CHAPITRE III
Histoire dés analomistes les plus célèbres et des principales découvertes en anatomie jusqu'à Harvey.
L'esprit investigateur du seizième siècle , si fertile en innovations , fait faire des découvertes anatomiques de la plus haute importance. De tous côtés des savans rivalisent de zèle et d'émulation pour le progrès des sciences, et si Vésale n'est pas inscrit en tête de tant de noms illustres par son rang d'ancienneté, il doit y être placé par son génie et la hardiesse avec laquelle il s'élève contre les préjugés , contre la confianct aveugle que l'on avait en GaHen.
G. Zerbi , le plus ancien anatomiste de cette époque , fait un traité qui diffère très peu de celui de Mondini. Cet auteur , nati: de Vérone, professeur à Padoue,puis à Rame, coramit une bassesse et mourut malheureusement. A. Achillini , partisan d'Averrhoës , professeur à Bologne ; N. Massa , anatomiste imbu des préjugés dominans ; J, Gonthier d'Andernach, maître de Vésale; A. Laguna , s'occupèrent d'analomie avec plus ou mpins de succès, presque toujours conformément à Mondini. Leurs ouvrages
sont écrits dans un style métaphorique plus ou moins bizarre.
J. Bérenger, né à Carpi, professeur à Bologne, anatomiste zélé qui passe pour avoir ouvert plus de cent cadavres humains, est un digne prédécesseur de Vésale. J. Dubois (i) ou Sylvius, autre maître de Vésale, passe pour avoir substitué, le premieren France, les cadavres humains aux cochons sur lesquels on étudiait l'anatomie. Il paraît être Tinventeur de l'art des injections. Mais son respect pour les anciens l'aveugle tellement qu'il préfère les erreurs de Galien aux lumières de sa raison.
L'illustre Vésale naquit à Bruxelles. Il étudia à Louvain, puisa Paris, où sa passion pour l'anatomie manqua de lui coûter la vie. Il servit comme chirurgien militaire dans les armées de l'empereur. Ensuite il s'établit à Padoue , où le succès de ses cours lui attira un nornbre prodigieux d'élèves. Après la publication de son grand ouvrage ^ Charles- Quint le fit appeler à sa cour, où il devint médecin de Philippe II, son fils. Il mourut à son retour de la Palestine , sur les côtes de Zante. Le plus grand mérite de ce savant anatomiste est d'avoir attaqué hardiment les erreurs de Galien et démontré combien s'étaient trompés ceux qui l'avaient suivi aveuglément. Ce qui le distingue aussi, c'est qu'il publia
(i) Dans tout ce chapitre, je désigne cet anatomiste de Paris sous le nom de J. Dubois , el non sous celui de SyWius, qui pourraK le faire croire étranger.
des planches anatomiques très exactes et ficlèlement exécutées par Titien et J. de Calcar.
L'ouvrage de Vésale fit naître la révolution anatomique. Parmi ses successeurs, les uns s'emparèrent de ses découvertes et s'appliquèrent à leur donner plus d'extension ; d'autres tâchèrent de défendre les principes et l'infaillibilité de Galien. Bartholomée Eustache , professeur à Rome, sut allier les connaissances les plus profondes en anatomie à l'attachement le plus outré aux idées de Galien. Son esprit d'observation et sa prévention sont en hostilité continuelle, au détriment de la science. Il rap' proche l'anatomie comparée de celle de l'homme et fait des planches que l'on crut perdues pendant long-temps. Albinus etHaller prouvèrent qu'Eustache avait eu l'intention de rendre plus sensibles ses propres découvertes, en réfutant les opinions de Vésale, plutôt que de représenter les parties du corps humain d'après leur position.
L'exemple de Vésale trouve de dignes imitateurs dont quelques-uns, pleins de délicatesse, corrigent tacitement les fautes qui lui ont échappé. J-B.Cannani est de ce nombre ainsi que Ph. Ingrassias; mais Réal Colombus, son successeur dans la chaire de Padoue , ne le ménage pas autant, à beaucoup près. Son égoïsme et l'ambition de proclamer des idées nouvelles lui font même négliger la vérité. Il passe pour avoir substitué , le premier , les chiens aux cochons dans les vivisections.
G. Fallope , de Modène , qui fit de longs voyages
et occupa successivement les chaires de Ferrare,Pise et Padoue , est l'un des premiers anatomistes du siècle, supérieur à Eustache et même à Vésale , son maître. Il réunissait aux avantages de la modestie la plus aimable, aux manières les plus engageantes . une érudition immense , une connaissance profonde de la structure du corps humain et le style mâle et serré d'un excellent écrivain. I-C. Aranzi, C. Varole, si connu par ses travaux sur la base du cerveau et l'origine des nerfs ; J-B. Carcano Leone , professeur à Pavie; Volcher Ccyter, de Groningue, qui servit comme chirurgien miritaire dans les guerres contre la France; S. Alberti de Nuremberg et professeur à Wittemberg; J. F. d'Aquapendente, dignes élèves de Vésale, de Fallopeou autres grands anatomistes, se distinguent également par leurs découvertes et leur& manuels d'anatomie. L'Espagnol J. Valverde , Guido Guidi , sont plutôt des compilateurs de Vésale qu'anatomistes originaux, F. Plater et G. Bauhin sont encore des anatomistes distingués. Le dernier surtout a le mérite d'avoir créé une nomenclature et fait disparaître en partie la confusion qui existait dans la synonymie anatoraique. Mais quelques anatomistes de cette époque eurent une célébrité imméritée , nommément A. Dulaurens d'Arles , chancelier de l'université de Montpellier, premier médecin du ! roi de France et doyen de la Faculté de Paris, auteur d'un ouvrage dépourvu de goût , d'idées neu' ves, et plein de préjugés absurdes.
De cette énumération des plus célèbres anatomis
tes du seizième siècle, passons à l'examen de leurs découvertes sur les parties dont l'ensemble compose l'anthropotomie , en commençant par l'ostéologie. Les parties dures de l'oreille interne étaiônt fort peu connues. Vésale découvre le vestibule du labyrinthe et le manche du marteau. Ingrassias paraît avoir découvert le petit os connu sous le nom d'étrier. Eustache signale les trompes qui portent son nom , le noyau commun du limaçon et la menbrane du tympan dont il donne une excellente description. Cet auteur, Aranzi , Coyter, Alberli, font encore d'autres découvertes importantes sur l'organe de l'audition.
Bérenger démontre l'os basilaire, les sinus sphénoïdaux; Ingrassias indique parfaitement la fente sphéno-maxillaire et le trou ptérigo-palatin. Ingrassias décrit les cornets inférieurs; Guidi figure les condyles de la mâchoire inférieure, et Alberti signale les os wormiens. Ingrassias réfute une erreur de Galien en prouvant qu'il existe une échancrure à l'atlas et non un trou pour le passage de l'artère vertébrale.
J. Dubois et Vésale, son élève, se disputent sur le nombre des pièces qui composent le sternum. Le premier était dans Terreur ; il la soutenait par des assertions ridicules. On se dispute aussi sur le nombre de pièces dont le sacrum est originairement formé et Vésale réfute l'ancienne idée d'un os incorruptible situé dans le cœur. A cette époque, on apprend aussi de combien d'os se compojse le tarse. J.
Dubois, trop zélé défenseur de Galien, soutient malheureusement que les grandes courbures de l'bumérus et du fémur, rejetées par Yésale , ont disparu en presque totalité par l'étroitesse des vêtemens. Enfin , Etienne signale l'existence des glandes synoviales dans les articulations.
Les recherches de myologie sont dirigées d'abord sur la structure et les forces musculaires. Vésale réfute l'erreur de Galien qui avait prétendu que le faisceau musculeux était un composé de fibres tendineuses et nerveuses. Fallope met cette vérité plus en évidence et prouve que le mouvement , la myotilité , est la faculté inhérente aux muscles ; Etienne assure contre Galien qu'il n'existe point de panicule charnu chez l'homme , et Coyter démontre que ce panicule donne au hérisson la faculté de se rouler sur lui-même.
De plus on découvre des muscles inaperçus jusque là et l'on montre en quoi quelques-uns diffèrent de ceux des animaux. Fallope donne la première description complète du muscle occipito-frontal. Il prouve que l'orbiculaire des paupières est simple. Aranzi signale le releveur de la paupière supérieure que Vésale peut bien avoir découvert en même temps. Eustache et Coyter décrivent exactement les muscles interne et antérieur du marteau , celui de l'étrier. Vésale découvre le ptérygoïdien interne, Fallope l'externe et le péristaphylin externe. Vésale, Fallope, Eustache signalent plusieurs muscles qui s'attachent à l'hyoïde, qui forment la base de la langue ou
qui appartiennent aux diverses régions du cou.
Les muscles intercostaux sont aussi l'objet des investigations de Vésale , Guidi et Fabrice. Fallope décrit le muscle pyramidal , et Piccolhuomini donne à la ligne blanche le nom que vous lui connaissez. Cannani porte surtout son attention sur les muscles des membres supérieurs dont il trace les figures. Ceux des membres pelviens sont aussi l'objet dè leurs savantes investigations.
Mais aucune des découvertes importantes de cette tjpoque n'est comparable à celle de la circulation, qui changea toute la théorie et la pratique de l'art de guérir. Jusque là les veines avaient été regardées comme les vaisseaux sanguins uniques et les artères comme des canaux conducteurs des esprits vitaux. Vésale défend l'opinion d'Aristote et soutient contre Galien et tous les galénistes que la veine cave prend naissance dans le cœur. La découverte faite antérieurement des valvules à l'entrée du cœur et dans les veines donne à réfléchir sur la circulation. Bérenger décrit plus exactement les valvules connues et signale la valvule tricuspide, les sémilunaires. J. Dubois, partisan outré de l'infaillible Galien, aperçoit aussi la valvule sémilunaire de la veine cave descendante qui porte à tort le nom d'Eustache. Posthius , Aranzi donnent encore une description plus minutieuse de ces valvules. Cependant on ne croyait point encore à l'existence de la valvule à l'orifice de la veine azygos signalée par Cannani. D'autres anatomistes découvrent de nouvelles valvules et ils en
tracent les figures avec plus ou moins d'exactitude.
I.a circulation pulmonaire devient aussi l'objet d'une attention sérieuse. Bérenger soutient que la cloison du cœur qui sépare les ventricules est solide et non percée, comme le prétend Galien. Cette assertion est vivement soutenue par Véj^ale , parce qu'elle donne plus de netteté à ses idées sur la circulation. M. Servet, dont il a été parlé précédemment, se range de leur avis, tire parti de cette opinion pour démontrer le premier la circulation pulmonaire, en i552, et que l'auteur fait connaître dans son ouvrage publié l'année suivante. Colombo s'empare de cette découverte, et veut , six ans après , la faire passer pour sienne , parce qu'il la perfectionne. Aranzi ne sait quel parti prendre, entre les préjugés dominans et la vérité qu'il ne sait pas saisir.
A. Césalpino, d'Arrezzo, médecin du pape, démontre la circulation pulmonaire plus exactement encore que ses prédécesseurs, quoiqu'il admette la transsudation du sang par la cloison du cœur; et, s'il n'a pas découvert la grande circulation , du moins il s'en est approché de beaucoup.
La circulation du fœtus est très soigneusement étudiée; on décrit mieux le trou ovale situé entre les deux oreillettes et qui disparaît après la naissance. Galien avait déjà remarqué ce trou chez le fœtus ainsi que le canal artériel , mais il en ignorait l'usage. Il est étonnant , d'après cela , que Botal , élève de Fallope, se soit approprié ces deux dernières décou-
Vertes. Des recherches phis fécondes sur le canal veineux qui communique entre la veine ombilicale et la veine porte, datent aussi de cette époque.
Les descriptions particulières des artères qui partent de la crosse de l'aorte, se portent et se distribuent à la tête, sont aussi plus complètes et fort intéressantes en ce qu'elles signalent des anaslo^ moses nombreuses si bien décrites par Fallopo et désignées par lui sous le nom de rete mi.rabile. Toutefois, ni cet illustre anatomiste, ni Colombo, ni Coyter ne peuvent expliquer les mouvemens d'élévation et d'abaissement du cerveau.
Euslache, Bérenger, Etienne, Guidi font mieux connaître, ou découvrent différentes branches artérielles de la tête, des membres et du tronc : ils parlent plus pertinemment de la veine azygos et de ses branches. Hérophile passe pour avoir découvert le système lymphatique ; Massa et Fallope aperçoiven l plusieurs branches de ce système; et Eustache enfin signale le premier l'existence du canal thoracique sur les chevaux.
Malgré leurs investigations répétées, les anatomistes du seizième siècle ne parviennent cependant pas à se faire une idée exacte de la disposition du péritoine. On croyait à l'existence d'un trou dans cette membrane pour le passage du cordon spermatique et l'on ignorait qu'elle fournit une enveloppe au testicule. J. Dubois relève ces erreurs, et cette fois du moins, il l'emporte sur Vésale. Celui-ci donne la première description de l'épiploon et de ses rapports
ûvec plusieurs des viscères du bas-ventre. Fabrice ajoute des détails qui rendent cette description plus exacte. Vésale, Bérenger, Massa, J. Dubois signalent de nouvelles découvertes relative? à l'estomac , au foîe, à ses divisions, aux canaux biliaires. Il paraît que l'existence du pancréas est restée inconnue et que les premiers écrivains de l'époque donnèrent le nom de cet organe glanduleux aux ganglions mésentériques plus ou moins nombreux et tuméfiés, situés dans le mésentère.
Fallope, Bérenger, Massa, J. Dubois dirigent leurs recherches sur la membrane interne des intestins, décrivent ses replis, font mieux connaître le cœcum , son appendice et surtout la valvule dite de Bauhin , qui ne l'a pourtant point aperçue le premier. Bérenger prend l'initiative dans les recherches sur les organes sécréteurs de l'urine. Eustache fait mieux connaître la structure des reins , parle le premier de leurs capsules surrénales. En injectant l'artère rénale, il fait passer le liquide dans l'uretère et il en conclut avec les anciens que l'urine provient du sang artériel.
Vésale décrit le médiastin plus exactement qu'aucun de ses prédécesseurs , qui pensaient qu'une partie des poumons se trouve renfermée dans un repli de la plèvre. Mais ce grand anatomiste rencontre si souvent cette membrane adhérente aux poumons, qu'il prend pour des ligamens des produits membraniformes de l inflammatiou. Bérenger signale les deux cartilages. aryténoïdes; Vésale et Fallope
leâ deux thyroïdes et Colombo les cavités du larynx.
Les organes sécréteurs et excréteurs des larmes , les membranes qui entrent dans la composition de l'œil sont aussi l'objet des recherches de ces laborieux investigateurs, qui semblent redoubler de zèle et d'efforts pour avoir une connaissance plus précise des organes de la génération. Toutefois Eustache et ses contemporains méconnaissent l'origine des corps caverneux et celle de la tunique vaginale. Massa , Vésale, Fallope aperçoivent la glande prostate, les vésicules séminales. Celui-ci indique aussi l'existence du clitoris et l'analogie de son tissu érectile avec celui du gland. Le repli membraneux situé à l'entrée du vagin et connu sous le nom d'hymen , devient l'objet de recherches multipliées et de contestations très-vives , desquelles il résulte que Fallope est le seul qui l'ait exactement décrit. Quand à l'utérus de la femme, Eustache est le premier qui en trace exactement la figure, et J. Dubois parait l'avoir mieux connu que Vésale, qui reproche à Galien de n'avoir étudié cet organe que sur les femelles des animaux. G. Zerbi décrit les ligamens ronds que Fallope appelé crémasters. Cet anatomiste indique fort distinctement aussi les trompes utérines qu'il regarde comme les conducteurs du sperme, et Piccolhuomini en nie l'existence. Fallope, Vésale et Coyter décrivent les ovaires plus ou moins exactement ainsi que les vésicules et autres parties intégrantes.
Les rapports de la mère avec le fœtus appellent
aussi l'atteiUion de ces infatigables observateurs, trop crédules cependant pour rejeter l'absurde préjugé, que les filles sont conçues du côté gauche et les garçons de l'autre. Fallope fait mention de la membrane caduque de Hunter. Massa, J. Dubois, Vésale constatent l'existence de la membrane allantoïde. La conception et les premiers vestiges de l'embryon excitent aussi la très vive curiosité de nos célèbres prédécesseurs. Coyter découvre sur une truie les premiers linéamens de l'embryon , et Varole aperçoit un embryon humain de la grosseur d'un grain d'orge , après vingt jours de conception.
Le cerveau et le système nerveux occupent pareillement ces grands anatomistes, bien qu'ils croient encore que les esprits animaux sont sécrétés dans les ventricules de l'encéphale avec les matériaux que les artères leur fournissent. Bérenger,qui connaissait les quatre ventricules , signale les plexus coroïdes , la glande pinéale, les éminences qui sont à la base du cerveau. Massa et Vésale admettent deux lames dans la dure-mère et distinguent la portion corticale de la médullaire du cerveau. De plus, celui-ci indique la cloison transparente et la voûte à trois piliers. Servet profite de ces découvertes pour établir sa théorie des fonctions animales. Eustache trace avec beaucoup de soin la base du cerveau et plusieurs des parties que l'on trouve dans son intérieur. Aranzi signale les cornes d'Ammon ; Varole , Piccolhuomini découvrent aussi différentes parties de l'encéphale. Ce demie» anatoiniste, AchilUni , Bérenger, Étienne,
fiauhin s'occupent spécialement de la moelle épinière et de ses membranes.
Toutefois, malgré ces brillantes clartés jetées sur l'anatomie, des péripatéticiens et surtout Césalpin soutiennent, par déférence aveugle pour Arislote , que tous les nerfs sont originaires du cœur, que Ton aperçoit le premier dans l'œuf fécondé et qui passe pour être le siège de l'âme. L'influence des passions sur cet organe le faisait considérer d'ailleurs comme le siège des sensations. Galien,en faisant naître les nerfs de la portion dure du cerveau, s'était trompé cependant, Bérenger démontre le premier que les nerfs tirent leur origine du cerveau et de la moelle «'illongée. Colombo se range de son avis, mais Yarole soutient que les prolongemens inférieurs du cervelet participent à la formation de la moelle épinière et que le noyau médullaire lui-même ou pont de Varole , part du cervelet et donne naissance au nerf auditif. A cette époque, on cherchai tjfriissi à établir une distinction entre les nerfs du sentiment et du mouvement. Fallope fait remarquer que les trous de la' base du crâne livrent passage à plus d'un nerf, ce qu'on ne savait pas avant lui , et il démontre le premier plusieurs ganglions nerveux décrits par Galien.
Les nerfs olfactifs étaient inconnus à Metzger et à Zerbi, ou peu s'en faut. Achillini les indique plus clairement ainsi que leur distribution dans les fosses nasales. Massa elSœmmering démontrent bien mieux encore l'origiîie de ces nerfs et leur distribution dans ■la membrane piluitaire. Varole, en rectifiant celte des-
ci iption, reproche à ses prédécesseurs d'à voii' connu ce nerf inpaifaitement. Eustache, après Galien, fait provenir les nerfs optiques des couches qui portent ce nom et dont Varole s'approprie injustement la découverte. L'entre-croisement des nerfs optiques mis en doute par Galien, donne lieu à de nouvelles recherches ; et Vésale ayant remarqué qu'après la perte de l'œil droit , le nerf correspondant diminue et s'atrophie, il en conclut, ainsi que plusieurs de ses contemporains , qu'il existe un accollement et non lin entre-croisement de ces nerfs. En même temps on rectifie l'erreur des anciens qui s'étaient imaginés que les nerfs optiques sont traversés par un canal pour le passage de l'esprit visuel. Bérenger doute fort de l'existence de porosités dans ces nerts, et Vésale la nie formellement, affirmant que la texture de ces nerfs est tout-à-fait fibreuse. Mais Eustache , Arazi et Guidi, prenant sans doute l'artère centrale du nerf optique pour le canal en question, soutiennent l'erreur J^s anciens et Fabrice demeure incertain.
Varole découvre l'origine de la troisième paire et décrit ce nerf bien mieux que Vésale. En relevant les erreurs de celui-ci, Colombo en commet d'autres, xichillini paraît avoir connu la quatrième paire que Vésale peut bien avoir ignorée et que Fallope décrit exactement sous le nom do huitième paire. L'histoire de la cinquième paire et surtout la description de Bérenger, prouvent combien sont lents les progrès de, la névrologie , et par combien d'er-
reurs elle doit passer pour arriver au perfectionnement. Fallope, qui divise ce nerf en deux branches , l'indique plus exactement et parle de plusieurs de ses anastomoses. Eustache paraît avoir aperçu le premier la sixième paire , son anastomose avec le grand sympathique, son origine, sa marche et sa connexion avec l'intercostal. La neuvième paire, ou le glosso-pharyngien , semblait provenir de la sixième pour les anatomistes de cette époque. Mais Fallope l'en distingue le premier et il indique clairement sa distribution dans la langue et le ph<Trynx. Eustache établit trois branches pour la sixième paire : le glosso-pharyngien , la paire vague et le nerf accessoire de Willis, celui-ci étant déjà bien mieux connu que le premier. Vésale décrit l'origine et les anastomoses du nerf hypoglosse, et Eustache en figure assez exactement le trajet.
Quant aux nerfs de la mœlle épinière, on encomptait trente paires environ; sept ou huit cervicales, douze dorsales, cinq lombaires et six sacrées. Il est inutile de faire mention des discussions relatives aux paires cervicales au nombre de sept pour les uns et de huit pour d'autres, ni de celles élevées par les anatomo-physiologistes de cette époque, sur le nerf intercostal, désigné depuis sous les noms de grand sympathique et de tri-splanchnique.
Tant de zèle pour l'étude de l'anatomie reculait les limites de cette science et conduisait à la décou-verte delà circulation, l'une des plus fécondes poiula médecine.