‹ Abrégé de l'histoire de la médecine, considérée comme science et comme art dans ses progrès et son exercice, depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècleChapitre 9 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Késnmé historique des écoles hippocratique» du seizième siècle.

Le seizième siècle est fort remarquable dans l'histoire de la médecine, et par la dépréciation des théories absurdes du moyen âge, et par la tendance des esprits vers l'observation des faits et le raisonnement. On commence à ne plus écrire pour expliquer Rhazès, Avicenne et les sentences des Arabes , ou pour faire des commentaires. Les discussions sur la saignée ipour savoir si elle doit être faite largement ou près du siège de l'injQammation, ou si on doit tirer îe sang goutte à goutte et le plus loin possible de la

partie enflammée, font mieux apprécier un moyen thérapeutique d'une haute valeur. Toutes imparfaites et rares qu'elles sont, les recherches anatomiquc contribuent à mieux faire connaître les épidémiés régnantes , et jamais on n'avait signalé autant de ma-ladies pestilentielles. L'anatomie jette quelque lueursur la pathologie , lueur bien faible, il est vrai ; et less résultats nécroscopiques sont enregistrés avec quelque soin. Les recherches surlaséméiotique, les opinions émises sur la théorie des crises et des jourss critiques soulèvent des discussions favorables auj retour de la médecine d'observation.

En d'autres termes, c'est une répugnance caractéristique pour les erremens du moyen âge ; c'est laj tendance des esprits vers le positif en médecine et l'observation des faits ; ce sont les recherches et lesf travaux du seizième siècle qu'il s'agit d'exposer.

§ I. Des humoristes et de l'influence de la philosophie de Ramus sur la médecine.

La lutte engagée au quinzième siècle, entre rigno-> rance superstitieuse et la liberté de penser, se décidfi en faveur de celle-ci dans le siècle suivant. La biem veillante protection des papes et des princes d'italit pour les savans de tout genre donne une impulsior nouvelle aux lettres, aux sciences et aux arts; impul | sion qui à la vérité aurait eu les plus grands résultats^ si elle n'avait été dirigée presque entièrement par lerl Grecs réfugiés en Italie. Ils crurent ne pouvoir mieur

faire que de ramener les esprits à l'étude d'Aristote , de Platon , d'Hippocrate et de Galien , qu'ils regardaient comme des modèles inimitables et des oracles infaillibles.

Toutefois , par l'étude grammaticale des anciens , si profonds observateurs de la nature, on revenait indirectement à la méthode expérimentale, en se dégageant de la dialectique des scolastiques. La renaissance des lettres et des sciences en Italie se propagea par les relations commerciales et par l'ascendant de quelques génies de celte époque en Allemagne , en France et en Angleterre.

L'enseignement médical roulait sur l'explication des ouvrages des anciens avec cette grande différence qu'au lieu de les faire connaître par des traductions barbares , on expliquait Hippocrate et Galien dans la langue originale. Grégoire Volpi , le premier de cette époque, est auteur d'un recueil intitulé Articella, dans lequel on trouve une traduction assez exacte de plusieurs écrits d'Hippocrate et des observations qui ne sont pas dénuées de tout intérêt.

N. Leonicenus, restaurateur de la médecine hippocratique , s'éloigne le premier de la barbarie scokstique et montre beaucoup d'indépendance dans fies écrits sur les anciens, principalement sur ceux de Pline et d'Avicenne dont il fait ressortir les inexactitudes. Th. Linacer, disciple de l'école d'Oxford et médecin d'Henri VItl, fit d'heureux efforts pour épurer le goût des Anglais dans les sciences. Ses compatriotes lui sont redevables en outre du collège

de médecine qu'il fonda à Londres ; Le Bâlois Guillaume Roch, docteur de la faculté de Paris, imite Leonicenus et Linacer par sa pureté de goût pour les anciens et la critique. Jean Gonthier, professeur de médecine et d'anatomie à Paris , publie de bonnes traductions des écrits de Galien et de plusieurs autres médecins de l'antiquité. Jean Haguebut ou Hayupol fait mieux encore pour répandre en Allemagne le goût de l'étude et de la critique d'Hippocrate; et Fuchs ne laisse échapper aucune occa-sion de démasquer les Arabes, de rappeler ses; contemporains aux sources des vraies connaissances; médicales, et de rétablir la médecine hippocratique..

Jean de Gorris ou Gorrœus fait preuve de con-naissances solides dans son édition de quelques; livres d'Hippocrate et dans ses propres observations. . Houllier ou Hollerius se distingue par une critique savante , de judicieuses remarques, dans sa traduction des prénotions coaques, et ses commentaires» sur les aphorismes.MaisL. Duret, excellent médecin,, porte l'école hippocratique au plus haut point de? splendeur et surpasse de beaucoup Houllier, soni maître.

Anuce Foës de Metz, condisciple et heureuxx émule de Duret, a donné de tous les écrits d'Hippocrate la traduction la plus estimée de celles que nous connaissons. J. Manard s'attache dans seslettres à expliquer les passages obscurs des médecins! grecs et à rappeler l'attention sur la marche de la nature. L'Allemand J. Lange s'élève aussi dans un

style très correct contre les erreurs de son temps , et en particulier contre l'uromancie.

Tandis qu'on mettait tant de zèle, au seizième siècle , à ramener à l'étude des médecins de l'antiquité, on cherchait aussi à distinguer les écrits authentiques d'Hippocrate de ceux qui sont apocryphes. Tant d'efforts de la part des critiques n'eurent pas le succès désirable. Mercurialis, qui fit une édition des œuvres d'Hippocrate bien inférieure à celle de Foës , mérite une place distinguée parmi les médecins humanistes, quoique ses ouvrages portent l'empreinte de l'esprit d'imitation servile. Deux de ses compatriotes , Montanus et Marsille Cagnati , se rendirent encore célèbres par leur érudition, leurs traductions d'ouvrages anciens et par la publication de leurs observations particulières.

Le goût de la critique, né en Italie et en France, se développa, ainsi que l'esprit d'observation, en Aile magne, en Angleterre et en Espagne. Mais dans cette dernière contrée , la médecine hippocratique rencontra de puissans obstacles , tant les Espagnols étaient attachés au système des Arabes. L. Mercado, médecin de Philippe II, en fournit une preuve incontestable dans ses écrits. Il n'est question que de subtilités scolastiques traitées par fois dans un style très bizarre.

Ramus ou Pierre de la Ramée, professeur à Paris, se déclare antagoniste des scolastiques, vers le milieu du seizième siècle. Il introduit une meilleure méthode dans la manière d'écrire, et fait sentir com-

bien il importe de bien établir la définition et la division des sujets que l'on se propose de traiter.

Jean Fernel d'Amiens fait application de cette méthode à la médecine qui l'a inscrit parmi ses réformateurs. Il le mérite par ses grandes connaissances et pour avoir rétabli la liberté de penser ; car il rejette tout ce qui lui paraît faux , même dans Galien , Hippocrate et Aristote. Dans sa physiologie, îl prouve par ses recherches anatomiques, contre l'opinion de Galien que le péritoine ne fait que s'allonger sans se déchirer, lors du passage des testicules par les anneaux inguinaux; et il soutient, contre Aristote , que l'âme a son siège dans le cerveau. En pathologie il considère les solides , les fluides et les fonctions. La cause éloignée réside dans les humeurs, la maladie dans les solides, et les symptômes dans les fonctions. On doit, suivant lui, chercher la cause du mal dans le corps et non dans les humeurs altérées par l'affection. Fernel , qui accepta à regret la place de médecin du roi dans la crainte qu'elle l'éloignât trop de ses études, rendit de très grands services à la science et recueillit plusieurs observations intéressantes.

Duret, Foès, Raraus, Fernel, Brissot, sont des médecins du seizième siècle qui font honneur à la France. On est heureux d'inscrire ses compatriotes parmi les premiers savans du monde. Puisqu'une §i belle réputation se reflète sur le corps des médecins , chacun doit y contribuer.

§ II. Influence des écoles Hippocratiques , des conciliateurs et des disputes scolas tiques sur la médecine.

Les contestations animées qui s'étaient élevées sur le mérite des doctrines des anciens médecins comparées à celles des Arabes et l'abandon de cellesci firent sentir leur beureuse influence dans la pratique de l'art. Des médecins conciliateurs vinrent avec l'intention d'expliquer la discordance signalée entre les principes des Arabes, et ceux des anciens Grecs. Symphorien Champier ; Rorarius ; Vallesius ; Alexandrin deNeustain; J-B, Sylvaticus publièrent des commentaires dans lesquels ils s'efforcèrent de juger , d'expliquer , de rapprocher même forcément les idées disparates ou absolument contradictoires des médecins grecs et arabes. Le livre de Sylvaticus est remarquable surtout en ce que l'auteur s'efforce de faire disparaître les contradictions que l'on rencontre dans les écrits des anciens Grecs , et parce qu'il veut que l'on fasse usage du raisonnement et de l'expérience.

Cette comparaison de principes divers ; ce libre examen des opinions dominantes , allumèrent peut être le fatal bûcher qui dévora Michel Servet, trop grand philosophe pour être apprécié de ses contemporains superstitieux. Il naquit en iSoq , en Aragon, fit ses humanités à Toulouse, et ses études médi-

cales à Paris , où il se rendit en 1 534- Il exerça la médecine dans plusieurs villes de France et fut en butte à l'implacable inimitié de Calvin , qui parvint à le faire périr dans les flammes à Genève, en i553. Vous verrez reparaître ce savant martyr de la liberté de penser , quand nous examinerons les découvertes anatomiques de cette époque. Servet fit des cours publics à Paris et un ouvrage célèbre et extrêmement rare sur la nature des sirops dont les Arabes , comme vous savez , étaient très grands partisans, puisqu'ils les employaient dans toutes les maladies aiguës pour favoriser la coction. On les rejetait alors à mesure que la médecine hippocra tique reprenait l'ascendant; et c'est là ce qui suggéra à Servet l'idée d'écrire ce livre dans lequel il s'attajche surtout à l'examen de la doctrine de la coction.

Pour se faire une idée plus exacte de l'époque que nous étudions, il faut s'arrêter aux disputes qui s'élevèrent à l'égard du lieu où l'on doit faire la saignée dans la pleurésie. Jusque là, dès le début de la maladie , on avait ouvert la veine la plus éloignée , celle du côté opposé au point douloureux , et on laissait couler le moins de sang possible , dans la crainte qu'au commencement de la maladie, au moment de l'afflux des humeurs dans la partie affectée , la saignée faite dans son voisinage ne les attirât davantage et qu'en évacuant trop de sang il ne s'ensuivît une trop grande faiblesse. On croyait en outre que le moyen le plus sûr de guérir les inflammations était de ramener les humeurs vers le

lieu d'où elles provenaient. Quand la maladie était plus ancienne et s'il n'existait aucune affection locale , on faisait la saignée du côté souffrant , mais avec beaucoup de réserve. Le précepte en avait été donné par Oribase et l'on avait fini par ne plus saigner que du pied, en laissant suinter le sang goutte à goutte dans les pleurésies, même les plus aiguës.

Pierre Brissot , médecin de Paris très versé dans, l'étude de la littérature grecque, osa le premier combattre ce préjugé , l'expérience lui ayant appris , en i5i4, dans le cours d'une pleurésie épidémique, combien la saignée lui avait été utile. Villeneuve et Helin se rangèrent à son opinion ; mais de nombreux antagonistes, partisans aveugles des Arabes, s'élevèrent contre lui, et furent en partie cause de son émigration en Portugal où les succès incontestables qu'il obtint de la saignée faite largement dans les fluxions de poitrine lui suscitèrent de nouveaux ennemis. Il composa alors son apologie qui immortalisa son nom. Il enseigne que toutes les inflammations n'exigent pas que l'on fasse la saignée dans un lieu éloigné de leur siège ; que la différence de distance entre le point douloureux dans la pleurésie et le bras droit ou gauche, n'est pas aussi considérable qu'on pourrait le croire d'abord. Il donne ensuite d'autres raisons moins bonnes ou tout à fait hypothétiques à l'appui de son principe très judicieux. Il mourut de la dysenterie, en son ouvrage fut publié , trois ans après sa mort , par son ami Luceus d'Ebora. Cet écrit polémique , marqué

au coin du génie, fut le sujet de contestations tellement vives et acharnées que l'empereur Charles Quint fut supplié de rendre un décret portant défense de saigner à la manière des Grecs et deBrissot. Mais on n'y parvint pas, et il ne fallut peut-être pas moins que la mort de Charles III ou celle de son fils aîné , à la suite d'une pleurésie contre laquelle on avait fait la saignée suivant le préceptf» des Arabes, pour discréditer leur méthode , et donner plus d'appui aux opinions de Brissot.

A. Thurinus , de Pescia, médecin des papes Clément VII et Paul III , s'éleva le premier en Italie , contre l'illustre praticien français, par de vains argumens ; L. Panizza ; César Optatus ; B. Victorius ; Mariano Santo de Barietta, chirurgien lithotomiste ; Donat Antoine d'Altomari , attaquèrent l'excellent principe de Brissot par des argumens rebattus ou dénués de toute justesse et par fois dans un très mauvais style. J. Argentier le combattit violemment et s'attacha surtout à réfuter l'opinion que la révulsion et la dérivation peuvent être déterminées par la saignée d'un seul et même vaisseau.

N. Manard , de Séville , admit le principe du médecin français avec quelques restrictions ; cependant Horace Augenius; Gonthier d'Andernach; Thomas Eraste, antagoniste célèbre de Paracelse; Victor Trincavelli; J-B. Sylvaticus, le conciliateur; sont autant d'apologistes plus ou moins diffus et subtils du procédé arabe , se donnant beaucoup de peine pour prouver qu'on ne peut opérer la déri-

vation et la révulsion en ouvrant la même veine.

La secte des Arabistes outrés se discréditait, et les partisans de Brissot se montraient moins exclusifs. Mathieu Curtius, qui se fit pourtant saigner dans un cas de pleurésie d'après la méthode des Arabes , contre sa propre opinion; J. Manard ; Léonhard Fuchs, qui s'appuie sur une prétendue direction des fibres dans les veines, sur les qualités bonne et mauvaise du sang dans la pleurésie ; Taddœus Dunus qui fit ressortir l'absurdité du raisonnement de Fuchs sur les fonctions des fibres longitudinales dans les veines; François Cassani ; étaient partisans des principes des Grecs et de Brissot au sujet de la saignée dans la pleurésie. Jérémie Drivère adopta une opinion mixte entre celle des Arabes et de Brissot.

Les démonstrations d'André Vésale, sur la naissance et la terminaison de la veine azygos, donnèrent une autre tournure aux discussions très animées de ce temps là. Mais en i 547 ' -^na^tus Lusitanus, conr^ firma , par l'ouverture de douze cadavres , l'existence des valvules , que J.-B. Cannani lui avait indiquées à l'orifice de la veine azygos; et cette importante découverte, qui pouvait mettre sur la voie de la circulation , quoique mal appréciée, influa puissamment sur la célèbre dispute qui nous occupe. La doctrine de Brissot comptait tous les jours de nouveaux partisans qui se vantaient d'être de vrais médecins hippocratiques. Christophe de "Vega et surtout Botal ; l'immortel A-Paré , Jérôme Mercurialis; François Vallesius, Valleriola, Alexandre Massarin , etc. , appli-

quèrent les principes de Brissot à d'autres inflammations que celles de la poitrine, particulièrement aux plaies de tête, et les bons effets qu'ils en obtinrent valurent à cette raétiiode un suffrage bien légitime.

§ III. Des maladies et des médecins principaux du

seizième siècle.

Le rétablissement des grands principes d'Hippocrate ramenait l'attention des praticiens sur la marche de la nature , sur l'observation des faits. Le modèle des observateurs trouve de dignes interprètes dans quelques grands génies du seizième siècle , qui tâchent d'observer avec autant de justesse , et de recueillir des observations aussi excellentes que les siennes. On s'affranchit des préjugés dominans :on cesse d'écrire dans Tunique intention d'expliquer Rhazès , Avicenne et les sentences arabes. « L'observateur, dit Zimmermann, ne doit expliquer la nature que par la nature elle-même , et celui qui veut en sonder les mystères avec des hypothèses , la distingue au travers de ses opinions , comme un ictérique voit tout l'univers au travers de la bile qui colore ses yeux. Aussi les idées arbitraires et les théories adoptées sans examen produisent-elles chez le médecin le même effet que les passions chez l'historien. Elles couvrent d'épaisses ténèbres les yeux les plus clairvoyans; elles anéantissent les facultés de l'esprit le plus brillant; elles font disparaître l'exac-

titiide de toutes les observations ; elles confondent ensemble la folie et la raison. Ce sont des tyrans contre lesquels on doit se révolter. »

Les signes des maladies étant mieux appréciés , la sémiotique se perfectionne. Les Grecs de l'antiquité, pris pour modèles dans l'étude des maladies décrites par eux, servent encore de guides quand on s'occupe de celles dont ils n'ont rien dit.

La lèpre, plus connue et mieux traitée, semble devenir moins commune et disparaître à mesure que la syphilis se propage. Ph. Schropff, de Strasbourg, prétend que la syphilis invétérée ou mal traitée dégénère en affection lépreuse. Fernel se livre à des recherches sur ses propriétés contagieuses qui prouvent son savoir et son tact médical. Beaucoup d'autres médecins d'Europe font connaître les résultats de leurs travaux et surtout les succès qu'il doivent à une méthode plus rationnelle appliquée au traitement des espèces différentes de maladies lépreuses.

La syphilis se montre sous des formes hideuses, en faisant des ravages horribles. Sa manifestation favorise même la méthode expérimentale et l'esprit d'observation caractéristiques du seizième siècle. J. Vigo , chirurgien du pape Jules II , fait remarquer la différence notable de la syphilis commençante ' et de celle qui est complète ou invétérée. A. Paré découvre la vraie cause des dysuries chroniques qui sont l'effet d'urétrites (blennorrhagies) invétéi rées. Paracelse, qui l'attribue uniquement à la dé- ! bauche si commune de son temps , fait voir l'in-

fluence fâcheuse de la maladie vénérienne sur toutes les autres, les changemens qu'elfe y occasionne et les affections chroniques qui en sont la suite. Je vous épargne les contes ridicules qui ont été inventés sur son origine , sa propagation par cent moyens divers, autres que ceux qui la communiquent en effet.

Le traitement de la syphilis fut , ce qu'il devait être , modifié suivant les principes et la manière de voir de chaque médecin. Le mercure , fort usité contre la lèpre, le fut aussi contre la syphilis qui avait beaucoup d'analogie avec elle. Mais Fernel prétend que ce remède est une invention du char-* lafanisme et 'que ses avantages sont fort incertains. Quoi qu'il en soit, le mercure en fumigations, en frictions, à l'intérieur, fort usité parmi les chirur giens de cette époque est aussi administré par beaucoup de médecins. Le célèbre botaniste P-A- Mathiole, paraît être le premier qui ait prescrit le mercure à l'intérieur, et Paracelse , qui le recommande de préférence à tous les autres moyens, indique le précipité rouge , le nitrate de mercure , le mercure doux et le sublimé comme les préparations qu'il faisait prendre par la bouche. Le gaïac dès iSiy, la squine, la salsepareille , le sassafras et une foule d'autres végétaux sudorifiques ; les bains de vapeur et autres ; divers opiats; l'eau de chaux comme topique; un mélange d'or et de subUmé de l'invention de Paracelse, furent employés avec des succès variés contre la syphilis.

Vous avez dû remarquer , dans l'histoire de la-

médecine au quinzième siècle , que le scorbut fut aussi regardé comme maladie nouvelle. Il serait possible que la même dénomination ait été imposée à des maladies bien différentes, notamment à des épidémies de fièvres dites adynamiques , à raison de l'esprit d'innovation qui dominait alors. J. Echt fait savoir à J. Lange que le scorbut règne épidémiquement à Cologne, vers le milieu du seizième siècle, et ce dernier n'épargne aucun soin pour découvrir des traces de la maladie dans les écrits des anciens. Baudouin Rouss croit en apercevoir dans quelques écrits d'Hippocrate et de Pline. J. Wyer fait des observations pleines de justesse et d'intérêt sur cette maladie contre laquelle Dodoens, professeur à Leyde, recommande le cocbléaria. Le flamand H, Brucaens la regarde comme héréditaire. Il fait remarquer que les fièvres intermittentes , les hydropisies et le marasme prennent quelquefois un caractère scorbutique. B. Brunner et S. Alberti en parlent plutôt sur les témoignages d'autrui que d'après leurs propres observations. Beaucoup d'autres médecins européens parlent aussi du scorbut et de plusieurs autres maladies avec lesquelles ils lui trouvaient une analogie frappante.

La coqueluche devint aussi tellement fréquente au seizième siècle que beaucoup de médecins la regardaient comme une maladie nouvelle, quoiqu'elle eût régné épidémiquement en France, dans le siècle précédent. On n'est pas d'accord sur le motif qui lui a valu sa dénomination et l'on pour-

rait bien avoir pris le croup pour la coqueluche, d'après les assertions d'écrivains divers, d'après celle-ci surtout : « La coqueluche moissonna un nombre prodigieux d'enfans, et on lui donna le nom de mal de poule (hûhnerweh), parce que les malades , en respirant , rendaient un son analogue à la voix d'un jeune coq. » La différence très notable de mortalité entre les épidémies désignées sous le nom de coqueluche fortifie notre opinion.

Pendant le seizième siècle , on observa en outre des pneumonites et des pleurites épidémiques ou compliquées qui furent mieux caractérisées. Les ouvertures de cadavres apprirent pour la première fois que l'inflammation du parenchyme pulmonaire se joint facilement à cellé de sa membrane séreuse. On signala celles de ces épidémies dans lesquelles la saignée n'avait pas d'heureux effets, et l'on proposa des remèdes végétaux ou minéraux pour les combattre.

Deux autres maladies différentes , quoique désignées par la dénomination commune de maladie hongroise et qui paraissent être deux espèces de typhus, fixèrent encore l'attention. Th. Jordan, chirurgien en chef de l'armée impériale de Maximilien II, fit mieux connaître qu'aucun autre de ses contemporains les symptômes qui la caractérisent. (( Une violente céphalalgie et des spasmes très douloureux de l'estomac étaient les premiers symptômes par lesquels débutait l'affection. Le visage devenait blême, les traits se décomposaient, la langue se

couvrait d'une couche noire et sèche, le malade était privé du sommeil, et avait la voix tremblante. Les spasmes de l'estomac dégénéraient souvent en coliques insupportables. La fièvre s'annonçait par un froid suivi d'une chaleur dévorante, et dès le premier accès, le malade tombait dans une prostration extrême, signe certain de la malignité du mal. Un délire tranquille ou furieux alternait avec l'état comateux, ou dégénérait en léthargie, souvent même en dysenterie ou en angine gangréneuse. » Les remèdes violens , que l'on opposa à la maladie hongroise, étaient peu propres à soulager et guérir les malheureux qui s'en trouvèrent atteints.

R. Sprengel fait encore mention d'une autre maladie désignée sous le nom de raphanie et qui fixa d'une manière particulière l'attention des médecins du seizième siècle, bien qu'elle ne dût pas être nouvelle, puisqu'il paraît qu'elle provenait de la mauvaise quahtédes grains. J. César parle d'une maladie- dangereuse survenue à Marseille par la mauvaise qualité des grains et la disette de bon blé. Galien dit aussi que la rouille, la gangrène et l'altération du blé donnent naissance à des maladies pestilentielles. Quoi qu'il en soit, c'est en t556, i58i, i588, iSqS et i 596, qu'elle se manifesta sous des formes diverses dans le nord de l'Europe. L'histoire de la raphanie présente des symptômes trop insolites, des remèdes trop bizarres, pour que leur examen puisse faire juger de sa nature.

Parmi les maladies pestilentielles d'alors, il faut

mentionner la fièvre pétéchiale, quoiqu'elle ait été signalée bien évidemment par divers écrivains de l'antiquité. Ce qui contribua peut être à la faire croire nouvelle, c'est que les médecins considéraient alors les pétéchies comme une affection essentielle. En i5o5, elle régna épidémiquement dans la Haute- Italie, où elle fut très meurtrière. Elle débutait par des accidens peu graves à la suite desquels se montrait une prostration extrême , la pesanteur de tête avec affaiblissement des sensations; délire et rougeur des yeux; puis l'apparition des taches cutanées, du quatrième au septième jour. Le malade tombait dans l'état comateux ou dans une insomnie absolue. Il y avait rétention d'urine et des hémorrhagies qui épuisaient les forces et hâtaient la mort.

Cette maladie reparut dans l'hiver de 1 627 à 1 528, à la suite d'inondations , de vents du sud et d'une saison nébuleuse et humide qui favorisèrent sans doute son développement. Celle qui ravagea l'ouest de la France , et particulièrement les villes de Poitiers, Angoulême, La Rochelle et Bordeaux, en i SSy, . survint en mai , et se prolongea jusqu'à la fin de l'automne. Coyttarus en trace un tableau fidèle, et il s'efforce de démontrer que cette fièvre pétéchiale n'était pas la même que la peste, bien qu'elle offrît; une malignité très prononcée. Une épidémie nou-velle de fièvre pétéchiale ravagea aussi la Lorabardic pendant l'hiver de 1687 et enfin, la ville de Trente^ en 1 591.

Des écrivains prétendirent que les pétéchies étaienttj

un des caractères spéciaux de la vraie peste, dont le nom était généralement appliqué à bien des maladies épidémiques; car il n'y a pas d'époque où l'on signale autant de maladies pestilentielles que durant le seizième siècle. L'extension générale et le fréquent retour de la peste ainsi que l'esprit de l'école hippocratique, qui présidait aux recherches sur la nature de cette maladie, permirent aux observateurs d'en donner une meilleure description et d'en développer plus exactement les causes et le traitement.

Pendant l'épidémie pestilentielle de 1 5iS , les ma- ; lades mouraient communément vers le sixième jour.

En i534, elle fut tellement violente dans le midi ide la France, que ceux qui en furent atteints sucicombaient presque subitement sans laisser aperce- • voir la plus légère trace d'une affection quelconque. Il serait trop long de relater ici les ravages des maladies pestilentielles chez presque tous les peuples d'Europe et d'Afrique; leurs symptômes, leurs complications et tous les moyens curatifs qu'on leur opposa. Entre autres observations très judicieuses de l'excellent A. Paré sur la peste de Paris, on trouve jque l'épidémie s'aggravait toujours après un grand orage et que l'apparition des bubons après la fièvre était bien plus dangereuse que dans le cas contraire, ïl finit par conclure que le diagnostic de cette maladie présente beaucoup d'incertitude. Il en donne ipour preuve le fait suivant (i) : « Quelquefois aussi

(i) Œuvres , liv. xxir, p. 5-48.

les accidens se relaschent, et il semble que le malade se doive bien porter, faisant bonne chère : ce qui advint à vne des damoiselles de la reyne, nommée la Mare, le roy estant au chasteau de Roussillon , laquelle fut frappée de cette peste, ayant vn bubon en l'aîne, qui s'en retourna au-dedans, et le troisième jour disait ne sentir aucun mal , fors qu'une difficulté d'urine ( à cause de l'inflammation qui occupait les parties dédiées à l'urine), se pourmenant par la chambre, avec bonne ratiocination , toutes fois ce jour mesme rendit l'esprit a Dieu : qui fut cause de nous faire promptement débusquer du dit lieu. ))

Les opinions furent très divergentes sur la nature des maladies pestilentielles. Les uns en cherchaient la cause prochaine dans l'air, la constitution atmosphérique , les émanations malfaisantes des matières animales et végétales en putréfaction. On considérait la putrescence des humeurs comme la cause t interne. Mais Fernel fut un de ceux qui s'élevèrent contre Cette opinion et prétendirent que la maladie t provenait d'une cause occulte, vénéneuse, inexplicable, ou qu'elle était un effet immédiat de la puissance divine. Le bon Paré lui-même y croyait. Ce i fut pis encore au sujet de sa propriété contagieuse et sur la prédisposition à contracter cette maladie. Quant au traitement, le but principal des médecins d'alors paraît avoir été de régler scrupuleusement le régime, de proposer des antidotes et des préservatifs plus ou moins inefficaces. Ceci suffit pour ca-

ractériser les opinions dominantes sur les naaladies épidémiques ou pestilentielles du seizième siècle : de plus longues élucubrations intéresseraient seulement ceux qui se proposent d'en faire une étude spéciale.

Après avoir donné des preuves du retour à la médecine d'observation par l'examen des maladies du seizième siècle, il convient d'énumérer succinctement les praticiens les plus distingués. Le Vénitien N. Massa est un des premiers observateurs de cette époque. Indépendamment de ses réflexions sur la syphilis et la peste, il en fait qui sont tout-à-fait neuves sur le tic douloureux. Il rapporte l'histoire d'une femme de soixante ans que l'on croyait hydropique et qui accoucha d'une fille sans yeux ni bras. L'auteur attribue cette monstruosité à l'âge avancé de la mère. Souvent il fait plier les faits sous un système préconçu. On s'en aperçoit dans ses lettres surtout.

Le Portugais Amatus fit un volumineux recueil d'observations parmi lesquelles il s'en trouve de judicieuses et beaucoup qui décèlent trop de crédulité et l'envie d'étaler une vaine érudition. Il soutient qu'il n'existe point de signes à l'aide desquels on puisse reconnaître le sexe du foetus. Il rapporte le cas d'une aphonie produite par l'abus du sublimé qui avait corrodé les nerfs récurrens : celui d'une dysenterie guérie par la cohabitation et plusieurs autres qui ne sont pas dépourvus d'intérêt.

J. Crato de Craftheim, qui devint médecin de trois empereurs, jouissait de la plus haute réputation. Ses productions les pins remarquables sont une

courte thérapeutique , à l'imitation des Grecs , et son introduction à l'art médical. Nous avons de lui l'observation d'une guérison complète et très remarquable d'une goutte confirmée, par la diète lactée et un régime très sévère. Il rejette les substances styptiques tant vantées contre la dysenterie, et il recommande le mithridate , la gomme adragant et la terre sigillée. Aloysius Mundella, médecin célèbre et auteur d'un écrit intitulé les Dialogues et de lettres sur l'histoire de la matière médicale; Taddaeus Dunus, auteur des "mélanges de médecine; Y. Trincavella, auteur d'un recueil d'observations nombreuses, firent d'heureux efforts pour le rétablissement de la médecine grecque et du bon goût. Ils eurent surtout le mérite d'avoir discrédité la confiance aveugle que l'on avait dans les pierres précieuses, les émeraudes, les amulettes, etc.

F. Valleriola , médecin de Valence et ensuite professeur à Turin , recueillit aussi de nombreuses observations dont plusieurs sont fort intéressantes et d'autres surchargées d'érudition. On distingue, parmi les cas les plus remarquables, celui d'hydatides volumineuses simulant une grossesse : celui de la guérison d'une gangrène du scrotum, et enfin il parle de l'inflammation de la colonne vertébrale. Régnier Solenander, médecin du duc de Clèves, est auteur d'un recueil d'observations surchargées d'érudition et de fàits extraordinaires. Diomède Cornarus, professeur à Vienne et médecin de Maximilien II, montre une prédilection non moins grande pour les cas raerveil-

leux et les observations triviales. Les qualités essentielles pour êtr3 bon observateur étaient alors trop peu connues. Il faut dire cepe"hdant que D. Cornarus donne la première observation connue d'une fièvre dysentérique intermittente ou mieux d'une dysenterie ayant le type intermittent.

Pour bien connaître les maladies, il faut les observer attentivement et en étudier les effets sur les cadavres, sans abuser cependant de l'anatomie et sans confondre l'effet avec la cause de la maladie. On s'en aperçut au seizième siècle. L'anatomie renaissante eut une influence marquée sur la pathologie. Les résultats des nécroscopies furent recueillis avec soin. On appela l'attention des magistrats sur les avantages que la médecine retirerait de leur fréquente répétition. Bartholomée Eustache apprécia, l'un des premiers, les secours importans que les ouvertures de cadavres promettaient à l'art de guérir. Yolcher Coyter désirait qu'il fût permis aux médecins d'ouvrir les cadavres des personnes mortes de maladies graves et occultes. Marcellus Donatus reproche à ses confrères d'être retenus par le dégoût, et de croupir dans l'ignorance plutôt que de scruter péniblement la vérité. Cette heureuse direction des praticiens vers l'étude de l'anatomie

pathologiqueet les faitsqu^lsy découvrent ébranlent une trop longue confiance en des préjugés funestes et dans 1 autorité de GaUen. J. Kentmann, médecin . célèbre de Dresde , fait un recueil précieux d'observations sur les pierres trouvées ailleurs que dans les

la.

voies uriiiaires regardées jusque là comme les seules parties du corps susceptibles d'en offrir. En même temps Marcellus Donatus , Schenck , Forestus , prou- ,yent par leurs recherches d'analomie pathologique el contradictoirement à Galien que le cœur est susceptible de s'enflammer , de suppurer, de s'ulcérer même sans que la mort s'en suive immédiatement.

Nons devons à Rembert Dodoens des travaux précieux sur l'anatomie pathologique et la révélation de faits très intéressans dont quelques-uns répandirent la première lueur de vérité sur la théorie des commotions du cerveau. J. Schenck de Graffenberg, médecin à Fribourg, se distingue surtout par la publication impartiale de nombreuses observations ■manuscrites qui lui sont envoyées par des médecins alleniaiids. Féhx Plater, professeur à Bâle et médecin.du Margrave, se distingue également par un recueil d'une multitude d'observations dont plusieurs sont accompagnées de la description des altérations pathologiques découvertes après la mort.

. P. Foreest, plus communément appelé Forestus, avait étudié dans plusieurs académies célèbres et fréquenté de grands hôpitaux. Cet écrivain classique est remarquable par l'exactitude historique de ses observations et le soin qu'il prend d'exposer les phénomènes les plus ordinaires des maladies, avec la fidélité et la simplicité d'un praticien très-éclairé. Son ouvrage est très-remarquable par rapport aux faits qui révèlent les sympathies, et sn\x recherches • nombreuses d'anatomie pathologique riuxqnellès il a

dû se livrer. P. Salius Diversiis paraît avoir signalé le premier l'inflammation de la substance corticale du cerveau , et fait voir en quoi elle différait de la frénésie, et celle-ci de l'apoplexie. Suivant lui, la goutte n'est pas produite par un principe morbifique unique , et la cause en réside non dans le cerveau, mais dans l'estomac. Marcellus Donatus, trop crédule sur des récits qu'il adopte sans critique, s'affranchit cependant de l'autorité des anciens. Il réfute les écrivains grecs qui regardaient la goutte comme incurable chez les personnes avancées en âge. Il fait remarquer que les plaies de téte sont suivies quelquefois delà disparition de l'épilepsie, et que l'apoplexie peut être provoquée par la vapeur du charbon. Vers cette époque, plusieurs médecins, nommément Fernel, Douatus, Codronchi signalèrent les symptômes et les altérations pathologiques d'une maladie chronique de l'estomac qui affecte plus particulièrement le cardia, et pourrait biéii être de nature squirrheuse.

Remarquez enfin que les observateurs du seizième siècle s'attachèrent à l'étude des cas extraordinaires, préférablement à celle des plus communs; que l'influence de 'la constitution atmosphérique n'était point assez appréciée par eux qui s'attachaient enr core aux qualités élémentaires dans l'emploi dés moyens curatifs.

§ IV. Des travaux sur la sérnîo tique et des ouvrages

de médecine.

De tout temps la science qui traite des signes des maladies a été considérée comme indispensable à celui qui veut exercer l'art de guérir. Mais pendant un trop long intervalle , les principes si bien tracés par Hippocrate et les anciens Grecs furent mal appliqués ou faussés; et les médecins du seizième siècle commirent eux-mêmes la faute grave de les croire d'une application générale. La doctrine des jours critiques appelle l'attention des médecins de cette époque. Amatus de Portugal adopte entièrement l'opinion que les nombres possèdent une force, en vertu de laquelle certains jours sont critiques. Il regarde le septième comme l'étant par excellence. C'est un ultrà-pythagoricien.

Presque tous les médecins d'alors rejetèrent cette théor'e, en essayant d'expliquer les jours critiques par des raiions astrologiques; et comme le nombre sept joue un grand rôle dans le calcul des jours, ils y virent une analogie frappante avec les phases de la lune qui se renouvellent aussi tous les sept jours. D'autres raisons moins plausibles encore furent alléguées par ces astrologues péripatéticiens trèsnombreux, et qu'il est inutile de nommer.

J. Fracastor , praticien distingué et excellent écrivain , imagine une théorie des jours critiques que

l'auteur de l'Histoire de la Médecine qualifie de fort ingénieuse , mais qui vous paraîtrait mieux placée dans les Contes arabes, si Ton vous en faisait l'exposition. L. Lemos, dans son Traité du Pronostic, attribue l'intensité de la maladie à la différence du principe morbifique, ainsi que P. Alpin qui a aussi égard à la prédominance de l'humeur élémentaire. Jodoc Lomm paraît être du même avis , contrairement à Joubert.

La doctrine des signes de l'état morbide fournis par l'urine est aussi un sujet de sémiotique qui occupe beaucoup les médecins d'alors , car les arabistes prédisaient d'après l'inspection des urines, et il fallait le retour à la médecine d'Hippocrate pour opérer une salutaire réforme à cet égard. C. Cléraentinus , Ch. Clausa , Euricius Cordus s'élevèrent des premiers contre l'ouroscopie. F. Emeric démontre combien les signes tirés du pouls sont préférables à ceux qu'on prétend tirer de Turine, -et Bruno Seidel fait voir qu'une foule de circonstances accidentelles modifient l'état des urines. G. -Ad. Scribonius , J. Lange , P. Forestus , S. Koelreuter , L. Botal prouvent, chacun à sa manière, qu'on ne peut reconnaître les maladies par l'inspection des urines, et que leur examen dans quelques cas seulement peut en aider le diagnostic. Leurs réflexions judicieuses trouvèrent cependant de nombreux contradicteurs et des partisans entêtés de l'ouroscopie.

Les signes tirés du pouls sont aussi examinés ave>c une attention nouvelle. J. Struthius, médecin dji

roi de Pologne, traite de l'art sphygrnique d'une manière trop subtile pour parler de ses écrits, ni de ceux de L. Rogani, qui reproduit les opinions de ce médecin dans son commentaire sur les livres du pouls de Galien. Fyens fait des remarques intéressantes sur la sphygmomancie; mais il avoue n'avoir pu saisir la différence établie par Galien entre le pouls fréquent et le pouls vite, et il trouve trop subtile la distinction du pouls caprisant qui est l'opposé du pouls dicrote.

P. Alpin , observateur fidèle de la nature , augmenta ses connaissances médicales par de longs et utiles voyages. Il composa sur la sémiotique un ouvrage fort estimé par l'indépendance de son esprit , pour les opinions dominantes et l'autorité des anciens écrivains , Hippocrate excepté. Les observations de J. liOnim, élève de Fernel, et médecin à Tournay, puis à Bruxelles , presque aussi estimées que la sémiotique de P. Alpin, contiennent le précis des signes propres à faire reconnaître chaque maladie et ses terminaisons diverses, La méthode synthétique dont il use , lui fait déterminer les signes avec plus de précision , ainsi que les circonstances dans lesquelles ils indiquent un changement; mais cette méthode n'est pas sans inconvénient. Cet excellent observateur écrivit aussi sur les fièvres à la manière d'Hippocrate. Th. Fyens, disciple de Mercurialis, médecin et professeur à Louvain , fait preuve d'érudition et d'une sagacité rare dans sa sémiotique. Il allie heureusement la synthèse et l'analyse. En par-

lant des signes anamnestiques, il enseigne connment on peut déterminer après la mort d'un blessé, si la plaie était ou non mortelle. Tels sont les auteurs principaux qui , par leurs écrits ou l'enseignement public , ont rendu des services à la sémiotique qu'ils ont créée, pour ainsi dire.

Voyons maintenant quels furent les écrivains du seizième siècle qui s'occupèrent spécialement de la pratique de l'art , et sur l'esprit desquels le génie d'Hippocrate eut une influence plus ou moins heureuse. Cl. Clémentinus publie des lucubrations dans lesquelles il expose la théorie et le traitement de la plupart des maladies aiguës , et une foule de préparations et de sirops composés. Il croit à la putréfaction du sang, et il s'efforce de la prouver par de longs raisonnemens. P. Bairo de Turin publie un compendium sous le titre de Venimecum^ dans lequel on ne trouve ni preuve de goût, ni trace de la médecine grecque, tandis que l'influence fâcheuse d'un empirisme outré et de la superstition arabique s'y décèlent à tout moment. Jason de Pratis écrit sur les maladies du cerveau dans un style incorrect et ampoulé, à la manière des Arabes et de Bairo. B. Veltori publie un abrégé de médecine incomplet sur le régime, les bains, etc. Cet ouvrage, qui ne vaut guère mieux que les deux précédens , est d'une prolixité insupportable.

Dubois ou Sylvius, savant fort érudit, qui professa la médecine à Paris, dans un âge avancé, fit aussi un abrégé de médecine. Sa grande habileté en

anatomie lui donna une célébrité si considérable, que l'on venait de toutes les parties de l'Europe, pour entendre ses leçons. D. -A. Altomar, professeur à Naples, puis à Rome, expose quelques principes qui lui sont propres, à l'égard des fièvresi, et il adopte l'usage reçu , en décrivant les maladies depuis la tête jusqu'aux pieds. Ch. de Yega écrivit ; un abrégé de médecine théorique et pratique, dans . lequel il se montre grand partisan de Galien. J. Fyens, , médecin à Anvers , fit un traité sur les flatuosités. . H. Augenius fit un abrégé de médecine bien supé- • rieur aux précédens , dans lequel il se livre à de fort t longues discussions sur la fièvre. Il se montre zélé' partisan de Fernel, et il préfère se servir de sa raison i plutôt que de suivre aveuglément les autorités mé-dicales. J. Riolan d'Amiens , professeur à Paris, fitt un abrégé de thérapeutique générale, et un autre: sur presque tous les sujets de médecine, N. Le Pois» fit un abrégé de médecine dont le mérite est fortl exagéré par Boerhaave , et qui n'est à vrai dire^ qu'une compilation.

Félix Plater est auteur d'un abrégé de médecinei intéressant, puisqu'il offre le premier essai de clas-sification dans lequel il divise les maladies en genresj et en espèces. Quoique sa méthode de ciassificationn soit extrêmement vicieuse, ce médecin suisse n'en.a; pas moins l'incontestable mérite de l'invention. J.- C. Claudini, professeur à Bologne, fit une intro-* duction à la pratique qui n'est qu'une compilatiom sur la matière médicale et la chirurgie. J. Hurnius,J

disciple de Duretet de Ramus , publia divers ouvrages qui se distinguent par une érudition classique , un jugement sain et un très bon style. Les deux iVidus Vidius, oncle et neveu, composèrent un abrégé làe médecine que l'on estime beaucoup. Guidi l'ancien, anatomiste distingué, composa aussi une introduction à l'art médical, ouvrage dans lequel l'auteur ne se montre pas toujours au niveau des connaissances de ses contemporains et fait preuve d'inexactitude. L. Settala ou Septacius composa divers traités dans lesquels on trouve des principes fort sages et la réfutation des opinions scolastiques. Ses idées sur le régime convenable dans les maladies xigués lui sont tout-à-fait personnelles. Elles roulent ,ur le choix des tisanes et il blâme hautement l'emdIoi du vin dans les maladies aiguës.

La plupart des Abrégés du seizième siècle, à queljues exceptions près, sont bien préférables à ceux iu siècle précédent. Remarquez que Plater fit le pre- Tiier essai d'une classification des maladies et que es médecins qu^ adoptèrent le plus généralement es principes d'HÎppocrale étaient Français et Italiens. L'Allemagne , qùoique la moins ignorante des contrées du nord de fEurope, n'avait point encore de Médecins comparables à ceux de ces deux peuples.

Page 1