l^ang-Tchéou. La route avait été mise en étal de défense par les Chinois, au moyen de trois lignes de forts vers Dong-Bo ou. Baag-BQ. La légion étrangère eiileva la première ligne autour de midi. La seconde, distante de un kilomètre, fut enlevée à quatre heures du soir par les hommes du 1 1 1<^ et du 143<^*, malgré le brouillard et les dilficultés du terrain qui avaient empêché notre artillerie de préparer l'attaque. L'ennemi chercha un refuge derrière la troisième ligne.
Le 24 mars, l'attaque fut reprise à 9 heures du matin. Le 41 1^ et le 143^ parvinrent, au bout d'une heure de combat, à déloger les Chinois de leur troisième ligne ; m^is, ceux-ci s'étaient reformés derrière des crêtes plus éloignées, il fallut les en chasser eocore.
flflJll^mraU ia position (^ B^RK-Pq Ait eonqui^, mais au prix 4e (f^^ V^jry^ I 7 pOi^l^i^S. 54 hfmwies (oés ; 17 disparus ; ^6 oITieWFs/09^wiWs gnè^meot (liessés.
IkiBS la quii du 34 au 25, l^s blessés furent évacues sur Lang- Son. Toute 1^ journée du 35 mars, te général de Négrier avec son avant-^rde attendit Tennemi prés de la porte de Chine ; il ne se pésenta point. Le 26, la brigade revint à L^ng-San, les blessés furent eyacués sur Chu ; d'autre part, l'arrivée de quelques renforts de France avait permis de reporter l'effectif de la brigade à' 3.500
hommes.
Dans la soirée du 27 mars, les Chinois reprirent contact, préparant une attaque pour le lendemain. L'écrasante supériorité numérique permit a l'ennemi d'attaquer Ki-Lîra de front et de tourner h la fois les deux ailes. L'attaque directe fut contenue par le feu de la brigade, mais celle-ci ne put empêcher la marche des colonnes qui allaient la déborder à droite et à gauche en suivant lès mamelons.
A trois heures de Taprès-midi, le général de Négrier fut blessé d'une balle au côté gauche de la poitrine ; son officier d'ordonnance, le lieutenant Berge, fut atteint plus grièvement encore. Le général, spuffrant de sa blessure, remit le commandement au lieutenantcolonel Herbinger qui, à 5 heures du soir, ordonna la retraite et l'évacuation de L^ng-Son, où il risquait d'être cerné. Ici, les documents nous font défaut, et nous le regrettons beaucoup, car 21 ans ont passé, les polémiques ont eu le temps de s'apaiser, et il serait utile dans l'intérêt général, et particulièrement instructif, de connaître, avec la vérité entière, les responsabilités encourues par chacun.
Quoi qu'il en soit, cette retraite fut malheureuse — elle aurait pu être un désastre si les Chinois avaient plus énergiquement poursuivi — on y perdit le trésor de la brigade (530.000 francs), une batterie fut précipitée dans le Sông Ki-Kung, afin de pouvoir employer les mulets au transport des blessés qui furent évacués sur Dong-Song, oùjls arrivèrent le 29 mars. La brigade se retira de L^ng-San sur Than-Mçi, puis sur Dong-Song et, enfin, sur Chu et Kép où elle parvint le 1"^ avril. Là elle trouva un bataillon de renfort et s'établit dans de bonnes positions. Le colonel Borgnis-Desbordcs, désigné par le général en chef, prit la place du lieulenant-colonet Herbinger.
Le 5 avril, les généraux Brière de Tlsle et Giovanniuelli arrivèrent à Chu par la canonnière le Monlcalm. Ils avaient, avant de venir, assuré la défense de la Rivière Claire et de Hu-ng-lloa. Le commandant en chef fil reporter immédiatement nos lignes plus au Nord en réoccupant Bèo-Vàn, fièo-Quao et Nûi-Bop.
Qui devait porter le poids de la déroute de Lang-Son ? Le «^encrai Briére de l'Isle, qui avait laissé la brigade de Négrier en Pair pour aller secourir Tuyên-Quang avec le reste de ses forces ? Le général de NY-gricr,
qui dès le mois de novembre précédent écrivait, dit-on, dans une lettre particulière : « Nous resterons tous sous Lang-So-n », et qui, attaqué le 22 mars, avait voulu prendre l'offensive, sans vérifier si le succès était possible ? Le lieutenant-colonel Herbinger, qui aurait manqué de sangtroid et reculé trop vite, comme le disait un rapport du général Brière de risle, daté du i^^ avril à Hà-Nôi », et comme ce général Ta répété au mois de novembre 1885 devant la Commission des crédits du Tonkin ? Mais le lieutenant-colonel Herbinger, dont les états de services antérieurs étaient excellents, et qui fut alors remplacé par le colonel Borgnis- Desbordes, de Tartillerie de marine, fut mis depuis hors de cause par un conseil de guerre *. La responsabilité appartenait-elle au Président du Conseil, qui, malgré Tavis unanime des militaires, dont les Chambres n'avaient pas suthsamment connaissance, avait ordonné l'imprudente marche hors du Delta ? Autant de questions débattues avec une vivacité passionnée dans la seconde partie de Tannée 1885 ^\
A Paris, le président du Conseil, M . Jules Ferry, fut interpellé au sujet des renforts et des crédits toujours insuffisants qu'il avait demandés pour le Tonkin, dissimulant à la Gtiambre la gravité de l'entreprise. Avec une grande assurance, M. Jules Ferry répondit à l'interpellation Granet que le général de Négrier avait des forces suffisantes pour tenir à Lang-So-n, que la frontière tonlcinoise nous était acquise et que nous nous trouvions dans la meilleure des situations pour traiter. Le même jour, '28 mars, le général Brière de i'isie câblait la retraite désordonnée de l4ng-So*n. L'émotion fut grande en France et l'an comprend sans peine comment la Chambre reçut le président du Conseil lorsque, le 30 mars, il vint demander un crédit de 2u0 millions pour faire face aux éventualités. Le cabinet dut démissionner. M. Brisson, président de la Chambre, constitua un nouveau ministère où M. de Freyciuet tint le portefeuille des atfaires étrangères, le général Campeuon celui de la guerre et l'amiral Gaiiber celui de la marine.
Au point de vue miUtaire, les Chinois, après avoir occupé Umg-So-n , s'étaient emparés de quelques délilés, mais avec une extrême circonspection. Ils s'en tinrent là, sans essayer de poursuivre leur otleusive. Nous devons ajouter également, que des pourparlers de paix étaient engagés, et que la saison des pluies et des orages aurait rendu les mouvements fort pénibles, tant à l'ennemi qu'à nos
(1) (( L'ordre du jour de la 2e brigade disait que le commandement » était trouvé dam dea mains imuffisamifœnt préparées, jo
(:2) « Siégeant au Toukiu. Le lieuteuaut-colonel Herbinger a été ensuite déclaré exempt de tout reproche par un conseil deiicjuéte réuni à Saint- Malo (Herbinger était en garnison à Cherbourg). Ce malheureux ofllcier, dont on avait voulu faire une sorte de bouc émissaire (on Favait accusé d'intenii)érance, on avait regretté qu'il ne se fût pas trouvé une balle in^ telliyente pour le frapper), est mort au mois de mai 1886. »
(îi; Histoire contemporaine par E. Maréchal (Tome IH p. 340-341).
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propres troupes. Gomme secours immiîdiats a diriger sur le Tonkin, le gouveniemenl de lu Républicjue — dès que la retraite de Lang- So-n fut connue — ordonna révacuation de Kélung et l'envoi de la garnison auTonkin. Nouvelle faute que l'ignorance totale de la situation militaire seule peut expliquer. La région difficile une fois franchie, la retraite devait naturellement trouver son terme, les" faits Tout démontré. En lout cas, les dépêches plus rassurantes du général Brière de Tlsle, jointes à la signature des préliminaires de la paix (4 avril) firent très heureusement révoquer à temps (7 avril) les ordres transmis à Tamiral Courbet.
Du côté du Fleuve Rouge, la situation n'était pas aussi calme. Dès que la ^«^ brigade se fut retirée de Tuyén-(Juang, Lu-u-Vînh-Phu-oc avait repris sa marche vers le Delta ; il s était avancé jusqu'à quehiues kilomètres de Hu-ng-Hoà et venait de se retrancher à nouveau. Le général Brière de l'isle dirigea contre les pavillons noirs deux batiiillons de zouaves. Ces troupes faisaient partie des renforts arrivés à ilà-NOi le 17 mars. Le commandant Simon attaqua avec un bataillon les retranchements ennemis de Phù-Lî\m-Thao^ à douze kilomètres au nord de Hu-ng-IIoâ ; les pavillons noirs résistèrent énergiquement et nous eûmes 6 tués, 6 blessés. Le deuxième bataillon (commandant Mignot) rejoignit le premier. Mais le manque d'eau empêchant la marche des canonnières, ou resta en observation.
D'un autre côté, le général en chef fit notifier aux neutres le blocus de Pakhoï (Bac-Hâi) à l'embouchure de la rivière Liôn-Chau-Fu (Lièm-Chàu-Phù) — partie chinoise du golfe du Tonkin — par où les Célestes avaient conduit leurs renforts vers Lang-So-n. Cette mesure allait deveui'rinutile vu la signature des préliminaires de paix à Paris, le 4 avril 4885.