‹ Abrégé de l'histoire de la médecine, considérée comme science et comme art dans ses progrès et son exercice, depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècleChapitre 21 sur 38 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Résumé des découvertes et des principaux ouvrages de thérapeutique et de matière médicale.

G. Cullen, dont l'important ouvrage trouve deux traducteurs allemands, en 1790, allie fort heureusement la thérapeutique générale avec la matière médicale, appliquant avec justesse ses principes physiologiques et pathologiques à ces deux autres branches de la médecine. Le manuel de pharmacologie de F-Ch-A. Gren est accueilli avec faveur ^ cause des connaissances chimiques de l'auteur , qui manque pourtant d'expérience. Les Allemands sont moins arriérés que les Anglais en thérapeutique. A-F. Hecker mérite notre reconnaissance pour avoir cherché à répandre le goût de la thérapeutique dans ses archives. Cet ouvrage est vicieux dans son plan , et grossi d'inutiles traductions.

Les immenses et récens progrès de la chimie font examiner soigneusement l'influence des différentes espèces de gaz sur le corps humain. Fourcroy, puis J-B. Baumes publient leurs expériences avec l'oxigène sur les phthisiques; Herz et Mendérer, des observations constatant les inconvéniens de l'oxigène pur dans les fièvres putrides. L'opium, considéré jusque là comme calmant et stupéfiant est,

également soumis à de nouvelles expérimentations. Quelques médecins français publient d'intéressantes remarques sur lefficacité de ce remède pour réveiller et activer l'irritabilité , et l'on constate ses bons effets dans les maux vénériens. Les Anglais recommandent l'écorce d'angusture comme tonique très précieux, malheureusement trop vanté contre la dysenterie, lès fièvres putrides, intermittentes, etc. L'acide muriatique est aussi recommandé contre les fièvres éruptives , les affections malignes , et enfin Th. Percivall publie ses recherches sur la manière dont les médicamens agissent.

J. Arneraann publie, en 1791 , un essai d'une matière médicale pratique que l'on doit considérer comme l'un des meilleurs ouvrages de ce genre. Quelques autres publiés en même temps lui sont fort inférieurs. Le muriate de baryte acquiert alors ime grande vogue parmi les remèdes nouveaux. Hufeland, entre autres médecins, en exagère singulièrement les bons effets. J. Masdevall, médecin espagnol, fait connaître les avantages qu'il a retirés d'un mélange de quinquina et de tartre stibié dans le traitement des fièvres intermittentes. L-Chr. Althof publie ses remarques pratiques sur quelques médicamens. Dans la même année, J-G. Wolfstein , artiste vétérinaire, dans un traité sur la saignée chez l'homme et les animaux, se montre antagoniste outré delà phlébotomie que défend M. Sallaba, l'un des plus célèbres disciples de Stoll.

Quelques notices historiques sur le quinquina par

H. Rtiyz, une monographie sur l'antimoine par J-J. Westa, quelques autres écrits peu importans sur la thérapeutique ou la matière médicale furent pubHés en 1792.

L'année suivante, cette science ne s'enrichit guère plus avec la compilation prolixe de J-Chr. Hackel , l'essai d'une classification des raédicamens par Storre; il faut excepter l'ouvrage de Diez sur la méthode dans la matière médicale, et le journal de pharmacie commencé par J-B. Tromsdorf. Ferro publie des expériences qui constatent les mauvais effets de l'oxigène dans la phthisie, et Scherer avance des opinions contraires. Gorcy propose l'oxigène pour rappeler les asphixiés à la vie.S.Crumpe donne sur l'opium le meilleur ouvrage connu jusque là. L'histoire et le mode d'action des préparations mercurielles font aussi l'objet de publications nouvelles. Les cîïîitharides , l'acide muriatique , l'électricité sont le sujet de publications moins estimées que les ouvrages qui paraissent alors sur les bains.

Les articles de matière médicale publiés en 1 794 , dans l'encyclopédie méthodique, par Fourcroy , de Horne, Carrère, Macquart sont d'un grand intérêt. A. Comparetti fait connaître une nouvelle espèce de quinquina, appelé quinquina du Brésil. L'usage de l'opium, dans la dysenterie surtout, est encore un sujet de discussions nouvelles. Les eaux minérales et les bains de mer font aussi l'objet de publicationf; plus ou moins importantes.

Les différentes espèces de gaz , proposés contre

les maladies de poitrine , continuent d'être l'objet des recherches thérapeutiques, en 1795. L'utilité attribuée par T-H. Beddoes à l'hydrogène et au gaz acide carbonique dans les ulcérations des poumons est affirmée par J. Ingenhouss. Mais Ch. Girtanner répète les expériences de Beddoes et trouve que le gaz acide carbonique procure tout au plus un soulagement momentané. Plusieurs remèdes nouveaux sont aussi trop vantés et malheureusement employés, S. Hahnemann publie, en 1796, dans le journal de médecine pratique, ses idées renouvelées des anciens méthodistes, sur les mutations du corps, en démontrant par ses inductions que la plupart des médicamens énergiques connus sous le nom de spécifiques, ne sont utiles que parce qu'ils déterminent un excitement artificiel produisant souvent des phénomènes analogies à ceux de la maladie (i ). Le conseil de santédes armées d'Autriche, publie des instructions pour les médecins militaires, dans lesquelles on leur signale les inconvéniens de la méthode débilitante et évacuante en appelant imprudemment leur atten-

(i) Les expériences de ce médecin établissant la Doctrine médicale homoc apathique qui compte actuellement en France quelques partisans, remontent sans doute à cette époque. Elle doit être étudiée par qui veut la bien connaître dans les ouvrages suivans de S. Hahnemann publiés en français; \° Exposition de la doctrine médicale homoeopathique, ou organon de (art de guérir, i834. in-8. — 2° Doctrine et traitement homoeopathique des maladies chroniques , i832. 2 vol, in-8. — Traité de matière médicale, ou de faction pure des médicamens homoeopathiques , i834. 3 vol. in-8.

tion sur le brownisme, et les engageant à recourir au traitement fortifiant et irritant.

Ch-E. Fischer dévoile le manque d'instruction , l'empirisme des médecins anglais , leur prédilection surtout pour certains médicamens comme le quinquina , Topium, le mercure. On continue de se livrer aux recherches, sur l'utilité des gaz factices dans le traitement de plusieurs maladies. L'acide nitrique est signalé comme jouissant de propriétés anti-syphilitiques bien constatées. L'acide phosphorique est prôné contre la gangrène. L'huile d'olive en fric- , tions est proposée comme moyen préservatif de la peste. La chaux antimoniale d'Hoffmann, plusieurs autres remèdes et une manière nouvelle d'inoculer lia petite- vérole datent aussi de cette époque.

La thérapeulhique générale de J-G. Tode , le mainuel de H-G. Lindemann, publiés en 1 797 , méritent 1 moins d'être connus que la clinique de Ghr-Gottl, : Selle et le manuel des maladies des armées touichant la matière médicale dont s'occupaient encore 1 d'autres praticiens allemands. Les Anglais et les [Français , en proposant l'usage des acides minéraux notamment de l'acide nitrique pour combattre la imaladie vénérienne , excitent l'attention publique. IFourcroy, dans un recueil périodique, fait connaître lune théorie de l'action des acides et des oxides sur le corps humain; et l'un de ses disciples, P-P. Alyon, iniventeune pommade oxigénée employée en frictions :contre la syphilis en même temps qu'il fait prendre intérieurement l'acide nitrique dans beaucoup

d'eau. L elher sulfurique est vanté contre l'asthme et la phthisie; l'oxide sulfuré d'antimoine contre les obstructions abdominales et beaucoup de maladies chroniques; le quinquina jaune, l'huile essentielle obtenue du laurier-cerise, la jusquiame, une nouvelle espèce de digitale, le muriate de baryte , les eaux minérales, une nouvelle préparation d'opium et enfin la salive et le suc gastrique employés comme véhicules de plusieurs remèdes administrés en frictions sont les principaux sujets des remarques et monographies qui parurent à cette époque.

Le brownisme, si répandu en Allemagne, influe aussi sur la matière médicale. La pharmacopée brownienne et la nouvelle édition du système de pharmacologie de Gren , publiées en 1798, en fournissent la preuve. Les acides sont aussi les médicamens qui excitent le plus l'attention publique , particulièrement à l'égard de la syphilis et comme moyens désinfectans ou anti-contagieux. Fourcroy propose la suroxigénation et la désoxigénation des humeurs comme base de la matière médicale, et l'on répète les expériences avec les humeurs animales employées comme véhicules des médicamens appliqués en frictions, sur diverses parties du corps. Une foule de médicamens indigènes d'Amérique 5ont introduits dans la matière médicale. Alph. Leroy exalte itérativement les puissans effets du phosphore dans les cas de prostration. Pinel emploie le muriate de baryte sans succès; et on ose conseiller le nitrate d'argent contre l'épilepsie, l'hystérie, etc. Le perki-

nisme est vanté contre la goutte : J. Currie renouvelle les expériences et observations qui tendent à démontrer les bons effets de l'eau froide, de l'eau chaude, contre des affections fébriles diverses; et enfin plusieurs autres remèdes sont soumis aux expérimentations des médecins et chimistes les plus marquans de l'époque.

J-C. Starke et N-F. Rougnon publient , en 1799, deux manuels de médecine dans lesquels les indications curatives sont dénuées de précision et d'idées neuves. Un troisième manuel de E-G. Clarke est un peu supérieur aux deux précédens. Baumes, Vauquelin, Brogniart, Valli et surtout G-C. Reich font une application imprudente, précipitée de la chimie à la thérapeutique , surtout relativement aux acides dont l'emploi se répandait de plus en plus. On continue aussi d'essayer les gaz dans un grand nombre d'affections morbides , et de répéter l'usage de l'eau froide contre la fièvre jaune , la fièvre ardente, les inflammations et autres maladies aiguës. La digitale pourprée est remise en vogue et employée contre diverses maladies par J. Ferriar , Méase , Th. Beddoes , Drake , Fowler , etc. Parraentier et Deyeux enrichissent la science d'un ouvrage précieux sur le lait : on y trouve un exposé complet des propriétés physiques et chimiques de ce fluide.

Le système de médecine pratique de Chr-G. Hufeland, publié en 1800, est l'un des ouvrages les plus remarquables de l'époque sur la thérapeutique. L'auteur cherche en vain à concilier le brownisme avec

les itlées des matérialistes chimistes. F. Rretschmer se montre meilleur éclectique, et la matière médicale de F. Swédiaur mérite à peine d'être tirée de l'oubli. Les recherches sur les acides, les alcalis et sur des remèdes divers ne méritent pas que l'on en parle d'une manière particulière.

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