‹ Abrégé de l'histoire de la médecine, considérée comme science et comme art dans ses progrès et son exercice, depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècleChapitre 13 sur 38 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Histoire des ilt-couverles analomiques du dix-seplième siècle » depuis Harvey jusqu'à Haller.

§ 1®^. Découçerte de la circulation du sang.

I.es grands anatomistes du seizième siècle, par leurs dissections répétées, leurs judicieuses observations et surtout par leur indépendance pour l'autorité des anciens, avaient signalé une route nouvelle pour mieux connaître la structure du corps humain, ses fonctions et en quoi l'homme diffère ou se rapproche des animaux. Leur docte curiosité les conduisait à la découverte d'un fait , l'un des plus iraportans pour la physiologie, la chirurgie, la thérapeutique et la pathologie. La découverte de la grande circulation allait opérer une révolution d'autant plus durable qu'elle fournissait une base plus solide à de nouvelles théories médicales.

Les valvules situées à l'intérieur des veines, l'imperméabilité de la cloison qui sépare les cavités

droites du cœur de ses cavités gauches, la circulation pulmonaire étaient déjà connues; et, quoique Césalpin parle le preraier du retour du sang au cœur par les veines, la circulation générale restait ignorée, tant est funeste l'empire des préjugés , quand ils sont consacrés surtout par des milliers d'années. G. Harvey de Foikton dans le Kentshire , élève de Fabrice d'Acquapendente, qui lui démontre l'existence des valvules dans les veines, s'efforce d'en découvrir l'usage et parvient par ses expérimentations à reconnaître et à enseigner publiquement, en 1619, la grande circulation dont Servet, Colombo, Levasseur, Césalpino et autres savans anatoraistes avaient déjà découvert quelques parties. « Ensuite, dit K. Sprengel, il examina sa nouvelle doctrine pendant neuf années et la fit enfin connaître en 1628, poar la soumettre aux. recherches et à la sagacité des savans. Ce soin et cette circonspection extraordinaires parlent déjà beaucoup en faveur d'Harvey; mais ce qui achève d'enlever tous les suffrages, c'est le ton modeste et libre, c'est la marche assurée des idées qu'on voit régner 1 dans tout le cours de son ouvrage. Il était presque 1 impossible de supposer fausse une doctrine exposée sous des auspices aussi favorables , et avec cette assurance modeste. »

Harvey réfute dabord des préjugés fondés sur l'autorité de Galien, et surtout la fausseté de l'expérience par laquelle le médecin de Pergame établit que les artères ne sont pour rien dans les pulsations et se laissent distendre comme des tuyaux aériens. La cir^

ciilation du sang chez le fœtus, l'analogie qui existeentre les valvules pulmonaires et celles de la veine cave inférieure, lui servent d'argumens contre l'assertion erronée que l'esprit aérien, parvenu du poumon dans le ventricule postérieur du cœur, passe de là dans tout le corps par l'aorte et que les parties les plus grossières de cet air retournent aux poumons par les veines pulmonaires. Dans son excellent ouvrage, il expose le mécanisme du mouvement -du sang , en prouvant par ses vivisections que lesdeux oreillettes se contractent en même temps aussi bien que les ventricules, et que l'oreillette droite est, de toutes les parties du cœur, celle qui se meut la^ dernière chez les animaux mourans. Enfin il s'appuie sur ce fait, que l'air insufflé dans la trachéeartère ne peut pén,étrer dans le cœur, et sur celui des hémorrhagies produites par l'ouverture d'une artère, pour prouver que le sang est envoyé du cœur, dans toutes les parties du corps par les artères. L'analogie des vaisseaux pulmonaires avec ceux de tout le corps; celle de la circulation pulmonaire et de la circulation générale ; les résultats opposés que l'on, observe de i'appUcation d'une ligature sur une artère ou sur une veine prêtent encore à l'évidence de sa théorie et lui fournissent une explication péremptoire de l'usage des valvules veineuses. . Une découverte aussi importante, qui bouleversait toutes les idées reçues en physiologie, ne pouvait manquer de chagriner la paresse de certains hommes ni d'exciter l'humeur jalouse de beaucoup d'autres.

Mais la lutte de l'erreur contre îa vérité ne tarde pas à tourner à l'avantage de celle-ci. Malgré les raisonnemens subtils, l'autorité de Galien et d'Avicenne, malgré les plaisanteries, les expressions injurieuses employées contre Harvey, cet immortel anatomophysiologiste n'en sera pas moins vénéré de toute la postérité. Parmi ses contemporains, les uns s'efforcent de concilier sa théorie avec les idées erronnés des anciens sur la circulation , ou bien trouvant cette théorie trop séduisante par sa simplicité , ils l'embrouillent en la surchargeant de subtilités ; ou bien enfin ils tâchent de ravir à son auteur le mérite d'une si belle découverte.

Le premier de ses antagonistes est J. Primerose, de Saint-Jean-d'Angély, sorti de l'école de Montpellier. Il accuse très légèrement Harvey de n'avoir pas compris les anciens, et surtout de n'avoir pas répété l'expérience de Galien. Les raisonnemens de Primirose sur la circulation et l'action du cœur purement hypothétiques ou erronnés, n'invalident point la théorie qu'il attaque. Il est plus fondé dans le reproche qu'il fait à Harvey sur la fausseté de son calcul, touchant la quantité de sang poussé par le cœur dans un temps donné. Harvey dédaigne les objections du physiologiste saintongeois qui exerçait à Huil.

E. Parisanus, médecin à Venise , est trop ignorant en anatomie pour que Ton vous parle de sa' réfutation du système d 'Harvey. G. Hoffmann, professeur à Altorf, l'un des plus savans médecins de cette

époque et l'un des moins prévenus pour les anciens, se refuse à l'évidence des démonstrations faites sous ses yeux par Harvey lui-même. Cependant Slegel affirme qu'Hoffmann reconnut son erreur vers la fin de sa carrière.

J. Vesling, aussi bon naturaliste quanatomiste distingué, élève des doutes sur la nouvelle théorie de la circulation, et il les soumet à l'auteur dans une lettre écrite en i636. Tout en blâmant l'inconvenance des objections de Primerose et de Parisanus , Vesling avoue que la différence du sang artériel et du sang veineux est trop notable pour admettre une transmission immédiate.

Werner Rolfink, très savant anatomiste d'Allemagne , embrasse la nouvelle théorie de la circulation ; il en soutient les principes par ses propres expériences. La célébrité de cet auteur et celle de H. Descartes qui partage la même opinion , bien qu'il se serve de ses tourbillons et de la matière subtile pour expliquer l'expulsion du sang par le cœur, font propager parmi les savans la découverte de Harvey. Descartes déclare même, en 1 643, qu'on n'avait jamais fait en médecine une découverte plus utile que celle-là.

En lôSg, l'ancienne doctrine enseignant que le sang traverse la cloison du cœur, compte un zélé défenseur dans C. Folius, médecin vénitien , qui rencontre par exception le trou ovale dans le cœiu* d'un adulte. Plusieurs Italiens abandonnent la théorie d'Harvey, jusqu'à ce que D. Marchettis démontre

que ce Fait est excessivement rare et tout-à-fait anormal. P. Gassendi se range aussi de l'avis de Folius , pour avoir vu une seule fois le trou ovale chez l'adulte.

En i64o, la nouvelle théorie de la circulation trouve en Hollande des partisans habiles qui la confirment et la développent par d'ingénieuses expérimentations ; on reconnaît alors que le même sang nourrit toutes les parties du corps, fournit à l'entretien des sécrétions ; et l'on remarque que le sang d'une veine cesse de couler quand on la comprime au-dessous de son ouverture. 11 s'élève entre H. Reigius et Primerose une dispute polémique dépourvue d'intérêt et nullement honorable pour la mémoire et la loyauté de ce dernier, « Les anciens, dit-il, savaient si bien guérir les maladies sans connaître la circulation ! A quoi donc peut servir cette nouvelle doctrine? Il n'avait point jusqu'alors, ajoute-t-il, entendu parler de Descartes et de Plempius : ce sont donc des hommes d'une importance trop mince pour [qu'il faille se donner la peine de prendre part à leur idispute. »

Les deux lettres de J. Valœus à T. Bartholin, confirment la nouvelle doctrine. L'auteur s'occupe j'abord de la formation du sang par le chyle, de la circulation pulmonaire, de l'imperméabilité de la cloison auriculo-ventriculaire. Ses expériences pour constater le passage du sang du cœur dans les ar- •ères et son retour par les veines; ses descriptions i'artères et de veines inconnues avant lui sont fort

instructives. H. Coin ing, dans ses lettres et dissertations , discute et adopte les principes de la théorie harveyenne.

En 1645, le plus violent, le plus ergoteur, le plus intolérant enfin des antagonistes d'Harvey, J. Riolan, compose une théorie singulière et ridicule de la circulation. Il objecte que la stagnation du sang dans les organes , si nécessaire pour leur nutrition, est incompatible avec la marche rapide de la circulation, d'après la nouvelle doctrine. Harvey réfute aisément son adversaire, qui admet une circulation dans les principaux vaisseaux sanguins et non dans les autres.

P. M. Slével acquiert de la célébrité par son apologie de la circulation , fondée sur des discussions solides, modestes, et sur des expériences nouvelles, En i65i , cette doctrine est défendue pour la première fois en Italie, par J. Trullîus. J. Pecquet , T. Bartholin, G. Ent la soutiennent pareillement de leur raison et de leur expérience.

L'année suivante, Plempius de Louvain, cédant à l'évidence, confesse qu'il était dans l'erreur et reconnaît pubhquement que la théorie harveyenne est vraie en principe et de fait. Cet aveu entraîne beaucoup d'autres médecins incrédules ou hésitans et achève le triomphe du célèbre anatomiste anglais, qui mourut en 1 657 et mérite d'être placé en tête des anatomistes anciens et modernes les plus illustres et des plus grands hommes de son siècle. Son savoir,

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sa prudence, sa rare modestie forment les traits caractéristiques d'un si beau modèle.

De l'époque de la mort d'Harvey, date aussi l'injection des médicamens dans les veines, et la transfusion du sang d'un animal dans un autre, faite dans l'intention de guérir l'homme par des moyens plus directs et même de le rajeunir; opérations qui confirmaient irrévocablement la doctrine de l'illustre anatomiste. Tentées quelques années auparavant par M. Ficin et A. Libavius, elles furent répétées alors avec un soin tout particulier par T. Clarke, A. Boyle et Henshaw, d'après les instances de Ch. Wren, fondateur de la Société des Sciences de Londres.

J-D. Major se prétend l'inventeur de la transfusion, quoique R. Lov^er l'eût tentée avant lui sur des chiens et avec un succès complet. La Société de Londres décide que la transfusion est utile , surtout pour ranimer la vie après les grandes hémorrhagies ; et Fracassati fait connaître, dans ses lettres à Malpighi , ses expériences avec des substances acres, causant la mort des animaux dans les veines desquels on les injecte. En 1666, J-B. Denys, professeur de philosophie et de mathématiques à Paris, puis médecin du roi, répète ses expériences, de concert avec le chirurgien Emmerez, en conservant les deux animaux sur lesquels ils opèrent, ce que ne faisaient pas les Anglais. J)enys répète cette expérience sur un jeune homme de seize ans , fort affaibli par des saignées nombreuses et une maladie très aiguë. Il assure l'avoir guéri complètement, en in-

jectant le sang d'un veau dans l'une de ses veines. L'année suivante , un certain A. Coga s'offre pour que l'on fasse la transfusion sur lui; il se trouve très bien d'un premier essai et mal du second, parce qu'on lui injecte près du double du sang qu'on lui avait tiré.

La nouveauté de l'invention échauffe le zèle et l'imagination des expérimentateurs qui vont jusqu'à s'en promettre les résultats les plus extraordinaires. Les expériences sur l'injection des médicamens et la transfusion sanguine se propagent presque partout et sont répétées en Italie, en Piémont, à Rome, à Dantzick, à Francfort-sur-l'Oder ; mais aussi s'élève en même temps une opposition imposante contre la nouvelle invention. Alain Lamy, de Caen, soutient qu'un sang étranger doit occasionner les plus grands désordres dans la circulation, et que le prétendu succès de la transfusion est dû aux saignées faites préalablement. B. Santinelli publie une réfutation basée sur les mêmes raisonnemens, et ce qui contribue à discréditer les partisans de la transfusion , c'est que le jeune homme opéré par Denys et Emmerez devint fou; et, un personnage étant mort à la suite de cette opération, la Faculté de Médecine, qui n'avait aucun transfuseur parmi ses membres, sollicite en 1675, un arrêt du parlement, portant défense, sous des peines très sévères, d'entreprendre la transfusion. Elle fut aussi interdite à Rome.

Quoiqu'il en soit, la grande circulation était encore l'objet de quelques contestations, tant est fort

l'empire des préjugés, lorsque M. Malpiglii , en 1 66 1 , démontre pour la première fois, la circulation du sang dans les petits vaisseaux. Dans ses lettres à Alph. Borelli, il l'informe qu'il a découvert la circulation pulmonaire et celle du mésentère dans les grenouilles, à l'aide d'un microscope de force médiocre. Olaûs Borrich découvre la communication du tronc cœliaque et de la veine porte, les anastomoses nombreuses des veines coronaires. N. Sténon de Copenhague, médecin et évéque, fait connaître très exactement, en i663, la structure du cœur, qu'un écrivain d'Alexandrie avait dit, bien antérieurement , être un fort muscle. Sténon prouve évidemment que cet organe est composé de fibres musculaires et tendineuses, contre l'opinion de presque tous ses prédécesseurs , qui l'avaient considéré commé parenchymateux. Il entre dans les plus petits détails sur la composition et la direction de ses fibres; mais R. Lower, dirigeant ses recherches sur le même objet , obtient encore des résultats bien plus précis.

En 1664, A. Maurocordatus, né à Constantinople en 1637 et issu d'une famille grecque , fait des expériences intéressantes sur le mouvement du sang dans les poumons pendant la respiration. Personne, avant lui, n'avait démontré la circulation pulmonaire d'une manière aussi précise. Quelques autres analomophysiologistes s'occupèrent aussi du même sujet, mais avec trop peu de succès pour vous les rappeler.

En 1669, R. Lower publie son ou vrnge classique

sur le cœur, dans lequel sont consignées toutes "les découvertes qui confirment ou rectifient la doctrine d'Harvey. Il enseigne que les deux ventricules ont une capacité égale ; mais Sénac le réfute en démontrant que le droit est plus spacieux que le gauche. Il réfute complètement l'opinion de Descartes sur l'effervescence du sang et prouve, par des faits et des vivisections, que l'influence nerveuse est l'unique cause des mouvemens du cœur.

J-B. Denys , dont il a été parlé ci-dessus , profite de ces découvertes et consigne ses idées particulières dans ses conférences sur les sciences, présentées au Dauphin en 1673. En même temps, G. Cole , médecin à Bristol , démontre par le simple raisonnement et contrairement à tous ses prédécesseurs que le système artériel forme un cône dont le sommet est à la naissance de l'aorte et la base à la périphérie du corps. Trois ans après , E. Blanchard , médecin d'Amsterdam , prouve par de fines injections l'anastomose des dernières artérioles avec les premières veinules. H en conclut l'existence du passage direct du sang des artères dans les veines. J-N. Pechlin de Leyde détermine la position du cœur d'une manière plus précise, découvre les fibres musculaires de l'oreillette droite et prétend le premier que tous les mouvemens de cet organe sont l'effet des contractions musculaires et non pas du relâchement.

En 1 679 , J-J. Wepfer publie d'excellentes observations et le résultat de ses expérimentations sur les effets de la ciguë et autres poisons , desquelles

il résulle que le sang est la cause occasionnelle et non directe des niouvemens du cœur. Màlhenreusement on ne tire pas parti de ces faits importans. Le Napolitain J-Alph. Borelli s'avise de soumettre la marche du sang aux lois de là physique et de l'hydraulique sans égard pour la force vitale, en établissant sa théorie du mouvement du cœur sur sa texture musculeuse et sa force contractile comparée à celle des autres muscles. Ce projet, exécuté avec une habileté étonnante , par un homme très instruit sur la structure du corps humain, surprend , enlève tous les suffrages et fait naître l'école iatromathématique. Malheureusement les bases iriathémathiques de ce séduisant système s'écroulent d'elles-mêmes puisqu'elles reposent sur des suppositions arbitraires, car la force dVm muscle est calculée sur la cohésion de ses fibres. Celte théorie n'en passe pas moins pour irrécusable jusqu'au moment où Haller la renverse -par sa doctrine de l'irritabihté.

J. Bohn , professeur, à Leipsiclt , cotripose sa physiologie sur la théorie de Borelli et regarde comme parfaitement exacte la comparaison des mouvemen;^ du coeur à ceux d'une machine hydraulique. Il répète et perfectionne les expériences dé Lower en faisant cesser toutrà-coup les mouvemens du cœur par la section ou la ligature des nerfs; de la huitième paire. Le Saxon Mb. Lange , l'un de ses disciples , puis professeur à Leipsick, fait connaître, en \68à les résultats fort intéressans de ses investigations et

de ses découvertes. Le Parisien Drélincourt, maître du grand Boèrhaave et professeur à Leyde, se livre encore à des expérimentations qui confirment la théorie d'Harvey sans présenter aucun fait nouveau.

J-C. Peyer, J-J. Harder publient des remarques intéressantes sur la force vitale du cœur, parviennent à lui conserver le mouvement pendant plusieurs heures avec de l'air poussé dans le tronc commun des vaisseaux lymphatiques et de la veine cave, sur des animaux qui viennent d'expirer et même sur des hommes étranglés. Harvey et ses partisans avaient évalué arbitrairement la quantité de sang circulant dans tout le corps dans un temps donné. Allen Moulin de Trim en Irlande, en fait l'objet de ses expérimentations, en 1687; et l'on conçoit que ses tentatives ne soient pas couronnées de succès. P. Dionis, dans son anatomie publiée en 1690, n'en apprend pas davantage et n'est pas heureux dans sa comparaison des raouvemens du cœur avec ceux de la machine de Marly.

A cette époque, A. Leeuwenhoek parvient , à l'aide d'un microscope perfectionné , à découvrir et à montrer le sang circulant jusque dans les plus petits vaisseaux. L'anastomose des veines et des artères ne laisse plus aucun doute dans son esprit. Ce fait étant établi , il restait à démontrer la transsudation sanguine pour expliquer les sécrétions ; et pour cela il lui fallait encore découvrir la force vitale des réseaux capillaires. Il décrit très minutieusement la forme ,

le volume et les rapports des globules sanguins découverts par Malpighi.

La description très exacte et fort détaillée des artères bronchiques, par F. Ruysch, donne encore plus d'évidence à la circulation pulmonaire et générale aussi bien que les admirables injections de ce célèbre anatoraiste. A. Pitcarn représente tout le système vasculaire comme un cône dont la base repose sur la périphérie du corps, le sommet aboutissant au cceur. Le Florentin L. Bellini s'applique en même temps à donner une explication nouvelle du. mouvement alternatif des oreillettes et des ventricules ; mais ses raisonnemens hypothétiques ne méritent pas d'être reproduits, ni ceux du même auteur sur, les causes des congestions et des obstructions dans l.es capillaires sanguins.

R. Vieussens , professeur à Montpellier , fait connaître des découvertes et des opinions très remarquables sur la structure et les mouvemens du cœur, et sur la circulation capillaire; il signale le premier la fosse ovale, le rebord fibreux ou l'isthme qui l'environne, parle de l'abouchement des vaisseaux sanguins avec des lymphatiques, et avance que la dilatation doit être le premier mouvement du cœur. Il prouve aussi que les oreillettes sont parfaitement distinctes des ventricules.

P. Chirac, professeur à Paris, et J-C-A. Helvetius, médecin du roi, défendent vivement les opinions de Vieussens et de Leeuwenhoek sur les maladies produites par le passage des globules rouges...

dans les vaisseaux lymphatiques. Helvetius prouve l'exisfence des lymphatiques par ses injections, pour établir sa théorie de l'inflammation, et il est vivement combattu par J. Besse qui affirme que l'obstruction des vaisseaux capillaires détermine l'inflammation. G. Cowper de Londres parvient aussi, par des injections soignées , à prouver la communication directe des artères avec les veines.

Au commencement du dix-huitième siècle , la circulation du fœtus est soumise à de nouvelles investigations. L'habile anatomiste J. Méry, premier chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Paris , induit en erreur par des recherches anatomiques inexactes , donne une explication fausse de la circulation du foetus. Ses idées trouvent malheureusement de nombreux partisans parmi les académiciens de Paris. J-G. Duverney objecte à Méry la disposition de la valvule qui s'ouvre dans le ventricule aortique , et la remarque que la circulation pulmonaire n'est vraiment complète qu'après que le sujet a reispiré. Ces deux antagonistes se renvoient des calculs mathéraathiques qui embrouillent davantage la question. D. Tauvry et Sylvestre se déclarent pareillement contre l'-opinion de Méry. Mais un autre chirurgien français, établi à Londres, P. Bussière, relève des erreurs capitales au sujet des cavités du cœur de la tortue, sur lesquelles Méry et ses partisansjondaient leurs opinions. Verheyen fait de même et oppose à Méry d'autres objections de peu de valeiu-. A. Littre, très connu par son habileté et ses découvertes ana-

Comiques, ayant disséqué deux cadavres d'adultes chez qui le trou ovale existait encore, croit pouvoir en conclure aussi que le sang passe du ventricule aortique dans le pulmonaire chez l'embryon et le fœtus.

Une autre hypothèse de J-G. Berger, sur les mouvemens du cœur, prouve comme on était disposé à comparer le corps humain aux machines. A-C. Thebesius, réfléchissant sur les observations de Vieussens , sur la distribution des artères coronaires^ repète ses expériences et publie des remarques curieuses sur la distribution des artères et des veines cardiaques. En 1711, J-B. Winslow publie de nouvelles remarques sur la structure du cœur, sur la disposition de ses cavités , de leurs parois , et enhu sur la circulation du fœtus.

Postérieurement , J-B. Gastaldy, d'Avignon, conclut de ses propres expériences et avec Chirac, son maître, que la force du cœur est indépendante de l'influence des nerfs. J-M. Lancisi , Romain et médecin du pape , publie aussi un ouvrage sur la structure du cœur, dans lequel sont consignées ses recherches nouvelles dont plusieurs sont d'un intérêt secondaire ou tout-à-fait nul. Il se donne bien de la peine pour soutenir une erreur, en démontrant que les mouvemens du cœur se divisent en tfoh temps.

Une dispute fameuse entre A. Ferrein et A. Fizès , s'élève à Montpellier, sur les changeraens qu'éprouve la forme du cœur pendant la systole et la diastole>

Repoussé par l'Université, mais nommé par la cour à la chaire de Deidier, Fizès triomphe de fait. Ferrein , plein de dépit, part pour l'ItaHe en quahté de chirurgien miUtaire. Ce duel polémique se transforme en un combat scientifique dans l'Académie des Sciences, toujours pour savoir si la pointe du cœur se relève, se resserre ou s'allonge dans la systole.

Enfin , Albert de Haller, le plus instruit des médecins et le plus grand naturaliste du dix- huitième, siècle, fait connaître ses découvertes en 1736, et répand une vive lumière sur la théorie de la circulation et des mouvemens du cœur. Haller donne l'explication de la force du çœur que E. Haies s'efforçait de démontrer par les lois de la statique , et d'après des calculs entièrement erronnés. L. Lémery termine victorieusement la dispute élevée par Méry sur la circulation chez le fœtus. J. Weitbrecht, professeur à Pétersbourg, prouve que la force du cœur ne suffit pas pour expliquer le mouvement 0u sang dans les vaisseaux capillaires et que ceux-ci sont véritablement doués d'une contractilité particulière. Cette idée est amplement développée par J. de Gorter.

Le grand ouvrage de Sénacfiur la structure et les maladies du cœur paraît en 1749. L'auteur s'attache à démontrer fort exactement la structure et la direction des fibres du cœur; l'effet de ses contractions , l'action des artères , etc. Enfin , Haller fait connaître, en 175J , sa doctrine de l'irritabilité à

i'aide de laquelle il explique très ingénieusement les mouvemens du cœur et des vaisseaux. En même temps , R. Whytt publie des opinions directement contraires à celles de Haller , en soutenant que la cause des mouvemens du cœur réside dans l'être spirituel ou l'âme. Mais Haller réfute son adversaire et fait connaître ses remarques sur la simultanéité des mouvemens du cerveau et de la respiration.

§ II. Recîierchcs sur la structure et les fondions des poumons ; sur les vaisseaux lymphatiques et les glandes.

Les recherches repétées sur la circulation, pendant le 17^ siècle, la méthode expérimentale plus généralement adoptée, donnaient une impulsion nouvelle à l'anatomieet faisaient mieux connaître la structure et les usages des poumons qui avaient cessé, dès 1624, d'être considérés comme conducteurs de l'air dans le cœur par l'intermédiaire des veines, lorsque J. Faber, médecin italien, éclairé par ses propres expériences, réfuta ce préjugé. Harvey çii démontra toute la fausseté. Alors A. Spigel, J. Vesling, J-B, Vanhelmont, Th. Bartholin dirigent kurs recherches avec des succès .variés sur les muscles intercostaux et autres agissant dans la respiration et sur la structure parenchymateuse ou poreuse des poumons.

En 1654, des médecins anglais examinent les

premiers les parties constitutives de l'air, déçoit^ vertes par Vanhelmoiit, et leur action dans la respiration. R. Bathurst, N. Henshaw reconnaissent que l'oxigène est le principe de la vie, principe indispensable pour l'accomplissement de la respiration et l'entretien de l'existence. R. Boyle et R. Hook font des expériences qui paraissent avoir des résultats opposés puisque le premier trouve que l'air atmosphérique est sans influence sur l'action du cœur tandis que le second observe tout le contraire. Mais G. Charleton profite de ces découvertes et constate que le sang des veines pulmonaires s'est emparé de la portion de l'air qui sert à la combustion.

En 1661, M. Malpighi publie ses découvertes sur l'organisation des poumons, démontre la structure et la disposition de leurs vésicules dans lesquelles le sang et l'air se combinent l'un à l'autre. J. Swammerdam et quelques autres anatomo-physiologistes détournent ensuite l'attention des bons observateurs par la publication d'une théorie nouvelle de la respiration fondée sur des subtihtés et des argumens spécieux, théorie connue sous le nom de cercle cartésien et qui avait été exposée primitivement par Descartes. J-B. de Laenzweerde, médecin de Cologne, publie contre cette 'doctrine un écrit polémique dans lequel il démontre par des faits et le raisonnement la nullité du cercle cartésien.

En 1668, J.Mayow, membre de la société da Londres, publie un traité dans lequel il enseigne-

que l'oxigène n'est pas l'air lui-même mais seulement une (le ses parties constituantes; qu'il se mêle avec le sang clans les poumons, et qu'enfin les muscles intercostaux agissent et dans l'inspiration et dans l'expiration. Lower adopte cette théorie en attribuant la couleur vermeille du sang artériel au mélange de l'oxigène introduit pendant l'acte respiratoire. M. Thruston s'applique à concilier les théories de Malpighi et de Mayow. Celui-ci est attaqué de rechel', mais vainement, par G. Eut. Les découvertes importantes de l'anatomiste italien n'étaient point encore généralement répandues en 1671.

Toutefois, on était d'accord sur le passage de l'oxigène dans le sang. Th. Willis concilie cette idée avec son système chimique pour appuyer sa théorie de la fermentation vitale. Il enseigne que les fihres musculaires des ramifications de la trachée artère se contractent pendant la respiration ; et G. Bartholin développe cette proposition. J-Alpli. Borelli donne le premier une explication satisfaisante de la respiration en enseignant que les côtes se contournent, que le sternum s'élève et s'abaisse dans l'acte respiratoire et que l'air n'est jamais chassé en totalité, même dans l'expiration la plus forte. G. Blaes, professeur à Amsterdam, s'éclaire de l'anatomie comparée pour indiquer le rapport mutuel de la texture des poumons et de leurs vaisseaux. Bellini enseigne que le diaphragme est l'agent principal de la respiration. W. Senguerd, par des expériences faussement interprétées, croit avoir confirmé l'opinion de Vanhel-

niont qui prétendait que l'air inspiré s'échappe à travers les porosités des poumons et s'accumule entre cet organe et la plèvre.

En 1690, D. Tauvry publie une théorie hypothétique de la respiration, dans laquelle il modifie arbitrairement les idées de Malpighi sur les vésicules pulmonaires. A. Pitcarn nie la présence de l'air entre les poumons et la plèvre, fl. Vieussens admet le mélange des particules de l'air avec le sang dans les poumons. F. Baylé, professeur à Toulouse, soutient l'opinion des anciens que les muscles intercostaux internes abaissent les côtes et agissent en sens inverse des externes. Chr. Stroem entreprend le premier de prouver la nécessité de l'espiration après l'inspiration; mais il part d'un faux principe, celui de la congestion du sang dans les veines des muscles intercostaux et dans l'azygos.

En 1707, Méry tâche de confirmer, par l'expé-^ rience de Hook, que l'air se mêle réellement au sang dans les poumons. M. Lister fait voir le premier que la surface des poumons laisse échapper une humeur perspiratoire dont l'excrétion est fort importante pour l'exécution de la respiration. Huit ans. après, P. de Musschenbrœk réfute des préjugés nombreux sur la fonction qui nous occupe, celui entre antres que l'air passe dh-ecteraent dans le sang et s insinue entre la plèvre et les poumons. La structure de ces organes, les changemens que le sang y éprouve, sont encore soumis à de savantes investigations par C-A. Ilelvelius, qui croit avoir découvert

que les vésicules pulmonaires sont la continuation de la tunique externe des poumons: Il croit aussi que les fibres aperçues sur les membranes des ramifications de la trachée artère sont ligamenteuses et non musculaires et il affirme à tort que l'effet du mélange de l'air avec le sang veineux est de produire surtout l'épaississement du sang artériel. Mais le Vé^ nitien P-A. Michélotti, iatromathématicien célèbre, réfute cette assertion erronnée, quoiqu'il s'appuie de préférence sur l'hydrostatique. Helvetius réplique que si on refuse d'admettre l'épaississement du sang au milieu des poumons, on doit au moins ne pas prétendre qu'il se dissolve ou s'atténue, car il devien* drait noir, comme le prouve une expérience de Vinslow, faite avec le sous-carbonate de potasse. L'illustre J-B. Morgagni confirme, en 1719, plusieurs des expériences d'Helvetius. D. Bernouili réfute plusieurs propositions de Borelli et le cercle cartésien de J. Swammerdam. Une discussion entre Haller et G-E. Hamberger d'Iéna éclaire encore plusieurs points relatifs à la respiration, spécialement sur l'action des muscles intercostaux et du diaphragme, et sur celle de l'air dans les poumons.

Sénac prend aussi part aux recherches qui ont pour objet de déterminer l'action des muscles qui dilatent et resserrent la poitrine. Malheureusement les anatomo-physiologistes d'alors croient pouvoir conclure de leurs expériences que les mouvemens du thorax et ceux des poumons sont indépendans les uns des autres. C'est surtout l'avis de B. Hôadley.

A, Favorin concilie lopinion d'Helvetiiis avec uneautre théorie de la respiration. J-E. Bertier confirme le passage de l'air dans le sang avec plus de preuves et de précision qu'Helvetius, et surtout en démontrant que l'artère pulmonaire fournit moins d'air dans le vide que les veines pulmonaires, et par la différence du volume d'air observé dans l'inspiration et dans l'expiration.

Ces erreurs et beaucoup d'autres sont réfutées , dans les leçons de physiologie de Boërhaave et par les remarques de Haller. Celui-ci prouve qu'il n'y a point d'air entre la plèvre et le poumon. Ces deux grands hommes ont parfaitement compris l'action des muscles intercostaux. Hamberger entasse vainement des raisons subtiles et des comparaisons mécaniques pour répliquer à Haller. Ce combat polémique fait ressortir le savoir profond, l'admirable candeur, la solidité de raisonnement du célèbre naturaliste bernois; l'ignorance, l'ergotisme, la grossièreté même du professeur d'Iéna. Lieberkuhn achève de convaincre qu'il n'existe réellement pas d'air entj-e la plèvre et les poumons. Hamberger et son obscur défenseur Kessel n'en persistent pas moins dans leurs erreurs et leur obstination. Enfin, en 1760, un disciple de Haller, S. Aurivillius, tâche d'expliquer l'inégalité de diamètre entre l'artère et les veines pulmonaires. Il réfute l'opinion d'Helvetius tendant à faire croire que l'air rafraîchit ou épaissit le sang.

Ces recherches conduisaient à la découverte du

système lymphatique entrevu depuis peu et méconnu des anciens. Toutefois on trouve des traces de la connaissance du système lymphatique dans les ouvrages d'Aristote, et des médecins du moyen âge avaient soupçonné ou aperçu quelques-uns des canaux qui concourent à l'absorption. Ainsi Fallope avait découvert les lymphatiques du foie et Euslache le canal thoracique, mais sans en avoir apprécié les usages. On croyait encore que les vein-es du mésentère apportaient le chyle au cœur, lorsque G. Aselli, professeur à Paris, découvrit par hasard les vaisseaux chylifères, le juillet 1622, sur un chien qu'il ouvrit après avoir mangé. Il répéta ses expériences, toujours avec succès, en disséquant les animaux peu de temps après leur repas.

En 1628, N-C-F. de Pciresc, à l'instigation du philosophe P. Gassendi, redouble ses généreux efforts pour l'avancement des sciences et obtient qu'un malfaiteur condamné à mort et copieusement repu avant son supplice soit livré aux anatomistes d'Aix peu de temps après. Ceux-ci reconnaissent les vaisseaux d'Aselli, à la grande satisfaction de Peiresc. Néanmoins Gassendi leur refuse une destination particulière elles considère comme formés par la graisse du mésentère. Harvey lui-même soutient contre Aselh, que les vaisseaux en question ne charrient pas le chyle; qu'ils devraient être toujours visibles, si telle était leur destination. Les répliques judicieuses de Pecquet et de Bartholin sont sans effet sur l'esprit prévenu du célèbre anatomiste anglais,

tant il est vrai que les plus grands hommes paient à l'humanité un tribut de faiblesse ou de prévention.

En 1629, S. Pauli, professeur à Copenhague, démontre publiquement les vaisseaux lactés sans pouvoir cependant en indiquer les valvules. En même temps, J. Mentel découvre le premier ^ après Eustache , le tronc commun des lymphatiques et du chyle. Cinq ans après, J.Vesling perfectionne ces découvertes et trace la direction des vaisseaux lactés, sur le corps humain. D. Fournier, chirurgien de Paris, prétend avoir découvert le réservoir qui porte le nom de Pecquet ainsi que les lymphatiques du diaphragme , et pourtant bien des anatomistes par tageaient encore l'erreur des anciens.

La découverte du canal excréteur du pancréas , en 1641 , fait distinguer cette glande, du mésentère avec lequel on l'avait confondue jusque là. Bartholin aperçoit le premier la valvule située à son orifice et fait voir que le suc pancréatique servant à la digestion , le canal en question ne peut être considéré ' comme un conduit chylifère.

En 1647 , J. Pecquet, de Dieppe, faisant à Mont-pellier desrecherches sur les vaisseaux lymphatiques,, découvre le tronc commun de ces vaisseaux et deschylifères , qui se porte dans le canal thoracique et vient s'ouvrir dans la veine sous-clavière gauche. Cette grande découverte, comparable à celle d'Har- .vey, soulève également de nombreux contradicteurs qui semblent d'autant plus fondés dans leurs assertions qu'on ne savait point encore en quoi les vais-

seatix chylifères diffèrent des lymphatiques. Presque en même temps , Vesling fait la même découverte et il en instruit Bartholin. G. Jolyff , Glisson , Wharton , Charleton font aussi du système lymphatique l'objet de leurs savantes investigations.

En 1 65o , le Suédois O. Rudbeck découvre la connexion des lymphatiques avec le canal thoracique et le mouvement du fluide qu'ils contiennent. Puis Th. Bartholin parvient à faire distinguer les vaisseaux lymphatiques des vaisseaux lactés, mais sans pouvoir en assigner positivement les usages et sans avoir secoué le joug de l'ancien préjugé qui faisait considérer le foie comme organe de nutrition et préparateur du sang. F. Arnisœus reproche à Pecquet d'avoir négligé les vaisseaux d'Aselli qui se rendent au foie, et pendant que Rudbeck démontre publiquement les vaisseaux lymphatiques et leurs fonctions , pendant que G. Guiffart, médecin de Rouen , enrichit de ses observations la découverte de Pecquet , Bartholin hésite encore à concilier cette découverte avec celle d'Aselli.

J. de Hoorn, professeur à Leyde, éçlairé par O. Rudbeck , examine avec plus de soin les vaisseaux lactés, les lymphatiques et le réservoir de Pecquet dont il rectifie les observations. V-F. Plempius attribue l'absorption du chyle aux seuls vaisseaux lactés et pense avec Pecquet que le passage rapide des boissons dans l'urine doit s'expliquer par le voisinage des capsules surrénales et du réservoir en question. Mais J. Riolan attaque la découverte de Pec-

quet avec autant de violence qu'il en avait montré pour les opinions d'Harvey.

L'année i653 est marquée par la célèbre dispute de Th. Bartholin et de Rudbeck sur la découverte du système lymphatique. La science en tire quelque profit. L'année suivante , M. Bogdan , élève de Bartholin , publie un ouvrage dans lequel il attribue à son maître la découverte des vaisseaux lymphatiques. A. Rudbeck réphque en faisant l'histoire de ses découvertes.- On avait déjà d'assez bonnes gravures des lymphatiques des principaux viscères du corps humain. F. Glisson , président du collège de médecine de Londres , publie un traité classique sur la structure du foie, ouvrage dans lequel on trouve une description fort exacte des lymphatiques de ce viscère et quelques assertions erronnées , celle entre autres que la lymphe est sécrétée simultanément par les nerfs et les artères, erreur que Bartholin ne manque pas de relever.

Th. Wharton , dans un ouvrage d'adénologie fort estimé , donnç une description très exacte de la structure des glïft^es , de leurs vaisseaux et de leurs nerfs. Il décrit le premier le canal excréteur de la glande soUwS-maxiliaire et il parle de l'usage de la glande pinéale. G. Néedham découvre aussi le conduit parotidien et ceux de plusieurs organes glanduleux. Cela lui fait établir la distinction des glandes conglomérées et des glandes conglobées.Sténon fait aussi d'excellentes remarques sur les glandes sublinguales, parotides et lacrymales , en démontrant que ce sont

3es artères et non les nerfs qui fournissent les matériaux des sécrétions.

Swammerdam et G. Blaes, en signalant l'existence des valvules des vaisseaux lactés et l'identité du chyle raalgré la diversité des substances alimentaires qui le fournissent, jettent encore plus de clarté sur le système lymphatique.

Le Saxon C-V. Schneider, professeur à Wittemberg,fait une excellente application de la découverte du système lymphatique touchant l'absorption et les sécrétions, en ce qui concerne surtout la membrane muqueuse qui revêt l'intérieur des fosses nasales. Il démontre clairemen t que la lame criblée de l'ethmoïde n'offre de trous que dans l'état de siccité, tandis qu'elle est intimement tapissée par la membrane muqueuse dans l'état de vie. L'antique préjugé des anciens, qui croyaient à l'existence d'une communication directe entre les ventricules cérébraux et les fosses nasales, se trouve détruit à jamais.

L'exactitude de ces découvertes nombreuses dans le système lymphatique fut remise en doute parles assertions de L. de Bils , seigneur de Coppensdam , charlatan hardi, qui prétendait préserver les cadavres de la putréfaction. Comme on ignore son prétendu secret pour les ,embaumemens , et puisque ses opinions sur la structure et la disposition du système lymphatique sont de toute fausseté, il serait inutile d'en parler autrement que pour dire le préjudice qu'il fit à la science, et les autorités impo-

santés qui s'élevèrent contre lui. Quoiqu'il en soit^ la théorie de Bils trouve deux apologistes, A. Everard et A. Densing, qui auraient pu la faire triompher si elle avait eu la moindre probabilité pour elle. Mais F. Ruysch, en déterminant exactement la structure des valvules qui garnissent les vaisseaux lymphatiques , met dans toute son évidence le cours de la lymphe. L'art des injections et des embauraemens tire pourtant quelque profit des étranges assertions du noble charlatan.

La connexion admise par Pecquet et Barthohn entre le canal thoracique et les reins; les opinions relatives au mouvement du chyle et de la lymphe, excitèrent encore l'attention et les recherches de plusieurs anatomistes très distingués. En 1667, les glandes muqueuses des intestins sont examinées très soigneusement par J-G. Peyer et J-C. Brunner, dans l'état de santé et dans celui de maladie. A. Nuck, professeur à Leyde, semble compléter les découvertes du système lymphatique et des glandes, par ses rectifications et par des observations fort intéressantes. Il décrit les vaisseaux lactés des mamelles de la femme , leurs anastomoses avec les artères et leur abouchement au mamelon. Il examine la structure des glandes, les membranes des vaisseaux et donne à penser que les lymphatiques sont répandus dans tout le corps , y compris le cerveau.

Clopton Havers étudie le premier la structure et les usages des glandes articulaires. J-G. Duverney examine spécialement la structure et les différences

(Tes vaisseaux lymphatiques et chyliferes, quoiqu'ils soient du même ordre. A. Pacchioni, professeur à Rome, découvre les glandes lymphatiques de la duremère; et A-M. Valsa! va, les lymphatiques de la choroïde et du nerf optique.

Les glandes conglobées et conglomérées de l'urètre sont également l'objet de recherches fort attentives. En 1684, Méry aperçoit celles qui sont situées près du bulbe de l'urètre. G. Cowrper les décrit plus exactement et en trace fidèlementvla figure. A. Littre, Duverney, L. Terraneus donnent plus d'extension à leurs recberches et plus de précision à leurs descriptions. Les lymphatiques de l'œsophage, les conduits salivaires, ceux enfin des capsules surrénales sont aussi soumis à de nouvelles investigations qui augmentent encore les connaissances sur le système lymphatique.

§. III. Recherches sur le cerveau , le système nerveux et sur les organes de la vue et de Vouie.

L'anatomiedu cerveau et du système nerveux, qui avait reçu une si belle impulsion des médecins et des naturalistes du seizième siècle , ne fit pas des progrès aussi étonnans dans le siècle suivant, parce qu'on recherchait les faits avec un esprit de prévention et dans l'espoir de confirmer des théories hypothétiques prématurément établies. J. Casserius , élève de F. d'Acquapendente, fait connaître le cer-

veau un peu mieux que ses prédécesseurs, par ses descriptions, mais surtout par les figures dont il enrichit son ouvrage et qui furent gravées par Fialetti; il signale différentes parties du cerveau que d'autres écrivains s'approprièrent ensuite. A. Spigel,son successeur, explique ses tailles sans rien ajouter de son propre fonds. Il consacre même des erreurs très nuisibles aux progrès de la science.

G. Hoffmann renouvelle les idées d'Aristote et tâche d'en expliquer les principes. J. Vesling prétend que les esprits sont sécrétés dans les plexus choroïdes; que le fluide des ventricules est excrémentitiel et que l'air sert à rafraîchir les esprits animaux. Les hypothèses de Vanhelmont, de Descartes, ne valent pas mieux.

Vers le milieu du dix-septième siècle, la description anatomîque du cerveau et de plusieurs nerfs est perfectionnée par F. Sylvius, qui distingue plus nettement les sinus delà dure-mère, la scissure longitudinale qui sépare les deux hémisphères d u cerveau , la position et la forme des ventricules latéraux, etc. Th. Bartholin , son élève, rend ces descriptions plus sensibles par de bonnes figures. N. Highmore dessine le premier une coupe verticale du cerveau; et les recherches de J-J. Wepfer sur l'apoplexie, font faire des progrès sensibles à l'auatomie de l'encéphale.

La découverte du fluide lymphatique et de ses organes sécréteurs fait conclure, par une analogie arbitraire, que les nerfs portent' aux glandes une humeur séreuse sécrétée par le cerveau. F. Glisson se

figure l'avoir vue suinter par la plaie d'un nerf coupé et Th. Wharton partage cette erreur. Th. Willis, anatomiste habile et théoricien plus subtil, aidé par des collaborateurs distingués sous lé*' rapport du savoir anatomique, de l'érudition et du dessin, rend d'éminens services à l'histoire du cerveau et des nerfs , en publiant son traité de l'encéphale. On y trouve une description plus exacte des parties déjà connues et de celles qui ne l'étaient pas. Son nom donné à quelques-unes d'entre elles, e^t un hommage de reconnaissance de la postérité. Il assigne le premier, à chaque partie du cerveau, l'une des fonctions de l'âme et des facultés intellectuelles. Ses raisonnemens physiologiques sur le siège des sensations, l'activité de l'âme, sont d'ailleurs fort hypothétiques. Il ne doute point de l'existence du fluide nerveux comme véhicule des esprits animaux.

M. Malpighi et Ch. Fra<:assati réfutent l'opinion de Willis, sur la génération des esprits vitaux dans le cerveau. Malpighi surtout examine très soigneusement la structure de la substance corticale du cerveau et il la suit dans presque tous ses prolongemens. Il croit y voir des glandes ovales, réunies par des fibres qui leur servent de conduits excréteurs. En i665 , G. Blaes et Swammerdam font mieux connaître l'arachnoïde et la moelle épinière. N. Stenon dirige ses recherches vers l'origine des nerfs, réfute plusieurs idées erronnées de Willis et de Descartes. F-J. Burrhus fait une analyse chimique fort incomplète du cerveau. Le traité d'anatomie de

Diemerbroek, quoique publié en 1672, consacre aussi une foule d'erreurs et de préjugés sur l'encéphale et ses annexes.

A, de Leeuwenhoek fait des recherches plusimportantes, quoique ses opinions sur le calibre des vaisseaux qui traversent la substance corticale toute vasculaire du cerveau , sur la texture et la direction de ses fibres, soient fort hypothétiques. Mais R. Vieussens, frappé de l'insuffisance de l'ouvrage de Willis, se livre à des travaux anatomiques très précieux, bien que sa physiologie de l'encéphale soit fort erronée. Il donne une description plus exacte de la dure-mère et de ses replis, de la marche et de la distribution des vaisseaux de l'encéphale, de la plupart des parties dont se compose ce viscère et de quelques-unes de celles qui portent son nom. Dans la description de la moelle allongée,il parle le premier des éminences olivaires et pyramidales. J. Newton expose alors sa théorie de la vibration des nerfs que les philosophes anglais adoptent à l'envi.

G. Bidloo , médecin à Amsterdam, a peu de droits à notre reconnaissance pour ses préparations et ses descriptions incomplètes du cerveau. H. Ridley, auteur d'un ouvrage estimé sur le cerveau, fait provenir de la cinquième paire les nerfs qu'il assigne à la dure-mere. Il distingue le premier les sinus elliptiques de la selle turcique et leur connexion avec le sinus caverneux. La texture fibreuse que ses contemporains et lui assignent à la dure -mère, suggère l'idée àe la comparer au cœur, et de créer une

théorie nouvelle de ses monvemens , théorie dont A. Pacchioni est un des principaux propagateurs.

G. Baglivi s'attribue cette théorie : il la développe hardiment. De la structure fibreuse de la dure-mère et de la vive sensibilité dont elle jouit dans les plaies de téte, il conclut que, en vertu de ses contractions et de ses mouvemens oscillatoires , elle opère la sécrétion du fluide nerveux dans les glandes et les tubes du cerveau ; qu'on peut conséquemment la considérer comme le cœur du cerveau, et qu'elle et le cœur, sont les principales sources de tous les mouvemens du corps. Notre auteur pense enfin que la pie-mère est chargée du sentiment et la dure-mère du mouvement, J-D. Santorini, médecin à Venise, adopte cette théorie qu'il modifie d'abord. 11 trouve ensuite des adhérences si intimes entre le crâne et la dure-mère, qu'il revient sur ses erreurs. Ses excellentes observations sur le cerveau, sur ses vaisseaux et sur ceux des tégumens de la téte , sur l'origine et l'entre-croisement des nerfs , le rangent parmi les meilleurs anatomistes de cette époque.

Depuis que F. Ruysch était parvenu à démontrer la texture vasculaire de l'encéphale , on ne croyait plus guère à sa structure glanduleuse. Mais Lancisi défend l'opinion de Pacchioni, en donnant pour ■usage à la dure-mère de comprimer le corps calleux dans lequel il plaçait l'âme. Lancisi attribue en outre à la glande pinéale une grande influence sur les fonctions de l'âme, prétendant que la force de l'intelligence est en raison du volume de cette glande.

F. Hoffmann adopte ces idées par spéculation.

Mais J. Fantoni, médecin du roi de Sardaigne, les réfute complètement. A. Littre publie, en 1707, ses observations sur la structure et l'usage des glandes. Ses opinions sur la glande pituitaire sont , pour la plupart, très subtiles et dénuées de tout fondement. F. Pourfour du Petit, de Paris, répète avec succès les expériences qui constatent l'entre-croisement des nerfs et démontre très exactement plusieurs parties du cerveau, inconnues ou mal indiquées avant lui.

H. Boérhaave défend encore le dogme de la structure glanduleuse de la substance corticale du cerveau, ainsi que l'existence des esprits animaux ou du fluide nerveux. Le grand Haller prouve que la dure-mère ne reçoit pas de nerfs et qu'elle est privée de sensibilité : il décrit quelques parties de l'encéphale, examine ses vaisseaux et prouve que les sinus • de la dure-mère appartiennent exclusivement au système veineux. P. Tarin , professeur à Paris, fait aussi 1 des remarques très intéressantes sur diverses parties > de l'encéphale ; et presque en même temps le Picard ! C-N. Le Cat combat le dogme de l'insensibilité de la dure-mère, celui de l'irritabilité hallérienne,etsou- tient l'existence d'un fluide nerveux. J-F. Meckel I et J-J. Huber, dignes élèves de Haller, enrichissent t enfin l'anatomie du cerveau et du système nerveux, de plusieurs descriptions parfaitement bien expo--

sées. ^

Pendant cette époque mémorable sur laquelle vous devez vous arrêter avec une sorte de plaisir, !a '

structure et les fonctions de l'œil sont aussi l'objet d'investigations nombreuses. Au commencement du dix-septième siècle, le grand mathématicien J. Kepler étudie avec beaucoup de soin la texture du cristallin et plusieurs des parties intégrantes de l'organe de la vision , sous le rapport de l'anatomie , de la physiologie et de la physique. Le jésuite C. Scheiner démontre évidemment que la rétine est l'organe spécial de la vue , le cristallin et le corps vitré ne servant qu'à briser et réfracter les rayons lumineux. Il calcule le premier la différence de réfraction d'après la densité du corps que traverse le rayon lumineux. Descartes, qui compare l'œil à une chambre obscure, fait aussi de judicieuses remarques sur la théorie de la vision. F. de Peiresc, dont il a été parlé précédemment, fait connaître des recherches très intéressantes sur l'organe de la vue. V-F. Plempius publie, sur ce sujet, un volumineux ouvrage, qui n'est qu'une compilation des recherches et des réflexions de ses prédécesseurs et contemporains.

En 1668, il s'élève, entre Mariotte et Pecquet, une dispute sur la vision , qui éclaire fort peu la théorie de cette fonction , malgré que la discussion polémique soit fort animée et la part qu'y prennent C. Perrault et Ph. de LaHire. Quoiqu'il en soit, c'est quatre ans après , que fut aperçue une des plus brillantes découvertes de l'esprit humain , celle de la théorie de la lumière et des couleurs, par J. Newton, qui ne s'occupa cependant pas de la théorie de la vision dans son traité d'optique.

G. Briggs emploie le premier la théorie des gouleurs et le secours de l'anatomie comparée , celle surtout de l'œil des poissons, pour expliquer les phénomènes de la vision. F. Ruysch et A. de Leeuwenhoek font d'excellentes remarques sur la structure de diverses parties intégrantes de l'œil, ignorées jusqua eux. N. Hartsocker soutient que si nous voyons les objets droits, puisqu'ils se peignent renversés sur la rétine , c'est parce que le tact rectifie les erreurs de la vue. Alors aussi , les bons observateurs reconnaissent que le cristallin est le siège de la cataracte. Ses usages sont mieux appréciés. P. Brisseau, A. Maître-Jean, confirment cette découverte qui paraît avoir été faite par R. Lasnier.

En 17 19, H. Pemberton publie, sur leschangemens que l'œil éprouve dans la vision , une théorie parfaitement semblable à celle dont Young se dit l'inventeur, plus de soixante ans après. L'illustre Morgagni publie des remarques fort bonnes sur les voies lacrymales et sur l'humeur dans laquelle plonge et se nourrit le cristallin. C. St-Yves, F. Pourfour du Petit, J. Janin font aussi des recherches plus ou moins utiles, exposent des idées ingénieuses et parfois de très hypothétiques sur l'œil et la vision. C-N. Le Cat , P. Demours, G-J. s'Gravesande, le célèbre P. Camper, G. Porterfield , J-G. Zinn dirigent pareillement leurs savantes investigations sur ce sujet important.

J. Casserius fait le premier, dans le cours du dixseptième siècle, des recherches sur l'organe de l'ouïe.

Son zèle pour l'anatomie comparée et sa sagacité favorisent singulièrement ses découvertes. Malheureusement sa théorie de l'audition est toute péripatéticienne. Ensuite, F. Sylvius de Le Boè découvre un nouvel osselet dans l'oreille interne. C. Folius, P. Manfredi et surtout C. Perrault font également des remarques intéressantes sur l'ouïe et l'audition. Cependant J. Méry combat plusieurs propositions de Perrault. Celui-là considère comme organe immédiat de l'ouïe la membrane qui tapisse l'oreilîe interne, puisqu'elle est parsemée d'un- nombre prodigieux de filets nerveux. II décrit plus exactement les petits muscles et les osselets de l'oreille interne, les canaux demi-circulaires, la demi-lame membraneuse • du limaçon , etc.

Mais l'ouvrage de J-G. Duverney sur l'organe de i l'ouïe surpasse tous les écrits de ce genre. Celui de iG-C. Schelhammer, publié presque en même temps, j prouve que l'auteur n'était pas au niveau des con- 1 naissances d'alors. A-Q. Rivin, qui croit avoir fait lune découverte relative à la membrane du tympan, let Munniks son défenseur, méritent peu de la postérité, aussi bien que SimonceUi. R. Vieussens , A. Valsalva, Cotuni, Meckel, Morgagni, J-F. Cassebohn [font connaître avec plus de précision et d'exactitude Iles diverses parties de l'oreille.

§ IV. Recherches sur la génération.

« Celle de toutes les parties de la physiologie qui est la plus hérissée de difficultés, dit K. Sprengel, s'enrichit, pendant ce période, d'un nombre si prodigieux de découvertes, que , si on eût continué de suivre la route tracée par quelques excellens anatomistes, la doctrine de la génération aurait reposé dèslors sur un plus grand nombre de faits avérés que ceux qui nous sont connus aujourd'hui. La théorie de cette importante fonction subit, depuis Riolan jusqu'à Haller et Wolf, c'est-à-dire, dans l'espace d'environ cent cinquante années, une révolution tellement complète , que ce bouleversement total suffit en quelque sorte pour nous donner une idée de celui que les opinions dominantes de l'école éprouvèrent. » Au commencement du dix-septième siècle, on croyait fermement que la réunion de l'entéléchie d'A.ristote et de la matière, est indispensable pour la production du nouvel être. Les recherches multipliées auxquelles on se livrait , avaient pour objet de fixer l'époque à laquelle l'âme raisonnable se développe chez l'embryon. J. Riolan montre d'abord plus d'exactitude et moins de prévention dans ses recherches sur diverses parties des organes sexuels; il semble même avoir assez bien connu la texture de l'épididyme et du corps d'Highmore.F.Plazzoni, enlevé a la science par une mort prématurée, ne fait point connaître

les détails qu'il avait promis sur les organes génitaux.

On s'apercevait cependant que, pour avoir des connaissances plus précises sur la production et le développement de l'embryon, il fallait observer avec soin l'œuf soumis à l'incubation. Mais F. d'Acquapendente lui-même consacre des erreurs par sa prévention. J. Faber les réfute par des expériences directes. G. Harvey fait une étude plus approfondie de l'œuf soumis à l'incubation et de l'embryon des quadrupèdes. Ses recherches et ses expériences sur ce sujet sont consignées fort au long, avec peu de soin , souvent même d'une manière contradictoire, dans son livre de la génération des animaux, ouvrage qui fut vraisemblablement dérobé à l'auteur et publié par G. Ent. Harvey ne croit point aux générations spontanées et il veut que tous les corps vivans se développent dans des œufs. Il soutient à tort que le coq n'a point de verge ni d'organe analogue qu'il introduise dans le cloaque de la poule , ce qui le porte à ne pas admettre l'influence immédiate et matérielle de la semence sur l'œuf dont le jaune et le blanc sont intimement mêlés avant la sortie de l'ovaire. Dès le troisième jour de l'incubation , il aperçoit les deux vésicules qui forment les ventricules du cœur; puis les yeux et la tête du poulet dès le quatrième.

Harvey dirige aussi ses investigations sur les quadrupèdes, spécialement sur les biches; et il en conclut que la semence du mâle fournit la cause occasionnelle , l'irritation extérieure qui vivifie le nouvel

être dont le cœur se distingue le premier. Ces remarques lui font croire à la formation successive de toutes les parties du corps. Il n'admet pas l'existence de l'ouraque ni de l'allantoïde chez l'homme, et il prétend que l'œuf humain , au moyeu des membranes qui l'enveloppent, est tellement séparé du corps de la femme , que le pouls de l'embryon bat différemment que celui de la mère. N. Highmore publie aussi ses découvertes sur les organes sexuels et leurs fonctions; il décrit les différentes courbures des vaisseaux spermatiques avec autant de précision que la réunion des conduits séminifères dans le corps auquel on donne aujourd'hui son nom. Quelques autres écrivains, nommément A. Evérard, soutiennent des assertions hypothétiques sur les rapports de l'embryon avec la mère.

La respiration , la nutrition et le développement de l'embryon et du fœtus , font aussi l'objet d'expérimentations nombreuses pour constater des faits impprtans , appuyer des opinions hypothétiques ou même erronnées. Régnier de Graaf , dans son ouvrage sur la structure des organes génitaux de la femme, substitue le, nom d'ovaires à celui de testicules. Il indique le premier les changemens qu'éprouvent les ovaires après la conception et les corpuscules jaunâtres qui s'y développent.

De son côté M. Malpighi relève des erreurs graves consacrées par l'autorité d'Harvey. Il constate la grande différence qui distingue la cicatricule de l'œuf fécondé de celui qui ne l'est pas , celui-ci ne présen-

tant aucune trace d'organisation. La cicatricule est une ampoule qui contient les élémens du nouvel être. Avec son habileté étonnante et à l'aide du microscope, il surprend pour ainsi dire, les secrets de la nature, et entrevoit, au bout de trente heures, les premières traces du pu7îtu7n sahen s. F. Rédi, zélé partisan des opinions d'Harvey, use de ses connaissances profondes en histoire naturelle, de sa vaste érudition, de ses observations nombreuses pour réfuter l'ancienne doctrine de la génération des insectes par la putréfaction et les assertions nouvelles du jésuite Ph. Buonnani; défenseur de la génération spontanée.

N. Hoboken fait connaître par de grands détails, le placenta, les membranes, les vaisseaux ombilicaux et tout ce qui se rapporte au fœtus humain. C. Perrault reproduit le système d'évolution proclamé par les anciens. N. Stenon confirme les excellentes observations de Malpighi. J. Barbatus attaque le premier, en 1676, le système des ovistes, préte«^nt que les œufs de R. de Graaf ne sont que des gl^des ou des hydatid^es, et que le mélange des deux semences fournies par deux sexes différens est indispensable pour former le nouvel être. G. Bartholin réfute l'idée d'une liqueur prolifique chez la femme et prouve que le fluide auquel on a donné ce nom , n'est auti-e chose que le mucus provenant des follicules muqueux de l'utérus et du vagin.

La théorie de la génération basée sur les opinions et sur les expériences d'Harvey et de Malpighi était

généralement adoptée, lorsque la découverte des animalcules séminaux par A. Leeuwenhœk, en 1677, vint porter un coup violent à cette doctrine. Leeuwenhœk, après avoir donné de longues explications sur la multiplicité de ces animalcules, leur forme, leur mobilité extrême, établit \\n système nouveau de la génération , dont la préexistence des germes fait la base. Hartsœker renchérit sur ces idées, prétendant avoir observé à l'aide du microscope la mue des animalcules, leur mouvement plus rapide au soleil, leur ressemblance avec l'homme, etc.

J. Bohn soutient les opinions de Graaf et la nécessité du passage de la partie spermatique du fluide séminal dans les ovaires. G. Drelincourt publie sur la structure du placenta et des membranes de l'œuf, de nombreux écrits pour réfuter les opinions d'autrui. Léalis et Lancisi dirigent aussi leurs recherches sur ce sujet. J. Sbaraglia et surlout Ph-J. Hartmann répètent les expériences de Graaf, soutiennent qu'on ne trouve point dans les trompes de Fallope les œufs q'pn prétendait y avoir observés, et qu'il n'y a aucune différence entre les œufs fécondés et ceux qui ne le sont pas. Ph. Verhéyen etF. Ruysch se déclarent pour la texture musculeuse de l'utérus. N. Andry fait une application outrée de la théorie des animalcules, dans son ouvrage sur les vers.

A. Vallisniéri expose et combat le système des animalcules, fixe les caractères distinctifs des hydatides et des œufs de l'ovaire , que les partisans de Leeuwenhœk affectent de regarder comme de même

nature ; et enfin il explique comment ces œufs se détachent et sont reçus par les trompes de Fallope. L'académie des Sciences de Paris fait elle-même des recherches sur les œufs de l'ovaire et sur leur fécondation. A. Brendel, R. Haie, M. Naboth et plusieurs autres médecins ou naturalistes, combattent pareillement la théorie des animalcules , qui compte de nombreux partisans, et chacun de ceux-ci l'explique à sa manière.

Morgagni perfectionne l'anatomie des organes génitaux. Il démontre que la membrane propre de l'ovaire n'est point un obstacle à la fécondation. Cet illustre anatomiste et J-D. Santorini mettent hors de doute l'existence des fibres musculaires de l'utérus. Les changemens que l'œuf éprouve pendant l'incubation fixent encore l'attention des naturalistes. A. Maître-Jean reconnaît que tous les œufs de l'ovaire peuvent être fécondés , lors même que la poule n'a reçu le coq qu'une seule fois.

LesMonro, père et fils, perfectionnent la description de quelques parties des organes sexuels. Haller trace des figures fort exactes des fibres musculaires de l'utérus, et signale les follicules muqueux qu'on avait pris avant lui pour la prostate de la femme. Il décrit fort exactement les conduits séminifères, la structure de l'épididyme, celle du testicule , et enfin il indique avec une bien grande précision les changemens qui s'opèrent successivement dans i'œuf soumis à l'incubation. Th. Simson , G. Noortwyk et Albinns s'occupent spéciaiemont

de l'utérus et de ses dépendances durant la gestation. Le dernier , surtout , fait de très bonnes préparations anatomiques qui sont parfaitement représentées.

Enfin l'un des plus grands hommes du dix-huitième siècle , le savant Buffon , regarde comme inadmissible la théorie de Leeuwenhoek et n'adopte pas non plus le système des ovistes. Il y subtitue une doctrine qui, quoique séduisante par sa simplicité, n'en est pas moins hypothétique.

L'art obstétrical était alors fort imparfait. Le forceps, l'un des instrumens les plus précieux, n'était encore qu'un instrument de meurtre. Ce fut en 1734 c[ue Chapman le fit connaître dans son traité d'accouchement , d'après ce qu'il en apprit de Hugues Chamberlayn , qui passe pour en être l'inventeur. Cet instrument fut généralement accueilli. Levret, Smellie et bien d'autres accoucheurs célèbres l'ont tellement perfectionné qu'il n'est plus dangereux qu'en des mains malhabiles.

§ V. Réflexions sommaires sur les causes des progrès de Vanaiomic ci de la physiologie pendant le dixseptième siècle.

Pour connaître les circonstances qui firent naître les découvertes nombreuses dont s'enrichirent toutes les parties de l'anatomie pendant cette épog'/e, il faut noter d'abord la noble émulation qui porta les

savants d'Europe à se communiquer les résultats de leurs observations et leurs idées propres. L'institution des universités était trop imparfaite pour favoriser généralement le perfectionnement des sciences naturelles , et même , dans celles d'Allemagne , l'anatomie était encore si peu connue qu'il s'éleva dans l'une d'elles, vers le milieu du dix-septième siècle, une contestation très vive pour savoir si le coeur était placé au milieu de la poitrine ou du côté gauche. Les guerres civiles et étrangères qui désolaient la France, l'Angleterre et d'autres nations étaient également très peu favorables aux progrès des sciences.

L'Italie donïie le premier exemple d'une société de savans réunis à Rome et formant l'Académie des Lincées; l'Angleterre établit définitivement la Société royale des Sciences de Londres; l'Allemagne institue l'Académie des curieux de la nature; et enfin l'Académie royale de Paris, fondée en 1 665 par Colbert, compte des naturalistes et des médecins anatomistes du plus grand mérite, qui font tourner au profit des sciences les encouragemens et les bienfaits de Louis XI^'. Ces compagnies savantes sont comme de grands foyers d'où jaillissent les lumières. On jugeait déjà que l'anatomie comparée servirait à perfectionner celle du corps humain. Des médecins très distingués en font l'objet de leurs études. L'anatomie pathologique est aussi cultivée avec le plus grand succès par des hommes fort habiles , nommément par Th. Bonct et J-B. Morgagni,

L'emploi du microscope dans les recherches d'àualomie et de physiologie contribue beaucoup aussi au perfectionnement de ces sciences; car on reconnaît à l'aide de ce nouvel instrument le tissu glanduleux des organes sécréteurs, la circulation capillaire et beaucoup de faits relatifs à la génération. L'art d'injecter et de préparer les pièces analomiques ; les réactifs et divers moyens chimiques figurent enfin parmi les causes qui donnèrent une impulsion si grande aux sciences naturelles, et particulièrement à l'anatomie et à la physiologie dans le cours de l'époque dont nous parlons.

Avant de passer à l'examen des écoles chimiques et autres du dix-septième siècle, je d-ois ne pas vous laisser ignorer que l'Histoire de la Médecine par K. Sprengel , dont l'immense érudition ne saurait être trop admirée, présente à la fin du tome quatrième un tableau chronologique des principales époques et des hommes qui ont le plus marqué dans les fastes de l'art de guérir pendant quatre mille ans. Mais je craindrais de dépasser les limites de cet abrégé en vous le retraçant. 11 suffit d'ailleurs de l'avoir indiqué pour vous mettre à même de le consulter au besoin.

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