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CHAPITRE XI

La dixième année après la bataille de Laupen fut marquée, dans toutes les contrées alors connues, par de grandes calamités. Après des tremblements de terre qui détruisirent un grand nombre de villes et de châteaux, une peste affreuse ravagea l'Europe et l'Asie et emporta près du tiers de la population. Les malades mouraient abandonnés, et leurs corps trouvaient à peine une sépulture ; des héritages restaient vacants sans que personne se présentât pour les recueillir, et une grande partie des terres restèrent long-temps en friche, faute de bras pour les cultiver. Ce terrible fléau agit d'une manière diverse sur les hommes de ce temps-là. Les uns se livraient à une dévotion ardente , mais non éclairée , et sous le nom de flagellants, parcourant les villes et les villages , ils se déchiraient les épau-

les à coups de fouet pour expier leurs péchés et ceux du peuple ; un grand nombre de malheureux Juifs périrent dans les flammes, victimes du fanatisme de celle époque. D'autres, sans nul souci de l'éternité , ne voyant que la vie prèle à leur échapper, s'abandonnaient à lous les plaisirs, disant : mangeons et buvons, car demain nous mourrons. D'autres, enfin, continuaient de vaquer paisiblement à leurs devoirs, attendant avec confiance et résignation ce qu'il plairait à Dieu de leur dispenser. Les Bernois, jugeant que le meilleur moyen d'arrêter les progrès de ce fléau était de distraire les esprits de la terreur qu'il inspirait, envoyèrent leur jeunesse dans des expéditions guerrières où les jeux et les danses allernaient avec les combats.

La paix entre Rodolphe Brun et les patriciens de Zurich n'avait pas été de longue durée. La plupart d'entr'eux expiaient de nouveau par l'exil et la confiscation de leurs biens d'impuissantes lenlalives pour ressaisir le pouvoir, el ceux qui étaient restés à Zurich supportaient impatiemment un état si différent de celui pour lequel ils avaient été élevés cl sous lequel ils avaient passé la plus grande parlie de leur vie. Les uns et les autres se liguèrent avec le comte Jean de Habsbourg^ Rapperschvvyl , dont le père avait déjà péri pour la même cause, et avec plusieurs autres seigneurs , dans le but de s'emparer de la ville par surprise, et de massacrer les principaux chefs du gouvernement. Mais au moment où la plupart des conjurés s'étaient déjà introduits dans la ville, le bourgmestre fut averti et eut le temps d'accourir à l'hôlel-de-ville et de faire sonner le tocsin. Les bourgeois s'armèrent en toute hâte; un combat s'engagea dans les rues ; un grand nombre de conjurés perdirent la vie; tous enfin prirent la fuite; le comte de Rapperschvvyl et le baron Ulrich de Bonstctten , qui étaient à la tête du complot, furent faits prisonniers. Les jours suivants, Irenlecinq patriciens furent exécutés par le glaive ou par la roue devant leurs propres maisons.

Bientôt après, Rodolphe Brun alla mettre le siège devant Rapperschvvyl , qui avait été le foyer de la conjuration , mais dont les bourgeois se rendirent sans résistance après qu'il leur

eut garanti par serment leurs biens et leurs vies et le maintien de leurs franchises; mais, craignant de ne pouvoir défendre cette conquête contre les nombreux parents et amis du comte Jean, il démolit le château et les remparts, puis mit le feu à la ville et chassa toute la population en rase campagne, sans pain et sans abri , par un froid rigoureux de décembre. Douze ans auparavant, les Bernois, menacés également de voir la ville de Laupen tomber dans les mains de leurs ennemis, s'étaient montrés à la fois plus courageux et plus humains.

Cependant le bourgmestre , voyant l'Autriche sur le point de se mettre à la tête de ses nombreux ennemis, sentit la nécessité de chercher un appui au dehors. Il ne pouvait le trouver plus sûrement qu'auprès des constants et hardis adversaires de l'Autriche et de la noblesse , avec lesquels Zurich avait déjà entretenu depuis long-temps, à plusieurs reprises, des rapports d'alliance et d'amitié. Les Suisses, de leur côté, apprécièrent les avantages que l'alliance de cette ville leur apporterait, soit comme un boulevard pour leurs vallées, soit comme le marché d'où elles liraient leurs subsistances. En conséquence, au commencement de mai 1551, cinq mois après le sac de Rapperschwyl, une alliance perpétuelle fut conclue à Zurich entre celte ville et les quatre cantons. Les confédérés s'y engagent à se secourir mutuellement, dans des limites déterminées, dès qu'ils en seront requis; quand il s'agira de résolutions importantes, une diète sera convoquée à Einsideln ; les droits de l'empereur et de l'empire sont réservés , ainsi que les anciennes alliances et le droit d'en contracter de nouvelles, mais sans préjudice de celle-ci ; les quatre cantons garantissent au bourg- ' meslre et au conseil, aux tribus et au peuple de Zurich, leur constitution actuelle et s'engagent même à proléger Rodolphe Brun en particulier s'ils en sont requis par lui; les difficultés qui pourraient s'élever entre la ville de Zurich et ses confédérés seront vidées par un tribunal d'arbitres qui siégera à Einsideln. De même que les Waldstelten avaient cédé le premier rang à Lucerne, les quatre cantons témoignèrent la même déférence à Zurich. Les anciens Suisses attachaient peu d'importance à ces

sortes de chose*. Zurich devint donc le premier canton et Test resté jusqu'à nos jours.

Les bannières des confédérés entrèrent à Zurich pour la défendre , et le- duc Albert vint bientôt après mettre le siège devant celte ville. Mais avant que les hostilités eussent commencé, plusieurs seigneurs offrirent leur médiation qui fut acceptée par le duc, parce qu'il n'était pas encore tout-à-fait préparé à faire la guerre, et par Rodolphe Brun, qui ne demandait qu'à l'éviter à tout prix. Un traité fut conclu à des conditions qui excitèrent l'indignation des confédérés , mais que le bourgmestre s'empressa d'accepter. Ce traité ne tarda pas à être rompu.

Alors le duc appela tous ses vassaux sous les armes; la même réquisition fut aussi adressée aux hommes de Glaris. Depuis que l'empereur Albert avait acquis à sa maison la charge d'avoué de l'abbaye de Seckingcn , ils avaient à se plaindre de nombreuses vexations et d'atteintes à leurs franchises. Ils répondirent à cette réquisition, qu'il étaient tenus à faire les guerres de l'abbesse de Seckingen , leur souveraine, sous le commandement du duc comme avoué du monastère, mais que les autres guerres de l'Autriche ne les concernaient pas. La possession de ce pays, qui communique avec les vallées d'Uri et de Schwytz, était d'une grande importance pour le duc, qui résolut de le faire occuper par des troupes pour s'en assurer la possession ; mais il fut prévenu par les Waldslelten , qui aidèrent les Glaronnais à chasser le baillif autrichien , et ceux-ci , en reconnaissance de ce secours, vinrent avec les Waldslelten former la garnison de Zurich. L'hiver suivant, une expédition commandée par le baillif Walther de Sladion fut défaite par les Glaronnais sur le Rùtifeld, près de Naefels, et Stadion lui-même perdit la vie. Alors ils demandèrent et obtinrent d'être admis dans la confédération, et conclurent, l'an 4552, une alliance perpétuelle avec Zurich , Uri, Schwytz et Unterwalden. Les droits de l'Autriche et de l'abbesse de Seckingen y furent réservés; Glaris s'engagea à ne contracter aucune nouvelle alliance et à renoncer à toute prétention que ses confédérés déclareraient être injuste.

Quatre jours après la conclusion de ce traité, les confédérés assiégeaient la ville de Zug. Celte place était le point de départ de toutes les expéditions des Autrichiens contre Schwytz ou contre Lucerne. Les bourgeois résistèrent avec courage et soutinrent même un assaut. Enfin , ayant obtenu une trêve de trois jours, ils envoyèrent une députation auprès du duc Albert, qui se trouvait alors à Kœnigsfeld , pour s'enquérir s'ils n'avaient point de secours à espérer. Lorsque les députés furent introduits auprès de lui, ce prince, qui s'entretenait avec son fauconnier sur la nourriture de ses faucons, continua cet entretien sans avoir l'air de donuer aucune attention à leur discussion, jusqu'à ce qu'enfin un des députés ne put s'empêcher de s'écrier : « Est-il donc possible que le sort de vos fidèles » bourgeois vous intéresse moins que ces oiseaux? • Alors Albert répondit : « Allez seulement; nous saurons bien recon- • quérir tout à la fois. » Deux jours après, Zug ouvrait ses portes aux confédérés et jurait avec eux une alliance perpétuelle.

Pendant que les vassaux et les alliés du duc se préparaient à entrer en campagne , Rodolphe Brun se mit à la tête d'un corps de bourgeois pour aller surprendre la garnison de Bade ; mais ayant trouvé l'ennemi sur ses gardes, il ne put ou n'osa pas exécuter son dessein et prit une autre direction. Arrivés près de Tœtwyl, les Zuricois se trouvèrent tout-à-coup cernés par des forces irois fois supérieures. A l'aspect du danger, le bourgmestre perdit la tête; pâle de frayeur, il dit à son écuyer : « Nous sommes tous perdus si nous restons. Non que je tienne » à la vie pour ce qui me concerne, mais que deviendrait Zurich » sans moi? Crois-moi, ne disons mot, et partons tandis qu'il est » temps. » Et il arriva sain et sauf à sa maison de campagne près de Zurich. Bientôt on s'aperçut de son absence; alors le chevalier Roger Manesse s'élance à la tête de la troupe effrayée; il exhorte les soldats à faire leur devoir et à se confier en Dieu. Ils attendent l'ennemi de pied ferme et soutiennent sans s'ébranler ses attaques sans cesse renouvelées. Sur le déclin du jour, lorsque leurs forces étaient déjà presqu'épuisées, survint un renfort de bourgeois des environs de la ville, qui venaient rejoindre -leurs concitoyens sans se douter de la position critj-

que où ils se trouvaient. Leur attaque décida la victoire. Les Autrichiens furent poursuivis jusque sous les murailles de Bade, et ManesSc , en rentrant le lendemain à Zurich , arbora devant l'hôtel-de-ville six bannières conquises.

Cette victoire consterna le bourgmestre; mais il répandit adroitement le bruit d'un complot de la noblesse contre les tribus pour rétablir l'ancien gouvernement , et le peuple , le regardant toujours comme le seul appui de sa liberté, s'empara de la bannière et le ramena en triomphe de sa campagne à la ville. Ainsi Rodolphe Brun conserva la faveur du peuple, comme Roger Manesse l'approbation de sa conscience.

Le duc Albert vint avec une nombreuse armée mettre le siège devant Zurich. On voyait enlr'aulres dans cette armée la bannière de Berne et celle du comte Louis de Neuchâtel. Mais le manque de vivres ne tarda pas à se faire sentir chez les assiégeants; l'électeur de Brandebourg, fils de l'empereur défunt Louis de Bavière, proposa une suspension d'armes; le duc leva précipitamment le siège , et la paix fut conclue à Luccrne peu de temps après. Ainsi se termina, presque sans résultat, cette expédition pour les préparatifs de laquelle le duc avait imposé des charges excessives à ses sujets.

Ce n'était pas volontairement que les Bernois s'étaient trouvés , les armes à la main, en face des Zuricois, contre lesquels ils n'avaient aucun grief, et de leurs anciens amis des Waldsletten. Ils obéissaient à une alliance qui existait alors entr'eux et l'Autriche. C'est sans doute pour prévenir le retour d'une situation si peu conforme à leurs affections et à leurs vrais intérêts, qu'ils résolurent de s'unir aux confédérés par un lien plus étroit que tout autre. Le 6 mars 1555, Berne jura une alliance perpétuelle avec les trois cantons fondateurs de la confédération, et le lendemain, avec Zurich et Lucerne, mais avec cette différence , que Berne n'était tenue de marcher au secours de ces deux villes , ou celles-ci au secours de Berne , que lors» qu'elles en étaient requises par les Waldsletten. Glaris et Zug avaient une position subordonnée dans l'alliance; ils s'étaient engagés à secourir les alliés de leurs confédérés, tout en s'inlerdisant à eux-mêmes de contracter d'autres alliances,

Ainsi se forma la ligue des huit anciens cantons. Cent vingthuit ans s'écoulèrent avant qu'elle reçût dans son sein de nouveaux confédérés.

Mais plus celte ligue se fortifiait et devenait redoutable à ses voisins, plus le duc Albert s'en alarmait et cherchait les moyens de la dissoudre. Se fondant sur une disposition ambiguë du traité, il ordonna à Zug et à Glaris de renoncer à l'alliance suisse. Dans ce temps-la, les villes, les communautés et les seigneurs qui obéissaient à un même prince , s'alliaient entr'eux quand le seigneur commun ne les protégeait pas d'une manière assez efficace, ou qu'il attentait à leurs droits. C'est ce qui n'avait jamais été interdit aux gens de Glaris, et quant à Zug, le duc l'avait abandonnée. Ils consultèrent leurs confédérés , qui leur répondirent que le traité n'avait porté aucune atteinte à l'alliance perpétuelle. Alors, ils répondirent à leur tour au duc, qu'ils étaient prêts à lui jurer obéissance en toutes choses justes et légitimes conformément au traité. Le duc rejeta ce serment et porta plainte auprès de l'empereur Charles IV, qui évoqua les parties devant lui.

Albert, qui n'avait rien à perdre dans ce procès, se soumit sans hésiter au jugement de l'empereur. Les Suisses réservèrent leurs alliances perpétuelles. De la part de l'empereur, on leur soutint que des états de l'empire ne pouvaient contracter alliance sans l'autorisation du chef de l'empire. Les Suisses répondirent : « Nous sommes des gens simples et ignorants , qui n'entendons » rien à ces choses-là; mais ce que nous avons juré, nous vou- > Ions le tenir. »

Pendant ces négociations , Albert achevait d'épuiser ses états pour mettre sur pied la plus belle et la plus nombreuse armée qu'on eût vue depuis long-temps. En même temps il faisait rebâtir et fortifier la ville et le château de Rapperschwyl , qu'il avait achetés du comte Jean de Habsbourg, délivré de sa captivité par le dernier traité, menaçant ainsi d'intercepter toute communication entre Zurich et ses confédérés.

Tandis que les hostilités s'engageaient entre le duc et les Zuricois, l'empereur les déclarait rebelles à l'empire et venait

en personne meltre le siège devant Zurich. Attaqués par des forces dix fois plus considérables que celles qu'ils pouvaient leur opposer, les Zuricois résistèrent avec fermeté, faisant de nombreuses sorties, et ils arborèrent en même temps l'étendard impérial en signe de fidélité à l'empire , auquel ils faisaient la guerre malgré eux.

Mais il s'en fallait bien aussi que dans le camp impérial tous fussent également disposés à faire la guerre aux Zuricois. Les princes et seigneurs étaient jaloux de la puissance du duc d'Autriche ; les villes ne prenaient part qu'à regret à une guerre dont le résultat devait être de placer une ville impériale sous l'obéissance de ce prince ; enfin , le motif de cette guerre était généralement vu de mauvais œil par les étals de l'empire, qui tous prétendaient, comme les Suisses, avoir le droit de contracter des alliances pour leur sûreté. Aussi l'empereur finit-il par ne plus pouvoir résister aux sollicitations qu'on lui adressait de toutes parts en faveur des Zuricois, et dès qu'il fut connu que le siège allait être levé, toute l'armée impériale se dispersa avec une telle précipitation , qu'on n'a jamais su qui était parti le premier ou le dernier.

Le duc, resté seul , continua la guerre encore pendant l'année suivante, jusqu'à ce que ses vassaux, réduits au désespoir par les charges qui pesaient sur eux , et surtout par les exactions et les cruautés d'un corps de cavalerie hongroise qu'il avait prise à sa solde, et qui se montrait plus redoutable à ses sujets qu'à ses ennemis, parurent résolus à faire eux-mêmes la paix avec les Suisses, avec ou sans le duc leur seigneur. Il fit donc savoir à la cour impériale qu'il ne s'opposait plus à ce que les alliances perpétuelles fussent réservées dans la sentence que rendrait l'empereur.

Après avoir tenté inutilement contre les Suisses la force des armes, le duc Albert chercha à les désunir par la ruse. II obtint une déclaration de l'empereur qui devait être présentée par des commissaires autrichiens à l'acceptation de tous les cantons en commençant par Zurich. Brun la signa sans hésiter. A Zug on conçut quelque soupçon et on avertit le landammann

de Schwytï, qui transmit cet avis aux autres cantons. Tous s'abstinrent de signer jusqu'à ce qu'ils en eussent délibéré en commun, et leurs députés se réunirent pour cet effet à Zurich. La déclaration portait, quoiqu'on termes ambigus, que Zug et Glaris seraient détachés de l'alliance ; si les Suisses s'y opposaient, Zurich promettait de faire cause commune avec le duc, qui, à son tour, promettait aux Zuricois de les protéger au besoin contre leurs confédérés. A la vue de ces stipulations, l'indignation fut extrême ; Brun essafya de s'excuser en alléguant que les commissaires autrichiens étaient si pressés de continuer leur route, que, pour ne pas les faire attendre, il avait signé de bonne foi, sans examiner attentivement le contenu de la déclaration. Mais quand on vii, quelque temps après, Zurich conclure une alliance pour cinq ans avec l'Autriche , quoiqu'en réservant ses confédérés , on put juger de la sincérité de cette explication.

Les Suisses firent en commun, auprès de l'empereur , des représentations qui restèrent sans effet. Enfin l'empereur leur ordonna lui-même de renoncer à l'alliance de Zug et de Glaris. Tandis que les confédérés délibéraient, Schwytz prit les armes, occupa ces deux pays , renouvela l'alliance avec leurs habitants, reçut leur serment et leur prêta serment à son tour. Cette décision énergique imposa à l'Autriche ; on ne fit rien de sa part pour s'y opposer Enfin , les efforts d'un grand nombre de villes et de seigneurs, et particulièrement de Pierre de Thorberg, un des principaux gouverneurs autrichiens dans cette contrée, amenèrent, l'an 4338, la conclusion d'une trêve, qui fut plusieurs fois renouvelée, et qu'on a appelée, du nom de son principal auteur, la trêve ou la paix de Thorberg.

Rodolphe Brun voyait son crédit s'affaiblir à Zurich depuis le combat de Tœtwyl. C'est sans doute ce motif qui l'engagea à rechercher l'alliance de l'Autriche. Après s'être servi du peuple pour s'élever au rang suprême , il croyait pouvoir mieux compter, pour s'y maintenir, sur la protection d'un prince, que sur l'alliance des confédérés. C'est ainsi que nous le voyons promettre secrètement à l'Autriche de servir fidèlement le duc

ou ses gouverneurs, spécialement pour procurer l'exécution de la décision impériale relative à Zug et à Glaris, sans s'en laisser détourner ni par ses concitoyens, ni par les confédérés. Le prix de cette trahison devait être pour Brun la protection du duc et une place dans son conseil, une somme d'argent et une pension annuelle. Il mourut l'anuée suivante.

La même année où fut conclue la trêve de Tborberg, cinquante ans après que l'empereur Albert eut été assassiné au moment où il se préparait à détruire la confédération des Suisses , le dernier de ses enfants, le duc Albert, mourut accablé d'inGrmitès, après avoir consumé sa vie entière en efforts inutiles contre celle même confédération, qui, loin de succomber, voyait maintenant le nombre de ses membres presque triplé.

Deux ans auparavant, un tremblement de terre avait renversé loule la ville de Bâle. Ses remparts, toutes ses églises, les palais des grands et les demeures des pauvres s'écroulèrent à la fois ; un incendie éclata dans les décombres et brûla huit jours de suite sans qu'on pût l'éteindre, jusqu'à ce qu'il manqua d'aliment. Quatre-vingt-quatre châteaux furent renversés la même nuit; des forêts furent englouties par la terre. Le duc Albert avait alors un démêlé avec les Bâlois; on lui conseilla de profiler du moment où ils se trouvaient sans défense pour les attaquer : • A Dieu ne plaise, répondit-il, qu'Albert d'Autriche • achève de renverser ceux que la main de Dieu a frappés ! » Et il envoya aussitôt à ses frais quatre cents hommes de la Forêt- Noire pour aider les Bàlois à relever leur ville de ses ruines. C'est sans doute pour des actions de celle espèce, plutôt que pour sa conduite dans la guerre contre Zurich et les confédérés, que ses contemporains l'ont surnommé le Sage.

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