‹ Abrégé de l'histoire de la médecine, considérée comme science et comme art dans ses progrès et son exercice, depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècleChapitre 22 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Coup-d'œil sur la médecine publique et populaire.

Pendant les onze dernières années du dix-huitième siècle, la médecine publique éveille l'attention des médecins et des gouvernemens. Tandis que d'un côté la manie de détruire tout ce qui tient à l'ancien régime, fait abolir en France lesacadémies , dédaigner 1 érudition et appliquer la philosophie critique à toutes les sciences; de l'autre, on supprime heureusement les distinctions établies entre les médecins et les chirurgiens. Leurs études et leurs droits sont communs. L'art de guérir prend un nouvel essor et s'enrichit de découvertes merveilleuses. En Angleterre, où les idées nouvelles trouvent si facilement des enthousiastes et les projets des protecteurs , il s'établit une société sous le nom d'/zwmaine qui justifie son titre. Elle propose d'abord un prix pour le meilleur traité sur les moyens de rendre l'existence aux asphyxiés par submersion. Ce sujet excite aussi l'attention et les ju-

dicieuses remarques de plusieurs médecins allemands qui signalent en outre les dangers des inhumations précipitées. Plusieurs ouvrages de médecine publique ou légale , de police médicale paraissent en 1791. On doit citer particulièrement les notices sur les principaux hôpitaux et établissemens de pestiférés en Europe, par J. Howard , qui s'immortahse par sa philantropie et son dévouement pour l'humanité. Le traité bizarre de B-C. Faust sur les dangers et inconvéniens qu'il attribue aux culottes, mérite à peine d'être cité. Au contraire, l'ouvrage de E. Coleman sur la suspension de la respiration chez les pendus, les noyés, etc., contient des remarques précieuses sur la participation des poumons à ce genre de mort et sur les moyens et la possibilité de rappeler les asphyxiés à la vie. Plusieurs ouvrages d'antropologie ou dentiédecine populaire qui datent de cette époque ne méritent pas que Ton en fasse une mention particulière, non plus que des contestations indécentes entre les ignorans F- A. Walteret Mayer, ni de celles de trois accoucheurs de Berlin.

Beaucoup de médecins, dans la louable intention de faire disparaître la petite-vérole, proposent de placer les varioleux et les inoculés dans des établissemens analogues à ceux destinés aux pestiférés. Faust et Juncker développent cette idée qu'ils s'efforcent de faire adopter par les gouvernemens. Hufeland et Finke publient quelques écrits dans le même but, et G. Tanghan donné son essai philosophique et médical sur le costume moderne. L'a-

brégé de médecine légale de J-D. Metzger est le meilleur qui ait paru sur cette science, jusqu'en 1 793. A cette époque, on propose et l'on établit dans quelques contrées d'Allemagne des maisons de dépôt pour les cadavres , tant les écrits de Hufeland et autres médecins avaient inspiré la craitite d'être enterré vivant. D'autres soutiennent que ces dépôts sont inutiles, qu'on peut faire au domicile même des décédés les expériences susceptibles de constater si la mort est réelle.

Dans l'année suivante, les coliques et empoisonnemens produits par le plomb qui entre dans quelques vernis des poteries en usage pour la préparation des alimens, excitent l'attention publique. Des médecins réfutent avec raison les assertions exagérées de quelques-uns de leurs confrères. On persévère dans les efforts tentés pour anéantir complètement la petite-vérole par des essais d'inoculation générale contre laquelle les préjugés populaires élèvent une résistance invincible, quoique Faust affirme par calcul , comme nous l'avons dit, que cette cruelle maladie dévore annuellement quatre cent mille Européens. L'histoire de l'établissement de Hambourg pour les noyés prouve que dans l'espacede vingt-cinq ans, on sauva soixantequinze individus sur cent quatre-vingt-sept, et à peu de frais.

L'inoculation est recommandée dans quelques ouvrages populaires. La société de l'humanité de Londres publie en 179^ un volume de ses mémoires, et A. Fothergill un traité sur l'asphyxie par submer-

sion. Celle des sciences de Gottingue met au concours la diminution du prix des médîcaraens. J-M. Good donne une dissertation estimée sur les maladies des prisons et des maisons de refuge pour les pnuvres. Ackermann fait aussi un bon traité sur la police médicale militaire. Enfin G. Schmitt remporte cette année là, sur d'illustres concurrens, le prix proposé par l'empereur d'Allemagne sur les moyens d'améliorer la pharmacie militaire.

L'année suivante , A. Portai publie une bonne instruction sur le traitement des asphyxiés par le méphitisme, des noyés , des personnes mordues par des animaux enragés, etc. C-G. Crève recommande le galvanisme comme moyen précieux de reconnaître l'asphyxie, et de rappeler à la vie les personnes frappées de mort apparente. Quelques écrits, à l'usage des gardes- malades, sur le periectioniieraent des hôpitaux, sur les limites qu'il faut assigner à la médecine populaire, sur les préjugés populaires relativement à la médecine, sur l'éducation physique des enfans, sur la diététique des femmes enceintes et nourrices, datent encore de la même époque.

En 1797, L'art de prolonger la vie, de Ch-G. Hufeland (i), excite une très grande curiosité.Les élémens d'hygiène de E. Tourtelle méritent aussi une place distinguée dans l'histoire de la médecine. D'autres écrits de médecine populaire on sur les maladies des

(l) L'art de prolonger la vie de l'homme, trad. sur la dernière édition, Paris, 1824, in-8.

enf'ans, sur l'art de rappeler les asphyxiés à la vie, etc, 3ont bien moins importans. G. Wédékingfait un livre intéressant sur la police médicale des hôpitaux militaires français ; etRenaudin pubhe ses réflexions sur les altérations de l'air dans les hospices, et les moyens de désinfection. Une ému.lation généreuse dirige les recherches sur l'asphyxie , et préside aux efforts tentés pour l'anéantissement de la petite-vérole. On publie encore quelques écrits sur les dangers du vernis des poteries, sur les inconvéniens de l'usage des ustensiles de cuisine en cuivre, et enfin G- G. Ploucquet pubhe unUvre utile sur l'éducation, les devoirs, les honoraires, les rapports et h conduite du médecin.

Dans l'an^é^ ^uiyanîe, il paraît divers quvrages suf les jTjoyeiî? de conserver la vie, sur l'éducation physique des enfans, sur le devoir imposé aux mères d'allaiter elles-mépies.Mais sous le rapport d,e l'ulihté publique et dq bpqheur de l'humanité, aucune des découvertes de cette époque n'est cçimparabie à celle de la vaccine attribuée à E. Jenner, quqiqu'un médecin français de Montpellier l'ait aperçue eV^ppréciée ^vant l'illustre et fortuné praticien anglais. Parmi les QUvrages de cette époque, il fa,ut citer le pjqqant écrit (Jç J. Stieglit? sur les ÇQpsultations dçâ médeçinç au .lit des malades et sur leur conduite réciproque,

Frédéric 111 signale son avènement ^u livône de Prusse, par le premier établissement d'un dispensaire fondé sur des principes lumineux dç clj^iniie et de pharmacie. Les chirurgiens et pharmaciens sont re-

ÇMS, tl'aprè^ im nouveau mode ; il est défendu à. ces deruier^-dje f^U'e çonime par le passé des présens aux médecins praticiens. J-D. Scliœpf propose d'instituer d^s, médeçi^ç de prQvince ; Ch-E. Fischer pu.Wie une instruction sur la pratique de l'art chez les pauvres, etA traité de, Th. Beddoes sur la plithisie pulmonaire, plusieurs autres ouvrages relatifs à l'âge, au sexe, txu^ professions, etc, miéritent une place distinguée parTOi les qcrits populaires de cette époque,

J-B. Erhard éïoe^ de boq^es idées sur la conduite du médecin dans l'état, sur la police médicale.et la médecine légale. T-G-A. Roose fait un livre très instructif pour les jeunes gens qui se consacrent à l'étude de cette dernière science. J. Frank donne une instruction sur le choix d'un médecin et la manière de le juger; Th. Lauth fait connaître la constitution atmosphérique de Strasbourg, et C-A. Struve publie une excellente instruction sur le régime que les femmes enceintes doivent observer.

Les bienfaits de la vaccine, la riante perspective de la disparition de la petite-vérole excitent l'émulation des médecins d'Angleterre, d'Allemagne, de France, d'Espagne, de l'Europe et du monde entier. Disons-le à l'honneur de notre profession, la plupart des hommes qui s'y livrent sont mus par la philantropie et la générosité. L'importante découverte de Jenner, si promptement répandue par lui et son neveu Henri, est appréciée, malgré les allégations enviiuses, méprisables, qui s'attachent aux découvertes les plus dignes d'une reconnaissance éternelle.

L'injustice des hommes, l'indifférence des gouvernemens favorisent l'apparition croissante des médicastres inspirés par l'égoïsme et la cupidité. Des praticiens plus dignes d'exercer la plus utile des professions ont à lutter souvent contre l'envie et l'ignorance. Ils succomberaient dans leurs efforts et leurs travaux si une volonté inébranlable, une conscience pure, l'estime de leurs confrères, de précieux témoignages d'intérêt donnés par des compagnies savantes n'étaient pour eux de puissans et irrésisti^ bles moyens d'émulation.

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