RAPPEL DU GÉNÉRAL DE COURCY
Les rapports désavantageux pour le Tonkin du général de Courcy n'avaient pas été sans exercer une certaine influence sur l'esprit des députés, mais la situation embrouillée qu'il venait de créer en Annam ne manqua pas non plus de renseigner le ministère sur Tincompétence de cet officier général. Même avec son propre chef d'étatmajor il ne tarda pas à tomber en désaccord. Les dangei-s de la nlaladroite intervention de M. de Courcy dans les affaires d'Annam n'avaient point échappé à la clairvoyance du général de division Warnet qui ne crut pas pouvoir suivre son chef plus longtemps. Le 16 janvier 1886, il s'embarquait pour Saigon après avoir laissé les archives de l'état-maj or en ordre, conformément aux instructions reçues .
A peme arrivé à Saigon, le général Warnet dut retourner au Tonkin sur Tordre de M. de Freycinet. Le général de Courcy avait été rappelé. Ce ne fut pas sans stupeur que le nouveau commandant en chef constata que les archives de Tétat-major, qu'il avait laissées complètes et bien classées le 16 janvier, se trouvaient à la date du 27 soigneu-
sèment expurgées. Toutes les pièces qui établissaient l'intervenUon violente de M. de Courcy à Hu^ avaient disparu ^
Cette fois encore, et sans beaucoup s'occuper de savoir à quel genre de professionnel il fallait confier l'Annam-Tonkin, on se laissa guider par un sentiment tout impulsif. Le militaire s'était montré insuffisant, il fallait donc nécessairement le remplacer par un civil. Et pourtant la situation seule décide; en bonne logique, de la qualité du chef suprême ; quant au choix de l'homme, qu'il soit militaire ou civil, c'est une toute autre question, et le gouvernement n'a qu'à s'en prendre à lui-môme s'il envoie un incapable, la profession de celui-ci n'y est pour rion. En raison des troubles d'Annam et des colonnes contre les pirates au Tonkin, il eût été bon de laisser encore un temps le pouvoir aux mains d'un général, on y envoya un professeur.
Le 27 janvier 1886, Paul Uert fut nommé résident général de l'Ânnam-Tonkin avec. pleins pouvoirs et la direction supérieure des forces de terre et de mer ; il ne devait dépendre que du ministre des affaires étrangères.