LE TONKIN AU PARLEMENT
Il était certain à l'époque que, durant des années encore, nos troupes auraient à pourchasser, détruire des bandes de pavillons noirs, des pirates de toutes sortes. Ay Nord de Hung-Hoâ, le général
(t) Nous iravons rien pu découvrir de plus précis dans les journaux de ré|mque dont un seul publie un bien insignifiant et court entretUet. Il est impossible, croyons-nous, de trouver une presse aussi détachée des choses de TAnnam et du Cambodge, aussi nulle quant aux renseignements sur les faits dludo-Chine, que la presse saigonnaise de 1884 à 1890. On y iiarle bien d'unité indo-chinoise, de Saigon capitale, d'agrandissement de la Cochinehine aux dépens de TAnnam, de mainmise complète sur le Cambodge., etc., mais c'est dans un but de polémique ou d^ntérét privé. Et puis ce sont des insultes homériques, des duels grotesques, des médisances à Fadresse des gouverneurs civils ; tous sont également maltraités, si ce n'est point par une feuille, c'est par une autre. 11 y a\ail là un joli plat de l>rasseurs d'atTaires, d'aspirants aux mandats électifs, d'hommes tout disposés à distribuer aux autres et à eux-mêmes prébendes, sinécures, concessions, bourses, primes et tiuoi encore. On voulait une Cochinehine maltresse de tout, mais c*était pour que le gâteau fut plus grand.
Ces manœuvres, cet état d'âme n'avaient pas échappé à la métropole^ ^■*i il se forma lentement une opinion hostile aux hommes de Cochinehine. ^e opinion finit par avoir le dessus et, plus tard^ la Cochinehine eipia nent ses péchés.
Jamont venait d'en débusquer un assez gi-and nombre (24 octobre 1885). On arrivait à la période de brigandage que la Cochinchine avait connue, et avant elle l'Algérie, et plus d'une colonie étrangère aussi. Il était donc certain également que cette fois nous tenions le pays et que notre conquête ne pouvait plus nous être disputée par quelques bandes de vauriens.
On ne vit point les choses de la sorte à Paris et l'évacuation du Tonkin fut proposée à nouveau. Le cabinet Briçson venait de demander qu'un crédit de 75 millions fut affecté aux dépenses de l'occupation pendant Tannée 1886, mais la Chambre des députés nomma, le 23 novembre 1885, une commission de trente-trois membres chargée d'étudier la question. Il y eut de très importantes délibérations dans les bureaux. Le rapport, rédigé par M. Camille Pelletan, fut lu le 17 décembre à la Chambre, il concluait contre la demande de 75 millions et ne proposait qu'un crédit de 18 millions^ ce qui conduisait à l'abandon du Tonkin. M. Gasimir-Périer, au nom de la miuorité de la commission, émit un avis opposé.
La discussion à la Chambre dura quatre jours et souleva des débats passionnés. MM. Delafosse, Frédéric Passy, Camille Pelletan, Georges Périn, Raoul Duval, Clemenceau et Andrieux combattirent l'occupation indéfinie du Tonkin. D'autre part, MM. Brisson, de Freycinet, de Lanessan, Casimir-Périer, le général Campenon, Mgr Freppel et Paul Bert soutinrent qu'on devait garder le Tonkin. On passa au scrutin, les crédits furent votés (24 décembre 1885), mais par 274 voix seulement contre 270. Quatre voix ont décidé du sort du Tonkin !