CHAPITRE PREMIER
Des opérations que l'on pratique sur la tête.
§ I". Des opérations sur le crâne.
L'histoire delà chirurgie est aussi fort intéressante, soit qu'on remonte aux premières traces de son origine, soit qu'on suive ses nombreux et importans progrès. Vous connaissez les perfectionnemens dont la chirurgie s'est enrichie, et nous allons nous occuper spécialement de recherches sur la médecine opératoire. Ici, comme dans les autres sciences, on parvient rarement à découvrir les premières ébauches de l'art
ou le nom de l'inventeur, et c'est impossible relaiivement au trépan. Nous en trouvons les premières traces dans les œuvres d'Hippocrate. Il en parle avec une précision fort remarquable , qui ne permet pas de supposer que l'opération et les instrumens employés pour la faire ne fussent connus avant lui. Toutefois c'est dans les écrits du plus célèbre des Asclépiades qu'il faut chercher l^s premières notions précises sur les plaies de téte.
Hippocrate recommande de ne pas différer l'incision des tégumens pour reconnaître l'état du périoste et des os. Il emploie le kystre pour mettre les os à nu et voir les fêlures du crâne. Il fait mention de la couronne et diu trépan perforatif, propose un moyen de reconnaître jusqu'où s'étend la fêlure , et des règles de conduite pour l'opérateur.
L'art de trépaner fait peu de progrés depuis Hippocrate jusqu'à Celse. Celui-ci ajoute deux nouvelles pièces, le Scalper çxçi$orius et le M(^timgqphylax, à celles qui composent le trépan. Héliodore fait encore plusieurs additions instrumentales en même temps qu'il indique des précautions utiles pendant et après l'opération. 11 paraît que la couronne du trépan était tombée en désuétude, et que le trépan perforatif et le couteau lenticulaire étaient fort usités. Ensuite l'opération du trépan devint plus rare. Les plaies de tête, pour lesquelles on l'avait employé jusque I9, furent traitées avec des cataplasmes et onguens diver\9. Avenzoar avoue même que de son temps il n'y
avait pas un chirurgien arabe capable de la pratiquer. Les moines ignorans ilu treizième siècle traitaient les plaies cle téte avec des poudres, des onguens, des emplâtres plus nuisibles que salutaires. La manière dont ils se faisaient payer n'était pas moms bizan e que leurs remèdes grossiers.
Dans le seizième siècle et postérieurement, Roger de Parme, professeur de chirurgie à Montpellier, G. de Salicet, le célèbre Lanfranc, fondateur du col'^ lége de chirurgie de Paris, en cherchant à tirer le trépan de l'oubli, prouvent combien était profonde leur ignorance en chirurgie, en anatoraie et ejo physiologie, p., d'Abano soutient que la nature ^çule détache les esquilles et que l'opération du trépan est au moins inutile. Guy de Chauliac réintroduit Vun sage de la couronne du trépan dans laquelle ?! adapta la pyramide. G. Fallope et Mariano 3anto.,se iijpix-r ^rent zélés partisans 4^ trépan. J-B. Carç9,n,Q Leone publie le meilleur traité dçs plaies de têtti de l'opération du trépan qui, ait, paru ju^qu'alpr^, A.DeLa Croix donne la figure de toius Igs instrunjeQ^ dont on s'ét^iit servi jusqu'à luj, A- Puvé do,i\m la première description du trépan qx.^oliQtif.. Lui J. Guillemeau, son élève, ajoutent des coi:rectioo$ importante? à cet instrurnent ; ils fQnt m.i,e.ux. apprécier les cas qui, eu .nécessitent rapplication.
Dans le dix-sep tièniç sièçle,.des chirurgi^n;^ ita^en? pratiquent le ^épau ponr remédier à des.péph^l^Jr ^\es vénériennes^ e^.Qpiniâtres.,,Pes..HQli^^Kla.is, au
renouvellent l'application jusqu'à sept fois, et le sternum lui-même est ainsi perforé pour donner issue à une collection purulente considérable accumulée derrière lui. De La Vauguyon détermine plus exactement les cas et les régions du crâne où il faut appliquer le trépan. P. Dionis, G-M. De La Motte, Ph. Masiero, R-C. Garengeot, L. Heister, Le Dran, J-L. Petit, F. Quesnay inventent plusieurs instrumens et pièces d'appareil, jugent mieux celles dont on se sert, déterminent plus exactement les cas dans lesquels le trépan est applicable, ceux qui peuvent en dispenser, ceux enfin dans lesquels il est nuisible.
Des praticiens anglais simplifient l'appareil du trépan, d'autres témoignent leur effroi sur les dangers de cette opération que P. Pott regarde comme très avantageuse dans un grand nombre de cas. J- B. Morgagni, P. Lassus, A. Louis, Acrel, Scbmucker, chirurgien en chef des armées prussiennes, exposent aussi leurs opinions et des principes divers sur cette importante opération. Les observations de Richard de Hautesierk, chirurgien en chef des armées françaises, bien d'autres praticiens recommandables constatent enfin qu'on la pratiquait souvent et avec beaucoup de hardiesse.
K. Sprengel ne fait aucune mention de l'histoire des autres opérations que l'on pratique sur le crâne, ni des maladies des os, ni de celles des tégumens, ni de celles qui ont leur siège dans les membranes qui le revêtent intérieurement. Il ne parle point
des tumeurs fongueuses de la dure-mère . ni des tumeurs osseuses du crâne, ni des loupes, ni ^e la teigne, maladies dont npus allons tracer un aperçu historique très succinct pour rester dans les limites de cet abrégé.
1° Les tumeurs fongueuses de la dure-mère ont été observées par les plus anciens médecins qui les ont prises pour des abcès, des loupes, des anévrismes, etc. Le défaut de connaissances en analomie et en physiologie empêchait alors d'en apprécier la nature. A. Paré prit une de ces tumeurs pour un anévrisme, sur un habitant de Senlis. Mais vers la fin du dix-septième siècle et dans le dix-huitième, plusieurs chirurgiens français, nommément Petit, Chopart, Rey, chirurgien aide-major à l'hôpital militaire de Strasbourg , et des praticiens étrangers, Heister, Em. Kœning, Saltzmann, Sand publièrent plusieurs observations de ces lésions morbides, que le célèbre Louis , secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirurgie , réunit dans un savant mémoire sur cet important sujet.
L'anatomie pathologique n'a guère fait connaître que la structure des fongus méningiens parvenus à leur plus haut degré de développement, et la chirurgie a échoué jusqu'ici dans leur traitement. Ainsi le diagnostic et le pronostic de ces maladies est bien mieux établi qu'autrefois , la thérapeutique n'en étant guère plus avancée.
a" On donne le nom d'exostose aux tumeurs osseuses qui se développent à la surface ou dans l'é-
paisseur même des os; et ceux du crâne en sont ^ parfois le siège. L'exostose fut reconnue vraisemblablement à Tépoque brillante de la médecine, au temps d'Hippocrate , quoique des écrivains prétendent qu'elle ne fut observée qu'après l'apparition ' de la syphilis, au commencement du seizième siècle. ■ Cependant Héliodore, qui vivait au commencement du deuxième siècle, fait mention de cornes ou ex- i croissances osseuses sur la tête qui sont des exostoses , et cela preuve que leur découverte remonte à une époque très reculée. Les chirurgiens et médecins des dix-septième et dix-huitième siècles les étudièrent mieux, en tracèrent une histoire plus j complète , bien propre à les faire distinguer des autres tumeurs. Mais nous ne pouvons qu'indiquer ici les divisions de lexostose en vraie ou fausse, traumatique, dartreuse, scorbutique, cancéreuse, ; syphilitique, etc., et les noms des Morgagni, Bonet, ; Kulm et autres auteurs qui écrivirent sur l'exostose en général.
3° Les loupes , mai appréciées à l'époque de leur découverte, furent classées tantôt parmi les abcès, tantôt parmi les tumeurs. Hippocrate les connaissait à peine, puisqu'il croyait qu'une bulle d'air renfermée dans le tissu cellulaire produisait par son ressort la dilatation, l'expansion plus ou moins considérable de ce tissu ; et Celse en a fort peu parlé. Paul d'Égine en a méconnu la nature, et la plupart des commentateurs des Grecs, des Latins et des Arabes ne furent pas mieux éclairés sur leur
caractère. C/cst encore dans les seizième , dix-septième et surtout dix-huitième siècles que A. Paré^, Peccotti, Morgagni, Forestus, Fabrice de Hilden , Ledran, Chopart, Girard déterminèrent le vrai caractère de ces tumeurs, en exposant avec plus ou moins de sagacité les traitemens divers qui leur sont applicables, particulièrement aux loupes de la téte , les seules que nous ayons voulu mentionner.
4° Sans partager l'opinion des auteurs qui attribuaient l'existence de la teigne à une bile dégénérée, à des humeurs acides, alcalines, acres, etc., au sang corrompu des parens ou des nourrices des enfans qui en étaient atteints , si l'on reconnaît que des ahmens grossiers et indigestes, la saleté habituelle, les habitations humides et malpropres, l'entassement de plusieurs personnes dans ces habitations trop peu spacieuses , ont une puissante action sur le développement de la teigne, on croira aisément qu'elle fut aperçue et traitée par les plus anciens médecins.
Hippocrate et ses plus dignes élèves ont décrit plus particulièrement la teigne faveuse ou alvéolée. Ils lui opposaient plusieurs moyens internes et agissaient préférablement sur le tube digestif par l'emploi des purgatifs et l'usage prolongé des boissons préparées avec les plantes dites rafraîchissantes. En même temps ils proscrivaient les alimens lourds et indigestes. Avicenne se bornait à laver la téte avec de l'huile de roses ou de violettes, et Rhazès n'avait recours à des topiques plus actifs qu'à raison des
de grés de Taffection. Les Grecs et les Arabes ont fourni sur la teigne des renseignemens incertains, des dissertations vagues, futiles, dont nous ne ferons pas mention. Du temps de Paré, on appliquait sur la tête un emplâtre, composition monstrueuse, dont on ne parle plus, et qui rappelle un traitement non moins barbare, employé depuis et désigné par le nom de calotte. Forestus , Bonet , Hoffmann et des praticiens d'une époque bien plus reculée ayant publié quelques exemples d'inflammations viscérales très graves survenues par suite de rétropulsion de la teigne, et les progrès de l'anatomie et de la physiologie ayant jeté plus de lumière sur la nature de cette maladie , on a vu des praticiens modernes inoculer la teigne pour produire des révulsions très favorables dans les inflammations du tube digestif, si fréquentes chez les enfans , et réussir plusieurs fois.
Murray, Gallot, mais surtout les professeurs Alibert, Boyer ont parfaitement décrit la teigne, fait connaître ses principales espèces au nombre de cinq; et, ce qui est plus important pour ceux qui en souffrent, ces savans praticiens ont beaucoup simplifié, perfectionné le traitement de cet exanthème aussi repousssant qu'opiniâtre, dans la plupart des cas.
§ II. Des opérations que Von pratique sur les yeux,
« Il est vraisemblable, dit G. Sprengel, qu'on a connu et pratiqué de bonne heure plusieurs opérations sur les yeux, sans qu'il nous soit parvenu aucun renseignement précis à cet égard , à moins qu'on ne veuille alléguer en faveur de la haute antiquité de l'opération du leucoma, la guérison de Tobie par le fiel d'un poisson, après l'application duquel le corps qui interceptait la vue s'enleva comme la pellicule d'un œuf. Il paraît aussi que diverses maladies des yeux et peut-être même quelques opérations se trouvaient décrites dans les livres d'Hermès Misri fils de Ménès ou Taaut, et Galien cite un remède de Machaon contre l'hypopyon. D'ailleurs on ne peut douter que la médecine oculaire n'ait fait de grands progrès chez les Egyptiens. L'habileté de ce peuple dans la guérison des maux d'yeux était connue fort au loin. Hérodote rapporte en effet que Cyrus pria le roiAmasis de lui envoyer surtout un bon oculiste de ses états. ))
La première opération sur les yeux, décrite dans les oeuvres d'Hippocrate , est l'ophthalmoxyse qui consiste à racler et amincir les paupières par leur face interne, opération cruelle justement abandonnée. 11 paraît qu'il pratiquait aussi des scarifications sur la conjonctive et même l'excision d'une portion de la membrane interne des paupières dans certains cas. En outre il parle en termes très obscurs
d'une opération contre le trichiasis; et ailleurs du népliélion , de la taie qui proviennent de l'ophtalmie. Si celle-ci est très violente , il conseille une opération barbare qui ne mérite pas d'être tirée de l'oubli.
Lorsque la chirurgie devint une branche à part de la médecine, à Alexandrie, on vit paraître pour la première fois des oculistes se livrant exclusivement à des opérations ignorées jusqu'alors ou abandonnées à des hommes étrangers à notre profession. Philoxène, l'un des plus célèbres oculistes, vivait, suivant le témoignage de Celse, deux cent soixantedix ans avant l'ère vulgaire. Celui-ci est le premier auteur dans les écrits duquel on trouve des renseignemens sur la cataracte. On ne connaissait alors ni son siège , ni la manière dont elle se formait. Sa couleur était pour l'écrivain romain un des principaux moyens d'en établir le pronostic. Il indique fort imparfaitement comment on la pratique par abaissement. Paul d'Egine opérait de même et il indique le premier les moyens dont nous usons pour nous assurer si la pupille conserve sa mobilité. Il paraît cependant que l'opération de la cataracte par extraction fut aussi pratiquée par les plus anciens oculistes, car Antyllus,qui vivait à la fin du premier siècle de l'ère vulgaire , l'a décrite avec détail. Des recherches anatomiques en font entrevoir le siège. Le Persan Ali parle de l'une et de l'autre manière d'opérer la cataracte. Les chirurgiens arabes contemporains d'Avicenne emploient deux instrumens pour abaisser le cristallin devenu opaque, et le cé-
lèbre chirurgien Abu'l Rasem opérait de même.
Les chirurgiens ignorans du moyen âge méconnaissent les principes de leurs prédécesseurs grecs et arabes ainsi que leur manière d'opérer. C'est au seizième siècle, lorsque l'anatomie commenceà faire des progrès, que l'on devient plus entreprenant sur là cataracte. Volcher Coyter démontre que l'humeur contenue dans les chambres de l'œil et qui s'en écoule lors de l'opération par extraction est susceptible de se reproduire. Jérôme Fabrice d'Aquapendente doute que la cataracte provienne d'une pellicule tendue devantla pupille. Long-temps après, R. Lasnier démontre que la cataracte provient de l'opacité du cristallin et P. Brisseau met ce fait en évidence par des recherches anatomiques. Cette vérité, la découverte de la cataracte membraneuse, l'invention d'une aiguille recourbée par J-H. Freytag,en 1694, fixent l'attention d'un grand nombre de praticiens instruits et de détracteurs jaloux.
Les chirurgiens du dix-huitième siècle reconnaissent l'existence des deux cataractes cristalHne et membraneuse. A. Maître-Jean décrit mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui la manière de pratiquer l'opération. Il rejette lesaiguilles rondes, fait connaître toutes les difficultés qui peuvent se présenter dans cette opération , la manière d'abaisser la cataracte laiteuse, etc. G-C. Rhaetus prouve que le cristaUin peut conserver toute sa transparence malgré la présence d'une cataracte capsulaire, et S. Moiyneux démontre que le cristallin opaque se trouve peu-à-peu
absorbé après qu'on a pratiqué l'abaissement. Le fameux J. Taylor commence, en 1730, à acquérir par ses opérations de cataracte une célébrité étonnante.
J. Daviel invente une nouvelle méthode à laquelle il attribue les avantages de dispenser d'attendre la maturité de la cataracte , de ne pas donner la crainte que le cristallin se relève; de prévenir la chute de ce corps dans la chambre antérieure où il agit comme corps , étranger et de faciliter enfin son détachement lors même qu'il est adhérent. G. Lafaye perfectionne cette méthode et Morand fait d'intéressantes expériences pour constater la meilleure de toutes les méthodes connues. L'abaissement et l'extraction comptent également des adversaires et des partisans parmi les oculistes les plus distingués de cette époque qui font subir des modifications diverses aux instrumens employés. Les observations chirurgicales de A-G. Richter, publiées en 1770, décèlent son esprit de sage critique et ses talents , aussi bien que ses ouvrages publiés postérieurement.
Percival Pott examine et rectifie la doctrine de la maturité du cristallin. L'ouvrage de J. Janin est important pour l'histoire de la cataracte en ce qu'il rapporte les méthodes et procédés de ses prédécesseurs. Durand et Grandjean adoptent le procédé de J-G. Hellmann qui suivait la méthode de Richter. Celle par extraction est généralement adoptée en France vers la fin du dix-huitième siècle. F. Siegérist fait connaître un couteau à cataracte de son invention à l'aide duquel il ouvre à la fois la cornée trans-
parente et la capsule du cristallin. A-Ch. deWillburg publie une nouvelle méthode d'abaissement qui consiste à culbuter lé cristallin. La méthode de Wenzel , l'un des plus ardens défenseurs de l'extraction, attire une très grande célébrité à l'auteur qui incise la cornée en long , au lieu de la fendre transversalement , avec un couteau tout-à-fait plane. P. Demours perfectionne l'appareil usité dans cette opération et recommande un opthalmostate d'une forme particulière. J-H. Jung fait connaître les résultats heureux des opérations de la cataracte qu'il pratique par extraction avec le couteau deLobstein. A. Scarpa défend la méthode de Willburg pour laquelle il emploie une aiguille très déliée et légèrement courbée à sa pointe. Enfin G. Hey, aprèsScarpa, est un des plus zélés défenseurs de la méthode par abaissement : celle-ci et celle par extraction comptent beaucoup de partisans et d'antagonistes.
Ne possédant aucun écrit des anciens Grecs et des oculistes d'Alexandrie sur la fistule lacrymale, il nous faut encore chercher dansCelseles plus anciennes notions sur cette maladie et les opérations qui s'y rapportent. Dans les cas de fistule avec carie de l'unguis , Celse conseille d'inciser tout le trajet du canal fistuleux , de brûler l'os unguis avec un fer rouge, Ou bien on excise la fistule et on fait couler du plomb fondu sur l'os malade d'après le conseil de quelques chirurgiens barbares de cette époque^ Les Arabes Rhazès, Avicenne, Avenzoar emploient et conseillent l'injection, la compression ou l'intro-
(luction d'un fil pour en obtenir la guérison ou celle des tumeurs lacrymales. Les praticiens du moyen âge cherchent à diversifier et modifier les caustiques sans faire aucun changement favorable dans le traitement adopté avant eux.
On avait encore au seizième siècle des idées fort confuses sur la fistule lacrymale, quoiqu'il eiàt paru quelques observations de guérisons obtenues par des moyens pharmaceutiques tels que les évacuans et les dépuratifs. Mais les rapides progrès de l'anatomie et les recherches d'A. Vésale, G. Fallope font mieux connaître la structure et les usages des voies lacrymales. Dans le siècle suivant les méthodes et procédés opératoires sont moins cruels. Les modifications les plus importantes pour le traitement de la fistule lacrymale datent du dix-huitième siècle. D. Anel, chirurgien militaire français, acquiert une juste célébrité en employant plus convenablemeiit les sondes et les injections dans la guérison des fistules lacrymales. ïh. Woolhouse perfectionne l'ancien procédé qui consiste à perforer l'os unguis. A . Maître-Jean combat ce procédé et il insiste sur les avantages de la compression dans la tumeur lacrymale, les injections et la cautérisation dans les cas de fistule simple et compliquée. J-L. Petit perfectionne singulièrement le traitement de la fistule lacrymale. Il rapporte à l'engouement du canal nasal la formation de la tumeur lacrymale et il se sert des sondes et des bougies pour rétablir le cours des larïi^es. Garengeot etDionis reconnaissent qu'il faut se
conduire différemment suivant les périodes de la maladie. H. Ravaton place une canule de plomb dans Ja fistule. Laforest fait connaître un procédé nouveau d'une exécution très difficile puisqu'il faut introduire les sondes par l'orifice inférieur du canal nasal. La méthode proposée en même temps par Méjean et qui consiste à pousser par l'un des points lacrymaux un stylet auquel un fil est fixé, et par la narine une sonde cannelée garnie d'un trou à son extrémité, n'est applicable qu'à certains cas. Cabanis de Genève cherche vainement par un procédé nouveau à remédier aux inconvéniens de cette dernière méthode. Pallucci, Pouteau , Rivard, A. Petit, Guérin, Janin , Warner, Richter répandent plus de jour sur la théorie et le traitement des tumeurs et fistules lacrymales.Percival Pott cherche à démontrer que la maladie tient souvent à l'inflammation des parties affectées , et notre célèbre Desault combine heureusement les procédés de Méjean et de Petit.
Il faut à peine faire mention des moyens grossiers usités contre la lagophthalmie et pour l'extraction des corps étrangers dans l'œil. Celse enseigne comment on doit extirper les loupes qui viennent si souvent sur les paupières : il conseille les émoUiens contre l'orgeolet. Il décrit exactement le ptérygion et comment on doit s'y prendre pour en faire l'ablation. Celse, Galien et autres praticiens de l'antiquité tracent la conduite à tenir à l'égard du trichiasis, de la lippitude, du staphylôme, de l'hypopyon, des nodosités calleuses sur la conjonctive.
Suivant Cœlius Aurelianus, la lagophtalmie efe la blépharoptose peuvent dépendre d'une paralysie de la paupière supérieure. Aetius considère le néphélion et la taie comme des ulcères de la cornée transparente. Il les traite avec des caïmans et il indique comment on doit extraire les échardes ou esquilles enfoncées dans le globe de l'œil. Ce dernier auteur, Alexandre de Tralles, Paul d'Egine tracent des règles de conduite contre la blépharoptose, la blépharoxyse d'Hippocrate, letrachoma et autres affections des'paupières ou de la cornée qu'il est inutile de faire connaître, ainsi que les opérations grossières, souvent barbares, auxquelles on avait recours.
Les Arabes profitent des travaux des anciens Grecs, llhazès décrit exactement les ulcères de la conjonctive et de la cornée transparente. Il conseille les styptiques et l'emploi d'une plaque de plomb sur l'œil pour remédier à sa procidence. Sérapion défi-^ nit le plérygion une excroissance tendineuse de la conjonctive qu'il faut traiter par des topiques âcres, tandis que le pannus n'exige que les émolliens et les résolutifs. Haly Abbas conseille d'amener à maturité et de laisser s'ouvrir spontanément les pustules de la cornée transparente. Abu'l Kasem conseille, dans l'entropion , de détruire iin lambeau de peau en forme de fetîille de myrthe par l'application du cautère actuel ou d'un caustique composé de savon et de chaux vive.
Les ignorans oculistes du moyen âge n'ayant ni l'habileté ni le courage d'entreprendre les opért^^r
lions connues avant eux, se bornent à faire des re cueils de recettes contre les maladies des yeux. G. de Salicet prétend qu'on ne doit jamais porter ni la main, ni aucun instrument sur le plérygion , les taies et le staphylôme. Il avoue cependant avoir excisé lui-même le staphylôme et fait quelques autres opérations sur les yeux. J. Goddesden vante beaucoup la blépbaroxyse contre les taies et le ptérygion. Guy de Cbauliac traite des opérations sur les yeux plus habilement que ses prédécesseurs ; et l'on ne peut passer sous silence les services rendus à la médecine pculairepar l'illustre Paré qui parle, le premier, des yeux artificiels. Il opère la lagoplitalmie et l'entropion d'après les anciens : il emploie l'ophtalraostate pour opérer le ptérygion et extraire les corps étrangers qu'il détache à l'aide d'un couteau. J. Lange paraît être le premier qui ait pratiqué l'extirpation de l'œil, opération que G. Bartisch a décrite le premier avec exactitude et pratiquée avec un couteau ^rès défectueux en forme de cuiller. Fabrice d'Aquapendente paraît être l'inventeur d'une œillère çle verre. Fabrice de Hilden donne l'histoire d'un cancer volumineux de l'œil opéré heureusement. Il fait connaître le succès qu'obtint Cl. Chapuis de l'application d'une ligature sur un œil chassé de l'orbite; et comment sa femme réussit à enlever avec l'aimant line paillette de fer qu'il n'avait pu retirer de l'œil.
A la fin du dix-septième siècle et dans le siècle suivant, des oculistes français et anglais se distinguent par leiu's découvertes et leurs écrits. P. Dionis pu-
blie un traité complet de toutes les opérations qui se pratiquent sur les yeux. De La Vauguyon, après avoir ouvert la partie inférieure de la cornée transparente, dans l'hypopyon, exerce une légère compression sur l'œil afin de favoriser la sortie du pus. Si Woolhouse se montre partisan outré des opérations, A. Maître-Jean mérite le reproche contraire, puisqu'il en rejette d'utiles, notamment celles de l'extirpation de lœil, la ligature du staphylôme, l'excision de plusieurs excroissances de la cornée, de diverses tumeurs des paupières, etc.
G. Cheselden imagine une opération de la plus haute importance en étabhssant une pupille artificielle. Mauquest de La Motte se contente encore d'arracher les cils dans l'entropion et d'en réitérer l'arrachement chaquefois qu'ils reparaissent. Saint-Yves parvient à guérir une division récente des paupières par la suture entortillée et il conseille des mouchetures sur les paupières infiltrées. Mauchart fait de grands éloges de la paracentèse de l'œil indiquée par Woolhouse. Il expose les détails de cette opération qu'il croit applicable à beaucoup de cas et il donne le nom d'hypopion ou empyèse aux abcès de l'œil en indiquant les précautions nécessaires pour en faire l'ouverture. L'application d'un séton sur l'œil même, suivant la méthode des Chinois et des Japonais, est justement abandonnée.
Lafaye invente une pince analogue à celle de Bartisch pour l'opération de la blépharoptose et de l'entropion. S. Sharp fait l'incision de la cornée d'après
line nouvelle méthode dans les cas d'occlusion de la pupille, et lorsque les adhérences de la capsule cristalline avec l'iris empêchent l'abaissement et l'extraction. Pourfour du Petit se montre très grand partisan des scarifications delà conjonctive dont il a souvent constaté les excellens effets dans les ophtalmies anciennes et chroniques. H-F. Delius opère heureusement un cancer de la paupière. Acrel fait deux opérations de cancer de l'œil. L'une réussit ; l'autre se termine par la mort, et l'on trouve le car-» veau et le nerf optique entièrement dégénérés et cancéreux. Cet habile oculiste considère comme incurables différens cas de spina ventosa ou exostose des orbites. P. Guérin et J. Janin perfectionnent la méthode de Cheselden pour la corétomie et l'établissement d'une pupille artificielle. Marchan fait deux fois la ponction de l'œil dans deux cas d'hydrophtalmie. Dans l'un, l'opération est suivie d'un plein succès ; dans l'autre, l'œil s'étant affaissé complètement, il faut appHquer un œil artificiel, pour faire disparaître la difformité.
Plus tard, Richter range, sous le nom collectif d'hypopyon, diverses collections purulentes dans l'œil , qu'il distingue toutefois les unes des autres, comme l'érosion et la suppuration de la conjonctive qui exigent des dessiccatifs, les phlyctènes qu'il conseille d'abandonner à elles-mêmes et de ne pas ouvrir, etc. Il rejette l'emploi du trois quarts dans l'hydrophtalmie : il ne veut pas que l'on se hâte trop d'extirper l'œil à moins qu'il ne soit cancéreux. Gho-
part et Desault soutiennent qu'il est avantageux d'inciser et de cautériser par la face interne des paupières les tumeurs enkystées et autres qui font une saillie plus considérable de ce côté qu'à l'extérieur. L'illustre Desault regarde les ciseaux comme inutiles dans l'extirpation de l'œil pour laquelle il emploie le bistouri seulement.
Vers la fin du dix-huitième siècle, le baron Wenzel imagine une nouvelle méthode de corétomie pour l'établissement d'une pupille artificielle. H. Callisen adopte les principes de Richter, distingue les maladies de l'œil et indique les opérations qui leur conviennent, bien mieux que ne l'ont fait ses prédécesseurs anglais et français. Rortum blâme beaucoup la corétomie, d'après la méthode de Cheselden qu'il paraît n'avoir pas bien comprise. Il soutient que la distinction établie par Mauchart entre l'hypopyon et l'empyème de l'œil est dénuée de fondement. Pour extirper une tumeur volumineuse de l'orbite avec exophtalmie, J-C. Loder fait relever et renverser la paupière supérieure et maintenir la tumeur au moyen d'un fil dont il l'avait traversée : puis il la dissèque lentement avec un bistouri à lame étroite. L'opération étant terminée, l'œil rentre dans l'orbite et une ancienne cataracte disparaît ensuite. Conradi considère le laudanum comme un excellent moyen pour faire disparaître les staphylômes; Fischer repousse l'opération de l'hypopyon ; Wagner enlève avec un plein succès une excroissance fongueuse développée dans l'orbite après l'extirpation partielle du
globe de i œil ; Fr. Bouttatz de Moscou réussit également à extirper une loupe de plus de deux livres. L'œil sur lequel il a opéré recouvre sa forme et sa
faculté visuelle.
G. Sprengel , auquel j'emprunte ce résumé, fait connaître en outre les principes et les découvertes des praticiens qui ont écrit sur les maladies des yeux dans les premières années du dix-neuvième siècle. Mais , le commencement de ce période étant pris pour terme de mon abrégé, je ne dois pas vous offrir l'extrait de ces recherches.
§ III. Des maladies du nez et des opérations qui
s'y rapportent.
Dans quelques écrits qui appartiennent vraisemblablement à Thessalus etàDracon, fils d'Hippocrate, on trouve les premières traces d'un traitement employé contre le polype nasal. La Hgature, la cautérisation et plusieurs topiques très grossiers et nuisibles paraissent être les premiers moyens dont on fit usage. Le traitement du polype nasal fut perfectionné à Alexandrie où l'on employait surtout l'arsenic, le vert-de-gris, le vitriol, etc., pouren accélérer la chute. Celse, en recommandant aussi l'usage des caustiques, ajoute que l'on peut enlever ces excroissances avec l'instrument tranchant. Paul d'Egine se servait d'un instrument particulier garni d'un ciseau à l'une de ses extrémités ; et, quand le polype était coupé, il en détruisait le reste avec le polypoxystre. Il cautérisait
les excroissances de mauvaise nature et faisait inspirer ensuite de l'oxycrat.
Rhazès passait un fil sur la base du polype, l'arrachait et employait ensuite le vert-de-gris. Mais il veut que l'on respecte les polypes carcinomateux. Lui et Avicenne conseillent de scier leur base avec un fil rempli de nœuds. L'un des écrivains du moyen âge, Roland de Parme, conseille le cautère actuel ou les caustiques; et Brunus de Longobucco donne des détails plus précis sur l'arrachement et la ligature du polype. G. de Salicet, Guy de Chauliac , Jean de Vigo répètent ou perfectionnent très peu ce qui a été fait par leurs prédécesseurs.
Vers la tin du seizième siècle J-C. Aranzi invente un mode de traitement plus efficace en proposant une pince à longues branches. G. Fallope se sert d'une canule d'argent pour conduire un fil d'archal avec une anse qui embrasse la base de l'excroissance et dont il laisse pendre les deux bouts hors du nez. Il parvient ainsi à couper peu à peu le polype en tirant les deux extrémités du fil métallique. Ce procédé fut perfectionné long-temps après par Levret et Desault. Fabrice d'Aquapendente fait usage de ciseaux recourbés à leur extrémité, et Fabrice de Hilden se borne à l'emploi du seton, des dessiccatifs et des caustiques. J. Riolan fait mention d'un polype énorme qu'il coupa presque tous les mois et qui se reproduisit pendant (Quarante ans. Marchettis guérit par le cautère actuel un polype squirrheux.
P. Dionis, L. Heister , Garengeot, H-F. Le Dran ,
S. Sharp, L-F. Manne et surtout A. Levret publient quelques bons écrits sur le polype nasal, proposent ou perfectionnent des méthodes et procédés relatifs à sa guérison. P. Pott recommande de ne pas opérer indistinctement tous les polypes, et le baron Percy démontre que les ciseaux d'Aquapendente ne sont pas à dédaigner quand le polype a pris racine très près de l'ouverture antérieure des fosses nasales.
Celse paraît être le plus ancien des auteurs qui ont indiqué la manière de réparer la perte de certaines parties du corps. Il signale celles qui en sont susceptibles et les conditions favorables ou contraires aux opérations qu'elles nécessitent. Les Arabes et les premiers chirurgiens du moyen âge n'en font aucunement mention.
Le célèbre Lanfranc rompt ce silence prolongé en considérant comme apocryphes les prétendues entes de nez réappliqués après avoir été complètement abattus. Il explique comment on doit rajuster un nez qui tient encore par un lambeau de peau. Guy de Chauliac, Pierre de la Cerlata, mais surtout et plus tard les Siciliens Branca, père et fils, acquirent une très grande célébrité dans l'art de raccoutrer et fabriquer des nez. La rhinoplaslique est transportée de la Sicile en Calabre, puis dans toute l'Europe. G. Tagliacozzi l'exerce avec un succès merveilleux, vers la fin du seizième siècle, époque à laquelle il pubUe un ouvrage sur cet art qu'il dit nouveau et qu'il perfectionna. Il indique fort au long ce qu'on doit faire avant, pendant et après l'opération,
ainsi que la manière de restaurer les lèvres et les oreilles. Il est sûr que Tagliacozzi pratiqua souvent ces opérations et avec succès. Cependant Fabrice d'Aquapendente et J-A. De La Croix émettent des doutes fondés sur la possibilité de rajuster un nez complètement abattu sans dissimuler les difficultés nombreuses qu'il faut surmonter quand on veut fabriquer un nouveau nez.
A la fin du dix-septième siècle, N. de Blégny rapporte le cas d'une personne qui acheta un esclave, lui coupa le nez et l'appliqua sur-le-champ à un autre individu qui en était privé. J-B. Verduc conseille de tenter aussi la réunion de quelques parties du corps entièrement séparées. Dionis,Lafaye et surtout Mauquest de La Motte s'élèvent contre la rhinoplastique.
Plus tard, Chopart et Desault soutiennent qu'un nez artificiel bien placé est préférable au raccoutrement tagliacotien, sans disconvenir de la vérité des observations qui constatent que, dans bien des cas, des nez presque entièrement détachés avaient repris par suite d'une réunion immédiate très bien opérée. Les discussions sur la rhinoplastique étaient fort animées de part et d'autre lorsque, en 1794, on publia le cas de raccoutrement d'un nez nouveau taillé dans la peau du front, d'après la méthode indienne. Cette méthode réunit les suffrages et nous savons les merveilleux résultats qu'en ont su tirer le célèbre professeur Delpech et plusieurs autres chirurgiens très distingués de Paris et des cités les plus populeuses de France.
L'introduction de corps étrangers dans les fosses nasales, les epistaxis et plusieurs maladies diï xjez et des sinus qui s'ouvrent dans son intérieur ,i?'ont point échapp;é à l'esprit observateur des anciens. Mais ce qu'ils ont dit de ces affections diverses,, des opérations qu'elles nécessitent , ne mérite pas que l'on en fasse un récit particulier.
§ IV. L)es opérations qui se rapportent aux maladies
de ïoreille.
Hippocrate recommande contre les fluxions d'oreille de favoriser l'écoulement par des applications émoUientes et froides , des ventouses sèches , etc. Celse propose contre l'otite un grand nombre de moyens curatifs introduits à l'aide d'une seringue ou d'un entonnoir, et il indique comment on doit retirer des vers et des insectes introduits dans les oreilles. Archigène d'Apamée trace des règles détaillées, sur l'extraction des corps étrangers dans l'oreille; il recommande surtout l'usase des sternutatoires. Paul d'Egine distingue l'occlusion du conduit auditif externe , suivant qu'elle est congéniale ou produite par un abcès ou une excroissance fongueuse. Il établit aussi une distinction importante entre les différens corps étrangers poussés ou insinués dans les oreilles suivant qu'ils sont susceptibles ou non de se gonfler par la chaleur et l'humidité. Avicenne parle le premier de la dureté
(le louïe occasionnée par racciimulation du cérumen endurci dans les oreilles.
Guillaume de Salicet recommande de lier les polypes du conduit auditif avec un fil de soie ou un crin de cheval, et d'en cautériser les racines.
A. Paré recommande une machine propre à absorber le pus dans les abcès des oreilles, et une conque artificielle que l'on fixe à l'aide de ressorts. Les découvertes importantes de A-M. Valsalva sur la structure de l'oreille font mieux connaître ses maladies, et prouvent que la surdité est souvent produite par l'obturation des trompes d'Eustache.
La belle cure obtenue par S. Morand qui , pour mettre fin à un flux purulent par l'oreille, trépane l'os temporal carié, ouvre la dure-mère sous laquelle le pus avait établi son foyer , place ensuite une canule dans l'ouverture et obtient un succès complet, cette belle cure et d'autres faits analogues préludent à la découverte de la perforation de l'apophyse mastoïde, pour guérir la surdité produite par l'oblitération des trompes d'Eustache. Jasser, chirurgien d'un régiment prussien , fait le premier cette opération. Suivant H. Callisen , les oblitérations légères des trompes d'Eustache cèdent parfois aux sternulatoires ainsi qu'à l'action d'expulser l'air , le nez et la bouche étant fermés; et enfin J. Arneman recommande l'opération de Jasser comme propre à guérir la surdité produite par différentes causes.
§ V. Des opérations relatives aux maladies de la
bouche.
Quoique l'imperforation de la bouche ne soit pas rare , suivant quelques auteurs , on ne possède cependant point d'observation authentique d'imperforation complète de la bouche sur des enfans vivans. Les médecins grecs ne parlent pas non plus de la difformité congéniale connue sous le nom de bec de lièvre, et Celse en fait mention d'une manière assez obscure. Rhazès et surtout Abu'l Rasera en parlent avec plus de précision. Ce dernier cautérise avec un fer rouge les bords de la lèvre fendue pour en obtenir la suppuration et l'adhésion , ou bien il coud ensemble ces mêmes bords. Long-temps après, Paré, Fabrice d'Aquapendente , Durand Scacchi , M - A. Sévérin , F. Thévenin tentent d'obtenir la guérisori du bec de lièvre par des procédés grossiers que perfectionnent singulièrement H. Roonhuyze , P. Dionis , J-L. Petit , Le Dran , Lafaye , A. Louis, Busch de Strasbourg, Percy et autres praticiens qui font tant d'honneur à la chirurgie française.
Les maladies de la bouche, celles surtout des petits os qui la garnissent , ont presque toujours fait une branche distincte de la chirurgie à laquelle se livraient exclusivement les | dentistes. Toutefois les médecins de la plus haute antiquité , comme les
plus habiles praticiens modernes n'étaient point étrangers à cette partie de l'art de guérir. On rapporte quEsculape III, fils d'Arsippe et d'Arsinoë, commença par arracher des dents, et il paraît que l'on possédait alors quelques préceptes sur leur évulsion inconsidérée. Hippocrate indique un remède contre la fétidité de l'haleine et la couleur noire des dents. Celse donne un aperçu assez complet de toutes les opérations relatives à ces petits os qu'il recommande, ainsi que Scribonius, de ne janiais trop se hâter d'arracher. Celse fait connaître plusieurs remèdes odôntalgiques qu'il est inutile de rapporter aussi bien que les poudres- dentifrices dè Dàinocrate, Octavie sœur d'Auguste , Androma- ^ùe, Dioclès, Galien, etc. Ge dernier parle très longuement de la carie des dents souvent occasionnée par cause interne , et des moyens de la combattre.
Ma'rcellus de Bordeaux, ignorant les judicieux prébeptes de ses prédécesseurs, recommande les uitiulèttés et des moyens superstitieux contre l'odontblgie: Les Arabes vantent des remèdes à Taide dësqtïels on espère faire tomber les dents sans doul'éurV'i^àns renoncer cependant à la cautérisation contre la carie et le saignement habituel des gencives. Avicenne donne des préceptes pour la consèrvàtibn des dents. Abu'l Rasem signale le premier le tartre qui s'accumule sur les dents et les moyens fbrt'^éti judicieux de l'enlever. Il recommande de se défier des baigneii'rs ou arracheurs de dents qui
enlèvent souvent ou brisent une dent saine au lieu de la mauvaise. Il existait déjà de son temps un nombre considérable d'instrumens de dentiste fort imparfaits. Il apprend à remplacer les dents perdues et comment on doit lier aux dents voisines celles. qui ont été ébranlées par une chute ou par un coup.
Guy de Chauliac se plaint de ce qu'on abandonne révulsion des dents aux barbiers. Il parle le premier de remplir les dents creuses avec des résines et des substances aromatiques pour que les alimens ne pénètrent pas dans leur cavité. Lui et quelquesuns de ses contemporains parviennent enfin à faire perdre la confiance que l'on avait dans la prétendue propriété de certains moyens propres à faire tomh^v les dents sans opération. G-H. Ryst publie , en i548, le premier ouvrage consacré spécialement à l'art du dentiste. J- André de La Croix guérit une fistule de la mâchoire en arrachant une dent à peine douloureuse. A-P. Gasser, en s'arrachant une dent, emporte un morceau de sa mâchoire et il éprouve une hémorrhagie si considérable qu'il en reste pâle toute sa vie. P. Foreest observe sur lui-même qu'il suffit quelquefois de luxer une dent pour mettre fin à l'odontalgie. Ces praticiens donnent aussi des préceptes sur le traitement des épulies, des paruHes, des fistules dentaires : ils parlent surtout de ta prétendue existence de vers dans les dents, ce qiai surprendra peu si l'on se rappelle que l'on avait bien pu ajouter foi à l'existence de la dent d'or.
Nathanael Highinore , en publiant iinedescription exacte de l'antre qui porte son nom, semble avoir conduit à la découverte d'une maladie jusqu'alors inconnue, et d'une opération qui ne fut cependant faite que cinquante ans plus tard, à l'occasion des abcès et autres maladies du sinus màxillaire, opération que Cowper paraît avoir faite un des premiers, et que G. Cheselden conseille quand il existe une collection quelconque dans le sinus maxillaire. P. Dionis consacre un long chapitre de son ouvrage aux opérations nécessitées par les maladies dentaires. On y trouve de bons préceptes.
La fin du dix-septième siècle est marquée par des découvertes et des améliorations importantes dans le traitement des maladies de la bouche, dans celles surtout des sinus maxillaires. Cowper veut qu'on fende la gencive jusqu'au périoste dans la dentition difficile, et il conseille la perforation des alvéoles. H. Meibora considère le premier la membrane muqueuse du sinus maxillaire comme le siège des maladies de cette cavité, puisque souvent elle s'enflamme et suppure. G. Mauquest de La Motte répète le conseil d'ouvrir de bonne heure et même avant l'entière formation du pus les abcès situés aux mâchoires et au palais. Fauchard , qui s'est beaucoup occupé et avec succès des maladies des dents, pense aussi qu'il faut inciser la gencive quand la dentition donne lieu à des accidens fâcheux. J. Hurlok la regarde comme le seul moyen de sauver des enfans qui , sans elle , périraient dans les convulsions.
G. Heiiermann conseille d'arracher la quatrième ou la cinquième molaire supérieure dans les abcès du sinus maxillaire, et de plonger un stylet à travers la peau et les os qui entourent les alvéoles, si la matière ne sort pas sur-le-champ. Ce praticien donne en outre quelques préceptes sur le traitement des excroissances fongueuses des gencives et sur celui de l'odontalgie, en convenant toutefois qu'il faut souvent recourir à révulsion, et recommandant d'extraire les canines avec beaucoup de circonspection. En même temps plusieurs praticiens inventent ou perfectionnent des instrumens employés pour l'extraction des dents, et Bellocq conseille l'application d'une boulette de cire dans l'alvéole ouverte sur le vaisseau qui fournit parfois une hémorrhagie inquiétante après l'extraction d'une dent.
Jourdain fait connaître plusieurs instrumens de son invention, et contribue aux progrès de la médecine par la publication dé son traité des dépôts dans les sinus maxillaires, des fractures et des caries. Les maladies du sinus maxillaire et les opérations qu'elles exigent semblent fixer alors toute l'attention des praticiens. T-H. Bordenave publie un traité sur les maladies de ce sinus, et des remarques judicieuses sur les exostoses de la mâchoire inférieure. Vers cette époque, en 1762, un anonyme fait connaitre un nouvel instrument pour l'évulsion des dents incisives et laniaires. L'application de l'aimant pour la guérison des maux de dents fait aussi beaucoup de bruit, surtout parmi les Allemands, qui le vantent
et le décrient à l'envi. Des praticiens anglais qui s'occupent des maladies de la bouche, ne croient point à la cure des maux de dents par laimant; ils s'élèvent aussi contre l'usage trop commun d'arracher les dents douloureuses. Bordenave recommande une grande circonspection dans l'emploi des poudres et des teintures dentrifices; il est peu partisan des dents artificielles, auxquelles il attribue des in^ convénicns majeurs.
Des discussions s'élèvent en France pour savoir si l'on doit ouvrir les abcès de la mâchoire inférieure en dedans ou en dehors de la bouche, et l'on signale les ulcères opiniâtres qui surviennent parfois à la langue par l'action des angles d'une ou de plusieurs dents; ulcères qui ne guérissent qu'après la destruction de ces angles par la lime. Les polypes et cancers du sinus maxillaire sont considérés comme dangereux , souvent incurables, d'après Jourdain, qui publie encore un traité des maladies et des opérations de la bouche en 1778. Ce dentiste célèbre propose, pour remplacer le râtelier ordinaire, un dentier artificiel inventé par Massez, et qui non i- seulement s'ouvre et se ferme , mais encore joue latéralement, de manière qu'on peut s'en servir pour mâcher les alimens.
Bien plus tard , en 1 797 , Dubois de Chemant invente des dents et des dentiers artificiels qui , fabriqués avec une pâte minérale durcie au feu , sont de la plus grande soHdité et ne sont attaqués par aucun acide. Ces dentiers sont d'une seule pièce , et les
(lents dont ils se composent, au lieu d être séparées réellement par des intervalles, ne sont distinguées que par des lignes noirâtres : de sorte qu'il ne peut s'amasser entre elles aucune parcelle d'alimens, dont le séjour donnerait de la fétidité à l'haleine; le dentier supérieur et l'inférieur s'unissent par une charnière à ressort qui permet de les faire jouer l'un sur l'autre avec la plus grande facilité.
Le grand génie de Desault s'exerce dans l'art du dentiste comme dans toutes les autres branches de la chirurgie, par des opérations majeures, et entre autres, par la suivante qui ftit suivie d'un plein succès : il arrache toutes les grosses molaires chez un malade atteint d'une tuméfaction du sinus maxillaire, perce le fond des alvéoles. Mais le sinus se trouve remph d'une production spongieuse que l'hémorrhagie ne lui permet pas d'exciser. L'adustion et la ligature demeurant sans effet , il enlève une grande portion de la mâchoire supérieure cernée entre deux incisions semi-circulaires faitesau palais età la partie antérieure de l'arcade dentaire. Un morceau consi-> dérable de l'excroissance est extirpé avec la pièce osseuse, et le reste cautérisé à plusieurs reprises avec un fer chauffé à blanc.Le malade guérit parfaitement. Les praticiens d'alors reconnaissent en outre que l'incision de la gencive dans la dentition difficile et l'usage des corps durs dans la bouche des enfans ont des inconvéniens notoires.
Le nombre des praticiens qui ont fait des recherches et publié leurs opinions sur les maladies de la
bouche pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle est si considérable , qu'on peut à peine s'en faire idée, ainsi que des progrès de cette partie importante de la thérapeutique: et pourtant elle en fait encore de nos jours.
Il paraît que les anciens ont fait l'excision de la luette bien avant Hippocra te, qui recommande de nepas la pratiquer avec maladresse et à contre-temps. Il donne des préceptes sur la méthode et le procédé opératoires, ainsi que sur les maladies des amygdales et leur traitement. Asclépiade de Bithynie recommande d'ouvrir les veines situées sous la langue, dans l'angine, et de scarifier le palais et les amygdales si l'inflammation est très violente. Celse donne des conseils analogues dans plusieurs cas de maladies de l'arrière-bouche, et pour l'esquinancie en particulier; il enseigne aussi comment on doit couper le filet de la langue, et il considère la grenouillette comme une tumeur enkistée qui cause parfois de vives douleurs. Léonidas d'Alexandrie indique comment on doit ouvrir les abcès des amygdales. Cœlius Aurelianus, Oribase, Aetius tracent pareillement la conduite que le chirurgien doit tenir dans les affections diverses de la luette, des amygdales et de la base de la langue.
Roger de Parme ouvre les abcès qui se forment ordinairement dans l'arrière-gorge à la suite des esquinancies, avec le doigt ou une lancette; il fait avec des ciseaux la résection de la luette et l'extirpation des amygdales, comme ses prédécesseurs. Pour ouvrir les abcès gutturaux , suites d'angines , Guy de
Chauliac dit sérieusement de faire avaler au malade un morceau de viande de bœuf attaché à un fil , et de le retirer ensuite avec force. Montagnana, qui paraît ignorer l'incision de la luette, ose recommander d'exercer une forte traction sur la tête, en tirant le malade par les cheveux, pendant qu'on le pousse en sens opposé avec les genoux ou les pieds sur ses épaules.
A. Paré parle le premier des palais artificiels d'or ou d'argent ; il guérit même une fistule du conduit de Sténon sans en connaître la nature. G. Foreest , qui a vu P. Friedrich extirper une masse pierreuse sous la langue, est également plus porté pour l'incision simple que pour l'excision de la grenouillette. Fabrice d'Aquapendente s'élève le premier contre la mauvaise habitude des sages-femmes qui dé hirent le filet de la langue des nouveau-nés avec un de leurs ongles qu'elles conservent long et pointu à cet effet; et l'autre Fabrice compte beaucoup sur les efforts du vomissement pour l'expulsion des corps étrangers dans l'œsophage.
Vers la fin du dix-septième siècle, on publie plusieurs observations relatives à des calculs trouvés dans les grenouillettes. J-Chr. Winkler s'élève contre l'abus de la saignée des veines ranines. Purmann blâme l'usage de cautériser la grenouillette , et Verduc est le premier qui fasse mention de l'œsophagotomie, à laquelle il conseille de recourir dans les cas désespérés. B. Saviard décrit le premier une fistule salivaire, en indiquant le procédé opératoire pour
sa guérison. L. Heisler, qui a si bien tracé l'histoire des maladies de la parotide et des autres glandes salivantes semble ne point avoir connu leurs fistules Cependant G. Cheselden dit positivement qu'il en survient une quand le canal de Sténon est ouvert et qu'il faut percer la joue de dehors en dedans, puis employer tous les moyens possibles pour guérir la plaie extérieure. Hévin publie un mémoire fort étendu sur l'extraction des corps étrangers dans l'œsophage, et iUn paraît ensuite plusieurs autres sur le même sujet. Ch. Guatani trace le premier la conduite qu'il faut tenir dans l'œsophagotomie.
Jourdain invente un instrument pour remédier , par la compression, à l'hémorrhagie qui suit fréquemment la résection des amygdales squirrheuses, et il recommande de réunir promptement les plaies récentes des glandes et des conduits salivaires en les couvrant d'emplâtres agglutinatifs et absorbans. Il signale aussi le danger qu'entraîne souvent la section du frein de la langue. Chopart, Desault, Vogel, Wilmer indiquent la marche qu'il faut suivre dans le traitement des fistules salivaires et delà grenonillette. Desault compte beaucoup sur les avantages de la sonde œsophagienne lorsque le conduit alimentaire ne remplit pas ses fonctions. Nous terminons ici les renseignemens que nous avons cru devoir fournir sur les maladies et opérations de rarrière-bouche , sans avoir trouvé dansl'histoire de ces maladies rien de relatif aux polypes, si ce n'est un instrument de l'invention de Levrer.