‹ Abrégé de l'histoire de la médecine, considérée comme science et comme art dans ses progrès et son exercice, depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècleChapitre 11 sur 38 · IO · texte numérisé non relu

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de Bàle. La méthode nouvelle qu'il suivait dans l'exposition de la théorie et de la pratique de l'art, sa hardiesse prétentieuse en parlant de lui et de ses arcanes pour prolonger la vie, l'emphase avec laquelle il racontait ses cures extraordinaires, l'habitude qu'il avait de faire ses leçons en langue vulgaire , lui attirèrent une foule de disciples et de gens oisifs. Il se donne pour le plus illustre médecin de son pays. 11 brûle devant son auditoire les ouvrages d'Avicenne et de Galien , assurant que ceux-ci étaient fort ignorans et que d'ailleurs les principes des plus grands médecins ne sont applicables qu'aux contrées qui les ont vus naître. Ainsi ce fanatique a plus d'un trait de ressemblance avec J. Cardan et même avec Asclépiade de Bithynie auquel Ramus le compare. Paracelse était dissolu, fort intempérant, et l'on assure que la bassesse de ses sentimens aurait suffi pour ternir la plus belle célébrité.

Obligé de s'enfuir de Bàle , il se réfugie en Alsace, séjourne quelque temps à Colmar , en 1628; reprend sa vie aventureuse et de théosophe ambulant ; publie divers ouvrages , entre autres sa grande chirurgie qu'il dédie, en i536, à Thalhausen ; entreprend la guérison de très grands personnages qui le font appeler sur le bruit de sa renommée ou qui profitent de son séjour dans les villes qu'il visite; et va mourir, en i54i, à Strasbourg, dans l'hôpital de Saint-Etienne qui n'existe plus.

Paracelse assurait qu'il lui était impossible de séjourner long-temps dans le même lieu, tant il était

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passionné jDOur les voyages. Il était presque constamment accompagné par des disciples dévoués que son ivrognerie, ses sottises , sa pauvreté même n'éloignaient pas de sa personne. Oporin , savant imprimeur de Bâle; François; G. Vetter; le docteur Cornélius et plusieurs autres de l'infidélité desquels il se plaint, s'attachèrent plus particulièrement à son sort. A vrai dire , l'inattention et l'état précaire de ses copistes sont en partie cause des difficultés qu'on éprouve à se former une idée nette du système philosophique et médical de ce fanatique. Son style entortillé, mystique, surchargé de mots nouveaux; ses expressions obscures, inintelligibles, rendent encore ce travail plus difficile.

Son mépris pour les connaissances acquises à force de travail ; son orgueil qui le portait à dire qu'il lirait toute sa sagesse de Dieu, le caractérisent plus spécialement. « La lumière intérieure qui nous communique la sagesse et la connaissance de la médecine , enflamme en nous l'esprit sacré sans notre participation. La bible avec ses paraphrases est la clef de la théorie des maladies. Apprends enfin , ditil, l'art cabalistique, qui renfei-me en lui-même tous les autres. )) Il serait fastidieux d'insister davantage sur les erreurs de ce théosophe. Il soutient que tous les corps , notamment celui de l'homme, sont doubles, l'un matériel, l'autre spirituel ou sydérique. Cette division de l'homme en Corporel et spirituel et des choses en visibles et invisibles a été adoptée de tout temps par les fanatiques. Elle leur servait k

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expliquer les histoires des revenans et une infinité de préjugés. La volonté et l'imagination de l'homme agissent principalement au moyen de l'esprit, ce qui permet de se rendre compte des ensorcellemens et des effets magiques.

D'après cette ébauche du système physique , vous pouvez préjuger la valeur de son système médical. 11 explique les fonctions par les lois de la cabale, eii établissant l'harmonie des membres et des viscères avec les intelligences célestes ou les constellations, sans vouloir cependant que l'on admette une liaison de causes entre les corps célestes et les viscères de l'homme. La génération et les autres fonctions ne sont pas l'effet del astres ; et, bien qu'il dise ensuite que quand il n'y aurait point de constellations, Thomme n'en serait pas moins ce qu'il est , il avoue que la torce vitale est une émanation des astres. Ainsi il fait exister une connexion intime entre le soleil et le cœur, la lune 'et ie cerveau, etc. Il va même jusqu'à déterminer les parties du corps sur lesquelles agit chaque astreetilétablit de nombreuses divisions du pouls , suivant qu'il appartient à Jupiter , à Mars^, etc. li ne veut pas que l'on dise que tel homme a tel tempérament ; mais que c'est Mars, Vénus , etc. qui prédomine en lui.

Paracelse attaque le système de Galien imaginé par Empédocle et basé sur les qualités élémentaires. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que ce théosophe fanatique avance rarement une opinion sans se contredire ensuite. Il admet, à proprement parler , trois

ou quatre élémens des choses , l'astre , la racine , l'élément, auxquels on peut ajouter encore le iperme qu'il distingue de la semence. Tous ces élémens étaient originairement enfermés dans le chaos ou la matière informe de Platon. La génération des animaux s'opère en particulier par le concours des semences infinies qui se détachent de toutes les parties du corps. Ainsi la semence du nez reproduit un nez; celle des yeux engendre des yeux : tout ceci est une répétion du système de Démocrite. Paracelse essaya de concilier les élémens des alchimistes , le sel , le soufre et le mercure , avec ses idées cabalistiques. Il créa un sel sydérique qui est ta cause de la consistance des corps; un soufre sydérique qui est la raison de l'accroissement et de la combustion des corps; et enfin un mercure sydérique, fondement de la fluidité et de la volatilisation : le concours de ces trois substances forme le corps. L'archée, ou le maître de l'estomac ou l'esprit de la vie, préside dans l'estomac à l'opéi-ation des alchimistes. C'est lui qui change la nourriture en sang, opère tous les changemens en vertu de sa propriété puissante et guérit les maladies.

En pathologie , Paracelse est plus intelligible sur les causes des maladies. Il ne faut pas, dit il, attribuer tous les phénomènes aux élémens et à l'élat des humeurs; car les maladies reconnaissent cinq causes différentes. La première est tens asironim , parce que les constellations altèrent et infectent l'aîr : les unes sulfurisent l'atmosphère, d'autres lui corn-

îtîuniquent des propriétés arsénicales ; la seconde est Vens veneni qui provient des substances alimentaires ; la troisième Vens naturale^ que Paracelse soumet encore à Finfluence de l'entité astrale; la quatrième Vens spirituale \ la cinquième enfin , ïens deale^ ou l'entité chrétienne, comprend tous les effets immédiats de la prédestination divine. L'idée ridicule de l'harmonie et de l'attraction réciproque conduisit Paracelse à des méthodes fort singulières pour parvenir à la connaissance des causes. Ainsi de l'observation des propriétés de la pivoine, il concluait quelles doivent être l'essence et les causes de l'épilepsie. Ses successeurs l'imitèrent souvent. L'apoplexie ressemble, suivant lui, au feu du ciel et à l'éclair : la manie devient plus intense pendant les syzygies lunaires, parceque le cerveau est la lune du microscome.

La théorie pathologique de Paracelse , basée sur des principes chimiques et l'effervescence des sels, s'éloigne donc beaucoup de celle de Galien. L'étude des maladies auxquelles sont exposés les mineurs et les fondeurs a pu lui suggérer l'idée de cette théorie; mais il a fait une application trop générale de ses observations à la pathologie, et introduit la doctrine des acretés chimiques. Suivant lui le sel , le soufre et le mercure renferment les éléraens de toutes les maladies : le tartre est le principe de toutes les maladies qui proviennent de lepaississement des humeurs , de la rigidité des solides; de l'accumulation de la matière terreuse; le tartre s'applique à la surfaçe des dents , se dépose dans les parties internes;

l'esprit salin s'y joint et coagule le principe terreux; il est rarement pur et sans mélange. Il considère le tartre comme un excrément qui, dans bien des das, résulte de la trop grande activité des forces digestives et qui peut se développer dans toutes les parties du corps.

Paracelse explique comment on peut reconnaître la présence du tartre dans l'urine : l'inspection ne suffisant pas, il veut que ce liquide soit soumis à l'analyse chimique et il distingue trois espèces de sédiment: la première se rapporte à l'estomac; la seconde au foie ; la troisième aux reins , et il termine en affirmant que les habitans de la vallée de Vettlin sont exempts de toutes les maladies tartareuses.

Ld cabale dirigea constamment Paracelse dans sa théorie de la thérapeutique et de la matière médicale. Il s'attachait à bien connaître l'harmonie des constellations pour guérir lesmaladies.L'or est un spécifique contre toutes les maladies dans lesquelles l'affection primitive dépend du cœur. La chélidoine convient dans l'ictère, et les médicamens doivent se reconnaître par la forme qu'ils affectent. Les bulbes de divers orchis ayant de la ressemblance avec les testicules, doivent guérir les maladies des organes de la génération; le lézard ayant la couleur des ulcères malins, doit être employé efficacement contre ces ulcères. Les remèdes sont soumis à la volonté des astres et dirigés par eux. Si le gui de chêne manque de réussir dans l'épilepsie, c'est parce qu'on a négligé de l'employer, quand le ciel était favorable.

Comme il ne s'occupait aucunenient des propriétés naturelles des médicarnens, il devait admettrè leur action spécifique, et l'on conçoit les éloges qu'il prodiguait à son élixir de longue vie ainsi qu'aux arcanes dont il se servait pour reculer le terme de l'existence. Brucoeus a bien raison de ranger Paracelse parmi les empiriques les plus grossiers. Ce réformateur conseille le soufre sublimé dans toutes les maladies inflammatoires; la centaurée et le chardon béni dans les fièvres intermittentes.

Ses opinions contribuè/^ent beaucoup à faire considérer la chimie comme un art indispensable. Les teintures, les essences et les extraits remplacèrent les dégoûtantes décoctions, les inutiles sirops. Il s'efforce de diminuer le nombre des simples et d'en obtenir la quintessence. Bien qu'il soit peu scrupuleux sur le, choix des raédican^ens , puisqu'il emploie le cœur dejlièyje, la nacre dç perle, le corail, vous verrez avec plaisir comme il attaque harduTient l'abus qu'on faisait alors de la polipharmacie. « Lisez leurs liei'b^ers ^ et vons les verrez attribuer mille et une proprié.tés à chaque plante; mais lorsqu'il s'agit de formuler , ils accumulent souvent jusqu'à quarante ou cinquante simples contre une seule maladie. »

Paracelse, tout en. attaquant la méthode curative de§j.galénistes dirigée contre les humeurs prédominantes, et les qualités élémentaires, s'en rapproche beai,icou.p "en adoptant . celle des élémens sydériques du feu, de l'eau, de l'air et de la terre. Il tâche de corriger le tartre dans le corps par les eaux miné-

raies acidulés. Il ne s'occupe aucunement du régime, pas même dans les maladies aiguës. Il combat l'opinion trop générale qu'il existe des maladies tout-àiait incurables, et les résultats surprenans qu'il obtint de l'emploi des minéraux ne lui permirent plus de croire- à l'existence de maladies rebelles. ;( Veux-tu rendre service à ton prochain, s'écrie-t-il: ne dis pas qu'on ne peut procurer aucun soulagement, mais dis seulement que la chose est impossible pour toi. )) On accordera du moins à Paracelse le mérite d'avoir introduit dans la pratique des remèdes puissans appelés héroïques à cause de leurs grands effets.

Il emjoloie le premier l'étain comme vermifuge ; :nais sa préparation est bien vicieuse. Il fait des in- 'lovalions bien plus importantes en chirurgie : il reette l'emploi du cautère actuel, de l'instrument ranchant et même de la suture , parce qu'il avait jIus de confiance dans ses arcanes et les efforts salutaires de son archée. IK considère le pus comme e véhicule du baume qui arrose les plaies et les jlcères et qui suffit à leur guérison. Il regarde es emplâtres comme inutiles, la nature rappro- :hant parfaitement les lèvres d« la plaie. Il prétend guérir les fractures sans appareil contentif. Sa pathologie des ulcères a beaucoup d'analogie avec celle des maladies internes. Mars, Saturne, la lune et Vénus donnent naissance aux ulcères les plus- malins et les plus difficiles à guérir.

H attribue les mauvais effets de la saignée au

temps peu convenable où on la pratique , si l'on n'a pas égard aux signes d'où dépend la maladie. Il fait d'excellentes remarques sur l'influence que l'altération de l'air exerce sur les malades, dans lesbôpitaux, et propose divers moyens d'assainissement. Paracelse avait aussi des principes qui lui sont propres sur les propriétés de l'aimant qu'il croyait susceptible de guérir toutes les maladies qui proviennent de l'influence de Mars , telles que les hémorrbagies , diverses maladies nerveuses , etc. Il remit en vogue les talismans et les jongleries de toute espèce; et si l'on réfléchit sur son système , on voit qu'il ne renferme presque pas un principe nouveau : c'est la: collection de toutes les extravagances théosophiques et fanatiques imaginées avant lui. Son principal mérite est d'avoir introduit l'usage de plusieurs remèdes tirés du règne minéral , discrédité les sirops , les décoctions inutiles, et d'avoir fait quelques remarques fort importantes pour la chirurgie. Ce réformateur, qui se fit tant d'ennemis, passe cependant pour l'inventeur d'un système dont les principes se répandirent dans tout le nord de l'Europe, en France et en Angleterre.

La théorie de Paracelse, basée sur le mysticisme, ne pouvait manquer d'être accueillie par la masse des esprits vulgaires qui se laissent plutôt entraîner par ce qui frappe l'imagination que par les sévères réflexions de la froide raison. Mais cette théorie fut repoussée par les hommes qui considèrent la médecine comme une science basée sur l'expérience et

la raison, contrairement à Paracelse qui s'appuyait sur le mysticisme et le fanatisme le plus grossier. L'ignorance du réformateur , sa vie privée et publique s'opposaient aussi à la propagation de ses principes.

Les partisans les plus nombreux de sa doctrine se trouvaient en Allemagne. Dépourvus presque tous d'instruction et de connaissances scientifiques, ils se montraient enthousiastes zélés de son mysticisme ou bien ils s'en tenaient à ses médicamens en tâchant de concilier ses principes avec la doctrine de Galien, Léonhard Turneysser-Zum-Thurn, néàBâle en i53o, fut l'un des partisans les plus exclusifs de ParacelsQ. Après avoir entrepris plusieurs voyages et s'être livré à des occupations étrangères à l'art de guérir, Turneysser devint pourtant célèbre par ses cures en i568, et surtout comme mineur et métallurgiste. C'est alors et plus tard qu'il publia des ouvrages de médecine avec un certain luxe typographique et des planches gravées sur bois. Devenu médecin de l'électeur qui résidait à Francfort, il tira bon parti de sa nouvelle charge , vendit du fard et des cosmétiques aux dames de la cour , prescrivit les remèdes de Paracelse sous les noms pompeux de teinture d'or, magister du soleil , etc. 11 acquit ainsi une fortune considérable qui le mit à même d'éta-^ bhr une fonderie de caractères, une imprimerie pour ses œuvres, d'avoir plus de deux cents personnes dans son laboratoire et de vivre très ftistueusement. Ses calendriers astrologues , qu'il vendait

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fort cher ; ses prophéties, ses talismans, etc., lui procurèrent des richesses immenses, une confiance étonnante, dont il se vit privé en très peu de temps pour divers motifs et surtout à la suite d'un procès qu'il perdit contre sa femme.

G. Hoffmann , professeur à Francfort , dans un fort bon traité intitulé de Barbarie iinminenle\ dévoile le charlatanisme effronté de Turneys.ser, Celui-ci avait publié plusieurs ouvrages dont le principal , sa quintessence , est en vers. 11 y enseigne que tous les corps sont composés de sels , de soufre et de mercure ou de terre, d'air et d'eau, et il exclut le feu des élénîêns. Il y fait intervenir l'alchimie, indique la manière de procéder aux opérations et recommande de renoncer à celles qui seraient trop longues. Dans un autre ouvrage, il traite de l'ouromancie par des procédés chimiques et à la manière de Paracelse. Il est le premier qui ait représenté par des gravures le corps de l'homme écorché.

Un aulre partisan outré de Paracelse, Adam de Bodenstein, vagabond comme lui, entreprend d'expliquer les mots barbares et inintelligibles de son maître. Michel Toxites, médecin de Haguenau , auteur d'une édition des œuvres de Paracelse, tâche de mettre l'antimoine plus en vogue et de concilier le système de Galien avec celui de Paracelse. V-A. Siloranus, propagateur des mensonges et du fanatisme de son maître ; Gérard Dorn , médecin à Francfort sur le Mein , aux yeux duquel la cabale \ passait pour la source de toutes les sciences; P. Séve-

rin , médecin du roi de Danemarck , qui prétendait guérir radicalement lepilepsie , la lèpre , la goutte, et qui composa une physiologie et une pathologie • sur les chimères théoriques de Paracelse , sont aussi I partisans de ce fanatique réformateur.

Des médecins galénistes d'Allemagne adoptèrent , les médicamens de Paracelse eh repoussant sa théorie. Gonthier d'Andernach en agit ainsi dans un âge fort avancé ; car il avait soixante-dix ans quand il étudia les élémens de la chimie et les écrits des théo- 'sophes. Il enseigne que les extraits, les huiles et les sels agissent bien plus énergiquement que les racines et les herbes ; que les médicamens chimiques ■ sont bien plus actifs que les sirops. Donzellini partage les opinions de Gonthier. A. Ellinger, B. Arétius, Conrad Gesner , publient des traités de pharmacie ou de matière médicale dans lesquels ils se montrent partisans modérés de Paracelse.

Barthoiomé Carrichter , médecin des empereurs *Maximilien II et Ferdinand , de la confiance et de l'amitié desquels il était peu digne, s'il faut en croire Crato et la vraisemblance , est aussi partisan de Paracelse. Ses écrits décèlent une ignorance [grossière et renferment une infinité de remèdes empiriques , d'arcanes contre les affections magi- Iques. Martin Ruland le père rassemble les cas les jplus extraordinaires qu'il a observés et contre lesiquels il emploie des remèdes secrets sans avoir [égard aux causes qui ont occasionné les maladies , , toujours d'après les principes de Paracelse.

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Les paracelsistes' n'étaient pas difficiles sur le choix de leur maître. Les faiseurs d'or , de vieilles femmes , des magiciens , des pâtres et surtout M^B. de Rochlitz , curé de Mohorn , devinrent célèbres par les fables extravagantes qu'ils débitaient. Christ. Pilhopœus, instituteur d'Albert-Frédéric; de Burîh, professeur à Leipsick; le juriste G. Amwald, si fameux par son charlatanisme et sa panacée , sont des fanatiques pUis ou moins ignorans qui écrivaient pour la défense de leur maître. Th. et J. Zwinger; M. Dœring, se montrent, par leurs opinions et dans leurs écrits , conciliateurs des doctrines de Galien et de Paracelse et contribuent à faire adopter les préparations chimiques.

Si le système de Paracelse avait été examiné par des hommes raisonnables comme les derniers écrivains qui viennent d'être cités , on aurait pu faire justice des principes du réformateur en adoptant en partie sa méthode curative et les moyens chimiques dont il usait. Mais une secte d'enthousiastes connue sous le nom de société de la Rose-Croix , donna une extension considérable à la théosophie du réformateur. Son origine est tellement obscure et secrète que l'on ne peut en découvrir l'époque. Les Rose-Croix ne devaient exercer publiquement d'autre profession que la médecine. Il leur était défendu d'exiger aucun salaire des malades et ils se prétendaient exempts de toute infirmité. Suivant eux, la Rose-Croix dispense de toute étude et la Bible contient toutes les sciences. Il paraît que ce-

lui qui contribua le plus à l'institution de la Rose- Croix est un ecclésiastique de Calwe, Valent in Andrèœ, qui avait des connaissances fort étendues, un bien bon caractère et un grand patriotisme.

De nombreux enthousiastes propagèrent les principes des Rose-Croix. D'autres cabalistes, sans être précisément de cette société , recouraient aux prières magiques pour guérir les malades. Oswald Croll, médecin du prince d'Anhalt et conseiller de l'empereur Rodolphe II, acquit alors beaucoup de célébrité et publia un ouvrage dont l'introduction présente une idée succincte et fort exacte de la théosophie de Paracelse dont voici un extrait : «Tout vit dans la nature; rien n'y est mort. Toutes les connaissances de l'homme dérivent du firmament: les influences astrales le rendent un vrai sage ; car son esprit découle des astres et son âme de la bouche de Dieu. Sa grâce fait le médecin. » L'imagination délirante de Croll enfante mille autres chimères consignées dans son traité des signatures, relativement aux plantes et à leur usage médicinal.

A.. Libérius combattit ce fanatique et ses grossiers partisans , entre autres Henning Schennemann , médecin à Bamberg , qui s'éloigne des rêveries de Paracelse et n'est pas moins obscur que lui dans ses expressions inintelligibles et ses ridicules idées. On le range avec raison dans la secte des Rose- Croix ainsi que J. Gramann, apologiste de Paracelse, quoiqu'il ne soit pas prouvé qu'il ait été initié aux m^Xèves de la société.

La théosophie de Paracelse, qui compte tant d'enthousiastes et de dissidens en Allemagne, ne fut pas accueillie aussi aveuglément en France , en Angleterre et en Italie. On repoussa les absurdités qu'elle proclamait, en même temps qu'on tirait parti des médicamens découverts par le réformateur. Toutefois l'Angleterre eut un Robert Fludd, Rose-Croix célèbre, qui donna beaucoup de publicité à la théosophie de sa secte et l'appliqua à toutes les branches des connaissances humaines. L'Itahe est la seule contrée d'Europe dans laquelle le système de Paracelse ne fut accueilli que par les charlatans les plus méprisables, dont quelques-uns usurpèrent impudemment des noms respectables, celui de Fallope , entre autres. Le plus célèbre de ces médicastres est L. Fioraventi , très connu par un baume de son invention. Haller parle aussi d'un certain Th. Bovius et de ses écrits qu'il qualifie de insaide.niis opuscula.

Les principes et surtout les médicamens nouveaux de Paracelse furent mieux accueillis en France, malgré l'opposition violente des galénistes. J. Gohori, professeur de mathématiques à Paris, publia le premier un manuel de sa théorie paracelsique dans lequel il s'attache à démontrer que les expressions magiques de son auteur ne sont qu'allégoriques et que les esprits et les diables désignent des extraits, des teintures ou des préparations métalliques. G. Arragos, de Toulouse; Roch le Baillifde la Rivière, médecin de Henri IV; Cl. Dariot, Cl. Auber/Me

Trécoiirt; B-G. Penot; le Gascon J. du Chesne , qui attribue lepilepsie et l'apoplexie à l'éclair, sont tous apologistes de l'astrologie théosophique, des principes paracelsistes, et auteurs de traductions ou écrits divers à la louange de leur maître.

J. Riolan écrivit contre du Chesne; celui-ci eut à soutenir une autre dispute avec J. Aubert, relativement à l'origine et à la transmutation des métaux. L'usage de l'antimoine et des préparations spagiriques fut blâmé violemment; la Faculté de Paris mit l'antimoine au rang des poisons. Le parlement rendit à ce sujet un arrêt fameux qui fut suivi de persécutions contre les médecins qui employaient les préparations antimoniales.

Toutefois, vers le milieu du siècle suivant, en juin i658, immédiatement après la prise de Dunkerque, Louis XIV tomba dangereusement malade à Calais. Un empirique d'Abbeville le guérit avec du vin émétique considéré comme poison par les médecins de la cour. Cet empirique s'asseyait sans façon sur le lit du jeune roi et disait : voilà un garçon bien malade; mais il n'en mourra pas.

J. Hoster, J. Michel, Robert Fludd, déjà cité et dont il sera reparlé au sujet de Vanhelmont, furent aussi paracelsistes outrés en Angleterre.

Toutefois et par la suite, les principes de Paracelse furent isolés peu à peu et l'école chimique se forma, toute différente des sectes théosophiques et hermétiques, puisquen signalant le fanatisme et le mysticisme, elle appliquait la chimie à la mé-.

decine. Cet heureux changement s'opéra vers la fin du seizième siècle par les efforts des antagonistes du paracelsisme. Eraste , l'un des plus célèbres parmi eux , se montre aussi grand partisan de la chimie qu'acharné contre le système du fanatique réformateur. Un ami d'Eraste , H. Smetius, qui avait aussi étudié en Italie, se donne beaucoup de peine pour renverser la théorie de Paracelse et la jactance fanatique dont il fait preuve quand il se vante de guérir les maladies réputées incurables.

§ III. Examen de la chirurgie et des principaux chirurgiens du seizième siècle.

La chirurgie, considérée comme partie essentielle de la médecine, se ressentait des vicissitudes de celle-ci. Les premiers chirurgiens du seizième siècle furent presque tous imitateurs serviles d'Albucasis et de Gui de Ghauliac. Ils redoutaient la pratique des opérations, se contentaient de l'emploi des emplâtres et des onguens ; la fabwcalion des machines nouvelles étant toujours fort en vogue. Que pouvait être la médecine opératoire, abandonnée par J. de Vigo, J.-B. Sylvaticus, aux charlatans italiens, qui opéraient de la taille et de la cataracte et apphquaient le trépan.

Toutefois, l'étude des blessures par armes à feu, dont on ne pouvait prendre connaissance chez les arabistes , fait faire quelques progrès à la chirurgie. Brannsohweig, de Strasbourg, les traitait comme si

elles eussent été envenimées ; et J. de Vigo , dans des vues semblables , les cautérise avec le fer rouge ou d'autres caustiques. Alph. Ferri soutient aussi qu'elles sont empoisonnées et que le vent du boulet cause la mort. Il a l'heureuse idée de considérer l'extraction du projectile comme fort utile pour la guérison des plaies d'armes à feu; mais il retire la balle sans dilatation préalable, avec son Alphonsin, qui est un instrument fort imparfait.

Paré et Maggi, guidés par leur esprit observateur ou par un hasard heureux, ne considèrent plus ces plaies comme compliquées d'ustion ou d'empoisonnement. Ils en changent fort heureusement la thérapeutique en substituant les émolliens aux caustiques. Botal se range de leur avis ainsi que Félix Wurz, qui supprime les corps étrangers que l'on introduisait dans les blessures d'armes à feu.

L'engorgement squirrheux de la prostate; les excroissances et les rétrécissemens dans l'urètre ; l'usage des bougies, des injections et même des caustiques contribuèrent encore au perfectionnement de la chirurgie. La lithotomie s'enrichit d'une nouvelle méthode désignée sous le nom de grand appareil ; car il est probable que le haut appareil était connu dès le siècle précédent et que c'est par cette méthode que G. Colot pratiqua la célèbre opération de la taille, sur un franc-archer condamné à mort pourvoi, qui guérit de l'opération, et auquel on avait accordé sa grâce pourvu qu'il s y soumît. L. Colot et son fils ou son neveu se

rendirent très célèbres par le succès de leurs opérations. Malheureusement ils firent un secret de leur méthode et de leurs procédés. La découverte du haut appareil paraît être l'effet du hasard et de la nécessité.

C'est aussi dans le seizième siècle qu'une opération fort douloureuse, la réparation du nez, imaginée par G. ïagHacozzi, fit beaucoup de bruit en Europe et valut à son inventeur une statue qui le représentait un nez à la main.

L'histoire de la médecine du seizième siècle doit signaler encore les disputes scandaleuses suscitées en France sur la prééminence de la médecine et sur les privilèges accordés aux chirurgiens. Ceux de Paris, auxquels Philippe-le-Bel avait concédé en i3ii des privilèges qui les assimilaient aux membres de la Faculté de Médecine, ne purent supporter que les barbiers s'arrogeassent le droit de saigner et de traiter les ulcères. En i 5o5 , les médecins de Paris s'entendirent avec les barbiers qu'ils proclamèrent enfans de la Faculté. Mais en i5i5, E. Barrot, devenu président du collège Saint-Côme, demande à la Faculté la suppression du lourd tribut que les chirurgiens lui paient et la dispense d'entendre, ses leçons. L'université décrète que les chirurgiens de Paris seront membres dn la Faculté; et G. Vavasseur, premier chirurgien de François P% obtient que ses confrères seront séparés des barbiers et qu'aucun ne sera reçu maître en chirurgie, s'il ne connaît le latin et la dialectique. Le collège

(le chirurgie devient ainsi une école distinguée. Mais les privilèges des chirurgiens et de leur collège furent encore l'objet de contestations trèsvives qu'il est inutile de rappeler.

L'un des plus anciens écrivains du seizième siècle est J. Braunschweig, chirurgien célèbre de Strasbourg. Son livre consacre de bonnes réflexions, celle entre autres de ne pas trop essuyer le pus des ulcères. Un nom plus célèbre en chirurgie est celui deJ. de Vigo, auteur de deux manuels de chirurgie. M. A. Blondo, est de la même époque. Il recommande l'eau froide comme le meilleur moyen contre les plaies de toute espèce , celles des nerfs exceptées. Son livre est peu recommandable, ainsi que le grand ouvrage chirurgical de J.- A. de la Croix.

J. Bérenger de Carpi, anatomiste célèbre, fait d'heureux changemens dans la doctrine des plaies de téte; à l'égard des fractures, des contre-coups etdes enfoncemens du crâne, le lithotomiste Mariano Santo combat des préjugés très-nuisibles à la thérapeutique chirurgicale. Le célèbre G. Fallope, quoique trop attaché aux opinions dominantes , donne de très bons préceptes sur Le traitement des maladies chirurgicales.

F. Wurz, excellent praticien à Baie, publie un ouvrage estimé sur les fractures non apparentes. 11 seleve avec raison contre la suture des plaies, la cautérisation pour suspendre l'hémorrhagie , l'usage de sonder fréquemment les plaies , etc. F. D. Arcé se

distingue aussi par son habileté à guérir les fistules. Le grand anatomiste J-C. Aranzi de Bologne passe pour opérateur fort heureux de la fistule et bon auteur en chirurgie.

Aucun des chirurgiens du seizième siècle n'est comparable à A. Paré de Laval. Il fit plusieurs campagnes et assista à des batailles , comme chirurgien mihtaire. Il fut chirurgien de plusieurs rois, nommément de Charles IX, qui l'épargna dans les massacres de la Saint-Barthélemy. Son arrivée dans la ville de Metz assiégée par Charles-Quint avec une armée de cent-vingt mille hommes , fut considérée comme un bienfait du ciel. (( Le lendemain de ma venue, dit cet illustre chirurgien , je ne faillis d'aller à la bresche où je trouvai tous les princes et seigneurs , et me reçurent avec une grande joie, me faisant cet honneur que de m'embrasser et de me porter dans leurs bras; ajoutant qu'ils n'avaient plus peur de mourir , s'il advenait qu'ils fussent blessés. » Sa belle conduite , ses importans services pendant ce siège , justifièrent sa grande réputation et l'honorable réception qui lui avait été faite. Il perfectionna singuhèrement la pratique des opérations et la thérapeutique chirurgicale. Il fit le premier la ligature des artères. Cette innovation suffirait pour immortaliser un si beau nom.

L'un de ses élèves , J. Guillemeau d'Orléans , fait subir au trépan des perfectionnemens notables et opère les anévrismes bien mieux que ses prédécesseurs. J. Tagault d'Amiens ; J-Ph. Ingrassias, ana-

tomiste célèbre; J-B. Carcano Leone, disciple de Fallope,qui blâme l'usage du trépan, eont aussi des auteurs de manuels ou traités divers sur la chirurgie.

L'histoire des maladies des yeux de cette époque offre trop peu d'intérêt pour en parler. Mais l'art des accouchemens devient l'objet de recherches et d'études spéciales, quoique les manuels publiés alors prouvent qu'on s'occupait presque exclusivement de la conception , de la vitalité du fœtus et des instrumensmeurtrierB à l'aide desquels on retirait l'enfant par lambeaux , dans les accouchemens difficiles. J. Guillemeau surpasse ses prédécesseurs et ses contemporains par ia bonté de ses préceptes d'obstétrique. J. Mercurii, de Rome, chirurgien et ecclésiastique , s'adonne particulièrement à la pratique des accouchemens et recommande l'opération césarienne dont il a été témoin, opération qui paraît avoir été pratiquée dans les temps les plus reculés, comme le fait supposer la fable allégorique de Sémélé et surtout la loi de Numa Pompilius , portant défense d'inhumer le cadavre d'une femme en état de geslation, avant d'en avoir retiré l'enfant. On assure que c'est à l'exécution de cette loi que Manilius, Scipion l'Africain et César doivent leur naissance.

Quoiqu'il en soit, c'est dans le seizième siècle que l'on trouve les premières preuves de l'opération césarienne pratiquée sur la femme vivante ; et c'est un châtreur , Nufer deïurgan, qui paraît l'avoir faite le premier , avec succès , sur sa propre femme. Ici

du moins , l'ignorance téméraire trouve son excuse dans le résultat même d'une hardiesse aussi étonnante. F. Rousset, médecin du duc de Savoie , recommande l'opération césarienne dans un ouvrage qui eut beaucoup de célébrité , parce qu'il y expose les cas dans lesquels il a fait et vu faire l'opération avec un succès complet, notamment celui d'une femme deMilly , qu'il prétend avoir été opérée six fois et qui mourut à la fin de sa septième grossesse , l'opération césarienne n'ayant pas été pratiquée. Rousset prouve enfin que l'opération césarienne est le seul moyen de délivrer la femme dans les cas de conformation vicieuse du bassin, de grosseur extraordinaire du fœtus et de grossesse extra-utérine.

A l'égard des noms célèbres désignés ci-dessus, on est frappé d'une coïncidence entre les médecins et chirurgiens les plus distingués qui s'établissent dans les villes où les sciences sont le plus honorées et encouragées , coïncidence qui a beaucoup d'analogie avec les progrès de la médecine , des arts et des lettres, dans les pays qui les protègent et les récompensent le mieux.

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