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CHAPITRE IX

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Albert d'Autriche, le seul des fils de Rodolphe qui lui eût survécu, était un homme dur, impérieux et avide de domination; son caractère inspirait la crainte et éloignait l'affection. Dès que la mort de l'empereur fut connue, les Waldslelten s'unirent entr'eux par une alliance perpétuelle; Zurich en conclut une autre avec Sehwytz et Uri. Albert ne succéda pas à son père sur le trône impérial; Adolphe, comte de Nassau, fut élu empereur.

Adolphe confirma les libertés des villes et celles des trois cantons. Albert, de son côté, travaillait, comme avait fait son, père, mais sans y apporter le même esprit de justice et de modération, à l'agrandissement de ses domaines héréditaires. Rodolphe avait acquis, l'année même de sa mort, les droits de l'abbaye de Murbach en Alsace sur la ville de Lucerne. Albert acquit à son tour ceux de l'abbaye de Seckingen sur le pays de Glaris.

Fribourg et Berne étaient fréquemment en inimitié. A cela se joignit maintenant que Berne avait embrassé le parti de l'empereur Adolphe, tandis que Fribourg était une ville autrichienne. Les Fribourgeois marchèrent contre Berne avec Louis de Savoie , baron de Vaud , Rollin , comte de Neuchâtel , bourgeois de Fribourg depuis 1290, le comte de Gruyères et un grand nombre d'autres seigneurs. Les Bernois n'avaient de leur côté que les Solcurois cl leurs voisins des terres de Kybourg. Sous le commandement d'L'Irich, châtelain d'Erlach, brave chevalier et guerrier expérimenté , ils marchèrent à la rencontre de l'ennemi et le joignirent près de la colline de Donnerbùhl. Leur nombre était bien inférieur au sien , mais les habiles dispositions de leur chef et l'impétuosité de leur attaque

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leur donnèrent la victoire. Ils ramenèrent dans la ville un grand nombre de prisonniers et déposèrent les bannières conquises dans l'église de Saint-Vincent. Le combat de Donnerbùhl eut lieu Tan (298.

Cependant la rivalité entre le duc d'Autriche et l'empereur finit par éclater en hostilité ouverte; Adolphe fut vaincu et perdit la vie dans la bataille. Albert fut élu empereur à sa place. A cette nouvelle, tous ceux qui avaient suivi le parti de l'empereur défunt furent saisis de crainte. Les députés que les Waldstelten avaient envoyés à Strasbourg auprès du nouvel empereur, revinrent tristes et soucieux , rapportant pour réponse , qu'il ne tarderait pas à leur faire des ouvertures sur les changements à apporter à leur étal.

En effet, l'empereur, quelque temps après, leur fit représenter, qu'entourés de tous côtés par ses domaines et hors d'état de résistera sa puissance, rien ne pouvait leur être plus avantageux que de se placer sous la protection de sa maison; qu'il ne pouvait ni convoiter leurs troupeaux , ni songer à s'enrichir aux dépens de leur pauvreté , mais qu'il aimait les gens de cœur et qu'il savait par son père et par les vieilles histoires, qu'ils étaient un peuple d'hommes vaillants; qu'il espérait les conduire eux aussi à la victoire, élever beaucoup d'entr'eux en dignité et les enrichir. Les Waldsletlen répondirent, qu'ils n'avaient pas oublié que l'empereur Rodolphe avait été leur bon avoué et capitaine et qu'ils en gardaient une reconnaissance éternelle à sa maison, mais qu'ils aimaient l'état que leurs ancêtres leur avaient transmis, et priaient l'empereur de le leur confirmer.

Après avoir vainement sollicité cette confirmation, ils demandèrent à l'empereur des baillifs impériaux pour éviter de devoir obéir à des baillifs autrichiens. Albert leur envoya Hermann Gessler de Bruneck et Bérenger de Landenberg. Anciennement cette dignité était toujours conférée à un comte puissant du voisinage, qui se rendait dans le pays quand il survenait quelque cause capitale. Landenberg s'établit au château de Sarnen dans le pays d'Untervvalden , et Gessler fit construire un cbâ-

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teau à Altorf dans le canton d'Uri, ce qui fut une cause d'alarme pour tout le pays; l'arrogance de ces baillifs et de leurs subordonnés, leurs exactions, leurs attentats au repos et à l'honneur des familles, répandirent partout l'indignation et l'effroi. Gessler, passant à Sleinen devant la maison de Werner Slauffâcher, riche cultivateur, d'une famille noble et ancienne de Schwytz, parut s'indigner de voir des paysans si bien logés et ût entendre des paroles menaçantes. Stauffacher, exhorté par sa femme, s'embarqua sur le lac pour aller visiter son ima Walther Fùrst, à Altinghausen dans le canton d'Uri. Il y trouva un jeune homme nommé Arnold an dcrHalden, de la vallée de Melchthal dans le pays d'Unterwalden , qui fuyait la colère de Landenberg. Pour un léger délit dont Arnold était accusé, le baillif avait fait saisir à son père un magnifique attelage de bœufs, et comme celui-ci témoignait son regret de cette perte, le valet de Landenberg lui avait dit : « Si les paysans veulent » manger du pain, ils n'ont qu'à s'atteler eux-mêmes à la » charrue. » Arnold indigné avait frappé cet homme de son bâton et l'avait blessé à la main, puis il s'était enfui, et pendant son absence le baillif avait fait crever les yeux à son vieux père.

Ces trois hommes, reconnaissant que les maux qui pesaient sur leur pays et ceux qui le menaçaient encore, exigeaient un prompt remède, résolurent de faire à cette fin, s'il le fallait, le sacrifice de leurs biens et de leurs vies. Une prairie solitaire au bord du lac, appelée le Grûtli, fut choisie pour lieu de réunion ; c'est là qu'ils se rendaient la nuit , Stauffacher par le lac, et les deux autres par des sentiers détournés, souvent accompagnés des amis qu'ils avaient initiés à leur projet. Enfin, dans la nuit du mercredi avant la Saint-Martin , le 7 novembre 4507 , Werner Stauffacher , Walther Fùrst et Arnold de Melchthal arrivèrent au Grûtli accompagnés chacun de dix gens de bien de son canton. Là , ces trente-trois hommes, élevant leurs mains au ciel, jurèrent de ne point s'abandonner, mais de vivre et de mourir les uns pour les autres, de délivrer le peuple de leurs vallées injustement opprimé et de le rétablir

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dans ses antiques droits et libertés ; de ne toucher ni aux biens, ni aux droits du comte de Habsbourg, de ne pas verser une goutte de sang des baillifs ni de leurs gens, mais de transmettre intacte à leurs descendants la liberté qu'ils avaient héritée de leurs pères. Ce serment prêté, chacun regagna sa demeure , attendant en silence le jour fixé pour l'accomplissement de leur dessein.

Cependant Gessler, soit pour braver, soit pour éprouver les sentiments de la population, fit élever sur la place d'Altorf une perche surmontée du chapeau ducal d'Autriche, et proclamer l'ordre à tous les passans de saluer ce signe de souveraineté. Guillaume Tell, de Bûrglen au canton d'Uri, gendre de Walther Fûrst , mais qui n'était pas de ceux qui avaient pris part au serment du Grûtli , dédaigna d'obéir. Il était renommé pour son habileté à tirer de l'arbalète; le baillif le condamna à enlever avec une flèche une pomme de dessus la téte de son fils. II réussit; mais Gessler lui ayant demandé l'usage d'une seconde flèche qu'il portait sur lui , Tell , après avoir reçu l'assurance qu'il aurait la vie sauve, lui dit qu'elle lui était destinée s'il avait eu le malheur d'atteindre son fils. Gessler le fil charger de chaînes et embarquer avec lui sur le lac pour le conduire au château de Kûssnacht; mais une violente tempête, telle qu'on en voit sur ce lac dangereux, ayant assailli la barque, les bateliers, hors d'état de la gouverner, déclarèrent que Tell seul, non moins habile et vigoureux batelier qu'adroit à tirer de l'arbalète, était capable de les sauver. Gessler lui fit ôier ses chaînes; il saisit le gouvernail et parvint à atteindre le rivage; alors s'élançant à terre, il repoussa la barque qui fut de nouveau emportée par l'ouragan. Enfin elle prit terre près de Kûssnacht; mais Tell qui attendait le baillif dans un chemin creux où il savait qu'il devait passer, l'atteignit d'une flèche et le tua.

Cet événement ne changea rien aux plans des confédérés; ils continuèrent d'attendre en silence. Enfin, le l" janvier 1508, tous les châteaux des baillifs et de leurs agens tombèrent à la fois sans coup férir entre les mains des confédérés par des

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moyens qui avaient été préparés à l'avance; Laudenberg, ^es ofûciers, ses hommes d'armes , furent conduits à la frontière , où, après leur avoir fait prêter le serment de ne plus rentrer dans le pays , on les remit en liberté. Leurs biens furent respectés comme leurs personnes; aucun droit ne fut violé; pas une goutte de sang ne fut répandue; ainsi s'accomplit le serment du Grûtli

Lorsque les Waldstetten attendaient les effets de la colère de l'empereur , ils apprirent la nouvelle de sa mort. Jean , fils unique de son frère Rodolphe, aigri contre lui de ce qu'il différait à lui remettre la part de son père à l'héritage de Habsbourg , fit un complot avec quatre gentilshommes pour l'assassiner. Comme il passait la Reuss près de Brouck en allant de Bade à Rheinfelden, les conjurés firent en sorte de se trouver presque seuls avec lui dans la barque. Arrivés sur l'autre rive, ils l'attaquèrent à l'improviste et il tomba sous leurs coups presqu'à la vue de sa suite qui , séparée de lui par la rivière, ne pouvait lui venir en aide. Elle trouva l'empereur expirant sur les genoux d'une pauvre femme qui s'était empressée de le secourir. Le crime commis, les meurtriers se dispersèrent pour ne jamais se revoir. Le duc Jean passa eu Italie sous l'habit d'un religieux, et après une vie errante, mourut dans l'obscurité.

La famille de l'empereur, mais surtout sa fille Agnès, veuve du roi de Hongrie , poursuivirent sa vengeance avec une ardeur implacable. Non-seulement les meurtriers et leurs complices, mais leurs familles et leurs serviteurs, en un mot plus de mille personnes innocentes, hommes, femmes et enfants périrent par ia main du bourreau. Rodolphe de VVart, simple témoin du meurtre, fut roué vif ; Gertrude, son héroïque épouse , le suivit sur l'échafaud , assista à son supplice , et le fortifia de ses prières pendant trois jours et trois nuits, jusqu'à ce qu'il rendit l'esprit. Des dépouilles de ses victimes , Agnès fonda l'abbaye de Kœnigsfeld sur le lieu même où son père avait été tué; mais quand elle voulut engager frère Berthold Strobel d'Oiïtringen, vieux guerrier de l'empereur Rodolphe, qui vivait maintenant

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en ermite dans une caverne, à entrer dans l'église de son couvent : • Femme , lui dit-il , c'est mal servir Dieu que de répan- » dre le sang innocent et de fonder des monastères avec le bien » de la veuve et de l'orphelin. Dieu prend plaisir à la charité et » à la miséricorde. »

Henri de Luxembourg fut élu empereur après la mort d'Albert. Comme la plupart de ses prédécesseurs, il confirma et même il augmenta les franchises des Waldstelten , de Berne et de Zurich. Tijois cents hommes des Waldslelten , deux cents de Berne et de Zurich le suivirent dans son expédition d'Italie où il périt misérablement en 1515.

Après sa mort, les électeurs ne purent tomber d'accord sur le choix de son successeur; les uns élurent Louis de Bavière, les autres, Frédéric d'Autriche , fils de l'empereur Albert. Berne, toujours alliée des comtes de Savoie, les Waldstetten , toujours menacés de la vengeance de la maison d'Autriche , se déclarèrent pour Louis : Zurich embrassa le parti du duc d'Autriche. L'ancienne contestation entre Schwytz et l'abbaye d'Einsideln s'était réveillée; Zurich y avait exercé les fonctions d'arbitre , et Schwytz avait été mécontent de sa sentence ; le parti que prit maintenant cette ville de reconnaître Frédéric comme empereur, acheva de rompre ses liaisons avec 3es Waldstetten.

Les était antérieurs , ou les possessions autrichiennes dans la Haute-Allemagne ou la Suisse actuelle, étaient échus en partage à Léopold, frère puîné de Frédéric, qui n'aspirait qu'à tirer vengeance des Waldstetten. La querelle entre Schwytz et Einsideln avait fini par provoquer de part et d'autre des voies de fait. Léopold, comme avoué de l'abbaye, prit fait et cause pour elle contre les Suisses.

Le duc vint s'établir au château de Bade pour concerter avec ses principaux vassaux son plan d'opérations en même temps qu'il épuisait toutes ses ressources pour rassembler une nombreuse armée. Il fut résolu qu'on attaquerait les Waldstetten de trois côtés à la fois. Othon de Neuchàlel, comte de Strasberg, baillif impérial dans le Hassli , devait pénétrer dan

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l'Untcrwalden par le Briïnig; une aulre expédition devait s'embarquer sur le lac à Lucerne; enfin, le principal corps d'armée, commandé par Léopold en personne, devait, tout en dirigeant une fausse attaque contre Arlh, côtoyer lelacEgeri, forcer le passage près de Rothenthurm et marcher contre Schwytz. Le lieu de rassemblement fut fixé à Zug. Les nombreux vassaux du duc y arrivèrent avec leurs hommes d'armes, ainsi que les bourgeois des villes sujettes ou alliées. Zurich y envoya cinquante hommes. La force de lJarméc était de neuf mille hommes au moins.

Cependant les Suisses réparaient les anciens retranchements qui couvraient la frontière entre Arth et Rothenthurm. Quand le danger parut plus pressant, Schwytz appela ses confédérés, il avait six cents hommes sous les armes; Uri en envoya quatre cents; Unterwalden trois cents; il avait lui-même à se garder du côté du Brùnig. Rodolphe Reding de Bibercgg, vieux guerrier décoré par l'empereur Rodolphe de la dignité de chevalier, vingt fois landammann de Schwytz, à qui son grand âge ne permettait plus de marcher, dirigeait les dispositions de défense des confédérés. Une flèche lancée par une main amie vint tomber dans les retranchements; elle portait ces mots : « Gar- » dez-vous du côté de Morgarlen la veille de Saint-Othmar. » Cet avis fut mis à profil et la principale force des confédérés prit position de ce côté. La veille de la bataille, cinquante hommes de Schwytz, bannis pour divers délits, vinrent demander la permission de rentrer pour prendre part à la défense du pays. Elle leur fut refusée; on jugea que ce n'était pas au moment du danger qu'on pouvait laisser se relâcher l'autorité de la loi. Mais ces hommes ne renoncèrent pas pour cela à leur dessein; ils se postèrent sur une hauteur en dehors des retranchements.

Le 15 novembre 1315. au lever du soleil, la nombreuse cavalerie du duc, toute revêtue de fer, se mit en marche vers le lac Egeri, couvrant la campagne d'une forêt de lances. L'infanterie suivait. Aussitôt que les gardes avancées eurent signalé l'approche de l'armée autrichienne , les confédérés se mirent à genoux, suivant leur coutume, pour implorer sur leurs armes

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la bénédiction de l'Eternel. Puis ils attendirent tranquillement l'ennemi.

Les Aulrichiens s'avançaient dans un chemin resserré entre les hauteurs et le lac. Quand ils eurent dépassé Morgartcn, les cinquante bannis commencèrent à faire rouler sur eux des troncs d'arbres et des quartiers de roc qu'ils avaient eu soin d'amonceler à l'avance. Surpris par celte attaque imprévue contre laquelle le courage ne pouvait rien, pressés dans un étroit espace qui ne leur permettait pas de se déployer, le désordre se mit dans leurs rangs. Les Suisses saisirent cet instant décisif, et sortant de leurs retranchements , ils se précipitèrent sur l'ennemi , rompant casques et cuirasses à grands coups de massues et de hallebardes. La confusion fut alors à son comble ; la cavalerie se rejeta sur l'infanterie qui la suivait et l'entraîna dans sa déroute, et cette armée si fîère et si brillante quelques heures auparavant , n'offrit bientôt plus qu'une masse confuse où personne n'écoutait plus aucun commandement. Là péril l'élite de la noblesse autrichienne; deux Gcssler restèrent sur le champ de bataille , et Landenberg , cette fois , ne fut plus épargné. Les cinquante Zuricois se firent tuer tous ensemble à leur poste. Léopold fut retiré à grand'peine de la mêlée et parvint à atteindre Wintenhour, où il arriva pâle et défait, accablé de douleur plus encore que de fatigue. En effet, cette armée qu'il venait de perdre lui avait coûté des efforts qu'il n'était plus en état de renouveler.

Les confédérés poursuivirent les vaincus jusqu'à Wyl-Egeri. Voyant alors l'armée ennemie entièrement dispersée, ils fléchirent de nouveau le genou pour rendre grâce au Seigneur qui leur avait donné la victoire, et reprirent le chemin de leurs foyers avec dix bannières conquises. Ils n'avaient perdu que quinze hommes.

Cependant le Haut et le Bas~Untcrwalden étaient à la fois envahis, le premier par le comte de Strasberg, qui, après avoir passé le Brûnig, s'était avancé jusqu'à Àlpnach , celui-ci par les Lucernois qui avaient débarqué à Bùrgistad. Les messagers envoyés par ces deux parties du canton, l'une auprès de l'autre,

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pour demander mutuellement du secours , s'étaient rencontrés, et Ton avait reconnu qu'il ne restait plus d'autre parti à prendre que de soutenir, chacun de son côté, l'effort de l'ennemi le plus long-temps qu'il se pourrait, pendant qu'on ferait rappeler les trois cents hommes envoyés à Schwytz. Les messagers envoyés à cet effet virent, en débarquant à Brunnen, toute la troupe des confédérés qui revenait de Morgarlen dans toute l'allégresse de la victoire. Aussitôt les gens d'Unterwalden s'embarquent en toute hâle; cent hommes de Schwytz insistent pour se joindre à eux, malgré leur résistance ; un vent favorable les fait en peu d'heures aborder à Buochs ; ils attaquent les Luccrnois, les mettent en déroute, et s'acheminent alors en criant victoire vers le Haul-Unterwalden. Quand le comte de Strasberg entendit ces cris et reconnut les bannières d'Unterwalden qu'il savait avoir été dans le pays de Schwytz, il comprit que tout était perdu et ordonna la retraite. Il s'efforça de la couvrir encore quelque temps avec un petit nombre d'hommes, mais ayant été blessé, il prit la fuite avec sa troupe dans la direction de Lucerne.

Le lendemain de la bataille, les Waldstetten envoyèrent un courrier à Munich pour en informer l'empereur Louis, qui leur en témoigna sa haute satisfaction et les loua de leur fidélité et de leur bravoure. Les cinquante bannis furent rappelés. Les confédérés arrêtèrent que les noms des hommes morts pour la patrie seraient lus chaque année, le jour anniversaire de la bataille, qui serait célébré comme une des fêtes de l'église ; « car » en ce jour, disent leurs annales, le Seigneur a visité son peu- » pie, il l'a délivré de ses ennemis et lui a donné la victoire, » le Seigneur, le Tout-Puissant ! »

Le 9 décembre de la même année, les trois cantons renouvelèrent à Brunnen leur ligue perpétuelle. Ce traité portait, comme les précédents , « que quiconque avait un seigneur devait lui ■ obéir en toutes choses justes et légitimes , mais ne le servir » jamais contre ses confédérés. Aucun canton ne pourra s'en- » gager à un seigneur sans l'aveu des autres ; toute négociation » à l'extérieur sera conduite et terminée de concert; toute con-

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» testation entre les confédérés sera soumise à des arbitres ; du » reste , ils s'engagent pour eux et leurs descendants à perpé- » tuité, à s'entr'aider les uns les autres envers et contre tous, » dans le pays ou au dehors , de leurs conseils , de leurs corps » et de leurs biens. » Tel fut le fondement de la confédération suisse; elle n'avait pas pour but d'acquérir de nouveaux droits, mais de protéger les droits existants.

Léopold fit la paix avec les Suisses pour une année. Il suspendit ses réclamations contr'eux, et eux, de leur côté, s'engagèrent à lui laisser percevoir le revenu de ses domaines. Leurs jeunes gens suivirent le duc dans ses guerres. Celte trêve fut ensuite renouvelée. L'empereur Louis, après avoir triomphé de son compéliteup Frédéric , établit sur eux comme baillif impérial le comte Jean d'Arberg, seigneur de Valangin.

Cette époque fut signalée pour Neuchâtel par de longs démêlés avec les seigneurs de Valangin , qui , excités et soutenus par l'évéque de Baie, refusaient de reconnaître la suzeraineté du comte. Battus et faits prisonniers près de Coffrane en 1295, les co-seigneurs Ulrich et Henri ne tardèrent pas à rompre la paix qui leur avait été accordée. Le comte Rollin emporta d'assaut Villeneuve, près de Dombresson, la détruisit et en dispersa les habitants. La paix se fit en 1505.

Le comte tenait chaque année au mois de mai son plaid général à Neuchâtel. Cette assemblée se composait des chanoines de Neuchâtel, des vassaux du comte, et des bourgeois de Neuchâtel représentant le tiers-état.

L'année du Grûlli, 4507, le comte Rollin conclut une première combourgeoisie avec Berne pour dix ans.

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