‹ Abrégé de l'histoire des SuissesChapitre 3 sur 49 · LES ANCIENS HELVÉTIENS · texte numérisé non relu

LES ANCIENS HELVÉTIENS

Le rendez- vous général était à l'extrémité du lac Léman, près de Genève , ville des Allobroges. Les Helvétiens et leurs alliés y arrivèrent au nombre de quatre vingt-douze mille combattants. Les Allobroges, habitants de la Savoie et du Dauphiné, étaient sujets des Romains et paraissaient disposés à saisir cette occasion favorable pour s'affranchir de leur domination. Les Séquanais penchaient aussi en faveur des Helvétiens. Les Eduens, leurs ennemis, demandèrent du secours aux Romains.

Toute la Gaule voyait avec anxiété l'orage qui la menaçait ; Rome aussi s'émut en voyant une nation belliqueuse prête à s'établir dans le voisinage de ses provinces conquises ; les temps des Cimbres lui revinrent en mémoire. Des messages furent adressés à toutes les villes gauloise^ pour les affermir dans leur fidélité; tous les soldats en congé furent rappelés sou3 les drapeaux; le consul de l'année précédente, Caius-Julius César, fut chargé du commandement dans la Gaule. II partit pour Genève sans perdre un instant.

A son arrivée, des députés des Helvétiens vinrent lui demander le libre passage par le territoire romain, promettant de ne pas en abuser. César n'avait qu'une seule légion à opposer à une armée formidable ; il fit à ces députés une réponse évasive, et profita du délai de quelques jours qu'il se ménagea de cette manière pour presser de tous côtés l'arrivée des renforts et construire le long de la rive méridionale du Rhône un rempart de neuf mille pas de longueur, de seize pieds de haut et fortifié par un grand nombre de tours. Jamais personne mieux que ce grand homme ne connut le prix du temps.

Le délai expiré, César répondit aux Helvétiens que la république romaine avait pour maxime de ne jamais admettre dans ses terres une armée étrangère. Ils tentèrent en vain pendant plusieurs jours de forcer le passage; enfin les Séquanais leur en ouvrirent un autre; ils suivirent lentement des défilés presqu 'impraticables entre le Rhône et le Jura et pénétrèrent dans les plaines des Eduens (la Bresse). Arrivés sur les bords de la Saône, ils mirent vingt jours à traverser celte rivière; les Tigurins restaient encore en arrière avec une foule de femmes el

LES ANCIEISS HELVÉTIENS. 7

d'enfants , les bestiaux , les bagages. César les avait suivis ; il saisit le moment , attaque les Tigurins et les défait complètement; puis il exécute en un jour ce passage qui en avait coûté vingt aux Helvétiens.

Surpris de cette promptitude, ils envoyèrent à César une députalion à la tète de laquelle était Divico. Ils offraient, si les Romains voulaient faire la paix, d'aller s'établir paisiblement dans le pays qui leur serait désigné; que si César voulait continuer de leur faire la guerre , il devait se rappeler le sort du consul Cassius. « Les dieux immorlels, dit César, semblent sou- » vent favoriser pour un temps l'injustice pour en mieux assu- » rer le châtiment; les Helvétiens ne doivent donc pas s'énor- » gucillir du succès d'une attaque que les Romains n'avaient

• pas provoquée et qu'ils n'étaient pas préparés à repousser ; » cependant, s'ils veulent livrer des otages pour garantir l'cxé-

• cution de leurs promesses, on leur accordera la paix. » Divico répondit : « Les Helvétiens n'ont pas appris de leurs pères » à donner des otages, mais à en recevoir; les Romains pour- » raient s'en souvenir. »

César continua de suivre les Helvétiens pendant quinze jours, épiant le moment de leur livrer bataille. Enfin il se détourna vers la ville de Bibracte (aujourd'hui Aulun), pour y distribuer des vivres à ses soldats. Les Helvétiens, s'apercevant qu'ils n'étaient plus suivis , attribuèrent ce changement de direction à la crainte; ils revinrent sur leurs pas et attaquèrent les Romains. Le combat dura depuis le matin jusqu'au milieu de la nuit sans que les Romains, comme César nous l'apprend dans le récit qu'il nous a laissé de cette guerre , aient aperçu le dos d'un Helvélien. Les femmes et les enfants prirent part à cette lutte acharnée qui devait décider de la gloire et de l'existence de leur nation. Enfin, la lactique romaine l'emporta sur la bravoure désespérée des Helvétiens; ils implorèrent la clémence du vainqueur.

César leur ordonna de déposer les armes, de retourner dans leur pays et d'y rebâtir leurs demeures incendiées. Ainsi ils revinrent chez eux réduits de plus de moitié, désarmés, 'manquant

LA DOMINATION ROMAINÊ.

de tout; les Allobroges reçurent Tordre de leur fournir des vivres. Une colonie de chevaliers romains fut fondée à Noviodunum (Nyon) sur le lac Léman, pour empêcher toute nouvelle incursion de leur part.

Cinquante-sept ans avant la naissance de notre Seigneur, cinquante ans après la victoire remportée près du lac Léman, les Helvétiens perdirent leur indépendance, parce qu'ils ne surent pas se contenter de l'état que leurs ancêtres leur avaient laissé. La nation helvétienne périt, comme Orgétorix, par l'effet de sa propre ambition.

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