CHAPITRE m
Maladies de l'abdomen et des'opérations 'qui s'y' rapportent.
§ P"^. Des opérations que l'on pratique sur les parois abdominales.
Les plaies diverses de l'abdomen, comme celles de la poitrine , ont fixé de bonne heure l'attention des plus anciens praticiens, qui ont usé de topiques et autres moyens plus ou moins ingénieux pour en obtenir la guérison. Avant de retracer les préceptes donnés sur la suture des plaies du bas-ventre et des intestins , cherchons à connaître l'opération par laquelle on donne passage au liquide accumulé dans cette cavité.
La ponction du bas- ventre ou paracentèse, découverte par hasard sans doute, était enseignée et pratiquée dans l'école de Cos. On employait à cet effet le fer rouge ou l'instrument tranchant pour la faire à l'ombilic ou auprès, ou vers les lombes. Mais, plus tard, elle rencontre des détracteurs qui la considèrent comme nuisible et presque toujours suivie de mort. Asclépiade de Bythinie recommande
au contraire de scarifier le bas des jambes dans l'anasarqiie et de recourir à la paracentèse abdominale en laissant une canule dans la plaie.
Celse appréciant les opinions de ses prédécesseurs, convient quel'ascite dépend fréquemment de l'affection morbide d'un ou de plusieurs viscères du basventre, affection à laquelle la ponction ne remédie pas; mais, suivant lui, l'évacuation du liquide empêche qu'il n'altère davantage les viscères et sa sortie fait de la place pour les médicamens qui ont alors moins de peine à agir sur les affections primitives. Galien rapporte que, de son temps, l'opération se faisait bien plus généralement avec le bistouri qu'avec le cautère et il la recommande dans tous les cas où les diaphorétiques sont insuffisans.
Caelius Aurelianus, qui ne connaît point l'usage du trois-quarts , fait la ponction en perçant les parois du bas-ventre au-dessous de l'ombilic; puis il introduit une sonde de femme dans la plaie afin de faciliter l'écoulement du liquide. Enfin, il maintient le ventre par un bandage très-serré et il prescrit un régime fortifiant. Paul d'Egine conseille de recourir de bonne heure à la paracentèse, si les hydragogues, les diurétiques, les bains de sable employés d'abord ne sont pas suivis d'un résultat favorable. La plupart des médecins arabes préfèrent les médicamens à l'opération , ou ^ s'ils y ont recours , ils la pratiquent conformément aux règles tracées par Paul et ses prédécesseurs.
Après un intervalle de plusieurs siècles , Mondini
de Luzzi fait remarquer le premier que l'on pratique à tort la ponction sur la ligne blanche. François de Piémont découvre aussi que la sérosité remplit parfois des poches particulières ou kistes, situés dans la rate , dans le foie ou derrière les tégumens de l'abdomen. Fabrice d'Aquapendente rejette la cautérisation du bas-ventre : l'illustre Paré démontre l'innocuité de l'opération et maintient la canule introduite dans la plaie afin de ne pas laisser sortir le liquide tout à la fois. Cependant des praticiens célèbres considèrent l'opération comme inutile et dangereuse. D'autres discutent longuement pour prouver que la ponction doit être faite sur tel ou tel point de l'abdomen.
S. Block et Thouvenot inventent des canules pourvues de pointes cylindriques qu'il ne faut pas confondre avec le trois - quarts de Sanctorius ; et l'on voit se renouveler les cas de plusieurs malades qui se font la ponction à eux-mêmes ou dont l'ombiUc s'ouvre spontanément. Fr. Deckers, de concert avec le lithotomiste Smaltzius , passe le premier un séton dans le bas-ventre afin d'entretenir un écoulement continuel du liquide. Deux fois répétée par son inventeur et suivie de la mort des malades, cette opération est justement dépréciée. Brunner ose conseiller de faire des injections dans le bas-ventre pour corroborer ses viscères.
L'emploi du véritable trois-quarts et l'usage de répéter souvent l'opération étaient généralement répandus en France, au commencement du dix-
huitième siècle. Plusieurs praticiens de cette époque répètent l'opération chez les mêmes malades jusqu'à quinze, vingt fois et plus. Il fut une femme qui subit quatre-vingts ponctions et rendit six mille six cent trente-une pintes de liquide , dans l'espace de vingt-six ans, dit-on. P. Duverney indique sur quels signes on doit établir son pronostic relativement à la ponction. Plusieurs de ses contemporains insistent pour qu'elle soit faite de bonne heure , et l'on s'occupe davantage des hydropisies enkistées. R. Houston , Le Dran citent des cas de guérison , et S. Morand enseigne que l'ovaire est le siège le plus ordinaire de ces hydropisies partielles chez les femmes. Le Thuillier recommande aussi le troisquarts pour ouvrir les abcès hépatiques, et plusieurs praticiens téméraires reviennent aux injections vineuses et autres pour guérir l'hydropisie, soit en les poussant d'un côté du ventre pendant que le liquide est évacué de l'autre , soit après la sortie de celui-ci par la même ouverture.
Henkel met en pratique le conseil donné par Watson, de faire la paracentèse par le vagin chez les femmes, et Bellocq conseille d'enfoncer un morceau de bougie dans la piqûre faite aux parois du basventre pour remédier à l'hémorrhagie qui peut en être la suite. On reconnaît aussi que l'incision est préférable au trois-quarts quand on a à traiter des hydropisies enkistées. Dans l'espoir d'obtenir une cure radicale , des praticiens allemands recommencent à faire des injections dans le bas-ventre,
Plusieurs praticiens, nommément B. Bell et P. Camper, pensent que l'on obtiendrait plus fréquemment la guérison des hydropisies abdominales et enkistées , si l'on tardait moins à les opérer et si l'on exerçait ensuite la compression méthodique à la manière de Méad ou de Monro. Chopart et Desault considèrent la ponction comme un remède palliatif dans l'un et l'autre cas.
Le célèbre chirurgien danois H. Callisen préfère le trois-quarts de Petit pour la paracentèse qu'il pratique au milieu d'une ligne tirée de l'ombilic à l'épine antérieure et supérieure de l'os des îles , ou dans le nombril ou le vagin , suivant les cas. Il rejette avec raison toute espèce d'injections. Il serait superflu de rapporter d'autres opinions plus ou moins analogues à celles exposées ci-dessus au sujet des accumulations séreuses et autres dans l'abdomen , les ovaires et autres viscères de cette cavité ainsi que sur les méthodes et procédés opératoires qui s'y rapportent.
Celse est le plus ancien des médecins qui trace des règles précises sur la suture des plaies du basventre et des intestins. Dans ces sortes de plaies, il recommande de faire bien attention à l'état des intestins. Il croit les plaies du colon les seules susceptibles d'être guéries par la suture et il regarde la mort comme inévitable, lorsque les intestins sont livides, noirs et privés de sensibilité. Au contraire, s'ils sont dans l'état naturel, le blessé étant couché sur le dos et le bassin plus élevé que la téte, on doit
se hâter d'agrandir la plaie abdominale s'il le faut , et tandis qu'un aide en écarte les bords , on réduit les intestins dans un ordre opposé à celui qu'ils ont suivi en s'échappant du ventre. En cousant la plaie extérieurement, il faut que les bords du péritoine et ceux de la peau soient en parfait contact. A cet effet, on passe un fil double dans deux aiguilles dont on saisit une de chaque main et l'on procède d'abord à la suture du péritoine. Le reste de ce procédé fort compliqué est d'une exécution très difficile et justement abandonné. On y ajoutait encore des emplâtres agglutinatifs et un bandage peu serré. Galien indique deux méthodes différentes de celle de Celse, l'une tendant à rendre le péritoine adhérent aux muscles du bas-ventre, l'autre à réunir ensemble les parties similaires. Il y a, selon le médecin de Pergame,'quatre indications à remplir dans les plaies du bas-ventre : faire rentrer l'intestin sorti, réunir la plaie, appliqueras médicamens convenables et prévenir les affections sympathiques. Les points de suture doivent être assez serrés pour qu'aucune portion d'intestin ne puisse être pincée entre eux, et de manière cependant à ne pas contondre la peau. Ces préceptes, comme on voit, sont très-judicieux , et il en ajoute d'autres qui le sont également.
Rhazès n'ajoute rien d'intéressant à ce qui a été dit avant lui sur les plaies pénétrantes de l'abdomen. Abu'l Rasem trouve la suture entortillée et celle du pelletier applicables aux plaies du bas^ventre. Il fait
connaître le procédé de plusieurs empiriques de son temps qui rapprochaient les bords de la division, les faisaient mordre tous deux à la fois par de grosses fourmis et coupaient ensuite le corps de ces animaux dont les têtes restant en place servaient de suture. Bien long-temps après, Fabrice d'Aquapendente rejette cet étrange moyen de réunion.
Paracelse, contempteur de la chirurgie, repousse la suture et surtout celle des plaies abdominales. Il constate le premier que la plaie d'un intestin n'est pas nécessairement mortelle si l'on établit un anus artificiel. André de La Croix veut qu'en faisant la gastroraphie on perce à la fois la peau et le péritoine pour réunir les parties similaires.
Desportes propose de recourir à la suture fenestrée faite avec des emplâtres agglutinatifs collés sur les bords de la plaie et rapprochés ensuite à l'aide de fils qu'on noue ensemble. J. Warner, Ravaton, Martin, Lieutaad, Pibrac s'élèvent contre la suture sanglante dans les plaies du bas-ventre en faisant voir ses inconvéniens. Bourdier rapporte qu'un médecin indien cousait les plaies du bas-ventre sur une plaque de plomb qu'il glissait entre la peau et les muscles, et que ce procédé lui réussissait. Bell recommande de faire rentrer en toute hâte les parties échappées à travers une plaie du bas-ventre sans perdre de temps à les fomenter et de réunir les bords de la solution de continuité par la suture simple ou en chevillée. J. Flajani n'emploie que la suture sèche dans les petites plaies du bas-ventre :
mais, dans celles qui sont étendues , il pratique plusieurs points de suture au moyen d'une grande aiguille montée sur un manche très courbe, garnie d'un chas près de sa pointe, et semblable à celle proposée par Goulard pour la ligature de l'artère intercostale. Les intestins étant protégés avec les doigts de la main gauche, il enfonce cette aiguille dans l'une des lèvres de la plaie de dehors en dedans; puis, dans l'autre, de dedans en dehors. Il dégage enfin le fil et retire l'instrument. Il conseille de faire le moins possible de points de suture à cause des accidens qu'ils occasionnent.
§ II. Des plaies de l'estomac et des intestins et des opérations quelles nécessitent.
Dans ses préceptes sur les plaies de l'abdomen, Celse conseille de coudre celles du gros intestin qu'il considère comme curables. Galien regarde celles du jéjunum comme les plus nécessairement mortelles et celles de la partie inférieure de l'estomac comme susceptibles de guérison. Avenzoar prétend aussi que presque toutes les plaies des intestins sont mortelles.
Roger de Parme conseille le premier de coudre les plaies des intestins avec une aiguille fine et un brin de soie sur un cyHndre de bois de sureau d'un diamètre égal à celui de l'intestin blessé, mais plus long que la plaie. Si les intestins sortis du ventre
sont froids, on les réchauffe en appliquant dessus un animai ouvert tout vif, et il conseille , à l'instar de Celse, de secouer le blessé pour que les intestins reprennent leur place. G. de Salicet condamne l'usage du cylindre de sureau auquel on propose de substituer un morceau de trachée-artère. Lanfranc préfère réunir les plaies de l'intestin et de l'estomac avec une aiguille carrée , en laissant , comme Roger, celle du bas-ventre ouverte jusqu'après la guérison des premières. Guy 'de Chauliac emploie la suture du pelletier dans les plaies du gros intestin et de l'estomac, après quoi il applique une poudre qu'il dit conservatrice; et, contre le sage conseil de ses prédécesseurs , il s'empresse de fermer la plaie extérieure. A. Paré, qui assure avoir guéri plusieurs blessés dont les plaies donnaient issue à des matières fécales et dont les selles étaient sanguinolentes, recommande aussi la suture du pelletier. Il paraît avoir tenté le premier de réduire les intestins météorisés en y faisant plusieurs piqûres avec une épingle pour la sortie des gaz. On est généralement dans l'usage de lier et d'exciser la portion d'épiploon sortie à travers la plaie quand il paraît livide et mortifié. Dans ce cas, Fabrice d'Aquapendente regarde la cautérisation comme inutile au moins.
Des guérisons authentiques de plaies d'estomac et des intestins détruisent enfin l'ancien préjugé qui les faisait considérer comme toujours mortelles. Dionis recommande de chercher à établir l'anus contre nature surtout dans les plaies du gros intes-
tin. La Vaugiiyon insiste beaucoup sur la nécessité de fixer les deux bouts de l'intestin divisé à la plaie extérieure, et de faire ensuite cicatriser celle-ci le plus tôt possible. Les expériences de Verdiic et de Littre, qui constatent que les plaies des intestins se guérissent à la faveur d'adhérences contractées avec les parties voisines, suggèrent un mode de traitement plus rationnel. J. Palfin rejette entièrement la suture du pelletier dans les plaies des intestins. Garengeot, La Motte, Le Dran, donnent de sages préceptes sur les plaies des intestins ; ils recommandent avec raison de ne pas trop se presser d'exciser l'épiploon sorti par la plaie. La doctrine des plaies intestinales se rattache dès lors si intimement à celle des hernies étranglées que c'est là qu'on doit en étudier l'histoire au dix-huitième siècle.
Les anciens n'avaient qu'une connaissance imparfaite des parties qui forment les hernies inguinales. On croyait , jusqu'au seizième siècle, que le péritoine se déchirait pour le passage de l'intestin hernié; et que celui-ci et le testicule se trouvaient enfermés dans la même cavité. De là , la difficulté de remédier à l'étranglement et la destruction fréquente du testicule en cherchant à guérir la hernie. Celse,Galien , Paul d'Egine , Avicenne, dans leurs préceptes sur les hernies inguinales, prouvent qu'ils sont pour la rupture du péritoine.
Roger de Parme, Salicet, Lanfranc , Guy de Chauliac privés des connaissances anatomiques nécessaires, emploient des moyens étrangement gros-
siers et même la cautérisation pour guérir les hernies. Les praticiens instruits se dégoûtent tellement (le leurs insuccès, qu'ils abandonnent le traitement et l'opération des hernies à des châtreurs , lithotomistes ou herniaires ambulans. Dionis, qui décrit si bien l'opération de la hernie étranglée , dit avoir vu un de ces individus qui nourrissait son chien de testicules. Paré a la gloire d'avoir tracé des préceptes plus rationnels sur l'opération de la hernie, d'avoir démontré qu'on la guérit sans la castration et simplement à l'aide d'un bandage bien appliqué. Enfin les progrès de l'anatomie triomphent de l'erreur et des préjugés, Cyprian paraît être le premier qui fit à la fin du dix-septième siècle la dilatation de l'anneau, avec succès, dans un cas d'étranglement.
Les chirurgiens français, ceux surtout qui exercent à Paris, font connaître une meilleure méthode et la nécessité d'opérer la hernie étranglée. J. Mery démontre le premier que les hernies inguinales et scrotales sont accompagnées d'un prolongement du péritoine. Vainement on soutient que la hernie formée toutà-coup est accompagnée d'une rupture du péritoine, et l'on finit enfin par rejeterla castration dutraitement de la hernie, encore usitée en 1721 chez les Suisses.
La méthode de Garengeot diffère de celle de ses prédécesseurs. Il fait un pli aux tégumens de la tumeur, le coupe d'un ou deux traits , introduit une sonde cannelée et fend avec des ciseaux la peau jusqu'à l'anneau. Arrivé au péritoine, il le coupe en dédolant avec la lame d'un bistouri bien tranchant ,
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car il croit nécessaire d'ouvrir le sac dans les hernies anciennes à cause des adhérences, et non dans les hernies récentes. Il rejette le premier l'introduction des bourdon nets dans l'anneau qu'il dilate au moyen d'une sonde ailée pour garantir les intestins et il fait enfin cette dilatation avec des ciseaux ou un bistouri de son invention. Des perfectionnemens si iraportans font oublier les anciennes méthodes. Néanmoins le charlatan Th. Renton fait beaucoup de bruit en Angleterre par le mystère dont il enveloppe un prétendu procédé nouveau, qui consiste à tâcher d'établir une cicatrice sur l'anneau inguinal en se servant de l'acide sulfurique de préférence aux autres caustiques employés par les ignorans du moyen âge; et, comme les fourbes trouvent ordinairement des dupes , Georges 1*^^' achète ce prétendu secret au prix exhorbitant de vingt-cinq mille livres sterling et d'une pension de cinq cents livres au profit de cet effronté qui mérite plus d'avoir affaire au bourreau que d'être ainsi récompensé.
Le Dran propose un bistouri caché à lame concave et un autre droit et ailé dans l'intention de ne pas blesser les intestins. Haller fait mieux connaître la hernie congéniale. J-L. Petit manifeste une idée nouvelle, en démontrant qu'il n'est pas toujours nécessaire d'ouvrir le sac herniaire pour remédier à l'étranglement. A Monro, Wagner, La Faye, Sharp , Piatner,Verdier, Rousil, Morand, Pott, Richter,Guinbernat, Desault confirment les heureuses découvertes, la bonté des préceptes de leurs contemporains, ou
nous transmettent eux-mêmes des perfectionnemens fort importans sur la connaissance, le traitement et l'opération des hernies étranglées.
La suture des intestins divisés ou d'autres moyens de réunion mis en usage pour remédier aux accidens qui sont la suite des plaies pénétrantes de l'abdomen ou de l'étranglement des hernies doivent encore appeler notre attention sur les immenses progrès de la chirurgie du dix-huitième siècle. Des observations répétées avaient appris que les plaies des intestins , même avec perte de substance , peuvent se cicatriser si on ne néglige aucune des précautions nécessaires. Cl. Amyand , Roussin de Montabourg, F. de la Peyronie et Ramdohr sont les premiers , suivant Mery , qui osent enlever des portions considérables du tube digestif. Ramdohr fixe à l'anneau inguinal les deux bouts du tube digestif invagi nés l'un dans l'autre et cousus ensemble. La Peyronie veut qu'on se borne à coudre un pli du mésentère assez étendu pour mettre en contact les deux bouts du tube alimentaire maintenus à l'extérieur. On constate aussi que la ligature de l'épiploon hernié n'est pas toujours aussi nécessaire qu'on l'avait pensé. R. de Vermale publie l'observation d'une hernie étranglée dans laquelle , après avoir excisé une portion de l'iléon frappée de gangrène, invaginé le bout supérieur dans l'inférieur, entouré le tout d'une duplicature de mésentère et assujetti ce dernier avec quelques points de suture , on obtint un très grand succès en moins d'un mois. Sabatier et
Ritsch proposent de substituer un cylindre de carie vernissé au morceau de trachée artère. Du Yerget emploie la suture à anse de Le Dran, et parvient à guérir une plaie de l'estomac. De Hautesierk publie également les heureux résultats d'une suture du pelletier et d'une suture ordinaire. Le Suédois Olof Acrel guérit une plaie de l'intestin avec perte de substance en fixant les ouvertures du tube alimentaire à la plaie du bas-ventre, au moyen d'un fil passé au travers du mésentère et d'une compression méthodique. Enfin les grands chirurgiens du dix-neuvième siècle profitent des efforts de leurs prédécesseurs, et rendent encore plus faciles à obtenir les guérisons des plaies du tube digestif par suite d'étranglement ou pour d'autres causes.
§ IIL Des maladies du rectum et des opérations qu elles nécessitent.
Les maladies de cet intestin et de son orifice , les hémorroïdes , les abcès, les fistules, les fissures , la chûte du rectum, les polypes, les affections vénériennes, le cancer, les vices de conformation de l'anus, pour la plupart ont fixé l'attention des médecins et chirurgiens de l'antiquité ainsi que le témoignent les écrits du père de la médecine. Les fistules stercorales sont celles dont il importe le plus de connaître l'historique tant à cause de leur fréquence que pour les opérations qu'elles nécessitent.
Dans lin livre qui fait partie des œuvres attribuées à Hippocrate et qu'on peut supposer avoir été écrit par un chirurgien d'Alexandrie, on trouve avec ad-, miration une description précise, complète de la fistule à l'anus et de l'opération à l'aide de laquelle on en obtient la guérison en usant pour cela des tentes et des caustiques ou en ayant recours à la ligature. Si la fistule est borgne, on la perce d'outre en outre; si elle pénètre trop profondément pour qu'on puisse pratiquer une incision, on injecte des fleurs de cuivre, de la mvrrhe et du natron dissous dans de l'urine , avec une seringue qui consiste en un tuyau de plume attaché à une vessie ; et enfin, dit le grand praticien dont les préceptes sont venus jusqu'à nous, la fistule à l'anus ne guérit jamais sans incision. Celse se conforme à ces préceptes ;Léonidas d'Alexandrie parle longuement de la dilatation de l'anus au moyen d'un speculum \ Paul d'Egine s'applique à enlever les callosités de la fistule avec le syringotome décrit par Galien , et ne fonde aucun espoir sur la ligature.
Les trop timide^ chirurgiens arabes préfèrent la ligature ou la cautérisation. Ceux du moyen âge n'en parlent pas ou n'ajoutent rien à ce qu'en ont dit leurs prédécesseurs et il est incroyable que tant de moyens inutiles, grossiers ou barbares aient été successivement vantés contre une maladie dont la nature était de plus en plus méconnue.
Cependant, vers la fin du dix-septième siècle, Ch- F. Félix se rend célèbre par l'opération de la fistule
à l'anus par incision, faite à Louis XIV ; et nous avons dit ailleurs quelle fut la munificence de ce monarque pour son premier chirurgien. Plusieurs praticiens perfectionnent et simplifient les procédés opératoires : Runge imagine le gorgeret qu'on pousse dans l'intestin jusqu'au dessus de la fistule. A. Monro fait connaître un nouvel appareil. P. Foubert, P. Camper et beaucoup d'autres praticiens tirent de l'oubli l'apolinose, ou ligature des anciens. Pott et Bell simplifient encore l'opération, et le baron Percy corrige le gorgeret de Runge. On constate enfin que la fistule stercorale est parfois susceptible de guérir sans opération et que la phthisie déclarée ou imminente empêche d'en tenter la guérison.
§ IV. Maladies des parties génitales et des voies urinaires, et des opérations qu'elles nécessitent.
A. Chez l'homme. Les maladies des organes de la génération chez l'homme ont fixé l'attention des anciens qui, faute de connaissances exactes en anatomie, n'ont pas su apprécier la nature de plusieurs d'entre elles et en particulier celle de la maladie désignée sous le nom d'hydrocèle.
Celse, le premier qui en fasse mention , ne sait comment distinguer son siège, c'est-à-dire, si la collection aqueuse existe dans le tissu cellulaire du scrotum ou dans l'une des tuniques plus rapprochées du testicule. Dans le premier cas, il conseille de faire des mouchetures ; et, dans le second, d'enlever la to-
talité des membranes renfermant le liquide. Galieu propose d'employer leséton au moyen d'une aiguille rougieau feu pour guérir l'hydrocèle. Léonidas d'Alexandrie trace les caractères qui la distinguent du sarcocèle, de l'entérocèle et de l'épiplocèle. Paul d'Egine décrit l'opération de l'hydrocèle qu'il distingue plus exactement de l'infiltration du tissu cellulaire du scrotum.Il opère en partie par incision et en partie par excision.
Les Arabes suivent les préceptes de leurs prédécesseurs, à l'exception d'Abu'l Kasem qui enseigne à évacuer l'eau au moyen d'un trois-quarts. Ainsi l'incisioii, l'excision, la suture, la cautérisation avec le fer rouge ou autrement, et la ponction avec le trois-quarts étaient déjà connues au moyen âge. Lanfranc emploie préférablement le séton ; J. Arculanus repousse la cautérisation. G. Fallope établit le premier l'importante distinction entre l'accumulation du fluide dans un sac herniaire ordinaire , l'hydropisie de la tunique vaginale et l'hydropisie enkistée. Il préfère le séton ainsi que Paré pour guérir l'hydrocèle; et Fabrice de Hilden, qui donne les premières remarques sur l'hydrosarcocèle, fait voir combien les caustiques sont dangereux dans ce cas. Nous omettons à dessein de rapporter une foule de topiques alternativement vantés et décriés dans le traitement de l'hydrocèle.
Garengeot distingue fort bien l'hydropisie du cordon spermatique de l'hydrocèle de la tunique vaginale. Sabatier trace l'historique des différons procédés
usités pour la cure radicaledel'hyclrocèle,en donnant la préférence aux injections avec du vin rouge et non avec de l'alcool comme Sharp et autres l'avaient fait. Le trois-quarts est plus généralement adopté, et l'on rejette avec raison la castration, la cautérisation avec le fer rouge du nombre des moyens à l'aide desquels on doit tenter la cure radicale de l'hydrocèle.
Il faut avouer, à la honte de l'espèce humaine, que la plus ancienne des opérations, la castration, fut inspirée par la jalousie et pratiquée pour faire garder les femmes par des êtres dont on n'avait rien à craindre. Sous le règne de Cyrus , les Ethiopiens étaient célèbres pour leur adresse dans l'art de châtrer et il y avait des eunuques privés de toutes les marques extérieures de leur sexe. Ce barbare usage passa vraisemblablement de l'Ethiopie dans l'Egypte et l'Assyrie ; et, suivant quelques historiens, Sémiramis fit châtrer les hommes faibles ou valétudinaires pour prévenir lapropagation des générations débiles. Les Israélites apprirent en Egypte cet art cruel qui se propagea tellement parmi eux qu'il fallut des lois pour en arrêter les progrès. Les moyens qu'on employait alors étaient le froissement des testicules, l'écrasement, l'arrachement ou l'amputation.
Dans tout le long espace de temps qui s'écoule jusqu'à Celse, rien n'indique que la castration ait été pratiquée par nécessité pour des maladies des testicules et par des médecins. L'encyclopédiste romain décrit trois espèces de tumeurs, le cirsocèle, une tumeur analogue au sarcocèle et le bubonocèle , qui
peuvent la nécessiter. Il indique des laxatifs et des émoUiens pour remédier aux gonflemens inflammatoires et à l'induration des testicules. Il paraît que Galien connaissait déjà le squirrhe et le cancer du testicule, et que Léonidas d'Alexandrie sut indiquer les différences qui existent entre le sarcocèie et l'hydrocèle. Cœlius Aurelianus déclare que l'extirpation des testicules a été recommandée dans l'épilepsie. Aétius ajoute que c'est aussi un moyen de prévenir la lèpre.
En déclarant qu'il est affreux d'enlever les testicules à un homme qui se porte bien, Paul d'Egine pense cependant que les princes et seigneurs ont le droit de forcer le médecin à cette cruauté, et qu'un manuel de chirurgie, pour être complet, doit offrir la description de l'opération qui concerne l'eunuchisme. L'opération du sarcocèie, suivant Abu'l Rasem, est si incertaine dans ses résultats qu'il conseille de ne la pas pratiquer. Avenzoar pense aussi que les apostèmes du testicule sont de mauvaise nature, et Guillaume de SaHcet conseille de les ouvrir bien avant qu'ils n'arrivent à maturité pour éviter les terminaisons fâcheuses qui nécessitent la castration. Théodoric de Cervia, à l'instar d' Abu'l Rasem et de Celse, pratique l'opération du sarcocèie en faisant la section du cordon spermatique avec un fer rouge. Les médecins de cette époque considèrent le sarcocèie comme une masse survenue autour du testicule, qu'on doit chercher à détacher de celui-ci. Enfin P. de la Cerlata est le dernier auteur qui ait parlé
de reunucliisme comme d'une opération de chirurgie. Son usage en e?t restreint de plus en plus et relégué en Italie pour procurer une belle voix aux garçons et complaire à quelques papes.
Fabrice d'Aquapendente, le premier des praticiens qui fasse mention de l'hydrosarcocèle, décrit la castration qu'il fit heureusement chez un homme dont le testicule était plus gros que la forme d'un chapeau. L'autre Fabrice croit avoir remarqué que le sarcocèle est bien plus fréquent du côté droit. Olaus Borrich réfute l'ancienne opinion qui fait regarder le sarcocèle comme un amas de chairs contre nature développées autour du testicule, et il soutient que le plus ordinairement un vrai squirrhe dans la substance même du testicule fait l'essence de la maladie. L'examen anatomique des testicules extirpés lui prouve la justesse de son assertion. Pour pratiquer la castration, A. Nuch conseille de fendre le scrotum du haut en bas, de tirer au dehors le testicule et le cordon avec leurs membranes, de percer celles-ci avec une aiguille armée d'un brin de soie ciré, de faire deux tours à ce fil et d'en lier les bouts par deux nœuds bien serrés. 11 applique par précaution une seconde ligature au dessus de la première, puis il coupe le cordon avec des ciseaux au dessous de celle-ci. Alors, on fait aussi l'opération du sarcocèle par lasimple ligature qu'on serre chaquejour davantage jusqu'à la chute du testicule ; mais des accidens fâcheux, les convulsions surtout sont attribués à ce mode opératoire.
Si la tumeur est très volumineuse, Mauquest de La Motte retranche une portion de la peau du scrotum, la cicatrisation devant être plus prompte, et il lie le cordon après avoir enlevé le testicule. Arnaud, Garengeot, Hacnel tracent aussi des préceptes sur la castration et la ligature du cordon spermatique.
Au dix-huitième siècle, on cherche à prévenir les accidens fâcheux généralement attribués à la ligature du cordon. J-L. Petit, après avoir fendu le scrotum, détaché le testicule et le cordon, isolé ce dernier de maiiière à n'être plus couvert que par le muscle crémaster et la tunique vaginale, appHque quatre fils cirés aplatis en forme de ruban qu'il passe derrière le cordon avec une aiguille droite. Il place aussi une ligature au dessus, mais il ne veut pas qu'on noue les fils sur une compresse et, lors même qu'il surviendrait une hémorrhagie, il ne pense pas qu'elle doive inquiéter, puisqu'elle cède à une compression médiocre. Cette remarque lui fait renoncer plus tard à la ligature, à cause des accidens dont elle peut être suivie. Un hasard heureux apprend à G. Cheselden que la hgature de l'artère spermatique isolée n'est pas suivie des accidens graves rapportés à la ligature de tout le cordon. A. Monro partage l'opinion de Cheselden.
Le Dran, après avoir ouvert le scrotum et isolé le cordon, soulevé les vaisseaux, passe une ligature d'attente, comprime les vaisseaux au dessous entre les doigts et les coupe transversalement. Si ce froissement ne lui réussit pas, il a recours à la ligature
{l'attente. R. de Vermale parle d'un individu auquel on coupa les parties génitales à titre de châtiment et chez qui les vaisseaux spermatiques se crispèrent do ! elle sorte qu'il n'y eut pas d'hémorrhagie.Olof Acrel,
V. Bertrand!, F-S. Morand, Ch. White, P. Potl et bien d'autres praticiens donnent des préceptes sur la compression, la ligature totale ou partielle, le froissement des vaisseaux spermatiques, sur la nature du
arcocèle, le traitement et l'opération qui lui sont applicables.
G. Bromfield fait connaître un procédé nouveau qui consiste à fendre le scrotum, à détacher complètement le cordon spermatique, à le couper le plus ;)rès possible du testicule, à le confier aux soins d'un aide qui en comprime l'extrémité jusqu'à l'ablation otale du testicule, à le saisir ensuite de la main gau« he, à tirer l'artère avec une pince et à la lier de .néme que la veine s'il le faut. Budeus constate, ainsi (|ue l'ont fait des chirurgiens du moyen âge, qu'on peut détacher des excroissances insolites de la surface lu testicule sans léser celui-ci. J. Warner, en démontrant que l'engorgement très élevé du cordon le contre-indique pas toujours l'opération, fait voir n outre qu'on doit prendre en très grande consiiération l'état des glandes de l'aine, des viscères de a poitrine et du bas-ventre, afin de s'en abstenir ils sont malades. Enfin J. Flajani veut qu'on pratique seulement la castration quand la vie de l'individu est menacée et jamais pour embellir sa voix. Il ajoute que toutes les indurations des testicules ne
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réclament pas Topération et que des hydrocèles qui ont paru compliquées de sarcocèle ont disparu à la suite d'une simple ponction ou autrement.
B. Avant de passer à la recherche de l'origine et des perfectionnemens de l'opération césarienne, la plus importante de celles que l'on pratique sur la femme, nous avons à étudier l'histoire d'une maladie commune à l'un et l'aulre sexe et les différentes opérations pratiquées pour l'extraction des calculs de la vessie. On trouve les premières traces de la lithotomie dans l'époque florissante de l'école d'Alexandrie où les médecins étaient divisés en plusieurs classes dont celle des lithotomistes était méprisée ainsi que le prouve ce passage du serment d'Hippocrate : (( Je m'engage à n'opérer aucune personne atteinte de la pierre, et à abandonner cette partie de la pratique aux mercenaires qui s'y adonnent. » Ainsi l'une des plus importantes opérations de la chirurgie est livrée à d'ignorans médicastres.
Suivant Celse,Ammonius, le plus ancien des lithotomistes, se servait d'un crochet et d'un autre instrument pour extraire les pierres de la vessie. Sostrate et Ammonius tentèrent aussi de briser le calcul dans la vessie avec des tenettes afin d'en extraire les fragmens. Mégès remplace l'ancien couteau par un instrument garni d'un large bord à l'une de ses extrémités, très acéré et demi circulaire à l'autre. Il le conduit sur le pouce pour inciser les tégumens et la vessie. On incisait probablement sur le côté du raphé en employant fort peu d'instrumens. Celse
recommande de faire l'opération au printemps et chez les enfans seulement. Le malade étant couché sur le dos et maintenu par deux aides, les cuisses écartées et les talons rapprochés des fesses, il enfonce l'indicateur et le médius dans le rectum, et, appuyant la main droite sur le bas- ventre, il attire le calcul vers le col de la vessie. Quand on l'y croit parvenu, on fait au devant de l'anus une incision semi-lunaire dont les angles regardent les aines ; et, dans l'intérieur de cette incision, on en fait une autre transversale qui pénètre jusqu'à la vessie et dont la longueur doit excéder un peu le diamètre de la pierre que l'on saisit avec les doigts ou avec un crochet particulier.
L'encyclopédiste romain est le seul de toute l'antiquité qui traite de cette opération avec autant de précision que de connaissance de cause. Ses successeurs en parlent en praticiens qui rejettent l'opération ou qui n'ont pas les connaissances suffisantes pour la pratiquer. Les chirurgiens arabes la firent moins souvent encore que les Grecs et les Romains. Abu'l Rasem lui-même veut qu'on appelle une sagefemme pour extraire la pierre de la vessie chez la femme.
Guy de Chauliac paraît être le seul qui ait fait la lithotomie suivant la méthode deCelse, après le trop long période de la barbarie et du moyen âge. Les lithotomistes laïques dont les médecins méprisaient l'avidité, faisaient partie de quelques familles dans lesquelles l'art d'extraire les calculs était un secret
transmis de père en fils, comme liéritage. A cet égard la famille des Norsini (i) fut une des plus célèbres; et nous avons dit, dans le cours de cet ouvrage (2) , que Colot mit en pratique, pour la première fois, en 1 474»sur un franc-archer de Meudon, le procédé qu'il tenait de l'un des Norsini. P. Franco, chirurgien de Lausane, est conduit par nécessité à faire l'opération de la taille au dessus du pubis , le petit appareil ne lui ayant pas réussi à cause de la grosseur du calcul. Il se borne à dilater l'urètre pour débarrasser les femmes de la pierre. Un chirurgien de Crémone, J. de Romani, se sert de plusieurs instrumens, enseigne sa méthode à Mariano, méthode qui porta depuis le nom de Mariano ou de grand appareil, et qui consiste surtout dans l'introduction d'une sonde creuse dans l'urètre et l'usage de plusieurs autres instrumens. P, Franco cherche à perfectionner l'appareil latéral et il invente un lithotome caché pour inciser la vessie de dedans en dehors, absolument comme le frère Côme le fit deux cents ans plus tard. G-F. de Hilden, auteur d'un traité sur la taille , préfère la méthode de Franco. Le grand appareil trouve chaque jour de nouveaux partisans, nommément J. Govillard qui fait le premier l'extraction des calculs chatonnés.
Le dix-septième siècle fournit beaucoup de cas dans lesquels on obtient l'extraction des calculs urinaires sans le secours d'aucun instrument tran-
(1) Sprengel écrit tantôt Norsini, et tantôt Norcini.
(2) Page 227.
chant, chez les femmes surtout. A la fin de ce siècle, un Franc-Comtois, J. Baulot, plus connu sous le nom de frère Jacques, qui fut long-temps aide du lithotomiste Panlou , pratique l'opération de la taille d'après une nouvelle méthode que, pendant son séjour en Hollande, il enseigne à J-J, Rau devenu depuis professeur à Leyde et très célèbre par les perfectionnemens qu'il fît subir à l'opération de la taille. Les praticiens les plus célèbres s'occupent alors et avec avantage de tous les détails relatifs à la lithotomie.
Cette noble émulation inspire également les chirurgiens du dix-huitième siècle qui perfectionnent les méthodes recommandées par leurs prédécesseurs et se servent alternativement du grand, du petit et du haut appareil. H-F. Le Dran apporte les corrections les plus essentielles à l'appareil latéral. Maréchal simplifie le grand appareil. Cheselden et Garengeot corrigent la méthode de Rau. D'autres chirurgiens anglais pratiquent et perfectionnent le haut appareil. L'appareil latéral obtient chaque jour de nouveaux suffrages. C. Falconet en donne une description savante , et S. Sharp en développe tous les avantages en même temps qu'il démontre tous les vices de la méthode de Foubert.
La nouvelle méthode du frère Jean deSaint-Côme, inventeur du lithotome caché, fait beaucoup de bruit dans le monde médical par la polémique fort animée dont elle est l'objet parmi les plus célèbres opérateurs français. Le Cat, disciple de Morand,
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s'élève contre cette méthode à laquelle il préfère l'appareil latéral d'après la méthode de Cheselden. Au contraire, H-J. Macquart est un des plus ardens apologistes du frère Corne. B. Gooch publie l'observation d'une femme chez laquelle il avait extrait un calcul vésical par une incision faite au vagin. C. Hawkins perfectionne le procédé de Cheselden. Enfin Desault, Leblanc , J-N. Moreau , P. Camper , B. Bell, Saucerotte imaginent des instrumens nouveaux , modifient ceux qui existent , recommandent quelques perfectionnemens dans les méthodes d(^jà connues, publient d'excellentes remarques tendant à rectifier les principes relatifs à la litliotomie et à démontrer combien il importe de s'assurer si l'état de la vessie ou des reins ne contre-indique pas cette opération.
C. Les maladies des parties génitales de la femme, soit qu'elles affectent ses organes extérieurs ou ceux qui sont plus profondément cachés, étaient connues des anciens , pour la plupart. Il a été fait mention précédemment de quelques-unes d'entr'elles et nous ajouterons qu'Aétius fait la remarque que d'après le livre des maladies des femmes, écrit par une certaine Aspasie, les grandes lèvres sont souvent le siège d'une infiltration séreuse qui cède à l'usage des résolutifs.
Sans nous arrêter aux vices de conformation des parties extérieures de la génération ni aux maladies qui s'y développent ou qui affectent le vagin , l'utérus, les ovaires et leurs annexes, nous lâcherons de
connaître quand et comment on pratiqua l'opération césarienne. On a dû chercher dès la plus haute antiquité à sauver l'enfant d'une femme qui succombe dans les douleurs de la parturition, et la loi royale de Numa Pompilius, à laquelle Scipion l'Africain , Manlius et le premier des Césars durent la conservation de la vie , en faisait une obligation , dès cette époque. La loi royale fut remise en vigueur par l'ÉgUse , au moyen âge , mais il fallait avoir la certitude de la mort de la mère avant de lui ouvrir le ventre. Long-temps après, en [608 et 1720, le tribunal de santé de Venise prescrivit les règles de précaution auxquelles il faut se conformer en ouvrant le cadavre d'une femme enceinte.
A la fin du dix-septième siècle , les grands progrès de l'anatomie firent reconnaître que le fœtus se développe parfois hors de l'utérus et que c'est la gastrotomie qu'il faut pratiquer dans ce cas comme dans celui de rupture de l'utérus et non pas l'opération césarienne. Les observations de grossesse extra-utérine se renouvellent souvent avec des résultats différens et parfois avec un succès complet des opérations auxquelles elles ont donné lieu.
Ce qu'on savait de l'opération césarienne et de là gastrotomie conduit bientôt à faire la gastrohystérotomie sur la femme vivante, Rousset veut qu'avec un rasoir ordinaire on fasse une incision de six pouces sur le ventre entre l'ombilic et le pubis, et qu'on ouvre ensuite l'utérus avec un bistouri boutonné. On n'imagine pas combien d'observations apocry-
phes font connaître alors des succès multipliés et extraordinaires obtenus sur des femmes plusieurs fois soumises à l'opération césarienne. Cependant on reconnaît les cas dans lesquels l'hystérotomie est indiquée contre letroitesse du bassin , le développement d'exostoses ou autres tumeurs dans son intérieur ou dans le vagin. Baudelocque et quelques autres praticiens pensent qu'il vaut mieux faire l'incision sur la ligne blanche que sur les côtés. Les chirurgiens étrangers de la fin du dix-huitième siècle reprochent aux Français de se décider trop lacilement pour cette opération , et les exemples bien authentiques qui en ont été recueillis prouvent qu'il y a presque autant de succès que de revers.