‹ Abrégé de l'histoire de la médecine, considérée comme science et comme art dans ses progrès et son exercice, depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècleChapitre 14 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Histoire des écoles chimiques et iatromathéroalique du dix septième

sièxjle.

§ I. Des diverses sectes de l'école chimiatrù^ue.

A mesure que les sciences se perfectionnent et s'enrichissent de faits nouveaux , les systèmes et les doctrines se multiplient par des raisons faciles à concevoir. L'étude de l'histoire de la médecine pendant les dix-septième et dix-huitième siècles en fournit une preuve convaincante. Rappelez-vous les nombreuses et importantes découvertes du dix-septième

siècle, ce souvenir vous fera mieux apprécier par quels motifs (les théories si diverses se succédèrent si rapidement, et comme la médecine en tira avantage après avoir marché trop long-temps dans les voies de l'erreur et des préjugés. Au dix-septième siècle, le public s'étonne, dit Voltaire, de voir enseigner et pratiquer une médecine indépendante des phases de la lune.

Le système de Paracelse, réuni aux rêveries de l'ordre des Rose-Croix et épuré d'un grand nombre d'absurdités , se rapprochait davantage des dogmes des anciens et des nouveaux galénistes. Les médicamens chimiques furent mieux appréciés. Toutefois la tendance générale des esprits à la superstition et les condamnations des prétendus sorciers fournissaient encore , au commencement du dix-septième siècle , des prosélytes au système théosophique des Rose-Croix, en Allemagne surtout.

Th. Campanella , spiritualiste outré, malheureux par les tourmens qu'on "lui fit subir et par trente ans de captivité , établit son système physique et médical sur les principes arbitrairement modifiés des nouveaux platoniciens . (( Tous les corps de la nature, dit-il, vivent, sentent, désirent et détestent, n Il distingue chez l'homme deux forces dont l'une est chargée de la pensée et du sentiment, l'autre participant de ia nature de la divinité. L'âme divine n'est donnée à l'homme qu'après son développement complet. Les maladies proviennent des solides , d'autres des fluides, et la fièvre consiste dans la lutte qui

s'établit contre l'esprit et la maladie, les crises et les jours critiques étant attribués par lui aux phases de la lune.

Vers cette époque , la France institua le collège des Rosiens, dont Rose fut le fondateur , et qu'il faut distinguer de l'ordre des Rose-Croix. Il n'y avait dans ce collège que trois adeptes dépositaires des trois principaux secrets, le mouvement perpétuel, la médecine universelle et la transmutation des métaux. Les Rose-Croix passaient pour savoir guérir instantanément les plaies , les bémorrhagies , les ulcères, etc., à l'aide de la poudre de sympathie et d'un emplâtre fameux dont l'efficacité était attribuée à la puissance du diable, par le jésuite Roberti.

L'Anglais R. Fludd passe pour le plus célèbre des Rose-Croix du dix-septième siècle. Doué d'une érudition très vaste, d'une facilité extraordinaire pour combiner les idées les plus incohérentes et les plus disparates, le médecin de Londres admettait, comme Campanella, deux principes actifs opposés : la chaleur et le froid ou la lumière et l'obscurité. « Celui qui veut conserver sa santé , doit croire fermement à la lumière du Seigneur et en parler jour et nuit : il doit implorer la sagesse ou la communication de la parole de Dieu. » Les prières seules , dit encore ce fanatique, guérissent les maladies. Il donne les formules de celles auxquelles il faut recourir, fait reconnaître le côté du ciel vers lequel on doit se tourner pour qu'elles soient exaucées. Les mauvais démons déchaînés par les vents des quatre points

cardinaux suscitent les maladies dont les causes particulières sont d'origine erapyréenne, éthérée ou élémentaire. Parmi tant d'absurdités, Fludd , guidé par les lois de la pression de l'air sur une colonne d'eau , invente un instrument à l'aide duquel il mesure la pesanteur et la légèreté de l'atmosphère. S'il connaissait les essais tentés par Galilée, avant lui, il est certain du moins qu'il enseigna la manière de construire un baromètre long temps avant Torricelli. Un autre Anglais , Kénelm Digby , chambellan du roi d'Angleterre et marin intrépide , met aussi en faveur plusieurs préjugés, celui, entre autres, des effets avantageux de la poudre de sympathie. Il lut à Montpellier un traité sur ce moyen miraculeux dans une société qui est vraisemblablement celle des Rosiens.

Il faudrait mettre notre patience à une bien rude épreuve, pour rappeler les prétendues guérisons extraordinaires du soldat irlandais V. Gréatrix ou Gréatrake, de l'Ecossais G. Maxw^el, fidèle prosélyte de Fludd , qui ne trouva pas un seul libraire anglais qui voulût de son ouvrage. Ce livre eut pourtant de nombreux sectateurs en Allemagne, où les Rose-Croix se multipliaient étonnamment. S.Wirdig, professeur à Rostock , expose aussi clairement que possible le système des spiritualistes. L'auteur admet aussi deux expèces d'esprits dont l'un est matériel. Il accorde un principe actif ou un génie au froid et à la chaleur. Il prétend que les maladies

sont l'effet de la colère et de la vengeance des génies , de l'air et du firmament.

Des écrivains allemands et anglais s'efforcèrent de concilier leurs systèmes philosophiques avec les idées dominantes, comme pour donner des bases plus solides aux rêveries chimériques des spiritualistes. Ainsi Ch. Thomasius , en signalant les folies des fanatiques, est auteur cependant d'une pneumathologie conforme aux principes de Fludd. A. Rudiger, Pordage et nn Français, Edme Guyot, qui n'exerçait pas la médecine, pubHent des idées théosophiques et une philosophie dénuées de toute raison.

A. Libavius combat le fanatisme de ses contemporains. Sa rare sagacité et la supériorité de sa raison l'aident à séparer la vérité de l'erreur dans la théorie et la pratique de Paracelse , et à ouvrir la voie dans laquelle les éclectiques (i) ou conciliateurs, du dix-septième siècle, entraient pour élever la chimie au rang des sciences et renoncer à la découverte de la médecine universelle et de la pierre philosophale. A. Sala succède à Libavius et recommande, cependant encore des remèdes contre les maladies causées par la magie , quoiqu'il eût abjuré une foule de préjugés paraceisistes et qu'il parlât avec mépris des soi-disant possesseurs de remèdes universels. H. Lavater publie contre Sala une diatribe in-

(i)On appelle ainsi les philosophes elles médecins qui , sans adopicr un système particulier, choisissent les opinions qui leur paraissent les plue vraisemblables.

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jiirieuse. l\ Potorius essaie de corriger la méilecine spagiriqiie par l'adoption des idées de Galien, ainsi que J. du Chesne, qui explique les maladies par les olémens chimiques. A Marbourg, une chaire occupée dabord par J. Hartmann était exclusivement réservée à l'enseignement de la chimiatrie. Ce professeur bavarois , partisan du paracelsisme épuré , perfectionne l'art pharmaceutique.

Mais D. Sennert , professeur à Wittemberg , savant fort érudit et trop crédule, est un des plus célèbres conciliateurs d'alors. Dans ses Institutions^ publiées en 1611 , il tâche de coordonner les principes de Galien avec ceux de Paracelse. Asservi par les préjugés dorainans, il partage les croyances les plus absurdes, et blâme cependant le langage mystérieux des médecins spagiriques, reprochajit à Paracelse d'avoir négligé la diététique et la sémiotique. En soutenant que la forme est indépendante de la matière , et que celle-ci a été tirée du néant , Sennert s'attire des contradicteurs. L'un d'eux , J. Freitag , professeur à Groningue, publie dans de pitoyables écrits, que l'activité appartient aux élémens; la forme , ou l'âme animale , à la matière , et enfin que Sennert est un hérétique , un blasphémateur. Vous aurez peine à croire que huit facultés s'occupèrent de cette polémique dégoûtante.

R. Minderer, qui fit connaître le sel que l'on appelle esprit de Mindererus; J. Rornthauer, Werner- Rolfink, professeur de chimiatrie à Jéna, découvrent et publient des préparations chimiques diverses. J-

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C. Schrœder compose une pharmacopée digne des suffrages de Boërhaave et de Fr. Hoffmann, qui fut long-temps en vogue. Dans le très petit nombre de praticiens italiens et français qui cherchèrent à réunir les principes de la pratique spagirique avec les théories galéniques, doivent figurer encore P. Çastellus , et L. La Rivière , qui professa le premier la chimiatrie à Montpellier.

J-B. Vanhelmont, né à Bruxelles, en 1577, famille noble, étudie à Louvain , dédaigne les titres académiques , s'attache d'abord aux jésuites , se dégoûte de leurs subtilités et de leur dialectique scolastique, renonce à sa fortune et aux honneurs d'une belle position sociale , se livre à l'étude de la médecine, pour l'exercer comme une œuvre de charité et de bienfaisance , commence par se bien pénétrer des écrits d'Hippocrate , de Gahen , dont il possède si exactement les idées qu'il excite l'admiration des médecins avec lesquels il s'en entretient , Vanhelmont enfin ébranle les fondemens de l'école spagirique, expose une théorie nouvelle appropriée au génie du temps, et dont plusieurs principes obtiennent un succès extraordinaire.

Peu satisfait des écrits d'Hippocrate et de Galien , notre jeune réformateur s'en dégoûte par une circonstance fortuite. « Ayant porté les gants d'une jeune fille atteinte de la gale, il contracte cette désagréable affection. Les médecins galénistes qu'il consulte l'attribuent à la combustion de la bile et à l'étatsalin du phlegme:i!5lui conseillent des purgatifs

qui l'affaiblissent beaucoup sans le soulager. » Celte circonstance est en partie cause de son éloignement pour le système des humoristes et de sa résolution de réformer la médecine.

Le système de Vanhelmont est basé sur les principes des spiritualistes. L'archée de Paracelsc forme un des point capitaux de sa théorie; mais il y attache des idées plus claires et plus précises. Il considère l'eau comme le vrai principe de tout ce qui existe, et il exclut le feu du nombre des élémens. Suivant lui , une disposition particulière de la matière ou un mélange particulier de cette matière ne sont pas nécessaires pour qu'un corps se forme. L'archée suffit pour tirer tous les corps de l'eau quand le ferment existe , et celui-ci n'est point un être formel. Il préexiste à la semence qui est développée par lui; il répand une odeur qui attire l'esprit générateur de l'archée , esprit qui consiste dans Vaura vitalis. 11 insiste pour démontrer que le froid et la chaleur ne sont que des qualités abstraites. Quand l'eau fermente , il se développe une vapeur qu'il appelle^tf^;, et qu'il distingue soigneusement de l'air parce qu'il contient les principes chimiques du corps , d'où il s'échappe sous forme aérienne par l'impulsion de l'archée. En faisant le premier une distinction parmi les gaz, Vanhelmont rend un service immense à la physique.

En physiologie, le célèbre Brabançon cherche à prouver la nécessité du réactif spirituel ou de l'archée pour expliquer les fonctions. Une expérience

faite sur lui-même le porte à conclure faussement que l'estomac est le siège de Tentendement; le cœur, celui de la volonté; le cerveau, celui de la mémoire. Ce qui lui fait soutenir que l'estomac est le vrai siège de son arcbée ou âme sentante, c'est qu'on croyait avoir vu la vie se prolonger après la destruction totale du cerveau , tandis que les plaies de l'estomac passaient pour être mortelles. C'est surtout sur la digestion que l'archée , tenant le pylore sous ses ordres, exerce une influence toute spéciale ainsi que sur la rate et le foie. Il explique le sommeil par les relations qui existent entre ces viscères. Il établit six espèces différentes de digestion , suivant le lieu qu'occupent la masse alimentaire et ses produits.

En pathologie, il décèle pareillement sa prédilection pour le spiritualisme ; mais il reconnaît combien l'étude de l'anatomie est essentielle, et regrette que la partie pathologique de cette science soit encore si peu connue. Il cherche la cause prochaine des maladies, non dans les quatre élémens, mais dans l'état souffrant , la colère , la frayeur et les autres affections de l'archée. Il réfute l'assertion de ceux qui considèrent la maladie comme un état négatif, comme la privation de la santé, affirmant que c'est une réalité aussi positive que la santé. Les fièvres, d'après lui, ont leur siège dans le duuravirat formé par l'estomac et la rate.

Vanhelmont excelle surtout dans l'art de réfuter les opinions d'autrui. On est frappé de la force de ses raisonnemens contre la théorie de la fièvre deGa-

lien, la pulrcsccnce du sang en circulation, contre les maladies faussement attribuées aux humeurs qui se manifestent dans les catarrhes. Enfin il attribue la formation des calculs urinaires au dépôt des sels terreux , assertion qui renferme les germes d'une théorie infiniment plus rationnelle que les précédentes.

Ses idées sur la cause de l'inflammation sont bien plus exactes que celles des dogmatiques ses prédécesseurs; car il dit positivement que la maladie tient à l'irritation , l'épine, qui attire le sang. On ne peut lui contester la gloire d'avoir localisé plusieurs maladies attribuées avant lui aux vices généraux des humeurs. D'après ce qui précède on conçoit que la thérapeutique de Vanhelmont consiste à combattre les souffrances de i'archée et l'altération locale des humeurs , celles-ci d'une manière indirecte. Les mercuriaux , les antimoniaux , l'opium et le vin sont fréquemment employés par lui. Il rejette la saignée et se montre extrêmement réservé dans l'usage des purgatifs.

Ce résumé suffit pour juger des droits du réformateur à la reconnaissance de la postérité, et combien il est supérieur à Paracelse. Vanhelmont mourut à soixante-sept ans , laissant plusieurs enfans , dont l'un , F. Mercurius , devint célèbre et éditeur de plusieurs de ses écrits. Son système fut plus ou moins modifié par ceux qui l'adoptèrent, F. Oswald-Grembs excepté. Si les idées de Vanhelmont ne furent pas plus généralement accueillies, cela tient peut-être

à la propagation d'une philosophie bien dirterente , celle de R. Descartes, né près de Tours, en iSgG, d'une famille riche et puissante.

Ce philosophe, ennemi de la dialectique jscolastique , ardent pour la liberté de penser, passionné pour les mathématiques, et presque toujours en voyage, comme si le mouvement était aussi indispensable à sa vie physique qu'à son activité morale, se livre, à Egmont en Hollande, à l'étude de l'anatomie et de la chimie avec une admirable assiduité. Il meurt en 1649, à la cour de Christine, reine de Suède, u Peu versé dans les détails de chaque science, il osa de trop bonne heure, dit Bacon, les embrasser toutes d'un coup-d'œil ,'et enseigna une manière de philosopher dont il[ne^savait pas faire l'application à chaque objet isolément.»

Les opinions de Descartes et sa théorie ont une conformité remarquable avec celles de Démocrite. Son système physique repose sur le principe que la matière et l'espace sont identiques. Les trois dimensions, longueur, largeur et épaisseur, formant l'essence des corps, constituent également l'idée de l'espace. Il s'attache surtout à expliquer les causes prochaines ou les principes agissans et ne s'occupe pas des causes finales. Il considère la matière première fdont* l'univers est formé comme le résultat d'un assemblage de corps réels qui se meuvent et se frottent continuellement. Les^plus volumineux durent être sphériques, et il désigne [sous le nom de

tourbillons les corps élémentaires qui remplissent l'intervalle de ces globes.

Pour prouver irrévocablement l'immatérialité de l'âme qu'il place à l'intérieur du cerveau , dans la glande pinéale, il admet que tous les mouvemens du corps ont leur cause primitive dans l'âme : il attribue les changemens corporels aux causes prochaines, et il établit entre ces changemens matériels et l'âme la même différeuce^que celle 'qui existe entre une montre et l'ouvrier qui l'a faite. Les fonctions animales, les sensations, sont le résultat des mouve- Amens quelles impressions extérieures produisen dans les nerfs et qui se propagent à la glande pinéale, point central du cerveau. Mais il établit une différence notable entre la [sensation et le mouvement. Le philosophe français, digne appréciateur de la belle découverte d'Harvev , considère l'effervescence ou ime sorte de fermentation du sang comme cause de la circulation. Il explique les sécrétions, d'après le rapport de la grosseur et de la forme des molécules des humeurs qui doivent être sécrétées, aux pores des organes sécréteurs qu'il compare à des cribles laissant passer seulement les parties déliées et similaires.

Cette manière de raisonner faisait perdre l'habitude d'admettre des qualités occultes et rappelait l'attention sur la structure et les fonctions des organes. Le microscope étaitfplus généralement employé ; mais le calcul des atôme.s faisait perdre de lie l'observation des faits. H. Renerius et H. Regius

adoptent à l'envi la philosophie cartésienne, Corneille de Hoghelande , P. Michon , N. Mallebranche, Th-C. de Cosenza cherchent à expUqiier , comme Descartes, toutes les fonctions par les lois de la chimie et de la mécanique, par l'acidité ou l'alcalescence des humeurs , l'effervescence et la fermentation , le volume et la forme des atomes.

F. de Le Boé Sylvius fonde aussi un système chimique qui eut beaucoup de vogue. Livré à la pratique de la médecine à Amsterdam, Sylvius y fait une étude approfondie des systèmes de Vanhelmout et de Descartes dont il reproduit les principes comme s'ils lui appartenaient. Il enseigne la théorie et la pratique de la médecine à Leyde où il introduit l'excellente coutume des leçons cliniques dans les hôpitaux. Suivant lui , les changemens dans les humeurs sont produits par îa fermentatioii qui préside surtout à la digestion et qu'il explique en partie, d'après Vanhelmont. Il explique aussi la préparation' des esprits vitaux dans l'encéphale par la distillation qu'il compare à celle de l'esprit-de-vin.

Il introduit le premier l'expression cVâcreié pour, désigner la prédominance des élémens chimiques des humeurs , et il regarde ces âcretés comme cause, prochaines des maladies , les unes étant produites par l'âcreté acide, les autres par l'âcreté alcalin- L'âcreté de la bile devenue acide ou alcaline, suivant les mauvaises qualités des alimeiis , détermine les fièvres aiguës et continues. 11 oppose les purgatifs aux maladies dues à l'effervescence de la bile, et les vomi-

tifs lui paraissent nuisibles. Il cherche à modérer l'âcreté de la bile par l'opium et autres narcotiques, etc. Il serait fastidieux de porter plus longtemps l'attention sur une théorie chimique si peu rationnelle , si manifestement contraire à la simple observation des faits , si funeste dans son application.

§ IL Propagation du système chimiatrique.

Ainsi la plus noble science est asservie à la chimiatrie qui se propage presque partout , et l'on s étonne de ce que cette théorie absurde rencontre si peu d'opposition. Toutefois l'école de Paris , sous la présidence de J. Riolan, fidèle aux dogmes deGalien, repousse les innovations et Talhance de la chimie avec la médecine. Guy Patin , F. Blonde) , A. Menjot s'efforcent de réfuter les principes de la chimiatrie. Ils montrent même une prévention outrée contre les médicamens chimiques, contre les préparations antimoniales surtout. La nouvelle doctrine ne trouve pas non plus accès en Espagne. Un professeur de Lubeck et un autre d'Erford se déclarent ses antagonistes.

Dans plusieurs universités d'Angleterre, la chimiatrie reçoit une direction nouvelle. Gauthier Charleton , Th. Willis adoptent et modifient les idées de Vanhelmont €t le système de Paraceîse. La fièvre , selon Willis, provient de l'effervescence violente et contre nature du sang et autres humeurs, effer-

vescence occasionnée soit par des causes externes ou des fermens internes. L'effervescence des esprits vitaux cause la fièvre quotidienne ; celle du sel et du soufre les fièvres continues , etc. Les cordiaux purifient les esprits animaux. Ce qui distingue surtout Willis des chimistes contemporains , c'est qu'il recommande la saignée dans beaucoup de maladies.

La découverte de l'oxigène et la théorie de Mayow sur la vie, la description des mouvemens musculaires par G. Croone semblaient confirmer l'exactitude de la chimiatrie. J. Rogers et F. Cross imitent simplement Vanhelmont et Sylvius. Mais l'Irlandais R. Boyie publie, en 1661, un ouvrage intitulé le chimiste sceptique , dans lequel il élève des doutes sur les élémens des péripatéticiens et les principes chimiques. Il démontre surtout combien est vicieuse la théorie chimique des qualités élémentaires.

La chimiatrie est généralement adoptée en Allemagne. M. Kerger affirme pouvoir guérir toutes les fièvres par des moyens chimiques et à l'exclusion de la saignée. Voici cependant quelques exceptions. Herraann Conring rejette les médicamens alchimiques et la médecine hermétique , enseignant que la chimie doit être employée seulement au perfectionnement de la pharmacie. Il assure que les principes chimiques ne préexistent pas comme tels dans le corps humain. Très peu de médecins brabançons firent des objections au système de Vanhelmont. B. Swalwe prend une voie indirecte et fait dire à l'estomac qu'il ne se dégage de son intérieur aucune vapeur capable

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fl'offenser la tête ni de produire des maladies nerveuses.

l^e Westphalien Otton Tacheniiis, qui passe pour avoir obtenu le premier la potasse , publie des ouvrages dépourvus d'intérêt et peu favorables à la cbimialrie , quoiqu'on le considère comme un des plus célèbres professeurs de cette doctrine. L-A. Portius s'en montre l'apôtre à Rome , à Naples, rejette la saignée à l'instar de Vanhelmont , et déclame contre Willis et autrçs praticiens éclectiques qui en soutiennent l'utilité. Dans les inflammations , dit-il , on doit avoir plutôt égard à l'irritation locale , à l'épine de Vanhelmont, qu'à la qualité ou à l'orgasme du sang. Les écrits de L. Tozzi et de C. Musitanus font connaître la préférence de ces praticiens pour les préparations chimiques ainsi que leur répugnance pour la saignée, et pourtant la tendance des esprits en Italie portait à concilier les 'principes de l'ancienne école dogmatique avec ceux de la chimiatrie dont M-A. Andriplli et le fanatique J-B. Volpi sont égalepient défenseurs.

B. Ramazzini, excellent observateur de son éjioque, considère la coagulation du sang par les acides et sa dissolution parles alcalis comme cause des fièvres régnantes. En conséquence, dans l'épidémie de 1692, il prescrit les alcalis : mais, n'en retirant aucun avantage ^ il leur substitue les acides. I). Sanguinetti et J. del Papa s'élèvent contre la chimiatrie, opposant de bons raisonnemens contre la fermentation stomacale , contre la nutrition par les esprits animaux.

La chimiatrie, repoiissée d'abord par l'école de Paris, se propage pourtant en France. J-P. Fabre, docteur de Montpellier ; C. Barbey rac , F. Calmette, J, Bonnet, J. Massard expliquent la digestion par les acides de l'estomac , la fièvre par la fermentation. En 1691 , N. de Blégny fonde, à Paris même, une académie chimiatrique sur le modèle de la société cartésienne de Bourdelot. On s'y occupe surtout de l'examen et de la réfutation des écrits de Boyle et autres adversaires de la nouvelle doctrine. J. Pascal développe la doctrine des fermens qu'il divise en volatils et fixes. J. Minot réfute la théorie de la fièvre des anciens et les altérations de la masse du sang. Il détermine avec exactitude les changemens divers de ce liquide après sa sortie des veines ; et ses opinions sur la cause prochaine des maladies , spécialement des fièvres qu'il divise en chileuses et sanguines , décèlent la théorie chimiatrique.

On se livre à des expérimentations nouvelles, pour découvrir les élémens chimiques des humeurs ; mais elles sont tellement imparfaites, qu'on ne doute même pas des résultats que l'on croit obtenir. Le Genévois J . Véridet prétend avoir trouvé un acide dans la salive et dans le suc pancréatique, un alcali dans le suc gastrique et la bile. R. Vieussens ayant obtenu un acide du sang soumis aux opérations chimiques , donne toute la publicité possible à sa découverte qu'il porte à la connaissance de presque toutes les académies et facultés. P. Chirac et J. Besse admettent sans restriction les assertions de Vieussens sur la com-

position des parties alcalines, salines et acides du sang et sur la disposition des unes à l'égard des autres. Une dispute polémique entre Ph. Hecquet iatromathématicien , et Vieussens, sur la digestion, discrédite singulièrement la chimiatrie; car Hecquet s'appuie d'argumens solides , exposés dans un style aussi pur que noble. La régularité des sécrétions, l'étroitesse de l'espace, l'impossibilité où l'air se trouve d'affluer dans les humeurs, la ridicule comparaison du sang au vin pour la fermentation , et la différence notable qui distingue les fluides vivans de ceux qui ne le sont plus, forment ses principales objections contre les partisans de Vanhelmont, Descartes et autres.

Quoi qu'il en soit , F. Bayle s'efforce encore de soutenir la réalité du ferment gastrique en donnant pour preuve les renvois acides qui reviennent à la bouche. J. Astruc combat aussi Hecquet qui évalue faussement la force musculaire de l'estomac et celle des muscles abdominaux à celle d'un poids de deux cent soixante et une mille livres.

En Hollande et en Allemagne, les disputes sur le sujet en question sont poussées jusqu'à la violence. Cependant M. Schoock et J. Broen embrassent le système de Sylvius avec circonspection. J. Le Mort, quoique imbu de la doctrine des atomes, combat la théorie de la fermentation, H. Schneller se range de son coté. Mais, au grand préjudice des malades, la presque totalité des praticiens d'Allemagne adhère aux principes de l'école cbimiatrique diversement

inoditiée. A cette époque, la cupidité mercantile des Hollandais profite de la vogue de la chimiatrie pour recommander comme panacée universelle le thé qu'ils apportent de la Chine et vendent dans presque toute l'Europe. Suivant C. de Bontékoé , partisan fanatique de Sylvius , pour vivre long-temps, il faut continuellement fumer du tabac, boire du thé ou du café, et user de l'opium pour la moindre indisposition.

Les professeurs des écoles germaniques propagent à l'envi les principes de la chimiatrie. J-J. Waldschmidt, zélé partisan de la secte cartésienne, ne partage pas toutes les opinions de Sylvius. J. Dolaeus est sectateur de Vanhelmont ; il recommande surtout l'infusion de thé contre toutes les espèces d'épaississement et d'âcreté acide des humeurs. Wédel , l'un des plus célèbres professeurs d'Iéna ; Etmuller àLeipsick , G-Ch. Schelhammer , H-S. Schitnovius, Rosinus Lentilius, Goekelsont tous apôtres de Vanhelmont , Descartes ou Sylvius.

J-C. Dippel s'efforce de combiner le spiritualisme de Vanhelmont avec la chimiatrie de Sylvius. J. Bohn, F. Hoffmann , H. Boerhaave, principaux antagonistes de la chimiatrie, parviennent à la renverser par leurs efforts réunis. Le premier combat cette doctrine à la manière d'Hecquet. L'illustre professeur de Halle démontre l'insuffisance des acides et de l'épaississement des humeurs pour expliquer les maladies. Loin que les fièvres proviennent de la surabondance des acides, ceux-ci sont au contraire d'excellens remèdes pour la plupart d'entre elles,

Il est partisan de la saignée et antagoniste de lusagc abusif du tlié. II. Boerhaave, en Hollande, réfute par d'excellentes raisons, dans ses discours académiques et surtout dans ses institutions, les explications chimiques , la fermentation gastrique et celle du sang contre laquelle se prononce également A. de Leeuwenhoek.

En Angleterre, l'école chimiatrique , modifiée de plus en plus, finit par être rejetée, vers la fin du dix-septième siècle. Une maladie épidémique, fièvre maligne très grave, apparaît en i665, et Th. Sydenham la traite heureusement par la saignée, sans se perdre en hypothèses frivoles sur la cause prochaine de cette fièvre. On constate en même temps que des hémorrhagies, même considérables, sont rarement préjudiciables à la santé. Pitcarn s'élève hardiment contre la chimiatrie , d'après ses considérations sur la circulation. Cependant M. Lister soutient encore l'existence du ferment gastrique. J. Colbatch,par opposition à Sylvius, attribue presque toutes les maladies aux alcalis. J.Woodward soutient que la bile est le seul ferment gastrique. Ces médecins et bien d'autres qu'il estinutilede citer perdirent peu à peu le goût d'expliquer les phénomènes du corps humain par les lois de la chimie et Ton s'éloignait de plus en plus des principes des fondateurs de cette école, d'autant qu'une secte opposée , celle des iatromathématiciens , qui réhabilitait les solides dans le jeu des fonctions et qui semblait offrir une certitude mathématique séduisante,

commençait à établLi- saclomioalion.Quoiqu'ilen soit, (lit Voltaire, jamais la correspondance entre les philosophes ne fut plus active qu'à la fin du dix-septième siècle. Une république littéraire s'étabhssait en Europe malgré les guerres et les religions différentes. Toutes les sciences tous les arts s'aident réciproquement et les académies forment cette république. L'Italie et la Russie s'unissent par les lettres. L'Anglais , l'Allemand , le Français vont étudier à Leyde. Le célèbre Boerhaave est consulté à la fois par le pape et par le czar : ses plus grands élèves attirent les étrangers et deviennent en quelque sorte les médecins des nations. Cette correspondance scientifique console l'humanité des maux que l'ambition et la politique répandent sur la terre. Ce progrès dans les sciences est dû à quelques génies long-temps obscurs, souvent persécutés , qui ont éclairé et consolé la terre pendant que les guerres la désolaient.

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