LES DUCS DE JUERINGEN
intervalles, pendant environ deux siècles. Elles contribuèrent à augmenter encore l'influence des papes et du clergé, en même temps qu'elles affaiblissaient l'autorité des rois, qui abandonnaient le gouvernement de leurs états pour ces guerres lointaines, toujours ruineuses même quand elles se terminaient par des victoires. Elles furent également une cause d'affaiblissement pour la noblesse; les gentilshommes y périssaient en grand nombre ou s'y ruinaient; leurs serfs abandonnaient leurs terres pour prendre la croix sans qu'il fût possible de les retenir, si ce n'est en leur accordant quelques allégements à leur condition. Les croisades contribuèrent donc probablement à améliorer le sort des gens de la campagne, mais ce furent surtout les villes qui en retirèrent les avantages les plus marqués. Leur population s'accrut, parce que les serfs qui s'étaient croisés venaient s'y établir en revenant de la Terre-Sainte pour ne pas retourner sous l'obéissance de leurs maîtres. Les seigneurs, dans leurs besoins d'argent, vendaient ou engageaient leurs domaines aux villes, qui trouvaient ainsi de fréquentes occasions d'étendre leur territoire. En même temps, les croisades ouvrirent de nouvelles voies au commerce ; les productions de l'Orient commencèrent à se répandre en Europe, et le bien-être des habitants des villes allait ainsi en augmentant.
C'était la coutume de ces temps-là , que tous ceux qui suivaient la même profession formaient entre eux des corporations ou des confréries qui obéissaient à de certaines règles. A cette époque, on éprouvait le besoin de s'unir pour veiller en commun à bien des intérêts dont l'autorité s'occupe seule aujourd'hui. 11 eu était de même de la profession des armes; Les jeunes gens qui y étaient destinés entraient comme ccuyers, c'est-à-dire comme apprentis, au service d'un guerrier connu, puis, quand ils avaient appris sous sa direction tout ce que l'homme de guerre devait savoir, ils étaient reçus chevaliers et membres de la confrérie. Les plus grands seigneurs et les rois même se glorifiaient de ce titre. Les chevaliers avaient de temps en temps des réunions où l'on arrivait de près et de loin et où ils se livraient à des exercices et à des jeux guerriers dans les-